« Comédie » plaisante  ?

ou

film publicitaire ET film de propagande ?

« Les Stagiaires »

(The Internship)

Une véritable leçon de « Communication  moderne » !

 

(…) Tout est archi-convenu du début à la fin que ce soit sur l’aspect professionnel ou romantique. Et ça aussi, paradoxalement, c’était cool. Un repose méninges de 2h, c’est pile ce qu’il fallait. D’autant que la galerie de personnages est très sympathique, mis à part le connard de service, un poil trop caricatural. Le film est également assez réussi sur l’aspect fracture générationnel entre les deux dinosaures qui savent à peine ce qu’est un ordinateur (mais choisissent quand même d’aller faire un stage chez Google, cherchez l’erreur),

et la bande de geeks/nerds les entourant. Evidemment, « les stagiaires »

force le trait et n’hésite pas à être dans la caricature pas très subtile.

A noter des références sympatoches à ce qu’on pourrait appeler une culture geek.

Bref, une comédie sympathique qui fait le job.

Ameni (04/07/2013)[1]

 

Rien de bien original donc, pour un résultat pourtant plaisant et un film

assez bien rythmé malgré une durée assez longue pour une comédie.

Le film possède un humour assez inégal, basé sur une opposition de style entre des quarantenaires rêveurs et de jeunes ambitieux adeptes des nouvelles technologies. Un capital sympathie se dégage assez rapidement de l’ensemble, grâce d’une part au duo principal, mais également au charme des personnages secondaires, représentés par les autres membres de leur équipe de stagiaires.

La transposition de l’univers Google à l’écran est très réussie, les décors et le style des employés créant une impression de réalisme fantasmé.

La progression de l’histoire, pensée de façon intelligente,

permet de ne jamais s’ennuyer.

http://wildgunslinger.com/author/wildgunslinger/

 

1.  Générique

Réalisé par Shawn LEVY[2] (Etats-Unis) – 1H59.  Sortie France : 26 juin 2013

avec

Vince Vaughn (né en 1970) [Billy]

Owen Wilson (né en 1968) [Nick]

Rose Byrne (née en 1979) [Dana Sims]

Aasif Mandvi (né en 1966) [M. Chetty]

 

2.Synopsis

Billy (43 ans) et Nick (45 ans), deux quarantenaires vendeurs de montres dont les carrières ont été pulvérisées par Internet, repartent à zéro en obtenant un stage chez Google, qui peut-être, débouchera sur un job. En compétition avec des petits génies de l’informatique tout droit sortis de l’école, ils vont devoir prouver qu’ils ne sont pas des dinosaures… (TELERAMA[3])

 

3.Ce que la presse dit du film :

 

3.1.                 LE FIGARO

« Les Stagiaires »,  un film publicitaire pour Google ?

La nouvelle pochade de Vince Vaughn et Owen Wilson est une apologie tout à la gloire du géant américain des moteurs de recherche. Une comédie placement produit.

Outre-atlantique, on a déjà baptisé le film « Google : the Movie ». (…)  Devant le résultat trop poli pour être honnête, un porte parole de Google dément toute intention marketing : « Ce n’est pas une publicité de deux heures pour Google. Nous n’avons rien payé et nous n’avons rien changé » a déclaré Eric Schmidt, PDG de la firme de la Silicon Valley. « Vincent Vaughn a fait le tour du campus, il a mangé avec une dizaine de personnes et a parlé de l’atmosphère au travail. Il voulait capturer l’essence de la culture Google ». A n’en pas douter, la « culture Google a bien été » capturée. Les logos, les locaux qualifiés de jardins d’Eden, la « Google car » et les casquettes bigarrées également. Si aucune tractation financière n’a eu lieu, l’affiche du film arbore le logo bien connu… On félicite Google pour ce coup de pub gratuit ! Devant ce manifeste vibrant, le moteur de recherche enfonce encore le clou en publiant une photo fort a propos : de vrais stagiaires expliquent leurs vrais conditions de travail (entre deux parties de volley-ball).

 

3.2.                 TELERAMA

Bienvenue dans le monde merveilleux de Google, en direct de la Silicon Valley, en Californie. Entre le toboggan intérieur, la cafète gratuite et les modules de sieste, le méga siège du plus célèbre moteur de recherche de l'univers frise le paradis sur terre. Google ne connaît pas la crise : si vous cherchez une critique sociale, une attaque du monde du travail par sa « cyber face » ou son versant high-tech, passez votre chemin. Les Stagiaires est plutôt la version rose et sucrée de The Social Network, à la limite du spot de pub géant. Et pourtant, ça marche : gags bien balancés, situations absurdes, personnages attachants et farfelus.

Cette alerte comédie repose d'abord sur la réjouissante complicité des comédiens Owen Wilson et Vince Vaughn (également coscénariste et producteur du film). Quadras chômeurs et fauchés, ces deux inoxydables optimistes décident contre toute logique, et sans la moindre compétence, de tenter leur chance chez les super geeks. Au-delà de la sempiternelle success story à l'américaine — qui veut peut... —, le film traite avec malice d'un choc de générations, entre les « dinosaures » en milieu de vie et les enfants d'Internet. Et il regorge de références malicieuses à la culture populaire (Flashdance contre Harry Potter ou X-Men...). « Googleyant. » — Cécile Mury

 

3.3.                 L’HUMANITE

Les Stagiaires,  de Shawn. Comédie-business.

Retour du tandem Vince Vaughn-Owen Wilson, pour le meilleur et surtout pour le pire – pas pour le rire ! Ceux-ci incarnent deux quadras chômeurs engagés comme stagiaires chez Google. On s’attend au minimum à une satire de la démagogie de la firme régnante d’Internet. En fait, il s’agit d’une pure publicité de deux heures vantant le style décalé de l’entreprise ; avec leur équipe de bras cassés concourant contre d’autres stagiaires plus pugnaces, les personnages principaux font triompher l’esprit de « différence et d’initiative » promu par Google, pour qui la créativité débridée est un vecteur d’efficacité commerciale.

 

3.4.                 TELE-CINE OBS

Par Guillaume Loison

Brutalement licenciés économiques, deux vendeurs quadras se confrontent aux affres de la crise financière et de la mondialisation. Trop jeunes pour goûter aux joies d’une préretraite dorée, trop vieux pour s’adapter sans effort aux nouvelles technologies pourvoyeuses d’emplois, les voici contraints de reprendre leur carrière au niveau zéro : stagiaires chez Google. De ce pitch efficace mais périlleux (le film menace toujours de basculer définitivement dans la réclame géante pour la marque), Shawn Lévy, vieux routier de la comédie US, parvient toujours à rester sur le fil du sarcasme et de l’enchantement burlesque. Outre l’abattage des acteurs (belle complicité Wilson Vaughn), c’est la clairvoyance sociologique du récit et son habileté à faire ripper la fantaisie comique vers les préoccupations réelles des travailleurs d’aujourd’hui qui insufflent à l’ensemble cohérence et humanité. On ne peut qu’applaudir une comédie populaire formatée dont les enjeux consistent à décrocher un job, faire l’éloge de l’esprit d’équipe et subvertir gentiment mais sûrement les fondamentaux de la culture d’entreprise.

 

3.5.                 20 minutes.fr

Les stagiaires, le retour d’un duo comique

 

La sympathie instinctive que dégage le duo est l’un des grands atouts d’un film étonnant prenant des allures de pub pour Google, un lieu épatant où de le monde s’éclate comme dans une radio pirate façon Grand orchestre du Splendid. Au générique de fin, on aurait presque envie de quitter son emploi pour se faire engager par cette firme où tout n’est que philanthropie et plaisir de bosser, une promo même pas déguisée un peu difficile à avaler pour nous autres Français.

Shawn Lévy, réalisateur de fantaisies sages comme La Nuit au musée, a calmé nos complices, mais l’humour bon enfant emporte le morceau quand les deux nouveaux venus apprennent à leurs copains geeks à sortir le nez de leurs écrans d’ordinateurs pour profiter des plaisirs de la vie. C’est dans le choc entre les quadragénaires désabusés et les gamins coincés que se trouve le charme de cette comédie.

Puceaux férus de technologie et chômeurs hédonistes sortiront gagnants d’une rencontre qu’on ne peut apprécier que si on accepte la naïveté assumée de l’ensemble. Tout est bien qui finit bien dans la meilleure des Amériques possibles. Les Stagiaires ne changera pas le monde, mais n’en a pas la prétention. Ce film assume sa position de conte de fées pour adultes dans un monde durement touché par la crise.

3.6.                 LE CANARD ENCHAINE[4]

Par D. J.

Faire payer les gens pour leur montrer une pub de plus de deux heures ? Google, tentaculaire entreprise qui se targue de « faire le bien » tout au long du film, tient un nouveau concept. Grâce aux singeries des acteurs Owen Wilson et Vince Vaughn, la comédie de Shawn Lévy fait, certes, un peu rire. Mais un peu peur aussi.

 

4.Quelques éléments d’analyse du film

 

4.1.                   Deux chômeurs qui ne connaissent (presque pas) la Crise

Les deux héros, vendeurs de montres, perdent leur travail. Billy perd également compagne, et Nick « sombre » en acceptant un emploi de vendeur de matelas, emploi sans avenir où il est soumis à la tyrannie du patron du magasin.

Billy et Nick sont les seules victimes visibles à l’écran de la « crise économique ». La seule conséquence vraiment négative est, pour Billy, qu’il a hypothéqué sa maison.

Le fait de travailler pour Google constitue pour eux à la fois une promotion sociale, mais surtout la possibilité de matérialiser leur rêve de réussite sociale.

 

4.2.                   La jeunesse, mondialisée et embrigadée, nouvelle norme du travail et des travailleurs

La firme « Google » décrite par le film est caractérisée par la diversité des origines (M. Chetty, qui encadre le processus de sélection des stagiaires, est originaire de l’Inde, son « second » est afro-américain, et Dana Sims, cadre trentenaire, présente toutes les apparences des américains « Wasp »).

Plusieurs équipes de stagiaires vont s’affronter pour mériter leur futur job. Faisons connaissance avec les jeunes qui accompagnent nos deux héros : « Stuart, qui est généralement absorbé par son téléphone, Yo-Yo, un garçon asiatique américain qui a été scolarisé à la maison par une mère « tigre stéréotypée », et Neyha, une fille indienne-américaine . L'équipe, est dirigée par Lyle, qui essaie constamment d'agir afin de cacher ses incertitudes[5]». Nouveaux employés de Google, ils sont désormais appelés « NOOGLERS ».

Le nouveau Monde, présent et avenir, se structure désormais autour de cette génération « venue de nulle part », « sans Histoire » ni Patrie, presque sans Culture, et dont les seules valeurs sont une allégeance totale aux valeurs de leur firme.

Au départ peu matures, malgré leur réussite scolaire individuelle exceptionnelle, les jeunes vont se découvrir eux-mêmes et devenirs pleinement opérationnels en groupe, sous l’influence de leurs « coachs » et partenaires, Billy et Nick. Ces derniers trouvent leur place dans cette société « jeuniste », car ils ont permis, par leur expérience acquise au fil du temps », au groupe d’être merveilleusement productif au service de Google (ils n’ont pas hésité par ailleurs à s’impliquer dans un monde informatique qui leur était parfaitement étranger). Intégrés, ils restent marginaux, des « seconds couteaux » au cotés des jeunes qui détiennent « spontanément » les clés du futur… de Google, et donc du Monde entier.

 

4.3.                   Le rôle des femmes dans la nouvelle société

Dana Sims, cadre trentenaire qui ne vit que pour la réussite des valeurs de Google et Neyha, jeune femme inhibée dans sa relation aux garçons constituent les principaux personnages / stéréotypes féminins. Dana sera sensible aux attentions charmeuses de Nick, mais la mise en place d’un couple ne sera pas retenue par le film ; Neyha, au début du film, s’imagine star d’un monde sado-masochiste dont elle décrit parfaitement les codes ; elle trouvera en Billy un substitut paternel qui l’encouragera à être patiente (avec les garçons, qu’elle ne « connaît » pas), et donc à n’avoir que Google comme objectif dans sa vie. Deux autres « situations » font comprendre aux spectateurs et aux spectatrices que certaines valeurs (maternité, sexualité) sont désormais… inadéquates :

·        Yo-Yo a été nourri au sein par sa mère jusqu’à l’age de 7 ans, et cela semble l’avoir gravement perturbé… La fin du film l’autorise enfin à intégrer la « famille » Google et à rompre avec son envahissante Mère,

·        Billy, dans un moment de doute, abandonne son équipe et la sélection des stagiaires pour tenter sa chance dans un autre « job », vendeur de fauteuils électriques pour personnes âgées dépendantes. Son collègue de travail lui explique les avantages du métier : il peut ici entretenir des relations sexuelles faciles avec des femmes du « quatrième age » (et même dans des combinaisons érotiques audacieuses que l’on pourrait penser réservées à des femmes bien plus jeunes…). Par chance, Nick parvient à tirer son ami Billy de cet enfer mortifère, et à le ramener dans la sélection menée par Google, au cœur de la saine jeunesse américaine.

 

 

4.4. Des innovations qui augmentent sans nul doute notre part de Bonheur…

Les équipes de stagiaires se doivent de répondre à un nouveau défi : « Créer une application ». Après leur nuit de beuverie « épicée » dans la boite de nuit, les esprits ont perdu leur clarté… Euréka ! Pourquoi ne pas proposer une application qui permettrait aux joyeux fêtards de mesurer leurs capacités de réaction et de réflexion, après des soirées trop arrosées ? Aussitôt dit aussitôt fait, l’application se révèle un succès, téléchargée par de nombreux clients qui attendaient ce nouveau produit !

 

 

4.5.                   Le rapport entre les générations

L’équipe vient de perdre son premier défi, et les deux adultes dinosaures réussissent à convaincre leurs jeunes partenaires à quitter (momentanément) le cocon Google. Leur soirée commence dans un restaurant chinois (Billy démontre sa connaissance du Pékinois et son sens des relations humaines) avant de se terminer en boite de nuit. Le film nous offre une – longue – séquence au cours de laquelle les jeunes vont découvrir l’alcool et les prestations de jeunes danseuses très peu vêtues (parmi lesquelles la prof de danse dont est amoureux Lyle). Après une bagarre générale qui aura permis de « souder » le groupe dans une vraie fraternité, tout le monde se retrouve sur un site qui domine la baie de San Francisco. Conseillés par leurs « coachs », les jeunes abandonnent un instant équations et lignes de code informatique pour contempler sereinement la beauté du Monde. Merci les « Vieux » !

 

4.6.                   Une « nouvelle » culture

Le film situe également l’affrontement générationnel au niveau des références cinématographiques :

Les adolescents maîtrisent parfaitement les références aux films de Science-fiction populaires les plus récents (« la guerre des étoiles », les « X Men). [La rencontre entre le « faux » professeur Charles Xavier et nos deux « quadra » qui ignorent tout de la populaire saga des héros de Marvel constitue certainement le gag le plus savoureux du film]. Les règles et les stratégies du quidditch (le jeu le plus prisé par les sorciers dans la saga Harry Potter) n’ont aucun secret pour eux.

Mais le rebond vient de plus loin, de 1983 exactement, avec « Flashdance » réalisé par Adrian Lyne (les ados surdoués ignorent cette œuvre). C’est bien en se trempant dans le néo-Libéralisme qui a soufflé sur les USA avec le Président Ronald Reagan que les USA vont pouvoir repartir à la conquête du monde. Et Billy va raconter par deux fois l’histoire édifiante de cette danseuse (interprétée par Jennifer Beals) qui triomphe de toutes les épreuves. Un bel exemple, toujours d’actualité dans cette Amérique malade… de trop de dérégulation et de Capitalisme.

 

4.7.                   Une « sélection » sociale  indolore… et juste !

 

Alors que plusieurs équipes des stagiaires participent à la sélection pour les vrais emplois, le film ne va s’intéresser qu’à deux équipes en particulier, celle de Lyle (les « bras cassés » dont personne ne veut et qui accueille Billy et Nick) et l’équipe du prétentieux et trop sur de lui Stuart. Stuart choisit les membres de son équipe soit pour leurs qualités intellectuelles (mais le garçon est obèse) soit pour leur « plastique » (les filles) choix qui doivent garantir le succès de l’équipe. Stuart n’hésite pas à tricher (en blessant les membres de sa propre équipe) pour triompher dans la partie de quidditch. Le film ne sanctionnera qu’à la toute fin ce comportement.

La victoire, jusqu’au bout incertaine, des « gentils » sur les « méchants » évacue la tristesse, le désespoir éventuel des autres perdants, qui disparaissent du film et de nos esprits, lointaines silhouettes interchangeables et marginales. Seuls comptent « les vainqueurs »…

 

 

4.8.                   Une « firme Monde » ésotérique dirigée par des « gourous »

 

Le slogan de Google est Don't be evil[] (littéralement, « Ne soyez pas malveillants ». Larry Page a écrit que « Par cette phrase qui est notre devise, nous avons tenté de définir précisément ce qu'être une force bénéfique signifie - toujours faire la chose correcte, éthique ». Cette devise résume assez bien la volonté supposée

de Larry Page et Sergueï Brin qui tend à faire de Google

une société qui œuvre pour un monde meilleur[

 

Le film nous donne à voir un monde du travail séduisant et multicolore (buffet gratuit à la cafétéria, espaces de détente, déplacements écologiques à bicyclette). L’entreprise Google permet à ses jeunes salariés de travailler dans une ambiance de parc d’attraction convivial et permanent. Merveilleux ! Un vrai conte de fées où la notion même de syndicats serait bien incongrue ! D’ailleurs la présence de voitures (Google cars) qui se déplacent sans conducteur nous introduisent de plein pied dans un univers qui n’est déjà plus notre prosaïque réalité.

Le film dévoile un aspect inattendu dans le fonctionnement de la société Google : alors que nos deux héros tentent de s’intégrer dans ce nouvel environnement qui leur est hostile, ils vont côtoyer un trentenaire barbu, le casque toujours vissé sur les oreilles, qui lui aussi est en marge de tous les groupes. Seul Billy parviendra à tisser un lien avec cette sorte « d’autiste de haut niveau » qui n’aime pas le contact avec les humains, comme il le dit si bien. Le récit se poursuit jusqu’au dénouement final, au triomphe des « gentils »… et là, le film nous comble de bonheur avec deux révélations :

·        M. Chetty n’a pas été un brillant élève, et il a soutenu la candidature de nos deux héros, cancres notoires,

·        Le trentenaire barbu que nous prenions pour un autiste marginal est en réalité… chef de l’innovation chez Google ! (Il portait un casque audio, mais il n’écourtait pas de musique ! Il testait ainsi le sens des relations humaines des candidats !).

Du haut en bas de l’entreprise, règnent désormais efficacité commerciale, innovation technologique, et respect sincère des plus nobles valeurs humaines !

 

 

5.Le contexte à la sortie du film

 

5.1.                   Une crise économique mondiale dévastatrice

 

Les Etats-Unis sont devenus, avec la fin de la guerre froide "l'hyper puissance" des années 90. L'économie américaine reste la plus puissante avec un PIB de     15 000 milliards de dollars, et un revenu par habitant de 48 000 dollars en 2012, mais se pose le problème de la dette publique qui atteint désormais 69,4 % du PIB. Les Etats-Unis, puissance agricole, industrielle et tertiaire doit néanmoins faire face à l'émergence de concurrents comme la Chine. Au-delà de ses fragilités, le modèle américain, qui bénéficie de multiples vecteurs de diffusion, continue d'être attractif. Ainsi le soft power a permis à la culture américaine d'assurer une domination sans partage allant des médias aux séries télévisées en passant par les world brands.

En matière de recherche, il existe un lien très puissant ente l'Université et les secteurs industriels. Depuis 2008, les USA sont rentrés dans une récession plus grave qu'après la crise de 1929, avec un effet d'entraînement du monde entier, mais ils possèdent toujours une forte capacité de résilience aux chocs économiques.

 

 

5.2.                   Google, un « géant » étasunien aux méthodes contestées

 

5.2.1.  Google, une start-up maintenant planétaire

 

« Google est une société fondée le 27 septembre 1998 dans la Silicon Valley, en Californie, par Larry Page et Sergueï Brin, créateurs du moteur de recherche Google. L'entreprise est principalement connue à travers la situation monopolistique de ce moteur de recherche, concurrencé historiquement par AltaVista puis par Yahoo! et Bing, mais également par quelques-uns de ses logiciels emblématiques, tels que Google Earth, Google Maps ou le système d'exploitation pour téléphones mobiles Android, tout comme par le fait que l'entreprise compte parmi ses fleurons le site de partage vidéo en ligne You Tube.

 

Google s'est donné comme mission « d'organiser l'information à l'échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile ». Eric Schmidt en a été le CEO jusqu'au 4 avril 2011 et est désormais remplacé par Larry Page.

Google est devenue l'une des premières entreprises américaines et mondiales par sa valorisation, quelques années après une entrée en bourse originale. Début 2008, elle valait 210 milliards de dollars à Wall Street. La société compte plus de 50 000 employés (juillet 2012), dont la plupart travaillent au siège mondial : le Googleplex, en Californie.

Google est l'une des plus imposantes entreprises du marché d'Internet et fait partie, avec Apple, Facebook et Amazon.com, des Big Four d'Internet. En 2011, Google possédait un parc de plus de 900 000 serveurs, contre 400 000 en 2006, ce qui en fait le parc de serveurs le plus important au monde (2 % du nombre total de machines), avec des appareils répartis sur 32 sites. Parallèlement, le moteur de recherche Google a indexé plus de 1 000 milliards de page web en 2008. En octobre 2010, Google représente 6,4 % du trafic Internet mondial et affiche une croissance supérieure à celle du web.

Google offre gratuitement de nombreux logiciels et services (email, suite bureautique, vidéo, photo, blog…). Cependant, la situation croissante de monopole et les questions de vie privée inquiètent de plus en plus, de l'internaute occasionnel jusqu'à certaines grandes organisations.

Google a également fait l'objet de plusieurs poursuites en justice, notamment pour plusieurs affaires de compatibilité de copyright et pour sa plateforme « Google Books ».

 

 

5.2.2.  Google : des ambitions démesurées, des stratégies et des méthodes parfois contestées[6]

 

 

5.2.2.1.       Une utilisation des données personnelles des internautes très controversée

 

« La politique d’utilisation des données personnelles des internautes par Google est dans la ligne de mire des « gendarmes » européens des libertés informatiques, car elle a été jugée non-conforme au droit européen. La Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) a donc demandé le 18 février 2013 à ses homologues européens, d’entamer une procédure de sanction contre Google »[7].

 

 

5.2.2.2.       Google Books, projet de domination planétaire

 

En 2004, Google annonce son projet de numérisation massive et de mise en ligne, dans sa bibliothèque numérique dénommée Google Books, d’ouvrages conservés dans quatre bibliothèques anglo-saxonnes (mais l’enjeu est de taille : le «but que s'est fixé Google est d'organiser l'information dans le monde et de la rendre universellement accessible et utile »). Google commence à scanner des livres libres de droits d’auteur, qui souvent ne sont pas disponibles dans le commerce, et choisis par les bibliothèques elles-mêmes.

En 2005, aux USA, les auteurs intentent une action en justice contre Google pour violation massive du copyright et manquement à une rétribution juste des auteurs et des éditeurs. En 2008, Google verse 125 millions de dollars pour dédommager les ayant droits.

Le Président de la Bibliothèque Nationale de France, Jean-Noël Jeanneney, dénonce alors le risque pour la diversité culturelle de laisser le monopole au projet d’une entreprise commerciale privée qui accorde un poids disproportionné à la langue anglaise.

Jean-Noël Jeanneney lance un appel à une contre-offensive européenne, sous la forme d'une Bibliothèque numérique européenne, multilingue, gratuite et reposant sur une hiérarchisation transparente des documents. Ce projet ayant reçu le soutien des institutions européennes, la BNF développe un prototype qu'il a dénommé Europeana, dont la version bêta a été mise en ligne en 2007.

En février 2007, au cours d'un événement organisé par l'American Association for the Advancement of Science, Larry Page[8] explique que le développement du projet Google Books s'inscrit dans la perspective plus large de la construction d'une intelligence artificielle par Google

Le maire de Lyon donne son feu vert en 2008 pour que Google engage la numérisation d'ouvrages patrimoniaux de la Bibliothèque municipale de Lyon (la deuxième de France), mais toutes les recherches plein texte devant s’effectuer par le biais du site de Google. Certains dénoncent comme un « hold-up » cette négociation qui engage la ville de Lyon pour 25 ans.

En 2013, Amazon est le principal concurrent de Google dans le domaine du livre électronique, avec un catalogue digital de plus d'un million d'ouvrages

Europeana renvoie à plus de 10 millions de documents numériques en 2010, et inclut vidéos, photos, peintures, fichiers son, cartes, manuscrits, livres imprimés et journaux des 2 000 dernières années de l'histoire Européenne, à partir de plus de 1 000 archives de l'Union européenne.

Gallica, projet de la Bibliothèque nationale de France, renvoie à plus de 2 100 000 livres, journaux, manuscrits, cartes, etc. Créée en 1997, la bibliothèque numérique continue de s'étendre au rythme d'environ 15 000 nouveaux documents par mois.

En 2010, la bibliothèque virtuelle de Google comptait 15 millions de livres ; il s’agit du plus important corpus textuel au monde).

 

 

 

5.3.                   Programme de surveillance PRISM : Google manipulé par les services de renseignements étasuniens ?

 

 

Le scandale éclate au printemps 2013 : selon le Washington Post et le Guardian,  le programme de surveillance PRISM autoriserait la NSA (Agence nationale de sécurité américaine) et le FBI à accéder aux serveurs des principaux acteurs de l’économie numérique américaine (dont Google) pour espionner les données des utilisateurs non américains. L’affaire vient ternir les relations diplomatiques entre alliés occidentaux, puisque le NSA aurait espionné la représentation de l’Union Européenne à Washington. Les USA sont soupçonnés de se livrer à un intense espionnage industriel…

Selon Keith Alexander, chef de la NSA, « les informations recueillies dans le cadre de PRISM ont permis au gouvernement américain de prévenir plus de 50 actes terroristes potentiels dans plus de 20 pays ».

« Les géants américains de l'Internet Google, Microsoft et Facebook, mis en cause dans le programme Prism qui permet de surveiller des données de leurs utilisateurs, veulent éviter d'être emportés dans la tourmente des révélations du Guardian et du Washington Post. Quelques jours après leurs démentis prudents, ils ont demandé mardi 11 juin et mercredi 12 juin au gouvernement américain la permission de publier des informations sur les demandes de ces données, qui leur sont faites au nom de la sécurité nationale, disant n'avoir "rien à cacher".

Google publie régulièrement un « rapport de transparence »  sur les demandes du gouvernement, mais ce document ne répertorie pas celles relevant de la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), qui permet la surveillance d'étrangers et serait la base du programme Prism. Dans une lettre adressée au procureur général et au FBI et publiée sur le blog de Google, le directeur du service juridique du géant américain David Drummond explique que cette situation "alimente la spéculation", tout en réitérant son démenti sur l'accès direct qu'aurait l'administration américaine aux données de ses utilisateurs »[9].

Puis, rapidement, la polémique a quitté le devant de l’actualité ; au-delà des premières réactions indignées, la realpolitik s’est imposée entre une Amérique désireuse de réduire son déficit commercial avec l’Europe et une Union en panne souhaitant poursuivre sa coopération avec son allié historique. Comment évoquer, désormais, celui qui avait eu le courage de dénoncer le programme de surveillance mis en place par son pays ?...

 

5.4.                   La fuite d’Edward Snowden, suspense médiatique et dérivatif idéal aux tentations impérialistes Etasuniennes !

 

Les médias français rendent compte dans un premier temps des dimensions exceptionnelles de l’espionnage pratiqué par les USA envers leurs partenaires. Mais, très rapidement, il convient de « revenir à la réalité » et de ne pas « se tromper de cible » ! Certes, les USA ont des pratiques d’espionnage détestables, mais ce sont des alliés précieux dans la lutte contre le terrorisme international. La France s’indigne donc, mais sans remettre en cause les alliances « éternelles et naturelles ». La presse signale que les services de renseignements français se livreraient eux aussi à des écoutes peu autorisées…

En ce début d’été, les médias n’informent plus le public des agissements délictueux nord-américains : tous les feux de l’actualité sont braqués sur la « fuite » d’Edward Snowden (ancien employé de la CIA et de la NSA), fugitif à la recherche d’un pays d’accueil. En quelques jours, dans notre « meilleur des mondes », il est passé de « lanceur d’alerte / vigile moral » à « délateur traître aux idées démocratiques ». Poursuivi par les « justiciers » américains du Président Obama, il est aujourd’hui (Juin / Juillet 2013) « en transit ». L’Histoire est désormais bien rodée : Julian Assange, rédacteur en chef et porte-parole de Wiki-Leaks, demandeur d’asile « hébergé » depuis juin 2012 à l’ambassade d’Equateur à Londres, en a écrit malgré lui les premiers chapitres. Le sort de Bradley Manning, qui, pour dénoncer les guerres en Irak et en Afghanistan a transmis à WikiLeaks des documents classés secrets défense (et qui encourt la prison à perpétuité[10]) indique les limites de la contestation, y compris dans un régime pleinement démocratique, volontiers « gendarme » du Monde.

 

 

6.Dans la « vraie vie », la douloureuse question des stagiaires : un critique de cinéma ( !) y consacre sa chronique 

 

"Les stagiaires", du cinéma à la (dure) réalité

(MARIE-CLAIRE[11])

C’est après avoir vu un reportage sur Google à la télé que Vince Vaughan décide de se lancer dans la réalisation de son film, "The Internship" ("Les stagiaires", en français, qui sort mercredi dans les salles). Il faut dire que Google est une entreprise à part, puisque le géant du net a été élu "meilleur employeur" par le magazine "Fortune". Les conditions des "Noogleurs" (le nom donné aux stagiaires, contraction de "new" et de "Google") y sont parfaites. « Intégrer Google, c’est un peu comme pénétrer dans la chocolaterie de Willy Wonka, ou être transporté au pays d’Oz », déclare Vince Vaughan. Mais dans les sociétés françaises, la réalité des stagiaires est différente…

 Les stagiaires étaient 600 000 en 2007, il sont aujourd’hui plus d’un million (Le quotidien "L’Humanité" parle de « 1,5 million en 2010 »). Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, expliquait en mars, à "Libération", que « le recours au stage est (…) très déséquilibré. Cela concerne principalement les étudiants en fin de cursus, et très peu d’étudiants en premier cycle à l’université. » La ministre précise que « certains secteurs, comme la publicité, ont entre 10 % et 15 % de stagiaires. » Une situation qui n’est, selon elle, « pas normale. »

 « Une nouvelle forme d’esclavagisme moderne. »

Car si l’URSSAF rappelle qu’aucun stage ne peut être conclu pour « remplacer un salarié en cas d’absence, de suspension du contrat de travail ou de licenciement » ou encore « exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent », les entreprises n’hésitent pas à abuser des stages. « Les postes dits "juniors" ont eux aussi été remplacés par des stages. En gros, c’est du travail dissimulé. », indiquait "Rue89" en 2011, ajoutant qu’un stage, rémunéré à 30 % du Smic au-delà d’une durée de deux mois, « est loin d’être la garantie de l’embauche à la fin du stage. »

 

 

 

 

7.   La propagande la plus efficace est celle que l’on ne remarque pas !

 

« Bienvenue chez Google ! 5 % d’entre vous se verront offrir

un poste à plein temps, et les 95 % restant… n’auront rien ! »

Discours de M. Chetty, cadre de Google, aux stagiaires qu’il accueille

 

« (…) L'esprit frondeur et irrévérencieux de ce duo comique  a cédé le pas à une navrante entreprise de propagande pour l'entreprise capitaliste en général, et pour la société Google en particulier ».

Isabelle Régnier – Le Monde

 

 

7.1.                   Questions au cinéma dans un Monde de Communication

 

 

Pour une fois, un certain accord accompagne la sortie du film : « Les stagiaires » comporte une indéniable volonté de « rendre un hommage appuyé » (voire de  promouvoir) la marque « Google » et ses produits. Souvent au cinéma la présence de la marque reste subtile (le constructeur automobile Peugeot dans la série des « Taxis ». Mais la tendance, Libéralisme oblige, consiste bien aujourd’hui à négocier dès la production, en terme de recettes, l’apparition des marques à l’écran.

Autre cas de figure, l’utilisation du cinéma comme instrument de propagande pour un pays, une idéologie, une vision de la société humaine.

 

« Top Gun », réalisé par Tony Scott en 1986, ne pouvait bénéficier des effets spéciaux qui rendent si réalistes les films de guerre actuels (cf. « Mémoires de nos pères », de Clint Eastwood, qui recrée avec des pixels fort convaincants les forces américaines qui débarquent à Iwo Jima en 1945). «Top Gun », film populaire aujourd’hui devenu « culte » n’a pu être réalisé à l’époque (c’était encore la confrontation Est / Ouest) qu’avec l’appui de l’armée américaine qui a fourni à la production du film avions de chasse et porte-avions. En contrepartie, le film a bénéficié d’une « aide au scénario » de la part du Pentagone, qui a tenté (et réussi) de donner une image positive de son action, à travers cette pure « fiction » neutre et apolitique. Tom Cruise, beau et courageux, au service des valeurs de l’Amérique éternelle, dans un film au budget « hors normes »… et pour cause !

 

Considérer le fonctionnement du film « Les stagiaires » nécessite d’adopter un « point de vue », qui, nous le savons, ne peut-être que subjectif.

 

 

 

En considérant des options fort éloignées, nous pouvons envisager cette production comme :

o       Une « comédie sympathique qui fait le job », un agréable » conte de fées pour adultes qui « transpose de manière très réussie l’univers de Google à l’écran »,

Ou bien

o       Un discours offensif qui tente de convaincre en douceur le spectateur des bienfaits des évolutions technologiques et des avantages du Libéralisme (s’il est maîtrisé et civilisé par une marque qui affirme ses valeurs humanistes). Tentons de considérer le film dans son discours implicite, un message formaté et calibré, maîtrisé et parfaitement orienté.

 

 

7.2           La technique au service de l’Humanité ? Le « cloud computing »

 

Le film instille une relation confiante avec le développement de la Technique : les chercheurs sont innovants, jeunes, enthousiastes, et savent entraîner les générations précédentes dans la communion des valeurs technologiques (matériels, concepts, langage). La technologie change déjà leurs vies (« Google car »[12], nouvelles applications) et accroît la part de Bonheur des personnages.

Pourtant, derrière ce monde merveilleux que décrit le film se cache une autre réalité, la lutte des grandes compagnies informatiques pour imposer le « cloud computing » (ou « nuage ») : un nuage est un parc de machines, d'équipements de réseau et de logiciels maintenu par un fournisseur, que les consommateurs peuvent utiliser en libre service via Internet. Il s’agit d’inciter les particuliers (cible principale de Google) et les entreprises à accéder à des services en ligne gérés par les fournisseurs (Google, Amazon, IBM, Intel, etc.) dans des centres de données (ou datacenters). Les applications et les données ne se trouvent plus sur l'ordinateur local, mais dans un « nuage » composé de serveurs distants interconnectés. Source d’économies, évolution majeure de l’informatique pour beaucoup, ce processus est dénoncé comme une mode correspondant à des motivations commerciales par d’autres spécialistes.

Ce « meilleur des mondes » qui nous attend avec « l’informatique en nuages » suscite pourtant de réelles inquiétudes : atteintes à la confidentialité, multiplication des cyberattaques, questions sur la non utilisation par les fournisseurs des données qui leur sont confiées, difficultés pour localiser physiquement les données (avec toutes les questions juridiques que ces délocalisations peuvent entraîner). L’impact écologique de ces « fermes de données » voraces en énergie pourrait s’avérer problématique à terme. Peut-on dores et déjà affirmer que les pays qui ne développent pas ces nouvelles technologies (la France ?) pourraient accuser un réel retard dans la concurrence mondialisée qui règne dans ce secteur.

De cette lutte entre entreprises où tous les moyens sont bons pour l’emporter, le film… ne donne aucune précision, n’évoque rien… (Cet aspect n’a pas été retenu par la presse, les commentateurs, tous fascinés, drogués par des mutations techniques qui s’accélèrent et qu’il semble bien inutile de questionner, tant il est évident qu’elles construisent « l’Homme nouveau », celui qui aura la maîtrise totale de son environnement, qui pilotera… « L’Internet des objets » !

 

7.3          « Les stagiaires », film de « propagande » ? Le point de vue du journal « Le Monde »

 

Nous associons le plus souvent le terme de « propagande » aux régimes dictatoriaux ou aux périodes de guerre. Concernant la France et les Etats-Unis, l’utilisation de ce mot en 2013 semble bien étrange. Examinons dans un premier temps l’argumentation de la critique Isabelle Regnier, du journal « Le Monde » 

 

LE MONDE

| 25.06.2013 par Isabelle Regnier

« Les Stagiaires" : accord au sommet, Hollywood livre à Google sa première comédie dédiée

 « Il y a eu la panoplie de James Bond (Aston Martin, montres Omega, champagne Bollinger...), il y a eu les franchises de super héros et, plus récemment, les scénarios inspirés de jeux de société Hasbro (Bataille navale, par exemple). Avec Les Stagiaires, Hollywood franchit un échelon supplémentaire dans les rapports entre le cinéma et les marques. Cette comédie interprétée par le duo d'acteurs (Owen Wilson et Vince Vaughn) qui a fait le succès de Serial noceurs n'est rien d'autre qu'une gigantesque publicité pour l'entreprise Google, comme le suggère son affiche française.

UNE NAVRANTE ENTREPRISE DE PROPAGANDE

Mais il n'en est rien. L'esprit frondeur et irrévérencieux de ce duo comique a cédé le pas à une navrante entreprise de propagande pour l'entreprise capitaliste en général, et pour la société Google en particulier. Owen Wilson et Vince Vaughn incarnent un tandem de VRP qui, après avoir vendu des montres pendant vingt ans, se retrouve bien dépourvu quand les smartphones ont rendu caduque l'utilité de leur produit.

Mis à la porte par leur patron (John Goodman, caricature de lui-même), ces deux sympathiques baratineurs vont devoir se recycler. Mais comment ? En faisant un stage chez Google, bien sûr ! Le moteur de recherche organise en effet une sorte d'université d'été où les étudiants concourent pour décrocher un CDI, explique Vince Vaughn à Owen Wilson, des étoiles dans les yeux, comme s'il s'agissait là du plus beau projet qu'un homme puisse avoir sur terre.

Largués au milieu d'une marée de candidats qui pourraient, vu leur jeune âge, être leurs enfants, les deux quadras atterrissent dans l'équipe des indésirables, qui vont d'abord se tirer dans les pattes, avant d'apprendre à valoriser leurs génies respectifs, pour finalement déjouer les pronostics et remporter le gros lot.

C'est le bon vieux scénario qui fut celui des Sept Samouraïs ou des Douze Salopards, mis au service de ce que l'on nous vend comme l'"esprit Google". Accès gratuit et illimité à la nourriture et aux boissons, espace réservé à la sieste, campus qui ressemble plus au village du Prisonnier qu'au jardin des Mille et Une Nuits mais que les deux acteurs regardent avec des yeux comme des soucoupes et des sourires d'enfant... L'entreprise est dépeinte comme un parc d'attractions géant. Dans cette grande machine où la valorisation des talents singuliers et des qualités humaines est censée garantir contre les risques de ronronnement, le stress est un dommage collatéral d'une lutte gratifiante pour le bien commun.

Au service de presse de la Fox, on soutient que Google n'a pas participé à la production du film. A l'heure où les géants du Web, Google en tête, sont jetés à la vindicte publique dans le cadre du scandale du programme Prism, ce film a tout l'air d'une opération de communication de crise anticipée ».

La journaliste du grand quotidien du soir a bien écrit le mot « propagande »…

 

7.4          « Les stagiaires », un monde pacifié qui oublie la crise (les inégalités, les exclus…)

 

Certes, le film « Les stagiaires » n’entre pas dans la catégorie de ce que l’on appelle habituellement « les films de propagande ». Il n’est nullement question d’un ennemi extérieur, menaçant, contre lequel il faudrait se mobiliser pour le mettre hors d’état de nuire.

Mais, si l’on y regarde de plus près, « Les stagiaires » propose une vision du monde qui épouse les thèses néo-libérales : l’individu comme facteur de changement, la récompense du talent, la liberté d’inventer, d’améliorer les techniques, la liberté de définir soi-même, entre « pairs », ses propres règles, la marginalisation du rôle de l’Etat).

Le spectateur du film doit ressentir que les crises économiques font partie inhérentes du système, que ces crises peuvent être parfois « désagréables », mais que, pour les individus qui affichent leur confiance dans ce système, la réussite sera au rendez-vous, incluant même une amélioration du statut, de la rémunération, de la confiance en soi des travailleurs.

Ce type de discours qui limite la « réussite » à une « élite » de 5 % de l’effectif est purement idéologique. Dans ce monde globalisé, tous ont leur chance, mais seuls quelques uns seront privilégiés.

 

La violence de l’exclusion du reste de la société (candidats malheureux, chômeurs, sans domicile fixe, victimes de la « Crise ») est effacée.

Les USA peuvent compter sur des sociétés comme Google pour poursuivre leur histoire, leur rôle au plan planétaire ; et Google peut compter sur les « vaillants petits soldats du Libéralisme » pour se développer et pacifier la société.

En ce sens, et même si cette affirmation reste tout à fait suggestive, il semble bien que l’on puisse classer « Les stagiaires » comme un film à la gloire d’un certain modèle économique aujourd’hui tellement dominant qu’il semble incongru de le nommer, et bien inutile d’en critiquer les fondements.

Le film a réussi sa « mission » : l’espace de deux heures, nous avons « oublié » que le Capitalisme incontrôlé permet, dans un monde de plus en plus instable, aux riches de s’enrichir plus, et aux pauvres… de rester pauvres…

 

 

ET PENDANT CE TEMPS LA EN FRANCE…

 

Le cinéma, arme efficace dans une politique de communication ?  Puisque l’actualité de ce printemps 2013 nous y invite, questionnons les liens étranges entre une société commerciale ayant pignon sur rue (Amaury Sport Organisation, propriétaire de la marque « Tour de France), et un sympathique film familial, « La grande boucle », tout juste sorti sur les écrans.

 

 

« La grande boucle »

ou la transformation du cinéma français « grand public »

en outil de communication promotionnelle

 

 A) Générique

Comédie de Laurent Tuel avec Clovis Cornillac

Sortie en salles le 12/06/2013

B) SYNOPSIS :

« François est un passionné du Tour de France. Licencié par son patron et quitté par sa femme, il part faire la Grande Boucle avec un jour d’avance sur les pros. D’abord seul, il est vite rejoint par d’autres, inspirés par son défi. Les obstacles sont nombreux mais la rumeur de son exploit se répand. Les médias s’enflamment, les passants l’acclament, le Maillot Jaune du Tour enrage. François doit être stoppé ! »[13].   « Là où ça se gâte, c’est quand la parabole prend le chemin de la réhabilitation d’un sport miné par le dopage et la suspicion à travers le personnage du méchant, sorte de Lance Armstrong italien, arrogant et antipathique, dont on finira par nous révéler l’intégrité absolue. À ce niveau-là, ce n’est plus du cinéma mais du marketing »[14]

C) Les réactions de la presse : partagée !

C1 Les « Pour »

Le Monde  « passe un agréable moment devant ce road-movie à pédales, haletant et bien ciselé, n'hésitant pas à dénoncer quelques-uns des vils travers du peloton (l'omniprésence du sponsoring, la pratique du dopage) ».

Cette fable séduit « Télé 7 jours »  pour « son humour bon enfant et l'émotion qu'elle distille »

Le « Journal du Dimanche » salue « l'ensemble, porté par le sportif tandem Cornillac-Bouli Lanners, reste sympathique, reflet de cette France pas compliquée, enthousiaste et profondément attachée à son patrimoine ».

Positif, prestigieuse revue, précise que « le film séduit agréablement » ( !).

C2) Les critiques qui n’ont pas aimé le film pestent contre un scénario caricatural ou ses clichés coupés de toute réalité…

 

D) Le projet, raconté par les producteurs Nicolas et Renaud Souhami :

 

« La botte secrète (Secret de tournage sur La Grande boucle )

Nicolas et Renaud Souhami, producteurs novices de La Grande boucle, ont dû faire face à quelques obstacles pour mener à bien leur projet. Mais ils possédaient un élément qui les a maintenus à flot : "Nicolas et Renaud ont vécu l’enfer. On a essayé de les exclure totalement de leur propre projet. C’était hallucinant. Mais ils avaient cette arme atomique qui les a sauvés : ils avaient négocié, tout seul, comme des grands, ce partenariat avec le Tour de France. De ce fait ils étaient incontournables", racontent Olivier Delbosc et Marc Missonnier, les deux autres producteurs (bien installés) du film (Fidélité Films) »[15].

E) Propos de Renaud Souhami, Producteur[16] (« Bago Films)

Renaud Souhami a débuté » sa carrière professionnelle dans la Finance en France et aux Etats-Unis.

« Moi je viens de l’Univers du sport (j’étais d’abord cadre financier à M6, puis directeur financier de la Coupe du Monde de rugby qui s’est déroulée en France en 2007).  Mon frère vient du monde de la télé.

Il y a environ cinq ans, nous avons envisagé de porter un projet ayant pour thème le Tour de France, mais au travers d’un gars ordinaire qui allait faire quelque chose d’extraordinaire. Quand le scénario a été prêt, on l’a fait lire à l’organisateur du Tour de France (Amaury Sport Organisation) : ça leur a plu car c’est une comédie familiale très sympathique et ils nous ont dit : « OK, on va devenir votre partenaire ! ». Nous avons signé un contrat d’exclusivité. Seul notre film était en mesure d’utiliser l’appellation « Tour de France » qui est une marque.

Cet accord nous a permis de nous intégrer pendant le Tour 2012 en toute confiance, mais avec des conditions de tournage bien précises. Cela nous a permis de bénéficier de ce décor qui est unique du Tour de France. Par ailleurs le film est en partenariat avec France-Télévision (nous avons même pu bénéficier de leurs dispositifs de tournage. (…) C’est un film qui parle d’un sport fantastique et de la plus belle épreuve de vélo qui est le Tour de France. Mais c’est surtout l’histoire d’un dépassement de soi, de quelqu’un qui va réaliser ses rêves ».

 

La Presse : « Bernard Hinault et Laurent Jalabert, sont crédités au casting de La Grande boucle Ils pédalent aux cotés de Clovis Cornillac). »

 

 

F) Tour de France : dopage masif, perte de crédibilité, donc de revenus…

 

Clovis Cornillac, acteur principal du film, évoque le dopage :

Clovis Cornillac : "C'est traité de manière assez pertinente. On ne fait pas l'économie du sujet, mais en même temps ce n'est pas le sujet du film. La manière dont c'est traité met en relief les rapports humains. Il y a aussi une malhonnêteté de notre part à tous par rapport au dopage parce que c'est un problème sociétal (à la Bourse, dans les médias, sur Internet et même dans nos métiers, il y a des gens autant dopés que dans le sport) On veut tellement qu'il y ait des premiers que tout est permis. On est tous des gens qui poussons au dopage. Personne ne se dope par plaisir du dopage, ça n'existe pas."

 

En 2013, deux « évènements » liés au Tour de France ont terni, encore un peu plus, l’image de marque de l’épreuve :

·        Lance Armstrong, convaincu de dopage et déchu de tous ses titres sur le Tour de France (7 fois vainqueur), estime qu'on ne peut pas gagner la Grande Boucle sans tricher[17],

·        Le champion Laurent Jalabert aurait été contrôlé positif à l'EPO sur le Tour de France 1998[18].

De 2003 à 2012, Laurent Jalabert a été consultant pour France 2 et RTL sur les questions de cyclisme… Entre 2001 et 2013, il a été sélectionneur des coureurs de l’équipe de France pour les championnats du monde et les Jeux Olympiques…

 

La sortie du film (qui coïncide avec la 100ième édition du Tour de France) constitue un « moment de communication » fort, qui atténue l’impact très négatif des révélations sur le dopage des coureurs.

Les liens Sports / Médias étaient bien connus. Désormais il faut compter avec un troisième « partenaire », le cinéma de fiction, embrigadé au service des « grandes causes » populaires.

 

C O N C L U S I O N

 

Dans notre monde dominé par l’image et la « communication », le cinéma est devenu à son tour un instrument de manipulation des masses. Certes, cette communication se met au service de causes qui, jusqu’à présent, n’ont pas mis en danger les bases de nos Démocraties.

Mais, en acceptant ces compromissions, le cinéma perd chaque jour de sa force, s’éloigne du rôle émancipateur et libérateur qu’il a su développer au cours de son histoire.

Il est triste de constater que bien peu de voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer ces dérives, et remettre en cause une société qui ne vise qu’à rabaisser l’être humain (et l’Art) au rang de simple marchandise.

C’est bien « la crise », mais certains semblent encore y échapper («Les 500 premières fortunes de France ne connaissent pas la crise et ont même vu leur richesse globale augmenter de près d'un quart en un an »[19]). 

Champions cyclistes, employés de Google, réalisateurs d’un certain cinéma « populaire », nouveaux-nés dans les familles princières…

Ils n’ont pas fini de nous faire rêver ! Vous avez dit… « Propagande » ?

 

Gérard Hernandez – Juillet 2013

Lauréat de la certification en cinéma-audiovisuel

Article rédigé avec la documentation de l'espace "cinéma et histoire"

de la médiathèque Jacques Ellul à Pessac (33)

 



[1] http://blogameni.wordpress.com/2013/07/04/les-stagiaires-shawn-levy/

[2] Réalisateur par ailleurs de « La nuit au Musée (2006) et La nuit au Musée 2 (2009)

[4] Le canard enchaîné – 26/06/2013.

[6] « article « Google livres » - http://fr.wikipedia.org/wiki/Google_Livres

[7] « L’Europe menace de sanctionner Google et son usage des données personnelles » - lemonde.fr – 19/02/2013 - http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/02/19/l-europe-menace-de-sanctionner-google-et-son-usage-des-donnees-personnelles_1834850_3234.html

[8] Larry Page, fondateur de Google avec Sergey Brin en 1996.

[9] « Prism : Google, Microsoft et Facebook veut jouer la transparence » - lemonde.fr, 12/06/2013 - http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/06/12/prism-google-microsoft-et-facebook-veulent-jouer-la-transparence_3428415_651865.html

[10] Bradley Manning a déjà passé 11 mois en isolement complet en 2011.

[12] Voiture 100 % automatisée (http://www.youtube.com/watch?v=Uft7FB-g0jI )

[15] http://www.allocine.fr/film/fichefilm-205384/secrets-tournage/

[19] « Les Français les plus riches le sont de plus en plus » - sudouest.fr – 11/07/2013 - http://www.sudouest.fr/2013/07/11/les-francais-les-plus-riches-le-sont-de-plus-en-plus-1112372-705.php


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