« LE REEL ET LE VIRTUEL »

 

 

LARA PROFT

 

 

(A propos d’un aspect inaperçu du « Décret relatif au socle commun de connaissances et

de compétences », publié par le Ministère de l’Education nationale en Mai 2006).

 

Aux cinq compétences « traditionnelles » (Français, mathématiques, langues vivantes, etc.) le décret propose un sixième « pilier » de connaissances, intitulé : « les compétences sociales et civiques ». En voici la définition : « Il s’agit de mettre en place un véritable parcours civique de l’élève, constitué de valeurs, de savoirs, de pratiques et de comportements dont le but est de favoriser une participation efficace et constructive à la fois à la vie sociale et professionnelle, et d’exercer sa liberté en pleine conscience des droits d’autrui ».

Deux parties structurent ce chapitre : A) Vivre en société   -   B) Se préparer à sa vie de citoyen.

Pour illustrer ce sous-titre (« Se préparer à sa vie de citoyen »), le texte du Décret précise :

« Pour exercer sa liberté, le citoyen doit être éclairé ». Un certain nombre de capacités sont alors définies (savoir évaluer la part de subjectivité ou de partialité d’un discours ; savoir distinguer un argument rationnel d’un argument d’autorité ; être éduqué aux médias ; savoir construire une opinion personnelle).

Une dernière « capacité » vient compléter et terminer ce chapitre :

 

« SAVOIR DISTINGUER REEL ET VIRTUEL »

 

Quelques remarques concernant cette problématique  « moderne » et sans doute inquiétante :

 

1)      La réalité virtuelle existe bel et bien

1-1  Définition : La « réalité virtuelle » est constituée par un ensemble d'outils logiciels et matériels permettant de simuler de manière réaliste une interaction avec des objets virtuels qui sont des modélisations informatiques d'objets réels. Un système de Réalité Virtuelle intègre différentes technologies : architecture distribuée, acquisition de données, modélisation informatique de la géométrie et du comportement physique, synthèse d'images, de sons, retour d'effort, interface homme-machine, etc.

Nous assistons au développement des premières applications que nous pouvons qualifier d'industrielles (simulation de l'intérieur d'un avion, d'une usine, d'une gare, aide au montage de satellites, etc.) Par ailleurs, la réalité virtuelle concerne bien d’autres secteurs : formation par simulateur, applications médicales (simulation de chirurgie), visualisation scientifique, recherche fondamentale, architecture-urbanisme, domotique, visites et présentations de musées et de sites virtuels, reconstitutions d’objets et de sites détruits ou endommagés).

 

1-2 Jeux vidéo : un danger pour la jeunesse ?   Le jeu vidéo (ou ludiciel) est une activité interactive, le plus souvent ludique dont le fondement est la perception d’images générées par un dispositif informatique et captées par  un humain. Le monde fabriqué par les concepteurs du jeu  peut être soit totalement différent de la réalité (aventures dans un monde fantastique totalement imaginaire),  soit se présenter comme une imitation du monde réel (cf. . jeux de simulation sportive ou guerrière). L’impact sur les jeunes (violence, dépendance, dangers pour les plus jeunes) ne semble ni significatif ni préoccupant.

 

2         Dysfonctionnements liés à la personne

Tout être humain, y compris un enfant ou un adolescent, se doit de différencier ce qui est réel, ce qui existe vraiment, des créations de l’esprit (rêves, hallucinations, etc.). Chacun d’entre nous peut appréhender le réel, le décrire, l’observer, l’analyser avec des outils appropriés. La difficulté, rencontrée par un élève, pour déchiffrer son environnement  peut être la manifestation de troubles psychiques parfois graves. Une affection qui perturbe la pensée, les sentiments ou le comportement peut rendre l’intégration sociale d’un élève problématique (et parfois lui causer une grande souffrance). Dans ces cas précis, l’éducation,  la « construction » de l’élève par la société au sein du système éducatif  parait peu envisageable sans l’appui de personnels compétents (psychologues, psychiatres).

Il convient de noter par ailleurs la difficulté constante qu’éprouvent de nombreux adultes à assumer leurs rôles sociaux ; si l’on évoque des situations aussi diverses que les cas de surredendettement, le succès des théories sur les « complots » ( un bon exemple en est le succès mondial du «Da Vinci Code »),  ou les sommes chaque année plus importante consacrées aux jeux de hasard, on vérifie bien qu’il n’a y souvent pas besoin de technologies nouvelles pour faire perdre à une personne le contrôle d’une partie de sa vie.

 

1-1       Dysfonctionnements d’un début de millénaire : la dictature de l’instant.

La technologie révolutionne notre société, mais grande est la capacité d’adaptation du public scolaire (y compris les élèves les plus en difficulté avec l’écrit). Téléphone portable, ordinateurs, appareils photo numériques, lecteurs MP3, graveurs, consoles de jeu,  etc.…, chaque nouvelle étape de la révolution technologique est assimilée, avec gourmandise. La prochaine mutation – qui nécessitera pourtant des recherches scientifiques particulièrement complexes – est attendue sans surprise, dans la banalité technologique la plus quotidienne, la plus assumée. Mais essayons d’évoquer quelques dangers bien réels :

 

§         Les nouveaux maîtres du monde : surpuissants, généreux, si familiers, et pourtant  anonymes !…

Aujourd’hui sur les ordinateurs, demain sur les téléphones portables souples et miniaturisés, les sites « à vocation commerciale » (jeux, spectacles, sport, etc.) deviendront nos amis intimes, nos confidents (je m’exprime par mon blog, je « chatte » avec des dizaines d’inconnus, je consomme de l’information, des services, des souvenirs radiophoniques ou télévisuels). Nous ne serons plus jamais seuls. Partout et tout le temps, nous serons reliés aux autres. Quelles puissances économiques et politiques se cachent derrière les « maîtres de l’Internet », leurs objectifs sont-ils bien compatibles avec notre vie démocratique, comment l’élève peut-il « rompre » avec les stratégies- fortes de leurs incontestables réussites - qui tentent de le séduire en lui faisant perdre ses capacités de jugement ? Pour tous, la question est vraiment nouvelle et complexe. Les plus faibles, confrontés, au sein même de leur espace intime à des propositions parfois très inquiétantes, voire dévastatrices (sexe, violence, « happy slapping [1]»,  jeux)  seront le « cœur de cible », la « matière première », les « plus fidèles clients »  des nouveaux maîtres du monde… Demain, immense progrès, la publicité me parlera, dans le creux de l’oreille, des produits que l’on m’a conditionné à aimer... l’information sera « choisie », selon mes critères, pour me permettre de me recentrer sur mes passions et mes goûts.

 

§         « Je suis le maître des Technologies » 

L’adolescent – contrairement à beaucoup d’adultes - est vraiment capable tout à la fois d’écouter de la musique, de télécharger des images, de jouer sur sa console, d’envoyer un texto et de regarder sa série télé préférée tout en participant à un « chat » avec plusieurs participants sur l’Internet. Il est certain que tout cela est maintenant possible, mais trop de communication risque paradoxalement, de fragiliser les élèves dans un sentiment de toute puissance. Ne parlons plus de la qualité des tâches effectuées, toutes se valent. L’important, c’est bien d’être au cœur du réseau, c’est la participation au flux des activités effectuées, et non la qualité des résultats obtenus. Je ne suis qu’un élément marginal du réseau, et j’ai pourtant l’impression d’être au centre du monde. Je communique facilement avec de nombreuses « célébrités », et tout le monde me connaît, y compris dans ce que j’ai de plus intime. J’élabore ma propre information ; mieux, je construis ma vie comme une « œuvre d’art ».

 

§         « Peu m’importent les barbelés et les miradors de Ceuta et Mélilla ! »

Notre prospérité économique, la richesse qui autorise les gaspillages qui caractérisent notre mode de vie, tout cela scandalise à juste titre les peuples du Tiers-Monde qui seraient heureux de bénéficier maintenant des miettes de notre niveau de vie. Il est possible que nous fonctionnons demain en réseau, certes, connectés 24 heures / 24 à l’Internet, mais que notre réseau fonctionne en boucle, à l’abri de murs et de barbelés, sur lesquels viendront mourir des êtres humains qui n’ont « rien à perdre ».

La situation internationale se complexifie (crise de l’énergie, mondialisation de l’économie, bouleversements technologiques). L’être humain, dans une république démocratique, doit percevoir qu’il bénéficie dans sa vie et dans ses perspectives d’un minimum de sécurité, qui lui permet de se projeter, de construire un monde dans lequel tout le monde trouve une place ; la fraternité constitue le ciment de ces rapports sociaux. Si tel n’est pas le cas, si le monde perd tout « sens », si les individus se replient sur leur sphère individuelle, si « l’autre » n’existe que médiatisé par un réseau, alors oui, nous entrerons dans un monde « virtuel », déconnecté des réalités contraignantes (réchauffement climatique, immigration, SIDA, sous-développement, inégalités économiques), et, plus que jamais, il faudra que le système éducatif, au-delà des connaissances, donne aux élèves les moyens d’être capables de maîtriser les nouvelles technologies, tout en gardant un maximum d’esprit critique… Notre société aura, dans les prochaines années, le « réel » et le «virtuel » qu’elle mérite !

 

Gérard Hernandez – Enseignant Documentaliste – collège Val de Charente –  Ruffec (16).



[1] Agresser, filmer la scène et la diffuser.


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