"Entre les murs"  (roman de François Bégaudeau)

Roman paru aux éditions Gallimard en 2006. Folio n° 4523. Le roman (290 pages) a obtenu le Prix "France-Culture / Télérama". L'adaptation du roman au cinéma par Laurent Cantet a reçu la Palme d'Or au Festival de Cannes en 2008.

 

[Quatrième de couverture : "Entre les murs" s'inspire de l'ordinaire tragi-comique d'un professeur de français. Dans ce roman écrit au plus près du réel, François Bégaudeau révèle et investit l'état brut d'une langue vivante, la nôtre, dont le collège est la plus fidèle chambre d'échos]

 

« Nous nous réjouissons que les musulmans soient heureux du match, sauf que quand après ils déferlent à 15 000 ou 20 000 sur la Canebière,

il n’y a que le drapeau algérien, et cela ne nous plait pas[1] »

M. Jean-Claude Gaudin (Maire UMP de Marseille)

 

« Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va.

C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes[2] »

M. Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur

 

En Calabre, la ville de Rosarno a connu des scènes de « chasse aux immigrés ».Les incidents ont  fait 67 blessés, certains atteints par des balles [3]»

RTL Info

 

« A Marseille, le prénom Mohammed est venu en tête des prénoms

donnés aux garçons nés en 2009[4] »

Europe 1

 

Introduction

« Entre les murs », c’est là que se situe ce mystère étonnant, cette captation par des adultes d’enfants qui ne sont pas les leurs pour leur transmettre des connaissances, les éduquer. Si les premières caméras vidéo municipales surveillent dés à présent les portails et les environs immédiats des établissements scolaires (caméras dont les parents peuvent consulter, à distance, les images), nulle technologie de ce type n’a encore été placée, pour l’instant, à l’intérieur des salles de classe.

Et pourtant, s’il est un lieu et une activité qui imposent la plus totale transparence, c’est bien le fait de l’acte éducatif. Les relations entre parents et enseignants (et les autres personnels comme le conseiller d’orientation psychologue) sont régies par un cadre administratif précis : rencontre « à la demande » avec l’enseignant ou avec le professeur principal, participation des parents au conseil de classe, au conseil d’administration.

Mais comment fonctionne vraiment cette « boite noire » que constitue un établissement scolaire ? Quelles sont les véritables relations entre les adultes (que fait-on, que dit-on en salle des professeurs ?), comment réagissent les élèves aux longues heures passées « entre les murs » ? François Bégaudeau, jeune et brillant agrégé de Lettres nous a donné, en 2006, sa réponse sous forme de roman.

Il m’a semblé intéressant, quelques mois avant les élections régionales de 2010, en plein débat sur « l’identité nationale », de questionner ce texte (un quasi reportage sur la vie d’un collège du 19° arrondissement de Paris) qui, certes, se situe dans le monde des idées « progressistes » (il a été primé par France-Culture et par Télérama), mais qui présente sans doute quelques ambiguïtés sur lesquelles il convient de revenir. Pendant ce temps-là, le « Dakar » vient de se terminer en Amérique du Sud, et la pire crise financière et sociale mondiale depuis les années 20 semble ne plus être qu’un mauvais souvenir. Le capitalisme actionnarial, refondé, est désormais sur de bons rails et tout irait pour le mieux, si on tient pour quantité négligeable l’endettement record des Etats et une progression spectaculaire du chômage et de la pauvreté...

 

François Begaudeau

"Fils d'enseignants, François Bégaudeau (né en 1971) grandit à Nantes. Titulaire d'une agrégation de Lettres modernes, il trouve un premier poste de prof de français à Dreux, puis au collège Mozart, dans le XIXe arrondissement de Paris. Egalement écrivain, il consacre plusieurs de ses ouvrages à ses passions : le football (Jouer juste, son premier livre en 2002) ou le rock -il fut le chanteur du groupe Zabriskie point dans les années 90 (Un démocrate-Mick Jagger, 2005). Cinéphile, il officie comme critique aux Cahiers du cinéma, puis à Playboy, et cosigne des courts métrages au sein du collectif nantais Othon. On retrouve sa plume dans d'autres publications, du Monde à Inculte, revue littéraire qu'il a cofondée.
En 2006, François Bégaudeau relate son expérience d'enseignant dans un ouvrage, Entre les murs (Prix France Culture - Télérama), centré sur la relation prof-élèves à l'intérieur de la salle de classe. Le livre donnera lieu à un long métrage de Laurent Cantet, dans lequel Bégaudeau joue lui-même le rôle principal, celui d'un prof de français anticonformiste, partisan d'un dialogue égalitaire et décontracté avec les élèves. Se tenant à distance du catastrophisme comme de l'angélisme, le film obtient la Palme d'or au Festival de Cannes."[5]

En 2008, François Begaudeau a annoncé son intention de racheter le Football-Club de Nantes "avec un investisseur du monde du cinéma[6]".

 

 

 

1.     La structure et le style du roman

Dans un collège parisien, un professeur de Français raconte son année scolaire. Il évoque son travail pédagogique, les relations avec les élèves, avec les autres personnels. Le texte est écrit à la première personne.  Les productions écrites des élèves (rédaction ou mots d'excuses) sont parfois reprises, y compris avec leurs fautes d'orthographe.

Quelques passages baignent dans une ambiance "fantastique" qui questionne le rapport au réel du roman ("Je me suis dirigé vers le fond du couloir. Les agents avaient déserté leur réduit. J'ai chipé un sucre et ouvert les portes du placard métallique en quête d'un torchon. – ça commence par un 1. Je me suis retourné vers la porte d'où semblait venir cette voix précieuse. Mais l'homme se trouvait à l'opposé, à contre-jour de la fenêtre surexposée au soleil. Une ombre. – Compter jusqu'à 100, ça commence par 1. Si un manque, le compte n'est pas bon. Je n'avais jamais entendu cette voix sans âge. – 1 ne promet pas 100, mais pas de 1, pas de 100. Il a sorti un torchon rayé bleu de la case supérieure du placard" (p. 45).

"Sa voix m'était connue et venait d'un renforcement obscur. L'homme s'en est détaché pour se figer à deux mètres, plantant son regard au fond de mon cerveau. – C'est le prix à payer. On ne peut pas vouloir le nombre et ne pas vouloir le désordre. On ne peut vouloir à moitié. Il faut juste mieux dormir et continuer à vouloir. A nouveau, il lui manquait un bras, le droit. – Il faut être moderne absolument. – Oui". (page 235).

"Un oiseau étonnamment sifflait l'Internationale" (p. 258).

Sans qu'aucune justification narrative ne soit donnée, trois débuts de chansons sont intégrés au texte ("Le chasseur" par Michel Delpech, p. 51,  "Walking contradiction"  - p. 135 - par Green Day, et "Time of your life" par Green Day – p.280)

Dans un jeu de miroir, à travers le dialogue avec les élèves (et avec les lecteurs?), l'auteur questionne le rapport entre la littérature et le "réel".

 « Donc, imaginez un scénario crédible », ça veut dire quoi, Qu’est-ce qu’elle voulait que vous fassiez votre prof ? (...) Ce que vous aviez à faire c’était imaginer une histoire mais sans tomber dans le délire » (p.41).

 (Sandra présente à la classe le livre "l'herbe bleue") : "(…) et à la fin, alors ça j'ai pas compris, ils disent qu'elle est morte une semaine après avoir écrit la dernière page. Ça veut dire c'est une histoire vraie, msieur ? – Pas forcément. Même quand on dit que ce manuscrit a été retrouvé machin dans un coffre machin, ça peut-être une invention aussi. Pour ce livre-là, j'sais pas. Mais l'important est que ça puisse arriver, comme tu l'as dit. Une réminiscence a éclairé le visage d'Imane. – Ah oui, ça veut dire c'est invraisemblable. Non, le contraire : vraisemblable. C'est peut-être inventé, mais semblable au vrai" (p. 256).

Entrons maintenant dans les différents thèmes abordés par le roman.

 

 

 

2.     Questions pédagogiques

2.1. Des élèves hétérogènes

« Les quatre chinois occuperont le premier rang » (p. 14)

« Je m’appelle Frida, j’ai 14 ans. J’aime la musique, le cinéma, le théâtre, la danse classique que je pratique depuis dix ans. Plus tard je voudrais être avocate. (p.23).

« Je m’appelle Dico et j’ai rien à dire sur moi car personne me connaît sauf moi » (p.23).

[Le professeur n’interroge pas les élèves chinoises pour « ne pas les exposer à une épreuve »]. Réaction de Mariana : « Pourquoi ils y vont pas la bande à Jie » ? (p.55).

« Au fait, c’est ramadan là, vous êtes sures que vous avez le droit de manger ? – Ben oui, la nuit elle est tombée » (p.80).

[Pour aider Ming qui ne comprend pas le sens du mot « palefrenier », le professeur écrit le mot au tableau ; ce geste scandalise Bien-Aimé] : « Wesh, pourquoi tout à l’heure j’ai demandé un mot vous avez pas voulu écrire et maintenant vous écrivez ? – Pris la main dans le sac ». (p. 81)

« - Qu’est-ce qui se passe les filles ? – Demain on n’est pas là. – Comment vous êtes pas là ? C’est l’Aïd » (p.96).

"Jie, occupée à faire réciter le subjonctif latin à Zheng" (p.138).

"Jeudi nous ne serons pas là pour le contrôle. C'est nouvel an chinois parce que" (p.142).

[Mariana] : " - J'suis perdue. – Comment ça, perdue ? – J'comprends rien. Partout. – Tu sais, c'est pas très grave de pas tout comprendre. Personne comprend tout, tu sais. Même moi, des fois, j'comprends qu'à moitié c'que j'dis".

[Maria] "M'sieur c'est la vérité elles font bande à part. Une fois dans le bus j'ai demandé à Jie si elle va sortir avec Alexandre ou quoi qu'ce soit, parce qu'on avait vu qu'ils parlaient tous les deux. Eh ben elle m'fait j'peux pas il est pas d'ma race" (p.217).

[Dans une rédaction, l’élève Ming évoque son arrivée en France] (p.268).

 

2.2. Codes et langage des adolescents

[Dico] « C’est pas moi, j’vous dis, j’m’en bats les yeuks d’elle. – Tu t’en bats les quoi ? – J’m’en fous d’elle – J’préfère ». (p.54)

« Frida distillait un récit bu par un demi-cercle de filles. – Alors j’lui fais j’suis pas ta pute, alors il m’fait – Allez, on rentre. » (p.68).

"Frida prodiguait un récit qu'un demi-cercle de filles buvait. – J'lui fais le jour où tu m'tapes j'te jure tu vas mourir, il était complètement en panique, il m'fait d'où tu crois j'vais taper – Allez, on rentre". (p.125)

"Tu as le droit de répondre si tu veux, Souleymane. – J'men fous moi, il dit c'qui veut ce bâtard" (p.174)

[Dico] « J’m’en bats les couilles d’elle » (p.264)

[Djibril] « D’façon, c’est un collège de crevards » (p.279).

 

2.3. La relation enseignant - enseigné

2.3.1.   Le travail pédagogique en Français et d’Aide au Travail Personnel (ATP)

« J’ai demandé qu’ils fassent leur autoportrait en dix lignes » (p. 15).

Utilisation du subjonctif (p. 25) «  - Tu sais, cette règle avec « après que », personne la connaît et tout le monde fait la faute, alors c’est pas la peine de trop se casser la tête là-dessus. (p. 27).

« Ils avaient à rédiger un aphorisme en utilisant le présent de vérité générale » (p.28).

« Ming a su identifier les temps verbaux » (p. 31).

« Scénario, c’est un mot qu’tu connais quand même ? » (p.40).

« Le présent qui exprime une vérité générale » (p. 48).

«  - ça c’est un verbe pour embêter le monde, « émouvoir ». Même les adultes ont du mal, vous avez qu’à faire le test, vous verrez c’est un désastre. Il y a que les gens très cultivés comme moi qui savent ». (p.56).

« Frida, tu étais en train de nous expliquer « pervers » (p.58)

« J’avais expliqué « victimisme » (p.70)

« Etude de l’argumentation » (p.71)

[Contrôle de lecture] : « Je formulais les questions en détachant les mots : - Pourquoi les « souris » dans le titre ? pourquoi-les-souris-dans-le-titre ? » (p.80)

« Qui me rappelle ce qu’est un COI ? » (p.91).

« Je leur ai laissé dix minutes pour relever les compléments dans la phrase » (p.97)

« Conférait c’est comme donnait » (p.97)

« Ça veut dire quoi singularité ? – ça veut dire originalité » (p.97)

« Somme toute... c’est comme au bout du compte » (p.98).

[Alysa] «- M’sieur, c’est quand on utilise le point-virgule ? – C’est assez compliqué. C’est à la fois plus qu’une virgule et moins que les deux points. C’est assez compliqué ». (p.102)

« J’ai fait une colonne avec les mots familiers qu’on ne devait pas écrire, et à coté une autre colonne avec leur conversion acceptable » (p.108).

« Sujet : Sur le modèle du texte étudié en classe, prendre à partie un interlocuteur fictif, sur le thème « nous ne sommes pas du même monde » (p.115).

[le verbe croître]"Quand il précède un t, le i des verbes en aître et oître  prend, au présent de l'indicatif, un accent circonflexe" (p.117).

"a) Relever les verbes conjugués du texte. B) Pour chaque verbe, préciser le temps et sa valeur" (p.135).

"Macho, ce n'est pas le mot exact pour désigner ceux qui n'aiment pas les femmes" (p.146).

"M'sieur, à la télé ils disent toujours ironie du sort, on sait pas ça veut dire quoi" (p.236)

"Il faut absolument que tu soignes l'expression, Salimata (…) Mais m'sieur, comment on peut savoir si une expression elle se dit qu'à l'oral ? – Normalement c'est des choses qu'on sait. C'est des choses qu'on sent, voilà" (p.167).

"Elle a demandé ce que voulait dire "avoir le cafard" (p.169).

"M'sieur, pourquoi est (ce qu'on dit imparfait de l'indicatif. Pourquoi on dit : de l'indicatif". (p.188).

"C'est quoi snob" (p.189).

"Je veux deux raisons pour lesquelles c'est délicat de raconter sa vie" (p.199).

"Le style c'est tout ce qui n'est pas strictement utile. Eh bien pour le langage c'est pareil". (p.210).

"M'sieur, je voulais vous demander, c'est quoi un point-virgule ?" (p. 220).

"Correction de la rédaction sur le souvenir de petite enfance" (p.224)

« Sandra avait demandé à présenter un livre à la classe » (p. 255).

« Je rappelle que c’est pas parce qu’on vous demande d’écrire un dialogue qu’il faut écrire comme on parle, vous voyez ? (p.257).

« Sujet de la rédaction : raconter la première rencontre avec un ami en vous en tenant à votre point de vue » (p.264)

« Moi en l’occurrence, si on m’vait demandé de faire un truc qui me représente, j’aurais pas écrit France ou Vendée, vous voyez. – ça veut dire quoi en locurance, M’sieur ? – C’est un pays. Y’a des gens qu’habitent en Locurance. – Tout le temps, vous charriez, m’sieur, ça s’fait pas » (p.273).

« Pour le dernier cours d’ATP, je leur ai demandé une liste de vingt choses apprises pendant leur année de quatrième, vingt choses qu’ils ne savaient pas et savent maintenant » (p.275). [Ming a appris Pythagore, le commerce triangulaire, les nouveaux appareils de communication     au 19° siècle, le present perfectif en anglais] (p.278).

« Alors, c’est quoi comme figure de style ? » (p.278)

« Factice on sait pas ça veut dire quoi. » (p.279).

« Elles se sont assises, j’ai donné un exercice sur le conditionnel qu’elles ne feraient pas » (p.280).

 

2.3.2.   Quand le prof a bien du mal à se contrôler

« T’es une imbécile, c’est fou c’que tu es une imbécile (...) Je t’insulte si j’ai envie, si j’ai envie de dire que t’es une imbécile, je dis t’es une imbécile et si je le sis, c’est parce que c’est vrai, t’es une imbécile, j’ai trois classes et en ce moment c’est de très très loin toi qui a le titre d’élève la plus imbécile. De très loin. » (p.49).

 « Regagnant mon bureau, j’ai donné un coup de pied dans une chaise qui s’est retournée. Quatre fers en l’air ». (p.60).

« J’ai pivoté sur mes talons pour ne pas l’insulter. Moutarde dans le nez. Comme je regagnais l’estrade, elle a marmonné je ne sais quoi qui a fait rire sa voisine. Moutarde plus haute dans le nez ». (p.63)

« Je m’excuse, mais moi, rire comme ça en public, c’est ce que j’appelle une attitude de pétasses. Elles ont explosé en chœur – C’est bon, c’est pas la peine de nous traiter. - On ne dit pas traiter, on dit insulter. – C’est pas la peine de nous insulter de pétasses. – On dit insulter tout court, ou traiter de. Mais pas un mélange des deux. – D’où vous nous insultez de pétasses ? Ça s’fait pas m’sieur » (p.83).

« Je vous ai pas traitées de pétasses, j’ai dit qu’à un moment donné vous aviez eu une attitude de pétasses, si tu comprends pas ça la différence t’es complètement à la rue ma pauvre ». (p.88).

[Hadia] « - Moi j’pense vous charriez trop – Oui mais toi tu m’aimes pas. –Ah c’est vrai j’vous aime pas beaucoup. – Eh ben moi non plus, j’t’aime pas beaucoup » (p.103).

« Je crachais de la buée par les naseaux  (...) Je parlais en serrant les incisives» (p.113).

" – Hey, j'aime pas beaucoup qu'on se foute de moi". (p.131).

" – Moi les p'tites nanas qui se la pètent ça m'intéresse pas du tout". (p. 131)

 

2.3.3.   Quand le prof évoque ses doutes, ses engagements et quelques souvenirs intimes

"Moi quand j'avais votre âge, j'étais communiste, vous savez ce que ça veut dire communiste ? Moi mes ennemis à l'époque, parce qu'il faut bien en avoir à cet age-là, mes ennemis c'était les patrons, ceux qui dirigent vraiment. Ça avait quand même un peu plus de gueule, non ? (p.137)

"J'avais douze ans je crois à cette époque j'étais pas très avancé, du moins sur certaines choses, sur d'autres oui, mais sur certaines non, et tous les matins on's retrouvait dans la cour avec trois filles et deux garçons. (…) un matin j'arrive elle était pas là, et alors une des deux autres filles a dit que c'était normal, hier elle l'avait appelée et elle lui avait dit qu'elle avait mal au ventre, et alors l'autre garçon a dit ah elle a ses règles ? et la fille a dit t'as tout compris, et moi j'ai dit c'est quoi les règles ? et là ils se sont regardés tous les deux l'air de dire c'est qui ce paysan ? Et voilà, à chaque fois que j'y repense, j'en frissonne de honte. Alors qu'en fait j'devrais pas. Y'a pas de honte". (p.201).

« Chirac saura-t-il tirer les conséquences de ce deuxième échec électoral en trois mois, ou choisira-t il de se cacher derrière l’abstention encore une fois massive lors d’un scrutin européen ? (p.264)

 

2.3.4.   Quand le professeur se trompe ou délire

"J'ai écrit mysogyne au tableau, puis après réflexion, misogyne. – Le préfixe est utilisé négativement, et "gyne", c'est lié à un mot grec qui veut dire utérus. Je confondais avec hystérie, mais ce n'est pas pour cela qu'ils ont pouffé" (p.146)

"Me tournant vers Ming, j'ai dit qu'Autrichienne c'était assez  connu en fait, mais que bon, c'était vraiment un petit pays, qu'on s'en fichait un peu des Autrichiens. (…) Bon franchement c'est pas la peine de s'esquinter le cerveau la-dessus, parce qu'en gros c'est un pays qui n'a aucune importance dans le monde, et même pas en Europe. (…) Si une bombe rayait l'Autriche de la carte, personne ne s'en rendrait compte." (p.187).

" – On peut mettre Delphine ? – Non, pas Delphine. Le ciel sur la tête. Ben pourquoi ? Parce que Delphine, c'est pas possible. Dans mon cours il ne sera jamais question d'une Delphine, ou alors il faudra me passer dessus" (p.220)

"Bon, le 10 Mai c’est l’anniversaire de ma sœur, mais ça on s’en fout un peu. Le 10 mai 1981, François Mitterrand a été élu Président de la République et Bob Marley est mort[7] " (p.240).

 

 

2.3.5.   Un certain décalage entre le prof et les élèves

« Des fois j’ai l’impression qu’vous sortez jamais du dix-neuvième » (p.51).

« M’sieur, pourquoi vous nous charriez toujours comme quoi on ne sait rien ? – Pas toujours, t’exagères un peu. (p.51).

" – La DS dont il est le propriétaire est tombée en panne. - M'sieur, c'est quoi une DS ? – Une DS, tout le monde sait ce que c'est quand même…" (p.129)

" – On en voit dans les films, des fois, Non ? Les films noirs par exemple. – C'est quoi les films noirs ?" (p.129)

"C'est joli Véronique, comme prénom. Non ? Véronique Jeannot elle était jolie" (p.219).

"Par exemple "Je me souviens du premier concert de Johnny Hallyday". Ça vous dit rien ça ? – Vous c'est votre génération. – Ah bon, Johnny c'est ma génération ?" (p.230).

" Le texte était nul, les questions proposées par le manuel trop dures. Je me suis jeté sur la date du jour. Qu'est-ce qui s'est passé d'important le 10 mai ? Le 10 mai 81, ça vous dit rien ?"

 

2.3.6.   Le travail pédagogique en équipe

[A Dianka] : «J’ai spécialement demandé à l’équipe de profs de me signaler tout ce qui te concernait » (p.75)

 

2.3.7.   Une déclaration sincère « d’amour pédagogique » ?

Sylvie s’est tournée vers moi avec un petit air malin que j’ai détesté. – Toi qu’as toujours des quatrième, tu vas pouvoir les découvrir. On verra de quel bois tu te chauffes. – Des quatrième, l’an prochain, j’en prendra i deux, pour être bien sûr de tomber sur un maximum de chieurs. Les chieurs je vais commencer par les calmer, et après j’en ferai des élèves à l’aise en grammaire et inventifs en rédaction. Moi, les chevaux de labour, j’en fais des étalons, c’est ma spécialité. Je suis un génie de la didactique, moi. J’ai inventé la pierre pédagogeale, OK ? » (p. 271).

2.3.8.   Le prof bafoue les lois qu’il tente de faire respecter

« - ça veut dire quoi péjoratif ? Frida n’avait pas levé le doigt. Je me devais de ne pas répondre, sans quoi j’entérinais une entorse aux règles de la vie collective. – Péjoratif ça veut dire négatif » (p.109).

2.3.9.   Un miracle pédagogique

[Sandra, sur les conseils de sa grande sœur biologiste, lit « La République » de Platon] « Mais c’est vachement bien que tu lises ça, dis-donc. Tu comprends c’que tu lis ? – Oui, oui, ça va, merci m’sieur au revoir ».

 

2.3.10.                     La Culture littéraire au collège

Des références culturelles, littéraires, se trouvent dans le texte, mais elles sont « cachées », rien ne vient les identifier.

[Hamlet de W Shakespeare] « Mohamed lui a épargné un mensonge poli. M’sieur, vous préférez être ou ne pas être ? – C’est la question. Moi j’préfère être. – T’as bien raison, on va continuer la leçon ». (p. 32).

 

Les textes étudiés par les élèves restent, le plus souvent, vagues :

« La page de roman évoquait une bourgeoise rigide » (P.50)

«  - C’est une histoire où les personnages c’est des souris ? – Non, c’est des vrais hommes. Il y a juste une histoire de souris à un moment, tu verras ». (p.56).

"J'ai écrit au tableau le titre du roman à acheter et en dessous le nom de l'auteur. – Voilà, c'est un écrivain français. Euh, en fait non, c'est un Belge, mais bon, il a essentiellement vécu en France". (p.177).

"Habiba n'en revenait pas. – Tout le livre les phrases elles commencent par je me souviens ? – Oui oui, tout le livre" (p.229).

"Quand le narrateur dit les esclaves étaient traités plus humainement par les Européens que par les chefs africains parce qu'ils les attachaient aux chevilles et pas au cou, c'est de l'ironie" (p.236)

"Le texte évoquait une grève de mineurs" (p.239)

« Le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange[8] » (p.278)

 

D'autres références littéraires

[Principal] " – Notre ami Dico vous a fait une petite bafouille. J'ai affecté une décontraction de cow-boy. – C'est encore du Chateaubriand, je suppose" (p.156)

[Le professeur donne un document au principal] : «  - C’est pour le deuxième brevet blanc ? – Oui, voilà le sujet, il n’y a plus qu’à le photocopier. Le principal a jeté un œil sur les feuilles agrafées. – Marguerite Duras, c’est bien ça. Vous aimez Duras ?  - Non mais bon. » (p.242)

«  - Alors vous auriez mis quoi, m’sieur ? – Je sais pas. Le nom d’un chanteur que j’aime bien. Ou d’un sportif. Ou d’un écrivain. J’aurais mis Rimbaud, tiens. – C’est qui ? – C’est quelqu’un de ton age » (p.275).

 

 

 

 

2.3.11.                     La visite au musée : la rencontre impossible avec l’Art.

 [Conférencière] : "ça c'est une œuvre qui s'appelle l'Infini matérialisé. Qu'est-ce que vous évoque ce titre ? ça ne vous semble pas bizarre comme expression l'infini matérialisé ? Vous trouvez que ce sont deux mots qui vont bien ensemble, infini et matériel ?" (p.201).

 

2.3.12.                     Ouverture des élèves sur le Monde / Le Monde s’invite dans la classe

Correction de la rédaction dont le sujet était « le sens de l’existence » (p.37).

« J’aurais voulu que chacun vienne lire au tableau son texte sur la pollution » (p.55)

« Mohamed Ali avait dit que les Arabes se plaignaient alors qu’ils étaient aussi racistes que les autres, mais qu’il y avait encore pire c’était les Martiniquais, ils se croyaient plus français que les Arabes, et Faiza avait dit que les Martiniquais ils se croyaient plus français que les Maliens alors que bon c’est n’importe quoi, et j’avais dit il faut pas généraliser » (p.70)

« - Y’en a ils disent vous aimez les hommes. – Ils disent que je suis homosexuel ? – Ouais, voilà. –  Eh ben non - C’est du mytho ? – Ben oui, j’suis désolé. Si j’étais homosexuel j’te le dirais, mais là non ». (p.90).

[Imane] : "Justement, m'sieur, les patrons c'est les Juifs. – En fait, ce que tu veux dire c'est que les Juifs en France sont plus riches que les Arabes, et tu sais quoi ? eh ben t'as raison. Si on prend le niveau de vie moyen des Juifs de France, il est supérieur à celui des Arabes" (p.137)

"Oui mais, a dit Dounia, il faut aussi la protéger la femme, oui mais, a dit Soumaya, rester à la maison toute le journée, c'est abuser, oui mais regarde les films porno c'est abuser aussi a dit Sandra, moi j'dis il faut les interdire parce que c'est un manque de respect, et même moi j'vois, a dit Hinda, des fois t'as des films ils sont même par porno eh ben même là t'as des scènes avec du sexe et tout (…) au bled on peut regarder tranquille alors qu'ici on a toujours la main sur la télécommande des fois qu'y aurait du sexe ou quoi que ce soit".(p.147)

"Si jamais on découvre qu'il y a le gène du crime, ça va changer beaucoup de choses" (p.157)

[Alyssa a rédigé une argumentation] : "Faut-il restaurer l'autorité qu'ont connue nos grands-parents à l'école ?" (p.160)

"Demain le Maroc il joue contre le Bénin, c'est pour ça je veux savoir si ils sont bons ou pas le Bénin". (p.161)

"Je leur ai offert une plage d'expression libre pour réfléchir à ce qu'ils auraient envie de dire au monde si on leur en laissait la possibilité"

"M'sieur, est-ce qu'on peut parler des attentats ? (…) Moi j'étais contente le 11 septembre. Eh M'sieur, il faut voir aussi tous les morts les Américains ils font en Palestine et tout [le prof condamne le terrorisme]" (p.191).

"M'sieur, c'est qui qu'a gagné hier ? – Gagné quoi ? - La politique. – c'est la gauche. – Et c'est bien ça ? – ça c'est à chacun de voir. C'est le principe du vote. – Oui mais nous on comprend rien" (p.208).

« M’sieur, on peut faire un débat ? – Et le brevet, on s’en fout ? – Les débats, c’est mieux. Ils ont commencé à parler du mariage homosexuel, les filles n’étaient pas contre, les garçons totalement. » (p.281).

 

2.3.13.                     La secrète déclaration d’amour (pédagogique) à l’élève Ming

« Ming montait les escaliers (...) J’aurais pu lui dire tu es admirable, tu es un diamant, tu es la preuve de la vie, ton cerveau c’est un chef-d’œuvre et ton âme aussi » (p.247).

 

2.4.  Contestations, discipline, violences et incivilités

« Jean-Philippe, en poste depuis quatre ans, faisait glisser son doigt sur les prénoms d’une classe de cinquième, disant à chaque fois « gentil » ou « pas gentil » (p. 13).

« Que ce soit clair dès le début de l’année : je veux que quand ça sonne on se range immédiatement » (p.14).

« Le principal est apparu dans l’encadrement, suivi de l’intendant et des deux conseillers principaux d’éducation. Comme les élèves ne l’avaient pas fait spontanément, il leur a demandé de se lever. – C’est une façon de dire bonjour à l’adulte qui rentre, c’est tout. Il ne faut pas le prendre comme une humiliation » (p.16).

« Dico tardait à s’engager dans les escaliers à la suite des autres. – M’sieur, je veux pas être dans cette classe, elle est toute pourrie. – Pourquoi elle est pourrie ? – Encore vous prof principal, ça s’fait pas. – Dépêche-toi. » (P.12)

«  - Putain, c’est inadmissible de supporter ça. Vous les avez déjà eus les cinquième 1 ? – Une fois. – Parce que moi, c’est des fous furieux. Premier cours, j’ai déjà fait trois fiches incident » (p.21).

« C’est des dingues, j’te jure. J’ai fait quatre fiches incident ce matin » (p.34).

« - Vous avez la rage, et vous vous en prenez à moi, ça s’fait pas m’sieur. – C’est pas à toi de m’expliquer si j’ai la rage ou pas, et maintenant tu te tais parce que ça va mal finir ». (p.57).

« J’ai rédigé le libellé de la punition assorti d’un mot pour les parents. (...) Excuse-toi. Tant qu’tu t’es pas excusée, j’te libère pas ». (p. 59).

« La capuche, Souleymane, s’il te plait » (p.63)

[Dico] : « M’sieur, c’est encore possible de change de classe ? » (p.67).

« La capuche, Souleymane, s’il te plait » (p.68).

[Khoumba a rédigé une punition sur le thème du respect] : « Je m’engage à vous respecter si c’est réciproque. Normalement dans un cours de français on doit parler du français et pas de sa grand-mère ou de sa sœur. C’est pour ça à partir de maintenant je ne vous parlerai plus » (p.70).

« Ça s’est pas arrangé du tout, les cinquième 1. Hier j’ai fait deux fiches incident et j’en ai exclu un. » (p.73).

« La capuche, Souleymane, s’il te plait. Et le bonnet aussi ». (p.75).

« Le CPE Christian essayait tant bien que mal de tasser l’arrière de la troisième 3 parquée au pied des escaliers en attendant que se dissipe la bombe lacrymogène » (p.85)

« Mon père il apprend que vous m’avez insultée de pétasse il vous tue, j’vous jure sur la vie d’mes enfants de plus tard » (p.87).

« Souleymane, enlève-moi tout ça » (p.89)

[altarcation avec un élève inconnu qui se battait dans la cour] « -Excuse –toi ! – T’as qu’à pas m’ pousser. – On tutoie pas ses profs. » (p. 112)

"Souleymane est entré encapuchonné" (p.141)

Dico : "M'sieur c'est encore possible de changer de classe ?" (p.125).

[Jean-Philippe] : "La semaine dernière j'ai eu des messages un peu bizarres sur mon répondeur. Des messages un peu obscènes on va dire." (p.162)

[Dico] : "M'sieur, c'est possible de changer de classe ?" (p.176)

"Souleymane est entré encapuché. – Souleymane. Le bonnet aussi." (p.176)

"Mariama a recommencé à se moquer des chinoises de ta classe" (p.183).

Tu sais que je suis en train de collecter les éléments sur toi pour faire un dossier d'exclusion définitive ? – J'men fous d'ton dossier." (p.184)

"J'ai poussé Dico dans le dos pour qu'il avance. – Vous m'touchez pas, pourquoi vous m'touchez ?" (p.195).

[Souleymane a agressé et blessé Hinda] (p.202).

[Fiche incident rédigée par Chantal] : « Je demande à Dico de se taire pour la nième fois. Il marmonne : c’est bon ! Elle me casse les couilles celle-là » (p.241)

[Le principal a propos du nouvel élève de Troisième 3] : « - Ce jeune homme a pris la méchante habitude de se masturber en classe (...) son éducatrice m’a dit qu’il fallait se méfier parce qu’il était extrêmement mûr ». (p.243).

[Dico] : « Arrêtez d’ marcher comme ça, pourquoi vous allez chez le principal, pourquoi vous restez pas là ? P’tit pédé (...) Restez-là si vous êtes un homme» (p.251).

[Dico] « C’est pas ça frapper, frapper j’vais vous montrer c’que c’est. – Ah ouhais, tu vas m’montrer ? – Ouais, j’vais te montrer. J’ai repris la marche vers le bureau, il me suivait ce con ».

 

2.5. Des adolescents qui cherchent leur place

« A titre d’exemple de présent à valeur de futur proche, j’avais écrit « Bill part demain à Boston ». Djibril a pris la parole sans la demander. – Pourquoi c’est toujours Bill ou des trucs comme ça ? Pourquoi c’est jamais, j’sais pas moi, Rachid ou quoi que ce soit ? – Si je commence à vouloir représenter les nationalités au niveau des prénoms, j’vais pas m’en sortir. Mais bon, on va mettre Rachid pour faire plaisir à Djibril. » (p. 33).

[Djibril] «  - M’sieur, c’est quoi le prénom dans la phrase ? – Jacqueline. – C’est trop bizarre. – C’est Jacques pour une femme. – On peut changer ? – Jane, ça existe ? – Oui, oui. » (p.73).

[Dico] « M’sieur, j’ai une question mais si j’la pose, vous allez m’envoyer à Guantanamo » (p.89)

[Djibril] – "M'sieur pourquoi dans les exemples c'est toujours Véronique et jamais, j'sais pas, Fatimah ou quoi qu'ce soit". (p.219].

 

2.6. Les adolescents et la sexualité

[Elise] : « J’marchais dans la cour, y’a Idrissa qui s’approche et qui m’fait eh madame vous êtes trop jolie. J’lui fais beh dis donc Idrissa qu’est-ce qui t’arrive ? On parle pas comme ça à sa prof quand même. Il m’fait ouais mais là madame vous êtes trop jolie avec votre nouvelle coiffure, maquillée et tout ». (p.94).

« M’sieur, vous trouvez pas qu’elle est belle, Hinda ? – Elle est très jolie. – Vous trouvez pas qu’elle ressemble à Jennifer de la Star’ac ? Tout le monde le dit, moi j’trouve c’est trop vrai qu’elle lui ressemble » (p.282)

 

2.7. Les élèves reconnus en dehors de l’institution scolaire

[Fête du collège à la Mairie du 19° arrondissement] « Le principal ne suait pas dans sa veste grise des grands jours : - Je voudrais vous dire que vous avez du talent, que souvent vous nous l’avez montré. Que tout le monde peut réussir à condition de vouloir. Car in n’apprend que si on veut apprendre, que si ça s’inscrit dans un projet. [Alyssa récite la tirade de Musset. Hélène et Zaïna dansent] (p.286). [Un tournoi de foot rassemble élèves et professeurs] (p.289).

 

3.     La vie institutionnelle

3.1. Le conseil d’administration

[Sandra et Soumeya sont les déléguées élues par les élèves] : « Comme Marie ouvrait la séance pour amender l’article du règlement sur les signes politiques et religieux, Sandra a levé le doigt et demandé le sens exact de prosélytisme. De quatre ou cinq bouches raidies par la solennité, quatre ou cinq définitions ont émergé. (...) Considérant cette polyphonie, le principal a proposé de repousser le vote en fin de séance » (p.76).

[Le Principal] : « J’aimerais vous soumettre le projet de change d’horaires pour l’année prochaine » (p.77).

"Les enseignants souhaitent évoquer le problème de la machine à café] (p.152)

"Si vous voulez bien, il faut maintenant passer à la division horaire globale pour l'année prochaine" (p.154).

 

3.2. Le conseil de classe

« Kantara ? Avertissement travail et de conduite, c’est noté » (p.111).

[Le conseil de classe de troisième évoque l'orientation des élèves] (p.222).

[Le conseil de classe de quatrième évoque l’orientation des élèves] « Djibril ? s’il n’a pas de projet on peut l’envoyer vers une troisième à option professionnelle » (p.258)

 

3.3. La réunion parents / profs

"Sans attendre que je l'en prie, une mère blanche avait investi une des deux chaises. – C'était pour parler de Diégo" (p.119).

[Un parent d'élève insiste sur la dimension psychologique de la relation prof / élève] : "Forcément Diégo a tendance à surinvestir sur vous parce que malgré tout vous êtes un référent adulte. – Ah ? – En fait, dans ce genre de schéma, il faut sceller un pacte de filiation et d'apprentissage et comme vous ne l'avez pas scellé, forcément, il développe une conduite d'échec. En fait il est en demande. Il est en souffrance de lien et il cherche à le créer. – Oui, je comprends. Je m'étais levé, faisant signe au suivant d'approcher. La mère blanche a tardé à comprendre le congé qu'on lui donnait. – Ce sont des enfants avant d'être des élèves, il faut que vous le sachiez. – Oui, oui, au revoir Madame". (p.120)

"La suivante était blonde comme son fils, pour autant je ne l'ai pas identifiée. – Je suis la maman de Kévin. (…) Est-ce que Kévin mange en classe ? (…) c'est sur qu'avec son père ça ne se serait pas passé comme ça". (p.227).

 

3.4. Journées  de réflexion pédagogique

3.4.1.   Le projet d’établissement

[Soutien aux étrangers primo arrivants, mise en place d’un système de sanctions basé sur le permis à points, et poids des cartables] (p.42).

 

3.4.2.   Le débat national sur la réforme du collège

[Vingt-deux questions se suivent, sans titre, sans explication ni mise en perspective] : « 1. Quelles sont les valeurs de l’école républicaine et comment faire en sorte que la société les reconnaisse ? (...) 22. Comment former, recruter, évaluer les enseignants et mieux organiser leur carrière ? » (p.61).

 

3.4.3.   Conseil de profs et autres réunions pédagogiques

" - Pour ma part, je ne suis pas favorable au redoublement pour les troisièmes. Il faut savoir qu'au lycée il y a de quoi accueillir tout le monde, filière professionnelle et générale confondues. Il y a des élèves complètement perdus au collège qui dans le professionnel révèlent des qualités". (…) Je me dois aussi de vous rappeler que le Bulletin officiel déconseille de donner des lignes à copier. (p.127)

"Le principal souhaitait revenir sur les résultats du brevet blanc. (…)  - Ma conviction, c'est que le redoublement en troisième ça n'existe pas. Il y a de la place pour chacun d'entre vous au lycée" (p.181).

"- Youssouf ? – Oh là là çui là. Toi, il est comment chez toi ? – ça va. – Et toi ? – Limite – Non, chez moi ça va. – Faut l'isoler, c'est tout. – En ATP il est chiant. – En gros parmi nous il emmerde qui, au juste ? – Moi – Moi – Moi, oui, il m'embête. – Dissipé en fait ? - Voilà, dissipé. – OK, très bien, élève dissipé, doit changer son comportement. On passe à Aghilès" (p.205).

 

3.5. Le conseil de médiation

 [Danièle a propos de Ndeyé] : "Elle a refusé de me suivre et m'a traité, je cite, de connard" (p.144).

 

3.6. Le conseil de discipline

"Le principal a conclu en demandant une exclusion définitive et précisant que cette sanction, si elle tombait, aurait une valeur éducative et offrirait à Idrissa la possibilité de se reconstruire ailleurs.(…) Nous avons voté l'exclusion définitive" (p.165)

"Si le conseil de discipline demande aujourd'hui l'exclusion définitive, c'est pour donner à Souleymane la possibilité de se reconstruire ailleurs (…) Nous avons voté l'exclusion définitive" (p.214).

« Il faut que vous compreniez que ce conseil de discipline n’intervient qu’après toutes les tentatives pour ramener Vagbéma à la règle, et que, quelles que soit la sanction prise après-demain, elle le sera dans un but éducatif ». (p.242). « - Ce monsieur est persuadé que son fils est envoûté (...) Nous avons voté l’exclusion définitive » (p.245).

 

3.7. L’orientation après le collège

« La conseillère d’orientation psychologie détaillait les parcours possibles après la troisième (...) En gros, il faut trouver le compromis entre désir et réalité » (p.36).

« Comme prévu, j’ai avec moi vos dossiers d’orientation. Bon, vous avez en gros deux cadres, on s’occupera pas du troisième qui est spécifique et ne vous concerne pas. Donc vous mettez par exemple secrétariat en premier vœu. Après vous passez au deuxième vœu, par exemple broderie. (...) Pour le premier choix, vous êtes obligés de demander un lycée du secteur. Bon les secteurs, qu’est-ce que c’est ? En tout, vous en avez quatre qui correspondent en gros à Ouest, Est, Nord et Sud. Nous c’est l’Est. (...) Voilà, c’est très simple » (p.250).

 

4.     La vie pédagogique en dehors des élèves

 

4.1. La salle des profs

4.1.1.   La démotivation et la fatigue des enseignants

4.1.1.1.       La démotivation

« Je m’ennuyais » (p.25).

« C’est comportement caillera typique, ils te défient en permanence » (p. 46).

« Les quatrièmes, c’est la plaie ». (p.65)

« ça t’emmerde pas de revenir là, toi ? Moi carrément » (p.67)

 « Bastien écoutait d’une oreille assoupie et pour tout dire s’en foutait ». (p.99).

"C'est Noël, ça me déprime. Léopold et Line ont acquiescé. – M'en parle pas". (p.122).

"Gilles avait le visage halé sauf le visage. – ça me gonfle de revenir là, tu peux pas savoir. – C'est dur, hein ? – Tu m'étonnes. – Moi, c'est pareil." (p.176)

« - J’en ai marre de ces guignols, j’peux plus les voir. Ils m’ont fait un souk j’en peux plus, j’peux plus les supporter, j’peux plus, j’peux plus, ça sait rien du tout et ça te regarde comme si t’étais une chaise dès qu’tu veux leur apprendre quelque chose, mais qu’ils y restent dans leur merde, qu’ils y restent, moi j’irai pas les rechercher, j’ai fait c’que j’avais à faire, j’ai essayé de les tirer mais ils veulent pas, c’est tout y’a rien à faire, putain, j’peux plus les voir, j’vais en assommer un, c’est sûr, ils sont mais d’une bassesse, d’une mauvaise foi, toujours à chercher l’embrouille là, mais allez y les gars, allez-y restez bien dans votre quartier pourri, toute la vie vous allez y rester et ce sera bien fait, mais c’est qu’en plus ils sont contents ces connards, ils sont contents d’y rester ces bouffons, c’est pas maintenant qu’ils vont s’y mettre à la physique alors qu’ils sont à moitié en rut, à pousser des cris comme ça dans la cour, et même en classe c’est du délire, j’t’assure, ils sont là comme des bêtes, j’te jure, j’ai jamais vu ça, j’peux plus les supporter (…) quelqu’un a un mouchoir en papier ? » (p. 213)

"ça me fait chier d'être là, mais à un point t'imagines même pas – J'ai pas envie de reprendre, c'est grave. – C'est dur de revenir, dis-donc. - Attends, mais moi t'imagines même pas à quel point ça me fait carrément chier d'être là " (p.233).

«  – C’est inadmissible de supporter ça. Y en a deux qui ont ouvert ma salle de classe et qui m’ont traitée de grosse pute, c’est agréable, j’te jure. Jean-Philippe secouait la tête d’accablement. – Yen a, il faudrait carrément leur dire de plus venir à partir des conseils. C’est comme pendant le ramadan, ils feraient mieux de rester chez eux » (…) – Ecoute, y a pas à culpabiliser. Comme disait ma mère, on fait pas des étalons avec de chevaux de labour » (p. 271).

[Léopold] «  - Moi je travaillais pas le mercredi cette année, j’vais pas commencer maintenant. Il n’irait ni à la fête ni au tournoi. Moi si » (p.284).

 

4.1.1.2.       La fatigue

« Elise examinait son emploi du temps. Trois heures le vendredi après-m’, merci. – Moi pareil le jeudi. – Commencer à huit heures le lundi, faut y aller. – Oui mais au moins les gamins ils dorment, c’est plus calme. (p.17).

« J’avais mal dormi, ils dormaient ». (p.27).

« -T’as l’air fatigué. – Ouais, j’sais pas » (p. 33).

« L’année dernière je suis tombé à 7 de tension. J’ai pas envie que ça recommence » (p.34).

« J’avais mal dormi » (p.49).

« - T’as l’air fatigué en tous cas. – Ouais, j’sais pas. – Tu vas pouvoir te reposer, remarque.  – Ouais, j’sais pas. Ça me stresse les vacances. (p.65).

« J’avais mal dormi ». (p.68).

« J’avais mal dormi » (p.74).

« J’avais la bouche pâteuse d’avoir peu dormi » (p.87).

« - T’as l’air fatigué, toi. – Ouais, j’sais pas. » (p.94).

« Dans l’hypnose d’après quatre heures de cours, je n’ai pas hésité » (p.112).

"J'avais mal dormi" (p.131).

"J'avais mal dormi" (p.187).

" – T'as pas bonne mine, dis-donc. – ça se voit tant que ça ? – J'"ai fait une sorte de malaise vendredi. – Non ?" (p.196).

"J'avais mal dormi" (p.204).

"J'avais mal dormi" (p.230)

"J'avais mal dormi" (p.234)

« Le regard de Julien s’est arrêté sur Gilles – T’as une petite mine, toi » (p.253)

« J’avais mal dormi » ‘p.284).

 

4.1.2.   Les petits « riens » de la vie des enseignants au collège.

« Sur la table basse du coin salon, Bastien avait laissé un paquet de gâteaux secs destinés à tous. Danièle s’est servie » (p. 16).

« Pour conclure cette journée de réflexion, le principal offrait le champagne ». (p.47).

« Géraldine érodait une brioche posée au milieu de la table ovale » (p.52).

« Gilles tripotait une cigarette en souffrance de salle fumeur » (p.65)

« Le principal a saisi une des bouteilles de champagne que l’établissement offrait (p.79).

« Bastien a avalé d’un trait son gâteau sec » (p.92)

"Bastien achevait un gâteau sec" (p.139)

"Une heure après, sept bouteilles de vin blanc hérissaient une table diligemment couverte d'une nappe en papier par l'intendant. (p.155)

[Géraldine annonce qu'elle est enceinte] " – J'avais même acheté des chocolats. Elle a dénoué le ruban de la boite et la grâce lui est tombée dessus. Je souhaite deux choses : que la maman de Ming soit sauvée et que mon enfant devienne aussi intelligent que Ming" (p.239).

« Les ventres de Géraldine et Sylvie étaient maintenant de grosseur égale, la première ayant rattrapé son retard sur la seconde du fait des jumeaux » (p.270)

 

4.1.3.   Les préoccupations « corporatistes »  et la carrière

[Jour de la rentrée] : «  – De toute façon, je savais qu’en rentrant intra-muros, je m’exposais à ça. Une de trente ans passés a renchéri. – Intra-muros, faut le dire vite. Ça se joue à rien »(p.12).

" – J'ai paniqué, j'ai paniqué. Devant la copie j'ai perdu tous mes moyens. – L'agreg interne pour ça c'est un piège, t'es sorti du circuit, t'es plus habitué". (p.182).

"En plus j'ai eu ma note administrative, ça m'a complètement déprimé (…) T'es là, t'essaies d'faire un minimum de boulot et les autres la-haut qui captent rien de c'que tu fais ils te balancent des notes de merde, moi ça m'déprime" (p.196).

« Claude a interpellé Julien. T’as ta mute il paraît ? – Ouais, à Royan. – C’est l’pied dis-donc. – C’est pas une ville avec des remparts, Royan ? – Si, si. – C’est bien, ça. (p.253).

«  – Où ça ? – A la Réunion, j’ai eu mon affectation hier. – Ouah, la chance. – C’est clair. Là-bas les impôts sont plus bas de 30 %. (p. 260)

 

 

 

 

 

4.1.4.   La « culture » et les valeurs des enseignants

« Léopold surfait sur un site gothique » (p. 20).

« L’autre jour, mon beau-père était là en week-end, il a voulu regarder les infos sur la une, on lui a dit désolé mais ça va pas être possible » (p. 21).

« Je suis scorpion, c’est-à-dire que je suis assez relâchée, tu vois, et en même temps assez caractérielle. – Moi j’suis gémeaux » (P .34).

« Léopold, trois anneaux par sourcil, a ouvert un classeur sur une page poster où une vamp ouvrait de grands yeux maquillés à la suie. – C’est qui ? – Il a chuchoté un nom en italien. – C’est quel genre ? – Métal ? –ça existe le métal italien ? » (p.42)

[Géraldine et Sylvie parlent logement] : « Le onzième arrondissement, y’a d’la vie partout, et puis c’est plutôt jeune. – Pas forcément. – Enfin jeune je sais pas, mais socialement, tu vois, tu te retrouves pas avec des vieilles bourges hyperfriquées qui te toisent dans l’ascenseur avec leur chien et tout. – Oui, mais c’est un coup à se retrouver avec des profs. » (p.52).

" - Les chiens, moi, non merci. Le chat, en voilà un animal qu'il est bien. – Moi j'en avais un avant. – Moi j'en ai toujours un. – T'as du pot. – Le matin j'adore quand il vient te réveiller en ronronnant". (p.122).

" – Moi j'ai fait de la danse, mais j'ai arrêté. – Moi aussi, cinq ans, mais maintenant je fais de l'accordéon" (p.134).

"A propos du punk, tu as connu un groupe qui s'appelait les Tétines noires ? – Oui, oui, j'ai connu. – Ben tu vois ça c'est un groupe qu'a fait la transition entre le punk et le gothique. – Et tu l'aimais bien ce groupe ? – Trop de texte" (p.141)

« Sur le tee-shirt de Léopold, un aigle pas engageant survolait les lettres de Rhapsody[9] » (p.282)

 

4.1.5.   Le bonheur d’enseigner ?

[Lydia] « Leur apprendre des choses ? – A qui ? – Aux autres gens. – Donc un prof, sa vie a du sens ? – Ben oui, parce qu’il a une mission et tout. – Tu veux dire qu’on l’a mis sur terre pour ça ? – Peut-être, J’sais pas. » (p. 39).

[Line, professeur d’espagnol, a propos des troisième 2] : « J’ai un peu changé ma méthode aujourd’hui. A la fin je leur ai demandé si ça allait mieux comme ça. Ils m’ont dit oui. Donc j’ai compris : pas trop d’explications, de textes. Maintenant il faudrait pas qu’il y ait un inspecteur qui débarque. (...) Je leur avais donné la biographie de quelqu’un de célèbre à rédiger, et là je vois Calderon. Du coup j’ai un gros espoir, et non, en fait c’est un sportif apparemment. – Footballeur. » (p.85)

 

 

4.1.6.   Le regard des enseignants sur les élèves

« On passe à Salimata. – En sport, c’est une vraie gazelle. En maths, ce serait plutôt une pie  (...) – Moi c’est surtout l’agressivité. Ça doit venir de sa mère. Je l’ai reçue, elle est pareille » (p.111)

[Mariama] : "Elle s'est mouchée bruyamment. Je n'aurais pas parié qu'elle réalisait qu'elle était socialement foutue".(p.180).

[Géraldine enceinte] "Je souhaite que mon enfant devienne aussi intelligent que Ming" (p.239).

[Chantal] « C’est inadmissible de supporter ça. Y en a deux qui ont ouvert ma salle de classe et qui m’ont traitée de grosse pute, c’est agréable, j’te jure » (p.270).

 

4.1.7.   Humour ( ?) enseignant

« Sur le tableau d’information en liège, quelqu’un avait punaisé la photocopie d’un document titré La Réforme des bulletins scolaires et qui consistait en une simulation caricaturale. La colonne de gauche superposait les matières, celle du milieu proposait une appréciation dite « d’avant », et la dernière de « maintenant ». Français, avant : niveau catastrophique en orthographe ; maintenant : Jean fait preuve d’une grande créativité et d’une écriture personnalisée. Maths, avant : manque de rigueur à l’écrit, oral inexistant ; maintenant : sens artistique très développé, élève discret qui sait prendre du recul. Arts plastiques, avant : oublis de matériel beaucoup trop fréquents ; maintenant : Jean refuse d’être victime de la société de consommation ». (p.104).

 

 

4.1.8.   Quand le Monde s’invite en salle des professeurs

[Rachel était absente la veille] : « Rachel a souri et mis des points de suspension entre les mots. – C’était pour des raisons religieuses. C’était Kippour. Mes enfants sont contents. En plus mon mari est d’origine arabe, alors ils font le ramadan cette année. J’ai demandé si Kippour était une fête palestinienne qui consistait à attaquer Israël par surprise tous les ans. Rachel n’a pas ri. » (p.93)

[Rachel] : "J'ai entendu Hakim qui disait sale Juif à Gibran (…) Sandra m'a déçu. Elle a dit moi, de toute façon, je suis raciste envers les Juifs, et ce sera toute ma vie comme ça". (p.133)

 

 

4.2. L'administration

[L’élève Vagbéma, agressif, est sermonné par le principal (p.114)

"Hier, Ali, le surveillant, est entré dans mon bureau en criant "j'vais les tuer", "j'vais les tuer" comme ça pendant trois ou quatre minutes". (p.148).

[Le principal] : « J’ai obtenu que les profs qui corrigeront le brevet ici ne corrigent que les élèves de ce collège. – Ah ? Content de son coup. – Comme ça, vous comprenez, ils compareront pas avec des copies d’ici, ce qui permettra de hausser les résultats, vous voyez le truc ? – Jolie ruse. – Oui, je peux dire que je suis assez content de mon coup. Bon ça changera pas la face du monde autant que le nez de ma grand-mère, mais on sait jamais, ça peut relever le pourcentage ». (p.262).

« J’ai ouvert la porte. Le principal était juste là debout, soignant un élève qui saignait du nez » (p.266).

[Le principal à Dico] «  - Si tu veux partir, tu pars vraiment, et voilà. Nous, de toute façon, on veut plus t’voir » (p.267)

 

5.     Une société conservatrice... et progressiste

 

5.1. Le racisme et le colonialisme

[Géraldine] « C’est Djibril, il me fait ouais, les espagnols c’est des racistes. J’lui ai dit écoute Djibril des racistes y’en a partout, mais en Espagne pas plus qu’ailleurs. Là-dessus ils se mettent tous à gueuler que ouais c’est vrai les Espagnols c’est des racistes » (p.105)

[Géraldine] : « En fait, ils sont aussi racistes que les autres. Ils ont une espèce de racisme anti-Blanc, c’est dingue. Le colonialisme, OK, mais là ça va, y’a prescription. Moi j’ai une copine juive, tu vois, ben les Allemands maintenant c’est bon, elle fait plus une fixation ». (p.106)

 

5.2. Salimata, élève des Comores, a perdu son père

[Le CPE souhaite rassembler 1 200 euros pour payer le billet d’avion qui va permettre à la famille de faire son deuil] « Salimata est une élève plus que sérieuse et mérite toute notre sympathie et notre compassion ».

 

5.3. Madame Zhu, la maman de Ming risque d'être renvoyée en Chine

[Marie] "Ce que je propose c'est d'abord qu'on se cotise pour payer au moins en partie l'avocat, et qu'ensuite on se démerde histoire d'influencer un peu – C'est vraiment horrible parce que Ming c'est vraiment la grande classe. Tout le monde a contribué". (p.237).

[Marie] «  L’avocate est payée. Plus on sera nombreux au procès, plus ça peut peser. Donc j’ai demandé à ce qu’on annule les cours à l’heure où ça aura lieu, histoire qu’on soit un maximum de collègues » (p.247).

[L’ensemble de l’équipe pédagogique apporte son soutien au tribunal – p. 254]

« Marie a pris place dans le cercle irrégulier, sobrement défaite. – Bon, le verdict est tombé, on a perdu. (...) Dans ce genre de dossier y’en a un sur cent qui s’en sort. Mais l’avocate y croyait » (p.261).

 

 

 

 

 

 

6.     Un roman (publié en 2006) révélateur des « démons » de la société française en 2010 ?

6.1. Le professeur, une image contrastée

Imaginons un service hospitalier qui n’aurait à soigner que des maladies bénignes, ou des soldats confrontés à des adversaires ayant pour seules armes des bâtons. Leur victoire serait aisée...

Eh oui, parfois le professeur est confronté à des élèves « difficiles », qui peinent à trouver leurs marques dans le système scolaire. Certains, considèrent alors l’enseignant comme un martyr, un être d’une intelligence « supérieure » confronté à des jeunes qui le méprisent, l’agressent verbalement (et très rarement, fort heureusement) physiquement. Il porte héroïquement la civilisation dans un monde qui n’est qu’ignorance et brutalité. C’est un saint, un héros, un martyr.

Pour d’autres, le professeur qui n’adapte pas sa pédagogie aux élèves les plus en difficulté, qui les isole, les raille, les marginalise au lieu de tout mettre en œuvre pour les aider, ce professeur là pourrait fort bien être classé dans la catégorie des personnalités dangereuses, qui trouvent une grande satisfaction dans l’humiliation des plus faibles.

Le professeur de Français décrit dans le livre oscille entre ces deux pôles : il apporte incontestablement les nombreuses richesses de sa discipline aux élèves, il sait varier sa pédagogie, et il n’hésite pas à faire « rentrer le monde dans la classe ». Mais il lui arrive de « déraper », d’agresser et de rejeter ceux parmi les élèves qui auraient le plus besoin de son aide... (la faute seulement à l’Institution ?...).

Force est de constater que le travail pédagogique « en équipe » est pratiquement inexistant, alors que le volet « contrôle et répression » des élèves (fiches d’incident, réunions consacrées à la discipline, conseils de discipline) est particulièrement fourni...

 

6.2. Un roman qui renforce  certainement la vision du monde des xénophobes.

D’une certaine manière, ce pauvre collège (un parmi les 7 000, publics ou privés, que compte la France métropolitaine et les DOM) est littéralement envahi par des hordes d’étrangers (des « petits sauvageons ») qui ne partagent en rien nos valeurs chrétiennes, humanistes et républicaines ; les enseignants souffrent, les pauvres élèves « blancs » ont beaucoup de peine pour exister, tant ces envahisseurs sont expansifs et sûrs de leurs droits.

On peut noter que le livre établit une certaine ligne de partage entre les immigrés chinois (qui font des efforts pour s’intégrer et ne cherchent jamais à s’opposer) et les barbares malfaisants, filles et garçons, dont la contestation, le manque de respect et l’agression constituent le principal mode de pensée.

Avec cette manière de présenter les choses, l’étranger, celui qui est différent, ne constitue qu’exceptionnellement une richesse : les enseignants, en grande majorité, vivent leur exercice professionnel dans cet établissement comme une sanction, qui ne peut qu’occasionner fatigue et découragement. Chacun est conduit à déverser sa colère et son insatisfaction en salle des professeurs, en attendant le conseil de discipline qui, en excluant les perturbateurs, fera retomber – temporairement – la pression.

Le roman n’évoque pas les procédures (soutien personnel, autres méthodes pédagogiques, travail commun avec le professeur documentaliste, etc.) qui pourraient donner de nouvelles perspectives de réussite aux élèves.

 

6.3. Une vision du monde et du système éducatif qui peut susciter l’adhésion des lecteurs « humanistes »

En dépit de la fatigue, de la dureté du métier et de leur isolement, les enseignants du collège peuvent, s’il le faut, se montrer charitables. Ils n’hésitent pas à effectuer collectivement un don caritatif pour la jeune comorienne Salimata, « une élève plus que sérieuse et sympathique ».

Mieux, ils payent une partie des frais d’avocat et militent au tribunal pour que la mère de l’élève Ming (incontestablement un enfant d’immigré aimable et d’un excellent niveau scolaire) ne soit pas renvoyée dans son pays. Il convient de noter ici que les enseignants ne contestent nullement une politique de l’immigration basée sur le rejet de l’autre, la stigmatisation des étrangers : ils ne proposent aucune analyse « politique », et partagent un sentiment simplement compassionnel (certains diront que c’est déjà beaucoup !) de la situation de cet élève chinois et de sa mère dans notre pays. De plus, le roman choisit de sanctionner par l’échec ce geste de solidarité... L’élève Ming sera donc séparé de sa maman, mais nous sommes déjà dans la fête de fin d’année... La scolarité s’est mise en vacances... jusqu’au retour des mêmes conflits et souffrances en septembre. Nous ignorons ce que deviendra l’élève Ming...

 

6.4. Au final, beaucoup d’ambiguïtés dans un contexte politique et social aujourd’hui bien malsain.

6.4.1.   Les boucs émissaires qui doivent occulter la crise du capitalisme

6.4.1.1.       La politique de l’immigration

M. Eric Besson est aujourd’hui le Ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire. Comme son prédécesseur à ce poste, M. Hortefeux, le Ministre entend augmenter de façon significative le nombre d’interpellations d’étrangers en situation irrégulière : M. Besson espère bien dépasser les 25 000 reconduites d’étrangers à la frontière réalisées par M. Hortefeux. Dans ce contexte, au moment où « la France est, comme tout Etat, légitimement fondée à choisir les personnes qu’elle souhaite accueillir sur son territoire», il est couramment admis que les forces de police fassent tout leur possible pour débusquer ces clandestins, si semblables aux jeunes français issus de l’immigration... Les contrôles « au faciès » se multiplient ; chaque étranger (chaque mariage mixte !) constitue une menace potentielle pour notre précieuse et pure identité nationale.

 

 

 

6.4.1.2.       Des médias vigilants, mobilisés, et vraiment indépendants

Depuis quelques mois, France 2[10], France 5[11] et France 3[12] (chaînes du service public) ont donné une nouvelle dimension au « quatrième pouvoir » qu’ils incarnent dans notre démocratie. Au fil des semaines, les téléspectateurs ont été éclairés sur des sujets forts différents et de la première importance : l’immigration en France (choisie ou clandestine), l’insécurité, les trafiquants de drogue, l’installation de portiques de détection dans les aéroports, le vote de la Suisse contre les minarets, les viols et tournantes dans les cités, le bilan positif de la colonisation, la menace des réseaux terroristes islamistes, le débat sur l’identité nationale, la lutte contre le port de la burka, la lutte contre les forces du Mal en Afghanistan, et, à nouveau, l’immigration.

Certains commentateurs impertinents voient, dans les sommaires de ces magazines d’information et de débat un moyen de faire oublier la crise financière (qui semble n’avoir jamais eu de cause....) et une tentative bassement politicienne de « siphonner », à quelques mois des élections régionales, l’électorat de l’extrême droite, en lui « empruntant » ses thèmes les plus chers ». Mais, ce n’est que pure spéculation, puisque les présidents des chaînes publiques ne sont pas encore nommés par le Président de la République !...

 

6.4.1.3.       « La journée de la jupe », enfin une œuvre moins « politiquement correcte » ?

Une autre création culturelle récente, basée sur des situations très semblables, va elle aussi rencontrer le public et nous éclairer sur les contradictions qui traversent la société française.

« La journée de la jupe » est un film français de Jean-Paul Lilienfeld, diffusé d’abord sur Arte (2,2 millions de spectateurs) et sorti en salle (50 copies) le 25 mars 2009. En voici le synopsis :

Sonia Bergerac (Isabelle Adjani) est professeur de français dans un collège de banlieue difficile. Elle vit difficilement la dureté quotidienne des relations avec ses élèves, et est d'autant plus fragilisée par le départ de son mari. Lors d'une répétition théâtrale avec une de ses classes, elle découvre un pistolet dans le sac de l’élève Mouss, un grand « Black ». En cherchant à s'en emparer, un coup part et blesse un élève à la jambe. Dans la confusion du moment, elle craque et prend sa classe en otage. Alors qu'à l'extérieur, les autorités scolaires, policières et politiques peinent à comprendre et à réagir à la situation, Sonia impose à ses élèves sa vision et leurs contradictions[13]. L’enseignante blanche héroïque va mourir sous les coups de Mouss, qui va se jeter sur elle et la tabasser à mort. Avant de périr, le pistolet à la main, elle leur aura fait répéter que Jean-Baptiste Poquelin est le vrai nom de Molière... Une belle leçon de pédagogie efficace !

Ce film très « engagé » a suscité aussi des réactions enthousiastes tout à fait surprenantes, en voici une particulièrement engagée :

« La journée de la jupe » dénonce tout ce que nous disons depuis bientôt deux ans sur Riposte Laïque. Tout y passe, en vrac et en boucle : les chiennes de garde qui démolissent la féminité au nom du féminisme, le pédagogisme décervelant à la Bégaudeau et à la Darcos, les insultes sexistes, une ministre de l’Education nationale peureuse et prête à sacrifier médiatiquement et physiquement la victime expiatoire, les filles obligées de s’habiller comme des sacs à patates, l’accusation d’« islamophobie », la peur d’émeutes urbaines, la victimisation des coupables et la culpabilisation des victimes, l’irrespect envers les adultes, l’antisémitisme islamique et le racisme anti-blancs, l’école républicaine transformée en garderie et en « fabrique de crétins », l’hyper-violence, l’arabisation et l’appauvrissement de la langue française, l’éclatement des familles, le racket, les mots faux-culs comme « quartier sensible » ou « contexte », les professeurs qui baissent le pavillon jusqu’à se faire complice des voyous ou à se servir du Coran en classe pour les apaiser, le multiculturalisme, l’échec de l’intégration (et ne parlons même plus d’assimilation), le communautarisme ethnique, le mépris des valeurs laïques, les viols collectifs, les superstitions religieuses, le machisme abruti, la manipulation de l’opinion publique, le proviseur qui ne pense qu’à étouffer les problèmes de son établissement et qui accuse la victime d’être à la fois « catho coincée » et trop laïque, l’affinité entre les islamistes algériens et les « sauvageons » de nos banlieues, le commerçant chinois qui fuit la cité parce qu’il a été victime de multiples braquages, les menaces de représailles, l’influence affligeante des séries télé et des reality shows, etc [14]».

 Dans ce contexte, le roman « Entre les murs » semble défendre la pire des thèses : considérer que ces caïds et ces sauvageons appartiennent encore à l’espèce humaine... Seul un homme fort et déterminé, à la tête d’un parti aux idées intrasigeantes et radicales serait susceptible, au besoin par la violence - ici parfaitement légitime - de sauver (s’il n’est pas trop tard) le pays et la civilisation! Si nous ne les empêchons pas de nuire, ils risquent de nous détruire !

 

6.4.2.   Malaise du système éducatif dans une société en perte de repères

Globalement, le livre de François Bégaudeau reflète bien la fonction de « gare de triage » assignée par notre système éducatif au collège. Ces élèves passent là quatre ans (la massification du système éducatif est une vraie réalité), et il s’agit ensuite d’orienter les jeunes les plus en difficulté, les plus réfractaires au système éducatif tel qu’il fonctionne aujourd’hui, vers le secteur professionnel et technologique qui « a besoin d’eux ». Les métiers les plus valorisés (ingénieur, médecin, avocat, professeur) reviendront, plus que par le passé, aux enfants de cadres, de chefs d’entreprise et... de professeurs !

La massification de l’enseignement ne s’est pas accompagnée par une démocratisation, bien au contraire !

« Entre les murs » traduit le malaise d’enseignants débordés par des élèves  dont les valeurs et les attentes sont très différentes des leurs (sans que cela ne soit aucunement scandaleux). La « réussite », la reconnaissance sociale est réservée à quelques uns, sur les planches, dans le cadre de la fête de fin d’année. Nous ne saurons pas quel pourcentage d’élèves intégrera un lycée général, ni le destin des élèves Idrissa, Souleymane, Vagdéma, des adolescents immatures exclus en cours d’année, qui sont au final les vraies victimes de la violence sociale. Ce sont pourtant, malgré les apparences, les êtres humains qui auraient dû recevoir le plus de soutien et d’attention de la part du système éducatif... A condition que ce système éducatif accepte un tant soit peu de se remettre en cause, d’adapter son fonctionnement. Faisons le pari que ces élèves pourront un jour échapper au destin que leur prédit la société (délinquants, trafiquants de drogue), et qu’ils trouveront l’occasion sans doute de s’épanouir dans des métiers fort utiles (maçon, boucher, plombier, ouvrier, aide-soignante, etc.) mais que l’école, les enseignants et même les parents a définitivement jugés indignes et dégradants.

Certes, le prof de Français partageait, dans sa jeunesse, l’idéal égalitaire des communistes. Son projet était alors, en tant « qu’intellectuel » d’être aux cotés des exclus, des plus démunis, des plus fragiles. Aujourd’hui, l’alternative politique, dans le texte de François Bégaudeau,  n’existe plus : les syndicats enseignants (SNES, UNSA, SGEN, SOLIDAIRES, SNALC, CGT, etc.) sont absents de ce roman. Le « militant de gauche » a perdu ses repères : nulle volonté collective de changer la société dans un horizon proche ou lointain. L’enseignant, à la fois contestataire et complice (mais jamais critique du système éducatif) se contente de cultiver son « jardin pédagogique », arrachant les « mauvaises herbes » et espérant sauver, s’il le peut, les individus les plus méritants.

Dans une société capitaliste inégalitaire qui sacralise la réussite individuelle et l’argent facile et qui désigne le « mauvais étranger » comme une menace, comment l’école pourrait-elle désormais avoir comme objectif de mettre en place une éducation basée sur la fraternité et la réussite de tous ?...

 

Gérard Hernandez

Enseignant- Documentaliste – Janvier 2010.

 

 



[1] AFP – 16/01/2010

[2] Le Monde.fr – 12/09/09.

[3] RTL info – 09/01/2010

[4] Europe 1 - 19/01/2010 – Bulletin d’informations de 07H00

[5] Biographie de François Begaudeau parue sur le site  allocine.fr, consulté le 05/01/2010.

[6] Le  Monde 07/10/2008.

[7] Il est mort le 11 mai 1981.

[8] Référence non identifiée. Il s’agit d’u extrait de « On ne badine pas avec l’amour » de Musset.

[9] Rhapsodie est un groupe italien de métal symphonique / power metal épique.[source : wikipedia]

 

[10] « Mots croisés » ou « A vous de juger »

[11]  « C’est dans l’air » ou « Revu & corrigé »

[12] « Ce soir (ou jamais !) »

[13] Article « La journée de la jupe » - Wikipedia – consulté le 26/01/2010.

[14] « La journée de la jupe », le film qui pulvérise l’islamiquement correct – site : http://www.ripostelaique.com – numéro 81 – 23 mars 2009. [Consulté le 25/01/2010]

 


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