Education et Médias : nouvelles hypothèses.

Comment réagir à l’actualité en classe ?

 

 

« L’Education aux médias est d’abord prise de conscience de ce monde médiatique, de l’obligation vitale, individuelle et collective, d’en apprendre les données , comme on apprend à lire et à écrire

pour ne pas devenir analphabète » »

Jacques Gonnet, Directeur du CLEMI, « Education aux médias – les controverses fécondes », Hachette, Education, 2001.

 

 

Les publics : «Surtout nous voulons continuer à ignorer que mille millions d’êtres humains sur la planète n’ont pas accès à l’eau potable,  que deux millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté et que, chaque année, le tabac tue en France 60 000 personnes ».

Les médias compréhensifs : « Fort bien, nous n’en parlerons pas !»

 

 

« Face à la violence de l’urgence, la seule réponse, c’est le calme de la pensée »

Jean-Pierre RAFFARIN   ( grand « Communicateur », France,  début du XXI° siècle )

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

L’évolution de nos sociétés technologiquement avancées nous permet aujourd’hui de mieux appréhender l’affirmation de Marshall Mc Luhan : « Le monde occidental implose : c’est notre système nerveux central lui-même que nous avons jeté comme un filet sur l’ensemble du globe[1] ».

La mondialisation de l’information, se caractérise en effet par l’ouverture des échanges, le métissage des cultures, mais aussi, hélas, par la perte des repères collectifs, la  montée de l’individualisme et la poussée de la xénophobie. Les pays industrialisés les plus riches de la planète tentent de conserver – par la force armée, par les échanges économiques, par les innovations technologiques, par la puissance de leurs médias – une avance importante sur les pays du Tiers-Monde.

 

Le Monde, dit-on,  est entré dans « le régime de la communication ». Précisons ces termes.

Selon Daniel Bougnoux, la communication consiste d’abord à organiser le lien social, à structurer la vie quotidienne et à maintenir la cohésion de la communauté Liée au principe de plaisir, la communication réside dans le tressage du lien, le prolongement du contact ou l’euphorie communautaire. Parfois, elle se passe assez bien d’information, de contenu cognitif.

L’information donne lieu à des contenus; elle est soumise au principe de réalité (on vérifie ou l’on réfute une information)[2] .

 

Il faut donc se pencher sur la communication, l’information, et aussi émettre des hypothèses pour identifier ce qu’il y a à analyser «en deçà ou au-delà » des médias au sens strict. C’est l’objet de la médiologie qui s’intéresse à ces milieux sociaux et techniques  qui façonnent et recyclent nos représentations symboliques et nous permettent de tenir ensemble.

Cette nouvelle approche nous indique notamment que le savoir véhiculé par l’école – qui relève largement de ce que Régis Debray a nommé la « graphosphère »[3] ( l’écrit et le livre ) - se trouve aujourd’hui concurrencée par d’autres outils, notamment l’audiovisuel , le multimédia  (la « vidéosphère » ) : chacun a pu le constater, de nouvelles formes de savoirs, de culture, de transmission sont déjà à l’œuvre.

 

Aujourd’hui, dans ce conflit qui ne dit pas son nom entre pays riches du « Nord » et pays qui restent pauvres du « Sud », les médias sont le miroir idéal dans lequel nous contemplons notre « réussite », sans nous soucier des conséquences que cela peut avoir pour le reste de l’Humanité.

Constatons que, pour l’opinion, globalement, les médias effectuent correctement leur travail d’information.

En revanche, quelques contestataires ( il s’agit des journalistes du Monde Diplomatique ) de l’ordre économique actuel souhaitent « inventer un « cinquième pouvoir » pour protéger la société contre les abus des médias, pour défendre l’information comme un bien public et revendiquer le droit de savoir des citoyens. Leur objectif est de « libérer les médias » des monopoles qui les contrôlent »[4] ( malgré les apparences, peut-être le temps des « Muckraker » (  remueurs de boue  [5]) n’est-il pas terminé…).

 

Et si la principale influence des médias se faisait par omission ? Les journalistes sont, selon l’expression de D.M. White,  des « Gate Keepers » ( des portiers de l’information ) ; ce qu’ils ne disent pas, ce qu’ils occultent n’a-t-il pas plus d’importance, au fond, que ce qu’ils disent [6]?

 

Dans ce débat, l’Education nationale se garde bien de prendre position. Contre les tenants d’un savoir éloigné des feux de l’actualité, les partisans du travail sur et avec les médias ont su trouver leur place et s’installer fortement dans les différentes disciplines[7].

Comment ne pas se réjouir du souci d’ouverture manifesté dans cette orientation pédagogique ?

Le Centre de Liaison de l’Enseignement et des Moyens d’Information ( CLEMI ) a réalisé, depuis des années, un travail conséquent -  reconnu par l’Institution - qui a fait avancer la réflexion et donné des outils pertinents aux enseignants.

Mais c’est l’organisation elle-même du système éducatif qui va marquer les limites de l’action du CLEMI : les objectifs du système éducatif, le manque de formation des enseignants et la lourdeur des programmes constituent un frein certain au travail sur les médias. La « Semaine de la presse » annuelle constitue une belle vitrine, mais fragile et décalée.

Alors, sans aller jusqu’à déclarer les systèmes de scolarisation eux-mêmes en faillite, il est toujours légitime d’interroger  les consensus autour de l’école par quelques questions.

 

 

Questions :

L’Education aux médias ( « Faire que les élèves développent leur curiosité et deviennent des citoyens qui choisissent de s’informer sur les forces et le acteurs qui conditionnent leur vie actuelle et conditionnent leur vie future[8] » ) a-t-elle vraiment  toute sa place dans le système éducatif actuel ?

Le cadre d’analyse des médias pratiqué aujourd’hui à l’école est-il le plus adapté, le plus pertinent pour rendre compte de leur réalité  et former les élèves, qui, demain, seront citoyens et maîtres de leur destin ?

Comment dépasser les limites de cette école ( inscrite dans la pensée libérale )  « qui s’est avérée incapable de présenter un modèle de réussite tournant résolument le dos à l’arrivisme individualiste[9] », qui s’est également avérée incapable de définir la réussite autrement que par l’échec ou l’abandon des plus faibles, ici et ailleurs ?

 

Problématique :

Aujourd’hui, les données sociales, économiques, technologiques, culturelles évoluent très rapidement.

De grands groupes qui ne pratiquent guère le culte de la différence et du pluralisme, mettent en place de puissants conglomérats destinés à générer des profits et non à servir la culture et la démocratie.

Il convient de donner aux élèves de nouveaux outils  leur permettant de mieux déchiffrer le monde. Propositions :

Tout d’abord, en s’appuyant sur les travaux de la psychologie sociale, il semble nécessaire de leur fournir des savoirs et des méthodes qui facilitent la compréhension du fonctionnement des individus dans les groupes.

Il conviendra ensuite d’élargir la réflexion à la communication dans la société libérale et marchande qui nous structure ( publicité, marketing commercial et politique, médias ).

 Ceci posé, il sera alors nécessaire de préciser le mode d’intervention de l’école sur la question des médias ( connaissance des enjeux de la presse, analyse des médias, production ).

Toute cette démarche gardera en ligne de mire la nécessité de former l’esprit critique des élèves, censés questionner le monde tel qu’ils le découvrent, avec ses richesses, ses inégalités, mais aussi les menaces dont il est l’objet. Nos élèves, parmi les mieux informés du monde ne peuvent ni ne doivent se résigner à une société d’injustice et d’exclusion, négation de nos valeurs fondatrices.

 

 

1°) L’individu influencé ( quelques notions de psychologie sociale )

 

Seuls, à l’occasion des rapports entre la pensée et la réalité, nous avons tendance, spontanément, à surestimer notre pensée (et parfois à la préférer aux données du réel… )[10]. L’individu devient, en présence des autres ( dans le groupe, ou face aux médias ), différent de ce qu’il est tout seul.

Mais l’homme  est avant tout un être de relation et de communication. Chacun de nous a l’illusion de posséder en particulier ce qu’il partage, à vrai dire, avec tous.

« La nouvelle foule est immatérielle, dispersée, domestique ».[11] Dans la masse, l’individu perd à la fois son esprit critique et le sentiment de soi ; parfois,  il se découvre avec angoisse, manipulé par des forces hostiles et inconnues.

 

 

 

1.1     - L’individu et le groupe

 

 

1.1.1            Quelques données générales

 

(…) Nous nous laissons séduire

Sur aussi peu de fondement ;

Et chacun croit fort aisément

Ce qu’il craint, et ce qu’il désire.

 

La FontaineLe Loup et le renard ( Livre XI, fable 7 )

 

 

La construction de l’identité, c’est-à-dire la définition de l’individu en termes d’images de soi se construit à partir des interactions et des perceptions d’autrui. Nous ne sommes jamais maîtres et libres de notre identité : celle-ci nous est plus ou moins imposée, mais nous pouvons négocier soit sur nos propres exigences soit sur celles des autres.

De sa naissance à sa mort, l’homme dépend étroitement de son groupe d’appartenance ( mais, la communication ne conduit pas toujours à l’information : dans un fou rire, dans l’observance d’un rituel ou la participation aux règles d’une culture en général, les hommes s’éprouvent membres d’une même communauté, sans que cette conscience se rattache à une information, à un contenu cognitif en particulier ).

Souvent, le plaisir est décrit comme étant le ressort psychologique principal suivant lequel l’individu s’abandonne avec délice à la foule ; dans la fusion avec les autres, il semble attendre à la fois ivresse et réconfort.

On constate par ailleurs que l’angoisse du morcellement développe le fantasme de l’illusion groupale : les membres du groupe privilégient les relations interpersonnelles qui renforcent la cohésion ( y compris en adoptant des positions irrationnelles, par exemple en imaginant l’existence d’une menace extérieure ).

A travers l’idéologie (  religieuse ou politique ) qu’il se fixe, le groupe est perpétuellement en quête de lui-même.

 

1.1.2            Une perception orientée

 

Chaque sujet élabore ses représentations sociales en fonction de ses catégories cognitives, de son inscription socioculturelle, de son histoire événementielle personnelle.

La position sociale des interlocuteurs est importante ; elle définit la communication en fonction du statut et du rôle, c’est-à-dire à partir des places et stratégies ainsi occupées.

Paradoxalement, la présence d’autrui peut apparaître comme une source d’influence tantôt positive, tantôt négative de la performance individuelle : le ralliement à la majorité n’est pas automatique.

Mais, en nous comportant « comme tout le monde », nous avons bel et bien intériorisé une façon d’agir acceptée par le milieu où nous vivons ; l’influence est un phénomène omniprésent dans les relations sociales.

Le citoyen isolé n’existe pas, non plus que le vide social, mais chaque citoyen traite à sa manière et depuis le contexte qui l’investit l’information qui lui parvient[12].

 

L’élaboration des stéréotypes s’effectue en fonction de notre propre groupe d’appartenance, considéré comme le centre du monde, et donc comme cadre de référence universel à partir duquel on évalue les autres groupes ( « attitude ethnocentrique »). Notre « mentalité », notre vision du monde, va générer des attitudes, c’est-à-dire des manières d’être face aux éléments de l’environnement[13].

Les stéréotypes se présentent comme des clichés mentaux stables, constants et peu susceptibles de modifications. Ils ont pour vocation de produire une espèce « d’image » qui vaut dans tous les cas et s’impose avec une valeur attributive ou prédicative. Ils peuvent aboutir à des attitude discriminantes, simplistes ou racistes[14]. L’apprentissage des préjugés au cours de notre socialisation sera souvent utilisé ultérieurement en tant que forme de connaissance, et souvent à notre insu.

 

Il y a  très grand danger, lorsque nos comportements deviennent codés par des formules stéréotypées qui dépersonnalisent les relations et se traduisent par une perte du sens de notre propre responsabilité ; en effet, dans leur grand majorité, les individus se soumettent servilement aux pressions provenant d’une autorité ( travaux de S. MILGRAM )[15] ; le même message, attribué à un individu quelconque ou à une autorité scientifique est différemment apprécié.

L’expérience a montré que des gens ordinaires, faisant simplement leur travail et sans hostilité particulière, peuvent, déconnectés de leur autorité morale, devenir des agents d’un terrible processus de destruction, insensibles à la souffrance qu’ils causent à autrui.

Evoquons maintenant  deux apports théoriques importants dans la compréhension de la communication.

 

 

1.1.2.1         Koulechov et Shérif

 

 

1.1.2.1.1   L’effet « Koulechov », en psychologie sociale et au cinéma

 

Soumis à l’influence d’un groupe ou d’une autorité, ce que nous prenons pour le vrai reflète essentiellement la façon dont nous pensons ce qui est vrai.

Une expérience permet d’en rendre compte. On a demandé à des étudiants de donner leur avis sur l’expression du visage d’un homme présenté en photo ; un groupe d’étudiants était informé qu’il s’agissait d’un chef de la Gestapo nazie, responsable d’expérimentations médicales sur les détenus de camps de concentration et considéré comme raciste ; un autre groupe était informé qu’il s’agissait d’un dirigeant de mouvement secret anti-nazi dont le courage avait sauvé des milliers de Juifs. Les résultats font apparaître que le premier groupe a trouvé l’expression du visage cruelle et menaçante, alors que le second l’a trouvée chaleureuse et aimable…[16]

 

Lev Koulechov, réalisateur soviétique, va établir, dans une expérience célèbre, les fondements du processus de montage au cinéma. En 1923, il utilise, à trois reprises, dans un film le même plan statique et inexpressif de l’acteur Mosjoukine. Le film se déroule ainsi : Gros plan acteur / Plan Rapproché ( P. R. ) assiette de soupe sur la table / Gros plan acteur / (P. R.) femme morte dans un cercueil / Gros plan acteur / Plan Américain petite fille jouant avec un ours. Ce film est présenté par Koulechov à un public non averti, qui s’extasie sur le jeu du comédien auquel il prête une sensation de faim, puis la tristesse et enfin la tendresse. Pour Koulechov, la manipulation libère un potentiel supplémentaire de mise en scène : le spectateur ressent autre chose que ce qui a été filmé. Ce potentiel filmique sera développé par Griffith et Eisenstein[17].

( Par ailleurs, on connaît le célèbre et très sérieux  « gag » du documentariste Chris MARKER dans son film « Lettres de Sibérie » (1958) : il a proposé à ses spectateurs trois fois les mêmes images de la vie quotidienne dans une ville soviétique, mais avec trois commentaires très différents, ce qui, ici aussi, a modifié radicalement la perception des images ).

 

1.1.2.1.2     Shérif    ( expérience basée sur l’effet autocinétique )

 

Quand nous nous trouvons seuls par rapport à un phénomène, nous avons tendance à nous créer un point de référence ou une norme subjective à partir de laquelle nous faisons un jugement sur la réalité ; ensuite, lorsque ce jugement interfère avec celui des autres, chacun a alors tendance à modifier son estimation de départ et à la rapprocher de celle des autres, et l’on voit alors se dégager une norme commune qui se traduit par un rapprochement des positions individuelles. Les normes exercent sur les individus une pression vers l’uniformité[18].

 

 

1.1.2.2        Nous cherchons à adoucir le réel

 

Globalement, nous voulons établir une relation de confiance et de jeu avec le monde extérieur.

Nous oscillons sans cesse entre un sentiment d’ennui ( quand rien n’arrive ) et un sentiment d’anxiété ( quand tout peut à chaque instant arriver ).

Les individus captent de nombreuses informations sur eux-mêmes ; parmi toutes ces informations, ils vont chercher celles qui leur permettent de vérifier la perception préalable qu’ils ont d’eux-mêmes.

Dans le groupe, les individus qui se ressemblent, c’est-à-dire qui partagent leurs façons d’agir et de penser, vont avoir tendance à se réunir. L’homme reste très attaché à son désir de cohérence interne, au point de se livrer à des réélaborations, des aménagements, voire un véritable bricolage allant jusqu’à la transformation de la réalité dans le sens de ses désirs.

Le groupe tend à s’organiser spontanément dans le sens de l’accord des esprits et des attitudes. Il exerce un rigoureux contrôle de l’activité de ses membres. L’individu désire fortement faire partie d’un groupe de référence qui peut être différent de son groupe d’appartenance ; pour cela, il empruntera au groupe de référence son système de valeurs.

 

La culture d’une société fournit sans cesse aux individus des exemples de réponses spécifiques, de solutions pré-établies pour régler les problèmes situationnels qui se présentent ; ce modèle social, assorti de sanctions positives ou négatives réglemente les conduites dans un groupe donné. Les relations sociales s’organisent  en fonction des savoirs sociaux basés sur les perceptions et les évaluations que les membres de divers groupes sociaux font les uns par rapport aux autres ( les recherches ont montré que, par exemple,  les hommes et les femmes qui ont un « physique agréable » sont également perçus comme intelligents, bons et compétents ). Souvent l’individu est peu conscient de la pression exercée par le jeu social.

Au niveau global, il arrive parfois que l’usure du système social entraîne la décomposition des normes et des valeurs reçues : une autre société, d’autres valeurs peuvent alors apparaître.

 

 

1.2     -  L’individu cerné par les médias ou Le triomphe de la Communication

 

Il serait trop simple d’affirmer que le public est conditionné, contre son gré, par une influence incontrôlable des médias qui uniformiseraient nos représentations, nos comportements, nos pensées ( si l’émetteur veut que son message circule, il doit accepter sa déformation ).  Le sens reçu par chacun est toujours une coproduction.

 

Nous ne demandons nullement à nos médias une ouverture indéfinie sur le monde, mais d’abord une proposition identitaire, la production et la stabilisation d’un « monde miroir » qui donne le sentiment d’être chez soi, où le réel ne filtre qu’à petites doses, et où la question de la vérité ne se pose au fond qu’assez peu.

Pénétrant dans chaque foyer, s’insinuant dans chaque plage de loisir, dirigeant les opinions et les uniformisant, les moyens de communication transforment les esprits individuels en esprit de masse. Par une espèce de télépathie sociale, les mêmes images, les mêmes pensées se propagent de proche en proche à la façon des ondes radio. Quand cela se produit effectivement, on constate qu’une multitude d’inconnus qui, sans s’être jamais vus, sans s’être concertés, sont parcourus par une émotion identique, répondent comme un seul homme à un même slogan, fusionnent spontanément en un seul être collectif ( en 1938, Orson WELLES, âgé de 23 ans, réalise à la tête du Mercury Theater une adaptation  radiophonique de « La guerre des mondes » qui brouille les pistes entre la réalité et la fiction, entre l’information et le spectacle ; son « message » est tellement en phase avec l’opinion publique qu’il déclenche, sans le vouloir, une formidable panique : bon nombre d’américains se rendirent dans leur commissariat pour affirmer qu’ils avaient vu des martiens, et quelques familles, persuadées que la fin du monde était arrivée, ont disparu dans la nature pendant plus de trois jours [19]).

 

Tout en restant chacun chez soi, les publics ( lecteurs, auditeurs, spectateurs ) sont ensemble. Tout en paraissant différents, ils sont semblables.  Les mass médias, en pénétrant dans les groupes élémentaires de voisinage, famille, amis, arrivent, indirectement,  à influencer et à changer les individus.

Nos médias sont consacrés, pour une bonne part, à stabiliser et à étendre le sentiment d’appartenance ( vital pour chaque individu ). Ce sentiment donne le droit d’exclure ou d’ignorer.

Les médias doivent séduire ( intéresser, retenir, étonner ). Les médias unifient et uniformisent sans cesse le corps social. Ils proposent un spectacle ( dramatisation, mise en scène, rebondissements, suspens, silhouettes familières ou surprenantes )[20].

Versant positif, les médias de masse représentent aujourd’hui l’espace public où se forme le goût du public, où s’exprime une ouverture sur le monde, où se construisent le nouvelles valeurs partagées[21].

Versant négatif, les médias dominants montrent l’actualité comme un spectacle fugace, étranger à la réalité, vide de mémoire ; ils aident à creuser les inégalités, ils répandent l’idée que les pauvres sont le résultat du hasard ou le fruit de la fatalité[22].

Dans ce contexte, d’autres études sont également très révélatrices (  par exemple, quelle est l’influence réelle de la violence à la télévision sur les enfants[23]).

Par ailleurs, toujours à propos de ce même thème ( « la violence et  l’Insécurité » ) d’autres interrogations concernent directement le fonctionnement de notre démocratie : quelle a été son influence dans le déroulement de la dernière campagne présidentielle d’avril / mai 2002 ? Quelle a été l’attitude des médias durant cette période ? Réponses… dans la presse :

De Janvier à Mai 2002, les journaux télévisés ont consacré 18 766 sujets à ce thème, soit 6 % du temps global d’antenne de toutes les chaînes ( la télévision a contribué à environ 60 % de la présence médiatique de l’insécurité sur cette période, la radio 12 % )[24]. Après le premier tour qui a vu la « qualification » du candidat de l’extrême droite, l’insécurité a disparu des écrans : du 21 avril au 11 mai 2002, TF1 a diffusé 36 sujets liés à l’insécurité, France 2 en a diffusé 43 et France 3 et tombé à 29. Soit un total de 108. Entre le deux tours de l’élection présidentielle, souligne Le Monde, les chaînes ont donc consacré deux fois moins de sujets à ce thème…[25] Les journalistes en sont-ils conscients ?

 

 

2°) Manipulations

 

 

2.1 Généralités

 

 

« Les masses se laissent convaincre, non par les faits, même inventés, mais seulement par la cohérence du système dont ils font censément partie ».

Hannah ARENDT :  « Le  système totalitaire », ( Seuil, Paris, 1972 )

 

 

La manipulation a pour objet d’obtenir de quelqu’un un changement de comportement social qui semble librement consenti.

La persuasion est composée principalement d’éléments qui font appel à la raison et à l’émotion.

Le conditionnement de l’individu peut aboutir parfois à un embrigadement, synonyme de perte de soi, d’incarcération psychique acceptée (sur le même mode que les sectes, les entreprises commerciales peuvent aussi chercher à transformer leur client en représentant ).

 

2.2 Techniques

 

« Dans une dictature, on se sert de la censure, dans une démocratie, de la manipulation »

Ryszard KAPUSCINKI, « Les médias reflètent-ils la réalité du monde ? » ( Le Monde diplomatique, Août 1999)

 

Les techniques de manipulation sont étudiées depuis plus de trente ans. Par exemple, la stratégie appelée « le pied dans la porte » consiste à demander, dans un premier temps, une petite faveur, pour, dans un deuxième temps, vous amener à accepter une requête beaucoup plus importante. Le fait de mettre en marche quotidiennement notre télévision nous placerait donc en position d’écoute favorable aux messages ( publicités, infos ) et aux représentations du monde que ce média ne va pas manquer de nous distiller. Mais c’est bien « librement » que nous nous soumettons à ses pressions.

La « persusasion-suggestion » permet d’exercer une emprise sur autrui afin de créer les conditions propices à l’administration du message pour lequel on cherche l’adhésion. Par la suite, en produisant des messages à répétition, on peut créer la confusion, méduser en destabilisant l’interlocuteur[26].

 

2.3 Publicité, Marketing et Relations publiques

 

 

Chaque groupe ou individu, avant même d’assurer sa survie est dans l’urgence vitale d’avoir à se produire comme sens dans un système d’échanges et de relations.

Jean BAUDRILLARD : «Pour une critique de l’économie politique du signe » ( Gallimard, Tel, 1972 )

 

 

Acheter n’est pas forcément un acte rationnel ; l’action passe par la croyance, et c’est la marque elle-même, qui autorise l’action. C’est autour de la consommation et autour de ses marques que les hommes d’aujourd’hui se constituent un stock de matériaux imaginaires sans cesse renouvelables, et alimentés chaque semaine par des pèlerinages commerciaux[27].

Certaines études estiment que l’on est soumis quotidiennement à environ 450 messages publicitaires : une trentaine de messages seraient réellement captés et à peine dix auraient une influence effective sur le comportement d’achat. Les médias visent-ils essentiellement à fabriquer des consommateurs ?

 

La publicité est aussi un reflet culturel de nos comportements, en même temps qu’un laboratoire où sont impulsés de nouveaux styles de vie.

La publicité fait des objets des évènements, mais elle les construit comme tels sur l’élimination de leurs caractéristiques objectives. Elle joue sur notre plaisir d’être trompés, notre désir d’être séduits. Publicitaires et propagandistes sont des opérateurs mythiques : ils inventent des exposés persuasifs qui ne sont ni vrais ni faux[28].

Il suffit que les mêmes images, les mêmes consommations, les mêmes sources se répandent « dans le cadre médiatico-publicitaire » pour que, aussitôt, la foule les reçoive conne régnantes, et donc devant être suivies.

 

Cette gigantesque opération sociale réussit d’autant mieux qu’elle ne se voit opposer aucun réel contre-pouvoir institutionnel : il n’y a pas d’espace médiatique pour un discours critique[29].

Dans notre pays, les enfants sont une cible privilégiée des annonceurs. Certains mercredis, les 6 - 12 ans peuvent avaler jusqu’à 192 spots dans leur journée télévisée, principalement pour des produits alimentaires et des jouets dont ils n’identifient pas clairement la visée[30].

Il n’y a pas d’objet qui soit purement fonctionnel. Derrière le plus banal des produits usuels se cache un imaginaire ( La grande distribution et les centres commerciaux ont rapidement compris tout l’intérêt qu’ils avaient à exploiter l’engouement « spontané » des Français pour Halloween en mettant sur le marché une débauche de produits noir et orange…[31]).

 Chaque temps de la société de consommation est une mise en concordance entre modes de vie, modes de production et systèmes de valeurs. L’idée majeure des marques est de permettre à l’individu d’accéder à une liberté quasi-totale, de ne plus être contraint par des règles sociales qui dictent ses choix[32].

La publicité, malgré sa capacité d’informer, se situe bien dans une logique consistant à tenter d’obtenir un comportement par une voie détournée[33].

 

Aujourd’hui, le marketing se prend pour de la culture : aux USA, les marques font tout pour devenir non le supplément, mais le sujet même de l’éducation, non pas une option, mais une part essentielle du programme.

 Le résultat visible de l’action des multinationales détentrices de marques, c’est une armée d’ados, tous identiques, marchant au pas, dans « l’uniforme » proposé par les spécialistes du marketing, dans le centre commercial mondial[34].

Les marques, c’est un peu les barreaux de l’échelle sociale. Elles font partie de nos identités collectives, de notre patrimoine culturel et social. Les marques mondiales ont aussi leur importance, comme identités de la mondialisation, mais personne n’est dupe : les marques ne suffisent pas à fonder un citoyen mondial ![35]

 

La démarche industrielle tend à remplacer la création artisanale dans les secteurs les plus inattendus : Matrix 3, Le seigneur des anneaux 3, l’arme fatale 6, Taxi 4 et autre Harry Potter 3 vont susciter une attente basée sur le marketing, puis,  la « marque » installée dans l’esprit du public, ces « films », après avoir rapporté plusieurs fois leur mise initiale,  seront oubliés pour laisser place à leur suite, forcément plus spectaculaire et plus distrayante.

La culture de masse constitue ainsi aujourd’hui une fabrique de rêves et intègre au sein de la société des mythes et des idées-force[36].

Du marketing commercial et culturel au marketing politique[37] et aux propagandes, il n’y a qu’un pas.

 

2.4 Propagandes et désinformation

 

Une propagande inefficace n’est pas une propagande ( J. ELLUL rappelle les propos de Goebbels : « Nous ne parlons pas pour dire quelque chose, mais pour obtenir un certain effet »[38].

La propagande,  par les techniques qu’elle emploie, et surtout par son dessein de convaincre et de subjuguer sans former,  est l’antithèse de l’école[39].

Mise en pratique depuis la Grèce antique[40], la propagande est aujourd’hui un facteur profondément intégré dans la vie politique, et tend à transformer celle-ci[41].

La propagande tente de s’inscrire dans les mythes politiques fondamentaux qui structurent la société[42].

En période de forte tension sociale, la guerre psychologique vient remplacer la propagande[43].

Quelques journalistes courageux tentent aujourd’hui eux aussi de traquer et de déjouer les pièges de la manipulation et des « médiamensonges »[44].

La « désinformation » quant à elle,  s’appuie sur des informations véritables pour en créer ou en justifier d’autres, farfelues.

En phase avec l’opinion, la propagande a permis à certains  « grands hommes » de provoquer des enthousiasmes tels que les adeptes ont marché au combat et à la mort en les glorifiant.

Dans les techniques de propagande,  plus le message est répété, plus les détails se perdent ( les détails conservés sont renforcés ).

 

2.5 Autres communications qui de développent en dehors des circuits officiels

 

La rumeur : « Emergence et circulation dans le corps social d’informations soit non encore confirmées publiquement par des sources officielles, soit démenties par celles-ci[45] »

De manière générale, une rumeur se propage d’autant plus qu’on y est réceptif.

Edgar Morin et son équipe ont cerné les caractéristiques d’une rumeur anti-sémite contemporaine[46].

Le monde des médias connaît une logique proche : une information douteuse verra sa diffusion facilitée suivant le degré de confiance dont bénéficie le support.

 

 

3°) En classe

 

3.1 – Analyser les médias aujourd’hui

 

« Et puis il y a le monde extérieur, et ces médias qui déversent une surabondance de messages dans et hors de l’école. On voudrait bien que nos élèves ne gobent pas tout, n’importe comment, qu’ils puissent s’informer sans se conformer » ( Odile CHENEVEZ, Extrait de l’éditorial )[47].

 

3.1.1 Occultations / Distorsions OU « les journalistes, nouveaux chiens de garde[48] » ?

 

Certes, les journalistes sont des « acteurs de la démocratie »[49]. Mais l’idéal démocratique requiert un journalisme d’information économiquement et culturellement accessible à tous, producteur de réflexivité sur les enjeux politiques. Aujourd’hui cette profession est éclatée selon les médias et les types de presse. Le citoyen est en droit de demander une information complète et contradictoire qui ne se polarise pas sur les seuls discours d’institution, n’identifie pas les vies ordinaires au trivial ou au subalterne, ne réduise pas la société à ses sommets[50].

Informer, c’est insister davantage sur les problèmes à résoudre, que sur les actions ou incidents spectaculaires

( les informations économiques, sociales ou scientifiques, moins spectaculaires, sont négligées ).

Paradoxalement, le public doit se demander s’il n’est pas responsable ( en partie du moins ) de l’information qu’il reçoit…[51]

 

La rhétorique médiatique vise à un balisage, une structuration des mentalités pour que « tout le monde croie à la même chose ». Le présentateur du Journal Télévisé, en utilisant des tournures creuses, vides d’engagements et de référents,  établit un consensus autour d’une sorte de conscience de la nécessité de l’évidence[52].

Ce n’est pas la réalité objective des faits rapportés qui compte, mais bien davantage le prestige social de l’informateur et la charge affective de l’information.

Durant ces dernières années, un changement majeur bouleverse les techniques de travail des journalistes : ils tendent à devenir des intermédiaires chargés de transformer ce qu’on leur livre ; leur souci est de traiter ce qui parvient au journal, et non plus d’aller au-devant ou au-delà de l’information[53].

Ces « mutations » entraînent un  questionnement de l’ « information - marchandise », questionnement qui vient du milieu journalistique lui-même ( étude fouillée[54] ou témoignage dévastateur[55] ), comme d’autres horizons théoriques[56].

Il peut aussi avoir un impact médiatique, mais sans traiter le fond du problème[57].

 

L’élève doit être en capacité de saisir les enjeux de cette recherche transdisciplinaire  ( statuts des journalistes, déontologie, Liberté de la presse dans le monde, gestion des entreprises de presse[58], poids de la publicité et des relations publiques, etc.).

( En 1995, les recettes publicitaires représentaient en moyenne 40 % du chiffre d’affaire global de la presse écrite. Aussi, il ne faut pas s’étonner que l’argent de la publicité puisse permettre une intervention répressive « la punition publicitaire » ou, au contraire, un « arrosage publicitaire » destiné, comme le disent les publicitaires, à créer un « terrain médiatique favorable ». Ainsi, les relations entre Jean-Marie MESSIER et la presse seront plus claires si on rappelle qu’en 1998, le PDG de Vivendi-Universal a dépensé 2 000 millions de Francs en publicité dans les médias pour la promotion de son entreprise…[59] La liberté du journal s’arrête-t-elle aux frontières de son marché publicitaire ? Sous forme de boutade, on a pu entendre récemment que les journaux sont vendus deux fois, à leurs lecteurs, mais d’abord à leurs annonceurs. C’est une tendance forte observée ces dernières années : la presse perd peu à peu de son indépendance financière au profit des grands groupes de communication ).

 

 

3.1.2 – avec les élèves, en observant régulièrement et de manière approfondie les médias ( « S’informer fatigue »[60])

 

Maîtriser l’événement est un impératif pour l’homme qui veut vivre en « contemporain ». Il ne s’agit pas de se laisser emporter par les ouragans, de se laisser porter par tous les vents, mais bien de connaître d’où ils viennent, où ils vont, et de tracer sa propre route : se maintenir ainsi en état de veille[61].

Les enseignants de tous les niveaux disposent avec les ouvrages réalisés par le CLEMI et l’ARPEJ d’outils remarquables pour faire travailler les élèves de maternelle[62], de l’école[63], du collège et du lycée ( sur la  presse[64], ou l’information audiovisuelle[65] ). Quelques revues ont consacré des numéros spéciaux très documentés à des activités liées à la presse ( la photographie[66], le reportage[67], la photo de presse[68] ).

 

L’information télévisée, fenêtre ouverte sur le « village global » de Mc Luhan mérite, par son omniprésence, toute notre attention. Sa mise en scène, ses discours et ses pratiques ne peuvent être négligés[69].

C’est la télé, indique Pierre BOURDIEU, qui définit le jeu : les sujets dont il faut parler ou pas ; les personnes importantes ou pas. Or la télévision, aliénante pour le reste du journalisme, est elle-même aliénée, puisqu’elle se trouve soumise, comme rarement espace de production, à la contrainte directe du marché[70].

Pour atteindre ces objectifs, il convient aussi de  familiariser les élèves avec les techniques de l’analyse de contenu[71].

 

 

3.2 – Permettre aux élèves d’accéder à leurs propres représentations  /  Produire de l’information

 

D’abord en leur donnant des bases de psychologie sociale, comprenant des expérimentations et des rappels historiques.

Puis, par exemple, en faisant faire aux élèves des exercices comme celui-ci : proposer aux élèves d’une classe une liste de mots tirés de l’actualité ( Corse, nucléaire, banlieue, etc. ) et leur demander une appréciation personnelle ( ce mot a-t-il une connotation plutôt agréable ? à quel autre mot peut-on l’associer ? etc.… ); l’analyse des réponses mettra à jour les représentations implicites selon, par exemple, le sexe des élèves ( Paradoxe de ce travail, ni les élèves, ni… les enseignants ne connaissent les réponses, avant d’avoir effectué le dépouillement : tous sont à égalité devant les résultats ).

L’élève doit se rendre compte que l’information donne lieu à des contenus, qu’elle est soumise au principe de réalité, donc à l’alternance du vrai et du faux ( on vérifie, on réfute une information ).

 

Chaque élève, à chaque étape de son cursus, devrait être en position de créateur d’informations ( écrites, mais aussi radio ou vidéo ).

Le journal, au lycée, au collège, permet aux élèves de faire preuve de créativité, d’esprit critique, mais il leur donne également l’occasion de rencontrer des cas bien concrets de déontologie, des problèmes juridiques. Le CLEMI facilite ici aussi la démarche d’apprentissage[72], rappelle les enjeux et les règles de base[73].

Se pose évidemment la question complexe du transfert des connaissances[74], ou comment les élèves vont-ils investir et utiliser les savoirs et les notions abordées dans le cadre des cours.

 

 

4 – CONCLUSION

 

 

Ce que l’on enseigne aux citoyens, c’est de rester à leur place assignée.

 

Ivan ILLICH : « Libérer l’avenir »  ( Seuil, 1971 )

 

Notre monde se globalise. Nous sommes immergés dans une Communication qui nous nourrit, nous fait rêver, nous donne des pseudo-repères. Nous faisons partie des pays riches de la planète, et nous avons beaucoup de difficultés à adopter un point de vue sur la domination économique et culturelle que nous exerçons sur une grande partie des habitants de notre monde. Au fond, tout cela n’est qu’un problème de distribution, et il suffirait que notre modèle de développement soit plus juste et moins destructeur de la nature et de l’environnement pour que bien des problèmes commencent à trouver des solutions durables.

 

Notre système économique nous pousse sans cesse à une fuite en avant dont les générations futures seront les seules à payer les conséquences ( dans cette course, certains  « plus égaux que d’autres » tirent leur épingle du jeu : on apprend par exemple que le club des « ultra-fortunés » - qui détiennent des actifs financiers de plus de 30 millions de dollars - a augmenté de 3 %, pour atteindre 57 000 personnes dans le monde ; selon les analystes, ce mouvement d’enrichissement devrait continuer…[75]).

Pendant ce temps-là, la publicité, le marketing et les médias se donnent la main pour façonner notre vision du monde, monde qui s’articule aujourd’hui autour de la « marque » , de la consommation individualiste triomphante, de l’information toujours plus spectaculaire.

Travailler sur l’actualité en classe, c’est nécessairement apporter des messages qui peuvent être des facteurs d’ouverture, donc d’insécurité ou de trouble, qui bousculent le conformisme et la passivité.

 

Ce travail n’est négligeable ni par son importance pédagogique ni par son poids en terme de contenus : constatons ici que la simple réalisation en classe de tous les exercices décrits dans le livre du CLEMI « Mieux connaître l’information audiovisuelle au collège et au lycée » nécessiterait déjà plus de 70 heures  de travail avec les élèves. Il convient d’ajouter à cela la découverte de la presse écrite, de la publicité, etc.…

Il faudrait donc proposer la mise en place en collège et en lycée d’une nouvelle discipline transversale ( transformer l’école, n’est-ce pas le meilleur moyen de la défendre ?[76] ).

 

Un cours sur la « Communication et l’Information » qui donnerait tout d’abord un « point de vue » aux élèves en abordant  la question des « oublis », des « ratés » du traitement actuel de l’information par les grands médias.

Cette « mise en danger » de l’élève par la remise en cause de l’ethnocentrisme derrière lequel nous nous abritons nécessite donc une nouvelle approche, à la base de laquelle on pourrait trouver l’Histoire, la  Médiologie, la  Psychosociologie, les Sciences Politiques ( pour ne plus laisser la « Culture générale » aux seuls étudiants ) et la Documentation ( apprendre à rechercher, trier et hiérarchiser l’information ).

 

Cette nouvelle discipline transmettrait elle aussi aux élèves, dans son domaine d’intervention, un savoir, c’est-à-dire une construction assez stable pour freiner l’écoulement du temps et rester disponible à l’échelle d’une vie humaine, assez mouvante pour accueillir sans cesse de nouvelles réponses et les insérer dans des structures lisibles[77].

Un travail commun avec les autres disciplines serait indispensable, mais il faut pour cela qu’il y ait des enjeux, des responsabilités à assumer. Il faut donc lutter contre le courant idéologique et social qui (tend à faire de l’éducation ce qu’il réussit avec l’information, la transformer en une marchandise.

 

 Par ailleurs, il apparaît nécessaire de lier ce nouveau savoir à des échanges ( par courrier ou par « séjour d’amitié, de solidarité et de culture » ) avec des élèves de pays en voie de développement ( le Tiers-Monde doit avoir les moyens de donner au reste du « village planétaire » sa propre vision de l’actualité ).

 

Mais, plus encore, les enfants du Tiers-Monde ont, eux aussi un droit à la santé, à l’alimentation, au logement, et… à l’éducation. C’est ensemble que ces jeunes auront à trouver de nouvelles solutions pour diminuer les inégalités  que nous nous cachons derrière les paillettes complaisantes de notre société du spectacle surinformée  ( « montée des marches » devant 2.500 journalistes au Festival de Cannes, Disney et ses parcs stéréotypés et régressifs pour classes moyennes supérieures ,  ou le Loft et ses 60 caméras qui doivent nous permettre de TOUT VOIR…).

 

 

Autrui, on l’observe d’après soi-même,

Les familles, d’après la famille,

Les villages, d’après son village,

Les Etat, d’après son Etat,

Le monde, d’après ce monde,

Comment puis-je savoir comment va le monde ?

Par tout ce qui vient d’être dit.

 

Lao-Tseu   ( in Tao tô king, LIV, Gallimard, 1967 )

 

 

 

 

Gérard HERNANDEZ   -   Mai 2003

 

 

 



[1] Marshall Mc LUHAN : « Pour comprendre les média », Mame / Seuil, Paris, 1968

[2] Daniel BOUGNOUX : « Introduction aux sciences de la communication », La Découverte, Repères, Paris, 2001

[3] Régis DEBRAY : « Cours de médiologie générale », Gallimard, Paris, 1991

[4] « La Bataille de l’info », L’Humanité, 22 Janvier 2003

[5] P. HUNTER : « Le journalisme d’investigation », PUF, Que sais-je, n°3239, Paris

[6] J. BERTRAND : « La déontologie des médias », PUF, Que sais-je, n° 3255, Paris,

[7] Ministère de l’Education nationale : « L’actualité et les médias à l’école, au collège et au lycée », CLEMI, 1997

[8] Odile CHENEVEZ : « Les élèves, acteurs de leurs médias », CNDP, 1997

[9] Philippe MEIRIEU, Marc GUIRAUD : « L’Ecole ou la guerre civile », Plon, 1997

[10] Pierre MANNONI : « Les Représentations sociales », PUF, Que sais-je, n°3329

[11] Serge MOSCOVICI : « l’âge des foules », Editions Complexe, Paris, 1985, p. 258

[12] Michel-Louis ROUQUETTE, « La Psychologie politique », PUF, Que sais-je, n°2401, 1988

[13] Alex MUCCHIELLI : « Les mentalités, compréhension et analyse », ESF, 1984.

[14] Pierre MANNONI : « Les Représentation sociales », PUF, Que sais-je, n°3329, Paris

[15] Stanley MILGRAM : « Soumission à l’autorité », Calmann-Lévy, Paris, 1974

[16] Gustave-Nicolas FISCHER : « la Psychologie sociale », Seuil, Points, Paris, 1997

[17] Alain WEBER : « Idéologies du montage ou l’art de la manipulation », CinemAction, l’Harmattan, n°23, 1982

[18] Musafer SHERIF : « The psychology of Social Norms”, Harper Row, New-York, 1936

[19] Barbara LEAMING : « Orson WELLES », Mazarine, Biographie, 1995,

[20] Pierre MANNONI : « La psychologie collective », PUF, Que sais-je n°2236

[21] Jean CAUNE : « Esthétique de la Communication », PUF, Que sais-je, n° 3259, Paris

[22] Eduardo GALEANO : « Vers une société de l’incommunication ? », Le Monde diplomatique, Janvier 1996

[23] Serge TISSERON : « Enfants sous influence – les écrans rendent-ils les jeunes violents ? » - Armand Colin, 2000

[24] « La télévision a accru sa couverture de la violence durant la campagne », Le Monde, 27/05/2002

[25] « Le nombre de faits divers repris aux JT est en chute libre », Le Monde, 15 Mai 2002

[26] Lionel BELLANGER : « La Persuasion », PUF, Que sais-je, n° 2238

[27] Georges LEWI : « Sale temps pour le marques », Albin Michel, Paris, 1996

[28] Jean BAUDRILLARD : Article « Sociologie de masse », Encyclopédia Universalis

[29] François BRUNE : « Violences de l’idéologie publicitaire », Le Monde diplomatique, Août 1995

[30] « Un rapport propose d’encadrer la publicité destinée aux enfants », Le Monde, 08/03/2002

[31] « Déguisements, bonbons, lessive : un nouveau filon commercial », Le Monde, 01/11/2002

[32] Robert ROCHEFORT : « La société des consommateurs », Odile Jacob, Paris, 1995

[33] Fabrice d’ALMEIDA : « La Manipulation », PUF, Que sais-je ?, n°3665, Paris, 2003

[34] Naomi KLEIN : « No logo, la tyrannie des marques », Léméac / Actes Sud, Paris, 2000

[35] Dominique WOLTON : « Les marques et nous », Libération, 08/11/2002

[36] Edgar MORIN :  Article « Culture de masse », Encyclopédia Universalis

[37] Michel BONGRAND : « Le marketing politique », PUF, Que sais-je, n°1698, 1986

[38] Jacques ELLUL : « Propagandes », Armand Colin, Paris, 1962

[39] Jean-Marie DOMENACH : «La propagande politique », PUF, Que sais-je, n°448, Paris, 1973

[40] Jacques ELLUL, « Histoire de la Propagande », PUF, Que sais-je, n°1271, Paris, 1976

[41] Roger DADOUN : «La psychanalyse politique », PUF, Que sais-je, n°2948, Paris, 1995

[42] Raoul GIRARDET : « Mythes et mythologies politiques », Seuil, Points, H129, Paris, 1986

[43] Roger MUCCHIELLI : « La subversion », Bordas, Information, Paris, 1972

[44] Michel COLLON : « Attention médias ! », EPO, Bruxelles, 1994

[45] Jean-Noël KAPFERER, « Rumeurs, le plus vieux media du monde », Seuil, 1995.

[46] Edgar MORIN : « la rumeur d’Orléans », Seuil, Points, Paris, 1969

[47] « Esprit critique es-tu là ? », Les cahiers pédagogiques, n°386, septembre 2000

[48] Serge HALIMI : « les nouveaux chiens de garde », Liber, Raisons d’agir, Paris, 1997.

[49] Odile CHENEVEZ : « Le journalisme, une éthique professionnelle », BT2, n°224, Février 1990

[50] Erik NEVEU : « Sociologie du journalisme », La Découverte, Repères, Paris, 2001

[51] Daniel CORNU : « Ethique de l’information », PUF, Que sais-je, n°3552, Paris

[52] Lionel BELLENGER : « La Persuasion », PUF, Que sais-je, n°2238, Paris

[53] Jean-Jacques COLTICE, « Comprendre la presse », E.S. Chronique sociale, Paris, 1995

[54] Andreas FREUND : « Journalisme et mésinformation », La Pensée sauvage, Média-Discours, Paris, 1991

[55] François RUFFIN : « Les petits soldats du journalisme », Les Arènes, Paris, 2003

[56] Pierre BOURDIEU : « Sur la télévision », Liber, Raisons d’agir, Paris, 1996

[57] Pierre CARLES : « Pas vu, pas pris » ( documentaire événement dont Canal + a refusé la diffusion)

[58] « La presse française en crise », Lire la presse, Textes et documents pour la classe, n°711, Mars 1996

[59] Florence AMALOU : « Le livre noir de la pub », Stock, Paris, 2001

[60] Ignacio RAMONET, Editorial du Monde Diplomatique, Mai 1991

[61] Christian HERMELIN : « Apprendre avec l’actualité – Théorie et pédagogie de l’événement » Retz, Pédagogie, 1993

[62] Jacqueline COCLET-GREGOIRE : « la presse à l’école maternelle », ARPEJ / Hachette, Paris, 1997

[63] Jean-Pierre SPIRLET / ARPEJ : « Utiliser la presse à l’école », CFPJ, Paris, 1990

[64] Jean-Pierre SPIRLET / ARPEJ : « Utiliser la presse au collège et au lycée, CFPJ, Paris, 1990

[65] CLEMI : « Mieux connaître l’information audiovisuelle au collège et au lycée », CLEMI, Paris, 1994

[66] « La photographie témoigne de l’état du monde », La Documentation  par l’image, n°125, Avril 2003

[67] « Le reportage », Textes et documents pour la classe, n°771, Mars 1999

[68] « La photo de presse, le temps du doute », Textes et documents pour la classe, n°752, Mars 1998

[69] « la construction de l’information télévisée », Dossiers de l’audiovisuel, INA, n°76, Novembre 1997

[70] Pierre BOURDIEU : « La misère des médias », entretien, Télérama, 15/02/1995

[71] Roger MUCCHIELI : « L’analyse de contenu des documents et des communications », ESF, 1988

[72] Odile CHENEVEZ et le CLEMI : « Faire son journal au lycée et au collège », CFPJ, Paris, 1995

[73] CLEMI : « L’expression lycéenne – livre blanc des journaux lycéens », CNDP / Hachette, Paris, 1991

[74] « Savoir, c’est pouvoir transférer ? », Les cahiers pédagogiques, n°408, novembre 2002

[75] « Le club des plus riches du monde s’enrichit malgré la tourmente boursière », Le Monde, 15 Mai 2001

[76] Samuel JOHSUA : « L’école, entre crise et refondation », La Dispute, 1999

[77] Robert ESCARPIT : « Théorie générale de l’information et de la communication », Hachette Université, Paris, 1976


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