La fabuleuse destinée de Harry Potter

Ou

Quelques hypothèses concernant le fonctionnement du film  :

"Harry Potter and the philosopher's stone"

USA - 2001 - Réalisé par Chris Colombus et produit par David Heyman pour la Warner Bros ( USA ) - 02H32 - scénario de Steven Kloves d'après le roman de J.K Rowling - avec D Radcliffe - R Grint - E Watson -

 

"Vouloir transposer les moyens d'expression littéraires

en moyens d'expression cinématographique est un non-sens".

Jean Mitry, "Esthétique et psychologie du cinéma", Editions universitaires, 1990

 

"Le monde recherche le leadership de l'Amérique, le leadership d'un pays

dont les valeurs sont la Liberté, la Justice et l'Egalité"

Georges Walker Bush, candidat à la présidence des USA

 

INTRODUCTION

A l'heure de l'accélération de  la mondialisation de la culture, l'adaptation cinématographique des aventures du jeune sorcier Harry Potter bénéficiait d'une attente sans précédent. Phénomène littéraire ( 130 millions d'exemplaires vendus à travers le monde, traduction en 47 langues, plus de 7 millions de lecteurs de tous âges en France ), l'œuvre de l'écossaise Joanne K. Rowling se révèle également un phénomène cinématographique, un des plus beaux succès de l'industrie hollywoodienne. Déjà sont parus des essais[1] et des articles[2] proposant des analyses  des romans. Beaucoup de critiques du film ont également été publiées pour tenter d'évaluer sa qualité cinématographique. Peu d'écrits ont tenté de "se mettre à l'écoute", d'interroger la société"[3] qui  produit le film ( les USA entre 1998 et 2001 ) et les sociétés qui le plébiscitent ( les USA d'abord, mais aussi les autres "pays développés", dont la France).

Chaque société se représente  à travers ses expressions idéologiques.[4] Il convient d'essayer de mettre à jour le "système" du film, sa dynamique, ses lois, sa problématique et de confronter ce résultat à la société réelle où il s'inscrit.[5] L'analyste doit débusquer les idéaux et les modèles que le film propage, mais aussi les conflits et les oppositions qu'il réduit ou qu'il occulte.[6] On pourra par ailleurs en l'espèce vérifier si ce film s'intègre au genre des  films dits "de crise" ("Tremblement de terre", "l'Aventure du Poséidon", "Titanic") ou s'il développe une thématique plus originale.

Objet culturel, "Harry Potter and the philosopher's stone" est par ailleurs également un produit industriel où peu de choses ont été laissées au hasard. "En effet, c'est le numéro un de la communication mondiale, le groupe AOL-Time-Warner ( réseau internet de plusieurs millions d'abonnés, télévisions, journaux, etc. ) qui s'est imposé pour adapter le best-seller culte. Il a facilement vendu plus de 200 licences dans le monde. Le géant du jouet Mattel a ainsi versé une garantie de 50 millions de dollars et rétrocédera 15 % sur chaque vente de jeu et de poupée.Hasbro vend des figurines et Mars met sur le marché Chocogrenouilles et autres bonbons préférés des sorciers. Coca-Cola a mis 150 millions sur la table pour pouvoir utiliser l'image d'Harry… mais sans pouvoir l'imprimer sur ses canettes. Les contrats "Harry Potter" ne battent pas les records existants, mais, puisque quatre films au moins sont prévus, ils devraient finalement rapporter plus et plus longtemps".[7]

Essayons maintenant d'appréhender les unités de sens qui constituent le film.

 

1       LE FILM

 

1.1  Sorcier, sorcières et magiciens à l'écran

Le thème de la sorcière trouve sa place bien sur dans le cinéma fantastique et d'horreur ("les sorcières d'Eastwick" de G. Miller en 1987, ou "le masque du démon" de M. Bava en 1960 ) mais aussi dans la comédie ( "Ma femme est une sorcière" de R. Clair en 1942 ou "Les sorcières" film italien en cinq sketches de Pasolini, Visconti, Rosi, De Sica en 1966 ). "Jour de colère" de C. Dreyer en 1943 et "Häxan" du suédois B. Christensen en 1922 donnent quant à eux une dimension tout à fait originale au thème.

Le mage ( et la sorcière ) tiendront une place de choix dans "le magicien d'Oz" de V. Fleming en 1939; le personnage de Merlin donnera son nom au dessin animé de Walt Disney, et sera repris dans "Excalibur" par J. Boorman en 1981.[8]

 

1.2  Résumé du film

Harry Potter est orphelin. Bébé, il est confié par trois magiciens à ce qui reste de sa famille, des "moldus", représentants de la "middle-class" anglaise, les Dursley. A l'âge de 11 ans, des événements magiques lui font quitter son oncle Vernon, sa tante Pétunia et son cousin Dudley pour intégrer l'école des sorciers ( "Poudlard" ) au sein de laquelle il va suivre les cours pendant un an. Il apprendra la magie ( jeter des sorts, voler sur un balai, etc. ), devra affronter et vaincre un terrible adversaire ("Voldemort") avec l'aide de ses  camarades Ron et Hermione. Après avoir réussi le passage de ces épreuves initiatiques et  permis à son groupe ( Gryffondor) de gagner la coupe de l'école,  il quitte Poudlard comme les autres élèves, et part rejoindre sa famille adoptive.

 

1.3  la réception du film septembre / décembre 2001

 

13.1 le film et le public : adéquation entre le contenu du film et les attentes des spectateurs

 

1.3.1.1 les chiffres aux Etats-Unis

Aux USA, le film a battu tous les records. Avec un coût de production estimé à 125 millions de $ au quel s'ajoutent 100 millions de $ destinés à assurer la promotion, le film a récolté 90,3 Millions de $ en trois jours d'exploitation, 200 millions de $ en 10 jours. Distribué sur plus de 8 200 écrans ( dans 3 672 cinémas ), le film aurait la capacité de s'approcher du record établi par Titanic il y a trois ans ( 600 millions de $ de cumul). Dores et déjà, suivant le plan marketing préétabli, le réalisateur Chris Colombus a commencé le tournage de la suite ( Harry POTTER and the chamber of secrets ) dont la date de sortie américaine est fixée au 15 novembre 2002. Warner continuera d'exploiter la franchise puisque sept films en tout sont prévus ( la réalisation du troisième long métrage ( Harry Potter et le prisonnier d'Azbakan, aurait été confiée à Steven Spielberg).[9]

 

1.3.1.2 les chiffres en France

Harry Potter est sur les écrans depuis le mercredi 4 décembre 2001. Il est présent sur 851 écrans et a attiré, lors de sa première semaine d'exploitation 2 091 000 spectateurs ( cet excellent score est néanmoins éloigné des 2 951 000 spectateurs qui avaient été applaudir lors de sa sortie, sur la même période, le très hexagonal Taxi 2 ).[10]

En quatre semaines d'exploitation, le film a rassemblé 7 millions de spectateurs, ce qui le place en troisième position des meilleures recettes de l'année 2001en France ( après "Amélie" et "La vérité…2").

 

1.3.2 le film et la critique française

Phénomène sociologique certain ( et traité en tant que tel par la presse ), Harry Potter and the philosopher's stone ne figurera sans doute pas, selon les critiques, dans les annales des "classiques" du 7° Art.

Les cahiers du cinéma (n°563 ) sont déçus :"le scénario colle entièrement au livre et trop de choses y sont laissées par seul souci de fidélité. Par conséquent, beaucoup de scènes importantes sont réduites à des séquences anodines". Sentiment partagé par les journalistes de l'Ecran fantastique (n°216) :"On regrette que Colombus ait davantage illustré le roman qu'il ne l'a adapté. Pourtant c'est sans déplaisir que l'on feuillette ce livre d'images qui s'offre devant nous".  Après avoir consacré trois quarts de page au phénomène Harry Potter, le journaliste termine ainsi sa critique (Le Monde 05/12/2001 ): "Ce film stérile ne suscite ni peur ni rires, juste le sentiment d'un devoir scolaire ( et industriel ) enfin accompli". La presse régionale partage ces prises de position ( La Charente libre 05/12/2001) : "Pas assez de mystère, de frayeur, d'humour dans ce beau catalogue ? Certainement". Enfin Télérama (05/12/2001) conclut par "Ni les effets spéciaux ni la mise en scène envahissante n'empêchent  Harry Potter d'être un film inventif ni de représenter, au total, un idéal divertissement familial, un régal pour les 8 - 12 ans; mais il n'en fait rien d'autre".

 

 

1.4  Analyse du film

 

Parfaite synthèse de l'art cinématographique et des contraintes du marketing, le film "cible" les pré-adolescents, mais son succès démontre qu'il attire plus largement un public familial : petits et grands partagent le même intérêt pour les aventures du jeune sorcier. Ceci posé, on peut essayer de mettre en évidence dans un premier temps quelle vision de la "construction" de Harry propose le film, avant d'évoquer ensuite les caractéristiques sociales qui servent de décor à cette maturation.

 

1.4.1     Un apprentissage vers l'adolescence

1.4.1.1 En dehors de Poudlard, impossible de grandir

La mort et le mystère entourent la naissance et les premiers mois de la vie de Harry Potter. Privé de ses parents, par une nuit sombre, Harry, bébé orphelin,  va être confié aux Dursley, sa seule famille. Ce sont des "moldus" qui refusent la magie. Mais trois "fées" ( les professeurs Dumbledore, McGonagall et le géant garde-chasse Hagrid ) se sont penchées sur son berceau. Dès les premières minutes du film, nous savons que Harry a été  un grand "traumatisé par la vie", un enfant "carencé" (victime d'une carence affective infantile durable[11]). Comment fera-t-il le deuil de ses parents ? Ressentira-t-il de la culpabilité pour avoir survécu à leur mort ? Trouvera-t-il affection et soutien dans sa famille adoptive? Les années passent et Harry a maintenant onze ans..

Nous découvrons brutalement  l'opposition implicite entre Harry Potter et son cousin Dudley, "l'enfant-roi". Alors que Harry dort dans une chambre située sous l'escalier et sert de domestique familial ( et on verra que ces mauvais traitements auront des conséquences dans sa croissance psychoaffective ), Dudley, dont les photographies envahissent la maison, se lance dans un terrible caprice :  c'est son anniversaire et il constate qu'il a moins de cadeaux que l'année dernière. Sa mère capitule aussitôt et accède aux attentes de son fils.

L'oncle Vernon, homme des plus corpulents, ne semble avoir pour seule préoccupation que de maintenir figée cette structure familiale déséquilibrée ( dans laquelle même la nourriture semble détournée ), toute dévolue aux caprices de Dudley : il a constaté que Harry était "différent", qu'il avait un potentiel propre ( la magie ), et il fera tout pour empêcher la remise en cause de sa conception familiale ( il n'hésitera pas à transporter toute sa famille dans une maison située sur une petite île, au milieu des éléments déchaînés - refuge illusoire aux assauts de l'inconscient ?-). Harry ne pourra que suivre, et s'enfermer dans l'isolement avec toute sa famille adoptive inapte à l'éduquer  ("Je refuse de payer pour qu'un vieux cinglé lui apprenne des tours de magie").

 Inhibé,  Harry n'a aucun contrôle des sentiments qui l'animent, il a refoulé dans son inconscient le traumatisme qui a marqué sa naissance,  et il ne peut répondre seul à la question : qui suis-je ? Rejetant son milieu familial,  coupé de l'école ( et de ses pairs ) sa personnalité ne peut se former.

 La magie lui sert à fuir la réalité ( le cousin Dudley enfermé dans la cage au zoo : rêve diurne, fantasme cathartique ? ) mais il reste incapable de dominer ses pulsions ( pour assurer son équilibre psychique et défendre son "moi", il projette ses désirs de manière archaïque sur le serpent et n'obtient comme seul résultat que la  panique de la foule ). Cela l'isole et ne fait au bout du compte qu'aggraver la marginalisation familiale dont il est victime.

Il faudra alors l'intervention d'un substitut paternel surpuissant mais "décalé" ( le garde chasse géant Hagrid ) pour délivrer Harry Potter,  lui donner les premiers éléments de sa filiation, en réhabilitant  l'image bénéfique du couple parental. Cette séquence dévoilera au spectateur le rejet par la tante Pétunia de sa sœur Lilly, la mère de Harry Potter, et expliquera pourquoi Harry a été matériellement accueilli mais pas adopté. Pour avoir nié cette filiation exceptionnelle ("Lilly et James Potter ne sont pas morts dans un accident de voiture") et pour avoir empêché l'épanouissement de Harry ( quand Harry utilise la magie, c'est malgré lui ), la famille Dursley est sanctionnée par Hagrid : le gros cousin Dudley se voit doté d'une queue en tire-bouchon qui le renvoie à l'animalité la plus basse. Dursley  ne peut confronter son "moi" aux interdits parentaux et sociaux, il restera donc prisonnier de la part d'animalité qui sommeillait  en lui, prisonnier du "ça" ( et donc condamné à ne pas avoir d'avenir ).

Harry peut maintenant se préparer à devenir lui-même, c'est-à-dire un être humain inscrit dans une histoire.

 

1.4.1.2  Harry face à son histoire familiale

 

Le film propose un espace intermédiaire entre le départ de la famille adoptive et l'arrivée à Poudlard. Harry découvre un univers parallèle ( le quartier secret des sorciers à Londres ) dans lequel, par sa naissance et son histoire si particulière, il a toute sa place. Cet univers a ses valeurs, son histoire, sa langue. Prendre sa place dans cet univers passe, pour Harry,  par la maîtrise du sens de mots nouveaux ( moldu, quidditch ). Et utiliser ces mots, c'est se procurer du plaisir en acceptant d'entrer à son tour dans un univers onirique.

 Harry n'était pas le souffre-douleur des Dursley : il est néanmoins traumatisé, bloqué dans son évolution psychologique ("Je suis Harry, juste Harry" ). Son Moi est encore en construction. Enfant "résilient", il va trouver dans son entourage un adulte, Hagrid, qui va l'aider à "reprendre le tricotage de son existence"[12]. Ce dernier va lui fournir de la nourriture ( auberge ), l'insérer dans un projet personnel ( préparatifs pour rejoindre l'école ), l'intégrer parmi les autres sorciers et lui révéler son passé ( ses parents ont été tués par un méchant sorcier, Voldemort - "celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom", que Harry, bébé, a défait malgré lui, non sans avoir été marqué d'une cicatrice au front ). On peut remarquer que Harry ne manifeste aucune émotion visible à l'annonce des événements tragiques qui ont marqué sa petite enfance : mieux, puisque Harry ne peut plus bénéficier de l'amour de ses parents, il va découvrir un "substitut" étonnant, un coffre dans une banque au pays des sorciers; maintenant Harry est riche, et il doit tout cela à ses parents qui ne l'ont pas oublié, par-delà la mort. Il n'y aura donc pas de période de deuil : la richesse matérielle, dans le film remplaçant pour un moment l'amour parental.

C'est au cours de cette même période que Harry commence à percevoir qu'il est lui-même soumis à des forces qui peuvent s'avérer redoutables. M. Ollivander, le fabricant de baguettes magiques, lui apprend en effet que la "jumelle" de sa baguette magique appartient à Voldemort, qui a autrefois tenté de le tuer et qui a marqué le front de Harry d'une cicatrice en forme d'éclair ( symbole qui peut être bénéfique ou néfaste ).

Pour rejoindre Poudlard, il n'y a ni sortilège ni moto volante : Harry, dans une gare ferroviaire où se pressent les "moldus", devra faire preuve de perspicacité ( le quai magique ) et trouver des alliances (Ron et ses frères ). Se rendre à Poudlard, c'est encore plus se séparer du monde routinier,  conventionnel et sans avenir des moldus. Se rendre à Poudlard c'est aussi rencontrer Hermione,  mais, durant la période de latence qu'ils traversent, les pulsions sexuelles des enfants passent au second plan et vont être sublimées par le désir de savoir[13] ( ici, la mise en pratique des  premiers tours de magie).

 

1.4.1.3              Poudlard : Harry à la recherche de son identité

 

Poudlard, lieu où commence vraiment l'évolution personnelle de Harry, est d’emblée placé par le professeur McGonnagall sous le signe de la solidarité (« Notre maison sera comme une deuxième famille ») et de la compétition, individuelle et sociale  ( quel groupe d’élèves gagnera la « coupe des maisons » ?).

Chaque enfant étant éloigné de ses parents, de nouvelles alliances se nouent ( Harry, Ron et Hermione ) des oppositions se confirment ( Harry et Drago Malefoy ).

Le monde des adultes se structure différemment : si Hagrid demeure un allié positif, on découvre son pendant négatif, le concierge Argus Rusard. Si Harry trouve en la personne du professeur Dumbledore une image de grand-père bienveillant, le professeur Rogue va se révéler un adversaire ( en réalité un allié )mystérieux.

L'univers de Poudlard est constitué d'espaces autonomes dont certains sont frappés d'interdit ( le troisième étage, la forêt ). Ces interdits sont peut-être structurants mais ils ne donnent aucun élément de compréhension du monde ( si le professeur Dumbledore qui incarne la Loi peut représenter le Surmoi de Poudlard, alors le troisième étage et la forêt, lieux incontrôlables et menaçants, en seraient le "ça", ( réservoir de forces aveugles et de motions pulsionnelles prêtes à se décharger )[14].

Les principales caractéristiques de Poudlard ( une direction assurée par un leader incontesté, des buts politico-religieux mystérieux ou ambigus, une forte discipline, un endoctrinement intensif, un ésotérisme souvent étrange et inquiétant ) renvoient aux descriptions les plus souvent admises des sectes.

Univers instable,  Poudlard peut-être, elle aussi,  victime de l'irruption de pulsions  primitives et dévastatrices qui vont déclencher une psychose collective ( l'attaque du Troll se déroule dans les toilettes des filles, la baguette magique de Harry est engluée dans les sécrétions nasales du monstre).  Harry et Hermione semblent encore avoir les plus grandes difficultés à surmonter ces pulsions  que les adultes connaissent et contrôlent.

Le lien entre les générations n'est pas établi. Les fantômes farceurs sont des marginaux qui ont littéralement "perdu la tête »; ils ne peuvent servir de repères aux jeunes, leur donner le sentiment d'appartenir à une famille issue des lignées maternelles et paternelles.

 Les "mères" sont totalement absentes, les femmes se contentent d'exercer un rôle socialisé d'enseignantes (le professeur McGonagall enseigne la métamorphose, Madame Bibine est professeur de vol à balai).

Le nouveau décor étant posé, Harry Potter va « mettre de l’ordre dans le chaos interne de son esprit[15] » et entamer le processus acculturatif qui devrait le préparer à entrer dans l’adolescence.

Aux difficultés personnelles que rencontre Harry dans sa construction, va s'ajouter un élément aggravant : le professeur Dumbledore,  directeur de Poudlard et protecteur de Harry entend conserver hors de portée des "méchants" sorciers la pierre philosophale de Nicolas Flamel, qu'il a fait rapatrier de Londres à l'école par Hagrid.

Agé de 150 ans, le professeur, figure respectable et respectée, souhaite maintenir son ami Flamel en vie, et, en cela, refuse donc de laisser une place, même symbolique, aux nouvelles générations que représente Harry. Ce dernier se trouve donc placé dans une contradiction sans issue : pour trouver sa place dans le monde des sorciers, il doit s'opposer et entraîner vers la mort l'image paternelle substitutive et le garant de la Loi que symbolise le professeur Dumbledore… D'autres adultes présentent un comportement étrange que Harry et ses amis n'ont pas toujours les moyens d'interpréter ni de comprendre.

 

1.4.1.3.1        Tâtonnements

 

Harry va être confronté à un certain nombre de situations qu'il ne maîtrise pas. Sa progression ne peut s'effectuer sans l'aide et la présence active de Ron ( attaque du Troll ) et d'Hermione ( partie de Quidditch ) qui lui apportent la maîtrise du réel qui lui fait parfois défaut.  Avec Hermione et Ron, Harry exprime une synthèse, un dépassement, la rivalité - le deux - surmontée.  On peut  voir aussi dans cette triade à la fois l'identité unique de Harry, et sa multiplicité interne, la mobilité et la complémentarité de ses composants. Le maniérisme de leur langage renforce leur liaison.

Harry est soit parfaitement adapté, soit  réduit à l'impuissance; Ron est appliqué, concret, mais mal à l'aise à l'école ( il arrive en retard en cours ).  Ron incarne aussi  - et mieux que ses camarades - la maîtrise de la pensée hypothético-déductive ou formelle[16], mais en cela il semble vouloir compenser le complexe d'infériorité[17] qu'il éprouve par rapport à l'idéal que représente Harry.  

Par ailleurs, là où Harry s'illustre par ses faiblesses, ses hésitations et son manque d'ouverture sur le monde, Hermione est un modèle de réussite dans l'acquisition des apprentissages, dans l'utilisation de la mémoire, dans l'analyse de l'environnement. Mais, à cause de ses émotions, elle reste vulnérable, elle s'isole et peut se met en danger.

 

1.4.1.3.2        Epreuves et nouveau traumatisme

 

Le parcours de Harry va se révéler chaotique. Dans sa progression, Harry va être confronté à l'apprentissage scolaire :

-          le professeur Rogue – dont tout laisse à penser qu’il s’oppose à Harry par tous les moyens – va reconnaître les « prédispositions » de son élève, pour mieux le ridiculiser devant ses camarades ( Harry ne connaissant aucune des réponses aux questions que pose le professeur ), puis le persécuter.

-          Harry, comme ses  camarades, doit apprendre le « vol à balai ». Il manifeste des prédispositions indéniables, mais il est confronté à Drago Malefoy, son « double » négatif, qui le défie et l’incite à désobéir à la consigne donnée par le professeur.  Harry, cédant au "principe de plaisir",   passe à l'acte et relève le défi ( récupérer le gadget perdu par son ami Neville ), gagne l’estime de ses camarades, et, loin d’être sanctionné par l’institution, se voit mieux intégré dans la communauté, ici  l’équipe de Quidditch des Gryffondor.

Harry, qui gère sans mégalomanie cette nouvelle gloire,  ne peut compter sur le seul savoir scolaire, abstrait, pour se situer dans son groupe et  assurer sa réussite.

 

Harry est confronté à nouveau à son potentiel hors normes et à son histoire qui le dépassent ( Ron lui déclare : "elle – Hermione – en sait plus que toi sur ton compte, comme tout le monde")

C’est par le sport que Harry va trouver les premiers éléments de sa filiation : les trophées de quidditch gagnés autrefois par son père et conservés dans une vitrine de l’école. L’air, l’espace sont ses domaines de prédilection. Il recevra, pour participer à la partie de quidditch, le balai « Nimbus 2000 » qui trônait dans une vitrine du quartier « sorcier » de Londres.

Cette maîtrise de son corps (par son habileté,  il permet aux Gryffondor de battre les Serpentard ) va être en décalage avec son évolution psychologique.

Harry reçoit un objet en héritage de son père : une cape d'invisibilité. Cet objet ne lui  sera d'aucune utilité dans sa recherche d'indices ( une promenade somnambulique ? ); de plus, il accentuera sa mauvaise analyse du monde ( le professeur Rogue semble plus que jamais être son ennemi). C'est alors que  Harry découvre un étrange miroir dans lequel va apparaître son propre reflet, entouré par celui de ses parents.

Confronté à ce même miroir, Ron y percevra une satisfaction narcissique, la projection dans son avenir (« Je suis préfet, et je tiens la coupe ! Qu’est-ce que je suis beau ! »)

Harry se montre fasciné par le miroir : cette image dans laquelle il se reconnaît comme sujet, est la sienne mais c'est aussi celle d'un autre[18]. Il faut l’intervention du professeur Dumbledore pour rompre l’enchantement narcissique (« il n’est pas bon de se complaire dans les rêves en oubliant de vivre ; ce miroir n’apporte ni la connaissance, ni la vérité car il ne nous montre que le désir le plus cher que nous ayons au fond du cœur »). Dumbledore annonce : « demain le miroir sera transporté ailleurs »

Harry entend alors jouer un rôle éminent dans la protection de Poudlard en empêchant le vol de la pierre philosophale. Manifestement, il n’a pas encore les compétences ni la maîtrise de son environnement, et cette volonté d’action va, peu à peu, le perdre. Il va d’abord être confronté à des dysfonctionnements déstabilisants :  désir monstrueux de paternité manifesté par Hagrid ( qui veut élever un bébé dragon tout juste éclos ), désirs sadiques du concierge (« dans le temps, on vous aurait suspendu par les poignets dans un cachot »),  la forêt interdite en compagnie de son "double" -  le mégalomaniaque  Drago Malefoy - attaque de Voldemort lui-même ( Harry ne devra sa survie qu’à l'intervention d’un centaure, figure dont la monstruosité est tempérée ici par la puissance spirituelle).

Harry va devoir reprendre le contrôle de son environnement

-          avec l’aide d’Hermione ( épisode de la grotte souterraine qui abrite une plante aux lianes étouffantes ) – Pour échapper à cet univers utérin, « il faut se détendre ! » dit Hermione, parvenant parfaitement dans cet environnement à réduire l'anxiété et le stress de Harry. Ron, lui, aura besoin de l'intervention magique d'Hermione ( "moi j'ai tout appris dans les livres") qui fera apparaître le rayon de lumière qui le libérera, le fera renaître au monde en tuant la plante tapie au fond de la grotte.

-          seul, il va à nouveau prouver, par  sa maîtrise de l’air et de son corps (capture de la clé volante ), qu'il a franchi une nouvelle étape de son initiation symbolique

-          avec le sacrifice de Ron ( qui témoigne par-là de son désir d'union magique avec Harry), il gagne la partie d’échecs et fait tomber, au moment du "mat", la longue épée phallique que tenait devant lui le roi adverse.

 

Ces victoires ne sont que passagères, car c’est seul, sans aide, qu’il doit affronter Voldemort, son persécuteur tyrannique, et donc revivre l'événement traumatique qui s'est déroulé dans sa petite enfance. En combattant cet adversaire ( qui véhicule la mort et symbolise la castration  ), c'est son propre conflit psychique qu'il doit dépasser.

Voldemort, parent persécuteur maintenant bien affaibli,  le destabilise en lui prouvant  que peuvent exister deux personnalités chez un même individu, et  qu'un être surnaturel ( de nature divine ou démoniaque ) peut lui imposer des actions ou des pensées étrangères à sa volonté.  Harry, victime de la perversité sadique de Voldemort ( ce dont témoignent les douleurs qu'il ressent parfois ) va manquer une nouvelle fois de disparaître car son adversaire tente de le capturer :

-          en lui promettant le pouvoir ( séduction ),

-          en lui faisant espérer de retrouver ses parents ( régression ).

Harry, frappé de stupeur,  est paralysé par cette possibilité  de fuir le monde réel;  il faut qu'il soit placé en légitime défense ( sommé de choisir entre le fantasme et la réalité ) pour qu'une force mystérieuse, qu’il semble lui-même découvrir, lui permette de détruire le corps du professeur Quirrel que parasitait Voldemort. Harry s’évanouit, quitte symboliquement la réalité pour ne pas sombrer dans le fantasme, après avoir été « traversé » par l’esprit de Voldemort qui, privé d'objet,  s’enfuit.

 

1.4.1.3.3        Convalescence et répit

 

La victoire sur Voldemort a laissé des traces physiques : il se réveille à l'infirmerie, le visage  griffé.

Le professeur Dumbledore lui confirme que ses deux amis vont bien. Le professeur accepte enfin que la pierre philosophale soit détruite, ce qui entraînera la mort de son ami Nicolas Flamel. Le professeur révèle à Harry qu'il a été protégé par l'amour que lui a donné sa mère ( mais quelle est la vraie nature d'un amour si fusionnel ? ).

Donnée par Hagrid sur le quai de la gare, il hérite d'une image vivante le représentant bébé entouré par ses parents. Il a maintenant franchi des épreuves difficiles, mais il ne sait pas qui il est, il ne sait pas d'où il vient ( peut-être a-t-il une responsabilité dans la mort de ses parents ? Le fait est qu'il est vivant, et que eux ont disparu; tout cela a été refoulé dans l'inconscient de Harry ). Il n'a pas de projets; il doit quitter ses amis ( perdre à nouveau une partie de lui-même) et retrouver l'univers des moldus où il ignore quelle sera sa place.

 

Ce récit  s'inscrit dans une représentation sociale que nous allons maintenant détailler:

 

1.4.2        Le "vieux monde" et le monde nouveau

1.4..2.1 Le "vieux monde", uns société sans âme qui opprime et s'isole

La Grande-Bretagne incarnée par les Dursley a un avenir ( le cousin Dudley ). Elle a incontestablement atteint une aisance matérielle certaine ( cadeaux d'anniversaire ) mais le quantitatif prime sur le qualitatif. Elle refuse d'évoluer, d'accepter que Harry puisse, par ses pouvoirs magiques, remettre en cause cet ordre social. Cela l'entraînera vers un repli sur elle-même ("le dimanche, il n'y a pas de courrier !"), puis sur un isolement complet ( maison sur l'île ). Cette société est basée sur l'enfermement des contestataires ou des marginaux ( Harry dans son placard, le serpent au zoo ). L'étranger ( au sens géographique ), le lointain est source d'inquiétude. Il est systématiquement nié ( destruction des lettres ).

Pour "ceux qui savent voir", pour les sorciers, cette même Grande-Bretagne propose une image tout à fait différente: un monde grouillant de vie, avec ses commerces, sa convivialité, son histoire ( M. Ollivander est fabricant de baguettes magiques depuis 382 av. J.C.).

Chacun est libre, reconnu dans son statut ( professeur Quirrel ) et son potentiel humain ("Bienvenue parmi nous M. Potter !"). Pas de pauvres, pas d'exclus, plus de conflits, puisque Voldemort a disparu. La richesse récompense les plus méritants ( le coffre de banque légué par les parents de Harry ). L'évolution "technologique" ( le modèle de balai Nimbus 2000 visible dans une vitrine ) prouve le dynamisme de ce monde. Tout oppose la famille "moldu" des Dursley et ce monde parallèle des sorciers. Et pourtant, en Grande-Bretagne, les valeurs des sorciers sont acceptées… à condition qu'elles restent cachées. Il faut donc quitter la Grande Bretagne pour un autre pays qui donnera pignon sur rue aux sorciers, qui saura reconnaître leur vraie valeur (Ron et Hermione tentent d'effectuer leurs premiers tours de magie). Au passage, Harry montrera dans le train, en achetant de nombreux bonbons et gadgets, qu'il apprécie son nouveau statut et sait profiter de son pouvoir d'achat dans cette société de consommation où les choses ont enfin un sens ( chocogrenouilles sauteuses, parfums surprises et déroutants, cartes de sorciers mystérieuses ).

 

1.4.2.2  Les "valeurs" de Poudlard

 

Poudlard constitue bien un univers "politiquement correct" en terme de représentation des minorités ethniques : à l'arrivée des élèves à l'école, deux élèves ( un garçon et une fille ) sont des Noirs. Le garçon fera partie des Gryffondor, ce qui justifiera sa présence dans les séquences où ce groupe apparaît en tant que tel ( réfectoire, partie de quiddish ). Si tous les professeurs de l'école sont des Blancs, la minorité noire a un  rôle symbolique important puisque c'est une jeune femme noire qui commente, pour le public, le déroulement de la partie de quidditch.

Le monde de Poudlard accepte les étrangers ( le professeur Quirrel et son turban asiatique…) et même les créatures les plus étranges ( le professeur Flitwick qui enseigne les enchantements est un gnome ). Mais cette ouverture sur les autres est très limitée : le journal n'apparaîtra qu'une seule fois pour nous donner des informations sur le monde des magiciens à Londres; rien sur le reste, Poudlard se suffit à elle-même. Seule l'Europe centrale ( plus précisément la Roumanie ) semble d'un intérêt particulier pour la seule famille de Ron.

Le passé de Poudlard se révèle mystérieux et parfois dramatique : un ancien champion de Poudlard ( le père de    Harry ) a renforcé les liens avec l'Angleterre en épousant la mère de Harry. Un conflit interne mystérieux s'est déroulé, entre ce couple et d'autres sorciers dirigés par un ancien élève de Poudlard, Voldemort. Ce combat désastreux s'est soldé par un affaiblissement de Poudlard, la disparition des parents de Harry, la marginalisation de Voldemort..

Alors que l'arrivée de Harry à l'adolescence pourrait signifier un nouveau renforcement de Poudlard, voici que l'absence de politique claire des dirigeants de l'école - ils veulent maintenir une  aide secrète à leur allié français Nicolas Flamel - met en danger l'avenir même de Harry.  Par ailleurs, l'intervention du niveau fédéral est également un facteur aggravant pour Harry et ses deux compagnons ( aux enfants qui veulent voir le professeur Dumbledore, le professeur McGonaball répond "qu'il a reçu un hibou et s'est rendu à Londres au Ministère de la Magie").

Gentiment sexiste, le monde de Poudlard confine les jeunes femmes à un rôle de faire-valoir ( partie de quidditch ) ou à briller ( Hermione ) tout en ayant conscience de leurs limites, qui sont ici les qualités "masculines" que seul possède Harry ("Moi - dit Hermione à Harry  - j'ai tout appris dans les livres, mais il y a des choses plus importantes, le courage et l'amitié").

L'émergence d'un champion, d'un être d'exception capable d'entraîner l'enthousiasme de toute la communauté peut justifier quelques entorses à la Loi, pourvu que, au bout du compte, la société ait effectué un gain, même symbolique. Il paraît naturel de fournir au "champion" (Harry lors de la partie de quidditch ), le matériel le plus élaboré, le plus performant, car lui seul - tout le monde le reconnaît - semble posséder le "génie" pour en tirer le maximum de profit, mais toujours au service de la collectivité.

Autant les Gryffondor sont ouverts sur l'extérieur et aptes à la compétition, autant les Serpentard ( Drago Malefoy en étant l'élément le plus représentatif ) fondent leur vision du monde sur des conceptions racistes, élitistes et fourbes      ( Drago se moque de Ron qui est roux et dont la cape n'est pas d'une grande qualité; les Serpentard n'hésitent pas à tricher pour mener au score lors de la partie de quidditch). Dernière caractéristique : Drago se prévaut d'un ordre archaïque à Poudlard : la puissance de l'argent  ("C'est un travail de domestiques ! quand mon père saura ça !") dit-il à Harry dans la forêt.  A Poudlard, Harry est dans son élément : il est récompensé ( balai, cape d'invisibilité, cadeaux à l'infirmerie ) sans avoir à se prévaloir de sa fortune. D'ailleurs, Drago mis à part, seul compte à Poudlard la capacité des individus à progresser, à s'affirmer, y compris dans les situations les plus violentes et les plus dangereuses (partie "d'échecs sorciers").

Mais cette émulation n'est acceptée que si elle se fait au service de l'ensemble de sa communauté. L'objectif de l'année scolaire à Poudlard n'est pas de permettre à chaque élève de franchir une étape dans son cursus , mais de faire triompher le groupe, la communauté que l'on s'est choisi ( on ne nait pas riche ou pauvre, Noir ou Blanc : seul le chapeau magique de Poudlard peut désigner en fin de compte la communauté d'appartenance ).

Ici se situe la seule régulation sociale, l'intervention d'une autorité qui puisse briser les règles de la libre concurrence quand celles-ci ne favorisent pas les valeurs fondatrices de la société ( sang-froid, courage pour Harry, calme et intelligence pour Hermione, intelligence pour Ron ).  C'est parce qu'elle a dans ses rangs le jeune sorcier Neville, qui avait été endormi par Hermione car il s'inquiétait des retraits de points éventuels que pouvait subir toute l'équipe des Gryffondor par le fait des activités de détectives des trois héros, c'est parce que Neville a eu pour seul souci l'intérêt du groupe, et qu'il a été pour cela "neutralisé", que l'autorité du professeur Dumbledore va, au bout du compte, lui rendre hommage en disqualifiant les Serpentard pour couronner les Gryffondor, l'équipe de Harry et de ses amis, seuls détenteurs des valeurs fondatrices de Poudlard.

Si la situation de Harry s'est objectivement améliorée, si les valeurs fondatrices ont été confirmées, de nombreuses interrogations subsistent, notamment sur la capacité des dirigeants de Poudlard à mener une politique cohérente, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur :

-          ces leaders ont en effet accepté d'intégrer à l'école le professeur Quirrel, dont la présence et le "double-jeu" dans l'équipe dirigeante ont failli causer la perte de Harry,

-          le professeur Dumbledore, le Directeur,  s'est montré incapable de protéger Harry des attaques de Voldemort

-          à la fin du film, Harry est abandonné à lui-même, rejeté loin de Poudlard, incapable de se projeter dans l'avenir.

 

Ce parcours, commencé dans la clandestinité, l'abandon et la peur, se termine dans le doute. La porte reste ouverte pour de nouvelles aventures, mais il convient d'identifier maintenant  quel est le référent partagé par les spectateurs au cours du visionnement du film. Examinons d'abord quel est le discours du film sur la sorcellerie et ses pratiques.

 

2 LE FONCTIONNEMENT DE FILM

 

2.1 Référent apparent : magie et sorcellerie

Ce film raconte donc les aventures d'un jeune sorcier, d'un enfant capable de modifier le destin d'un autre individu par ses pouvoirs. Si la "grande époque" de la sorcellerie est maintenant bien terminée, jeteurs de sorts et prêtres exorcistes sont encore présents en ce début de XXI° siècle, y compris sur l'Internet. Essayons de préciser brièvement quelle image le film donne de ces pratiques magiques.

 

2.1.1 aspects évoqués par le film

Nicolas Flamel ( 1330 - 1418 ) Ce français, découvreur, selon  le film, de la pierre philosophale, est connu comme un alchimiste réputé, qui aurait fabriqué de l'or. Le troll est un lutin ou gnome des légendes scandinaves.

Harry et ses camarades pratiquent une forme de magie appelée "magie blanche". Ces pratiques, dans la tradition, ont pour objet d'enlever les mauvais sorts et d'utiliser les "puissances des ténèbres" en vue du bien ( alors que la "magie noire" consiste à jeter des sorts en vue du mal ). L'opinion populaire fait donc une distinction entre ces deux magies uniquement du point de vue de leur but et non pas quant à leur origine. Dans le film, ces pratiques sont ludiques ( ouvrir une porte, changer la couleur d'un rat, faire voler une plume… ). Elles nécessitent un apprentissage. Elles peuvent être  agressives, mais il s'agit alors de légitime-défense ( Ron lance un sort au Troll qui menaçait Hermione, et le met hors d'état de nuire; Hermione enflamme la cape du professeur Rogue ).  Certaines pratiques ne sont pas directement liées à la magie ( cape d'invisibilité, miroir qui matérialise les souhaits, pierre philosophale, chapeau "sélectionneur" ). Les animaux et monstres peuvent être bénéfiques ( chat, chouette, chien, rat, griffon, centaure, licorne ), soit neutres ( serpent, dragon ), soit maléfiques ( cerbère ).

 

2.1.2 Ni Dieu, ni Diable

La naissance du mythe démoniaque et les vagues de chasses aux sorcières doivent être remises dans le contexte religieux très troublé des XV° et XVI° siècles. La chrétienté occidentale est alors déchirée par les hérésies, puis par la rupture définitive des Réformes protestantes. La sorcellerie fut, à sa manière, une réponse aux angoisses religieuses de son temps[19].  Dans le monde catholique, on croyait que les sorciers se vouaient au culte du Diable : Satan, puissant et omnipotent, était responsable de tous les malheurs du temps. La chasse aux sorcières gagna l'Amérique coloniale, protestante, et connut son apogée en 1692, à Salem, village du Massachusetts où des jeunes filles accusèrent d'autres villageoises de sorcellerie : 141 personnes furent arrêtées et 20 exécutées par pendaison après avoir été jugées coupables[20].

Le film a évacué les notions de Dieu et de Diable. Si l'on est sorcier, la connaissance des sortilèges et autres envoûtements s'acquiert… sur le bancs de l'école, et les balais servent principalement à participer aux parties de quidditch, et non à rejoindre un quelconque sabbat.

L'adversaire principal de Harry est un sorcier, comme ses parents, mais qui a choisi de se différencier des autres par des méthodes violentes; Voldemort professe qu'il n'y a pas de Bien et de Mal, mais ses paroles ne sont pas intégrées dans une théorie plus générale. Loin d'être tout puissant, Voldemort est condamné à essayer de survivre : à la différence de Superman, de Batman et autres Luke Skywalker, Harry Potter n'a pas d'adversaire à sa mesure. En effet, c'est en utilisant des pouvoirs mystérieux qu'il est le seul à posséder dans le film qu'il va terrasser facilement, dans le combat final, le corps du professeur Quirrel, que parasitait Voldemort, et obliger ce dernier à fuir.

 

 Le film prend donc beaucoup de distances avec la réalité des faits historiques concernant la sorcellerie. Nous sommes loin des conceptions traditionnelles, et  le film participe donc à une tentative de vaste "recyclage" des croyances religieuses  et des récits mythologiques qui caractérise plutôt le courant actuel du "New Age".

Essayons d'approcher maintenant la représentation que nous donne ce film de la réalité du monde qui nous entoure.

 

 

2.2 Référent implicite

Harry Potter et ses camarades descendent du train, la nuit, dans une gare de campagne déserte. Tels des pèlerins navigant vers une nouvelle Terre promise, leur périple se poursuit… sur l'eau, dans des barques, et soudain, surgissant dans la nuit calme,  l'école de Poudlard les accueille, féerique et grandiose, puissante et élégante.

HYPOTHESE :

Ce château-école, espace magique qui illumine le monde et accueille les déshérités pour leur assurer un avenir meilleur,  pourrait être  une image ( idéalisée ) des Etats-Unis d'Amérique entre 1996 et 2000.

Avant de détailler la situation  des USA durant cette période, rappelons les caractéristiques du "rêve américain" plus que jamais fascinant ("Nous ne renonçons pas volontiers à l'Amérique de notre mythologie. Notre rapport naturel aux Etats-Unis n'est pas la connaissance, mais la fascination .Nous ne tolérons d'eux que des images fortes, un spectacle sur grand écran, l'éternel ailleurs de la vieille Europe").[21]

 

2.2.1 le "rêve américain"[22]

 

« Je crois que nous pouvons, à la tête de ce pays, redonner vie au Rêve américain »

William Clinton – discours de candidature à la Présidence des Etats-Unis – 1991

 

Marie-Christine Pauwels rappelle dans son ouvrage que, pour les pères fondateurs (« Pilgrim fathers ») qui ont embarqué à bord du Mayflower en 1620, l’Amérique est un nouveau monde qui incarne la réalisation de la volonté divine. L’Amérique, continent magique, s’est toujours perçue comme étant « dans la main de Dieu ». Les Etats-Unis se sentent investis d’une responsabilité à l’égard du monde : ils doivent conduire l’Humanité vers un monde meilleur, en offrant un asile à tous les opprimés et les aider à accéder à la prospérité en transplantant les principes américains au reste du monde.

Dès le XVIII° siècle, l’Amérique promet à tous la liberté, l’égalité et la recherche du bonheur ; tout concourt, dans l’histoire américaine, à ériger l’individu en pivot du système : l’autonomie et l’initiative individuelle sont valorisées, la valeur et les qualités intrinsèques de l’individu doivent gommer les handicaps socio-économiques. L’Amérique tente de concilier ses valeurs puritaines ( épargne, travail, effort ) et ses valeurs hédonistes ( liées à la consommation ).

Les inégalités sont acceptées dans la mesure où tout un chacun peut améliorer ses conditions de vie et se hisser dans l’échelle sociale. Chaque américain est autorisé à poursuivre le bonheur (« the pursuit of happiness »).

Par la compétition, le « common man » ( l’homme du peuple ) est appelé à se dépasser sans cesse, à améliorer sa position sociale et professionnelle.

Par ailleurs, le rêve américain attire également les exclus du Tiers-Monde : L’Amérique est toujours perçue comme le pays qui offre en général les meilleures opportunités. L’espoir de mener une vie meilleure, les perspectives plus grandes qu’en Europe avaient déjà entraîné une vague d’immigration forte à la fin du XIX° siècle ; aujourd’hui encore, de nombreux exclus rêvent d’accéder à « l’American Way of Life ». Les adolescents du monde entier rêvent de s’afficher dans des lieux américains ; l’achat de produits américains ( boissons gazeuses, pantalons, chaussures de sport) a souvent pour eux une valeur symbolique très forte .

Mais Liberté ne veut pas dire nécessairement originalité. Le conformisme aux valeurs fondatrices ( la culture des premiers immigrants de culture anglo-saxonne ) est de rigueur, et les contestataires soupçonnés de ne pas adhérer à ce projet de société sont très vite qualifiés de l’adjectif infamant « d’ un-American ». Ceux qui ne connaissent pas les codes de la culture dominante ont toutes les chances de rester en marge. Les pauvres et les "ratés" s’excluent du Rêve par leur propre faute.

Le rêve américain s’accommode mal du doute. Il a besoin de certitudes, de croire que les américains sont toujours les meilleurs.

 

2.2.2 les USA : une superpuissance économique, militaire et technologique

 

Entre 1996 et 2000 ( second mandat du Président Clinton ) l'économie américaine témoigne d'une bonne santé économique après 10 ans de croissance ( mais, 35 millions d’américains vivent en dessous du seuil de pauvreté ; l’écart entre les revenus les plus élevés et les plus faibles tend à s’accentuer ) . Le Président tend à mener une politique orientée au centre droit. En politique intérieure, la Président Clinton mène des actions en faveur des minorités et des exclus, mais dans des domaines comme l'économie, la lutte contre la criminalité, la politique de la famille ou de la défense, les idées des Républicains dominent l'opinion. La majorité des américains tend à rejeter les interventions de l'Etat fédéral, les réglementations. Le Président Clinton incarne un programme se ressourçant dans les valeurs américaines traditionnelles : Réussite individuelle, Responsabilité, Communauté.

La puissance militaire américaine s'exerce sans partage ni concurrence. Les Etats-Unis deviennent les "gendarmes" du monde ( lutte contre le terrorisme, ouverture vers l'Est - intervention au Kosovo - opération contre l'Irak en 1998 ), où ils imposent leur vision des choses et leurs règles du jeu. Ils tiennent à préserver la stabilité de la démocratie libérale qu'ils incarnent.

Jamais la culture d'un pays n'a servi à ce point de modèle et ne s'est répandue aussi largement ( langue anglaise, publicité agressive, réseau Internet, etc. ). Pour faire accepter sa domination et ses valeurs, les USA disposent du "soft power", une culture qui rayonne vers l'extérieur et un marché économique qui attire vers l'intérieur.

Le "modèle" étant accepté, les USA peuvent se permettre un isolement dédaigneux vis-à-vis des autres pays de la planète. Par exemple, en Novembre 2001, les USA ont refusé de signer - comme l'ont fait 167 Etats - une convention internationale limitant la pollution ( rappelons que les USA, pays le plus pollueur de la planète ) émet 25 % des gaz nocifs alors qu'il ne représente que 5 % de la population mondiale ).

 

 

2.2.3 Après les attentats du 11 Septembre 2001 : domination planétaire sans partage

 

Décembre 2001 : la guerre d'Afghanistan se termine par la chute du régime des talibans. La guerre, brève,  s'est déroulée sans images, sans informations particulières concernant les "dommages collatéraux" occasionnés par les "frappes aériennes" aux  populations civiles. Pour ces "opérations", les USA ont obtenu un soutien de leurs alliés ( menés par la Grande-Bretagne), mais aussi de la Russie et des pays ex-soviétiques d'Asie centrale.

Il y a trente ans, Claude Julien, chef du service des informations étrangères du "Monde" s'interrogeait sur "l'avenir de l'empire américain, que, partout dans le monde, combattent des hommes épris de liberté et désireux d'exploiter eux-mêmes les richesses de leur pays".[23]

Aujourd'hui, le même journal, "Le Monde", rend compte du basculement de l'opinion française en faveur des Etats-Unis et des valeurs qu'ils représentent (" 9 % des français seulement ressentent de l'antipathie pour les USA"[24]). Durant les jours qui ont suivi la vague d'attentats, "France-Info", chaîne du service public de Radio-France, a donné, symboliquement,  l'heure en France et à New-York., à l'occasion de chaque flash d'information.

 

 

 

 

 

POUR CONCLURE

 

 

Le film, par son succès, éclaire la "psychologie collective"[25] de cette fin d'année 2001. Il s'ancre dans une réalité sociologique double, à savoir, aux USA,  une période de prospérité économique et d'absence de conflit majeur ( pour la période de la mise en œuvre et de la production du film ) et une période de stupéfaction, de deuil et de retour à un patriotisme primaire après les attentats meurtriers et symboliques du 11 septembre ( période de réception du film ).

Là où d'autres héros américains (Superman, Luke Skywalker - "images christiques"[26]) parvenaient autrefois à "sauver la planète", l'Amérique de Harry Potter, si elle a atteint un stade de développement économique, technologique et culturel exceptionnel, est menacée par des contradictions internes, des enjeux  susceptibles de la déstabiliser à tous moments : par-delà ses succès, le film nous propose l'image d'une Amérique triomphante…qui doute ( idée que l'on trouvait déjà développée dans le "Titanic" de James Cameron, un des films les plus vus dans le monde ).

Peut-on apercevoir dans l'extraordinaire impact du film auprès des spectateurs du monde entier ( et plus particulièrement encore au niveau des pays développés )  la marque de la compassion éprouvée après la tragédie du 11 septembre ( les cicatrices sur le visage de Harry Potter après son combat contre Voldemort ) pour le peuple américain recueilli, à New York et à Washington, devant les ruines des symboles de sa  puissance maintenant anéantis ?

 

Le système international a horreur de la suprématie. Les USA, seule superpuissance planétaire,  auraient donc du susciter la méfiance, la peur et les tentatives d'endiguement. C'est un fait reconnu, leur domination dans les domaines de l'économie, de la défense et de la technologie en a décidé autrement.

Ce "bras-de-fer" planétaire peut parfois apparaître dérisoire : ainsi il est intéressant d'apprendre que, en France, à l'occasion de la sortie du film d'Alain Chabat "Astérix et Cléopâtre", la firme américaine McDonald's, leader mondial de la restauration rapide, servira en France une gamme de hamburgers qui porteront tous des noms commençant par "Mc" et finissant par "ix"[27]. On ignore quel est le montant acquitté par la société américaine pour utiliser l'image de l'irréductible gaulois et de ses compagnons.

 

Mais ce "bras-de-fer" revêt bien d'autres aspects, pose des questions autrement plus graves.

Pourra-t-on ne pas être américain au XXI° siècle ? Le concept même "d'antiaméricanisme" serait-il à ranger dans le placard des références idéologiques désuètes ? ( "dira-t-on qu'un jeune beur de banlieue qui vitupère l'Oncle Sam - jusqu'à proférer le 11 septembre le dégueulasse ils l'ont bien cherché ! - mais ne jure que par Mc Do et Coca-Cola, arbore des tee-shirts à sigle US, se chausse de Nike ou de Reebook, n'écoute que des rythmes yankee, n'apprécie que les superproductions hollywoodiennes, place Rambo au-dessus de Gandhi et donnerait tous les Mozart du monde contre un CD de Mickaël Jackson, dira-t-on que ce jeune se vautre dans l'antiaméricanisme ?")[28].

 

C'est aussi le moment que choisit Hollywood pour se lancer de nouvelles attaques contre le système de financement du cinéma français, un des rares au monde à permettre une expression culturelle originale. L'objectif reste le même : exporter les productions hollywoodiennes à des prix imbattables, coloniser les télévisions et les réseaux de salles de cinéma, générer des bénéfices substantiels. Nouveauté, il s'agit cette fois du très puissant et très influent M. Jean-Marie Messier, PDG français de Vivendi-Universal, qui a déclaré : "L'exception culturelle française est morte"[29]. On ne saurait être plus américain.

Dernier paradoxe, "Mulholland drive" ( film américain du cinéaste américain David Lynch ) considéré par l'ensemble de la critique cinématographique comme une œuvre forte et importante, a été financé en grande partie par un producteur français… Canal Plus, du groupe Vivendi-Universal.

Et il faudrait sans doute rassembler bien des forces hexagonales ("le Pacte des loups, la vérité si je mens 2, Taxi 2 et autre Placard") plébiscitées par le public, et encensées - avec la  modération que l'on a remarqué ! - par les médias français, pour atteindre  la valeur artistique et cinématographique du seul "Mulholland drive", film pourtant on ne peut plus américain, mais déjà si universel !

Nous vivons sur une planète qui  rétrécit chaque jour et où les inégalités perdurent…

God bless Amé…lie Poulain  ?

 

 

Gérard HERNANDEZ

 Janvier 2002

21, rue de Pindray

 16340 L'Isle d'Espagnac



[1] Smadja, Isabelle.- "Harry Potter les raisons d'un succès", PUF, "Sociologie d'aujourd'hui", Paris, 2001.

[2] Tisseron, Serge .- "Harry Potter expliqué aux parents", Le Monde diplomatique, n°573, Décembre 2001

[3] Ferro, Marc .- "Cinéma et histoire", Denoël, Paris, 1975

[4] Sorlin, Pierre .- "Sociologie du cinéma", Aubier, collection Historique, Paris, 1977

[5] Vanoye, Francis .- "Précis d'analyse filmique", Nathan Université, Paris,  1992

[6] Lafond, Jean-Daniel .-"Le film sous influence", Edilig, collection Médiathèque, Paris, 1982

[7] Le Nouvel observateur - 27 décembre 2001, page 64

[8] Encyclopédie Alpha du cinéma - tome 1 : le cinéma fantastique -

[9] Le film français, décembre 2001

[10] Le Monde, mercredi 12 décembre 2001

[11]Dr Porot, Maurice.- "L'enfant et les relations familiales", PUF, collection SUP, Paris, 1973

[12] Cyrulnik, Boris.- "Un merveilleux malheur", Editions Odile Jacob, Paris, 1999

[13] Freud, Sigmund.- "Trois essais sur la théorie de la sexualité", Gallimard, Paris, 1987

[14] Leriche, Anne-Marie.- "Encyclopaedia Universalis", article "ça", 1997

[15] Bettelheim, Bruno .-« La psychanalyse des contes de fées », Robert Laffont, Le Livre de poche, Paris, 1976

[16] Piaget, Jean.- "La Psychologie de l'enfant", PUF, Que-sais-je ?, Paris, 1976

[17] Mormin, Georges et Viguier, Régis.- "Adler et l'Adlérisme", PUF, Que-sais-je ?, Paris, 1990

[18] Lacan, Jacques.- "Ecrits I", le stade du miroir dans la formation du Je, Seuil, Points, Paris, 1966

[19] Sallmann, Jean-Michel.- "Les sorcières, fiancées de Satan", Découvertes Gallimard, Histoire, Paris, 1992

[20] Hill, Douglas.- "Sorcellerie et magie", Gallimard, Les yeux de la découverte, Paris, 1997

[21] Nora, Pierre.- "L'HISTOIRE" Spécial, l"Aventure américaine, n°91, 1986.

[22] Pauwels, MarieChristine.- "Le rêve américain", Hachette supérieur, collection les Fondamentaux, Paris, 1997

[23] Julien, Claude.- "L'Empire américain", Grasset, Paris, 1968

[24] Le Monde.- "En France, l'antiaméricanisme structuré apparaît minoritaire et politique", 05/01/02

[25] Freud, Sigmund.- "Essais de psychanalyse", Petite bibliothèque Payot, Paris, 1975

[26] Zimmer, Christian .- "Le retour de la fiction", Les éditions du Cerf, collection 7° Art, Paris, 1984

[27] Télérama, n° 2710, 19 décembre 2001, page 22

[28] Khan Jean-François.- "l' après 11 septembre, diaboliser n'est pas raisonner" - Le Monde, 04/01/2002

[29] Joffrin, Laurent.- "Le scénario noir de J2M", Le Nouvel Observateur, 27/12/2001


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