les garçons ET GUILLAUME, à table !

 

La révélation d'une "normalité" (et tant pis pour les pédés !)

 

 

"Les Garçons et Guillaume, à table!" est une comédie décomplexée, vive et intelligente qui aborde de front le sujet de l’identité"

L'HUMANITE

 

"Guillaume Gallienne transpose avec brio son histoire sur grand écran

dans une comédie sensible et hilarante"

LA CROIX

 

"Les Garçons et Guillaume, à table! Ou l'histoire désopilante de… Guillaume Gallienne, depuis son enfance,

dans la bonne société parisienne ..."

LE FIGARO

 

 

"Les Garçons et Guillaume, à table!", de et avec Guillaume Gallienne, André Marcon et Françoise Fabian. Guillaume Gallienne interprète le rôle de Guillaume et de la mère de Guillaume.

En salles  depuis le 20 novembre 2013.

 

Box office : Une entrée fracassante : "Les Garçons et Guillaume, à table!" est le septième meilleur démarrage de tous les temps en France, film français et étrangers confondus. Et le meilleur démarrage français de l'année devant « La Vie d'Adèle ».

 

Le film a triomphé lors du Festival de Cannes 2013 dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs (il a obtenu le Art Cinéma Award décerné par la Confédération Internationale des Cinémas d'Art et d'Essai). Il a remporté le prix Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD). Au Festival de Deauville, le film a remporté le Prix Michel d'Ornano.

 

 

Scénario : "Autobiographique à plus d'un titre, le scénario désopilant se base sur un «malentendu» au sein d'une famille bourgeoise. La mère de Guillaume Gallienne a eu trois garçons et désirait une fille. Le jeune Guillaume endosse dès lors ce rôle féminin, par amour pour cette mère adulée et peu démonstrative, au grand dam de son père rêvant de le voir pratiquer des sports virils. Dans la comédie, Guillaume Gallienne endosse à la fois le rôle du fils efféminé et celui de sa propre mère".

Le trajet du film

 

Situation initiale : acteur de théâtre, Guillaume nous présente sur scène sa famille et le rôle étrange qu’il y tient. Pendant que ses frères mènent une vie sportive avec leur père, Guillaume est envoyé par sa mère Melitta en séjour linguistique en Espagne. Il apprend pendant trois semaines à danser les « Sevillanas », mais il interprète le style de danse réservé aux femmes, ce qui lui vaut les moqueries des spectateurs ibériques présents.

 

Situation finale

Après diverses tentatives avortées pour « tester » son homosexualité, Guillaume rencontre la femme de sa vie, Amandine, et ils vont se marier. Le Père, les frères et l’hôtel particulier familial disparaissent. Le comédien Guillaume termine son spectacle théâtral par un bel hommage à sa mère, présente dans la salle. De retour dans sa loge, le comédien trouve un magnifique bouquet offert par sa mère.

 

 

La grande ambiguité DU FILM

 

Ce n’est pas tant un film sur l’homosexualité ou l’hétérosexualité mais bien un film qui interroge la virilité. C’est quoi, un homme, un vrai? La barbe et les biscotos, ou autre chose? Rares sont les acteurs et les hommes qui s’aventurent sur ce terrain-là. C’est avouer, s’avouer, qu’on est sûr de rien, qu’il n’y a pas d’évidence. Une preuve d’intelligence, d’humilité. Et si ma mère avait raison?

L'HUMANITE[1]

 

Au vu du consensus qui accueille le film depuis sa présentation à

la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, l'opération est un succès.

Il faut dire qu'elle permet à la fois le conformisme du soulagement et l'insolence de l'ironie. Soit un divertissement transgenre d'autant plus apprécié qu'il finit par mettre bon ordre à la confusion des genres.

LE MONDE[2]

 

Durant la plus grande partie du film, il n’est pas questions d’homosexualité mais plutôt de trouble mental (d'où la présence à l'écran d'une pédopsychiatre, d'un psychiatre -militaire-  et de 4 psychanalystes…pas moins !).

Guillaume est un garçon qui se pense "fille", qui s’identifie et essaie d’imiter les femmes, et tout d’abord sa propre mère. Durant la plus grande partie du film, il est "la" fille que sa mère désirait tant avoir, et qu'elle n'a pas eue.

"Par chance", la fin du film nous propose un retour à la "normale" rassurant, et Guillaume comprend qu'un homme ne doit pas ressembler aux femmes (même s'il s'agit de sa propre mère ou de l'impératrice Sissi), mais qu'il doit se comporter "en homme"; il déclare donc à la (forcément très belle et très féminine) femme de sa vie : "J'ai les cuisses musclées !"; Guillaume s'engage dans un couple absolument hétérosexuel et traditionnel. Ouf ! Tout "finit bien" !

 

 

Un film (INDIRECTEMENT) homophobe ?…

 

Le film relate avec moult drôlerie ce malentendu identitaire et cette quête de la sexualité à travers les rites de passage que sont l'identification à la mère, l'Oedipe, le regard bourrin des camarades du pensionnat, la passion pour un jeune garçon, les échecs sexuels puis finalement l'éclair, l'évidence : la découverte de soi et de son désir, au-delà des fantasmes des autres.

LE NOUVEL OBSERVATEUR[3]

 

Guillaume est-il homosexuel ? Il doit "tenter l'expérience", lui dit-on, pour vraiment savoir…

§        La boite de nuit homo

Lieu de drague étrange aux codes incertains, au son du "Dies Irae" du Requiem de Verdi, version techno. Une atmosphère diabolique, anonyme et inquiétante. Guillaume est dragué par un homme "du Sud" qui croit qu’il est originaire de Casablanca

 

§        Dans l'appartement du dragueur

Dans l'appartement du dragueur (interprété par Reda Kateb) de la boite homo, Guillaume trouve deux maghrébins assis sur le canapé. Guillaume s'inquiète du "programme" de la soirée. Les deux hommes l'informent crûment : "Tu vas nous sucer et après on t'encule"[4]. Par chance (!) les trois maghrébins découvrent que Guillaume n'a fait que passer des vacances au Maroc, et il est évacué de force, étant désigné comme un "mytho". Echec de l'expérience homosexuelle.

 

§        Le partenaire potentiel "monté comme un cheval"

Guillaume trouve (on ne sait comment) un nouveau partenaire potentiel. Nous le découvrons nu, de dos, face à Guillaume à qui l'autre homme a demandé de se laver et qui ignore pourquoi. Le dialogue laisse penser que le partenaire est en érection. Apparaît alors la mère de Guillaume, qui lui explique… qu'il a toujours été effrayé par les chevaux !!!

 

Non décidément, les homosexuels (des êtres inquiétants, mi arabes mi chevaux) ne sont vraiment pas des gens très fréquentables !…

Et pourtant, "Ce film est une formidable ode à la différence ! proclame La Voix du Nord…[5]

 

Pour se "guérir" de ses problèmes psychologiques anciens et profonds, Guillaume va simplement participer… à une séance d'équitation ! Il s'abandonne en confiance (et en fermant les yeux comme lui conseille le responsable du centre équestre), se laisse porter par le cheval, et… le voilà prêt à rencontrer et à épouser la femme de sa vie, tous ses problèmes psychologiques ayant désormais disparu !… Un vrai conte de fées auquel a voulu croire la critique bien indulgente !

 

 

Une classe privilégiée si attachante, mais qui perd son role moteur…

 

"Elevé dans le très chic seizième arrondissement parisien (l’ambiance est aristocratique et stricte : les enfants ne dînent pas avec les parents et n’ont pas le droit de franchir la porte du salon), Guillaume a conscience

de faire partie de la haute bourgeoisie"[6]

PREMIERE

 

Cette grande bourgeoisie, Gallienne la décrit avec ­humour, mais sans rejet. «C’était plutôt une chance, dit-il, je n’étais pas du tout en rébellion. Mes ­parents ne méprisaient personne, et je ne veux aujourd’hui

­délivrer aucun message politique.[7]»

PARIS-MATCH

 

La famille de Guillaume est absolument "hors normes". Elle réside dans un hôtel particulier luxueusement meublé, bénéficie de l'aide d'une nombreuse et serviable domesticité, profite de vacances dans des destinations exotiques (ou dans sa magnifique résidence marocaine). Le spectateur ignorera l’origine de la fortune familiale.

Un "gag" (drôle ?) illustre la domination totale de cette bourgeoisie privilégiée : Guillaume et sa mère ont la même voix. Guillaume adore se faire passer pour sa mère…  Guillaume téléphone donc à la cuisinière qui prépare le repas. Cette dernière, croyant parler à la mère de Guillaume, lui rappelle qu'elle cuisine du foie de veau. Guillaume lui demande de changer le menu, et de préparer des soles. Sans sourciller, la cuisinière saisit la poêle et jette la viande à la poubelle…

Cette famille idéale fonctionne comme un clan, uni, sans conflits. Le Père est contesté… par les interrogations de son fils concernant sa sexualité, mais à la fin du film, tout rentre dans l'ordre bourgeois de la famille traditionnelle. Le monde, avec ses conflits et ses crises, n'existe guère…

Le film marque le triomphe, nullement contesté, des valeurs conservatrices et la toute puissance de l'argent… (La toute fin du film évacue l’hôtel particulier et son excès de luxe ; Guillaume est désormais représenté comme un « cadre » aisé qui domine la capitale, mais qui s’est éloigné de son milieu privilégié. Le public « de gauche » ne peut que se réjouir de cette évolution vers plus de « modestie » ; le public « conservateur » du film constate avec plaisir que rien ni personne ne vient s’opposer à ses valeurs : sur ces bases consensuelles, un « triomphe » populaire du film est possible[8]).

Le film gomme également son discours militant implicite "pro-bourgeoisie" en recentrant le récit sur "une question qui nous concerne tous",  la relation compliquée entre une mère et son fils. Et là tous les spectateurs, qu'ils soient exclus ou privilégiés, pourront s'identifier aisément à cette thématique généraliste.

 

[France-Inter nous indique sur son site[9] : " Guillaume Gallienne est né le 8 février 1972 à Neuilly-sur-Seine. Sa mère est issue de l’aristocratie russo-géorgienne et son père est un homme d’affaires"].

 

Un "aristocrate populaire" ? : " Guillaume Gallienne a beau avoir fréquenté un pensionnat anglais, un lycée international à Paris et avoir vécu entouré de domestiques, il n’est pas snob pour autant. Il a joué dans des comédies populaires comme Jet Set et le dernier Astérix"[10].

 

Un représentant assumé de la "nouvelle culture contemporaine : " A la maison, j’aimais autant les films de Billy Wilder (il le prononce avec un accent parfait, en aspirant le “er”, NDLR), de Kurosawa ou Les hommes préfèrent les grosses, une comédie avec Josiane Balasko. Pour moi, il n’y a pas de sous-genre"[11].

 

 

Scènes "cultes" !

 

Les médias décrivent quelques uns des nombreux gags réussis et hilarants que propose le film.

Voici un "gag" injustement oublié…  Guillaume suit une cure thermale en Autriche. Après une séance de massage éprouvante avec un colosse germanique (séquence déjà vue des dizaines de fois dans bien des films comiques), Guillaume est appelé par une sémillante jeune femme (interprété par l'actrice et mannequin Diane Kruger) pour de nouveaux soins. Nous allons très vite découvrir qu'il s'agit de soins bien particuliers, puisque Guillaume va subir un… lavement rectal, avec un tuyau aspirant au format conséquent. Pour rendre le gag irrésistible, la belle infirmière  s'étonne et regrette que Guillaume n'ait pas suivi le régime préconisé avant ce genre d'intervention… La salle de cinéma croule sous les rires devant tant d'invention et de drôlerie !…

Le réalisateur est par ailleurs un sociétaire admiré de la troupe de la Comédie Française depuis 1998…Il anime également une émission littéraire (!) hebdomadaire ("ça ne peut pas faire de mal") sur France-Inter.

 

 

UN REALISATEUR A LA PERSONNALITE, DISONS "COMPLEXE"…

 

"Les psys ont sauvé ma vie, assuré ma survie[12]"

Guillaume Gallienne

 

"Après avoir enrichi des tas de psys, je gagne de l'argent

en parlant de ma vie au cinéma"[13]

Guillaume Gallienne

 

" Quand tout cela a-t-il été résolu? "Quand j’ai annoncé à ma mère que ­j’allais me marier.» Et voilà, Guillaume Gallienne a rencontré Amandine. Ils ­ont eu un petit Tado et, en chef de ­famille, il s’est senti instantanément d’une ­incroyable virilité. «Quand mon fils est né, j’aurais pu me croire aussi fort qu’un ­gorille, comme si mon dos s’élargissait, avec la conviction de porter et non de ­supporter. Je suis très “mec” en face de ma femme et de mon fils qui, eux, sont tous deux la grâce et la poésie incarnées.» [PARIS –MATCH[14]]

 

Mais dans un monde régi par les normes des Bourgeois- Bohêmes, rien n'est impossible ! " Qui dit que, dans dix ans, je ne vais pas tomber amoureux d'un mec? Je ne sais pas.[15] » déclare dans un article titré "L'homme qui aimait les femmes" (!) le réalisateur, pourtant heureux en ménage –depuis 12 ans - et père comblé d'un petit Tado [à qui il ne parle qu'en anglais].

 

Au théâtre, le comédien jouera (en Mai prochain, dans une mise en scène de Denis Podalydes) le rôle-titre de… "Lucrèce Borgia", d'après Hugo. Il sera donc habillé en femme. Une excellente base pour un plan « Com » original qui séduira les médias…

 

 

Stratégie commerciale et promotion :

 

Le jeudi 21 novembre 2013 [le lendemain de la sortie de son film] le comédien

Guillaume Gallienne était l'invité de l'émission de France 5

"le Magazine de la santé" pour évoquer la question de la voix des acteurs.

 

Cet été, Guillaume Gallienne et François Clerc ont fait la tournée des festivals. À ­Angoulême chez Dominique Besnehard comme à Namur sur les terres de Benoît Poelvoorde, Gallienne a raflé tous les prix. Fin septembre, son film est parti dans de petites villes comme Villeurbanne et Romainville. Le 23 octobre, une bande-annonce plus axée sur la comédie que sur l'émotion a été mise sur le Net. Dopé par le tube Don't Leave me Now de Supertramp, le montage a été vu 500.000 fois, rien que sur AlloCiné.

Guillaume Gallienne et l'équipe de Gaumont ont ensuite enchaîné vingt avant-premières de Bruxelles à Genève avant de finir dans le Périgord noir à Sarlat où Gallienne a passé ses étés, dans la vaste propriété familiale. Sur Twitter, 14.000 fans suivent désormais Guillaume Gallienne et le hashtag avec les initiales du film «GGAT».

Demain, le film sortira sur 400 copies. La bouche-a-oreille devrait s'amplifier dès la première semaine en salle. Limité pour jouer sur la frustration, le nombre de copies pourrait alors être augmenté. À 1  million d'entrées, "Les Garçons et Guillaume, à table!" sera un énorme ­succès. Si le box-office dépasse les 4  millions d'entrées, l'effet de masse prendra tout son sens et cette comédie se transformera en phénomène. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

 

 

19 novembre 2013 : France Inter, radio du service public,  matraque ses auditeurs et bat tous les records de « copinage »!

« Son premier film, adaptation de son spectacle très autobiographique, a déjà raflé plusieurs prix dans différents festivals. Après un véritable périple aux quatre coins de la France, Guillaume Gallienne s'arrête une journée à France Inter (!) pour raconter cette aventure » (site France-Inter.fr).

Pas moins de cinq émissions sont consacrées au réalisateur et à ses invités en une seule journée ! Un matraquage promotionnel jamais vu auparavant ! Que ne ferait-on pour la "Culture" ?

Ouvert la nuit Jean Rondeau + Guillaume Gallienne et Marina Hands

Carrefour de Lodéon : Guillaume Gallienne rencontre Renaud Capuçon

On va tous y passer : Quand la comédie réussit à Guillaume Gallienne

Interactiv' : Guillaume Gallienne et Elisabeth Badinter

L'invité : Guillaume Gallienne par Patrick Cohen | 

 

Le contexte politique et social : la bataille du "mariage pour tous"

 

Les premiers mois de M. Hollande à la présidence de la République

M. Hollande est élu Président le 15 mai 2012, face au Président sortant, M. Nicolas Sarkozy. M. Hollande obtient 51,64 % des voix. La France connaît une forte crise économique et sociale. Aux élections législatives de Juin 2012, le Parti Socialiste obtient à lui tout seul la majorité à l'Assemblée nationale. En mars 2013, le ministre délégué au Budget, M. Cahuzac, accusé de fraude fiscale, donne sa démission. La France compte (en septembre 2013) 3,3 millions de chômeurs, un nouveau record. La popularité de l'exécutif est en forte baisse. La croissance ne revient pas. Les médias sont fascinés par « la montée du Front national »…

 

 La bataille du "mariage pour tous"

En 1999, le pays  a mis en place le Pacte Social de Solidarité (PACS). Peu à peu, l'idée du mariage des couples homosexuels fait son chemin dans les esprits. Le 2 février 2013, l'Assemblée nationale adopte le premier article de la proposition de loi dite du « mariage pour tous », avec 249 voix pour et 97 contre, permettant ainsi le mariage aux couples de même sexe. La loi est promulguée le 17 mai 2013. La plupart des représentants institutionnels des religions monothéistes établies se montrent opposés au mariage, appelant au retrait du projet de loi. De nombreuses personnalités politiques de droite et d'extrême droite, ainsi que quelques personnalités de gauche, s'y opposent.

Dans ce contexte défavorable, le "droit au mariage pour tous", même s'il peut paraître dérisoire face aux souffrances des classes populaires appauvries ou exclues, est perçu comme une victoire des valeurs "de Gauche". Le film lui, "penche" à Droite !

 

 

Quand le réalisateur révèle ses intentions

 

Ce n’est pas un film sur un homme qui découvre qu’il n’est ni une fille,

ni un homo : c’est un film sur les clichés, la quête d’identité, les femmes, le jeu... »

Guillaume Gallienne[16]

 

 

FILMER LES CLICHES POUR MIEUX LES DENONCER [17]

«Ce film raconte l'histoire d'un malentendu», explique Gallienne. Celle d'un petit garçon qui admirait sa mère plus que de raison et à laquelle il voulait ressembler. A force de l'imiter, il a réussi à se persuader et à faire croire aux autres qu'il était une fille. «Je parle de la différence et du besoin qu'on a d'étiqueter les gens. Après Mai 68, comme les tabous sexuels avaient sauté, quand un gamin comme moi n'aimait pas le sport ou la bagarre, on disait: “Bah, il est pédé, quoi!”C'était presque un signe d'ouverture.» 

Afin de mieux se départir des clichés, Guillaume Gallienne en abuse. Il plante sa famille dans le décorum de la «haute» et retrace avec humour les périodes dans lesquelles le malentendu s'est propagé. En Espagne, où il est envoyé, gamin, lors d'un voyage linguistique, toutes les chicas semblent sorties de Femmes au bord de la crise de nerf. En Angleterre, sa pension paraît être le décor d'un film de James Ivory, son premier amoureux a un visage à la Hugh Grant et sa bonne copine ressemble à Kate Winslet. «Ces références sont des échos qui résonnent très fort dans la tête de mon personnage. Au fur et à mesure qu'il évolue et prend de la distance, le ton devient moins théâtral et les clichés s'estompent.»

Il en va de même pour la peinture de la grande bourgeoisie, dans laquelle Guillaume Gallienne est né il y a quarante et un ans et qu'il décrit ici avec tendresse et drôlerie. Je trouvais important de montrer ce milieu, trop rarement filmé depuis Buñuel et Les Grandes Familles de Denys de la Patellière», dit-il.

 

 « Au cinéma, il faut s’inscrire dans un genre. Et bien justement, dans « Les garçons et Guillaume à table ! », il n’est question que de genre. Le mien, sur lequel tout le monde s’est posé des questions, moi le premier. Questions transformées en scènes hautes en couleurs, que j’ai eu de plus en plus envie de filmer, à mesure que je les jouais. Un véritable coming out inversé où se dessine bien plus que la révélation d’une normalité.

J’ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ? C’est ainsi que j’ai commencé à jouer, dès que je me suis mis à l’imiter. Peu à peu, j’ai pris la même voix qu’elle, les mêmes gestes, les mêmes expressions. Je ne suis pas devenu efféminé, mais féminin, m’appropriant Maman. Puis tous les personnages féminins qui m’attiraient. Alors forcément, on a fini par me coller une étiquette, dans laquelle je me suis drapé voluptueusement pendant longtemps, prenant le risque d’en explorer toutes les nuances. Jusqu’à parvenir enfin à m’en affranchir, à m’en détacher suffisamment pour avoir le recul de me raconter. De me filmer. De filmer les femmes. De faire rire. Si, dans la pièce, j’incarnais tous les rôles, dans le film, je ne serai que Guillaume… et Maman. Normal, j’ai répété le personnage pendant quinze ans… et le peaufine encore à quarante ans. Preuve qu’on ne règle pas les problèmes, mais qu’on ne fait que les transformer.[18]

 

CONCLUSION

 

En ces temps "culturellement incertains", l'évaluation des œuvres cinématographiques réserve bien des surprises… Par exemple :

 

" Ce film semble sincère, il nous émeut tout en étant très drôle. Cela faisait un moment que je n’avais pas ri comme cela au cinéma ! On avait rarement vu un réalisateur utiliser ses blessures intimes comme Gallienne : en cela il rejoint Nanni Moretti et Woody Allen. Pas mal pour un premier film ![19]"

"Guillaume Gallienne s'impose aujourd'hui au cinéma en digne descendant de Sacha Guitry[20]"

 

Après Welles, Eisenstein, Ford et Renoir… pourquoi pas Guillaume Gallienne ?

La critique, pourtant unanime,  semble éprouver aujourd'hui de réelles difficultés à hiérarchiser les talents… Critique de film, ou « promotion » de produit culturel ?

 

 

Gérard Hernandez

Lauréat de la certification en « Cinéma audiovisuel » - Novembre 2013

 

 

 

L'AVIS DE LA PHILOSOPHE ELISABETH BADINTER

Ce film complexifie encore plus la question identitaire, commente Elisabeth Badinter. (…) le parcours de ce jeune garçon, difficile, qui se sent fille d'abord et qui finalement se sentira homme, ce parcours défie tout ce que l'on a dit aujourd'hui sur l'acquisition de l'identité, parce qu'en fin de compte, quand on regarde son rapport avec sa mère, ce sentiment d'être féminin d'abord, d'être femme, petite fille quasiment, n'importe quel psy, je dirais, aurait conclu que vous alliez devenir transsexuel. Et pas du tout. Et donc votre cas, si l'on peut dire, et le film le fait avec beaucoup de subtilité, de sensibilité, annihilent un certain nombre de schémas acceptés.»

 

 

 

etonnantes CRITIQUES CONTRADICTOIRES…

 

 

TELERAMA (POUR)[21]

Comédie-Française et comédie populaire. Guillaume Gallienne est la preuve vivante qu'on peut être à la fois sociétaire de l'auguste institution et réalisateur de l'un des films grand public les plus désopilants de l'année. En adaptant son one-man-show au cinéma, ce pitre génial à la voix précieuse signe en guise de premier film une fantaisie sur le genre. L'histoire est celle d'un malentendu fondateur : un petit garçon fasciné par sa mère, à qui il ressemble étrangement, grandit dans le fantasme (largement encouragé par son dragon de maman) d'être une fille. Au nom du vieux préjugé selon lequel un garçon efféminé aime nécessairement les hommes, ses parents et ses frères croient savoir où iront les préférences du petit dernier. Ou comment, devenu adulte, Guillaume va devoir faire son coming out hétéro...

Au théâtre, l'acteur endossait tous les personnages. Dans le film, il est seulement Guillaume à tous les âges et... sa mère vénérée, qu'il interprète en portant perruque, lunettes et tailleur-pantalon. Belle idée qui, au-delà du plaisir du travestissement et de sa puissance comique, incarne l'amour fusionnel. La mère selon Gallienne, c'est ce mélange détonnant d'élégance et de vulgarité — « Eh ben, mes enfants, c'étaient les chutes du Niagara ! » dit-elle en sortant des toilettes. Cette collision entre la virilité maternelle et le maniérisme du fils est irrésistible.

Hommage aux femmes, que le narrateur observe sous toutes les coutures et croque à l'envi, ce récit d'apprentissage est aussi une ode à l'Acteur. Cette drôle d'engeance qui vampirise son entourage pour créer des personnages fictifs. L'imaginaire et la fantaisie sont chez lui tout-puissants et se projettent sur les réalités les plus prosaïques — fille manquée, Guillaume déploie ainsi des trésors d'ingéniosité pour transformer ses tenues de garçon en accessoires féminins. Avec sa tête de Droopy et ses boucles improbables (on frise la coupe afro), le comédien, éblouissant de technique, excelle à nous faire partager son plaisir du jeu. Il faut le voir interpréter, dans sa chambre d'enfant, une entrevue entre Sissi et la duchesse Sophie... Une scène mérite encore le déplacement : un face-à-face burlesque et bégayant entre Guillaume, essayant d'échapper au service militaire, et un malheureux psychiatre de l'armée. Si vous ne riez pas, on ne peut vraiment plus rien pour vous. — Mathilde Blottière

 

TELERAMA (CONTRE)

Marrant, tout de même ! Il n'y a pas si longtemps étaient courageux ceux et celles qui, à leurs risques et périls, osaient faire leur coming out. Autre temps, autres mœurs : l'audacieux, aujourd'hui, est celui qui s'affirme hétéro, au risque de contrarier maman... Ah, les mères ! ­Difficile de les satisfaire, impossible de leur échapper : c'est quand il interprète la sienne que Guillaume Gallienne éblouit. Il est plus fin que lorsqu'il se joue lui-même. Mais, chacun le sait, c'est un grand acteur de composition.

Grand metteur en scène de cinéma, en revanche, non ! Pas pour l'instant. Du spectacle où il triomphait, seul en scène, il a tiré une suite de sketchs brouillons, balourds et souvent ballots, qui réussissent le prodige d'être à la fois épais et inconsistants. Le pompon, c'est le passage en Allemagne, avec Diane Kruger en infirmière à clystère : en théorie, truculent comme du Blake Edwards. Dans la pratique, aussi grossier que le cinoche bas de gamme du Jean Lefebvre des grandes années... Certes, tout le monde a le droit d'aimer un mauvais film comme celui-là. Même les cinéphiles. C'est émouvant, d'ailleurs : ils semblent, soudain, faire leur coming out. Et en deviennent, forcément, douloureux et beaux... — Pierre Murat

 

 

 

 

L'AVIS DU PSYCHIATRE

 

Serge Hefez, psychiatre à la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Le cas de Guillaume Gallienne (un petit garçon qui se comporte comme une fille) est-il fréquent ?
C’est un classique. Dans un livre sur l’identité, je raconte le parcours d’un jeune garçon qui a des grands frères très affirmés, virils, qu’il ne se sent pas capable d’égaler, et dont la mère a le désir inconscient d’avoir une fille… Ces facteurs peuvent amener un petit garçon à se comporter comme une fille.

Y a-t-il un rapport entre cette attitude et l’orientation sexuelle ?
Non ! Il y a une différence entre identité sexuée et orientation sexuelle : un garçon au comportement féminin ne sera pas forcément homosexuel. On le voit chez les hommes qui changent de sexe et qui continuent à être attirés par des femmes.

Quelles sont les conséquences de cette confusion des genres pour un enfant ?
Des études montrent que les garçons très efféminés, victimes de moqueries, se suicident sept fois plus que les autres. Mais lorsqu’ils parviennent à surmonter leurs difficultés, cela les rend plus forts. Guillaume Gallienne, par exemple, a transformé ses souffrances en une belle œuvre artistique.

Que peuvent faire les parents ?
Ils doivent être ouverts. Il ne faut pas empêcher un garçon de jouer à la poupée.
Contraindre un enfant à être ce qu’il n’est pas revient à tordre son identité et, surtout, à lui faire croire qu’il n’est pas « normal ». Cela lui renvoie une image honteuse de lui-même.

 



[4] Incontestablement, une comédie familiale ET moderne !

[8] Le héros du film phénomène cinématographique  « Intouchables », (sorti en novembre 2011), était millionnaire et tétraplégique : ici aussi, les valeurs « bourgeoises », que personne ne contestait, ne pouvaient à elles seules exercer le pouvoir. Le monde change, mais les valeurs « conservatrices » gardent – dans les films français - un bon potentiel malgré l’augmentation des inégalités et les retraites chapeau de quelques chefs d’entreprise du CAC 40 (M. Varin, de PSA, toucherait une pension de 300 000 euros par an lorsqu’il partira à la retraite, alors que son groupe accumule les mauvaises performances)…

[19] http://www.legenoudeclaire.com/2013/09/27/avis-les-garcons-et-guillaume-a-table-de-et-avec-guillaume-gallienne/ 


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