Un cinéaste et un biologiste au chevet de la France de 1979 

 

ou

Retour sur « Mon oncle d’Amérique », film d’Alain RESNAIS (1980)

 

 "L'Oncle d'Amérique, c'est le côté "demain tout ira mieux". Demain je rangerai ma bibliothèque, demain le gouvernement va changer et nous aurons des lois sociales parfaites. L'attente d'un événement heureux qui va résoudre tous nos problèmes[1]".

Alain Resnais - 1981

 

« Quand une structure sociale n’est pas impliquée directement dans le système de production, elle l’est dans la protection de ce système et la protection de ses hiérarchies ; c’est le cas pour l’armée, la justice, la police, la bureaucratie, l’art et ce qu’il est convenu d’appeler la culture.

Professeur Henri Laborit – « La Nouvelle Grille » – Robert Laffont - 1974

 

Aucun film n'analyse mieux l'esprit de notre temps que Mon Oncle d'Amérique.

Michel Pérez – Le Matin – 21 mai 1980.

 

« Le film d’Alain Resnais, je ne sais au juste quoi en penser, si ce n’est qu’il touche à une question qu’on n’ose plus poser : qu’est-ce que c’est d’être français ? »

Jean Pierre Oudart – Les Cahiers du Cinéma n°314 – Juillet 1980

 

1.      Introduction

Avec ses deux millions de spectateurs, ce film de Resnais constitue bel et bien un succès populaire (il a été vu par plus de spectateurs que l'Avare avec Louis de Funès). Vingt-huit ans après sa réalisation,  Mon oncle d’Amérique  garde pour le spectateur tout son mystère, son charme, et sa modernité. Ce n’est certes pas un film majeur, indépassable (comme peuvent l'être Hiroshima, Nuit et Brouillard, Marienbad ou Providence), mais aujourd'hui il fait partie des œuvres reconnues du 7° Art. Alain Resnais est apprécié, étudié, questionné : chaque nouvelle lecture de ses films nous dévoile des effets cinématographiques étonnants, singuliers, innovants. Depuis le début de cette année 2008, des rétrospectives sont organisées, des livres sont publiés, des conférences sont organisées pour le grand public et les cinéphiles.

Il m’a semblé intéressant de proposer, bien modestement, une nouvelle approche de Mon oncle d’Amérique, film expérimental, d'avant-garde et pourtant humoristique (« la démonstration ne laisse pas d’être captivante, surtout lorsque le réalisateur l’agrémente d’un brin d’humour en affublant ses comédiens de masques de rats ou en faisant déambuler ses bestioles dans un appartement miniature[2] »). Une approche globale de cet objet filmique nécessiterait certainement un livre entier, mobilisant de nombreuses disciplines des sciences humaines. Dans le cadre limité de cet article, je porterai toute mon attention sur la question suivante : par quelle subtile alchimie s’est déroulée la fusion entre la France de la fin des années 70 et sa représentation (plébiscitée par les spectateurs) dans le film ? Comment a fonctionné « l’imaginaire social »,  ce « lien unissant entre elles un certain nombre de représentations pour leur donner sens[3] ».

Dans une France sans SIDA, sans Internet, sans réchauffement climatique, sans OGM, sans téléphone portable, (mais dans laquelle déjà se manifestent les premières conséquences de la Mondialisation à venir) ce sera l’occasion de découvrir, à travers ses écrits, un Professeur Henri Laborit aussi « politique » que biologiste.

Ce sera aussi l’occasion de rappeler qu’Alain Resnais a été un citoyen engagé, que son cinéma est  certainement « politique », mais que son œuvre en général, et ce film en particulier s’inscrit surtout dans les plus ambitieuses réalisations artistiques du Cinéma : c’est bien à ce titre qu’il mérite toute notre admiration, et notre curiosité d’analyste filmique (L’analyse ne rompt pas le charme de l’œuvre, elle en précise, en l’éclairant subtilement, le mystère. Dans cette perspective, nous effectuerons un parallèle avec le film suivant d’A. Resnais : La vie est un roman). Nous questionnerons le concept de Culture en 2008, nous verrons comment évolue la mémoire cinématographique, et nous constaterons la modernité sociale de Mon Oncle d’Amérique.

Indiquons ici les thèmes, les interrogations que cette analyse de Mon oncle d'Amérique n'évoquera pas (mais qui ont fait par ailleurs l'objet d'un questionnement tout à fait légitime et passionnant) : "La liberté de la fiction par rapport au documentaire – comment un réalisateur construit des personnages romanesques – La théorie du Professeur Laborit est-elle réactionnaire ou progressiste ? Comment le discours fictionnel peut-il illustrer le discours scientifique ? Le dualisme inné / acquis et les rapports de la biologie et de la sociologie – l'imaginaire cinématographique dans la constitution de l'imaginaire socioculturel[4]"

 Essayons de soumettre à l'analyse cet "électroencéphalogramme de Lewis Carrol[5]", ambitieux, populaire, et pourtant toujours fascinant pour les jeunes spectateurs qui le découvrent en 2008.

Générique et résumé

Réalisation : Alain Resnais – Scénario et dialogues : Jean Gruault (inspiré par les travaux du professeur Henri Laborit) -  Avec : Gérard Depardieu (René Ragueneau) – Nicole Garcia (Janine Garnier) – Roger Pierre (Jean Le Gall) – Nelly Borgeaud (Arlette Le Gall) – Marie Dubois (Thérèse Ragueneau) – Pierre Arditi (Zambeaux) – et la participation du professeur Henri Laborit. Durée : 125 minutes. Prix spécial du jury Cannes 1980[6].

« Le film ne se réduit pas à une simple illustration de thèses scientifiques : le scénario élargit le discours scientifique en lui juxtaposant une construction dramatique qui le met en jeu, l’incarne en trois personnages – Jean, Janine et René -  confrontés à des choix de vie importants[7] ».

2.      Analyse du film

2.1.  Un « personnage » très particulier : le professeur Henri Laborit (1914 – 1995).

Né à Hanoi, Henri Laborit est le fils d’un officier médecin des troupes coloniales, qui décèdera d’un tétanos contracté en service en Guyane alors que son fils n’est âgé que de cinq ans. A vingt ans, Henri Laborit intègre l’école de santé de la Marine à Bordeaux. A trente quatre ans, il devient chirurgien des hôpitaux des armées et finit maître de recherches du Service de santé des armées (1960). Par ses travaux, il va révolutionner l’anesthésiologie, puis la psychiatrie, puis une grande partie de la médecine, voire la sociologie. Il est connu du grand public pour ses essais de philosophie scientifique ou ses tentatives pour expliquer les connaissances biologiques dans le champ des sciences humaines[8].

Si on pouvait le « classer » dans le paysage politique français de la fin des années soixante-dix, on remarquerait de nombreux points de convergence avec les idées du Parti Socialiste Unifié (dont le programme et les thèmes seront rappelés ultérieurement), mais avec une dimension tout à fait personnelle, unique, que l'on pourrait définir comme "bio-écolo-imaginative". Ses propositions s’adressent à l’espèce humaine dans sa globalité. Henri Laborit se situe dans la lignée des grands découvreurs et des grands théoriciens ; en ce sens, il se sent de la même étoffe  que Karl Marx ou Sigmund Freud.

Nous évoquerons sa vie, ses travaux de biologiste, unanimement reconnus, et nous nous attacherons particulièrement à ses réflexions politiques et sociologiques.

2.1.1.     Un scientifique reconnu, célébré, mais marginal

En 1951, le Docteur Laborit met au point la technique de l’hibernation artificielle (après sa découverte des propriétés de la chlorpromazine – le premier neuroleptique au monde -). Cette technique est appliquée au Tonkin dès 1952 aux grands blessés en attente d’une opération chirurgicale. Par la suite, il met au point d’autres molécules à usage psychiatrique (le clométhiazol et les aspartates en 1956, le gamma hydroxy-butinate de sodium (en 1960) et la minaprine en 1981. Henri Laborit va recevoir de nombreuses récompenses internationales, mais le milieu médical civil français lui témoignera toujours de l’hostilité. Il donnera de nombreuses conférences dans le monde entier. De 1978 à 1983, il assure un enseignement de bio-psycho-sociologie, comme professeur invité, à l’Université du Québec, à Montréal.

 

2.1.2.     Découvertes scientifiques et réflexions sociales

L’observation du comportement de ses rats de laboratoire[9] lui permet de mettre en évidence trois types de comportement : la fuite ou la lutte ne provoquent pas de lésions chez le sujet. L’inhibition génère l’anxiété, l’angoisse et peut déboucher sur les maladies psychosomatiques.

Avec « L’Homme imaginant[10] » (publié en 1970), « La nouvelle grille[11] » (publié en 1974) et « Eloge de la fuite[12] » (publié en 1976), le professeur Laborit propose au grand public de nouvelles réflexions, originales, qui concernent la sociologie, l'économie, la politique : certaines ont perdu leur pertinence (l’URSS a disparu, le Communisme n’est plus un enjeu réel en 2008), d’autres sont de plus en plus d’actualité (le « penser global », les liens entre système, réseau et structure, etc.)

2.1.3.     Henri Laborit, Contre toutes les dominances, contre tous les pouvoirs

Les sociétés, qu'elles soient capitalistes ou socialistes, ont toujours cherché à conditionner l'individu pour maintenir les structures acquises (HI, page 20).

Ayant subi l'expérience du capitalisme et celle du socialisme contemporains, devons-nous sans cesse recommencer des expériences infructueuses ? (HI, page 70).

De gauche comme de droite, il n'existe que des partis conservateurs car dès qu'une structure naît, tous ses efforts consistent à se conserver (HI, page 174)

Nous entrons dans une ère où toutes les « valeurs » anciennes (règles morales, lois, travail, propriété... tous ces règlements de manœuvre qui sentent la caserne ou le camp de concentration) établies pour favoriser la dominance hiérarchique doivent s’effondrer (NG, page 30).

 

2.1.3.1.         Contre les Conservateurs, contre « la Droite », mais aussi contre les Progressistes, contre « la Gauche »

 

2.1.3.1.1.    Contre la bourgeoisie et le capitalisme

Combien en ai-je connu de ces êtres blancs, nés du seul hasard d'une copulation autour du quarante-huitième degré de latitude nord, écraser l'indigène de leur paternalisme ou de leur prétention ? (HI,158).

La propriété est comme les drogues, un toxique provoquant l’accoutumance et la dépendance grâce à un mécanisme biochimique cérébral fort proche de la toxicomanie (NG,81).

C’est par le pillage organisé des pays non techniquement évolués que les pays industrialisés ont organisé leur développement économique. (NG,209)

Si le patronat a accepté progressivement l’amélioration de la condition ouvrière, il s’est généralement refusé et se refuse encore à voir son pouvoir de décision partagé, soit par les cadres soit par les ouvriers (NG,222)

2.1.3.1.2.    Contre les socialistes et les communistes

Dans les pays socialistes, la classe bureaucratique a remplacé l'oppression des monopoles et de la bourgeoisie par son oppression personnelle. La classe bureaucratique – avec son attirail policier et militaire -  a, dans beaucoup de domaines, châtré les découvreurs (HI, 34).

Un régime authentiquement socialiste n'existe en aucun pays du monde (HI,99).

Le militant pense à lui d'abord, à ceux de sa classe ensuite, et ce n'est que son discours qui se trouve gonflé de toute révolte contre la misère et la souffrance du monde qu'il ne voit pas, qu'il n'entend pas[13].

L’égalité ? Concept vide qui a motivé les hommes depuis des siècles pourtant (NG,163)

 

2.1.3.2.         Contre la « Culture », bourgeoise et périmée

La civilisation des loisirs ne nous laissera comme activité ludique que le PMU, le moteur à explosion et les maisons de la culture qui sont celles d'une culture bourgeoise et périmée, dispensatrice de jugements de valeur qui tentent de faire survivre une société déjà morte (HI,20).

Comme le travail en miettes est plutôt déprimant, le système tente de faire oublier ses inconvénients en gratifiant l’individu de « loisirs » et de pseudo culture prédigérée, entièrement programmée et avant tout non contestataire (NG,252)

Dans notre société marchande et productrice, la culture c’est ce qui est inutile. L’Art, c’est ce qui ne sert à rien, ce dont on pourrait fort bien se passer ; mais, avec un petit peu d’habileté, c’est ce qui peut aussi devenir marchandise et améliorer le capital (NG,270)

2.1.4.     Henri Laborit : misanthrope et pessimiste ?

La société de consommation, les mass media

Dans les sociétés dites industrialisées, comment demander aux nantis, aux techniciens de tous poils d'imaginer autre chose que de pérenniser notre confortable médiocrité ? (HI, 20).

Je trouve les Hippies plus sympathiques que les justes de tous les pays, sûrs de leur bon droit, de leur morale, de leur propriété privée, de leurs religions et de leurs Lois, de leurs immortels principes de 89, toujours prêts à imposer la vérité, au besoin par la guerre, la bouche pleine d'une liberté qu'ils imposent à coups de bottes ou de dollars, nourris au lait de la publicité et des dogmes (HI,178)

Ni heureux ni malheureux, l’individu est automatisé par les mass media de telle façon que ses motivations soient entièrement orientées vers la consommation des marchandises (NG,183)

Les Droits de l’Homme

Les immortels principes de 1789, les droits de l’Homme et du Citoyen institutionnalisèrent les règles de la nouvelle dominance, les règles nécessaires à respecter pour devenir bourgeois (NG,108).

La psychanalyse, les religions et le marxisme

Les grilles (la grille marxiste ou la grille psychanalytique) sont elles-mêmes à la base de hiérarchies individuelles et de groupes (NG,99).

Le discours logique des églises est simple : le royaume du Christ n’étant pas de ce monde, n’essayons pas de changer quoi que ce soit aux échelles de dominances terrestres et préparons celles de l’au-delà (EF,174).    L’idéologie chrétienne a elle-même débouché sur l’Inquisition, les guerres de religion, les croisades et la main-forte prêtée à l’établissement de tous les impérialismes quels qu’ils soient (EF,175)

 

2.1.5.     Henri Laborit, socialiste autogestionnaire ?

Je ne puis être appelé utopiste puisque je me refuse à proposer un modèle (EF,164)

Les moyens de dominance ont changé, mais la domination persiste. Le plus grand nombre n’est pas plus maître qu’avant de son destin. Le projet autogestionnaire planétaire pourrait être une solution (EF,144)

Le rôle d’un pouvoir ne devrait pas être de « former » l’opinion, mais de lui fournir des éléments d’information nombreux et différenciés permettant à chaque individu de remettre en cause chaque jour les bases de la pérennité de ce pouvoir même. Il convient donc de supprimer tout pouvoir centralisé (NG,287)

Dans une structure administrative centralisée et rigide comme celle qui sévit en France, le critère de la dominance peut s’épanouir ; certaines régions françaises comme la Bretagne et la Vendée en savent quelque chose (NG,203)

Supprimer la propriété privée des moyens de production et d’échanges qui enchaîne celui qui ne possède pas la dominance de celui qui possède est évidemment un facteur indispensable à la transformation des rapports socioéconomiques (EF,137)

2.1.6.     Henri Laborit propose une méthode pour aider l’espèce humaine

EDUQUER : une société de la connaissance

L'avènement des machines permettra le passage d'une société de consommation à une société de connaissance (HI,25).

Il doit être possible de réaliser aujourd’hui une instruction généralisée, relativiste, dynamique et évolutive, et de permettre aux cerveaux enfantins de demeurer des cerveaux ouverts, craignant les slogans, les idées toutes faite, comme la peste (NG,204)

L'enseignement sera la pièce maîtresse de l'édifice social à construire : il s'agira de faire prendre conscience à l'être humain, dès l'enfance, de ses déterminismes.

INFORMER, DECIDER

Le pouvoir réel qu’exige le dominé, c’est moins celui de consommer que celui de participer à la décision (NG,156).    Pour que les informations puissent sourdre de partout, une totale liberté d’expression est évidemment indispensable (NG, 172)

 

2.1.6.1.         L’imagination créatrice

L'imagination créatrice ne crée probablement rien, elle se contente de découvrir des relations dont l'homme n'avait point encore conscience (HI, 38).

L’Homme sera d’autant plus conscient qu’il est conscient de ses automatismes et de ses pulsions et qu’il trouve à s’en libérer par sa fonction imaginaire (NG,67).

L’Imaginaire, fonction spécifiquement humaine, permet à l’homme d’ajouter de l’information, de transformer le monde qui l’entoure (EF,13)

La finalité de l'homme est le fonctionnement de son cerveau structurant (HI, 18).

 

2.1.6.2.         Un homme nouveau, le découvreur

Tous les grands découvreurs d'idées neuves ont été inconnus ou rejetés par leurs contemporains (HI,61).

Il ne s'agit pas de chercher le triomphe du prolétariat, de la bourgeoisie, de la bureaucratie, de la libre entreprise ou de la planification, mais celui de l'homme découvreur de son univers.

Débarrassé du fatras encombrant des valeurs éternelles, jeune et nu comme au premier âge, et riche cependant de l’acquis des générations passées, chaque homme pourra peut-être alors apporter au monde sa créativité (EF,125)

 

2.1.6.3.         Le rôle fondateur de la biologie

Il faut tout faire – peut-être avec l'aide de la pharmacologie – pour que l'homme apprenne à se servir d'un organe dont il n'a su tirer que le minimum de ses possibilités : son cerveau (HI,25).

La société post-industrielle, la société de connaissance opposée à celle de consommation sera d'abord une société des sciences biologiques ou elle ne sera pas (HI,116).

Si l’on définit la biologie comme s’intéressant au monde vivant, comment ne pas comprendre que toutes les sciences dites humaines sont biologiques ? (NG,43)

Pour aller jusqu’au paradoxe, je serais tenté de dire que biologie et politique devraient être à peu près synonymes (NG,326)

 

2.1.6.4.         Le destin de l’Humanité

La planète en danger ?

Il faudra bien un jour parvenir à cette « information structure » de l’ensemble humain planétaire si l’on veut éviter la disparition de l’espèce (NG,198)

L’espèce humaine est en train de détruire la biosphère (NG,198)

Penser global, au niveau de la planète ?

Le rôle de l’homme sur la planète est uniquement politique. Son rôle est de chercher à établir des structures sociales, des rapports entre les individus et entre les groupes qui permettront la survie de l’espèce sur son vaisseau cosmique (EF, 107)

Nous devons nous placer au niveau du plus grand ensemble, celui de l’espèce et de son environnement, la planète (NG,218)

Il convient de placer très tôt l’individu dans son ensemble cosmique, le faire participer à celui-ci au lieu de lui apprendre à s’en isoler (NG,278)

Le problème est de savoir si une conscience collective peut naître de l'ensemble des consciences individuelles et si celles-ci peuvent participer à celles-là ? (HI,95)

Dieu pourrait être ce dernier niveau d'organisation englobant tous les autres, une sorte de conscience de l'univers pour laquelle ni le temps ni l'espace n'auraient de sens (HI,140).

Une nouvelle culture ?

Il faut imaginer une culture relativiste rendue possible par le temps libre qu'accorderont à l'homme les machines (HI, 20).

Pour que des individus soient capables de dépasser leur technique, ils doivent pouvoir accéder à une culture interdisciplinaire, première étape à franchir pour se libérer des jugements de valeur (HI,22).

Je souhaite une culture faisant l’école buissonnière, le nez barbouillé de confiture, les cheveux en broussaille, sans pli de pantalon, et cherchant à travers les taillis de l’imaginaire le sentier du désir (EF,125)

 

2.1.7.     Les deux Laborit

Nous venons de le voir dans le détail, les travaux du professeur Laborit s’articulent autour de deux axes : ses recherches et ses découvertes dans le domaine de la biologie et de la médecine d’une part, et d’autre part ses critiques et analyses sur les systèmes politiques (communisme, capitalisme), ses propositions pour un monde « meilleur ».

Le film va privilégier le chercheur scientifique, qui, bardé de diplômes et des reconnaissances universitaires les plus prestigieuses, va intervenir dans le cours du récit pour « éclairer » le comportement des personnages. L’autre Laborit, le Laborit « politique », n’apparaît qu’à deux occasions :

[Au début du film] [Bureau du Professeur Laborit – parlant de lui à la troisième personne : « Faut aussi ajouter qu’il est d’origine vendéenne. La Vendée est ce pays auquel on a imposé la liberté, l’égalité et la fraternité. La fraternité surtout, en y faisant cinq cent mille morts. Il est cependant abonné au Gaz et à l’Electricité de France, ce qui montrer ses sentiments nationalistes et, d’autre part, qu’il est parfaitement adapté à une socio culture dont il a largement profité ».]

 [A la toute fin du film] [L’île vue depuis un bateau qui s’en approche – Henri Laborit : « Tant que l’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent, et tant qu’on n’aura pas dit que, jusqu’ici, ça a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chances qu’il y ait quelque chose qui change »].

Force est de constater que Resnais et Gruault n’ont pas intégré l’aspect positif (critique originale du système politique alors dominant, nouvelle manière de penser le politique, rôle de l’éducation, volonté de libérer l’Homme de ses « chaînes ») contenu dans les écrits du Professeur Laborit. Sa pensée reste donc, pour le spectateur, inquiétante, énigmatique. Le spectateur est dans l’impossibilité de faire le lien entre le comportement des rats de laboratoire, la Vendée et les valeurs de notre République... Nous voici sans solutions, ayant perdu nos repères sociaux les plus indiscutables, les mieux admis, dans une ville américaine vide et dévastée.

 Ce choix, très pessimiste, qui fausse la pensée du Professeur Laborit, appartient donc à Resnais et Gruault « C’est un film qui est imprégné par Laborit, mais les aspects les plus importants de sa pensée n’y figurent pas. Ses conclusions sur ses travaux ne sont pas dans le film (...) Montage fait, j’ai eu l’impression bien sûr que c’était très incomplet par rapport aux théories de Laborit, mais j’ai accepté avec une sorte de fatalisme que les choses s’ordonnent comme cela, j’ai voulu respecter la vie et prendre les choses telles qu’elles se sont présentées[14] ». "Cela dit, si l'on avait voulu aller vraiment jusqu'au bout, il aurait fallu faire le tour complet des travaux d'Henri Laborit. Alors que nous avons dû en éliminer des pans entiers, au risque d'être accusés de simplification. Notamment tout ce qui concerne le rôle de l'imaginaire et de la créativité[15]".

 

2.1.8.     Alain Resnais, le Professeur Laborit et les rats

 (...) « Le seul défaut des rats dans Mon oncle d’Amérique, c’est que les première critiques parues dans la presse quotidienne étaient très dures pour le film, partant surtout du principe que le film disait « que les hommes sont des rats ». Mais le public est venu. C’était drôle, car il y avait cette phrase à mon avis capitale dans Mon oncle d’Amérique – et j’entends encore l’intonation d’Henri Laborit - : « Mais l’Homme n’est pas un rat ! ». On s’était amusés ; je pensais que les plaisanteries qu’on avait mises dans le film montraient qu’on ne s’imaginait pas traiter le problème de l’existence en une heure et demie ![16] ».

 

2.1.9.     Le Professeur Laborit, acteur et critique du travail de Resnais

"Une firme pharmaceutique allemande m'avait demandé de réaliser un film sur la mémoire, pour la promotion commerciale d'un de ses produits. Je refusai. Ils insistèrent. Je crus pouvoir m'en débarrasser en acceptant de le faire, s'ils pouvaient obtenir que le cinéaste soit Alain Resnais, dont j'avais admiré L'année dernière à Marienbad. Un beau matin, je vis pénétrer dans mon laboratoire Alain Resnais, qui me dit : "J'ai lu plusieurs de vos livres; j'étais dépressif, mal dans ma peau. Grâce à leur lecture, j'ai l'impression de me mieux comprendre, de mieux comprendre mes contemporains, et ma vie a été transformée". Flatté et attiré par la provocation d'être le premier scientifique (ou soi-disant tel) se compromettant dans un film pour le grand public, j'acceptai la proposition de Resnais. La mise au point du scénario demanda cinq ans.

C'est Alain qui exigea que je paraisse à l'écran, ne voulant pas confier mon discours à un acteur de la Comédie-Française (…) Ce film eut le succès que l'on sait tant en France qu'à l'étranger. Il m'a appris beaucoup sur la façon dont travaille un grand cinéaste, et surtout sur le fait que l'audiovisuel est incapable d'exprimer un concept abstrait. Certaines images du film de Resnais ne peuvent, je le pense, se comprendre que si on a lu mes livres avant de le voir. Et Resnais, qui m'avait bien et longuement lu, s'est amusé, je crois, à remplir son film de rébus. Je n'ai pas revu Resnais depuis cette époque. Peut-être n'avons plus rien à nous dire ?[17]"

 

2.2.  Le film : enjeux et représentations

 

2.2.1.     Le « trajet » du film

2.2.1.1.         Situation initiale

Les trois personnages principaux sont décrits depuis leur naissance, par un montage magistral qui les inclut dans un destin commun. Mais très rapidement, le parcours de chacun va s’affirmer, à mesure que le personnage est intégré dans un milieu, une famille, une histoire. La voix off de Dorothée va commenter le résumé de la vie de chacun des personnages, sans toutefois dévoiler au spectateur les relations entre les personnages et sans révéler la situation finale.

« Jean Le Gall (Roger Pierre) né en 1929 dans le Morbihan. Grand-père médecin. Père ingénieur. Lycée, Ecole Normale supérieure. Agrégé d’Histoire. Chargé de mission au Ministère de l’Information. Directeur de l’Information à la radiodiffusion en 1975. Révoqué, réintègre l’enseignement. Candidat aux législatives. Marié, deux enfants. Aime le théâtre ».

« Janine Garnier (Nicole Garcia)... née à Paris en 1948, dans le vingtième arrondissement. Père ouvrier, usine Renault. Ecole primaire. Cours de sténodactylo chez Pigier. Milite aux jeunesses communistes. Autodidacte. Veut devenir comédienne mais se heurte à l’opposition de sa famille. Secrétaire. Théâtre amateur, puis semi professionnel. Succès sans lendemain sur une petite scène de la rive gauche. Films publicitaires. Styliste dans un groupe textile ».

« René Ragueneau (Gérard Depardieu) né en 1941 à Torfou, Maine et Loire. Parents agriculteurs. Ecole libre. Action catholique. Certificat d’études primaires. Entre aux établissements textiles « Lacombe et fils ». Suit des cours de formation professionnelle par correspondance. Ascension rapide. A trente cinq ans, directeur technique dans la banlieue lilloise. Catholique pratiquant. Sa femme, institutrice attend un troisième enfant. Ne fait pas de politique. »

 

2.2.1.2.         Situation finale

2.2.1.2.1.    Une France paralysée, conflictuelle ou dépressive, sans perspectives

René n’est plus en phase avec les évolutions de son environnement professionnel : il tente de mettre fin à ses jours. Les « gagnants » de cette nouvelle économie, Veerstrate (Gérard Darrieu) et Zambeaux (Pierre Arditi) disparaissent du premier plan. Janine a réussi sa reconversion sociale et professionnelle dans le monde des affaires, mais n’a pu maintenir son alliance avec Jean, devenu désormais un notable conservateur.

2.2.1.2.2.      L’échec des USA ?

Faisant suite aux prophéties pessimistes du Professeur Laborit, le film nous propose des vues sur des immeubles américains en partie démolis, incendiés, sur des rues désertes. Sur la façade d’un immeuble on découvre une forêt peinte. La caméra, en huit plans, va s’approcher de plus en plus dans l’axe, pour ne laisser subsister que quelques traces de peinture sur les briques.

[Ici encore, le film « résiste » à l’analyse; voici l’avis exprimé par Jean-Pierre Oudart, critique de cinéma, en 1979 : « L’Amérique est tout à fait absente du film de Resnais. Absente lourdement. L’horreur des limbes qui baignent le film, c’est encore la barbarie néo-capitaliste dont la faute revient à l’Amérique[18] ».]

Malgré ces "errements" critiques majoritaires (les critiques refusent d’identifier le pays où ces images ont été tournées), les propos de Resnais confirment qu'il s'agit bel et bien des USA : "Ce n'est pas un travelling… et cela n'a rien de faux ! C'est pris dans une rue de New York, et cette image m'a hanté, je ne saurai dire pourquoi. Disons, si vous voulez, que c'est comme un point d'interrogation; comment s'approcher du détail sans perdre de vue l'ensemble ?[19]"

 

2.2.2.     Les premières conséquences dramatiques de la mondialisation

René Ragueneau représente une France «traditionnelle », rurale, conservatrice dans son mode de fonctionnement et dans ses représentations (catholique pratiquant). Cette France est toutefois capable de se moderniser (études, réussite professionnelle) et de se consolider (mariage avec une institutrice, famille). Si René sait dépasser les conservatismes du milieu qui l’a vu naître, son grand handicap sera son impossibilité à passer des alliances, à négocier. L’évolution du monde, l’accélération de la mondialisation vont lui imposer une vitesse de réaction qui le dépasse (choix  scénaristique). René « ne fait pas de politique » : on peut donc le classer comme représentant de la Droite traditionnelle.

Jean Le Gall, fils d’ingénieur et petit-fils d’un médecin, n’est pas un « bourgeois » : il ne possède comme capital qu’une belle villa et une île inhospitalière (pas d'usines, pas de terres, pas d'actions). C’est par contre un intellectuel (Normale sup., Agrégation d’Histoire), qui ne rejette pas les valeurs de la gauche [Appartement Janine – Janine : «Mais tu as déménagé ta bibliothèque ! – Jean : c’est le problème de l’intellectuel fugueur : lequel emporter Balzac ou Stendhal ? Lénine ou Trotski ? Et quatre-vingt quinze pour cent finissent par ne pas bouger de chez eux parce qu’ils n’ont pas pu choisir]. C’est un homme de Culture, brillant, qui sait utiliser les opportunités (système de relations universitaires, donc fondées sur le mérite) pour parvenir à des postes de pouvoir. Il n’hésite pas à s’allier avec Janine, au confluent des valeurs de la gauche et du monde de la culture. Sa « politique » en tant que Directeur des Informations à la Radiodiffusion reste floue, mais se solde par un échec. Son « milieu » provincial et familial conservateur (symbolisé par sa femme Arlette) va entraîner la rupture et la séparation avec Janine, et ce que cette dernière lui apportait comme possibilités de renouvellement et d’ouverture. Il est marginalisé, isolé, renvoyé dans son cadre géographique restreint et sa vie familiale conservatrice (fréquentation des notables, famille bourgeoise, retour à la villa « Beauséjour », collection de soldats de plomb, chasse). Personnage de « centre gauche », le film lui fait réintégrer sa famille d’origine, la Droite conservatrice (il veille bien sur un trésor, caché dans son île, mais ce trésor est imaginaire). Ecrivain raté, il ne fréquente plus les théâtres. Sa réussite sociale marque son échec.

Janine Garnier, fille d’ouvrier, est issue du stalinisme (Parti Communiste Français) qui n’est pas ici condamné pour le goulag, mais réhabilité par sa lutte contre l’occupant nazi [Appartement parents Janine – Janine enfant : Chaque fois qu’il y avait du monde à la maison, on me faisait grimper sur une chaise pour réciter une poésie. Sur mes cahiers d’écolier, sur mon pupitre et les arbres, sur le sable, sur la neige, j’écris ton nom...]. Les valeurs de la gauche (PCF) constituent dans le film une prison, un carcan dont il convient de s’évader. Cela sera possible avec la Culture, l’Art, le Théâtre. Le succès, l’appui des intellectuels de gauche permettront à Janine d’évoluer en tentant de faire alliance avec les forces les moins dogmatiques et les moins conservatrices de la droite, symbolisées par Jean. Cette alliance originale est un échec. Janine évolue encore en endossant les valeurs de la Droite libérale qui a pour credo non plus la Terre, l’agriculture (René), ni le Savoir et la Culture (Jean), mais l’entreprise et le profit (Zambeaux, Veerstrate). La capacité d’adaptation de Janine dans ce nouveau milieu lui permet d’innover, d’être reconnue, donc une certaine réussite, et c’est bien cette réussite qui causera des dégâts dont elle se sentira responsable (tentative de suicide de René). Loin du rêve communiste de ses parents, elle se retrouve, à la fin du film, éloignée de son milieu professionnel, de sa réussite et des dégâts qu’elle a occasionnés. Le film la renvoie à cette alliance « historique » avec la droite d’ouverture, alliance bâtie sur une reconnaissance mutuelle du rôle majeur de la Culture, loin de l’économie, alliance qui n’a pas tenu ses promesses. Janine est doublement un personnage du passé. Elle s’adapte, elle intègre avec efficacité les valeurs de l’économie de marché, mais, elle aussi est, sanctionnée, marginalisée.

 

2.2.3.     Caractérisation des personnages : des choix innocents ?

Les thèses du Professeur Laborit s’appliquent à toute l’espèce humaine. Pourtant le film va opérer de curieux choix pour les illustrer. Ainsi quand le Professeur explique : « L’homme ne peut plus s’assurer à lui seul sa survie. Il a besoin des autres pour vivre. Il ne sait pas tout faire, il n’est pas polytechnicien », le film nous présente Jean enfant, sur l’île, avec son grand-père qui lui explique comment cuire les crabes, activité « noble » qui le rendra autonome.

Par contre, quand le Professeur Laborit détaille « ce qui est nécessaire à l’enfant pour vivre heureux en société : on lui apprend à ne pas faire caca dans sa culotte, à faire pipi dans son pot » le film nous transporte dans l’immeuble de la famille ouvrière et communiste où la mère demande à Janine : « Dis-moi, est-ce que tu as fait la grande commission ? ».

Et pourtant, Jean aussi a appris à ne pas faire caca dans sa culotte !

3.      Le Référent : le Monde et la France en 1979 : crises et mutations

3.1.  Contexte international : 1979, un monde en crise, où s'opposent le Capitalisme et le Communisme

Les pays occidentaux (Etats-Unis, Europe de l’Ouest, Japon) valorisent la Liberté d’entreprendre et la propriété privée. Une alliance les fédère (l’OTAN) contre l’ennemi déclaré, l’URSS et ses satellites.

Les pays communistes (URSS et Europe de l’Est) privilégient le rôle de l’Etat pour établir l’égalité entre les individus ; la propriété privée est très limitée. Ces pays organisent leur défense au sein du Pacte de Varsovie.

Le « mur de Berlin » ne tombera qu’en 1989. L’URSS ne disparaîtra qu’en 2001.

Enjeux et chronologie

De 1972 à 1979, l'URSS déploie en Europe quatre nouveaux types de missiles intercontinentaux et un système à moyenne portée, le SS-20.

Novembre 1976 : Jimmy Carter est élu Président des Etats-Unis

1977 : Leonid Brejnev chef du parti communiste et chef de l'Etat (URSS)

Janvier 1979 : Cambodge : l'armée vietnamienne chasse les Khmers rouges et leur chef Pol Pot.

1979 : le triomphe de la révolution islamique en Iran amène un effondrement de l'exportation du pétrole, suivi d'un second "choc pétrolier". Le prix du baril de pétrole double en deux ans.

Juin 1979 : signature des accords SALT II entre russes et américains qui prévoient une limitation à 2 400 vecteurs au total pour les missiles intercontinentaux  terrestres et maritimes et les bombardiers stratégiques.

Juillet 1979 : USA : Le Président Carter explique dans une allocution télévisée qu'une crise de confiance menace l'avenir des USA (inflation endémique – 13% - et crise énergétique). La bourse de Wall Street enrichit les spéculateurs, mais ces profits se font au détriment de la majorité des salariés. Le déficit budgétaire inquiète les financiers. Les Etats-Unis comptent 35 millions de pauvres.

Novembre 1979 : Iran : une foule d'étudiants islamistes s'empare de l'ambassade US à Téhéran et prend 90 otages (ils protestent contre l'hospitalisation de l'ancien Shah aux USA)

Décembre 1979 : Intervention militaire soviétique en Afghanistan pour soutenir le gouvernement qui tente d'imposer un système d'inspiration marxiste

Décembre 1979 : L'OTAN décide de déployer en Europe 108 Pershing et 464 missiles de croisière si l'URSS refuse d'éliminer ses SS-20.

Janvier 1980 : l'assemblée générale de l'ONU condamne l'intervention des soviétiques en Afghanistan

Janvier 1980 : le Président Jimmy Carter appelle au boycottage des prochains jeux olympiques de Moscou. Embargo céréalier à l'encontre de l'URSS. Les Etats-Unis décident de renforcer leur puissance militaire et celle de leurs alliés.

Avril 1980 : Iran : opération militaire américaine manquée pour libérer les otages retenus à l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran

Août 1980 : Jeux olympiques à Moscou sans les USA et la RFA

3.2.   France : chronologie, enjeux politiques et économiques[20]

1974 : Valery Giscard d'Estaing élu Président de la République

1975 : La convention nationale du Parti Socialiste affirme « la responsabilité spécifique du capitalisme, de l’impérialisme et des firmes multinationales dans la crise mondiale[21] ».

1976 : Raymond Barre nommé Premier ministre

1976 : le chômage constitue la principale préoccupation économique des français : un million de personnes (principalement des jeunes) sont sans travail

1976 : création du Rassemblement pour la République (RPR) présidé par Jacques Chirac

1977 : forte poussée de l'opposition socialo communiste aux élections municipales

1977 : le secteur de la sidérurgie connaît une crise sans précédent (15 000 suppressions d'emplois)

1978 : A la veille des élections législatives, échec des négociations (actualisation du Programme commun de gouvernement) entre le Parti Socialiste (François Mitterrand) et le Parti Communiste (Georges Marchais).

1978 : le Parti socialiste unifié prépare les élections législatives en lançant le Mouvement pour une alternative non violente avec des écologistes et des régionalistes.

1978 : Malgré une réconciliation de la dernière heure des partis de gauche, la majorité de droite emporte les élections législatives avec 288 sièges (RPR / UDF) contre 199 à l'opposition (PS / PCF). Le MANV remporte 1% des suffrages. « Le résultat électoral consacrait l’échec de la dynamique unitaire de la gauche et le retour des communistes à une ligne dure qui désignait les socialistes comme étant les « alliés objectifs de la réaction[22] ». « Trop d’Etat, trop d’administration, trop de centralisation : on assiste partout à un retour de l’idéologie libérale et à un reflux des socio démocrates[23] ».

1979 : Le Canard Enchaîné lance l'affaire dite des "diamants de Bokassa"

1980 : M. Marchais (PCF) en voyage en URSS, justifie l'intervention soviétique en Afghanistan.

1980 : M. Mitterrand, candidat du Parti Socialiste à l'élection présidentielle de 1981

Economie : à la fin des années soixante-dix, l'appareil productif français est composé pour une bonne part d'équipements désuets et peu compétitifs. Les entreprises françaises souffrent de leur manque de spécialisation et sont très endettées. Le gouvernement de M. Barre décide de ne plus soutenir les entreprises non viables et de laisser la compétition économique, le marché, assainir le système de production (le prix du pain est libéré pour la première fois depuis 1791). Des secteurs entiers (construction navale, machines-outils, textile, sidérurgie) n'en finissent pas de sombrer. Pour les libéraux, l’Etat doit se limiter à créer les conditions du progrès économique, mais sans intervenir lui-même directement dans la production (« Aidez-vous, l’Etat vous aidera » déclare le Premier Ministre, M. Barre[24]).

 

3.3.  Les difficultés de l’industrie textile à la fin des années soixante-dix

1978 : le groupe Boussac (qui était maintenu en vie par les crédits accordés par les banques publiques) est mis en règlement judiciaire. Au terme de nombreuses tractations, ce sont les frères Willot (Le Bon Marché, Conforama et la Belle Jardinière) qui succèdent à Marcel Boussac (usines de textile, maison Dior) à la tête du plus  grand groupe textile français. C’est la création de la société Boussac-Saint Frères, filiale qui réunit les activités industrielles d’Agache-Willot, et dont le siège social sera à Lille. Grâce au concours des banques, les sept cent millions de francs nécessaires au rachat du groupe seront versés sans qu'il soit fait appel aux fonds publics. Le plan de reprise proposé par les frères Willot (pourtant plusieurs fois condamnés pour leur gestion financière frauduleuse) se soldera par mille trois cents suppressions d'emplois.

1981 : Chute brutale : Boussac Saint Frères est mis en liquidation judiciaire ; cette mesure concerne 80 usines réparties dans les Vosges, le Nord et la Normandie (22 000 salariés).

 

3.4.  Mondialisation de l’économie : le textile a-t-il un avenir en France[25] ?

« En 2008, l’industrie du textile se désagrège « douloureusement » depuis trente ans. Elle a envoyé la plupart de ses bras pointer aux guichets de l’ANPE. L’industrie du textile français (près de 200 000 salariés) perd en moyenne 8 000 emplois par an, selon l’Union des Industries textiles. Le secteur de l’habillement (près de 80 000 salariés) en employait 177 000 en 1996. Principaux responsables : la Chine, avec ses prix imbattables, et les délocalisations de marques emblématiques (Aubade, Aréna, Well), signes tangibles d’une capitulation de la production française ».

3.5.  Le PSU, un « laboratoire d’idées » à gauche

[On constatera dans ce paragraphe une convergence, une parenté de pensée entre le programme politique de ce parti et les analyses et propositions du Professeur Laborit]. Le PSU voit le jour en 1960. Il a pour ambition de fédérer les "nouvelles gauches" qui ont pour point commun une féroce opposition à la Constitution de 1958 qui marque l'avènement du gaullisme. Anticoloniaux, les membres du PSU s"opposent à la guerre d'Algérie. Tous les courants de la gauche antistalinienne – ainsi que de nombreux chrétiens de gauche - sont représentés dans le PSU. Pierre Mendés France rejoint le mouvement en 1960. Michel Rocard prend la tête du parti en 1967.  « En 1968, le PSU lance le mot d’ordre : « Pouvoir étudiant-pouvoir ouvrier-pouvoir paysan » et ses slogans « l’université aux étudiants », « L’usine aux ouvriers ». Cette idée d’autogestion résume la remise en cause par le PSU des institutions, des hiérarchies, et les aspirations à une démocratie directe[26] ». Le PSU a été un laboratoire d'idées (autogestion, décentralisation, antinucléaire, écologie politique) fragilisé par une extrême diversité. Au premier tour de l'élection présidentielle de 1969, Michel Rocard obtient 3,61%, malgré tout le meilleur score de l'histoire du parti. Le PSU comptera jusqu'à 20 000 militants. En 1972, le PSU refuse de signer le programme commun de la gauche qu'il juge trop peu autogestionnaire. Le PSU va se rapprocher peu à peu du Parti Socialiste. Le PSU s'auto dissout en 1989.

 

4.      Le film et son public en 1979 : hypothèses

 

4.1.  La France de Valery Giscard d’Estaing en crise

Mon oncle d’Amérique a été vu à sa sortie en 1979 par plus de deux millions de spectateurs qui écoutaient aussi des discours politiques, votaient, militaient, lisaient des journaux. Ces spectateurs vont, de manière inconsciente, reconnaître dans le film un reflet déformé de leurs attentes, de leurs craintes.

Contre toute attente, la gauche perd les élections législatives de 1978. Le film nuance la réalité politique de l’époque. La victoire de la Droite n’est aucunement prise en compte, et encore moins fêtée. Personne ne s’en réjouit. L’électorat traditionnel de la Droite (René) est marginalisé, et les décideurs, les responsables de la nouvelle politique sont soit eux aussi éloignés du pouvoir (Jean et Janine). Ceux qui sont maintenant aux postes de direction (Zambeaux et Veerstrate), sont relégués au seul domaine économique, avec pour seul objectif la création de richesses.

Le choix du secteur textile pour situer en partie l’intrigue trouve ici toute sa raison d’être : si le choix avait été fait de secteurs de l’économie « porteurs » (transports ferroviaires ou aériens, nucléaire civil), la signification du film aurait été bien différente... Il s’agit bien d’expliquer au spectateur que, victoire de la droite libérale aux élections législatives ou pas,  « la France tombe ! ».

Grande absente du film, comme mise entre parenthèses, la gauche socialiste et communiste, qui est,  à ce moment de l’Histoire de France, bien en panne de projet commun.

En résumé, le film fait craindre l’échec des politiques entreprises par le Président Giscard d’Estaing (qui sera battu par François Mitterrand en 1981), et il sous-entend qu’il ne faut pas compter sur la gauche pour proposer une alternative crédible. Dégâts sociaux et désillusions ne peuvent que s’accumuler. Et, de plus, se tourner vers les USA est bien inutile : ce n’est plus un modèle !....

 

4.2.  Sommes-nous bien certains que nos « valeurs occidentales » (Etasuniennes, Françaises) soient supérieures à toutes les autres ?

En 1979, les USA sont bel et bien une superpuissance économique et militaire : or le film ne montre que des villes abandonnées ou en ruines...

A cette époque, pour une large majorité des Français, les USA constituent une réelle référence démocratique (surtout depuis la fin de la guerre du Viêt-Nam, en 1975) qui s’oppose aux régimes privés de liberté (cf. Budapest, Berlin, Prague) du bloc soviétique. Mais la France a décidé de se donner les moyens de son indépendance en mettant en place une force de dissuasion nucléaire. La France est l’alliée des USA, mais elle tient à garder ses distances avec ce pays « qui s’est toujours perçu comme étant dans la main de Dieu[27] ».

Si  le bonheur à l’américaine se mesure grâce à l’argent et aux biens matériels que celui-ci permet de se procurer, il est certain, vu de ce coté de l’Atlantique, que ce bonheur n’est pas accessible à tous, et qu’une partie non négligeable de la population reste marginalisée dans la pauvreté. De formidables machines (cinéma, publicité, parcs de loisirs) embellissent la réalité, favorisent l’adhésion du « common man » du « monde libre » au rêve et au mythe.

 Les USA, aujourd’hui comme hier, se sentent investis d’une mission à l’égard du monde (cela passe aussi par la mise en avant d’un adversaire nécessairement « satanique », hier l’URSS et ses alliés, puis Saddam Hussein, et aujourd’hui « l’islamisme »). Mais, nous le savons mieux aujourd’hui, le type de société constitué autour de « The american dream » nécessiterait pour fonctionner cinq planètes comme notre Terre !... S'inspirer du modèle américain, le garder comme horizon de notre propre futur, est-ce vraiment raisonnable ?...

En 1979, le film a déjà tranché : les USA ne sont plus qu’un territoire urbain dévasté, désormais marqué par la mort. Loin d’être un espoir, ce système économique est peut-être à l’origine de nos difficultés, de la crise que notre pays traverse...

Quels sont les sentiments profonds de Resnais pour les USA ? La question reste posée. Resnais a une bonne pratique des USA : Après l'échec de Je t'aime, je t'aime, Resnais ne reçoit plus de propositions. Il se rend à New York où il travaille de 1969 à 1971 à plusieurs projets qui n'aboutissent pas. Est-ce Zambeaux ou... Resnais qui affirme : « L’Amérique, ça n’existe pas. Je le sais. J’y ai vécu » ?

Avec Resnais, rien n'est simple : de nombreux exemples témoignent par ailleurs de sa passion dévorante pour la culture populaire nord américaine ("Gabin Marais et Darrieux, ce ne sont pas les héros de mon enfance, ni celle de Jean Gruault. En ce qui me concerne, j'étais plutôt attiré par le cinéma américain, Katherine Hepburn, Ronald Colman, Gary Cooper, Charles Boyer, Jean Arthur…"[28]).

Visionnaire, le film fait disparaître de l’Histoire (avec dix ans d’avance) l’URSS, ses satellites et son idéologie. Les deux superpuissances dont la rivalité menace l’équilibre de la planète sont renvoyées dos à dos (l’une – le capitalisme - se meurt, l’autre – le communisme - a déjà disparu) : la vision géopolitique du professeur Laborit triomphe (du moins en théorie). Mais cette vision du monde, nous venons de le voir, ne correspond pas à la réalité historique...

 

4.3.  Les transformations violentes du capitalisme 

Dans un premier temps, le film nous propose un visage paternaliste du capitalisme. Si l’entreprise de textile dans laquelle travaille René est vieillotte, les relations humaines sont cordiales, l’ambiance détendue (René donne des conseils à un jeune ouvrier pour l’inciter à progresser ; René indique à la secrétaire la recette du lapin à la moutarde; M. Louis s’inquiète de la santé des enfants de René, de ses vacances. Aucune contestation, aucune revendication).

C'est une affaire familiale : « Monsieur Louis, l’actuel directeur, avait débuté aux achats sous les ordres de son grand-père, puis de son père. Puis il avait pris la tête de la maison, secondé par son frère cadet, Monsieur Paul ». Mais, nous dit René : « Les affaires avaient changé depuis 15 ans : la concurrence du Marché commun, l’invasion de l’informatique. Notre affaire n’avait plus les moyens financiers de son expansion ». Seule expectative pour continuer à exister, « fusionner avec une entreprise – Lacaune – de taille équivalente » (c’est ainsi, sans la moindre émotion, que M. Louis évoque l’avenir de son entreprise familiale...).

La réorganisation de l’entreprise passe par une perte de statut, un déclassement (Veestrate : « Ragueneau, vous ne pointez pas ? » - René : « Moi, pointer ? ») qui laisse dans l’inconnu l’évolution économique de l’entreprise. L’étape suivante est brutale et va être la cause des douleurs d’estomac de René (René : « Il faudra qu’ils prennent une décision. Oh ! Pas M. Louis ni M. Paul... mais la Direction générale à Paris. Des gens que je n’ai jamais vus »). C’est ainsi que ce brave M. Louis, patron si humain, si proche de son personnel, quitte le récit et perd le pouvoir dans sa propre entreprise.

Au cours du repas chez René, Veestrate nous fait découvrir le nouveau « modèle » du patronat, les frères Willot (Veestrate : « Vous savez ce qu’Antoine Willot a dit aux patrons français ? « Leur principe c’est de conserver, le nôtre c’est de conquérir ! ». Envoyé, Non ? »). René découvre ce virage du capitalisme en étant reçu par Zambeaux (dont le statut n’est pas précisé) à la Direction générale parisienne des usines textiles (un hall gigantesque, très design, une ravissante secrétaire). Zambeaux : « Vous savez que notre Société est en pleine mutation et que les fusions successives entraînent toute une série de bouleversements (...) Nous sommes obligés de faire des choix, et je veux les faire avec vous ».

René se voit proposer une promotion à Cholet : un poste de directeur pour transformer en unité de production le groupe de tissage « Brocéliande » qui a récemment rejoint le groupe. Cette offre est assortie d’une « augmentation substantielle ». Ce changement de vie et de statut questionne René qui l’évoque avec sa femme, ce qui entraîne un conflit dans leur couple : Thérèse (fonctionnaire) refuse de suivre René.

L’étape suivante, pourtant consacrée au bilan du travail de René à Cholet, se déroule dans un lieu anonyme, une hôtel « Novotel ». Zambeaux énonce le nouveau credo libéral « C’est le marché qui compte, pas le produit ! ». La mondialisation de l’économie est devenue une réalité (Zambeaux : « Maintenant c’est le style jogging ; c’était une excellente occasion de prendre de court le Japon et la Corée du Sud ». C’en est bien fini des relations humaines cordiales et du paternalisme, bienvenue dans la jungle libérale (Zambeaux : « Ce qui est important pour le groupe, c’est d’être les premiers ! Pendant six mois ! Nous sommes les guérilléros de la mode... (Il mime un tir à la mitraillette) ».

René défend sa gestion, ses innovations et regrette le manque de soutien financier du groupe à ses projets. L’intervention de Janine rappelle à René qu’il doit rendre des comptes et que les critères d'évaluation sont sans appel, et bien contradictoires... (« Vous étiez chargé de renflouer une affaire... et maintenant vous appelez au secours. Mais le groupe accepte de vous accorder un prêt. Ah, c’est une bonne nouvelle, ça ? »).

Dernière étape de cette évolution : la diversification – et ses « dégâts collatéraux »- avec comme seul objectif le profit  (« Janine : « On devrait peut-être parler à René de vos boutiques ? ». Zambeaux : « Ah non... Non, vous savez qu’on évite de dire qu’on est dans le coup. Si les gens qu’on licencie dans le textile apprennent que nous investissons dans l’alimentation... ». Janine : « Ils le savent déjà ! ».

Dans ce capitalisme mondialisé, les croyances les plus indiscutables peuvent être renversées : (Zambeaux : « L’Amérique, ça n’existe pas. Je le sais. J’y ai vécu »). Il faut sacrifier les secteurs traditionnels de l’économie pour privilégier l’intérêt de quelques uns : proposer des produits de luxe aux plus riches (Janine et Zambeaux : « Un de nos cadres à Paris a eu l’idée d’associer notre groupe spécialisé dans le textile, mais qui a l’expérience du franchising dans la distribution – une chaîne d’une quarantaine de magasins d’alimentation de très haut luxe – où on vendrait des produits cuisinés qui sortiraient vraiment des cuisines des plus grands chefs. On a besoin de gens compétents pour diriger ces magasins, aider les clients à composer un menu, à choisir un vin ».

Objectivement, cette reconversion professionnelle pourrait être acceptée par René, qui s’est révélé passionné par la cuisine tout au long du film. Il pourrait être un « vainqueur » de la nouvelle économie, enfin dans un secteur « porteur » ; sa tentative de suicide le marginalise, et laisse en suspens les projets du groupe textile dans la conquête du secteur de la gastronomie de prestige. Ce choix scénaristique laisse de coté les souffrances des véritables victimes du capitalisme froid et avide : les ouvriers et les ouvrières dont on a fermé les usines.

Resnais et Gruault constatent les évolutions économiques, compatissent aux difficultés des cadres, mais ignorent le désespoir des véritables exclus de cette nouvelle société. Les stratégies, les ambitions, le pouvoir des « nouveaux maîtres du monde » ne sont nullement évoqués.

5.      Resnais : la piste autobiographique

« Chez Resnais, les courbes successives du temps perturbent le déroulement de la vie au présent (confrontation des personnages à leurs souvenirs, difficulté à reconstituer le passé, etc.[29] ». La critique, à juste raison, évoque la mémoire et le temps comme étant deux des thèmes fondamentaux de toute l’œuvre de Resnais. Une approche plus précise de la biographie du réalisateur va nous révéler des ressemblances troublantes entre la jeunesse de Resnais et les déterminations sociales et culturelles, l’histoire du personnage Jean Le Gall (sans doute Alain Resnais est-t-il aussi un peu présent dans les personnages de René et de Janine, mais de manière plus souterraine).

5.1.  Resnais / Le Gall / la Bretagne, la famille

Jean Le Gall : grand-père médecin   /   Alain Resnais : père pharmacien

Jean Le Gall : "Dès ma plus petite enfance, je passais le plus clair de mon temps avec mon grand-père, sur son île"   /   Alain Resnais : il naît en 1922 à Vannes. Ses parents possèdent une propriété dans le golfe du Morbihan. "Pour Mon oncle d'Amérique; Alain Resnais chercha longtemps son île en divers endroits et particulièrement en Méditerranée lorsqu'il se souvint que, dans le golfe du Morbihan, au large de Vannes, sa ville natale, il connaissait fort bien un îlot nommé Logoden. Quand il était enfant, il s'y rendait avec quelques copains, en cachette de ses parents. Comme c'était en territoire privé, l'accostage était clandestin. Resnais s'y rendait silencieusement à bord de son  petit bateau blanc, tout en bois comme on les faisait à l'époque. Au moment de tourner le film, on lui apporta des bateaux en plastique; aucun magasin ne possédait quelque chose de semblable à ce qu'il cherchait. L'un des accessoiristes eut l'idée de prospecter toutes les villas du coin, et ramena finalement une embarcation d'avant-guerre sur les lieux du tournage. Quand il vit l'objet, l'œil de Resnais s'alluma. Il examina soigneusement la chose qui était bien abîmée par le temps. Il dit simplement : "C'est mon bateau, mon bateau d'enfant, je le reconnais". Et c'est ce bateau qu'utilise Roger Pierre (Jean Le Gall) dans le film[30]".

5.2.  Resnais / Le Gall / Littérature populaire, littérature classique.

Jean Le Gall : "Chaque membre de ma famille avait son idée sur le genre de littérature qui me conviendrait le mieux. Ma mère voulait me faire lire les tragédies de Racine qu'elle adorait. Moi, à ces chefs d'œuvres, je préférais les romans d'aventure (le "Roi de l'or") que j'allais lire, perché sur un arbre"   /   Alain Resnais : de santé fragile, il quitte le collège en 1936. Sa mère le garde près d'elle, se fait son institutrice, l'initie au Beau et à la Littérature. Très tôt, il éprouve une passion pour les bandes dessinées. "Georges et Maurice Hilleret : On allait souvent dans la maison que ses parents possédaient dans le golfe du Morbihan. C'est là qu'il rangeait sa monstrueuse collection de comics et de space opera. Il avait tout ce qui pouvait exister dans le genre[31]".  Il aura pour projet pendant de longues années l'adaptation – par Frédéric de Towarnicki - des Aventures du détective Harry Dickson, d'après l'œuvre de Jean Ray. Dans les années soixante dix, il aura deux projets de films avec Stan Lee, l'un des plus célèbres auteurs américains de comic books.

 

5.3.  Resnais / Le Gall / La rupture avec la province, l'attrait de la capitale

Jean Le Gall : "Je crus pouvoir confier à mon amie Arlette mon intention de monter à Paris et débattre avec elle du meilleur moyen de faire avaler cette pilule à ma famille : à mon avis, préparer une grande école".   /   Alain Resnais : en 1939, au cours d'un séjour à Paris, il découvre avec émerveillement le monde du théâtre ("Mon amour du théâtre est venu plus tard, parce qu'en province, je ne voyais que d'horribles pièces dites classiques").

 

5.4.  Resnais / Le Gall / le théâtre

Jean Le Gall apprécie le théâtre. Il rencontre Janine quand elle interprète "Julie"   /   Alain Resnais : "Si je voulais être comédien, c'était pour approcher le milieu, naviguer dans le texte et ses interprètes". Il suit des cours à Paris entre 1941 et 1943. A la fin de la guerre, il est acteur pendant deux ans dans la troupe des "Arlinquins", une troupe militaire née pendant la campagne d'Alsace.

6.      Les coulisses du film : Resnais, réalisateur / Gruault, scénariste[32]

[Première rencontre entre Resnais, sa femme Florence et Gruault au domicile de ce dernier] : "Lorsque mes hôtes s'en furent allés, j'étais convaincu que je ne reverrai jamais Alain Resnais et, en tout état de cause, je m'imaginais mal travaillant avec un type aussi sinistre". (…) Resnais débarqua avec une pile de bouquins, oeuvre d'un nommé Laborit, biologiste, qu'il posa sur ma table. Il me demandait de les lire en respectant un certain ordre. Je découvris ensuite que c'était un ordre de difficulté décroissant. En somme une épreuve. Et aussi un test. Si le premier livre me tombait des mains, cela prouverait que je n'étais pas l'homme de la situation, c'est-à-dire capable d'en tirer un scénario. (…) Si le film se faisait un jour, Resnais pensait déjà faire apparaître Laborit à l'écran. Je signai un premier contrat avec "Ariane Film". Le producteur, Alexandre Mnouchkine – qui avait produit Stavisky – en dépit de sa confiance et de son amitié pour Alain, eût mille fois préféré que nous lui proposions une comédie d'aventures pour Belmondo."(…)

"Resnais venait s'installer dans mon bureau une ou deux fois par semaine. Il arrivait vers treize heures. Ma femme lui préparait son thé (ou son café) et disparaissait. Le travail commençait : nous parlions un peu de tout; cela m'était facile avec lui car nous avons à peu près le même âge, des expériences familiales, scolaires et surtout "culturelles" assez proches (bande dessinée, roman populaire, cinéma américain des années trente et père autoritaire…). (…)

Si un film peut faire pénétrer une idée dans la cervelle d'un spectateur (ce dont je finis par douter), ce ne sera de toute façon qu'indirectement, par le biais de l'émotion, rire ou larmes. (…)

Alain me copia sur un carton afin qu'il reste présent à mon esprit comme devant demeurer la ligne directrice du scénario, le passage suivant, extrait de "l'Eloge de la fuite" : Dès qu'on met deux hommes ensemble sur le même territoire gratifiant, il y a toujours eu jusqu'ici un exploiteur et un exploité, un maître et un esclave, un heureux et un malheureux, et je ne vois pas d'autre façon de mettre fin à cet état de chose que d'expliquer à l'un et à l'autre pourquoi il en a toujours été ainsi".

Une des premières idées de Resnais était d'utiliser des extraits de films français d'avant-guerre, des films de production courante, vaudevilles, mélodrames, opérettes sauvées souvent de l'insignifiance par la personnalité d'extraordinaires comédiens venus du music-hall et du théâtre de Boulevard. (…) Le labeur préparatoire se poursuivit pendant un an, et me permit de remplir plusieurs cahiers et deux gros classeurs.(…)

Je pensais à des personnages (Napoléon, Julien l'Apostat, D'Alembert, sa maîtresse Julie de Lespinasse), à des scènes jouées, écrites spécialement pour le film, et non puisées dans les archives. Mais je craignais que le spectateur n'entre pas dans le jeu. Il fallait que le spectateur prenne conscience que cela le concernait, lorsqu'il flanquait une gifle à son gosse ou s'engueulait avec son patron, il exerçait sa dominance ou luttait pour sa survie.(…)

Pour une série télévisée sur l'aménagement du territoire, j'avais écrit deux synopsis, entièrement développés et dialogués, l'un sur un petit agriculteur en Maine-et-Loire, l'autre sur un cadre de l'industrie textile du Nord, perturbé dans sa vie professionnelle et dans sa vie familiale par la réorganisation de son entreprise. Aucun de ces deux téléfilms ne fut réalisé. Ces deux scénarios présentaient des séquences où l'on voyait se manifester dans la vie courante la lutte, la fuite, la dominance, l'inhibition. Il nous fallait un troisième personnage, puisque chacun d'entre eux devait être ramené aux principales composantes de la population française : paysannerie, prolétariat urbain, bourgeoisie provinciale.(…)

Nicole Garcia m'a inspiré le personnage de Janine Garnier : pour ce qui est de son milieu d'origine ouvrière et communiste, on sait que, de même que celui des comédiens, je l'ai bien connu dans les années cinquante.(…)

L'enfance et l'adolescence de Jean Le Gall sont un mélange de traits autobiographiques communs à Resnais et à moi. Alain a pensé à Roger Pierre pour incarner le personnage car il voulait donner à la partie "jouée" du film un ton de comédie boulevardière, "à la française". Pour ma part, j'avais depuis dix ou douze ans suffisamment usé mes fonds de culotte dans les antichambres de la Radio et de la Télévision pour bien connaître ce milieu : On y respire la dominance et l'inhibition! Le peu que nous montrons dans le film de cette bouffonnerie reste très en dessous de la réalité.(…)

La première ébauche que j'ai fournie à notre producteur était volumineuse. Avec Alain, nous avons convenu d'une division en quatre actes, chacun d'un style différent, quatre formes de cinéma, ou les quatre mouvements de la sonate classique.(…)

Des incidents de ma propre vie venaient, en cours de route, alimenter le scénario : inhibé par l'effort accompli pour assimiler rapidement des notions qui m'étaient complètement étrangères, il en résultat un beau matin une montée en flèche de ma tension artérielle – telle qu'en me levant, je perdis connaissance -, et à quelques mois de là, une crise de colique néphrétique dont je fis aussitôt cadeau à Jean Le Gall. (…).

Si la tentative de suicide de René Ragueneau allait de soi, nous sommes restés longtemps perplexes quant à l'issue à donner à "l'idylle" Jean-Janine. Bon, elle essaye de le revoir après le suicide de René. Que se passe-t-il alors ? Cela ne pouvait aboutir qu'à une bagarre, un combat sans fin… Puis cette conclusion de Laborit soutenant le finale fugué dû en totalité à l'invention visuelle d'Alain et dont il me réserva la surprise lors d'une première projection destinée, selon son habitude, au seul scénariste. Je fus, on s'en doute, surtout enchanté par le rat se baladant dans la maquette des décors du film. L'écriture, la préparation et le tournage du film se sont déroulés sur cinq ans". [Fin de la partie consacrée à Mon Oncle d'Amérique].

7.      Resnais, cinéaste politique ?

7.1.  Une œuvre cinématographique axée sur la défense des valeurs humanistes et pourtant si éloignée du cinéma dit "engagé"

"Les statues meurent aussi" : pamphlet antiraciste et anticolonialiste.

"Nuit et Brouillard" : dénonciation de l'univers concentrationnaire

"Guernica" : dénonciation de la barbarie nazie.

"Hiroshima mon amour" : dénonciation de l'utilisation des armements nucléaires

"Muriel" : évoque l'usage de la torture en Algérie

"la guerre est finie" : se situe dans le cadre des luttes contre la dictature du général Franco

Il participe au film "Loin du Viêt-Nam" (1967) pour dénoncer la politique impérialiste des USA. En mars 1967, le film est projeté aux grévistes de l'usine Rhodiacéta-Besançon : Alain Resnais explique sa démarche aux ouvriers :"Le film tend à montrer les relations entre le Viêt-Nam et un mouvement mondial révolutionnaire. Seulement il le fait avec parfois… gaucherie, naïveté, précaution.[33]"

En 1973, il réalise, à New York et bénévolement, un mini film de 4 minutes (sujet : la débâcle de Wall Street) qui sera intégré dans le film de Jacques Doillon "L'an 01", utopie écologique et tiers-mondiste qui dénonce la société de consommation.

[Il aurait été tout à fait passionnant de préciser ici –au vu des conclusions auxquelles nous sommes arrivés plus haut - comment Mon Oncle d'Amérique renouvelle, complète et enrichit les fils épars de son univers personnel tissés au fil de son oeuvre. Ce travail d'analyse reste à mener.]

7.2.  Homme de gauche et intellectuel lucide

En 1960, contre le colonialisme et la torture, il signe la Déclaration pour le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, aussi appelée le "manifeste des 121".

Resnais : "Je n'ai pas de scrupules à laisser entrer la politique dans un film si elle lui vient naturellement. Les gens qui refusent la politique sont en général des gens de droite. Comme tout le monde, je suis pour plus de justice, moins de guerres et la fin de toutes les tortures. Mais le moyen d'y arriver ? Un homme politique sacrifie sa vie à une existence de militant. Je n'ai pas pu"(…). "L'un des grands dangers des révolutions, c'est de s'endormir dans les mots et dans les clichés qu'on récite comme un catéchisme"(…) "Moi-même, quand j'ai lu Breton à dix-sept ans, j'ai cru que si l'on adoptait les conceptions surréalistes, les guerres disparaîtraient et que le marxisme se répandrait sur la planète". (…)

[Entretien avec Rémo Forlani] "J'ai milité avec Resnais à Travail et culture. C'était un truc de gauche fondé dans le grand élan populaire de la Libération. Le ciné-club d'André Bazin remplissait tous les soirs la maison de la chimie. Resnais, comme beaucoup d'autres, est sorti de ce club".[34]

Resnais : "J'ai pratiqué le catholicisme jusqu'à 16-17 ou 18 ans. Je cherchais des justifications dans les écrivains jusqu'au moment où je me suis aperçu que tous les écrivains que j'aimais étaient de l'autre côté, sur l'autre plateau de la balance. Que Mauriac pesait, oui, mais qu'André Breton, Aragon, Dos Passos, Faulkner, Hemingway pesaient pour moi encore plus lourd"[35].

7.3.  Le militant laisse la place aux doutes existentiels de l’artiste pour que l’œuvre puisse se développer

Resnais : "Je n'ai aucun message. J'essaye de prendre position devant un événement, une histoire, un point c'est tout. Le reste n'est que journalisme…" (…) "Un metteur en scène est un être vivant, il est sensible à des tas de choses qui vont, qui viennent, qui passent" (…). "J'aime poser au spectateur les mêmes questions que je me pose à moi-même".[36]

"C’est vrai que dans les années 50 et 60, le cinéma français ne traitait pas du tout de questions politiques. Ça me paraissait important de pouvoir en parler au moins un peu. Maintenant, peut-être aussi à cause de la télévision, mais aussi parce qu’il y a beaucoup de films documentaires, de films de contestation, le terrain me semble très abondant et je sens moins le besoin et la possibilité de m’y ajouter[37]".
"Je ne me suis jamais senti comme un cinéaste engagé. Enfin… je vote. C'est le seul engagement auquel je fais attention. Je n'ai pas de message. Mes films arrivent comme ça[38]". « J’ai beaucoup de mal à montrer des héros qu’on appelle positifs[39] ».

7.4.  L'avenir de l'homme, l'avenir de l'humanité : une réflexion désenchantée...

Resnais : "Combien de temps nous reste-t-il pour vraiment changer la vie avant la destruction inévitable de la planète ? Six, dix milliards d'années ? Quand on voit ce qu'on a pu faire en six mille ans, comment les découvertes s'accélèrent, on y arrivera peut-être…"[40]

"Nous sommes tous capables de fréquenter l'horreur sans nous en apercevoir[41]"

"A partir du moment où on sait que l'on va mourir, que la maladie va entrer en vous et vous détruire, l'existence ne peut être gaie que si on arrive à l'oublier. Un homme lucide ne peut s'abstraire de ce tragique.[42]" "La vie ne cesse de nous placer dans des situations de ce type, de conduire à des blocages. Avec la mort au bout qui nous enferme sans recours.[43]"

7.5.  Resnais, propagateur de thèses réactionnaires ?

C'est la crainte du Dr Françoise Lazard-Levaillant : "L'homme est le seul être vivant ayant une action transformatrice sur le milieu et sur lui-même. Cet acquis fondamental du marxisme interdit de lui appliquer les catégories empruntées au règne animal. Ainsi, comme le suggère le film Mon Oncle d'Amérique, les guerres ne seraient-t-elles dues qu'à l'agressivité des individus, et se battre contre un patron serait lié à notre animalité ! Au moment où, pour justifier les inégalités sociales, le pouvoir prend appui sur les thèses affirmant que les hommes et les phénomènes sociaux sont biologiquement déterminés, ce film illustre ces thèses réactionnaires, et le spectateur doit en être plus d'autant plus conscient que ses qualités lui assureront une grande diffusion[44]".

 

7.6.  La nostalgie de l’enfance, le rêve de la toute puissance

Resnais : « Le roi de l’or, d’A. Pujo, est une bande que j’avais lue enfant, mais que je n’avais pas gardée, sinon au fond de ma mémoire. Cela avait été publié en 1920, et j’avais cinq ou six albums de cette série à l’origine. Ce qui me plaisait surtout, c’était que le héros du Roi de l’or, Samuel Night, incarnait le rêve d’absolument tous les enfants qui est d’être à la fois milliardaire et orphelin[45] ».

8.       « La vie est un roman », comme une suite moins pessimiste

8.1.  Approfondissement des thèmes

Dans un château, trois histoires s'entremêlent

-          le rêve fou du comte Forbek, mégalomane qui entreprend de construire un "temple du bonheur" dans lequel il utilise ses amis comme cobayes pour mettre en place une société meilleure aux lois libératrices,

-          -un séminaire contemporain consacré à "l'éducation de l'imagination" regroupe des enseignants de tous horizons

-          un monde médiéval imaginaire, toujours vivace

Ces trois histoires ont comme point commun, la recherche du bonheur et de l'amour.

Resnais retrouve ici Jean Gruault, scénariste de son film précédent (Mon oncle d'Amérique).

La vie est un roman va reprendre et développer quelques uns des thèmes présents dans Mon oncle d'Amérique (comment faire régner le Bonheur, individuel et collectif ? L'imaginaire pourra-t-il réconcilier les Hommes ?). L'entreprise aristocratique du Comte Forbek est vouée à l'échec : Livia va perdre l'homme qu'elle aime, le comte Forbek voit mourir son père. Le colloque contemporain sur l'Education s'achève dans la confusion.

Si les projets collectifs échouent, les individus retrouvent l'harmonie dans les couples (Elisabeth / Guarani – Pierre / Frédérique). Le personnage manipulateur anglo-saxon (américaine ?) Nora Winkel, est marginalisé. La voix du Prince accompagne par une chanson le départ des protagonistes du château désormais vide : "Il n'y a plus ni poussière ni saleté, il n'y a plus ni bossu ni boiteux, personne n'a plus faim ni froid, ni mal aux dents, ni mal au ventre; le sol est lisse et doux sous nos pas; les cœurs débordent d'amour et d'amitié; c'est le temps du Bonheur qui commence !" Deux voix féminines entonnent des variations chantées sur le texte suivant : "Amour, Bonheur". Dans les temps mythiques, le Roi, lors de son couronnement chante : "Il vient, c'est lui, c'est l'Amour, c'est le règne de l'Amour qui commence !".

Le dernier plan de La vie est un roman renvoie directement au dernier plan de Mon oncle d'Amérique. Un – vrai - arbre gigantesque dans le parc du château. Les trois enfants sont assis sur une des branches et chantent. La caméra cadre le tronc, le sommet de l'arbre, le ciel. FIN.

8.2.  Mai 1981 : divine surprise pour la Gauche

1981 : La France a choisi un Président et une assemblée nationale de gauche

Le candidat socialiste François Mitterrand, après avoir rassemblé les forces de la gauche,  est élu Président de la République. M. Giscard d’Estaing, représentant (pour la gauche) une Droite hautaine et aristocratique, est battu. M. Pierre Mauroy est nommé Premier Ministre. Pour la première fois depuis trente-quatre ans, quatre ministres communistes entrent au gouvernement. Aux élections législatives de Juin 1981, la gauche totalise 56% des suffrages exprimés (222 sièges au Parti Socialiste et au MRG). De nombreux enseignants deviennent Députés. Le gouvernement prépare des réformes fortes et symboliques : nationalisations, impôt sur les grandes fortunes, renforcement du droit des travailleurs, relance économique par le recrutement de 200 000 nouveaux fonctionnaires, décentralisation, unification du service public de l'éducation

8.3.  La vie est un roman – hypothèses de fonctionnement

Dans La vie est un roman, on rencontre des enfants, des nobles et des fonctionnaires de l’Education nationale : le monde de l'entreprise, les restructurations, les souffrances au travail, tout cela a disparu… Incontestablement, le vent du renouveau, de l'espérance "de gauche" souffle sur le pays, et dans le film. Mais la Vie et un roman est un échec commercial : le public n'est pas en phase avec la vision du monde de Resnais et Gruault.

Soit le public de 1983 n'adhère pas au projet socialiste, et, s'il accepte (plus ou moins forcé) la marginalisation du monde aristocratique fermé sur lui-même, il ne peut se satisfaire – à l’heure où « les cosaques risquent de venir bivouaquer sur les Champs-élysées » -  d'un Bonheur retrouvé dans le couple ou la vie familiale, au final très réducteur pour ses valeurs…

Soit le public adhère aux valeurs défendues par le Président Mitterrand,  il ne peut que s'étonner de l'incohérence d'un propos qui annonce, dans le film, le Bonheur, l'Amour, alors que le projet collectif mis en place s'achève dans la confusion, les luttes de clans, la zizanie…

Dans cette lecture, très "Laboritienne" de la société française, Resnais et Gruault ne prônent pas les valeurs de la Droite; mais c'est bien avec une ironie mordante et un humour dévastateur qu'ils s'en prennent à une France « rose » (au final très insignifiante, ambitieuse mais sans envergure), convertie au Socialisme.

Cette hypothèse de fonctionnement pourrait donc expliquer l'échec commercial et critique de La vie est un roman. [Il faudrait également préciser comment la forme du film, les choix esthétiques (chant doublé, univers graphique de Bilal) ont pu dérouter les spectateurs].

9.      [Mon Oncle d’Amérique] Sacha Guitry, Henry Bernstein, Gaby Morlay – se méfier des apparences : l’humour d’Alain Resnais brouille les pistes de l’analyse

9.1.  Alain Resnais apprécie les « réactionnaires » !

Dans le film : Janine enfant, personnage de « gauche » puisque issu d’une famille ouvrière communiste, imite l’institutrice dans sa classe (Janine : « A l’école, j’aimais surtout faire rigoler les copines. J’ai failli me faire renvoyer. Comme j’avais appris que c’était arrivé six fois à Sacha Guitry, j’en étais assez fière. Puis papa m’a dit que c’était un réactionnaire. Alors je me suis mise à bûcher sérieusement ».

"Pierre Arditi : On ne peut pas imaginer que Resnais puisse aimer Guitry, le théâtre de boulevard, la comédie musicale ! Il considère que tout est à voir.[46]"

"Rémo Forlani : Il a une connaissance stupéfiante du théâtre de boulevard. Il connaît par cœur et possède tout Guitry, tout Roussin, tout Edouard Bourdet. C'est le seul homme de cinéma qui aille voir toutes les pièces de théâtre[47]".

 

9.2.  Resnais est un fin connaisseur d’Henry Bernstein, auteur de pièces de théâtre démodées, oubliées et injouables !

Dans le film : Dans une petite salle de théâtre, Anne répète une pièce sous la direction du metteur en scène, Laugier (personnage « de gauche » que le film ridiculise), qui gesticule et lui fait de violents reproches : (Laugier : « Bon, décidément tu n’y comprends rien ! C’est pas du Bernstein, t’es pas Gaby Morlay, je te l’ai dit, face au public, le regard sur la ligne bleue des Vosges ! »

Henry Bernstein (1876 – 1953) : depuis trente ans, cet auteur était aux oubliettes : réputé injouable, archétype du drame bourgeois, boulevardier démodé.

"Jean Gruault, scénariste de Mon oncle d'Amérique : Il fallait prendre le discours de Laborit à contre-pied, en le distillant dans trois histoire parallèles, selon un procédé inspiré de Bernstein, que Resnais m'avait recommandé de lire[48]".

"Alain Resnais : j'ai été ému par ce théâtre. La réputation de Bernstein d'être injouable est solidement établie. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui prétende le contraire. Si, Peut-être Jean Gruault".

 Mélo fut créée au théâtre du Gymnase par Gaby Morlay[49], Victor Francen et Pierre Blanchar. Resnais va transposer cette pièce de théâtre au cinéma en 1986

"Dans ma vie, j'ai dû voir dix pièces de Bernstein lors de leur création, j'ai dû en lire vingt-trois ou vingt-quatre sur les vingt-neuf qui ont été publiées.[50]"

10. Modernité de « Mon oncle d’Amérique »

10.1.                  Dégâts du Libéralisme : le stress au travail

Soumis au stress causé par leurs conditions de travail, les deux personnages principaux masculins développent des maladies psychosomatiques (René, un ulcère à l'estomac, Jean des coliques néphrétiques). René tente de se suicider.

La question du stress au travail n'a cessé de monter en puissance ces dernières années. La France est le premier pays consommateur au monde de tranquillisants : plus de vingt-cinq millions de boites d'anti-dépresseurs et soixante quinze millions de boites de tranquillisants sont vendues annuellement en France[51]. La presse rapporte de nombreux suicides de salariés, à leur domicile ou sur leur lieu de travail. Pour expliquer cette dégradation, on rappelle la précarité des emplois (trente deux millions d'européens ont aujourd'hui un contrat à durée déterminée, alors qu'ils n'étaient que vingt deux millions en 1997) et la course à la productivité imposée par les actionnaires[52]. Trente et un millions d'européens sont des travailleurs "pauvres", qui reçoivent un salaire inférieur aux deux tiers du salaire médian de leur pays[53]. Le psychosociologue Raymond Chappuis dresse ce constat désabusé : "Dans l'économie de marché, au nom de la concurrence économique, les entreprises à dimension humaine sont englouties dans le torrent dévastateur de l'argent-roi[54]".

10.2.                  Le cinéma, la mémoire et la Culture

10.2.1.  Le cinéma : construction d'une mémoire

Pour des millions de spectateurs, Jean Marais, Jean Gabin et Danielle Darrieux sont ce qu’il convient d’appeler de véritables stars du cinéma français. Ils ont transmis leur vitalité, leur force créatrice à des dizaines de personnages qui ont su toucher le public ("L'acteur est ce qui date le film, et pourtant l'arrache au temps; ce qui, dans un même mouvement, donne vie aux personnages et les fige dans l'incarnation; ce qui guide le spectateur dans le film tout en l'égarant dans la fiction[55]".

Dans  Mon oncle d’Amérique, ils interviennent comme des ponctuations, muettes, ils "indiquent une parenté, ils signifient une continuité, en direction d'un acteur, d'un genre, d'une époque[56]" : ces trois acteurs  sont maintenant devenus de véritables fantômes, dont la voix off nous précise pourtant qu’ils ont marqué à jamais René, Jean et Janine. 

Un des thèmes fondamentaux de Resnais est la mémoire. Comment se situer, comment savoir qui l’on est si la mémoire nous fait défaut, s’estompe ? Resnais lui-même reconnaît s’inscrire dans une histoire cinématographique qui l’a « construit » : « J’ai forcément de l’admiration pour David Wark Griffith, Murnau, Poudovkine, Luis Buñuel, Truffaut. J’ai aussi passionnément apprécié les comédies musicales américaines, les numéros de dans de Fred Astaire, de Ginger Rogers. Ceci sans oublier la grande période des « serials » américains »[57]. A travers les courts extraits présentés dans le film, Resnais rend également hommage au cinéma populaire français : Calef, Grémillon, de la Patelière, Duvivier, Verneuil.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation tout à fait paradoxale : alors que les moyens technologiques et informatiques, ainsi que la multiplication des chaînes de télévision mettent de plus en plus d’images à notre disposition (et c’est tant mieux) il se trouve que les cent premières années du cinéma commencent déjà à s’effacer. Non seulement ces grands films, ces acteurs, ces producteurs, ces danseurs sont moins connus, moins présents, mais pire encore, les nouvelles générations ne voient même pas l’utilité de les connaître. L’actualité ( et l’imaginaire) sont saturés par des blockbusters qui écrasent tout sur leur passage (le phénomène Harry Potter...), par des séries forcément « culte » (The shield, 24 heures chrono, Sex and the City) et des ovnis cinématographiques fédérateurs (Bienvenue chez les ch’tis). En ce début de vingt-et-unième siècle, la culture populaire a effectué une véritable mutation : le cinéma est devenu un Art périphérique...

 

10.2.2.  Le grand flou des nouvelles références populaires (tendances)

J’ai moi-même vérifié cette tendance lourde et invisible : j’ai interrogé (de manière anonyme) une centaine de collégiens de la banlieue de Bordeaux. 2% d’entre eux seulement ont su me donner le titre d’un film interprété par Jean Marais (la belle et la bête) et Jean Gabin (les Misérables). Quelles sont donc leurs nouvelles références de cette génération qui plébiscite les « produits » réalisés outre-Atlantique ?

Mon réalisateur (réalisatrice) français préféré : 87% des collégiens ne donnent aucune réponse ou donnent une mauvaise réponse (Seulement trois cinéastes cités : Luc Besson, Dany Boon et Guillaume Canet).

Mon acteur français vivant préféré : 51% des collégiens ne donnent aucune réponse ou donnent une fausse réponse (Dans les bonnes réponses, seize acteurs sont cités. Arrivent en tête : Jean Dujardin, Dany Boon, Kad Merad).

Mon actrice française vivante  préférée : 70% des collégiens ne donnent aucune réponse (Dans les bonnes réponses, neuf actrices sont citées. Arrivent en tête : Marion Cotillard, Sophie Marceau, Murielle Robin).

 

 

10.2.3.   En 2008, la Culture de plus en plus menacée par le divertissement

L’actualité est toujours séduisante, inattendue, provocante. Mais, en ce qui concerne le cinéma, comme pour la musique, la littérature ou dans les beaux-arts, on ne peut renoncer à transmettre ce patrimoine, cet héritage inestimable constitué par les Hommes tout au long de l’Histoire. Pour se construire, il faut de l’imagination, de la mémoire, de l’esprit critique, et des valeurs. Si aujourd’hui la Culture se « modernise », si elle tend à se rapprocher du divertissement, si elle n’est plus une méditation sur le sens de la vie, alors des dérives graves sont à craindre...

« Dire, selon M. Sarkozy,  que La Princesse de Clèves est un "vieux roman" désuet et voué à un oubli mérité, qui fera faire des économies en termes d'heures d'enseignement, c'est aussi aberrant que de dire que Victor Hugo est dépassé, Léonard de Vinci ringard, et Flaubert – dont le dessein, dans l'Education sentimentale, n'est pas étranger à celui de Mme de La Fayette avec La Princesse de Clèves -, ridiculisé par son absence dans la "top liste" de ces dernières semaines.

 Si la valeur des choses réside dans leur actualité, alors Jean-Pierre Pernaut supplante désormais Baudelaire. Que le candidat Sarkozy le pense, c'est une chose, mais que le Président de la République Sarkozy le proclame, ça pose problème (…) C'est grâce à la littérature que la langue nous permet de communiquer des choses assez fortes pour nous comprendre un peu et nous relier les uns aux autres. Sans la littérature, sans Mme de La Fayette, c'est chacun pour soi, TF1 pour tous, et nos désirs cantonnés dans l'impuissance. On ne peut pas se résigner à cette médiocrité ![58]".

11. Conclusion

Le cinéma, lui aussi, bascule dans la « modernité ». Le groupe CGR annonce que prochainement, dans ses salles, le numérique va remplacer la pellicule. Le directeur général du groupe, Jocelyn Bouyssi reconnaît qu’ « on ne gagnera pas des spectateurs avec le numérique. En revanche, nous parions sur les films numériques en 3D : le relief est un vrai argument pour faire venir les gens au cinéma » (Avatar, le prochain opus de James Cameron, sera ainsi tourné en 3D, tout comme de nombreux projets américains[59]).

Dans notre société de consommation et de loisirs, il est fort probable que le cinéma va trouver une nouvelle place, entre la console de jeux à la maison et la sortie au parc de loisirs. Le cinéma de la « pure sensation », avec ses poussées immédiates d’adrénaline, menace certainement le cinéma « traditionnel », celui qui nécessitait de laisser du temps au film pour qu’il « travaille » en nous, pour qu’il nous construise, pour qu’il questionne notre rapport au monde et aux autres.

Ce travail, cette relation si particulière entre le film et ses spectateurs, Resnais l’aura mené de main de maître tout au long de sa carrière, y ce dès ses premiers courts métrages.

 Je le répète, cette approche de Mon Oncle d’Amérique est  incomplète, car elle n’intègre pas la mise en scène, le travail remarquable d'écriture ("Comme on se sent intelligent devant un tel film ![60]") effectué par Resnais pour la recherche formelle de son film (Toutefois, il existe déjà une analyse fort intéressante du montage de quelques séquences du film, avec les commentaires du monteur, Albert Jurgenson[61]).

Nous arrivons au terme de cet article, et j’ai l’impression d'avoir soulevé quelques coins du voile, formulé quelques hypothèses, mais que beaucoup de travail reste à faire pour mettre en évidence les mille et une facettes du talent artistique (du génie ?) de Resnais qui, à l’instar de Chaplin, de Renoir ou de Buñuel, peut atteindre à l’universel.

Resnais, humain et donc complexe, nous prend par la main, nous éblouit, nous subjugue, nous plonge dans un temps qui mélange passé présent et futur. Aux hommes capables des pires barbaries, il tend un miroir qui, peut-être, les rendra plus humains. Il appartient aux élèves de découvrir cette œuvre magistrale, qui rend notre monde plus supportable, et d'exercer leur réflexion, leur sens critique, après s'être nourris – comme l'ont fait auparavant leurs aînés - de ces films si différents et pourtant si proches.

 

Gérard Hernandez

Lauréat de l'accréditation en Cinéma-Audiovisuel. 

Enseignant Documentaliste au collège François Mauriac de Saint-Médard en Jalles (33)

Avril 2008



[1] Beylie, Claude – Entretien avec Alain Resnais – L'Avant scène cinéma n° 236 - 1981

[2] Martin, Marcel – critique de Mon oncle d’Amérique – La Revue du cinéma Image et son – n°351 – Juin 1980

[3] Ory, Pascal – l’histoire culturelle – PUF – Que sais-je n°3713 -  2004

[4] Chevalier,J. Martin, M.- Sauvaget, D.- Zimmer, J.- débat autour de Mon oncle d'Amérique – La Revue du cinéma Image et son n°352 – Juillet/Août 1980.

[5] Beylie, Claude – 1 + 1 = 3 - L’Avant-scène cinéma n°263 – Mars 1981

[6] « Mon oncle d’Amérique ou Les Somnambules » - L’Avant-scène cinéma n°263 – Mars 1981.

[7]  Beylie, Claude  (sous la direction de) – Une histoire du cinéma français – Larousse - 2000

[8] Huguenard, Pierre – Article « Henri Laborit » - Encyclopédia Universalis - 2007

[9] Laborit, Henri – « Eloge de la fuite » - page 23

[10] Laborit, Henri – « l’Homme imaginant » – Union Générale d’Editions – 10/18 n°468 - 1970

[11] Laborit, Henri – « La nouvelle grille » - Robert Laffont – Folio Essais n°27 - 1974

[12] Laborit, Henri – « Eloge de la fuite » - Gallimard – Idées – n° 449 - 1976

[13] Laborit, Henri – Copernic n'y a pas changé grand chose – Robert Laffont - 1980

[14] Benayoun, Robert – entretien avec Alain Resnais – opus cité

[15] Beylie, Claude – Entretien avec Alain Resnais – l'Avant scène cinéma n° 263 – 1981.

[16] Fevret, Christian – entretien avec Alain Resnais – Les Inrockuptibles n°149 – 12/11/1997

[17] Laborit, Henri – La vie antérieure – Grasset – 1989.

[18] Oudart, Jean-Pierre – critique de Mon oncle d’Amérique – Les cahiers du cinéma – n°314 – Juillet/Août 1980.

[19] Beylie, Claude – entretien avec Alain Resnais – L'Avant scène cinéma n°263 – 1981.

[20] Marseille, Jacques (sous la direction de) – Journal de la France du 20° siècle – Larousse - 2000

[21] Bezbakh, Pierre – Histoire et figures du socialisme français – Bordas – les compacts - 1994

[22] Ambrosi, Christian – La France, 1870 1986 – Masson – Un siècle d’Histoire - 1986

[23] Touchard, Jean – La gauche en France depuis 1900 – Seuil – Points Histoire n° H26 - 1981

[24] Mathiex, Jean – Aujourd’hui, depuis 1945 – Tome 1 La France – Masson – histoire contemporaine  – 1984

[25] Kessous, Mustapha – Le textile a-t-il un avenir en France ? – Le Monde – 28/02/2008

[26] Le Goff, Jean-Pierre – Mai 68, l’héritage impossible – La Découverte – Essais - 2002

[27] Pauwels, Marie-Christine – le rêve américain – Hachette supérieur – les fondamentaux - 1997

[28] Beylie, Claude – Entretien avec Alain Resnais – l'Avant scène cinéma – n° 236 - 1981

[29] Gili, J., Tesson C., Sauvaget D., - Les grands réalisateurs – Larousse – Reconnaître / Comprendre - 2006

[30] Roob, Jean-Daniel – Alain Resnais, qui êtes-vous ? – La Manufacture – 1986.

[31] Bounoure, Gaston – Alain Resnais – Seghers – Cinéma d'aujourd'hui  -1974

[32] Gruault, Jean – Ce que dit l'autre – Julliard - 1992

[33] Cinéma 68, n°122, Janvier 1968.

[34] Benayoun, Robert – Alain Resnais, arpenteur de l'imaginaire – Ramsay poche cinéma – 1980.

[35] Fevret, Christian – Resnais "on connaît la chanson" (entretien) – Les Inrockuptibles n°149 – 12/11/1997.

[36] Bounoure, Gaston – Alain Resnais – Seghers – Cinéma d'aujourd'hui - 1974

[37] Lalanne, Jean-Marc – Aux cœurs d'Alain Resnais (entretien) – lesinrocks.com – 14/11/2006.

[38] Fevret, Christian – Op. cité.

[39] Roob, Jean-Daniel – Alain Resnais qui êtes-vous ? – La Manufacture - 1986

[40] Benayoun, Robert – Alain Resnais, arpenteur de l'imaginaire – Ramsay poche cinéma – 1980.

[41] Bounoure, Gaston – Alain Resnais – Seghers – Cinéma d'aujourd'hui - 1974

[42] Roob, Jean-Daniel – Alain Resnais, qui êtes-vous ? –La Manufacture – 1986.

[43] Beylie, Claude – entretien avec Alain Resnais – L'Avant scène cinéma n° 263 - 1981

[44] Dr Lazard-Levaillant, Françoise – critique de Mon Oncle d'Amérique – l'Humanité – 4 Juin 1980.

[45]Benayoun, Robert – opus cité.

[46] Roob, Jean-Daniel – opus cité.

[47] Benayoun, Robert – opus cité.

[48] Roob, Jean-Daniel – opus cité.

[49] Gaby Morlay : Actrice, productrice, femme de théâtre française (1893 – 1964). Entre 1926 et 1931, de rôles déchirés en rôles déchirants, elle va devenir l’actrice fétiche de Henry Bernstein. Elle va ainsi créer "Félix", " le Venin ", " Mélo ", " le Secret". Elle participe également au succès des pièces de Sacha Guitry.

[50] Benayoun, Robert – Alain Resnais, arpenteur de l'imaginaire – Ramsay Poche cinéma – 2008

[51] Stora, Jean-Baptiste – Le stress – PUF – Que sais-je ? N°2575 – 2008.

[52] Bougereau, Jean-Marcel – Le stress au travail, cette épidémie invisible – Le Nouvel Observateur – 13/03/2008.

[53] Les syndicats européens dénoncent la montée des emplois précaires – Le Monde – 15/03/2008

[54] Chappuis, Raymond – La solidarité – PUF – Que sais je ? n°3485 – 1999.

[55] Nacache, Jacqueline – l'acteur de cinéma – Nathan ( Cinéma - 2003

[56] Schmidt, Nicolas – Les usages du procédé de film dans le film – Le cinema au miroir du cinema – CinémAction – Corlet Publications – 2007.

[57] Leguèbe, Eric - opus cité.

[58] Val, Philippe – La Princesse de Clèves expulsée ! – Charlie-Hebdo n°126 – 16/04/2008.

[59] Bénabent, Juliette – le numérique dans les cinémas – TELERAMA n° 3038 – 02/04/2008

[60] Michel, Jacqueline –  critique Mon Oncle 'Amérique - Télé 7 jours – 24 mai 1980

[61] Delavaud, Gilles – Le Montage – Vidéo-cassette – CNDP – 1990.


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