Quand France 2, chaîne du service public, donne  aux téléspectateurs l’illusion d’une France moins inégalitaire.

 

Eléments pour un décryptage du reportage intitulé « Promotion Sciences-Po » diffusé par France 2 dans l’émission « Envoyé Spécial » le jeudi 9 Novembre 2006.

 

Introduction

A quelques mois d’une élection présidentielle que beaucoup jugent décisive, il convient de sonder « l’air du temps »,  d’évoquer la manière dont le service public de la télévision rend compte des grands enjeux politiques à venir. Il va de soi que le cadre très formaté du journal télévisé quotidien ne permet pas aux journalistes de la chaîne d’effectuer un réel travail de fond. Aussi, elle dispose d’autres émissions (généralement en fin de soirée), pour donner un éclairage plus précis, plus documenté sur un fait de société. L’émission « Envoyé spécial », diffusée à une heure de grande écoute, constitue la vitrine du journalisme d’investigation que pratique la chaîne. Essayons de mettre en évidence ce que la chaîne montre, et, par voie de conséquence, ce qu’elle ignore ou néglige....

 

Choix du thème

En ce mois de Novembre 2006, l’enseignement supérieur (sa qualité, son délabrement, ses impasses), questionne la société française. Voici un an, la crise du CPE a montré combien la jeunesse de ce pays cherchait une place convenable et acceptable dans la société, était inquiète des nombreuses difficultés concernant son avenir professionnel. Déjà la logique du tri social a gagné peu à peu l’ensemble du système éducatif ; la sélection à l’Université est d’autant plus brutale qu’elle est sournoise, cachée : les étudiants inscrits dans les classes préparatoires aux grandes écoles bénéficient de conditions d’études et de réussites plus favorables que leurs camarades qui fréquentent les bancs de l’université. Chacun s’interroge : comment ne pas « décrocher » dans les deux premières années de son cursus universitaire ? Quelle filière choisir pour échapper au déclassement, à la précarisation ? Ce sujet (l’Université, l’enseignement supérieur, la Recherche) méritait un traitement de fond, en dehors du « survol » quotidien de l’actualité. La rédaction de France 2 a décidé de ne pas le traiter globalement, et d’isoler dans cet univers complexe une seule grande école : l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (IEP), également appelé « Sciences-Po ». Ce choix peut se justifier : à travers cet exemple précis, les journalistes du service public auraient pu analyser les mécanismes de sélection de l’élite, faire découvrir aux spectateurs les qualités nécessaires pour effectuer ce cursus, les efforts de préparation des étudiants, et les débouchés de cette prestigieuse filière. Chaque année, l’IEP de Paris accueille une nouvelle « promotion », c’est-à-dire un ensemble d’étudiants qui va gravir les cinq années d’études  jusqu’à l’obtention du très prestigieux diplôme. Mais cela ne sera pas « l’angle » choisi par les journalistes pour décrire cette réalité.

La télévision publique va structurer schématiquement son récit en trois parties : les scléroses de la société française, les mutations indispensables et la société « idéale » qui va apparaître.

 

STRUCTURE  DU REPORTAGE

1 Une France « sclérosée », paralysée par des schémas dépassés

1.1 Exclusion sociale. Djalal : « Lorsqu’on sort de Sciences-Po, on a moins de chances de rencontrer le chômage que quelqu’un qui sort de l’Université ».

1.2 Discriminations. Morgane (étudiante « ZEP) : « Moi j’ai entendu une fille me dire (c’était scientifique, elle l’avait lu dans un livre) qu’en banlieue, on n’avait que cent mots de vocabulaire. Ou alors : « T’es du Sud, tu viens de ZEP, t’es « de gauche », t’es pauvre : on ne va pas parler d’Europe avec toi » ! // M. Richard Descoings, Directeur de Sciences-Po : « Il y a cinq ans, les réflexes de caste étaient bien là ».

1.3 Privilèges. Journaliste, studio : Le premier reportage nous emmène dans le sacro-saint de l’élite française, Sciences-Po à Paris : une école prestigieuse majoritairement fréquentée par des jeunes de milieux privilégiés.

1.3 Frustrations scolaires et sentiment d’injustice de la classe populaire : [à propos de Louise, grand-mère d’Aurélie, élève « ZEP »] : Journaliste (voix « off ») : « Dans cette famille, d’autres ambitions ont été étouffées. A cinquante ans de distance, Aurélie a vengé sa grand-mère Louise, la bonne élève ; Louise, première au certificat d’études, et pourtant retirée de l’école la même année » [ Louise évoque sa brève scolarité ]. Grand-mère Louise : «  J’aurais voulu être institutrice ! ». // Journaliste (voix « off ») : « Souvent ils [les étudiants « ZEP »] se débattent avec des sentiments contradictoires : faute d’avoir le niveau et gênés d’être rentrés par la petite porte, bonheur de s’en être sortis, et culpabilisé d’avoir laissé derrière soi les anciens copains du lycée »

1.5 Inégalités. M. Begag, Ministre délégué pour l’Egalité des chances : « Vous êtes comme moi : on est des enfants de pauvres, des gens qui n’ont pas eu tout dans la main et notamment les réseaux (quand on est riche, on a des réseaux !). Besoin d’un stage pour mon enfant ? [M. BEGAG claque des doigts] Téléphone ! Besoins d’une grande école ? Téléphone ! Besoins de piston ? Pas de problème ! Y a tout ! T’as faim ? Ouvre le frigo ! Nous, y a pas grand-chose... faut arracher... faut se battre ! »

 

2 Des mutations sociales indispensables pour  dépasser les archaïsmes

 

2.1 Ce dont il faut se débarrasser

2.1.1 Les inégalités. Journaliste (voix « off) : L’égalité des chances, elle n’allait pas de soi dans la France de Louise ! L’émigration, la ghettoïsation n’ont rien arrangé... // Aurélie « la blonde » : « D’ici cinq ans, d’ici dix ans, on aura des diplômés de l’ENA qui seront d’origine ouvrière, peut-être même issus d’un milieu d’illettrés ou d’analphabètes : ça c’est quand même un progrès ! Parce que des études à Paris, c’est cher ! Parce que quand on naît dans une famille d’ouvriers, on n’a pas les mêmes chances que quand on naît dans une famille de cadres »

2.1.2 Un certain conformisme français : Journaliste (voix « off ») : « Cette histoire commence comme un roman français : les héros ont de l’étoffe, mais pas de fortune, du talent, mais pas de relations ».

2.1.3. Une conception dépassée de l’élitisme républicain : Journaliste – studio : « Pire, leur arrivée il y a cinq ans à Sciences-Po avait provoqué une levée de boucliers et ces des critiques (crainte d’une dévaluation du diplôme, atteinte au principe de sélection au mérite), mais le Directeur, Richard Descoings, a tenu bon »

2.1.4 Un sentiment d’infériorité qui empêche la classe populaire de se réaliser pleinement : Aurélie, étudiante 1° année : « Au début j’avais une tendance à m’auto censurer, j’avais une sorte de culpabilité d’être là, j’avais surtout le sentiment de ne pas être à ma place ». // Journaliste (« voix off ») : « Aurélie n’aurait pas tenté Sciences-Po par le concours classique : trop aléatoire, trop prestigieux même ! »

2.1.5. Un sentiment d’infériorité lié à de vraies lacunes. Journaliste (voix « off ») : « Toutes sont passées par des moments de grand découragement, submergées de travail, handicapées par leurs lacunes,  intimidées par la culture générale de certaines étudiants ». // Journaliste (voix  « off ») : « Gilles est confronté à une matière avec laquelle on ne peut tricher, une matière qui révèle les origines sociales : l’anglais ». // Djalal, dans son lycée, prépare avec ses professeurs l’oral de l’IEP : « Ici, on n’est pas forcément plus cons que ceux qui habitent dans le XVI° ! ». // Journaliste (voix « off ») : « Djalal n’est pas ce qu’on appelle un « élève scolaire » ! ».

2.1.6. Effacer son identité provinciale ou étrangère, ses « différences ». Journaliste (« voix off ») : « Dans leur chambre de la résidence universitaire, Aurélie et ses camarades ont le droit de se relâcher et de parler avec leur accent « d’avant ». //  Journaliste (voix « off ») [à propos de Djalal, né en Algérie] : « Il y a 18 ans, sa famille a fui la guerre civile et la menace des islamistes ».

 

2.2 Ce qu’il faut acquérir

2.2.1 La mixité sociale : Journaliste – studio : « l’école joue le jeu de la mixité sociale en sélectionnant les lycéens brillants qui n’auraient jamais envisagé de s’asseoir sur ces bancs ».

2.2.2 Passer du rêve à la réalité, entrer dans la jungle libérale et accéder aux plus hautes responsabilités : journaliste – studio : « ils peuvent désormais rêver de finance internationale ou de carrière dans la haute administration ».

2.2.3  Une nouvelle manière de gouverner. Journaliste (voix « off ») : « C’est leur histoire que nous allons raconter, l’histoire collective d’une expérience de « discrimination positive à la française ».

2.2.4 Un renouvellement des élites. Journaliste (voix « off ») : « Publicitaires, mais aussi politiques ou entrepreneurs, bientôt peut-être la France « Black / Blanc / Beur » aura des élites qui lui ressemblent ». 

2.2.5 Cultiver l’ambition et le sens de la répartie. Michelle Cotta, journaliste et membre du jury à l’IEP : « Je connais peu de candidats qui ont autant de motivation qu’eux ! » // Journaliste (voix « off ») : « Face au jury, le sens de la répartie de Djalal va-t-il jouer en sa faveur ? ».

2.2.6 Croire aux miracles. Journaliste (voix « off ») : « Megda est inscrite en Bac Technologique : pas vraiment la meilleure filière pour décrocher Sciences-Po... ».

 

 

 

 

3 Une France « mélangée », ouverte et conquérante qui se réalise enfin grâce au Libéralisme

 

3.1 L’ascenseur social fonctionne parfaitement : « Grand-mère Louise : «  J’aurais voulu être institutrice ! Ensuite ma fille [la mère d’Aurélie] s’est basée là-dessus et a dit : « je vais te faire plaisir ! » [Gros plan de la mère d’Aurélie]. Journaliste (voix « off ») : « En fait, c’est une histoire familiale à trois étages ! ». Mère d’Aurélie- institutrice : « Voilà, on monte en grade ! ».

3.2 L’ascenseur social (bis) : Journaliste – studio : « Aujourd’hui, ces nouvelles recrues se comptent par centaines »

3.3 L’ascenseur social (ter) : Journaliste – studio : « Et désormais, le mouvement est lancé : de plus en plus d’écoles ouvrent leurs portes à des lycéens issus de « milieux » ou de « zones » défavorisées. L’an dernier, soixante d’entre elles ont mis en place un tutorat dans le cadre de l’égalité des chances ». 

3.4 L’ascenseur social fonctionne parfaitement (Fin). Journaliste (voix « off ») : « Ca ne se voit pas sur une photo [les lauréats « ZEP » du concours 2006], mais ces 75 admis ont déjà grimpé l’échelle sociale ; leur destin a changé de cours ».

3.5 Fréquenter les puissants. Journaliste (voix « off ») : « Pour célébrer leur dernier jour d’étudiant, le plus haut magistrat de France est venu leur parler, le banquier le plus puissant aussi ! ».

3.6 La conquête de l’Amérique : [Salem, étudiant en 3° année, effectue un stage aux USA. Il ne vient pas chercher fortune : il va servir son pays. Du haut du gratte-ciel qui abrite le Consulat de France,le jeune issu des banlieues contemple, à ses pieds, la prestigieuse Seattle, siège de Boeing et de Microsoft].

3.7 Intégration réussie dans les valeurs libérales : Journaliste (« voix off ») : « Ouvrir la porte à quelques lycéens modestes, les dispenser du sacro-saint concours n’a pas tout révolutionné : Sciences-Po reste Sciences-Po... élitiste, parisienne, et, osons le mot, bourgeoise ».

3.8 Le renforcement de la bourgeoisie par la mixité sociale engendre... la Beauté : Journaliste (voix « off ») : Ces élégantes et ces élégants sont en cinquième année. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils respirent la réussite ».

 

QUELQUES ELEMENTS POUR POSER LE DEBAT.

1 – La massification réussie de l’enseignement supérieur. Notre système éducatif, comme il l’a toujours fait, place plutôt  les enseignants les plus expérimentés dans les lycées de centre-ville, et les jeunes certifiés tout juste sortis des IUFM dans les ZEP, les «quartiers défavorisés ». Malgré ces choix institutionnels paradoxaux, alors que dans les années cinquante, 5 % d’une classe d’âge accédait au Bac, ils sont aujourd’hui 62 % d’une classe d’age (lauréats d’un Bac général, technique ou professionnel) à obtenir le droit de poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur.

 

2 – Sciences-Po

2.1 Une école prestigieuse. Si cette école bénéficie d’un réel « prestige », cela ne signifie nullement qu’elle impose des « artifices séducteurs » ! Bien au contraire, loin de toute magie, elle « exerce un attrait, elle impose le respect l’admiration ». Incontestablement, elle « frappe l’imagination ». Pourquoi ?

2.1.1 Un concours d’accès parmi les plus difficiles pour les non scientifiques. 90% des candidats à l’examen d’entrée ne seront pas reçus... Ici aussi, une préparation spéciale au concours est conseillée. Une soixantaine de lycées publics en France, tous d’égale qualité, préparent les étudiants à cette épreuve (il semble que la « Prépa IEP » du lycée Lakanal à Sceaux obtienne d’excellents résultats...). A noter que les plus cotées de ces prépas... sélectionnent déjà leurs « préparationnaires » sur concours ! En ce qui concerne les 30 établissements privés qui dispensent cette préparation à l’année, les droits d’inscription peuvent varier de 4 400 à 6 400 euros. Le concours d’accès à Sciences-Po se révèle (selon une enquête du CEVIPOF – parue en Mars 2004) « socialement très discriminant ». Par exemple (inégalité géographique), l’enquête révèle « qu’un non parisien a 2,3 fois moins de chances de réussir l’examen d’entrée à Sciences-Po qu’un parisien ». Les candidats issus des catégories socioprofessionnelles les moins favorisées (CSP-) sont également pénalisés (inégalité sociale) : « Ceux qui maximalisent leurs chances de réussite sont ceux qui ont une absolue maîtrise de l’expression écrite, ceux dont l’environnement familial et culturel est le plus favorisé, ceux qui ont eu la chance d’avoir accès aux meilleures formations dans les meilleurs lycées des centre-ville » précisent les chercheurs du CEVIPOF. A Sciences-Po, en 2001, les enfants d’employés sont 6 fois moins représentés qu’à l’Université, les enfants d’ouvriers 12 fois moins... Les « héritiers (pour parler comme le sociologue Pierre Bourdieu) triomphent toujours ! Ils incarnent encore la tendance de la société française à la « reproduction » et au cloisonnement.

2.1.2 Les classes sociales « supérieures ». Les étudiants issus des classes sociales supérieures (cadres, professions intellectuelles et métiers de l’enseignement) tendent à choisir des études plus longues que les étudiants fils et filles d’ouvriers ou d’employés. Les étudiants issus des classes supérieures investissent massivement les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), et beaucoup, guidés par des réseaux personnels et familiaux, envisagent d’intégrer Sciences-Po (en 2001, 24 % des candidats suivaient une préparation particulière dans les hypokhâgnes option Sciences-Po). Quel est le portrait social des admis au concours d’entrée à Sciences-Po en 1998 ? 56 % des admis sont des enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures, 16 % sont des enfants d’enseignants, 10% sont les enfants de chefs d’entreprise.

2.1.3 Des débouchés prestigieux : L’école propose une dizaine de masters dans les domaines où le savoir-faire de Sciences-Po est largement reconnu par les recruteurs (Affaire publiques, Métiers de l’Europe, Carrières Internationales, Droit économique, mais aussi Communications, Management de la Culture et des média, Journalisme). Pour accompagner l’accroissement continu des candidatures, (+ 50 % en trois ans), Sciences-Po augmente ses capacités d’accueil : Le nombre d’étudiants est passé de 4 000 au milieu des années 90 à près de 6 000 aujourd’hui. Trois grands secteurs constituent les débouchés principaux des étudiants de l’IEP : les entreprises (pour environ 75 % d’entre eux, l’administration (20 %) et l’enseignement / recherche (5%). Pour accéder aux grands corps de l’Etat (Conseil d’Etat, Cour des Comptes ou Inspection des Finances), mieux vaut passer par l’Ecole Nationale d’Administration (45 places offertes au concours externe en 2005), école qui réussit particulièrement bien aux étudiants diplômés de l’IEP Paris...

2.1.4 Une école sclérosée par son recrutement élitiste ?

La société bouge. La culture « populaire » rejoint souvent la culture « élitiste » (sauf pour le concours d’entrée à Sciences-Po !). La société fait bouger les entreprises, qui doivent « sentir l’ai du temps » pour vendre leurs produits (un yaourt médicament / une eau minérale humanitaire / une voiture écologique / un produit vaisselle masculin). Il leur faut également « cibler » de nouveaux publics, en France et à l’étranger. Accor, BNP Paribas, EDF, HSBC, L’Oréal, Schlumberger, SFR, Suez, Total, Unilever France, toutes ces entreprises ont rejoint le comité de parrainage des « conventions ». Elles soulignent ainsi l’enjeu de la diversification de leur propre recrutement comme facteur de croissance et de développement au moment où les marchés sur lesquels elles évoluent sont de plus en plus complexes. A noter que vient de se mettre en place à l’école un parrainage des étudiants de master par des cadres dirigeants d’entreprise.

 Paradoxalement, la maîtrise des humanités gréco-latines ne suffit plus ; mais la connaissance des « cultures urbaines » (tags, rap, hip-hop) ne suffit pas à elle seule pour conquérir de nouveaux marchés ! Le mélange des deux pourrait se révéler productif : sans toucher la structure profonde de Sciences-Po, le fait d’insuffler – à dose homéopathique – un regard plus ouvert sur le monde ( ses contradictions et ses évolutions) pourrait améliorer l’efficacité de l’ensemble. Or Sciences-Po est depuis longtemps un établissement socialement discriminant où les inégalités sociales se sont creusées : la proportion des enfants issus des « classes sociales supérieures » est passée de 77% en 1987 à 81 ,5% en 1997. A l’initiative du Directeur de l’école, M. Richard Descoings, un nouveau système de sélection qui, annonce-t-on, « ne cède rien sur l’exigence d’excellence », a été mis en place - non sans douleur - et dans un grand tapage médiatique.

 

2.2 Les « conventions d’éducation prioritaire (CEP) »

2.2.1 Une mission de « démocratisation de l’enseignement supérieur »

Le 26 mars 2001, le conseil de direction de l’IEP de Paris adoptait deux résolutions, concrètes et innovantes, tendant à recruter sans examen dans sept lycées classés en ZEP quelques élèves cooptés directement par leurs professeurs. Afin d’assurer plus de sécurité juridique au dispositif, le législateur a voté une Loi ( 17 juillet 2001) rendant licite la discrimination positive fondée sur un critère géographique pour l’admission à Sciences-Po. Depuis 2001, 264 bacheliers ont bénéficié du dispositif CEP (entre 50% et 70% des élèves ainsi sélectionnés sont enfants de chômeurs, d’ouvriers ou d’employés). Trente trois lycées répartis sur huit académies, sont aujourd’hui partenaires de Sciences-Po. Si Sciences-Po se félicite de la diversité des origines géographiques des candidats « CEP », l’école malmène quelque peu la réalité en classant les élèves originaires des régions françaises d’outre-mer... parmi les élèves étrangers !... Par ailleurs, s’il est tout à fait positif de re-motiver des jeunes issus des quartiers défavorisés grâce aux CEP (et de le faire savoir !), on pourrait regretter que nulle opération volontariste du même type ne soit menée en milieu rural (en Corrèze, Lozère, etc.) pour pallier l’absence de jeunes bacheliers ruraux à Sciences-Po...

 

2.2.2 Une mission qui suscite des débats (quelle égalité des chances ?)

Le principe de base est inscrit dans l’article 1er de la Constitution de 1958 : la République « assure l’égalité devant la loi à tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » (le gouvernement a fait de l’égalité des chances le thème de l’année 2006). Les adversaires des « CEP » (le syndicat étudiant UNI classé à droite de la droite) ont rejeté ces conventions qui mettent en pièces le principe du concours qui garantit l’égalité des chances et une sélection basée exclusivement sur les mérites individuels des étudiants. Sciences-Po aurait pu, effectivement, mettre en place une préparation spécifique pour les jeunes dont elle voulait assurer la promotion, et leur demander de se présenter ensuite aux mêmes épreuves que les autres candidats. Cela n’a pas été le choix de l’école.

 

HYPOTHESE : A TRAVERS LE REPORTAGE DE FRANCE 2, LA « FRANCE D’EN HAUT, LA FRANCE  QUI PEUT CHOISIR » RENFORCE AU FINAL SON POUVOIR.

1 La montée des périls

Quelques faits rappellent que la France connaît de vives tensions : présence de l’extrème-droite au second tour de la Présidentielle de 2002, racisme, chômage de masse, « fracture » sociale (année après année, « succès » grandissant des « Restos du cœur »), finances publiques en grand déséquilibre (2 000 milliards de dette...), montée des inégalités, révoltes sans espoir d’une partie de la jeunesse, rejet en 2005 du référendum sur le projet de Constitution européenne, etc.

 

2 Un enseignement supérieur fragilisé

Après un parcours dans des lycées d’inégale réputation, les lauréats du Baccalauréat (Général, Technique ou Professionnel) peuvent rejoindre l’enseignement supérieur. Certains ont le soutien de réseaux, se projettent dans des modèles, d’autres souffrent d’un manque d’estime de soi. Pour tous, les choix effectués après la Terminale vont conditionner la réussite de leurs études universitaires. Ils peuvent :

-          réussir dans des filières sans réels débouchés (Philosophie, Psychologie, STAPS, etc.) : la moitié des étudiants n’occuperont pas un emploi lié à leur formation.

-          échouer dans des filières très sélectives (Médecine)

-          perdre pied et « errer » de discipline en discipline, jusqu’à l’échec

-          intégrer une Classe de Préparation aux Grandes Ecoles (CPGE), qui leur garantira une excellente préparation, gage de réussite universitaire et professionnelle.

-          Tout simplement réussir leurs études et obtenir un travail en rapport avec leur formation.

Les plus modestes, souvent contraints de cumuler études et « petit boulot », ne devront leur réussite qu’à un fort investissement personnel. La massification de l’enseignement supérieur est bien une réalité, mais la démocratisation n’est pas au rendez-vous : chaque année, 80 000 jeunes – un sur cinq – quittent l’université sans le moindre diplôme (plus de neuf bacheliers professionnels sur dix inscrits à l’université en sortiront sans diplôme...).

 

3 Un IEP, ou des IEP ?

Le téléspectateur de France 2 n’en saura rien, mais la France compte huit IEP en dehors de celui de Paris : à Bordeaux, Grenoble, Rennes, Toulouse, Aix-Marseille, Lille, Strasbourg et Lyon (il est curieux qu’Aurélie, brillante élève de Moselle, intègre l’IEP de Paris en lieu et place de celui de Strasbourg...). Ces IEP de province recrutent des milliers d’étudiants sur les mêmes modalités que l’IEP Paris : un concours très sélectif (culture générale, histoire géographie, langues vivantes) qui nécessite une parfaite maîtrise de l’écrit. On retrouve donc parmi les admis, les enfants des « classes sociales supérieures » (en majorité des enfants de cadres, de professions libérales, d’enseignants, de chefs d’entreprise). Cette « exclusion » par concours des enfants des catégories populaires dans les IEP de province ne sera pas évoquée par la chaîne du service public de la télévision...

 

4 Les bouleversements de l’information

La multiplication des systèmes de diffusion (câble, satellite, TNT, téléphone portable), la concurrence féroce entre les différents acteurs, l’émergence de l’Internet (multiplication des « blogs », naissance des « encyclopédies participatives »), journaux gratuits, tous ces facteurs viennent déstabiliser en profondeur le secteur de l’information. Les journalistes perdent leurs repères et doivent « s’adapter », se situer désormais dans un monde instable où l’immédiateté tient lieu d’horizon. D’où, parfois (entre la météo, un fait divers sordide et les résultats complets de la dernière journée de « Ligue 1 »), une vision « déformée » de la société...

 

 

 

 

 

 

5 Le regard du journaliste ou le miroir déformant

 

5.1 Minutage : un discours (celui du journaliste) invisible mais structurant, illustré par des images.

Le reportage a une durée d’environ quarante minutes. Ce temps se décompose ainsi :

-          Journaliste (voix « off ») qui commente des images ou exprime un point de vue : 17,10 minutes.

-          Elèves « ZEP » : 14,40 minutes (dont seuls : 10,20 minutes ; avec leurs familles : 3,05 minutes ; en stage : 1,15 minutes).

-          IEP (Directeur, professeurs, huissiers) : 2,10 minutes

-          Elèves « Non ZEP » / Elèves « Bourgeois » : 45 secondes

-          Homme Politique / Ministre : 35 secondes

-          Autres (Enseignant de la Guadeloupe) : 10 secondes

 

5.2 Comment la télévision enferme chacun dans un statut réducteur

5.2.1 : Gilles, étudiant noir de peau : Journaliste (voix « off ») : « Parfois Gilles entend dire que sa couleur de peau a été un avantage : insinuation insupportable ! » - Gilles : « Ma promotion à moi, si je dois parler avec franchise et utiliser les mots comme on dit, sur une cinquantaine, on était quatre Noirs, environ une vingtaine d’Arabes, et le reste des Blancs, quoi. Lorsqu’on présente cette procédure là, l’image qu’on a, c’est comme si ça permettait aux Noirs et aux Arabes de rentrer à Sciences-Po ! Alors qu’au fond, c’est pas ça ! C’est sur des critères sociaux, qui prennent en compte effectivement le milieu social, et non le critère racial ou ethnique ! » - Journaliste (voix « off ») : « Toi, tu en as bénéficié parce que tu venais de ZEP et pas parce que tu étais Noir ? » - Gilles : « Tout à fait ». (...) – Journaliste (voix « off ») : « Autrefois, les seuls Noirs à Sciences-Po étaient fils de Ministres ou dignitaires africains : c’est bien fini ! ».

5.2.2 : les étudiants « BoBo » n’existent qu’à travers leurs propos sur les étudiants « ZEP » : – jeune homme en tenue de soirée : « Je pense que les établissements d’éducation supérieure, notamment les grandes écoles comme Sciences-Po, ont tendance à être quelque peu fermées, et ne représentent pas l’ensemble de la société française » - Restaurant prestigieux – jeune femme en tenue de soirée : « Ils sont un peu moins formatés, quoi, ils ont autre chose à nous montrer. Ils nous apprennent un peu ce que c’est que la vraie vie ! ».

5.2.3 Les personnels de Sciences-Po n’existent que par leur regard sur les étudiants « ZEP » : Journaliste (voix « off ») : « Sont-ils reconnaissables ? [A un huissier] Comment savez-vous s’ils viennent de ZEP ? » - Huissier (souriant) : « Ah, ça peut-être à leur façon de s’habiller ou de se comporter ».

 

5.3 Le journaliste, lui aussi un privilégié ? : // Journaliste («voix « off ») : « A Sciences-Po, c’est le grand jour, le grand tri, le grand oral des « ZEP » : s’agissant des étudiants des « milieux privilégiés », le journaliste aurait-il utilisé le mot « Tri » ? On peut penser qu’il aurait utilisé un vocabulaire plus valorisant...

 

6 Demain tous Libéraux ?

Les Libéraux « classiques » attendent une « rupture brutale avec l’immobilisme », le recul de l’Etat, et la régularisation des conflits par le Marché. Mais d’autres évolutions bouleversent également en  profondeur notre société (conceptions du couple, de la Famille, banalisation des drogues, travail des femmes, craintes écologiques, etc.). Ces mutations passent par des batailles d’images, des stéréotypes ciselés dans les « grand messe » que constituent encore les journaux télévisés.

6.1 Pourquoi France 2 a-t-il besoin de l’initiative des « conventions d’éducation prioritaire » de Sciences-Po et pourquoi Sciences-Po a-t-elle besoin du temps d’antenne de la principale chaîne publique de télévision

6.1.1 Hypothèse : La stratégie de France 2

Principale chaîne du service public, France 2, chaîne généraliste, assume sa concurrence avec ses trois principales rivales privées du PAF : TF1, également généraliste, Canal +, plus sportive et « décalée », ainsi que M6, qui tente de séduire les jeunes (France 3, pour sa part, donne une image plus « provinciale » de la France). Pour rassembler le maximum de membres de la famille devant le petit écran, il est important de proposer des programmes fédérateurs, consensuels, qui donnent un rôle majeur aux adolescents sans exclure les parents. Le programme doit respecter les valeurs sociales conventionnelles, mais il peut parfois s’aventurer sur des pistes sociétales  plus originales : par exemple, comment devenir une personne de pouvoir dans une société libérale, ou comment sortir de son ghetto, quand on est immigré (le reportage suivant proposé, ce 9 Novembre, par « Envoyé Spécial » expliquait aux téléspectateurs français comment, quand on est chinois et communiste, devenir millionnaire...). Le « sujet » sur l’initiative de Sciences-Po à Paris rassemblait tous les éléments nécessaires à une « scénarisation » de l’information conforme à l’image voulue par la chaîne.

 

6.1.2 Hypothèse : La stratégie de Sciences-Po Paris.

6.1.2.1 Une stratégie d’image

Pour comprendre les enjeux de l’évolution actuelle de Sciences-Po, il convient de rappeler les liens étroits que l’école entretient avec les grandes entreprises de la vie économique du pays. Sciences-Po doit affronter la concurrence sérieuse d’écoles de commerce (HEC, ESSEC) dont la communication est plus « traditionnelle ». Par ailleurs, l’information et la communication permettant aujourd’hui de conquérir un pouvoir réel dans la société (cf. Bouygues, Lagardère, Bolloré, etc.), Sciences-Po vient de mettre en place une section « Médias – Journalisme » qui entend devenir la référence dans ce domaine. Cela passe, bien sur, par un « positionnement d’image » (« BoBo » tendance Libération ou Canal + dans leurs périodes les plus créatives et innovantes). Lancer ce qui n’avait jamais été ni osé ni même envisagé dans une grande école (intégrer sans concours des élèves issus des ZEP) a constitué un coup de poker « gagnant », qui, surfant sur « l’air du temps » a placé l’IEP Paris au cœur de la modernité, donnant à M. Descoings, le Directeur, un « coup d’avance » sur ces concurrents dans les domaines de la formation de haut niveau à l’économie et à l’information.

 

6.1.2.2 Dans la société de l’apparence et des images, la compétence managériale ne suffit plus.

Le grand public ignore certainement qui dirige d’aussi prestigieuses écoles que l’Ecole Normale Supérieure, HEC ou Polytechnique. Richard Descoings, Directeur de Sciences-Po Paris, ancien élève de cet établissement et lui-même énarque, a compris qu’il lui fallait s’impliquer, sortir de l’ombre s’il voulait donner une chance à son projet d’aboutir. Il a assumé ce rôle en vrai professionnel de la communication (bien aidé en cela par des médias complaisants et complices !).

 

6.2 Le « mérite » du « technicien de surface, le « prestige » de l’aide familiale

6.2.1 Quand Che Guevara rencontre le plus puissant des banquiers français

Les étudiants de cinquième année (« ZEP » et « Bourgeois » confondus) se sont rassemblés dans un restaurant parisien pour fêter la fin de leurs études à Sciences-Po ; « le banquier le plus puissant de France » vient leur rendre visite... Par ailleurs, dans la modeste chambre de Gilles, étudiant « à la peau noire », la caméra nous révèle une image du « Che », fumant un cigare de La Havane. Au 20° siècle, ces deux éléments auraient marqué les territoires respectifs des adversaires impliqués dans la « lutte des classes ». Aujourd’hui, le « Che » est toujours présent, mais, comme pour les tableaux représentant « Saint Sébastien percé par les flèches », son image est devenue indéchiffrable ; elle a désormais perdu son pouvoir subversif. La contestation des étudiants « ZEP » parait bien dérisoire (pourquoi se rebeller, quand on accède à « l’élite » du « ghetto » bourgeois ?...) et nulle adhésion chez eux à un syndicat ou à un parti politique. Ils sont lisses, aseptisés, interchangeables (qu’ils soient « ZEP » ou « Non ZEP »), futurs colonels prêts à mener leurs troupes, ici ou ailleurs, dans la grande guerre économique mondiale que se livrent les groupes multinationaux.

 

6.2.2 « Tout changer pour que rien ne change »

Au final, si le téléspectateur a reçu quelques informations sur les élèves « ZEP » qui fréquentent Sciences-Po, il ne saura rien des autres étudiants (90 % de l’effectif total...) de cette école,  leurs privilèges, leur mode de vie, leurs rentes, leurs stratégies sociales. Pour la télévision, les reportages sur la fortune de M. Pinault ou celle de Mme Bettencourt ne font pas partie des attentes du public... On peut attaquer frontalement certains régimes de retraite qui constituent des « atteintes intolérables au principe d’égalité », mais on se doit de jeter un voile pudique sur le pouvoir des actionnaires dans la vie des entreprises...

 

Plus que jamais, notre société refuse de prendre en compte les travailleurs manuels, symboles d’un monde industriel et prolétaire désormais révolu. Se féliciter d’obtenir un DUT de Génie Civil et d’enrichir ainsi par son travail la société, voilà bien les errements de celles et de ceux qui n’ont toujours pas compris qu’en dehors de Sciences-Po, en dehors de l’accès à la « très haute classe dirigeante », il ne saurait y avoir de salut possible ! En attendant qu’un gouvernement décide d’augmenter les bas salaires et de taxer les plus hauts patrimoines, il faut bien préciser que ce n’est pas Sciences-Po qui doit rassembler à la France : c’est plutôt l’Assemblée nationale qui devrait diversifier son recrutement, et compter sur ses bancs plus  d’ouvriers et de chômeurs !... Tant que ces derniers prendront pour argent comptant les fables optimistes proposées par la télévision de service public, il est probable que rien ne bougera, si ce n’est l’écume des choses (un présentateur du journal télévisé « noir » ici, une femme Présidente de la République là...).

 

En attendant, le Figaro nous décrit le monde « réel »: « Un mouvement sans précédent de concentrations, d’alliances, de rachats d’entreprises est à l’œuvre. Ces transactions portent sur plus de 10 milliards de dollars par jour. Les « vainqueurs » de ces transactions sont des conquérants de deux types : fonds d’investissement aux Etats-Unis, milliardaires de première génération dans les pays émergents (Russie, Inde, Chine, etc.). Ils disposent d’une force de grappe financière colossale. Leur unité de compte est la dizaine de milliards de dollars. On peut craindre que l’exubérance ne l’emporte sur la raison... ». Peu de chances, dans notre République démocratique, que ces informations soient expliquées – à une heure de grande écoute - à la « ménagère de moins de cinquante ans » par la télévision de service public !

Par ailleurs, permettre à tous les jeunes d’obtenir un diplôme universitaire ne résoudra aucunement les angoisses générées par le libéralisme économique mondialisé ; certes, demain nos enfants seront bardés de diplômes (100 % d’une classe d’âge titulaire du Baccalauréat ?), certes, les jeunes qui apprennent un métier manuel seront encore méprisés par les catégories « socialement supérieures », mais, au final, les plombiers, les garagistes, les maçons ou les boulangers ne manqdueront pas de travail. La société française n’a pas fini de consommer massivement des tranquillisants !...

 

Gérard Hernandez

Enseignant documentaliste en Charente

gerard-hernandez2@wanadoo.fr

 

 

 

ANNEXE

Présentation détaillée du reportage « Promotion Sciences-Po »

Lancement en studio – Journaliste : « Le premier reportage nous emmène dans le sacro-saint de l’élite française, Sciences-Po à Paris : une école prestigieuse majoritairement fréquentée par des jeunes de milieux privilégiés. Mais depuis peu l’école joue le jeu de la mixité sociale en sélectionnant les lycéens brillants qui n’auraient jamais envisagé de s’asseoir sur ces bancs. En Juin dernier, quinze jeunes pionniers ont obtenu leur diplôme ; et pourtant, rien n’était gagné. Pire, leur arrivée il y a cinq ans à Sciences-Po avait provoqué une levée de boucliers et ces des critiques (crainte d’une dévaluation du diplôme, atteinte au principe de sélection au mérite), mais le Directeur, Richard Descoings, a tenu bon. Pas de concours d’entrée, mais étude de dossier et entretien pour ces jeunes issus de banlieue sociale défavorisée, et voilà le pari gagné ! Cette première promotion a fait ses preuves : les étudiants se révèlent aussi brillants que les autres : ils peuvent désormais rêver de finance internationale ou de carrière dans la haute administration. Aujourd’hui, ces nouvelles recrues se comptent par centaines. Nous avons passé toute une année scolaire à leurs cotés, participé aux révisions fiévreuses, aux sélections pour l’admission et aux premiers pas en stage à l’étranger. Regardez ce document intitulé « Promotion Sciences-Po ».

Extérieur jour – groupe de jeunes dans la rue et  métro de Paris – Journaliste (Voix « off ») : « Cette histoire commence comme un roman français : les héros ont de l’étoffe, mais pas de fortune, du talent, mais pas de relations. Ils vivent en province ou en banlieue et rêvent d’autre chose... Et puis, coup du destin, les voilà qui « montent à Paris » pour faire Sciences-Po. Les premiers temps sont difficiles. Ces jeunes gens se retrouvent à Sciences-Po sans être passés par la « case concours ». Ou plutôt si : ils ont bien été sélectionnés, mais différemment : banlieusards du « neuf-trois » ou provinciaux des Pyrénées, ils ont d’abord été « détectés » dans leur lycée ( à chaque fois un lycée défavorisé, classé en ZEP, en Zone d’Education Prioritaire ».

Gros plan des visages des étudiants – Journaliste (Voix « off ») : Il y a là Aurélie, 1° année, venue de la Moselle... Aurélie brillante en Allemand ; Salem, 2° année, de Colombes, en banlieue parisienne... Salem et son rêve de devenir avocat d’affaires ; Gilles [jeune homme à la barbe courte et à la peau noire] de Saint-Ouen (dans le 93), 2° année ; Gilles aime le foot et la vidéo ; Djalal lui est encore au lycée : il va tout faire pour intégrer Sciences-Po ; Megda elle aussi est candidate. Elle prépare pour l’instant son Bac. Megda est scolarisée aux Tarterets.

Un groupe d’étudiants entre dans le hall de Sciences-Po – Journaliste (Voix « off ») : C’est leur histoire que nous allons raconter, l’histoire collective d’une expérience de « discrimination positive à la française ».

Titre du reportage : « Promotion Sciences-Po ».

IEP Paris – le professeur Dominique Strauss-Kahn donne son cours d’économie face à de très nombreux étudiants. A la fin du cours trois « étudiants ZEP », nullement impressionnés, donnent leurs impressions au journaliste.

Paris – résidence universitaire – Journaliste (Voix off ») : « la résidence universitaire les héberge pendant leurs deux premières années. Dans ce cocon, Aurélie, Morgane ou Fatma ont le droit de se « relâcher », de parler avec leur accent « d’avant ». Aurélie imite « l’accent Bobo ». Aurélie : « Quelquefois, ils ajoutent dans leurs phrases des petits mots anglais pour faire « in ». Journaliste (Voix « off ») : « Toutes sont passées par des moments de grand découragement, submergées de travail, handicapées par leurs lacunes,  intimidées par la culture générale de certaines étudiants, elles se sont parfois demandé ce qu’elles faisaient là »... Aurélie : « Au début j’avais une tendance à m’auto censurer, j’avais une sorte de culpabilité d’être là, j’avais surtout le sentiment de ne pas être à ma place... ». Morgane : « Moi j’ai entendu une fille me dire (c’était scientifique, elle l’avait lu dans un livre) qu’en banlieue, on n’avait que cent mots de vocabulaire. Ou alors : « T’es du Sud, tu viens de Zep, t’es « de gauche », t’es pauvre : on ne va pas parler d’Europe avec toi » ! C’est vrai que c’est des blagues, mais quand tu les entends dix fois par jour par une quinzaine de personnes différentes, tu te rends compte que c’est quand même présent dans leur esprit ! ».

IEP Paris – bureau du Directeur – Journaliste (voix « off ») : « Voici l’homme par lequel la réforme est arrivée. Richard Descoings, le directeur de Sciences-Po, lui-même a       ancien élève et énarque. Il a parfois été accusé de brader le diplôme avec cette initiative. Le scandale s’est éloigné aujourd’hui, mais il y a cinq ans, les réflexes de caste étaient bien là. ». – Richard Descoings : « C’était vécu par certains comme une remise en cause dure, brutale, comme si toute leur légitimité de bons élèves, et donc de futurs professionnels, était tout à coup remise en question. Ils ne cessaient de se référer à ce statut que confèrent les grandes écoles à 20, 22 ans ».

Extérieur jour – journaliste (voix « off) : ouvrir la porte à quelques lycéens modestes, les dispenser du sacro-saint concours n’a pas tout révolutionné : Sciences-Po reste Sciences-Po »…

Restaurant prestigieux – soirée – Journaliste « Voix off » : « élitiste, parisienne, et, osons le mot, bourgeoise. Ces élégantes et ces élégants sont en cinquième année. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils respirent la réussite. Pour célébrer leur dernier jour d’étudiant, le plus haut magistrat de France est venu leur parler, le banquier le plus puissant aussi ! Cette promotion a vu arriver les toutes premières recrues issues des ZEP. Certains sont là ce soir, incognito, futurs diplômés comme tous les autres »…. Gros plans sur des visages d’étudiants – Journaliste (voix off) : « Diplômé de Saint-Ouen, diplômée des Ulys ou de Clichy sous Bois. Après cinq années de coexistence, ils font maintenant l’unanimité, si on en croit un petit sondage…

Restaurant prestigieux – soirée – jeune homme en tenue de soirée : « Je pense que les établissements d’éducation supérieure, notamment les grandes écoles comme Sciences-Po, ont tendance à être quelque peu fermées, et ne représentent pas l’ensemble de la société française » - Restaurant prestigieux – jeune femme en tenue de soirée : « Ils sont un peu moins formatés, quoi, ils ont autre chose à nous montrer. Ils nous apprennent un peu ce que c’est que la vraie vie ! ». Restaurant prestigieux – jeune homme en tenue de soirée : « Etre contre ces conventions «Sciences-Po », c’est être politiquement incorrect ! ».

Plan d’ensemble – salle de danse. Journaliste (voix off) : l’air du temps a changé : les plus réticents se taisent. Ils constatent que Sciences-Po ne s’est pas effondrée et conserve tout son prestige ».

Hall IEP – étudiants – plan d’ensemble ; journaliste (voix off) : « Ces « ZEP », comme on les appelle parfois dans les couloirs, font maintenant partie du paysage. Ils sont acceptés ; sont-ils reconnaissables ? Les appariteurs, les huissiers de Sciences-Po ont vu défiler des générations d’étudiants.

Hall IEP – huissier derrière un bureau d’accueil : « On a de très bons rapports avec eux comme on a de très bons rapports avec les autres élèves ». Journaliste (voix « off ») : « comment savez-vous s’ils viennent de ZEP ? » - Huissier (souriant) : « Ah, ça peut-être à leur façon de s’habiller ou de se comporter. Moi je viens de la banlieue, et c’est vrai qu’il y a une manière d’être qui est propre à chaque personne et puis voilà. ».

Hall IEP – Gilles traverse le hallJournaliste (voix « off ») : « En deux ans, personne n’a osé faire de remarques à Gilles sur ses origines banlieusardes. Cela ne veut pas dire qu’il n’ait pas été « jaugé ». Il y a par exemple une matière avec laquelle on ne peut pas tricher, une matière qui révèle les origines sociales : l’anglais ».

IEP – Gilles assiste à un cours d’anglais – journaliste (voix off) : « Gilles, qui vient d’une famille modeste de Saint-Ouen, se débrouille comme il peut » [Gilles s’exprime difficilement en anglais, sourires des autres élèves] – Journaliste (voix « off ») : « Pas de doute, la langue de Shakespeare est son point faible… ». Gilles : « Ceux qui sont ici, avec l’anglais qu’ils ont, ce sont des gens qui sortent de la France pendant les vacances, qui vont dans les pays anglophones et tout… Et nous, bon, pour des raisons de moyens, on ne sort pas assez, donc y a ça aussi qui fait la différence, je crois… ».

Etudiants, plan général – journaliste (voix « off ») : « Est-il possible d’échapper complètement à son milieu ? Beau sujet de dissertation pour Sciences-Po !

Extérieur jour – Bord de Seine – des étudiants marchent – Journaliste (voix « off ») : « A chaque rentrée, ces étudiants sont plus nombreux ; avec la blonde Aurélie, ils sont une cinquantaine en première année sur cinq cent : un étudiant sur dix ! Un contingent qui n’a rien de symbolique. Souvent ils se débattent avec des sentiments contradictoires : faute d’avoir le niveau et gênés d’être rentrés par la petite porte, bonheur de s’en être sortis, et culpabilisé d’avoir laissé derrière soi les anciens copains du lycée ».

Intérieur jour bar – les « ZEP » discutent – garçon à lunettes : « Je pense que c’est une échappatoire pour quelques uns, pour les meilleurs de ces zones-là, mais il faut que chaque être méritant, chaque citoyen méritant puisse « accéder à… ». Aurélie « la blonde » : « D’ici cinq ans, d’ici dix ans, on aura des diplômés de l’ENA qui seront d’origine ouvrière, peut-être même issus d’un milieu d’illettrés ou d’analphabètes : ça c’est quand même un progrès ! Parce que des études à Paris, c’est cher ! Parce que quand on naît dans une famille d’ouvriers, on n’a pas les mêmes chances que quand on naît dans une famille de cadres : il faut en parler ! Il faut que ce soit suivi, que d’autres le fassent aussi ! ».

Ext. jour – magasins de vêtements – Aurélie et ses amies regardent des robes – journaliste « voix off » : « Ce débat n’est pas prêt d’être tranché : faut-il compenser les inégalités ? ou carrément refonder l’école ? Faut-il renoncer à l’idéal républicain d’un concours identique pour tous ? ».

Extérieur jour – lycée Auguste Blanqui à Saint-Ouen – journaliste (voix  « off ») : « Sciences-Po n’est pas le Ministère de l’Education nationale. Son initiative ne couvre pas tout le territoire, ne touche pas tous les lycées défavorisés : un trentaine d’établissements seulement sont concernés, comme ici la lycée Auguste Blanqui à Saint-Ouen. Dans ces lycées, les candidats ont du éplucher l’actualité tout l’hiver : une première sélection a eu lieu au printemps. Seuls les élèves qui restent en course, comme Djalal, iront passer un oral à Sciences-Po »...

Lycée Auguste Blanqui – salle de classe – Djalal face à jury – Journaliste (voix « off ») : ... (« Cet oral se prépare. Djalal va plancher « à blanc » sur le thème qu’il s’est choisi : le désamiantage du porte-avions Clemenceau » [Djalal termine son exposé, commentaires du jury]. Professeur à Djalal : « Pour quelles raisons tu veux venir à Sciences-Po ? » - Djalal : « Sciences-Po nous donne les moyens d’étudier dans de bonnes conditions, et ça, c’est vraiment pas négligeable ! Et puis c’est le seul établissement supérieur vraiment réputé en France qui fait la démarche d’aller vers les banlieues, parce qu’ils ont conscience qu’il y a ici aussi des talents, et qu’on n’est pas forcément plus cons que ceux qui habitent le 16° ! » - Professeur : « Fais attention à ton vocabulaire, Un jour de jury, cela peut-être embêtant ! ».

Extérieur jour, dojo d’arts martiaux – Djalal en kimono – Journaliste (voix « off ») : « Djalal est né en Algérie. Il y a dix-huit ans, sa famille a fui la guerre civile et la menace des islamistes ; Deux fois par semaine, il se défoule au club du Ju-jitsu de Saint-Denis ». Journaliste (voix « off » à Djalal : « Pourquoi ils viennent te chercher, pourquoi ils font tout ça, les gens de Sciences-Po ? » - Djalal : « Peut-être qu’ils manquent de points de vue extérieurs... Ils ont peut-être besoin de gens qui voient d’autres choses... Ils veulent élargir le champ de vision de leurs élèves pour donner à leur institut une portée plus large, qui toucherait vraiment toutes les couches de la population ».

Extérieur jour, immeubles collectifs – Saint-Ouen   journaliste (voix « off ») : « Djalal habite à Saint-Ouen, juste à coté du périphérique. Avant de penser à Sciences-Po, il faut passer son Bac d’abord, et même l’avoir au premier tour, sinon pas de concours [Djalal étudie dans sa chambre]. « Djalal a pris du retard dans ses révisions : il n’est pas ce qu’on appelle un « élève scolaire ». Mais c’est un jeune homme curieux et cultivé, et surtout, « il en veut !». Djalal : « Lorsqu’on sort de Sciences-Po, on a moins de chances de rencontrer le chômage que quelqu’un qui sort de l’Université. Moi, mon rêve, c’est de voyager : j’aimerais bien travailler dans une ambassade à l’étranger ».

Extérieur jour Moselle – Aurélie conduit une voiture – journaliste (voix « off ») : « L’ambition, ça déracine ; changer d’univers n’est pas si facile. Aurélie revient souvent vers sa vie d’avant, vers sa Moselle natale. Aurélie rend visite à sa grand-mère, dite « Mémé chat ». [Appartement modeste de la grand-mère d’Aurélie]. « A chaque fois, son retour est fêté dignement : c’est peu dire qu’Aurélie fait la fierté des siens ! Sa mère, sa grand-mère, se repassent souvent le film de sa scolarité. Aurélie a été plusieurs fois dans le journal : les articles ont été religieusement découpés. Malgré sa mention « Très Bien » au Bac, Aurélie n’aurait pas tenté Sciences-Po par le concours classique : trop aléatoire, trop prestigieux même ! Dans cette famille, d’autres ambitions ont été étouffées. A cinquante ans de distance, Aurélie a vengé sa grand-mère Louise, la bonne élève ; Louise, première au certificat d’études, et pourtant retirée de l’école la même année » [ Louise évoque sa brève scolarité ]. Grand-mère Louise : «  J’aurais voulu être institutrice ! Ensuite ma fille [la mère d’Aurélie] s’est basée là-dessus et a dit : « je vais te faire plaisir ! » [Gros plan de la mère d’Aurélie]. Journaliste (voix « off ») : « En fait, c’est une histoire familiale à trois étages ! ». Mère d’Aurélie : « Voilà, on monte en grade ! ».

Lycée Robert Doisneau – région parisienne – journaliste (voix « off ») : « Dans la cour du lycée, une limousine ; dans la limousine, un Ministre ! Il s’appelle Azouz Begag. Il a une devise pour portefeuille : « l’égalité des chances ». L’égalité des chances, elle n’allait pas de soi dans la France de Louise ! L’émigration, la ghettoïsation n’ont rien arrangé... ».

Amphithéâtre du lycée – Journaliste (voix « off ») : « C’est la première année que ce lycée prépare des élèves à Sciences-Po ; ils sont une quinzaine, le Ministre a accepté de les parrainer. M. BEGAG, Ministre de l’égalité des chances : « Vous êtes comme moi : on est des enfants de pauvres, des gens qui n’ont pas eu tout dans la main et notamment les réseaux (quand on est riche, on a des réseaux !). Besoin d’un stage pour mon enfant ? [M. BEGAG claque des doigts] Téléphone ! Besoins d’une grande école ? Téléphone ! Besoins de piston ? Pas de problème ! Y a tout ! T’as faim ? Ouvre le frigo ! Nous, y a pas grand-chose... faut arracher... faut se battre ! » - Journaliste (voix « off ») : « Ce Ministre sans administration n’a  pas grand pouvoir... mais il applaudit l’initiative de Sciences-Po. En tous cas, il intimide beaucoup Megda, l’une des candidates. Megda est inscrite en Bac. Technologique : pas vraiment la meilleure filière pour décrocher Sciences-Po ! ».

Extérieur jour – zone pavillonnaire – journaliste (voix « off ») : La famille de Megda habite un pavillon à la lisière des Tarterets. Ses parents sont d’origine algérienne [Megda et ses parents prennent le thé dans leur jardin]. Sa mère est cantinière, son père a travaillé trente ans comme boucher à Rungis. Ils prennent les études de leur fille très au sérieux, même si ni l’une ni l’autre n’en ont fait ». – Megda : « J’ai postulé pour Sciences-Po parce que je sais que c’est une école reconnue, et comme la publicité (qui m’intéresse) est un secteur assez bouché, il vaut mieux avoir fait une grande école comme Sciences-Po pour avoir une chance de trouver du travail ».

Journaliste (voix « off ») : « Publicitaires, mais aussi politiques ou entrepreneurs, bientôt peut-être la France « Black / Blanc / Beur » aura des élites qui lui ressemblent !

Extérieur jour, cité internationale – journaliste (voix « off ») « Dans cette affaire, Sciences-Po est-elle allé chercher des candidats modestes, ou des candidats... « colorés » ? » - |chambre de Gilles] – journaliste (voix « off) : « la question a son importance pour Gilles, étudiant perfectible en anglais ». [Gros plans successifs sur des photos de Che Gevarra, Muhammad Ali et Bob Marley] – Journaliste (voix « off ») : « Parfois Gilles entend dire que sa couleur de peau a été un avantage : insinuation insupportable ! » - Gilles : « Ma promotion à moi, si je dois parler avec franchise et utiliser les mots comme on dit, sur une cinquantaine, on était quatre Noirs, environ une vingtaine d’Arabes, et le reste des Blancs, quoi. Lorsqu’on présente cette procédure là, l’image qu’on a, c’est comme si ça permettait aux Noirs et aux Arabes de rentrer à Sciences-Po ! Alors qu’au fond, c’est pas ça ! C’est sur des critères sociaux, qui prennent en compte effectivement le milieu social, et non le critère racial ou ethnique ! » - Journaliste (voix « off ») : « Toi, tu en as bénéficié parce que tu venais de ZEP et pas parce que tu étais Noir ? » - Gilles : « Tout a fait ». – Journaliste (voix « off ») : « Et ça fait une grosse différence ? » - Gilles : « ça fait une différence fondamentale : si on est pris simplement parce qu’on est Noir ou Arabe, ça perd de la valeur, ça n’a plus de sens. Si cela avait été le cas, je ne me serais pas présenté ! ». – Journaliste (voix « off ») : « Autrefois, les seuls Noirs à Sciences-Po étaient fils de Ministres ou dignitaires africains : c’est bien fini ! ».

[Salem, de Colombes, étudiant en Troisième année, part en stage aux Etats-Unis : il va représenter la France en travaillant au Consulat de Seattle. Salem est le dernier d’une famille de dix enfants. Sa famille, à son arrivée en France, a d’abord connu les bidonvilles de Nanterre].

Extérieur jour – des jeunes marchent dans une rue de Paris – journaliste (voix « off ») : A Sciences-Po, c’est le grand jour, le grand tri, le grand oral des ZEP. Antoine et Ikram arrivent avec une heure d’avance sur leurs convocations ; ils viennent de Saint-Ouen. Ils sont en concurrence avec 200 autres candidats, tous justes bacheliers comme eux. Un sur trois seulement sera admis. Chaque entretien dure environ 40 minutes. [Megda attend son tour, Djalal arrive].

Journaliste (voix « off ») : »Face au jury, le sens de la répartie de Djalal va-t-il jouer en sa faveur ? Ils sont cinq de l’autre coté de la table : banquiers, chercheurs, juristes (des « pointures » dans leur domaine !). Plus intimidant qu’un oral classique ! Ici on teste autre chose... ». – Michelle Cotta, journaliste, membre d’un jury : « Je connais peu de candidats qui ont autant de motivation qu’eux ! Quelque part, ça force le respect, et c’et pour cela qu’on a beaucoup de mal à délibérer, à mettre les notes... on hésite, on discute entre nous, parce que c’est tout à fait exceptionnel ». Tania de Montaigne – écrivain à la peau noire : « On parle de gens qui ont eu l’énergie suffisante pour arriver jusqu’ici. S’ils ne font pas ça, évidemment ils feront autre chose ! Ce qui est intéressant, c’est le fait qu’ils jouent : cette convention Sciences-Po a permis à des gens de se dire : « Tiens, y a un truc qui existe et qui s’appelle Sciences-Po ; si c’est pas là, c’est ailleurs ! ». On ouvre le jeu ! »

Journaliste (voix « off » : « Ca y est, le jury a délibéré. Il y a 75 noms sur la liste, une vingtaine de plus que l’an passé » [Devant la liste affichée, les lauréats expriment leur joie]. Une candidate à lunettes noires dans la rue : « Voilà,  je ne suis pas prise, et après un an de préparation, c’est très dur ! Mais il faut rebondir et poursuivre ! ».

[Homme à la peau noire lit la liste des reçus] – Journaliste (voix « off ») : « Cette année, plusieurs lycées de Guadeloupe ont envoyé des candidats. Cet enseignant vient de Pointe-Noire » - Enseignant guadeloupéen : « Voilà, on a en a présenté trois, et on a trois admis : c’est du 100 % ! ».

Extérieur jour – jardins de Sciences-Po – journaliste (en voix « off ») : Du lycée de Saint-Ouen, Djalal a été pris, mais pas son copain Antoine qui va se consoler en Hypokhâgne. Djalal, tu as l’air un peu triste ! » - Djalal : « Je ne suis pas triste, je suis fatigué, c’est pas pareil ! Je travaille à côté ; j’ai bossé hier et je suis un peu fatigué aujourd’hui ; j’ai envie de dormir, c’est tout ! ». [Photo officielle des 75 lauréats et du Directeur de Sciences-Po].  Journaliste (voix « off » : « Ca ne se voit pas sur une photo, mais ces 75 admis ont déjà grimpé l’échelle sociale ; leur destin a changé de cours ! ». [Nous suivons Salem à Seattle, USA]. [Série de visages] – Journaliste (voix « off) : « Gilles aussi est parti aux USA, à New York, perfectionner son anglais. Megda a été reçue au concours. Son lycée, le lycée des Tarterets, a placé trois élèves pour sa première participation. Djalal fait sa rentrée ; il a pris une option sport. Aurélie et ses copines passent en deuxième année avec d’honorables moyennes. Cette histoire, leur histoire, est loin d’être terminée ; mais au moins, elle commence bien. – [journalistes : Patrice Lorton et Mathieu Parmentier].

Studio - Présentatrice : « Et désormais, le mouvement est lancé : de plus en plus d’écoles ouvrent leurs portes à des lycéens issus de « milieux » ou de « zones » défavorisées. L’an dernier, soixante d’entre elles ont mis en place un tutorat dans le cadre de l’égalité des chances ».


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