HUNGER GAMES, catching fire[1]

 

Ou

Comment faire accepter par les adolescentes la violence

d'une société libérale chaotique, inégalitaire et sans repères

 

 

"Un blockbuster démolissant de l’intérieur le dogme

du spectacle capitaliste. On croit rêver !"

Les Inrocks[2]

 

 

"Après le succès mondial du premier épisode, la saga

"Hunger Games" revient sur les écrans ce mercredi

et délivre un message politique sans complexe

qui appelle les jeunes générations à se rebeller"

RTL.fr[3]

 

 

Je suis allée voir le film alors que j'ai 13 ans. J'ai lu les livres et j'ai adoré, le sang n'est pas trop montré, la violence est cachée.

On a compris que l'histoire est plus profonde que 24 gosses

qui s'entre tues. Je le conseille si on est pas de nature trop sensible.

Elena Isern[4]

 

[Roman - Page 129] : Combattre le Capitole m’expose

à des représailles. Je serai peut-être torturée. Mutilée.

A moins qu’on se contente de me tirer une balle dans la tête

sur la grand place, si j’ai de la chance

 

 

[Le film est classé « Tous publics » avec avertissement de la commission de classification du CNC : 

« Avertissement : ce film comporte des scènes de violence susceptibles de heurter la sensibilité du jeune public »]

INTRODUCTION

 

Le cinéma serait-il de plus en plus violent ? A l’image du monde qu’il reflète, il l’est évidemment, au risque de provoquer lassitude et exaspération.

Service cinéma Télérama (« Comment montrer la violence au cinéma »[5])

 

 

Un cauchemar américain, un cauchemar adolescent

 

"Hunger Games" (les trois romans, les deux films déjà sur les écrans), constitue un phénomène de société puisque la saga est majoritairement plébiscitée par les adolescentes, dès l'âge de 13 / 14 ans.

"Hunger Games", film « classique », consensuel dans sa forme, commercial par sa production et sa promotion, a été perçu par  quelques critiques de cinéma, comme  un film "politique" qui s'adresserait à la jeunesse « pour l'inciter à la révolte » !

Cette interprétation du film mérite que l'on s'y arrête, car, par ailleurs, cette saga romanesque (et le films qui ont transcris cet univers au cinéma) ont "touché" le public adolescent dans le monde entier, malgré l'horreur absolue de son thème.

Il conviendra tout d'abord de questionner ce succès en examinant quelle image est donnée dans l'œuvre des adolescents en général, et plus particulièrement des adolescentes (qui constituent le gros des troupes des lectrices et des spectatrices).

L'analyse permettra de comprendre que le succès du film est sans doute favorisé par le flou idéologique du propos, puisque partisans de la lutte des classes et militants du "Tea Party" trouveront là des élémHUNGER GAMES, catching fire
ents pour justifier leur vision du monde, leur engagement.

Sans doute "Hunger Games" a aussi rencontré le succès par le talent avec lequel l'auteur, Suzanne Collins, mélange, avec une grande habileté, les propos psychologiques, sociologiques, et politiques. Tout cela baignant dans les "sentiments les plus purs"

Le "message" est parfaitement adapté à notre époque inédite et troublée ! Derrière le discours "subversif" ou "pédagogique" reconnu par une grande partie de la critique, se cache (si peu !) un produit des industries culturelles nord-américaines absolument original et d'une formidable efficacité. Imposant un rythme de récit déstabilisant, s'appuyant sur les nouveaux modes de narration développés par la télé réalité, les jeux vidéo et la publicité ; le roman et la série vont faire la fortune de Suzanne Collins (et des producteurs des films).

Quelle est la base de ce "miracle" éditorial ? Tout simplement en distillant un parfum de scandale, de violence extrême et de transgression, "adapté" au public "jeune".

Grâce à Hunger Games, les adolescentes savent désormais qu'elles aussi vont connaître bientôt l'amour, mais qu'elles doivent lutter à mort, comme les garçons, dans l'arène du Libéralisme et définir, comme elles le peuvent, leur place parmi les grands mythes contemporains (progrès, productivisme, jeunesse, stars, Amérique, numérique, ordre, Loi, etc.).

Pour l’instant, la « rébellion » n’a pas encore commencé, mais, dans un « monde réel » de plue en plus numérisé et qui perd peu à peu le sens du collectif, une partie de la jeunesse est bel et bien en souffrance : on évoque parfois une « génération sacrifiée »... Alors, pourquoi pas « Les jeux de la faim » ?…

 

 

 

 

Générique

 

“Hunger Games – L’embrasement”

 

Ce sont souvent les mêmes films qui reviennent

dans les sphères académique et médiatique.

Un peu plus d’attention à des films prétendument mineurs ne fait pas de mal.

Laurent Jullier (« Analyser un film »)[6]

 

 

Produit par Lionsgate

Film d'aventures / Action, durée 02h26, réalisé par Francis Lawrence

Scénario de Suzanne Collins, adaptation de ses romans.

Suzanne Collins est une des co-productrices du film.

 

Avec Jennifer Lawrence (Katniss Everdeen), Josh Hutcherson (Peeta Mellark), Liam Hemsworth (Gale Hawthorne)

Woody Harrelson (Haymitch Abernathy, le "mentor" des deux jeunes héros), Donald Sutherland (Président Snow, le dictateur), Elizabeth Banks (Effie Trinket, hôtesse accompagnant les deux héros), Lenny Kravitz (Cinna, le couturier), Stanley Tucci (Caesar Flickerman, le présentateur vedette)

 Philip Seymour Hoffman (Plutarch Heavensbee, le Haut Juge) – Patrick St Esprit (Romulus Thread, le nouveau chef des Pacificateurs)

Tributs :

Sam Clafin (Finnick Odair) – Jena Malone ( Johanna Mason “nudité permanente”) -  Jeffrey Wright (Beetee “geek” – district 3) - Lynn Cohen (Mags “80 ans”) – Amanda Plummer (“Tic tac Wiress, partenaire de Beetee) -  (Annie Odair, née Cresta, remplacée dans les Jeux par Mags) – Meta Golding (Enobaria “dents acérées” )

 

 

“Il faut vivre sous l’idéologie d’une société atomisée pour croire que la mort de l’autre ne m’affecte pas. Qu’il peut mourir, et que je puis rester « en vie ».

Patrick Baudry (Le corps extrême »)[7]

 

Synopsis

Katniss Everdeen est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark.
Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la victoire dans tous les districts. Au fil de son voyage, Katniss sent que la révolte gronde, mais le Capitole exerce toujours un contrôle absolu sur les districts tandis que le président Snow prépare la 75e édition des Hunger Games, les Jeux de l’Expiation Kiss et Peeta vont devoir retourner dans l’arène pour affronter les anciens vainqueurs des Jeux, et il ne peut y avoir qu’un (ou une) survivant(e).

 

BOX office US[8]

Le nouvel épisode des "Hunger Games" a enregistré l'un des meilleurs démarrages de l'histoire d'Hollywood, amassant au cours de son premier week-end 158 millions de dollars.

A la deuxième place, "Thor: Le Monde des ténèbres", deuxième opus de la saga mythologique de l'écurie Marvel empoche 14,2 millions de dollars et 167,9 millions depuis sa sortie.

 

 

Un démarrage remarqué dans le monde

 

Deux impératifs modèlent le cinéma américain : un impératif de rentabilité » et un impératif d’acceptabilité, qui s’explique en partie par le premier. Aujourd’hui c’est sa « correction politique » qui distingue le cinéma américain. Ces formes de régulation permettent à Hollywood d’adapter ses produits à

tous les publics de « l’Amérique-Monde », et donc au monde entier.

Justin Vaïsse (« Le modèle américain »[9])

 

 

Outre-atlantique, Hunger Games : L'Embrasement, a engrangé 161,1 millions de dollars de recettes le week-end dernier, soit le record absolu de l'histoire en novembre.

Dans le monde entier, le film a déjà généré 307,7 millions de recettes.

Avec près de 12 millions de fans sur le compte officiel Facebook du film Hunger Games et plus d'un million de followers sur Twitter rien que pour le deuxième film, il va sans dire que la communauté de passionnés de la saga est très grande !

 

Un marketing efficace en Grande-Bretagne :

« Une grande partie de la stratégie commerciale de Lionsgate, a été de faire connaître le livre pour promouvoir le film. Ils ont ainsi distribué le livre à 20.000 spectateurs. Ils ont aussi édité un mini livret sur le livre et le tournage du film, et ont livré à 500.000 acheteurs de tablettes Samsung les deux premiers chapitres du livre en lecture électronique. Résultat : cela a fait le buzz et le livre a été beaucoup lu par les ados, dans l'attente de la sortie du film »[10].

 

 

Box office France

 

"Hunger Games", (sorti en mars 2012), le premier épisode de la série

Sorti dans 706 salles, le premier épisode de la série avait séduit 1,7 million de spectateurs en France.

Pour un coût de 78 millions de dollars, il avait rapporté 408 millions de dollars de recettes aux USA, et 283 millions de dollars de recette dans le reste du monde.

 

"Hunger Games – L’embrasement" (sorti en novembre 2013)

Le deuxième volet la saga a réalisé un excellent démarrage, le quatrième de l'année. Sorti dans 755 salles, le film a été vu en France par 2,4 millions de spectateurs au 11 décembre 2013[11].

 

Films plébiscités par le public français entre le 27 novembre et le 3 décembre 2013 :

Hunger Games – l’embrasement : 1 425 000 spectateurs (origine USA)

Les garçons et Guillaume à table ! : 530 000 spectateurs (cumulés depuis la sortie : 1,2 millions de spectateurs)

Gravity : 150 000 spectateurs (cumulés depuis la sortie : 4 millions de spectateurs) – (origine USA)

 

Quels sont les "succès" cinématographiques en France durant les 52  semaines avant le 3 décembre 2013 ?

Moi, moche et méchant 2  (sorti en Juin 13) : 4,5 millions de spectateurs (USA)

Le hobbit, un voyage inattendu (sorti en décembre 2012) : 4,5 millions de spectateurs (Origine USA)

Iron man 3 (sorti en avril 2013) : 4,3 millions de spectateurs (Origine USA)

Django unchained (sorti en janvier 2013) : 4,3 millions de spectateurs. (USA)

 

 

L’industrie américaine exporte ses films dans le monde entier, où elle contrôle de surcroît une part de plus en plus importante des circuits de distribution.

Grâce au cinéma, des modes ou des engouements partis d’Amérique envahissent en quelques semaines tout l’Occident. Diffusant le meilleur et le pire,

les « valeurs américaines » se propagent avec une grande rapidité.

Claude Julien (« L’empire américain »[12]) en… 1968 !

 

Depuis un an, les salles de cinéma ont enregistré en France 190 millions de spectateurs.

Sur ce total, la part de marché des films américains est estimée à 53 %[13].

 

 

 

 

1. La saga romanesque de Suzanne Collins

 

Ce film et le livre dont il est tiré dénoncent un problème d'actualité : les dérives de la télé-réalité, notamment aux États-Unis. C'est une histoire dystopique[14], une sorte d'avertissement sur ce que la société pourrait devenir si nous perdions notre humanité et notre empathie, comme le résume très bien l'actrice principale du film, Jennifer Lawrence[15].

Valentine Roger (Blogueuse)

 

"La série romanesque à succès de Suzanne Collins : un phénomène de l'édition pour ados avec près de 30 millions d'exemplaires vendus dans le monde (dont 7 millions aux Etats-Unis et 360.000 en France).

 

 

Suzanne Collins, née le 10 août 1962 dans le Connecticut, est une écrivaine et auteur américaine. Diplômée à l'université d'Indiana, Suzanne Collins depuis 1991 écrit des scénarios et des histoires pour des programmes de télévision jeunesse. Elle écrit aussi des histoires pour les plus petits. Plus récemment, elle a été scénariste en chef de la série Clifford's Puppy Days. Elle vit dans le Connecticut avec sa famille; elle a deux enfants,

En septembre 2008, Scholastic publie aux États-Unis Hunger Games, premier volume d'une trilogie[] ; le parcours professionnel du père de Collins dans l'armée de l'air a permis à l'auteur de se confronter aux thèmes de la pauvreté, de la famine et des effets de la guerre. Elle indique avoir eu l'idée de la saga en "zappant" sur sa télévision entre des reportages de guerre et des programmes de télé-réalité.

 

Le deuxième volume Hunger Games : L'Embrasement paraît en septembre 2009 aux États-Unis, et le troisième, Hunger Games : La Révolte, en août 2010. En l'espace de quatorze mois, les deux premiers volumes se vendent à 1,5 millions d'exemplaires en Amérique du Nord, et restent pendant 60 semaines d'affilée sur le classement des meilleures ventes du New York Times. Le succès des livres déclenche une adaptation filmée sous la direction de Gary Ross.

La popularité considérable du roman vaut à Collins d'être nommée par le Time parmi les personnes les plus influentes de l'année 2010. En mars 2012, la branche américaine d'Amazon annonce que Collins est, à ce jour, l'auteur le plus vendu en édition Kindle

 

Hunger Games (The Hunger Games) est le premier tome de la trilogie homonyme de Suzanne Collins, paru en 2008. Le livre a reçu un accueil positif de la plupart des critiques et auteurs, dont l'écrivain Stephen King. Il a été salué pour la qualité de son scénario et le développement des personnages, bien que certains critiques aient noté des similarités entre le roman et celui de Kōshun Takami, Battle Royale (1999) et surtout avec des œuvres qui ont initié le genre, Le Prix du danger de Robert Sheckley, ou Marche ou crève et Running Man de Stephen King.

Depuis sa parution, le livre a été traduit en 26 langues et publié dans 38 pays"[16].

 



 

2. Analyse du film

 

Le découpage en quatre films rend l’adaptation filmique plus cohérente, mais difficile à analyser si l'on ne prend pas en compte la globalité du projet. Par exemple, le deuxième film ("l'embrasement") commence sans aucun rappel des évènements survenus dans le premier opus. Le spectateur du second film peut toujours apprécier le récit, mais il peine à interpréter les évocations du premier film.

 

Pour rendre compte de la complexité du matériau de base, quelques indications supplémentaires seront fournies. Il sera précisé si ces éléments proviennent :

Du roman [Roman] ou

Du premier film de la série [Film Hunger Games 1]

 

 

 

2.1.                   Le film "pour ados", un segment cinématographique incontournable car parfois très, très  rentable

 

 

Le spectacle d’images (et notamment le cinéma fantastique et d’horreur – sont un moyen important par lequel l’être humain tente de se donner des images de ses états du corps et de ses fantasmes les plus angoissants

pour se familiariser avec eux, les maîtriser et les organiser.

Serge Tisseron (« Images violentes, violence des images »[17])

 

Alors que pendant des années le cinéma proposait des sujets bien distincts aux adultes d’un coté et aux enfants de l’autre, un nouveau « créneau » s’est mis en place (comme dans la littérature) pour cibler des adolescents / adulescents. Ce pari a parfois été récompensé par des recettes « miraculeuses ».

 

harry Potter

Harry Potter et les reliques de la mort - 2e partie - Au terme de sa première semaine dans les salles françaises, le tout dernier volet de la saga à succès a attiré plus de 3 millions de spectateurs [Juillet 2011]. Le film a dépassé le milliard de dollars de recettes (le précédent record de la saga était détenu par le premier épisode, Harry Potter a l'école des sorciers, qui avait  rapporté  970 millions de dollars de recettes).

C'est le neuvième film de l'histoire du cinéma à dépasser le milliard de dollars au box-office mondial[18].
 

 

Twilight

"Twilight Chapitre 5 : Révélation, 2e partie", l'ultime volet, est le plus populaire de la saga, avec plus de 750 millions de dollars de recettes à travers le monde. En France, le dernier film a franchi la barre des 4 millions d'entrées

Le deuxième volet, Chapitre 2 : Tentation, avait engrangé 709 millions de dollars en 2009.

Depuis 2007, les cinq épisodes de Twilight cumulent 3,2 milliards de dollars de recettes à travers la planète.

 

 

 

le film  « transgressif » et « marginal »  pour ados et adulescents

En 2012, le très consternant (et pourtant bien connu des adolescents) film de Nima Nourizadeh  "Projet X" a été vu par 1,8 millions de spectateurs en France et généré 102 milliards de recettes dans le monde. [Un lycéen organise une fête dans la maison de ses parents, fête qui va dégénérer en folie collective et destructrice. Le lycéen est réprimandé et… félicité !].

2.2.                   HUNGER GAMES, Le premier film  (sorti en France en Mars 2012)

 

Les superproductions hollywoodiennes visent d’emblée un marché mondial en gommant tous les aspects qui exigent des clés de compréhension particulières,

ou qui illustrent des dimensions nationales ou provinciales

Gilles Lipovetsky et Jean Serroy (« L’écran global »[19])

 

Réalisé par Gary Ross – durée : 142 minutes

Avec : Wes Bentley (Seneca Crane, chef des Juges, il gère la mise en scène des Jeux).

 

 

Synopsis du premier film Hunger Games :

« Katniss Everdeen, une adolescente de 16 ans, vit dans une Amérique post-apocalyptique, connue sous le nom de Panem. Un puissant gouvernement répressif, le Capitole, qui s'est formé après une période de troubles et de destruction, contrôle les douze districts qui forment Panem. Après la rébellion du treizième district, qui sera complètement rasé, le Capitole crée un jeu télévisé appelé Hunger Games, qui consiste à tirer au sort deux enfants, une fille et un garçon, entre 12 et 18 ans dans chacun des 12 districts (soit 24 participants) et de les faire se battre à mort dans une arène où il ne peut y avoir qu'un seul gagnant ou gagnante.

Lors de la 74e édition, Primrose, la jeune sœur de Katniss âgée de 12 ans, est choisie pour participer aux Hunger Games et représenter le district 12. Katniss se porte alors volontaire pour prendre sa place, afin de la sauver d'une mort certaine. Elle est en compagnie de Peeta Mellark.

Dans l’arène, Katniss doit se défendre face aux autres tributs et trouve une alliée en la personne de la jeune Rue du district 11, mais cette dernière est tuée sous ses yeux… »[20].

 

Situation finale du premier film Hunger Games:

 

Katniss et Peeta restent seuls en lice dans les 74° Hunger Games (leur dernier adversaire a été dévoré par des créatures génétiques artificielles). Ils refusent de s’entretuer et se préparent à se suicider en avalant des baies empoisonnées. La voix du Haut Juge Seneca Crane retentit, les arrête et les proclame vainqueurs, tous les deux, des Jeux.

Devant un immense public, le couple de vainqueurs est interviewé par Caesar, le présentateur vedette. Caesar les surnomme « les amants maudits du District Douze ».

Le juge Crane est poussé au suicide (en avalant des baies empoisonnées). Sur la grande place du Capitole, le Président Snow couronne Katniss. Le couple rejoint son district où parents et amis les acclament, tandis que le Président Snow observe la scène sur l’écran de la salle de contrôle des Jeux.

 

Le premier Hunger Games pose quelques éléments qui seront également présents dans le second film « L’embrasement », et mériteront donc d’être analysés avec soin :

 

Un film de science-fiction sans racines géographiques… qui ne peut se détacher du passé

 

L’adolescente spectatrice du film perd ses repères : il lui est difficile de situer le pays (imaginaire certes) où se déroule l’action (pas de lycée, de supermarché, de marque de boisson gazeuse, de vedette de télé-réalité…). La spectatrice ne peut que constater l’absence des outils de communication qui sont les siens (pas de téléphone portable, de smartphone, de Facebook, pas même d’Internet).

Que l’on soit une spectatrice américaine, européenne ou asiatique, le dépaysement (voulu) est remarquable. Le film construit un univers cohérent, qui lui est propre, mais qui rassemble et transforme assez de stéréotypes pour séduire le plus large public possible, pour dépayser ses spectateurs sans les perdre.

 

Les « sponsors »

Dans ce premier film, il est fait référence pas moins de quatre fois aux « Sponsors ». L’entourage des deux héros les informe qu’il s’agit de personnes (ou d’entités non précisées) qui, si elles sont « séduites », peuvent leur apporter une aide précieuse (peut-être vitale) au cours des Jeux. Ces « sponsors » appartiennent au monde privilégié du Capitole. [cf. 2.8.1]

 

 

 

 

2.3.                   Le trajet du film « Hunger Games catching fire » (épisode 2 de la saga cinématographique)

 

Situation initiale

Katniss chasse dans les bois avec Gale, son ami mineur. Le Président Snow en personne se déplace pour la menacer de représailles si elle ne donne pas l’impression de filer le parfait amour avec Peeta, son compagnon d’arène qui a survécu comme elle aux précédents Jeux. Peeta, Katniss et leur mentor Haymitch partent en train effectuer la tournée de la victoire dans les différents Districts.

 

Situation finale

Dans l’arène, nouant des alliances avec d'autres concurrents (Finnick Odair et Mags, Beetee et Wiress, Johanna Mason), Katniss et Peeta montent un stratagème pour se débarrasser de leurs derniers rivaux. Beetee attache un fil électrique à un arbre où doit tomber la foudre, Katniss et Johanna partent le dérouler jusqu'au lac au centre de l'arène afin de l'électriser. Mais Johanna assomme Katniss pour lui retirer le "mouchard" qu'elle porte à l'intérieur de son bras. Reprenant connaissance, elle revient vers l'arbre, attache le fil métallique à une flèche et la tire vers le dôme qui entoure l'arène, le faisant exploser ce qui la projette au sol, inconsciente.

Katniss est récupérée par un hovercraft où elle se réveille, pensant avoir été capturée par le Capitole (en apercevant le haut-juge Heavensbee) ainsi que son mentor Haymitch. Mais elle a en réalité été exfiltrée par les rebelles dont il est un des chefs. Elle apprend alors que son partenaire et "fiancé" Peeta (ainsi que Johanna Mason) est dans les mains du Capitole, ce qui la met dans une rage folle. Placée sous sédatif, elle se réveille plus tard aux côtés de son ami Gale Hawthorne. Ce dernier l’informe que le District 12 a été bombardé et rayé de la carte, mais qu'il a réussi à sauver sa mère et sa soeur Primrose. La dernière image du film montre le visage de Katniss en gros plan

 

 

 

2.4.                   "Panem », une société dictatoriale

 

Un film de "propagande" diffusé aux habitants du District Douze dans le premier film nous informe qu'une révolte s'est déroulée contre le gouvernement de l'époque : treize "Districts" se sont rebellés, ce qui a entraîné une guerre civile meurtrière. Le pouvoir a finalement repris le contrôle de la situation. Mais les Districts sont sous étroite surveillance militaire et policière. Chacun d'eux, spécialisé dans un secteur économique, pourvoit à la richesse et au luxe du Capitole, ville principale de Panem, ce pays imaginaire peu engageant.

 

 

 

2.4.1.                       Qu’est devenu le reste du monde ?

 

Si la géographie de Panem rappelle quelque peu les USA, il convient de remarquer l'absence de références au reste du monde. Aucune frontière, aucun échange économique ou culturel n'indique la présence dans cet univers d'autres peuples, d'autres cultures, d'autres systèmes politiques, d'autres valeurs. Panem constitue un Pays / Monde, et il est impossible de le quitter, puisqu'il n'existe rien d'autre… Un isolationnisme indépassable ! Le pays est soumis à une dictature dirigée par le vieux Président Snow.

 

 

 

2.4.2.                       Le dictateur à la tête de Panem

 

2.4.2.1.       Un dictateur ordinaire

 

Le Président Snow est le Président de Panem; il est à la tête de tous les districts et du Capitole. Il dirige Panem d'une main de fer, écrasant les rébellions, mettant tout en œuvre pour préserver son système autoritaire et despotique.

Son nom, Snow, fait référence à la neige et par extension au blanc, à la pureté. Il sacrifie la majeure partie de la population (les districts) pour une minorité de privilégiés (les habitants du Capitole). Il s'oppose à Katniss dès l'instant où elle se montre plus maligne que les organisateurs (à la fin du premier film) car elle représente un danger. Il tente alors de la manipuler en prenant ses proches en otage (il vient d'ailleurs l'intimider dans sa maison au début du film, évoquant des possibilités de soulèvement, de révolution).

Avant les Jeux, le Président déclare au Haut Juge : « Je veux voir ces tributs morts ! ». Cinna, le styliste rebelle et ami de Katniss, est assassiné sauvagement.

 

2.4.2.2.       Analyse politique, stratégies

 

[Roman - Page 27] Président Snow : [au cours des Jeux] vous avez été remarquable dans votre rôle de lycéenne au cœur d'artichaut.

Les citoyens du Capitole ont adoré. Hélas les habitants des districts

 ne sont pas tombés aussi facilement dans le panneau.

 

Par stratégie, pour rester au pouvoir, le Président Snow semble avoir comme priorité de garder le contrôle de l'histoire d'amour entre Katniss et Peeta. Il les donne en exemple : "Vous représentez nos idéaux, la force et la valeur. Vous serez une source d'inspiration pour tout un chacun tant que vous vivrez"

Mais sont-ils vraiment, à eux seuls, le centre du monde ?…

Le dictateur a parfaitement intégré le fait que Katniss n'est pas un leader. Il craint qu'elle ne devienne un jour un symbole d'espoir pour la rébellion

La méfiance est omniprésente : « Tous les anciens vainqueurs constituent une menace ». La mise en place des Jeux de l’Expiation va permettre d’éliminer définitivement des dangers potentiels aujourd’hui contrôlés.

Pour le dictateur, les menaces sont permanentes [à la tribune] : « Même les plus forts ne peuvent l’emporter face au pouvoir du Capitole ».

Malgré cela, les districts se rebellent à la fin du film, un « nouveau » combat s’engage (qui fera l’objet des deux prochains et derniers films).

 

 

2.4.2.3.       Les relais du dictateur

 

Les directives "venues d'en haut" sont parfaitement relayées par l'échelon intermédiaire, qui fait preuve d'obéissance (Romulus Thread, le chef de la police qui fouette Gale sur la place publique) ou d'esprit d'initiative (Effie a écrit les discours de propagande que doivent prononcer les deux vainqueurs lors de leur tournée).

Haymitch, mentor des deux héros, leur conseille de sourire aux populations opprimées et de leur lire les discours écrits par Effie. Ils vont tacher de s'acquitter de leur mieux de cette mission (Peeta récite devant des foules encadrées par la police : "Panem aujourd'hui, demain, pour toujours !")

Katniss et Peeta jouent leur rôle à la perfection : K : "tu crois que le Président est content ?" Peeta : Je ne vois pas ce que je peux faire de plus !"

Katniss ne peut pas assumer un statut de leader de la révolte. (A Gale) : « Je ne suis pas leur modèle ! Je ne peux pas les aider ! ».

[Avant le tirage au sort qui va condamner Katniss] Gale : On aurait du fuir !

 

 

2.4.2.4.       mais aussi un dictateur "humanisé" par le film

 

Alors que son pouvoir s'appuie sur la force brute et la répression policière, le Président présente parfois une image plus "civilisée". Il "s'invite" chez Katniss, certes pour la menacer et l'intimider, mais aussi pour apprécier une tasse de thé et les gâteaux confectionnés par le pâtissier Peeta. Nous le retrouvons par ailleurs à deux occasions avec sa petite fille, en "papy" aimant et attentionné, très loin de l'image d'un monstre sanguinaire.

Dans les films « Hunger Games », il n’existe pas de « mal absolu », endémique et fatal, au cœur de l’espèce humaine (les romans sont incontestablement plus sombres et pessimistes – cf. Annexes).

 

 

2.4.2.5.       le dictateur / les juges organisateurs des jeux

 

Le pouvoir principal du dictateur consiste à choisir le "Haut Juge"  responsable de l'organisation des Hunger Games. Le Juge Seneca Crane, qui a failli à sa mission, est poussé au suicide et remplacé par Plutarch Heavensbee.

Les "Hauts Juges" semblent définir la stratégie du pouvoir : Plutarch Heavensbee indique au Président qu'il conviendrait de limiter le marché noir dans les Districts et d'augmenter la fréquence des châtiments corporels pour les "rebelles", ce qui se traduit immédiatement dans la répression policière.

La répression est appliquée avec la plus extrême violence (contestataire abattu d'une balle dans la tête, Gale fouetté sur la place publique), mais jamais le dictateur ne donne des ordres directement.

A la fin du film, Plutarch Heavensbee trahit et rejoint le camp de la rébellion.

Les rouages et le fonctionnement de cette dictature restent dans un certain flou…

 

 

 

 

 

 

2.4.2.6.       Une dictature sans propagande !

 

Lors de ses apparitions publiques, le Président Snow est entouré d'un décorum pompeux et grandiose, mais aucune présence de logo, de slogan, de signalétique spécifique au régime. De même, les Pacificateurs, interchangeables et anonymes,  ne portent aucun insigne rappelant le régime sur leur uniforme.

La seule formule pouvant indiquer un mot d'ordre est énoncée à plusieurs reprises par Effie Trinket : "Happy Hunger Games à tous et puisse le sort vous être favorable".

Face à cette communication "minimale", le camp de la rébellion va se fédérer et communiquer autour de la broche portée par Katniss, broche du "geai moqueur" (une "marque" destinée à dépasser largement le seul domaine du film – voir 4.2.2 "Un film marque").

 

 

2.4.2.7.       Un ogre aux commandes du  panoptique

Le récit filmique doit offrir un certain plaisir aux jeunes spectateurs : assister au sacrifice de leurs pairs, confronté à un « Ogre / dictateur » absolument maléfique (les spectateurs eux éprouvent la satisfaction d’avoir échappé au pire !). Les enfants ici ne sont pas « mangés » par le monstre ; ce dernier se contente d’organiser le dispositif (le panoptique), la mise en scène qui va les conduire à une mort des plus injustes.

Au XVIIIième siècle, Jérémy et Samuel Bentham imaginent un type d’architecture carcérale permettant à un gardien d’observer tous les prisonniers enfermés dans des cellules individuelles, sans que ceux-ci puissent savoir s’ils sont observés. Pour les tributs prisonniers de l’arène, cette définition correspond parfaitement au dôme qui abrite les Jeux. Le film semble curieusement se rapprocher des réflexions de Michel Foucault  (« Surveiller et punir »), puisque les habitants « coupables » des Districts sont épiés, dans leur vie quotidienne, par des caméras et des micros omniscients.

 

 

 

2.5.                   Les "RICHES "au Capitole,  Les PAUVRES dans les "districts"

 

2.5.1. Le Capitole : « Bo Bo[21] » plutôt que « Big Business »

 

 

[Roman - Page 80] : Au Capitole, nous enchaînons les apparitions interminables devant des foules en délire. Aucun risque de soulèvement ici

parmi les privilégiés, ceux dont les enfants ne risquent pas de mourir

pour de soi-disant crimes commis voila plusieurs générations.

 

MAIS aussi

 

[Roman - Page 211] : ça fait un choc de découvrir que des gens du Capitole peuvent éprouver de l'affection pour nous. Peut-être connaissent-ils trop bien les vainqueurs, surtout ceux qui sont célèbres depuis des années,

pour oublier que nous sommes aussi des êtres humains.

 

 

Le Capitole est la plus grande ville de Panem et abrite le siège central du gouvernement de la nation. Les habitants du Capitole sont généralement considérés comme les plus riches de tout Panem et la prospérité de la ville est alimentée par les industries et le travail forcé des districts au-delà. Les gens sont plus connus pour l' "originalité" de leurs tenues, et leur intérêt démesuré pour la mode, (au point même de changer la couleur de leur peau, ou même d'implanter les moustaches)[22].

Les habitants du Capitole ne travaillent pas, ne sont aucunement individualisés. Nous ignorons l'origine de leur richesse, mais ils sont riches, extravagants, (insouciants ?) et donc si fascinants.

C'est un groupe social dont la seule activité consiste à assister aux fêtes futiles données par le Président Snow, aux défilés en char des tributs, aux "shows" animés par Caesar Flickerman. Leur sens de  la fête et du travestissement n'est pas sans rappeler les "Love parade" allemandes ou nos Techno Parades annuelles.

Comme de nombreux autres éléments du film, leur présentation laisse place à une certaine interprétation :

§        Les habitants du Capitole sont abjects quand ils utilisent des drogues pour se faire vomir en plein banquet et poursuivre ainsi leur gargantuesque repas (alors que les populations des districts souffrent de la faim), mais

§        Les habitants du Capitole grondent contre le pouvoir et demandent l'annulation des Jeux quant Peeta leur annonce que Katniss est enceinte, déclaration qui n'est qu'une manœuvre mensongère. 

§        Les habitants du Capitole choisissent des « chouchous » parmi les anciens vainqueurs des Jeux. [Dans le roman, ils votent pour savoir quelle robe de mariée Katniss doit choisir]

Impossible de comprendre dans le film le rapport de domination qui existe entre les populations du Capitole qui ne manquent de rien et les habitants des districts affamés et privés de liberté.

Les habitants du Capitole vivent dans un "ailleurs" qui semble même les tenir éloignés de la politique : sont-ils un soutien du Président Snow, ont-ils des intérêts communs avec ce dictateur ? Partagent-ils la même vision du monde ? Difficile de le préciser, le film restant volontairement flou sur ces questions. On constate simplement un frémissement de contestation dans la foule lors de la présentation des tributs dans l’émission télévisée de Caesar Flickerman.

Le personnage d’Effie Trinket sert de « fil rouge » sympathique dans les deux films. Porteuse des valeurs du Capitole, elle tente de « former une équipe » avec les vainqueurs des Jeux, qu’elle respecte et pour lesquelles elle a un minimum d’affection. Cette caractéristique « sauve » le personnage, et, à travers elle, les valeurs du Capitole.

Les habitants du Capitole constituent une population homogène : nulle présence de pauvreté, de chômage, de violence ou d'exclusion dans la capitale de Panem. Par bien des cotés, une société qui brille de mille paillettes, si fascinante pour le  public adolescent

D’ailleurs la phrase suivante leur convient parfaitement : « Dans une atmosphère euphorisante, un mélange de joie exubérante et insolente, de frivolité dandy, de liberté créatrice et de provocation tous azimuts » [Pourtant il s’agit là de la description de l’Espagne de la Movida, au début des années 80…][23].

 

 

2.5.2. Les districts

 

[Roman - Page 69] : Deux pacificateurs traînent au sommet des marches le vieillard du District Onze qui a sifflé. Le forcent à se mettre à genoux

devant la foule. Et lui logent une balle dans la tête.

 

Les douze districts ont chacun une culture unique qui est fortement influencée par les biens qu'il produit. Les niveaux du bien-être varient considérablement et sont souvent dépendants des biens produits; certains districts, comme les 10, 11 et 12, sont beaucoup plus pauvres que les quartiers les plus riches comme les 1, 2, et 4.

Quelques districts ont adopté une pratique qui rend plus opaque la compréhension de cette réalité : certains jeunes (les "carrières") se portent volontaires pour participer aux Jeux (ce qui signifie qu'ils devront eux aussi tuer leur partenaire volontaire…)

 

On peut noter l'origine populaire des trois héros de la saga : Katniss chasse illégalement et pratique le troc pour nourrir sa famille, Peeta est boulanger et Gale mineur de fond. Aucun des personnages des Districts n’est antipathique. Certains sont dignes et attachants (la mère et la sœur cadette – Primrose – de Katniss). Mais ils sont privés de Liberté, et leur univers est gris, triste, pauvre. Des communautés / prisons marquées par le malheur et la souffrance.

 

Soumis à la plus injuste des oppressions, les habitants de certains Districts vont se révolter contre le Président Snow. Les révoltes individuelles sont réprimées par la violence. Les contestations collectives (signe de ralliement bras tendu) ne font pas l'objet d'une telle répression.

Autant les habitants du Capitole semblent coupés des évènements qui agitent les Districts (à l'exception notoire des faits et gestes des vainqueurs des Jeux), autant les habitants des Districts (le "Panem d'en bas" ?) paraissent ignorer les fastes de le vie des habitants du Capitole. Deux mondes unifiés par la dictature, qui s’appuie sur la présence active et invasive des médias.

Les deux personnages Noirs (Tresh et Rue) issus du District Onze (caractérisé par l’agriculture) sont tués à la fin du premier film, mais BeeTee, autre personnage Noir est sauvé dans l’épisode 2 : c’est un « geek » issu du District Trois (l’image des Noirs s’est donc modifiée, et cette population est passée de la force et l’innocence à la technologie « Higth Tech »).

L’existence d’un District Treize est révélée ; le District Douze est détruit par les bombes incendiaires du Dictateur. Les autres Districts se révoltent.

 

 

2.6.                   Un pouvoir qui ne peut empêcher le développement de la contestation

 

 

2.6.1.                       Katniss, Peeta et les autres tributs

 

Attitude ambiguë de Peeta lors de la tournée dans le district 11 : pour rendre hommage à Tresh et à Rue, Peeta offre "un mois de nos gains annuels aux familles des tributs décédés, et ce jusqu'à la fin de nos jours" Ce geste de grande générosité peut aussi s'interpréter comme une invitation pour les habitants du district à endurer leurs souffrances actuelles…

Le discours "généreux" des deux vainqueurs aux habitants du district 11 déclenche l'hostilité de la foule, et une répression sanglante ("de toute ma vie, je n'ai rien vu de pareil", déclare Katniss horrifiée).

Durant le dernier show présenté par Caesar Flickerman, certains tributs contestent violemment leur présence à ces nouveaux Jeux (Johanna, tribut déjà vainqueur des Jeux, insulte le public).

Johanna s’adresse aux « organisateurs : « Vous ne pourrez pas enfermer tout le monde dans votre arène ! »

 

Peeta révèle au public, lors du dernier show qui précède les Jeux, que lui et Katniss se sont mariés en secret, et que Katniss est enceinte (le public du Capitole gronde et murmure « annulez les Jeux »).

Lors du dernier show, les tributs, sur scène, se donnent solidairement la main, entraînant la fin prématurée de la diffusion, un « écran noir ».

Le Haut Juge et Haymitch rejoignent la rébellion et sauvent Katniss, avec la complicité et le sacrifice des « tributs » acquis à la cause de la Liberté.

 

 

 

2.6.2.                       Gale et les mineurs du District 12

 

Katniss propose à Gale de s'enfuir avec leurs familles et leurs amis

Gale déclare à Katniss : « Moi je reste dans le district »

A la fin du film, le District 12 est détruit, mais Gale est vivant, et il participe à la rébellion.

 

 

2.6.3.                       Katniss aussi s'oppose au pouvoir

 

Dans le train de luxe qui leur est réservé, Katniss déclare, amère : "j'ai mérité tout cela en tuant des êtres humains".

Après la « punition » de Gale sur la place publique : « Je reste ici et je vais causer un maximum de pagaille ! »

Lors de la cérémonie du tirage au sort : Katniss et Peeta lèvent le bras et exécutent le signe de ralliement des contestataires ; la foule du District Douze se joint à eux et les imite.

Lors des entraînements, elle réalise, devant les Juges et les personnalités, un mannequin qu’elle baptise « Seneca Crane » (il s’agit du précédent Juge qui lui a laissé la vie et a été contraint au suicide).

Lors du dernier show télévisé, elle constate, malgré elle, que sa robe de mariée (créée par son styliste Cinna) se transforme en robe « Geai moqueur », symbole de la rébellion.

Katniss parvient avec son arc à détruire l’arène et, par un court circuit, à couper le courant électrique [péripétie à forte connotation symbolique. Cf. 2.12.2 « Arc »].

A la fin du film, Katniss, à moitié inconsciente, accompagne l’action, elle n’est plus moteur.

 

 

MAIS

2.6.4.                       Katniss, complice du pouvoir ?

 

[Roman - Page 24] : le Président me méprisera toujours

parce que je suis sortie victorieuse de ses Jeux sadiques.

Tout acte de rébellion de ma part n'était que pure coïncidence.

 

 

[Roman - Page 78] : un projecteur nous éclaire et j’affiche mon sourire le plus éblouissant. Nous descendons les marches et nous laissons happer par une longue succession de banquets, de cérémonies et de voyages en train

 

[Roman - Page 68] (la foule du district 11 lui adresse un signal complice) Avant la rencontre avec le Président Snow, ce geste m’aurait émue aux larmes. Mais avec l’ordre qu’il m’a donné de ramener le calme dans les districts, il m’emplit de terreur. Que pensera-t-il de cet hommage de la foule à celle qui a défié le Capitole ? Sans en avoir l’intention, j’ai engendré une réaction dangereuse, un acte de rébellion de la part des habitants du district Onze. Précisément le genre d’attitude que je suis censée décourager. J’essaie de trouver des mots qui puissent rattraper mon erreur, l’annuler. Mais on vient de couper mon micro.

 

Opposante constante du dictateur qui menace sa famille, Katniss est bien obligée de composer avec les pratiques et les comportements qui lui sont imposés. Certes, les situations qu'elle vit témoignent de l'emprise qui pèse sur elle, mais, à y regarder de plus près, cette emprise s'avère paradoxale. Examinons quelques points.

Katniss, "fille des bois" qui vit de chasse à l’arc et de braconnage, va devenir la coqueluche des médias. Son corps va d'abord lui être révélé (épilation, crèmes, soins de beauté divers), puis elle va devenir l'égérie du styliste Cinna dont les créations vont faire d'elle la star du Capitole et des médias. On pourrait envisager un sort plus funeste…

Effie Trinket, l'hôtesse qui accompagne Katniss et Gale, leur fait connaître les joies et les avantages du Capitole (un train de luxe les emmène de District en district pour la tournée de la victoire).

Après leur victoire, Katniss, Peeta et leurs familles résident désormais, comme leur mentor Haymitch également anciennement vainqueur des Jeux, dans une maison du "village des vainqueurs". A l'image, ce "village" s'avère bien triste et discret si on le compare au luxe du Capitole. Mais il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un "luxe" offert par le dictateur, privilège que Katniss ne refuse pas ("Merci pour la générosité du Capitole" déclare-t-elle à la caméra).

L'image de Katniss est si brouillée qu'une petite fille lui offre un bouquet en lui déclarant : "Plus tard je serai volontaire comme toi, Katniss !"

Katniss, lasse de collaborer, propose à Gale de s'enfuir (réponse de Gale : "Tu fais quoi des autres ?"

Katniss, comme l’a souhaité le Président, se présente au spectacle télévisé présenté par Caesar Flinkerman vêtue de la robe de mariée réalisée par Cinna, son styliste. Katniss : « Qui est bluffé par cette comédie ? » - Réponse de Haymitch, son mentor : « Tout le public ! ».

Katniss ne comprendra qu’à la toute fin que ces Jeux auxquels elle participe sont d’une grande cruauté, mais qu’elle doit en réchapper (au prix de la vie d’autres tributs qui vont se sacrifier pour sa survie), car elle symbolise désormais la rébellion.

 

 

 

2.7.                   Une société bien différente, par certains cotés, de la référence Etasunienne

 

Pour la critique, l’action du film se situe en Amérique, dans un futur indéterminé. Si tel est le cas, on peut remarquer que quelques éléments constitutifs de la société américaine (réelle) sont absents du film :

§        Absence de toute référence à Dieu, à une quelconque religion, aucun lieu de culte, pas de Thanksgiving[24] [MAIS : Gale est fouetté sur la place publique par le chef de la police. Cet événement "parle" au public américain : "Dans la ville puritaine de Salem, les châtiments corporels au fouet étaient courants"[25].]

 

§        Entre les pauvres des Districts et les populations « privilégiées et aisées » du Capitole, il n’existe nul intermédiaire (dans le film, puisque le roman signale la présence de « riches » dans chaque district). Où se cache donc la « classe moyenne » ?

 

§        L’école n’est pas d’une grande utilité, puisque, dans les faits, chaque tribut reçoit une éducation directement inspirée par le secteur économique du secteur où il habite (nous ignorons à quoi ressemble l’école du Capitole; d'ailleurs, y-a-t–il même des enfants dans cette Capitale ?…).

L'école, absente du film, est présente dans le roman (elle relaye le pouvoir du dictateur) :

[Roman - Page 177] : Primrose rentre de l'école. Les professeurs ont annoncé une émission de télévision  obligatoire ce soir .

 

 

 

 

 

2.8.                   Les sponsors, les medias et la culture

 

 

Il ne faut pas oublier qu’en règle générale, il est plus facile de prélever les empreintes photographiques des dominés, des pauvres, des exploités, que de prélever celles des classes  et des corps qui sont bien souvent

les responsables de ce qui arrive aux précédents.

Laurent Jullier (« Interdit aux moins de 18 ans »[26])

 

Dans le film, comme c'est aussi le cas dans le monde actuel, le secteur "primaire" de la production a laissé plus de place au secteur tertiaire. Les Jeux (et les loisirs), la Communication (le numérique, les médias en particulier) occupent désormais une place importante dans l'organisation de la société. Dans le premier film, les deux tributs noirs issus du district « rural » 11 (Rue et Thresh) sont tués; dans le second film, le "geek" noir Beetee échappe au massacre et rejoint la rébellion).

 

 

2.8.1.                       Un monde sans marques, sans riches ( !), mais avec des sponsors très présents, très puissants, mystérieux…

 

[Roman - Page 63] : j’ignore où vivent les riches du district Onze,

mais ce n’est pas ici.

 

 « Les tributs du District Un ont d’excellents sponsors »

Haymitch, mentor des héros

 

« N’oublie pas Katniss qu’il y a beaucoup de sponsors dans la salle »

Effie Trinket, hôtesse accompagnatrice, lors de la dernière soirée télévisée

 

 

Tout d'abord une définition :

"Un sponsor est une entreprise qui soutient une personne, un organisme ou une action d'intérêt général (culture, santé, social, etc.), non pas dans un but philanthropique comme pour le mécénat, mais à des fins commerciales. Cette activité de soutien (baptisée « sponsoring » ou « parrainage ») se fait moyennant l'octroi en retour de contreparties comme la promotion des produits et services de l'entreprise sponsor, ainsi que sa notoriété et son image de marque".

 

Le film nous précise à de nombreuses reprises que les sponsors, s’ils sont « séduits » peuvent être d’un grand secours pour les tributs au cours des Jeux. Et effectivement, diverses denrées (pommade, pain) et accessoires (outil pour capter l’eau des plantes) atterrissent au pied des tributs dans l’arène entre deux combats.

Mais, nous ne voyons jamais les sponsors À l’écran !!!

Troublant constat : dans ce monde futuriste, les marques et la publicité n'existent pas.

Les sponsors restent « indifférenciés » dans la population bigarrée des habitants du Capitole. Plus étonnant, nous ignorons quelles sont leurs activités commerciales et quelles sont leurs stratégies de communication pour augmenter leur chiffre d’affaire.

 

Le film nous oblige donc à accepter un glissement de sens : les « riches » se cachent derrière les « sponsors ». Nous ignorons quels sont leurs relations avec le Dictateur et le régime, et nous ne savons pas comment l’opinion publique (au Capitole, dans les Districts) accepte (ou non) leur présence, leurs poids dans la vie économique.

 

A la réception au Palais Présidentiel – Effie : « il n'y a que des gens importants ici ! »

Il est certain que nul (dans les romans comme dans les films) ne les conteste (d’autant plus qu’ils sont « cachés »). Ils sont absents des retransmissions télévisées de Caesar.

Les « riches » sont donc présents dans le film « Hunger Games », mais ils offrent deux visages : soit des « bonnes fées » dont l’influence se limite aux seuls Jeux, soit des créatures du Capitole plus préoccupées par leur apparence que par les dures lois de l’économie.

 

Au bilan, pour les adolescentes qui constituent majoritairement le public, les « sponsors » restent bien mystérieux, énigmatiques, puissants, et, si l’on veut réussir dans cette société, il convient de « leur plaire », même si on ne comprend pas trop bien quelle partie se joue là…

Nécessaire et légitime violence des individus (au nom du combat pour la Liberté !) et absence de contestation des « riches » sponsors, voilà bien les bases idéologiques sur lesquels repose la saga (et les films) à la fin du tome 2.

Inutile de chercher dans le film des actionnaires, des spéculateurs, des traders, des lobbyistes ou des rentiers : ils seront bien les « oubliés » de cette tragédie (comme les chômeurs et les exclus d’ailleurs)… Un tour de « passe-passe » idéologique parfaitement réussi qui rend la compréhension du monde absolument opaque !

 

 

2.8.2.                       Des medias hégémoniques, manipulateurs mais mis en cause

 

[Roman - Page 48] : Effie Trinket met en scène : "votre attention s'il vous plait ! Nous allons tourner la première scène en extérieur, où les vainqueurs se retrouvent. Très bien Katniss, un grand sourire, tu es toute excitée, d'accord ? J'affiche un large sourire et je m'avance en direction de Peeta".

 

 

[Roman - Page 50] : Katniss : je n'ai encore que 16 ans – Haymitch (son mentor et entraîneur) : chaque année ils feront revivre votre histoire avec des reportages sur votre vie privée, si bien que tu es condamnée à vivre heureuse et à avoir beaucoup d'enfants avec ce garçon.

 

 

[Roman : Page 78] : faut-il préciser que les discours personnels qui encourageaient la rébellion et que nous avons prononcés au District Onze

 ont été coupés au montage ?

 

 

[Roman - Page 81] : Caesar Flickerman nous guide habilement tout au long de l’interview. Quand il nous interroge sur notre avenir, Peeta met un genou en terre, ouvre son cœur et me supplie de l’épouser. Naturellement j’accepte. Caesar est aux anges, et le public du Capitole est au bord de l’hystérie, et des scènes de liesse éclatent un peu partout à travers Panem.

 

 

 

Les médias et le pouvoir

 

Incontestablement, les médias (plus précisément la télévision, puisqu’il n’existe ni Internet, ni radio, ni presse papier) sont sous le contrôle du dictateur.

 

Technique de la télévision : le début du film nous propose un reportage télévisé montrant les protagonistes dans leur "village des vainqueurs". Les caméras sont en fait des robots, qui semblent autonomes. Les protagonistes doivent se plier à une mise en scène (sourires, jeu, émotions vraies ou simulées). Un présentateur (Caesar) en studio, dirige l'entretien. Nous ignorons à qui s'adressent ces images (Capitole, Dictateur, Districts ?). La télévision, donc l'information, est centralisée, verrouillée.

Au cours des Jeux, il semble que les caméras et les micros (invisibles) soient capables de capter les faits et gestes des personnages. Dans le premier film, Katniss découvre une caméra cachée dans un arbre.

La télévision est parfois omnisciente, capable de tout voir ou de tout entendre "comme par magie"; parfois elle fonctionne comme nos télévisions actuelles (l'intervention de Katniss pour sauver Gale du fouet a été "interrompue et coupée au montage" précise le Haut Juge au Président Snow.

 

 

Les programmes de la télévision : ils sont uniquement centrés sur les Jeux et les tributs (pas d'informations, de variétés, de sports…). Deux types d'émissions : commentées par Caesar,  les présentations publiques des tributs sur leurs chars tirés par des chevaux, avec le discours du dictateur d'une part, et les entretiens publics avec Caesar, à la veille des Jeux.. Aucun "Directeur", aucune équipe dirigeante ne donne sa ligne éditoriale à cette télévision qui fonctionne dans une quasi autonomie, sans publicités, sans sponsors…

Ce sont les Hauts Juges et les sponsors qui au final "dirigent" le spectacle à travers la "régie" futuriste qui fait se succéder les épreuves (vague, singes, brouillard, etc.) que doivent affronter les candidats. En détruisant le dôme des Jeux, Katniss cause une panne de courant qui va interrompre les Jeux et les transmissions télévisées.

 

 

« Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale. »

Andy Warhol (1968)

 

« Enfants du Loft et de Secret Story, les Y [« Why »] sont terriblement influencés par le spectacle de ces jeunes enfermés dans une espèce de cour carcérale

où tous les coups sont permis »

Olivier Rollot (la génération Y)[27]

 

 

Les "stars de la télé réalité" : les anciens vainqueurs des Jeux acquièrent une célébrité extraordinaire, obtiennent des privilèges, mais leur vie privée sera désormais… publique, livrée en pâture au public voyeur  par des médias tout puissants. C'est ainsi que Katniss et Peeta connaissent ainsi leurs futurs adversaires dans l'arène.

Mais cette télé réalité sait se montrer abjecte : Caesar, dans son dernier show, ouvre son émission en déclarant : "« Bonjour Merci à tous ! Jamais nous n’avons vu une chose pareille et jamais nous ne verrons plus une chose pareille ! Nous allons pouvoir dire des Adieux déchirants  à 24 de nos stars de Panem, sauf à une ! La soirée est émouvante pour nos tous".

La contestation unanime des tributs à la fin de l'émission verra l'émission écourtée (nous ignorons qui prend la décision et quelle est la réaction des téléspectateurs…). Ici télévision / dictature / spectacle sont parfaitement liés.

 

L'ultime télé réalité ? : Dans certaines émissions de télé-réalité, ce sont les téléspectateurs qui s'expriment pour, par leurs votes, provoquer la disparition de la compétition de tel ou tel candidat. Dans d'autres émissions, plus perverses, ce sont les candidats eux-mêmes qui désignent celui ou celle qui doit quitter le jeu. Dans le film Hunger Games, la sortie du Jeu coïncide avec la fin de la Vie.

On ne peut pas faire plus brutal, plus ignoble. Mais quelle intensité ! Quel Spectacle !!!

 

 

[Dans le roman] La télévision, rappel de séquences traumatisantes

(Katniss visionne les images des Jeux qui ont vu la victoire de Haymitch.

Cette séquence présente dans le roman est absente du film « Tous Publics ») :

 

Page 208 Haymitch se rue en direction des hurlements. Il arrive juste à temps pour voir la volée d'oiseaux rose bonbon, équipés de longs becs effilés, embrocher Maysilee au niveau du cou.

Page 209 : Haymitch reste seul avec la fille du district Un en lice pour la couronne. L'inévitable affrontement final est sanglant, atroce.

Page 209 Haymitch s'éloigne en titubant à travers la foret, retenant ses entrailles d'une main, pendant qu'elle le poursuit, les jambes flageolantes, pour l'achever avec sa hache. (…) l'arme jaillit par dessus la falaise et lui fend le crane.

 

 

2.8.3.                       La Culture réduite à la mode (instrumentalisée)

 

[Roman - Page 37] (à sa mère) je vais avoir des ennuis avec mon équipe de préparation quand elle s'apercevra que j'ai laissé repousser mes sourcils !

 

 

Nulle trace dans le film de littérature, de musique, de cinéma. Seul, de manière peu compréhensible dans le film, Peeta dessine sur le sol, devant les Juges, la jeune tribut Rue, "amie" de Katniss tuée dans les précédents Jeux.

[Film Hunger Games 1] Peeta utilise ses talents de peintre pour se camoufler dans la nature en vue des combats à venir]

Pour le reste, la Mode se révèle la principale occasion de création artistique reconnue. Plus que cela, elle constitue un enjeu politique, à travers l'alliance de Katniss, la rebelle, et de son styliste noir Cinna.

La coutume veut que les tributs soient présentés à la foule lors d'un défilé de chars. Chaque "couple" doit être revêtu d'un costume extraordinaire qui rappelle la spécialisation (mine, mer, moissons, électronique, etc.…) de son district d'origine.

[Film Hunger Games 1] : Cinna, le styliste qui prend en charge les deux héros, enfreint les règles et crée des vêtements qui vont s'enflammer lors du défilé devant la foule du Capitole enthousiaste. César, présentateur vedette, va désormais appeler Katniss "la fille du feu".

[Film Hunger Games 2 l'embrasement] : Cinna obéit en apparence aux directives du Président Snow, qui souhaite que Katniss se présente devant la foule revêtue d'une splendide robe de mariée. Mais, au cours de l'entretien avec Caesar, la robe de mariée se transforme en robe de "geai moqueur", symbole de la résistance à la dictature que symbolise malgré elle Katniss. Cinna, styliste, est également metteur en scène : à ses jeunes héros, il demande « de ne pas sourire » pendant la course de chars.

Plus tard dans le film, Cinna sera battu à mort par les Pacificateurs.

Une séquence illustre le puissant rôle politique de la mode, de la suprématie de l'idéologie et de la conviction sur la force brute : alors que le Président Snow admire la "coiffure ravissante" de sa petite fille, elle lui déclare qu'elle imite le style de Katniss, ce que font aussi les autres élèves de son école…

 

 

 

2.9.                   Une société très violente, sans sexualité

 

Au début du « bain de sang », Peeta tue un autre tribut dans l’eau

 

On sait qu’à 18 ans un adolescent américain a vu commettre en moyenne 18 000 meurtres à la télévision. Il y a plus de morts chaque soir sur le petit écran

que sur tout le territoire des Etats-Unis

Philippe Jacquin (Le peuple américain)[28]

 

 

2.9.1.                       Amour, amitié, trahisons, alliances, et absence de sexualité

 

[Roman - Page 44] : "à en juger par  la palette fixée par Cinna [son styliste], nous allons jouer la palette de l'innocence plutôt que celle de la sensualité.

Tant mieux, je ne serai jamais convaincante en bombe sexy".

2.9.1.1.       Amour : Katniss, Peeta, Gale, un triangle amoureux en perpétuelle évolution

 

Récapitulatif des "errements sentimentaux" des trois principaux personnages.

Gale et Katniss chassent dans la forêt : Katniss et Peeta testent la solidité de leur relation dans le train / Katniss perturbée par des cauchemars, s'endort avec Peeta à ses côtés / Katniss à Peeta : On pourrait se marier, cela va arriver tôt ou tard ! Peeta : Pourquoi pas ? / Katniss propose à Gale de s'enfuir (avec Peeta et leurs familles respectives) à s'enfuir / Gale à Katniss : tu m'aimes ? – Katniss : tu connais mes sentiments ! / Gale à Katniss : « Je croyais que tu serais partie ! » -

Katniss demande à Haymitch de se porter volontaire pour sauver la vie de Peeta / Katniss : « Peeta doit vivre, pas moi » /  Katniss embrasse Gale avant le début du tirage au sort / Peeta révèle au public son mariage secret avec Katniss et annonce à tout Panem qu’elle est enceinte[29] / Katniss (à Haymitch) « On a conclu un marché, faites ce qu’il faut pour que Peeta reste en vie » / Dans l’arène, Katniss et Peeta s’embrassent / Gale  réconforte Katniss choquée par les combats.

 

 

2.9.1.2.       Amitié

 

Haymitch : il vous faut des alliés ! Certains de vos concurrents sont amis depuis des années ! Si vous êtes seuls, ils vous mettront hors d’état de nuire !

Mais il ne s’agit pas pour autant d’avoir confiance !

 

Dans le film, l'amitié, valeur positive forte, est menacée par la pression que maintient la dictature sur les individus. Le summum de la défiance étant atteint au cours des Jeux, puisqu'il s'agit bien dans un premier temps de constituer des alliances, en sachant qu'il faudra bien trahir – et tuer ! - ses propres amis si l'on veut survivre… La fin du film propose une alliance d'intérêt (renverser la dictature) au sein des contestataires de la rébellion.

 

2.9.1.3.       Sexualité

Ni hétérosexuelle, ni homosexuelle, ni contraception, ni avortement, ni mariage, ni… rien !

Dans le film, les couples sont brisés (mort du père de Katniss), les personnages principaux (dictateur, haut Juge, animateur télévision, policier, habitants des districts) n'indiquent en rien leur vie sexuelle.

 

Mais la sexualité est (à la marge) présente dans le roman. Sans surprise, elle est négative :

[Roman - Page 122] : (Cray, le précédent chef des pacificateurs) Il avait l’habitude d’attirer dans son lit de jeunes femmes affamées et prêtes à tout. Elles venaient lui vendre leurs corps pour gagner quelques pièces et nourrir leurs familles. J’aurais pu être l’une d’entre elles. A la place, j’ai appris à chasser.

 

Il faut attendre la presque fin du second tome pour que Katniss (16 ans !) éprouve enfin dans son corps des « sensations » (qu'elle ignorait jusque là) !

 

 

2.9.2.                       La violence

 

« Comment on va faire pour tuer tous ces gens-là ? »

Katniss, évoquant les autres tributs avant les Jeux

 

[Roman, page 10] : « je vais devoir recevoir les acclamations

des foules secrètement hostiles, contempler le visage des familles

 dont j’ai tué les enfants ».

 

[Roman – page 341] : j'encoche une flèche, je pivote et je découvre Ross ruisselant qui vient de trancher la gorge de Wiress.

La pointe de ma flèche disparaît dans sa tempe droite.

 

[Roman - Page 86] : le chef des Pacificateurs essuie son fouet au creux de sa main, en nous éclaboussant du sang de Gale]

 

 

Rappelons que le film est classé "Tous publics"…

Objectivement, le "pitch"[30] du film (des adolescents choisis au hasard doivent s'entretuer dans une arène) est d'une rare violence.

La notion de "violence" est relative, certes, mais la stratégie de l'auteur Suzanne Collins (dont la profession, rappelons-le au passage, est d’écrire des histoires pour la jeunesse) mérite d'être questionnée.

Oui, Suzanne Collins est incontestablement un auteur de grand talent, et une sociologue avisée des attentes des adolescents et des évolutions de nos sociétés.

Elle a parfaitement compris que le succès, pour être complet, doit s'articuler sur le livre et le film (demain, sans doute une déclinaison sur le jeu vidéo).

Il convient donc de définir un sujet "scandaleux", qui créera le "Buzz" dans la société : puisque Quentin Tarantino et David Fincher se sont fait connaître par la violence et que "Battle Royale" ou "Scarface[31]" constituent aujourd'hui des références très partagées, prenons comme thème des adolescents forcés de s'entretuer dans une arène. Pour atténuer l'horreur d'un tel sujet, prenons une fille comme héroïne, et laissons là se confronter par la même occasion aux vertiges de l'adolescence et à ses premiers émois amoureux.

Question violence, mettons, dans le roman, le curseur assez haut pour créer le malaise chez les lecteurs / lectrices. Bâtissons une intrigue simple, qui réserve surprise sur surprise, et qui s'étende sur trois tomes (ménageons une fin « optimiste »)…

La machine à succès fonctionne, et, chance, elle est plébiscitée par le jeune public. Il reste à reprendre les ingrédients de base des romans, et à tous les édulcorer pour viser le plus large public au cinéma.

On va donc promettre aux spectateurs la plus atroce des violences, le plus horrible et malsain des spectacles, mais on veillera bien à ce que les plus jeunes puissent venir avec leur grande sœur, ou en famille.

Au final, tout le monde est heureux ! J'ai bien vu un film "horrible", mais avec un tel courage que maintenant je peux dire : "Même pas peur !"…

Mais, qu'il le veuille ou non, la jeune spectatrice a bien consommé un produit 100% commercial, formaté, contestable… Du Tarantino pour ados.

Peu à peu, la violence colonise les esprits, et chaque fois il convient "d'augmenter la dose" pour déstabiliser et attirer les jeunes spectateurs.

Katniss, l'héroïne, est sujette à de nombreux cauchemars suite à sa première participation aux Jeux, et bien que cela ne tienne, faisons en sorte que les spectatrices (qui veulent tant s'identifier à leur héroïne) partagent à leur tour ces cauchemars, et soient fières de leurs terreurs nocturnes !

 

La non-violence, évoquée par les tributs dans l’arène  (« Et si on refuse de s’entretuer ? »), est, dans le film, une impasse rapidement évacuée : (« Les juges ne feront pas deux fois la même erreur ! »).

 

 

 

2.10.              Une arène de Jeux (Libérale) inhumaine !

 

 

[Roman - Page 67] : je n’ai parlé à Tresh qu’une fois. Juste le temps pour lui de m’épargner. Je ne le connaissais pas, mais je le respectais. Pour sa force. Pour son refus de se plier aux règles, hormis les siennes. Les carrières le voulaient dans leur équipe depuis le début, mais il avait refusé. Je le respectais pour ça.

 

 

Les arènes des Hunger Games se présentent comme un condensé de la société libérale : si des alliances ponctuelles sont parfois possibles (les « carrières » contre les « malgré eux »), la règle du chacun pour soi l’emporte au final, puisqu’il ne doit y avoir qu’un(e) vainqueur.

Le « principe » particulièrement pervers des Jeux est tempéré par les éléments étrangers (vague, tsunami, singes, foudre, sang étouffant qui tombe du ciel) qui vont éliminer « naturellement » quelques participants, limitant de ce fait les morts causées par des humains. Remarquons que les tributs morts ou blessés ne sont jamais « horrifiques », ils restent à l’écran « discrets », présentables.

La nature, souvent cruelle car meurtrière, va parfois se montrer bienveillante (l’eau calme les brûlures causées par le brouillard).

Dans ces arènes « Libérales », les candidats « méritants » qui ont su séduire les puissants « sponsors » reçoivent une aide non négligeable… pour pouvoir continuer leur mission d’extermination !

Au départ, certains sont plus préparés que d’autres. Mais c’est bien le mérite de chacun et sa motivation pour gagner qui vont être récompensés (Katniss et Peeta échappent par deux fois à la mort dans l’arène).

Chacun a sa place dans cette compétition, y compris les « minorités » qui bénéficient elles aussi d’une « affirmative action » (discrimination positive) qui les inclut dans cette compétition très particulière.

A bien regarder le film, aucun candidat aux Jeux ne songe au suicide (alors que parfois le tribut de leur District est tué). La règle du jeu est cruelle et délirante, mais il n’y a aune alternative possible : impossible de se tenir à la marge de la compétition libérale ! Il convient d’agir au mieux, avec discernement et en gardant tous ses moyens, rationnellement. Y compris au cœur de la folie !

Alors chacun « fait le job », le « sale boulot »…

Enfin ces arènes mortifères renvoient également au… cinéma, puisque les candidats encore en lice sont informés de l’évolution des Jeux par la projection des images des disparus, sur le grand écran que constitue le dôme.

Les Hunger Games sont bien la société capitaliste portée à son point de fusion, même si cette idéologie est autodestructrice et sans avenir viable !

En détruisant le dôme, Katniss fait rentrer la lumière naturelle, source de vérité qui chasse les ténèbres technologiques thanatiques (et apporte enfin un peu d’espoir, qui permettra de poursuivre l’aventure dans le troisième et dernier tome).

 

 

 

2.11.              La technologie : curieux mélange entre 19° siècle et science-fiction futuriste

 

 

[Roman - Page 30] : Je me demande si le Président Snow sait

ce qui se passe dans les bois. On ne peut pas nous espionner jusque là-bas.

 Des caméras ? C'est la première fois que l'idée me traverse l'esprit

 

Dans les Districts (particulièrement dans le District Douze d'où sont issus les trois héros), la technologie rappelle le dix-neuvième siècle (Gale utilise des collets, Katniss chasse avec son arc). Le monde du Capitole utilise des technologies beaucoup plus évoluées (avion, costumes "haute technologie"). Toutefois, c'est bien dans la création des arènes mises en place pour chaque Jeux que les technologies sont les plus innovantes (constatons qu'il suffira à Katniss de son arc et de l'aide d'un éclair programmé pour faire exploser cette création de haute technologie). Dans ce monde futuriste, nul téléphone, nul Internet.

C'est dans le domaine des mutations génétiques ("geais bavards" reproduisant les voix des êtres aimés dans ce film et "guêpes tueuses" dans le précédent) que les "avancées scientifiques" sont les plus spectaculaires.

Les sbires du dictateur implantent dans le bras des tributs, dans l’avion qui les conduit vers l’arène des Jeux, un « mouchard » (une puce Radio Frequency IDentification ?). Cette présence parait étrange et fort peu utile puisque, dans l’arène, tous les faits et gestes (et les paroles) des tributs sont suivis par des caméras « omniscientes », et que la régie des Jeux a accès à toutes ces informations...

Globalement le film propose une vision plutôt négative des "progrès" de la Science. La ville (le Capitole) constitue un monde malsain, et la Nature se montre parfois accueillante, souvent peu captivante, indifférente.

 

 

 

2.12.              Une adolescente "innocente", de l’enfance à l’age adulte

 

 

[Roman - Page 223] (Peeta à Katniss) les autres tributs cherchent à t'asticoter

car tu es tellement… innocente !

 

[Film 2] Haymitch déclare au chef de la police : « Elle est pas maligne ! »

 

 

Si les romans et les films attirent autant les adolescentes, c'est bien sur, car elles vont découvrir une histoire sentimentale "forte", mais aussi car le personnage de Katniss évolue au fil des pages, passant de l'enfance à la maturité. Mais ce "vieillissement" ne lui assure en rien un meilleur contrôle de son devenir…

Plongée dans un monde de violence et combats, domaine qui fut largement dominé par les garçons, Katniss va faire preuve de courage, de sens du sacrifice, tout en découvrant peu à peu ce qui fonde sa "spécificité" féminine.

Si Katniss doit se frayer un chemin dans le monde "masculin", c'est bien par nécessité absolue, et presque malgré elle…car, au fond, elle ne le sait que trop bien, elle "n'est pas maligne" !…

 

 

[Roman - Page 13] : je regrette un peu notre ancienne vie ; nous avions du mal à joindre les deux bouts, mais au moins je savais qui j’étais, je me sentais à ma place. Aujourd’hui je suis riche, célèbre, et haïe par les autorités du Capitole.

 

 

2.12.1.                   Une famille sans Père

 

Le père de Katniss a disparu dans un accident de travail (à la mine) quand elle avait onze ans (son meilleur ami, Gale Hawthorne, a lui aussi perdu son père lors d'un coup de grisou). Son père lui a appris à chasser avec un arc. La jeune adolescente doit assumer la subsistance de sa mère, dépressive, et de sa jeune sœur Primrose. Elle va trouver un substitut paternel (très "cabossé") en la personne de Haymitch Abernathy, son mentor, ancien vainqueur des Jeux).

 

 

2.12.2.                   Katniss (et son arc) : des éléments porteurs d’une grande richesse symbolique

 

Katniss

[Roman - Page 40] : « ma mère nous cuisinait un festin de canard rôti aux tubercules de katniss en sauce ».

 

Un tubercule, est un organe de réserve, généralement souterrain, qui assure la survie des plantes pendant la saison d'hiver.

 La Katniss est une plante aquatique plus connue sous le nom de "Sagittaria" ou "Sagittaire à feuille en flèche" (arrowhead). C'est une plante répandue dans les régions tempérées du vieux continent (Europe, Russie, Chine), et très commune dans les plans d'eau et les cours d'eau. Elle présente trois types de feuilles : des feuilles dressées hors de l'eau en forme de flèche aiguë, des feuilles nageantes arrondies en forme de cœur, et des feuilles immergées allongées en forme de ruban. La Sagittaire est comestible.

 

Une autre référence, cette fois-ci Biblique, associe la plante aquatique et l’arc :

Dans Job, 29, 19 : « Mes racines ont accès à l’eau, la rosée se dépose la nuit sur mon feuillage. Mon prestige gardera sa fraîcheur et dans ma main mon arc reprendra force ».

 

Katniss peut évoquer la déesse Artémis (Diane). Katniss, comme Diane, utilise à merveille son arc ; toutes deux parcourent les forêts, les clairières et les sources.

 

Arc

« Le tir à l’arc est à la fois fonction de chasseur et exercice spirituel.

Purification : L’arc est une arme d’exorcisme, d’expulsion : dans le Shinto, on élimine les puissances du mal en tirant des flèches vers les quatre points cardinaux, vers le haut et le bas, le Ciel et la Terre.

La flèche s’identifie à l’éclair, à la foudre. Dans la Chine antique, on tirait des flèches serpentines (flèches rouges et porteuses de feu) qui représentaient la foudre. La flèche comme éclair est le trait de lumière qui perce les ténèbres de l’ignorance (la flèche est donc un symbole de la connaissance) et destruction du Mal. En toutes circonstances, l’atteinte du But, qui est la perfection spirituelle, l’union au Divin, suppose la traversée par la flèche de ténèbres que sont les défauts, les imperfections de l’individu »[32].

 

2.12.3.                   Encore une "petite fille"

 

[Roman - Page 91] (Au cours du banquet au Capitole) je cueille sur un gâteau une fleur en chocolat que je mordille négligemment. Tant pis pour les bonnes manières !

 

[Roman - Page 45] : moi je n'ai aucun talent, à part le braconnage, mais ça ne compte pas.

 

[Roman - Page 120] (Pendant que sa mère soigne Gale) : Haymitch et Peeta me portent littéralement hors de la pièce pendant que je braille des obscénités.

 

[Roman - Page 182] : l'hystérie que je sens monter en moi. Je froisse un pan de ma chemise, le fourre dans ma bouche et commence à hurler. Quand je m'arrête, je n'ai pratiquement plus de voix.

 

Page 188 : Je dois me reprendre, présenter une façade calme et rassurante. Je me redresse, et j'éclate en sanglots. Tant pis pour la force.

 

[Roman - Page 212] – le déjeuner me remonte un peu le moral. Du faisan sur un lit de gelées multicolores. En dessert, nous trempons des morceaux de fruits dans un pot de chocolat fondu. Cinna, le styliste, en commande un deuxième en me voyant attaquer le contenu du premier à la cuillère.

 

Page 214 : je ne connais personne, et je ne suis pas du genre à faire le tour de la salle en me présentant.

 

 

2.12.4.                   Les conduites à risques de l'adolescence

 

[Roman - Page 190] : c'est la première fois de ma vie que je me saoule !

 

[Roman - Page 187] : l'esprit embrumé par l'alcool, j'entends ma bouteille se fracasser par terre. Manifestement, tout me glisse entre les doigts en ce moment. Je vomis.

 

[Roman - Page 192] On court, on soulève des poids, on se dérouille les muscles. L'après-midi est plutôt consacré au combat, au lancer de couteau, au corps à corps; j'apprends même à mes compagnons à grimper aux arbres.

 

 

 

 

2.12.5.                   Pour se construire en tant que femme, des modèles et des contre-modèles

 

[Roman - Page 210] – une confiance nouvelle s'allume en moi,

car je sais finalement qui est Haymitch. Et je commence à savoir qui je suis.

 

Johanna, jeune femme "trop" libre

Haymitch, Peeta et Katniss vont rejoindre leurs appartements au Capitole. Surgit Johanna, qui prend l'ascenseur avec eux. Peu satisfaite de la robe de son styliste, jalouse des créations de Cinna, elle se déshabille entièrement devant les héros qui gardent une neutralité bienveillante.

Johanna accentue jusqu'à la caricature son statut de femme libérée :

"Alors, il paraît que le monde entier veut coucher avec toi !" Katniss commence à bredouiller une réponse inaudible que Johanna coupe immédiatement par un "Non, je m'adressais à Peeta !" (Qui ne reste pas insensible à cette déclaration…). Johanna nue quitte l’ascenseur, non sans avoir lancé un clin d’œil appuyé à Haymitch. Katniss reste bouche bée.

 

 

2.12.6.                   La découverte du corps de l'autre (sexe)

[Roman - Page 102] les mains de Gale – ses mains couvertes de cicatrices, fortes et compétentes. Des mains capables de creuser le charbon comme de poser un collet avec précision. Des mains qui m’inspirent confiance.

 

[Roman - Page 124] : (Gale est assoupi)  j’effleure des parties de lui que je n’avais encore jamais eu aucune raison de toucher. Ses sourcils, sa joue, sa nuque. Le duvet sur son menton et enfin ses lèvres.

 

[Roman - Page 170] je suis aussi fascinée par les cils de Peeta. De près, avec le soleil qui tombe en rais par la fenêtre, ils se nimbent d'une lumière dorée et paraissent tellement longs qu'on s'attendrait à les voir s'emmêler à chaque battement de paupière.

 

[Roman - Page 200] : je peux difficilement demander à Peeta de venir dormir avec moi. Nous ne nous sommes pratiquement plus touchés depuis le soir où Gale s'est fait fouetter. Quand Peeta m'ouvre les bras, je cours m'y blottir. Il m'attire plus près de lui et enfouit son visage dans mes cheveux. Ses lèvres sur mon cou diffusent une chaleur qui se répand lentement en moi. Je me sens bien, tellement bien ! Il m'est tout simplement impossible de me détacher de lui.

 

[Roman - Page 248] – Peeta me raccompagne en silence jusqu'à ma chambre. Avant qu'il me laisse, je le serre dans mes bras et pose ma tête contre sa poitrine. Ses mains se referment au creux de mon dos tandis que sa joue s'enfonce dans mes cheveux. Je m'enfonce dans le sommeil, lovée entre ses bras, et quand je me rouvre les yeux la lumière du jour se déverse par les fenêtres. Nous restons couchés là un moment, aucunement pressés de nous lever.

 

Katniss et la complexité de ses sentiments :

 

[Page 57  (avec Peeta)] quand je lui ai avoué que notre amour était un numéro destiné aux Jeux, Peeta l'a mal pris c'est vrai. Dans l'arène, j'ai joué à fond la carte du romantisme. Par moments, j'en suis même arrivé à douter de mes propres sentiments. C'est encore le cas, d'ailleurs

 

 

2.12.7.                   Une adolescente jalouse [dans le roman, puisque dans le film le personnage de Madge a disparu]

 

[Roman - Page 123] : pourquoi suis-je en colère, voilà ce qui me chiffonne : qu’il puisse exister quelque chose entre Gale et Madge. Je déteste ça. « C’est une amie » dis je finalement.

 

2.12.8.                   Parfois un léger sentiment de supériorité sur ses pairs

 

[Roman - Page 220] – pour le défilé des chars, plusieurs stylistes ont tenté d'éclairer leurs tributs. (…) mais que cherchent les bouviers du District Dix, déguisés en vaches, avec leurs ceintures enflammées ? A se griller eux-mêmes ? Pathétique. Peeta et moi sommes le point de mire de la plupart des autres tribus.

 

[Roman - Page 227]  - Jeunes, forts et beaux dans nos combinaisons incandescentes, nous offrons, Peeta et moi, une image idyllique des tributs.

 

 

2.12.9.                   Ambivalence de Katniss pour la mode

 

« La mode meurt jeune. C'est ce qui fait sa légèreté si grave »

Jean Cocteau

 

(A Cinna, son styliste) : La robe était magnifique ! C’est la plus belle que vous m’ayez fait ! »

 

[Roman - Page 222] – Johanna Mason (tribut vainqueur des Jeux) : "Ma tenue est affreuse, non ? Ma styliste est sans doute la moins créatrice de tout le Capitole. J'aurais bien voulu avoir Cinna. Tu as une allure fantastique" – Papotage de filles. Cela n'a jamais été mon truc. Les discussions sur les vêtements, la coiffure, le maquillage.

 

[Roman - Page 94] – la plupart des filles de notre âge parlent des garçons, de leurs copines ou de la mode. Madge et moi n’aimons pas les ragots et les vêtements m’ennuient profondément. J’ai emmené mon amie Madge en foret

et je lui ai appris à tirer à l'arc.

 

[Roman, page 9] : mon ami et styliste Cinna, créateur  de ces tenues à couper le souffle qui m’ont valu l’attention du public

 

 

2.12.10.                 Le corps de l'adolescente change, pose question, émerveille enfin !  

 

[Roman - Page 54] : "j'étais si contente quand mes poils ont repoussé. J'y voyais le signe d'un retour possible à la normale. Je caresse une dernière fois le duvet qui boucle le long de mes mollets, puis je m'abandonne aux mains de mon équipe.

On m'épile, on me ponce, on me masse,

on m'enduit interminablement le corps d'huiles parfumées".

 

[Roman - Page 172] : Venia, Octavia et Flavius à mon chevet : Nous allons pouvoir enfin procéder à ma séance de photos. Comme il s'agit de perdre mes poils uniquement pour quelques heures, on me rase au lieu de m'épiler à la cire.

 

[Roman - Page 40] : mes préparateurs sont arrivés. J'ai juste le temps d'enfiler un peignoir. Pas question de pudeur entre nous. En ce qui concerne mon corps,

ces trois personnes et moi n'avons aucun secret.

 

[Roman - Page 213] Cinna commence par mes cheveux, qu'il tresse comme ma mère le lui a enseigné, puis s'occupe de mon maquillage. Il s'emploie à renforcer le ombres et à accentuer chacun de mes traits. Il rend mes sourcils hautains, mes pommettes anguleuses, mes yeux flamboyants et mes lèvres purpurines. Le costume se résume à une combinaison moulante qui m'enveloppe jusqu'au cou. Sous mes yeux fascinés, ma tenue prend vie, parcourue de reflets mordorés qui forment peu à peu une sorte de halo rougeoyant.

 

[Roman - Page 213] : Cinna me fait pivoter face à un miroir pour que je puisse juger de ma tenue. Ce n'est pas une fille que je découvre, ni même une femme, mais une sorte de créature surnaturelle. Katniss, la fille du feu, est désormais aussi redoutable que le feu lui-même. Il était temps de tourner la page sur ta période rouge à lèvre et rubans roses, approuve Cinna.

 

[Roman - Page 360] : Je ferme les lèvres de Peeta par un baiser. Une sensation de chaleur me gagne, part de ma poitrine et se répand à travers mon corps. Loin de me satisfaire, ce baiser accroît mon désir. Moi qui me croyais une experte en matière de faim, je découvre là un appétit d'un genre nouveau.

 

 

2.12.11.              La tentation du corps « amélioré » (par la chirurgie esthétique)

 

[Roman - Page 55] : Flavius : quel dommage que Cinna [son styliste] soit hostile à toute altération ! Les laisser faire quoi ? me gonfler les lèvres comme celles du Président Snow ? me tatouer les seins ? me teindre en magenta et m'implanter des joyaux sous la peau ? Tracer des cicatrices ornementales sur mon visage ?

Me doter de griffes ou de moustaches de chat ? Les gens du Capitole savent-ils

à quel point ils paraissent monstrueux à nos yeux ?

 

 

2.12.12.              Cauchemars, réels ou symboliques

[Roman - Page 75] pendant que mes préparateurs imaginent les plats qu’on va nous présenter, je revois sans cesse la tête du vieillard exploser sous l’impact.

 

[Roman - Page 127] – de quelque manière que j’agisse, je fais toujours souffrir quelqu’un.

 

[Roman - Page 60] : je fais des cauchemars dès que je ferme les yeux : ma vaine tentative pour sauver Rue. Peeta en train de se vider de son sang. Le corps boursouflé de Glimmer qui se désagrège entre mes mains. La fin abominable de Cato sous les crocs des mutations génétiques. Voilà les scènes qui reviennent le plus souvent.

 

[Film 2] : au cours de la "tournée des vainqueurs" que Katniss et Peeta effectuent dans les autres districts une petite fille portant un bouquet s'approche de la jeune héroïne et lui déclare : "Tu sais moi aussi quand je serai grande je serai "carrière" [jeunes des Districts volontaires pour participer aux Jeux].

 

 

2.12.13.              Des compétences "masculines" : des troubles de l’identité ?

 

Le prestige masculin est essentiellement fondé sur les exploits sportifs,

tandis que l’échelle de valeurs féminine repose sur le pouvoir de séduction spécifiquement féminin de la « glamor girl ».

Olivier Galland (« Les jeunes »[33])

 

 

Katniss pratique le tir à  l'arc à la perfection et sait allumer un feu en frottant des bouts de bois. Elle se comporte comme un garçon, bien que, souvent, elle pense donner sa vie pour sauver un des garçons qu’elle aime. Elle a beaucoup de mal à assumer les signes extérieurs de féminité que l’on lui impose, et qui ne correspondent pas à son vécu « intérieur ». Aussi, à la fin du second livre, elle est bel et bien perdue. Elle n’est pas « masculine » (malgré ses exploits guerriers), mais sa féminité reste latente ; Katniss est bien une image « moderne » de la femme.

Elle déclare (pour elle-même) dans le roman [Roman – page 395 : Je suis le geai moqueur]. On peut aussi lire cette affirmation comme une révélation de sa confusion mentale. Elle ignore quelle est son « Moi » profond, et, tel l’oiseau capable de répéter ce qu’il a entendu, Katniss fluctue en fonction des rôles que son entourage lui demande d’interpréter.

 

 

2.12.14.              Au final, une héroïne passive malgré son hyperactivité…

 

[Roman - Page 398] : Aucune personne censée ne voudrait me laisser participer à l'élaboration des plans. Je ne suis même pas fichue de faire la différence entre un ami et un ennemi.

 

 

 

 

2.13.              Sexe, drogue - Passage du roman au film : un roman « sulfureux », un film « bien pensant », formatés pour captiver le jeune public !

 

Une stratégie commerciale en deux temps:

-         -transgressions et violences dans les romans

-         images édulcorées, aseptisées dans les films.

Comment passer d'un discours "sulfureux" à un scénario plus consensuel et familial. Quelques exemples.

 

Voici, dans le roman, la sulfureuse description de Finnick Odair :

Page 214 « Je me retrouve à quelques centimètre de Finnick Odair et de ses célèbres yeux verts. Salut, dis-je, malgré la gène que j'éprouve à me tenir si près de lui, surtout qu'il est pratiquement nu. Son avantage décisif tenait surtout à son extraordinaire beauté. Vainqueur des Jeux, il est devenu le chouchou des citoyennes du Capitole. Depuis le temps de ses 16 ans, il passe le temps des Jeux à se faire harceler par ses admiratrices. Aucune ne le retient bien longtemps, il peut en épuiser quatre ou cinq lors de sa visite annuelle. Qu'elles soient jeunes ou vieilles, belles ou non, riches ou très riches, il passe un moment auprès d'elles à profiter de leurs faveurs, puis s'en va.

Je dois reconnaître que Finnick est l'une des personnes les plus belles et les plus sensuelles de la planète. Finnick est drapé dans un filet doré [il vient du district Quatre qui vit de la pêche], noué de manière stratégique à l'endroit du bas-ventre, si bien qu'il n'est pas nu à proprement parler, mais c'est tout comme ».

 

Dans le film, nulle trace des admiratrices qui le harcèlent, nulle femme « épuisée » par ses prouesses sexuelles. L’adolescente émoustillée qui scrute l’écran pour découvrir comment Finnick a noué son filet « de manière stratégique » sera bien en peine : l’acteur qui incarne le personnage est cadré au niveau des épaules !!! (Qui, certes, sont nues…).

 

Mêmes remarques pour le personnage de Johanna. Voici ce que dit le roman :

Page 222 – Johanna Mason – « Pendant que nous attendons les ascenseurs, Johanna dégrafe le reste de son costume, le laisse glisser par terre et l'écarte d'un coup de pied avec dégoût.  Hormis ses mules vert foret, elle n'a plus rien sur elle. Le rougeoiement de nos costumes se reflète sur ses seins nus ».

 

Dans le film, il est possible que Johanna « n’ait plus rien sur elle »… A l’image, l’actrice est cadrée au niveau des épaules, et le spectateur sera privé du « rougeoiement sur ses seins nus »… Une mise en scène très… consensuelle !

 

[Roman - page 16] : « j'achète de l'alcool, pas pour ma famille mais pour Haymitch [le mentor et entraîneur des héros]. Il est acariâtre, brutal et la plupart du temps soul comme un cochon. Peu importe son caractère, j'ai une dette envers lui. Il y a quelques semaines, il est tombé à court d'alcool. Il tremblait, il hurlait de terreur devant des monstres invisibles ».

[Roman - page 19] : [la maison d'Haymitch dans le village des vainqueurs] Au fil des ans, la puanteur est devenue effroyable – un mélange d'alcool, de vomi, de chou bouilli, de viande brûlée, de linge sale et de crottes de souris »

 

A l’écran, Haymitch boit rarement, sans perdre ses moyens. C’est un personnage « secondaire » efficace, de bon conseil, généreux et sympathique. Consensuel. Mieux, il rejoint le camp des rebelles et en devient un des leaders.

 

Dans le roman, la tribut du district Six se drogue à la morphine. Rien ne l'indique dans le film.

 

2.14.              Quelques arrangements avec la réalité qui fluidifient la fiction…

 

Gale, le jeune mineur de fond, a été sadiquement fouetté par le chef de la police. Souffrant le martyre, il est déposé par ses amis dans la maison de Katniss. Dans ce District Douze où les habitants manquent de tout, ne mangent pas à leur faim, Primrose, la jeune sœur de Katniss, trouve immédiatement dans la maison un flacon de morphine, une seringue hypodermique, et effectue la piqûre qui soulage  le patient (et le spectateur !)… Nul besoin d'hôpital, nul besoin de services d'urgences. Des "petits miracles" surprenants qui rendent l'oppression plus acceptable, le film plus irréel et plus familial.

[Dans le roman, Madge, amie de Katniss et fille du Maire, procure à la famille le précieux médicament]

 

3.« Battle royale » (troublantes coincidences    cinematographiques…)

 

Le premier tome de Hunger Games est publié en 2008.

Le film Battle Royale a été réalisé en 2000.

Faisons l’hypothèse que Suzanne Collins, auteur de textes et de romans pour la jeunesse, n’ignore pas qu’un roman japonais mettant en scène des adolescents (« Battle Royale ») a rencontré un grand succès au Japon.

Le thème du roman est profondément dérangeant ; il comporte des scènes d’une rare violence (mais une lecture ironique, au second degré, serait aussi - pensent quelques critiques littéraires – possible).

Etablissons un parallèle audacieux, et  examinons comment « Battle Royale » et « Hunger Games » dialoguent, en sachant que les auteurs japonais ont laissé se développer des scènes de violence extrême, visibles par le seul public adulte, alors que la très habile Suzanne Collins envisageait elle d’avoir les adolescents (et le public familial) comme cœur de cible.

Suzanne Collins va donc réaliser une adaptation / transcription – avec une grande habileté – qui va récupérer le thème sulfureux et la transgression, mais en changeant le point de vue pour la rendre plus « présentable » aux yeux des censeurs.

Examinons ce « film d’une rare violence qui va faire débat » (Studio).

 

FILM  INTERDIT   AUX   MOINS   DE   SEIZE   ANS   !

 

BATTLE ROYALE  - Film japonais réalisé par Kinji Fukasaku en 2000 – (d’après le roman de Koushun Takami) - avec Tatsuya Fujiwara, Aki Maeda, Takeshi Kitano.

 

3.1. Thème de Battle Royale :

 

« A l’aube du millénaire, le pays (Japon) s’effondra. Le taux de chômage atteignit 15 %. 800000 élèves refusèrent d’aller en classe. Les adultes se mirent à craindre les jeunes et adoptèrent une loi réformant le système éducatif appelée « Battle Royale ».

Le principe de ce « programme » est très simple : une classe de troisième, tirée au sort, est envoyée chaque année lors du traditionnel voyage scolaire dans un lieu isolé (une île en l'occurrence), sur lequel les élèves doivent s'entretuer, et ce durant trois jours. Il ne doit rester qu'un survivant — faute de quoi les colliers dont sont munis les joueurs explosent — qui pourra rentrer chez lui à l'issue du jeu ».[34]

 

3.2. Quelques remarques sur le film Battle Royale :

Il s’agit, dans ce film également, de punir la jeunesse. Le lien entre le chômage dans le pays et l’absentéisme des jeunes reste mystérieux, mais, au fond, sans aucune importance.

Le seul « adulte » d’abord victime des jeunes puis organisateur de la tuerie est… le professeur de la classe. Il dirige les militaires qui contrôlent, sous sa direction, la position des « victimes / candidats » sur l’île. Comme dans Hunger Games, une présentatrice (ayant revêtu l’uniforme de Lara Croft), explique « avec bonne humeur » aux jeunes terrorisés la règle de ce « jeu ». Dans les deux films, les jeunes participants sont tirés au sort.

Comme dans Hunger Games, une équipe de « candidats » va réussir à paralyser le fonctionnement du matériel informatique des militaires, mais ne pourra au final empêcher la tuerie.

A la fin de Battle Royale, l’enseignant pervers se suicide, et trois jeunes (deux garçons et une fille) s’échappent de l’île après le départ des militaires.

Le leader du petit groupe des rescapés meurt de ses blessures sur le bateau qui les ramène vers le continent (non sans avoir fait l’éloge de l’amitié), et nous découvrons les deux héros (qui n’ont tué directement personne) se fondre dans la foule d’une ville japonaise, signalant qu’il doivent maintenant fuir (ils sont recherchés pour meurtres), mais déclarant qu’ils sont armés. La crise, le fort chômage décrit en début de film sont sans importance dans le reste du récit filmique.

 

Battle Royale est un prétexte à des meurtres en série, sanglants et spectaculaires. Le nombre important de « participants » (une quarantaine) autorise bien des figures et des effets de surprise. Le film montre que les tentatives de fuite ou de rébellion contre le pouvoir des « adultes » sont  vaines. Les personnages restent des stéréotypes vagues.

On peut ici poser une double interrogation : pourquoi ces jeunes n’ont ni famille, ni parents (il est donc impossible de connaître leurs réactions à ces « Jeux », et comment se fait-il que les jeunes ignorent l’existence de ces Jeux, alors que la séquence initiale nous montre une meute de journalistes présentant le jeune gagnante des Jeux précédents…

Un scénario bâclé, car l’important n’est pas là.

En dehors de son coté « provocateur et sulfureux » assumé (les adultes font s’entretuer des jeunes pour des raisons fort mystérieuses), le film reste d’une pauvreté cinématographique affligeante, qui le range dans la catégorie peu enviée des « séries Z », du film d’horreur « du samedi soir pour ados ».

Force est de constater la troublante similitude entre les deux films, sachant simplement que Battle Royale a été réalisé (en 2000) avant que Suzanne Collins commence à publier sa saga (en 2008)…

Hunger Games est bien la version aseptisée (mais toujours sulfureuse par son thème !) de Battle Royale. Suzanne Collins connaît ses « classiques »…

 

4. LE REFERENT IMPLICITE  (mondialisation et publicité, montée des inégalités et précarisation de la jeunesse)

 

 

Le cinéma comme « producteur d’une vérité du monde contemporain »

Alain Badiou (« Cinéma »[35])

 

Incontestablement, il s’agit d’un film et d’un roman nord-américains ! Mais nous peinons à reconnaître les stéréotypes habituels qui caractérisent les USA. Essayons d’éclaircir cette question en tentant de comprendre comment le film rend compte de la réalité de ce pays entre 2008 (date de publication du premier tome) et 2013 (date du triomphe du film sur les écrans).

 

4.1.                   Les USA (2008 – 2013)

 

Les livres de la saga ont été publiés entre 2008 et 2010.

 

4.1.1. Les USA –  grandes dates récentes et quelques données

 

Le 11 septembre 2001, les États-Unis sont attaqués par Al-Qaïda sur leur territoire.

Ils  attaquent l'Afghanistan en octobre 2001 pour poursuivre Ben Laden.

Les USA attaquent l'Irak (2003 – 2011) pour « libérer le pays du danger qu'est Saddam Hussein », selon le Président Bush.

En 2007, la « crise des subprimes »[36] touche le secteur des prêts hypothécaires à risques, déclenchant une crise financière de 2007 à 2011. En instaurant une méfiance envers les créances titrisées comprenant une part de ces crédits immobiliers américains à risque, elle a participé au krach de l’automne 2008. La récession va bientôt toucher l’ensemble de la planète.

L'arrivée au pouvoir d'un Président afro-américain (Barack Obama) en 2009 est  une première. Le Président Obama est réélu pour 4 ans en 2012.

 

Les USA « pèsent » 20 % de la richesse mondiale.

Les USA réalisent 30 % des ventes d’armes dans le monde (1° exportateur)

En 2013, les USA ont dépensé 525 milliards de dollars pour leur Défense

 

Présidents :

George W. Bush [Républicain] (2001-2009)

Barack Obama [Démocrate] (depuis 2009 puis réélu en 2012). Le Président Obama a obtenu le Prix Nobel de la Paix en 2009.

 

4.1.2. Les USA, une grande Démocratie source de bien des interrogations pour ses adversaires… comme pour ses alliés

 

L’expression « destinée manifeste »[37] a institué (dès 1845) le développement d’une philosophie universelle de la liberté à la fois morale et économique et de la démocratie qu’il incombait aux Etats-Unis (en heureux récipiendaire comme peuple élu) de faire vivre et triompher partout dans le monde.

Jean Kempf (« Les mots des Etats-Unis »)[38]

 

4.1.3. Mensonge des « armes de destruction massive », Guantanamo, activités de la NSA, drones : quelques thèmes que le film a négligés

 

Le 5 février 2003, le Général Colin Powell prononce à l’ONU un discours faisant la preuve que l’Irak de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Les preuves que le secrétaire d’Etat américain avançait se sont, pour la plupart, révélées fausses.

Guantanamo : ce centre de détention militaire de haute sécurité a été dénoncé car il constitue un espace d’exception par rapport au système judiciaire américain

Programme informatique PRISM : Les services de renseignement américains espionnent l'ambassade de France à Washington, mais aussi les institutions européennes, et ont même mis en place un système de surveillance des utilisateurs de GoogleFacebook ou Skype.

Drones : L’Administration Obama s’arroge le droit d’éliminer tel ou tel individu, au nom de la nécessité de protéger l'Amé­rique. Ces intenses campagnes secrètes de drones sont menées contre les terroristes islamistes, dans la guerre contre al-Qaida

 

4.1.4.  La nécessaire révolte contre l’Etat ?

 

Ce qui caractérise, dans le film, le régime politique du Président Snow, c’est l’injustice, l’immobilisme, le conservatisme, l’impossibilité pour chaque citoyen de s’épanouir et de s’exprimer. L’Etat est un frein qu’il convient légitimement de combattre. Incontestablement, voici des thèmes souvent associés aux politiques conservatrices. Mais le film (nous en sommes au deuxième épisode d'une série qui doit en compter quatre) en montre les limites et la nécessité de passer « à autre chose », en renversant le régime trop strict, liberticide, en place. D’abord être contestataire, rebelle (« Démocrates »), mais pour mieux favoriser la victoire des valeurs conservatrices (Républicains ») ?

De quoi ce futur sera t–il fait ? Il faudra attendre avec patience la sortie des deux prochains films pour connaître la réponse !...

[En fin d’article, en Annexes, analyse du dernier livre de la saga (« Hunger Games, la révolte »)]

4.2.                   Un « Film produit » destiné à un public « mondialisé » ?

 

 

Ce n’est pas la hiérarchie culturelle qui s’évanouit,

C’est la fécondation fécondante des grandes œuvres.

Gilles Lipovetsky – Jean Serroy (« la Culture Monde »[39])

 

 

4.2.1. Pourquoi le film n'est pas une référence aux enfants soldats

 

Selon l'UNICEF, en 2007, il y a plus de 250 000 enfants qui sont utilisés comme soldats dans le monde. Ils sont principalement utilisés lors des guerres civiles, ou par des groupes criminels paramilitaires en Colombie ou des mouvements de guérilla révolutionnaires.

Paradoxalement, dans le film "Hunger Games" il n'existe (à la fin du deuxième épisode de la saga), aucun conflit "ouvert". Les jeunes tributs ne participent pas à des opérations militaires contre un ennemi, encadrés et formés par des adultes.

Dans les livres et les films, ils sont soumis à des "maîtres" sadiques qui, d'une certaine manière, expriment leur jouissance voyeuriste jusqu'au bout de leurs fantasmes. En ce sens, "Hunger      Games" entretient un rapport certain avec le très dérangeant (et très contestable) "Salo" de Pier Paolo Pasolini.

 

 

4.2.2.                       Et si "Hunger Games" était un "film  marque" ?

 

[Roman - Page 85] : j’ai du lancer une nouvelle mode avec ma broche car de nombreuses personnes exhibent un geai moqueur[40] dans leur tenue.

Tout le monde souhaite arborer l’emblème du vainqueur.

 

[Roman - Page 158] : j'aurais des gens dans mon camp ? Serais-je devenue

malgré moi l'incarnation de cette rébellion tant attendue ?

Le geai  moqueur de la broche est-il  le symbole de la résistance ?

 

 

Il est troublant de remarquer, dans l'analyse du film, que le Président Snow, dictateur de Panem, ne s'appuie sur aucune signalétique, aucun drapeau, aucun logo fédérateur (Il prononce pourtant, bien seul,  la phrase rituelle du régime : "Happy Hunger Games et puisse le sort vous être favorable"). Cette dictature semble donc bien "fragile" et nul ne sait quel sera son devenir dans les deux prochains épisodes.

En termes de "Communication", la rébellion semble plus outillée. Elle porte un concept fédérateur (la "Liberté"), une marque ("Brand") originale, sympathique et connue (le geai moqueur) et une jeune et belle ambassadrice (Katniss) porteuse de valeurs (la Famille – présente et à venir -, la promotion des Femmes, la Justice pour tous, le respect de la Nature, etc.).

Pour des raisons de clandestinité inhérentes au régime politique du pays, la marque va se développer par "le bouche-à-oreille", par "marketing viral", de personne à personne, sans que l'on sache bien comment se met en place cette communication (nous ne sommes pas éloignés du fonctionnement rapide, quasi immédiat des réseaux sociaux, si familier au public adolescent).

La marque "le geai moqueur" va rencontrer un tel succès qu'elle déborde le strict cadre des romans et des adaptations cinématographiques pour gagner, à travers les médias et les réseaux sociaux, une grande partie de la société.

Les adolescentes ont plaisir à échanger sur cette référence commune partagée. Elles savent qu'elles ont désormais un nouveau dénominateur commun, qu'elles  constituent la famille des fans de la saga. Une nouvelle "tribu" est née.

"Hunger Games", pour elles, est plus qu'un "produit", c'est un signal d'appartenance à un monde –inconnu des adultes - dont on peut assurer, à son humble niveau, la promotion autour de soi. C'est bien là, dans l'émotion, l'irrationnel, l'affectif (et en temps réel), le marketing le plus efficace et le plus rentable ! Et le triomphe du lien social "spontané" et "désintéressé"…

Vite ! Vite ! A ton tour précipite-toi pour "liker" la page Facebook du film et indique au monde entier que tu es "fan" de la marque "Geai moqueur" et de son ambassadrice  Katniss, l'héroïne qui te ressemble tellement ! "Hunger Games", tellement plus fort que la "vraie" vie ! Et, toi aussi, découvre et fais partager à tes amies la boisson énergisante qui a permis à ton héroïne préférée de gagner les "Hunger Games" !… Amour, Bonheur, Jeunesse, un nouveau filon s'ouvre pour permettre à des marques philanthropiques de constituer chez des millions d'adolescentes de nouvelles zones de "Temps de cerveau disponible"… (cf. chapitre 5 : Produits, publicités, communications)

 

 

4.2.3. La jeunesse

 

 

4.2.3.1.       Une « génération Y [Why] » ?

 

« L’Y est prêt à payer très cher ce qui lui parait indispensable,

et notamment des marques qui lui donnent un statut social ».

Olivier Rollot (la génération Y)

 

« Fruit d’une éducation libérale, d’un environnement multiculturel et d’une société fondée sur la technologie, la génération Y (ils et elles sont nés entre 1981 et 1999) est porteuse de tels bouleversements qu’elle va, à la manière de leurs baby-boomers de grands-parents, peu à peu imposer ses codes à toute la société ». Bienvenue à ceux qui se définissent comme interconnectés, inventifs, individualistes et… impatients »[41].

 

 

4.2.3.2.       La précarité de la jeunesse en France

 

Tiraillées entre un monde trop réglementé et un avenir incertain, les jeunes générations n'ont pas fini de faire la part belle aux histoires dérangeantes... 
Delphine Peras (l’Express)[42]

 

Entre 2001 et 2013, le nombre de Sans Domicile Fixe (SDF)

 a augmenté de 50 % en France

 

 « Le chômage des jeunes en France avoisine les 20 %. Un niveau qui témoigne des difficultés des moins qualifiés pour s’insérer dans l’emploi. Certes, la grande majorité des diplômés accèdent plus facilement à un emploi durable, mais un diplôme élevé ne met plus à l’abri de toute forme de précarité (40 % des diplômés du troisième cycle ont commencé leur carrière par un emploi à durée limitée. Mais les non qualifiés étaient 63 % dans ce cas. L’entrée dans la vie active se fait désormais par le biais de contrats temporaires (les contrats courts représentent aujourd’hui 72 % des embauches) »[43].

 

 

4.2.3.3.       L'affaire Léonarda : malaise dans la jeunesse française…

 

L’affaire Leonarda Dibrani est une affaire politique au fort retentissement médiatique qui s'est développée à la suite de l'expulsion vers le Kosovo, le 9 octobre 2013, d'une famille immigrée dont une fille mineure, Leonarda Dibrani, a été interpellée lors d'une sortie scolaire.

Des manifestations de lycéens se déroulent  pour réclamer le retour en France de Leonarda Dibrani et de Khatchik Kachartryan, un immigré arménien de dix-neuf ans expulsé du territoire au même moment. Le 17 octobre 2013, à l'appel de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL), 24 lycées sont bloqués, et une cinquantaine le lendemain. 2 500 manifestants défilent à Paris selon la police, 7 000 selon la FIDL.

Le président de la République française François Hollande intervient à la télévision le 19 octobre 2013 dans l'après-midi et annonce que Leonarda pourra, si elle le souhaite, revenir seule en France.

Les critiques sont vives à gauche : le Premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, désapprouve la décision de François Hollande ; elle est qualifiée de « cruauté abjecte » par le Parti de gauche (PG). Europe Écologie Les Verts (EELV) estime que les propos du président et de son ministre de l'Intérieur sont « inhumains et incompréhensibles". [

 

 

4.2.3.4.       LA TELE REALITE  séduit de plus en plus la jeunesse

 

Faisons le point sur la question avec Agnès Chauveau (spécialiste des médias), dans sa rubrique "focus media", diffusée en 2013 dans l'émission de France-Culture "Soft Power", une émission de Frédéric Martel.

 

"Les jeunes et la télévision :

Douze ans après le début de "Loft Story"[44], la Télé réalité marche toujours bien. La télé, en général, paraît ringarde aux jeunes : les 15 / 25 ans s'y consacrent deux fois moins que le reste des Français. La notion même de programme est étrangère à cette génération; alors ils la consomment différemment en replay, sur les tablettes : un jeune sur deux a déjà regardé la télévision sur un autre terminal, et ce n'est qu'un début !

Mais ce n'est pas l'information que ces jeunes consomment ! Parfois ils peuvent regarder "Le petit journal" de Canal Plus, mais ils boudent les JT, les émissions politiques.

 

Le succès de la télé réalité auprès des jeunes : Alors les jeunes se tournent vers la télé réalité, plus précisément vers les programmes pour ados et le jeunes public que les chaînes de la TNT diffusent entre 16H30 et 19H00. L'archétype de ce succès est incarné par NRJ 12 et W9. Les deux chaînes se placent régulièrement en haut du podium de la tranche des 15 / 35 ans. L'exemple type, c'est "l'île des vérités"[45] qui rassemble 500 000 spectateurs par jour avec un pitch assez simple : douze candidats à Tahiti possèdent un secret (qui va être révélé au cours des émissions "par des proches qui, sans que les candidats le sachent, ont parcouru 22 000 Kms pour leur dire des vérités qui les changeront à tout jamais."

 

Les anges de la télé-réalité : Le programme culte de la chaîne NRJ 12  c'est "Les anges de la télé réalité" dont la saison 5 n'a cessé de fédérer un public de plus en plus important (près d'un million de téléspectateurs et surtout 42 % des 15 – 24 ans). Le principe de l'émission, c'est de faire cohabiter d'anciens candidats de la télé réalité (des stars de Koh Lanta[46], de la Star Académie[47], de l'Ile de la tentation[48]). Ils cohabitent dans un loft (à Miami, par exemple) et chaque candidat doit s'accomplir dans la chanson, la comédie, la mode, etc., le but du jeu étant de récolter de l'argent pour une œuvre caritative.

 

Les recettes de la télé réalité : On trouve pêle-mêle dans ces émissions du soleil et des corps bronzés, des filles "sexy" et des "beaux mecs", de la passion et de la trahison, des amitiés des  disputes, des joies et des désillusions, des rêves de conquête, de destin transfiguré. Contrairement au style "Loft story", où il ne se passait pas grand chose, il s'agit aujourd'hui d'une télé réalité qui flirte avec la fiction : le genre est devenu délibérément "feuilletonnant",  à tel point qu'on parle maintenant de "réalité scénarisée" (ou SCRIPT REALITY), et on constate qu'il y a moins d'improvisation.

Les chaînes "historiques" tentent elles aussi d'investir ce territoire (France Ô a lancé "Soap", TF1 diffuse "Secret Story, et M6 a touché le succès avec "Retour au pensionnat"[49], qui rassemble 3 millions de téléspectateurs et constitue 20 % de la part d'audience. "Retour au pensionnat" constitue également un phénomène sur Twitter, puisque cette émission suscite près de 50 000 tweets de commentaires. Les gens ont ainsi l'impression de faire un peu partie du programme.

 

Les programmes "trans médias" : les programmes de télé réalité actuels créent une véritable dynamique que l'on appelle "Trans-médias" : les contenus peuvent être déclinés d'un média à un autre. Ces émissions  créent une intense communication numérique sur les réseaux sociaux, les blogs, les sites Internet dédiés qui ramènent au final les jeunes vers des programmes télévisés plus traditionnels (une sorte de cercle vertueux avec de jeunes adultes qui sont le fer de lance de e la "social TV").

Aujourd'hui la TV réalité d'enfermement, de brimades et de vexations publiques (comme le proposait "Loft Story") a vécu. L'heure est à la télé réalité "positive" (ou FEEL GOOD TV), la TV où on se sent bien (entraide, solidarité, débrouille, où l'on donne une grande place aux valeurs refuges traditionnelles, telles que la cuisine – "Top Chef"[50]).

 

La télé-réalité contamine les autres programmes : La télé réalité a abandonné son parfum de souffre et de scandale; elle est aujourd'hui un pilier de la télévision, avec les séries et les films (cette mutation a été favorisée par la multiplication des recettes, des concepts). Et la télé réalité a contaminé le mode d'écriture des autres programmes : elle s'est infiltrée dans tous les genres, y compris dans les informations !

 

La télé réalité, un programme anodin ? Même en plus "soft", la télé réalité continue d'alimenter les polémiques, d'autant plus qu'elle cible – et qu'elle touche – un public assez jeune. La mort récente d'un candidat de "Koh Lanta"[51] et le suicide du médecin de l'émission ont ravivé la polémique sur le statut des candidats, qu'il s'agisse du respect du droit du travail ou de celle des rapports à la dignité humaine. On recense à ce jour 18 suicides d'anciens candidats de la télé-réalité" entre 1997 et 2012. On pointe les dangers qu'encourent certains candidats qui confondent notoriété et popularité : ils sont parfois des difficultés pour revenir a une existence "normale".

Les jeunes sont-ils dupes de ces programmes, ou au contraire, sont-ils des consommateurs d'un système qu'ils décryptent sans illusions ? Il semble que les réponses à ces questions sont complexes, éloignées des stéréotypes et des clichés. Alors que bien des parents sont angoissés par l'avenir des jeunes, la télé réalité apporte ses réponses à ces jeunes en mal de futur)".

 

 

4.2.4. L'impact de la télé réalité sur les adultes et les "adulescents" français 

 

"Les requêtes faites sur Google pour trouver des articles sur Internet sont un bon indicateur de nos intérêts et passions. Le palmarès des demandes effectuées en 2013 sur le moteur de recherche, et dont les résultats viennent d'être rendus publics, en atteste :

La mort et la téléréalité en tête : Ceux qui espéraient pouvoir enfin s'en débarrasser vont devoir prendre leur mal en patience : la téléréalité enflamme toujours la Toile. « Secret story 7 » et « Star Academy » atteignent respectivement les quatrième et septième positions du palmarès. Quant à Nabilla, elle pointe à la neuvième place, coiffant Mandela !"[52].

 

 

4.2.5.   Les jeux vidéo

 

Si la technologie modifie notre rapport au monde, on peut peut-être établir un rapport entre la pratique des jeux vidéo et le fonctionnement du film "Hunger Games". Dans certains jeux vidéo, la mort d'un personnage peut s'avérer moins dramatique que dans le monde réel, puisque des "résurrections" sont possibles. Par ailleurs, les jeux vidéo violents ont fait, cette année,  l'objet d'une promotion (accompagnée d'un "buzz" sur les réseaux sociaux) qui a participé à banaliser la violence.

 

Jeu Vidéo : quand on a la chance d'avoir plusieurs vies !…

 

"Tant que le joueur ne parvient pas à franchir un obstacle, il ne peut progresser dans le jeu. De plus, si le joueur fait une erreur, cela peut s'avérer fatal pour son personnage. Dans ce cas-là, le joueur doit recommencer la séquence. Le jeu peut accorder autant de chances que possible au joueur mais il peut aussi offrir un nombre de chances limité, intégrant alors un système de vies. Les vies représentent le nombre de fois que le personnage peut ressusciter, et donc les chances qu'il reste au joueur pour finir le jeu. Lorsque le personnage a perdu l'ensemble de ces chances, c'est la fin de partie"[53].

 

GTA : le succès planétaire d'un jeu vidéo  "violent et immoral"

 

"La série GTA (ou Grand Theft Auto) démarre en 1997 et depuis, bat records sur records. Le plus gros budget de l'histoire du jeu vidéo a été consacré à GTA 5, sorti en 2013. Le jeu suscite un engouement spectaculaire (30 millions d'exemplaires vendus dans le monde en quelques mois), mais aussi des polémiques de par son caractère violent et immoral"[54].

Ce jeu (!) si populaire est déconseillé aux moins de 18 ans…

 

"Dans GTA 5, si vous tombez en panne sur l’autoroute, pas de panique. Vous arrêtez le poids-lourd qui vous précède, vous assassinez devant témoins le chauffeur, vous montez dans la cabine et foncez à vive allure en sens inverse jusqu’au prochain échangeur. No problème, vous êtes lourdement armé …

Dans ce jeu très élaboré tout est permis. Le joueur est invité à vivre les pires situations en toute impunité dans la ville de Los Santos (Los Angeles ?) : vol de véhicule, de moto, d’hélicoptère, attaque à main armée, homicides volontaires, association de malfaiteurs, grand banditisme. On peut même solliciter les services d’une péripatéticienne professionnelle, genre call-girl fatale"[55].

 

 

4.2.6. La confusion des valeurs culturelles (et politiques !) dans la société du spectacle (et du numérique omniprésent)

 

Certes Hunger Games a été écrit par une auteure professionnelle qui souhaitait certainement faire reconnaître son talent littéraire (et en recevoir de substantielles rémunérations). Certes, l’œuvre accumule les contradictions et les coups de théâtre improbables qui la situent bien dans le domaine de la fiction. Mais, et c’est tout à l’honneur de Suzanne Collin, la saga aborde des thèmes (guerre, torture, souffrances physiques et psychologiques, etc.) que les adolescents ont plutôt tendance à retrouver dans les journaux télévisés.

Oui, il y a une cohérence, un « sérieux » dans la saga (même s’il est tout à fait critiquable), qui l’éloigne du « spectacle » parfois dérisoire donné par les tenants de la « Culture » (et même parfois de la Politique). Deux exemples parmi des milliers d’autres, de ces « fausses valeurs », des ces « coups de Com » que les jeunes savent pourtant souvent débusquer et critiquer :

 

[A Canal Plus, Peter Stuart agit dans l’ombre d’Antoine de Caunes[56]. Comme lui, il aime les « mabouls » et les virées fêlées] – « Notre client a été un Monsieur Pingouin, un Belge qui était certain d’être un pingouin et qui parlait comme un pingouin. Avec Antoine, nous sommes d’accord sur le fait qu’un type comme ça est plus intéressant à filmer que Georges Clooney. Pas faux, commente Pierre Siankowski, journaliste aux Inrockuptibles »[57].

 

« C'est la photo insolite de ce 1er janvier 2014. Anne Hidalgo, candidate du Parti Socialiste à la mairie de Paris, a publié une photo d'elle avec Serge le lama sur Twitter (Serge le lama est devenu une star du Net quand il a été emmené en escapade nocturne dans le tramway bordelais par six étudiants éméchés en octobre 2013). Un cliché pris lors de la parade des Champs-Élysées, organisée cette année autour du thème du cirque »[58].

 

 

 

 

5. Produits, publicités et  communications "TOUS AZIMUTS" : UN FILM PARFAITEMENT FORMATE POUR LA SOCIETE du spectacle

 

A l'avant-première de Hunger Games : L'embrasement qui a eu lieu

le 15 novembre dernier au Grand Rex à Paris, les fans étaient

plus de 3000 sur place et environ 90% d'entre eux étaient des filles.

 

Pour accompagner le "bouche à oreille" si bénéfique au succès du film, les médias et le monde de l'Internet doivent bruisser de nouvelles surprenantes, étonnantes, captivantes, rappelant combien Hunger Games est moderne, fascinant, incontournable, "à la mode". Nous mesurons bien combien les faits et gestes de la jeune "star" Jennifer Lawrence fascinent les fans, et alimentent le "buzz" autour du film. Nous sommes bien au cœur d'une stratégie commerciale visant à générer des bénéfices importants.

 

 

5.1.                   Jennifer Lawrence, nouvelle égérie de la maison de couture Dior[59]

 

"(…) Comment la jolie comédienne brune de 22 ans est passée de femme banale

à femme fatale. Coiffures travaillées, maquillage parfait et robes de créateurs,

la comédienne Jennifer Lawrence est désormais une véritable icône de mode"[60].

 

La maison de couture Dior vient de recruter une nouvelle égérie pour la campagne printemps été 2013 de ses sacs à main. Il s'agit de Jennifer Lawrence, portant les accessoires de la nouvelle collection, sous l'oeil du photographe Willy Vanderperre. L'actrice a rejoint, en octobre dernier, Marion Cotillard et Mila Kunis dans le rang des égéries de la marque.

 

"C’est sobrement vêtue et maquillée que Jennifer Lawrence a pris la pose sous l’objectif de la maison Dior. Un simple manteau anthracite à la coupe presque masculine, un chignon bas et un beauty look aux subtiles touches de bronze, et l’ambassadrice actuelle est parée pour éblouir les affiches et les magazines. A son bras, les derniers modèles Miss Dior, élégants, raffinés, haute couture à souhait. D’aspect matelassé, chaîne argentée ou dorée, les sacs à main Dior de l’automne donnent du cachet à n’importe quelle tenue quotidienne. Le minimum vestimentaire leur suffit, ils transformeraient n’importe quelle femme lambda en nouveau canon du septième art. Du moins tel est leur message"[61].

« J’ai toujours été une grande fan de Dior, admet-elle dans un extrait. Faire partie d’une histoire si incroyable, c’est un honneur. En excellente connaisseuse des créations parisiennes, Jennifer Lawrence n’a pas caché son goût pour la nouvelle ligne de sacs dont elle sera l'égérie. « Le sac à main Dior est intemporel, continue-t-elle. C’est un classique que vous pouvez porter partout, à n’importe quel âge.[62]"

 

 

5.2.                   Mode People - Les plus beaux red carpet de Jennifer Lawrence[63]

Par Hélène Moguilewsky le 13 novembre 2013  

Ultra féminine, pulpeuse et naturelle, Jennifer Lawrence est LE nouveau visage d’une génération de people « no complex ». Exit les stéréotypes de la starlette hollywoodienne grande, fine, toujours tirée à quatre épingles. A l’affiche du deuxième opus d’ Hunger Games, on ne peut pas dire que Jennifer passe inaperçue. Grazia.fr fait le point sur ses plus belles tenues de red carpet.(photo de la robe en satin blanc avec maxi nœud dans le dos. Partagez :  

Dans sa robe bustier noire, Jennifer Lawrence brise les codes et nous prouve, avec ses superbes formes, que les plus grandes mannequins ont du soucis à se faire).

 

 

5.3.           Jennifer Lawrence s'explique sur sa nouvelle coupe courte[64]

 

Par Marine Durand le 09 novembre 2013  

La star de "Hunger Games" a coupé ses cheveux à la garçonne en début de semaine, et tout le monde a son avis sur la question.

 

5.4.           Hunger Games : Un parc d’attractions dédié à la saga ?[65]

Tandis que la promotion du deuxième film de la saga, L’Embrasement, bat actuellement son plein, un autre projet inspiré de l’univers Hunger Games pourrait voir le jour. En effet, les studios Lionsgate seraient prêts à se lancer dans une toute autre aventure… Celle d’un parc d’attractions dédié aux aventures de Peeta et Katniss (interprétée par Jennifer Lawrence sur le grand écran) ! Si les fans se réjouissent déjà, rien n’est encore fait pour le moment. "Nous avons été approchés par deux régions à propos de ce potentiel parc d’attractions. Cela nous donne un indice sur l’impact culturel de la franchise. Nous sommes très enthousiastes quant à ces opportunités et nous allons suivre tout cela attentivement" explique le directeur général.

Si l’on se doute que ce parc à thème ne se basera pas sur un Colisée où les fans seront invités à s’entretuer, on s’interroge déjà sur les attractions qui pourraient y figurer. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une saga visant les adolescents se transforme en une aire de jeux gigantesque. Depuis deux ans, les accros aux livres et films Harry Potter peuvent se promener et redécouvrir l’univers de leur sorcier préféré à Orlando (Floride) dans les parcs Universal Studios. La trilogie Hunger Games, que l’on doit à Suzanne Collins, n’a donc pas terminé de nous étonner. Un business fructueux est né

 

 

 

5.5.                   Hunger Games, bientôt un jeu vidéo ambiance « ancien Testament »[66]

 

« Fort de ses 364 millions de dollars engrangés, le producteur du film, Lionsgate, a annoncé que la trilogie sera adaptée pour consoles vidéo. Ce jeu, précise David Hays, vice Président du marketing numérique, ne mettra pas des avant des enfants qui s’entretuent comme le raconte le film. Si vous vous intéressez à la structure narrative de la trilogie des livres, il y a un style d’Ancien Testament dans cette histoire (celle d’un peuple esclave forcé de combattre dans des jeux). Un jeu vidéo focalisé sur la lutte entre le Bien et le Mal sera attractif pour les fans.

Par ailleurs, depuis le 30 mars 2012, un jeu est disponible sur la page Facebook du film (qui compte 3,6 millions de fans). Les membres du réseau social peuvent y jouer gratuitement.

 

 

5.6.                   Une « Barbie » à l’effigie de Jennifer Lawrence

 

« Hunger Games fait un carton au box-office et les produits dérivés autour du film se multiplient. Ce mercredi, la société Mattel a annoncé créer une Barbie à l'image de Katniss l'héroïne du film interprétée par la très sexy Jennifer Lawrence »[67].

 

 

5.7.                   En Floride, perdre signifiait mourir au camp de vacances "Hunger Games"[68]

 

La démarche était osée, l'expérience aura tourné court, non sans avoir préalablement suscité la polémique outre-Atlantique. Sur le modèle de la trilogie Hunger Games de Suzanne Collins, un camp d’été a ouvert, cet été, en Floride, fort d'un principe simple: inviter les enfants à s’entre-tuer pour remporter la victoire. Mais attention, «il y a de quoi rassurer les parents», note avec une ironie évidente le Times dans son article du 6 août, puisque «il n’y a pas de vrai meurtre».

A l’origine de ce concept un tantinet trash,  la Country Day School à Largo, en Floride, qui entendait surfer sur la série littéraire à succès Hunger Games. La trilogie, dont le premier tome a été adapté au cinéma, retrace ainsi le long périple d’adolescents de 12 à 18 ans, choisis pour combattre jusqu’à la mort dans le cadre d'un jeu de télé-réalité. Le concept pour le moins violent, détonnant sur le papier, n'a pourtant pas résisté à l'épreuve du terrain. 

 

«Je pourrais même te poignarder»

 

Et pourtant, cela partait bien à en croire le journaliste du Tampa Bay Times. Et de décrire, dans son reportage, des enfants - âgés de 10 à 14 ans et pour la plupart, camarades de classe - «très excités» de se rencontrer et de jouer. «Au départ, leur intention étaient "de tuer" leurs rivaux en les poignardant ou en les tuant à coup d'épée», selon les règles édictés du camp et basées sur celles de Hunger Games, relate The Guardian. Mais «au milieu de la semaine, après avoir interrogé quelques enfants, les organisateurs ont préféré laisser de côté les épées et les flèches, ainsi que leurs affiches "PERDRE SIGNIFIE MOURIR". Ils ont censément décidé de changer le jeu, le but n’étant plus de “tuer” les concurrents, mais de déchirer les drapeaux des adversaires».

Ce qui s'appelle revenir à la raison, tant les apprentis tueurs semblaient un peu déboussolés par toutes ces histoires d'affrontements sanglants. Preuve en est, ce dialogue entre deux amies relaté par le Tampa Bay Times. On peut ainsi y lire; «C'est une amitié qui a fait hésiter Ryller Miller, 12 ans. "Je ne veux pas te tuer", a-t-elle dit à Julianna Pettey. Julianna a également 12 ans, et regarde son amie droit dans les yeux. "Je te tuerai probablement d'abord", averti-t-elle, ses mains posées sur les épaules de Rylee. "Je pourrais même te poignarder"».

 

 

 

6. LES REFERENCES

 

Ce film est un blockbuster malin, cruel, pertinent, qui mélange les références (jeux du cirque, "Nouvelle star", Gotham city, jeux vidéo, "course contre la mort", "Punishment Park)

Christine Masson – France Inter

 

 

6.1.                   LES REFERENCES A L'ANTIQUITE

 

Suzanne Collins a dit s'être inspirée de la mythologie grecque (Thésée) et de la civilisation romaine pour rédiger sa saga.

Mais elle s’est aussi inspirée de l’antiquité gréco-romaine, ce qui donne un point de vue à la fois historique et intemporel à la saga. Ces références lui confèrent  une aura « européenne », sérieuse et « classique », ce qui constitue également un excellent argument de vente.

 

6.1.1.                       La légende de Thésée et du Minotaure

 

Athènes - depuis la mort de son fils Androgée par Egée, roi d'Athènes, et sa victoire sur les Athéniens, Minos, roi de Crète, exige que la ville lui envoie tous les 9 ans un tribut de sept jeunes hommes et de sept jeunes filles qui seront donnés en pâture au Minotaure.

Thésée décide de mettre fin à ce carnage et se rend en Crète avec les jeunes victimes afin de tuer le monstre[].

Mais la propre fille du roi Minos, Ariane, est tombée amoureuse de Thésée et va lui donner une pelote de fil pour lui permettre de retrouver la sortie. Thésée abat le monstre avec le glaive qu'Ariane a volé à son père. Plus tard, Thésée devient le roi d'Athènes.

 

[Dans cette légende, le sort des tributs est dramatique, mais si leur mort est certaine, au moins on ne leur demande pas de s'entretuer… Suzanne Collins a donc "noirci" délibérément son matériau littéraire de base]

 

6.1.2.                       Les autres références à l'antiquité

 

Panem (Nom du pays dans lequel se déroule l’action : « Pain »)

Fait référence à « Panem et circenses » : expression latine utilisée dans la Rome antique pour dénoncer l'usage délibéré fait par les empereurs romains de distributions de pain et d'organisation de jeux dans le but de flatter le peuple afin de s'attirer la bienveillance de l'opinion populaire.

 

Capitole : capitale de Panem / la plus prestigieuse des sept collines de Rome

 

Coriolanus : Président dictateur de Panem  / Caius Marcius Coriolanus est une figure semi légendaire de la République romaine archaïque

Caesar : Animateur télévision / Caius Julius Caesar (dictateur romain)

Cinna : styliste / Lucius Cornelius Cinna (général romain)

Plutarch : haut Juge / Plutarque (Historien de la Rome antique)

Romulus : chef de la police du district 12 / Romulus : fondateur mythologique de Rome

Seneca (Haut Juge dans le premier film; le dictateur lui demande de se suicider) / Sénèque (philosophe romain, se donne la mort sur ordre de l’Empereur Néron).

Claudius : commentateur des Jeux / Claude (Empereur romain)

 

Présentation des tributs sur des chars au Capitole : chez les Romains, les chars sont réservés aux parades et aux courses, principalement au Circus Maximus.

 

6.2.                   Les noms des personnages

« Les Jeux de la faim »  - Dans l’arène où ils doivent s’entretuer, les « tributs » ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour s’alimenter, dans un environnement hostile, foisonnant de pièges. Parfois ils reçoivent une aide envoyée par un mystérieux « sponsor ».

 

Le Président Coriolanus Snow

Snow (neige) ne peut que s’opposer à Katniss, surnommée « la fille du feu »

 

Caesar Flickerman, le présentateur vedette de la télévision

To Flicker : vaciller, pour une flamme, avant de s’éteindre, ou

To flicker through the TV channels : « zapper »

 

Haymitch Abernathy, le mentor des deux héros

Hay : foin

Mitch : diminutif de Mitchell (« Michel des foins ») – le personnage a été choisi (« moissonné » dans le film) pour participer aux Jeux

Gale Hawthorne, le soupirant mineur de Katniss

Hawthorn berry : une cenelle (« Baie rouge de l’aubépine et du houx »).

 

Effie Trinket, hôtesse futile du Capitole qui devient amie des héros

Effie : prénom anglais qui vient de « Alfred » [Alfred, prénom d’origine germaine : « al » = tout et « frid » = la paix – « Alfred » : qui aime la Paix, pacifique.

Trinket : babiole, colifichet

 

 

Plutarch Heavensbee, haut Juge qui trahit le dictateur et rejoint la rébellion

Heaven : paradis

Bee : abeille

[Ruche, miel, pollen, paradis... derrière les apparences, un personnage positif !]

 

Romulus Thread, le chef des Pacificateurs

Thread : fil

[« Fil » rappelle le fouet que le personnage manie avec sadisme pour châtier Gale]

 

Primrose, la jeune sœur de katniss

Primrose : primevère, jaune pale. Symbole de la « beauté divine »

 

 

6.3.                   Les Amazones, une référence antique que le film n’a pas pris en compte

 

Les Amazones

« Selon la légende, les Amazones habitent dans l'actuelle Turquie. Ce sont des guerrières (comme les Walkyries) qui se gouvernent elles-mêmes. Elles tuent leurs enfants mâles ou les rendent aveugles ou boiteux, pour ensuite les utiliser comme serviteurs. Elles coupent leur sein droit pour faciliter le tir à l'arc. Pour assurer la perpétuation de leur civilisation, elles s'unissent une fois par an avec les hommes des peuplades voisines dont elles choisissent les plus beaux. Dans la mythologie grecque, elles symbolisent  les femmes tueuses d’hommes. Elles vouent un culte à Artémis (Diane). Dans la mythologie grecque, Antiope, est la reine des Amazones. Elle a une relation avec Thésée et donne le jour à Hippolyte »[69].

[Dans un autre scénario, Katniss aurait pu prendre la tête d’un groupe d’adolescentes, armées d’arcs et de flèches, et décidées à libérer Panem de son dictateur. Mais non, décidemment, Katniss, individu parmi les individus, ne sera jamais la reine des Amazones…].

 

CONCLUSION

 

 

[Roman – page 283] - "Autour de la corne d'abondance, le sol semble saigner; des cadavres gisent sur le sable ou flottent dans la mer. Qu'est-ce que je croyais ? Que la belle solidarité montrée hier soir déboucherait sur une sorte

de trêve universelle dans l'arène ? Non, je n'ai pas pensé à ça une seconde.

Dire que vous vous connaissiez tous, me dis-je. Que vous prétendiez être amis".

 

 

[Roman – page 284] : Finnick a éventré sans sourciller ce pauvre tribut du Cinq. Et combien de temps m'a-t-il fallu pour redevenir une tueuse ?

Je ne visais pas à coté quand j'ai tiré sur Enobaria, Gloss ou Brutus.

 

 

 [Roman : Page 337] : c'est génial d'avoir des alliés –

tant qu'on oublie qu'il faudra les éliminer un jour.

 

 

Parfois le cinéma révèle de manière précise les évolutions, les angoisses ou les espoirs d’une société. C’est peu dire que le triomphe de la saga auprès des adolescentes témoigne d’une angoisse forte concernant leur devenir dans cette société libérale désormais mondialisée, qui leur demande à la fois d’innover, de permettre l’éclosion de fonctionnements plus justes, moins agressifs, et en même temps de conserver la place symbolique que les hommes leur ont assigné dans les sociétés patriarcales.

Le film leur apporte une réponse nette, des plus conservatrices.

Si la femme aujourd’hui n’a aucune mal à faire la preuve de ses talents et de ses compétences, elle ne pourra rien changer aux structures sociales, qui, quel que soit le parti politique au pouvoir, ne pourront que leur apporter malheurs et désillusions.

La saga Hunger Games se démarque donc des films pour ados « gore » du samedi soir. La violence est réduite au minimum (acceptable par la censure pour que les films soient classés « Tous Publics » et génèrent un maximum de recettes), mais les auteurs ont construit un véritable discours politique. Et c’est bien ce mélange entre attentes des adolescentes et visions désespérantes du présent et de l’avenir qui ont, sans doute, permis le triomphe du film dans les sociétés occidentales.

Mais, si les gouttes de sang sont comptées à l’image, la vraie violence est ailleurs, dans la conception de l’Homme qu’impose le film.

La Politique, nous dit-il, impose la trahison, la défiance, le contrôle des autres. A part l’amour (dans le couple hétérosexuel !), toute autre forme de « laisser aller » vers l’Autre est une source de danger potentiel. Ni Solidarité donc, ni Fraternité !

Au terme de ce second épisode (massivement plébiscité par les adolescentes), il convient de « rentrer la tête dans les épaules », d’attendre des jours meilleurs, et surtout de ne pas tenter de comprendre la complexité du monde violent qui nous entoure, puisque au final, nous dit le film, tout cela nous dépasse… Juste « survivre »… juste « sauver ma peau ».

En « brouillant les cartes », la grande force du récit « Mainstream [70]» de Suzanne Collins consiste à rénover la narration romanesque (et filmique) par des emprunts à la « culture jeune » (télé réalité, jeux vidéo), à donner l’impression qu’elle en donne un discours critique, alors que, au contraire, tout est formaté pour obtenir un résultat consensuel, qui apporte la richesse à l’auteure et aux producteurs, une « morale conformiste » au jeune public en souffrance, sans mettre en danger une seule seconde une société libérale mondialisée, inégalitaire et d’une grande violence sociale et humaine.

Force est de constater que l’analyse proposée dans cet article est très minoritaire dans les « papiers » consacrés au film par les médias dominants, ou les blogs sur Internet… Cela témoigne certainement d’un désenchantement, d’un repliement sur soi d’une société de plus en plus conservatrice (où les populations les plus précaires subissent des « thérapies de choc »), et d’un conformisme certain d’une majorité de la critique pour analyser la fonction du cinéma dans notre « société du spectacle », où la sphère culturelle a été absorbée par l’ordre marchand et la « Com ».

 

 

Gérard Hernandez

Lauréat de la certification « Cinéma-audiovisuel »

Article rédigé en Janvier 2014 avec la documentation de l’espace « Images Histoire »

de la Médiathèque Jacques Ellul de Pessac (33).

 

 

 

 

 

A N N E X E S

 

 

 

 « HUNGER GAMES, LA REVOLTE »

 Roman de Suzanne Collins       (publié aux USA en 2008)

 

 

La configuration d’analyse est ici bien particulière : la saga compte trois tomes, l’adaptation cinématographique se déroulera en quatre épisodes. Nous ne pouvons évoquer à l’heure où cet article est rédigé les deux derniers films, mais nous pouvons dores et déjà examiner les grandes lignes du dernier des trois romans, « Hurger Games : la révolte », publié en France en Mai 2011.

 

 

Un etonnant « Happy end » (qui ne peut cacher la noirceur du propos…)

 

[Page 399 : « Je m’appelle Katniss Everdeen. Pourquoi ne suis-je pas morte ? Je devrais l’être, ce serait beaucoup mieux pour tout le monde]

 

[Epilogue, pages 415 et 416] Les Hunger Games n’existent plus. Katniss et Peeta sont mariés et ont deux jeunes enfants. Ils habitent à nouveau dans leur district d’origine, le District Douze. Oubliés la gloire et les plateaux télé, retour à un anonymat marginal (on ne sait trop s’il est choisi ou imposé…).

Les errements politiques monstrueux, les dictatures sanguinaires, les rebelles prêtes à tout pour assouvir leur soif de pouvoir, tout ceci est « magiquement » terminé en une phrase : [page 403 : « On a convoqué des élections d’urgence à l’issue desquelles Paylor a été élue Présidente].

Nous n’en saurons pas plus, mais le pouvoir est maintenant entre les mains de dirigeants démocratiquement élus, compétents et responsables. Les populations « bigarrées » du Capitole ont disparu. Katniss peut enfin abandonner la politique, rentrer à la maison, fonder une famille et s’occuper de ses enfants !

Retour à la « normale » ?...

 

 

La « théorie du complot », veritable socle de toute action politique

 

Les deux premiers tomes avaient détaillé l’horreur du régime dictatorial du Président Snow, le dictateur de Panem. Dans le troisième et dernier tome, la rébellion est dirigée par la Présidente Coin, qui dirige le District Treize.

Katniss, investie comme symbole de la rébellion, va peu à peu découvrir que la Président Coin est prête à tout certes pour abréger la guerre, mais aussi pour prendre le pouvoir. Cette « libératrice » ne vaut guère mieux que le Dictateur (elle fait subir des traitements dégradants à ses prisonniers) !

Le District Treize qu’elle préside d’une main de fer ressemble à une caricature (en plus inquiétant) de la Corée du Nord…[71]

 

Au final, la Présidente Coin, que nous pensions « progressiste », fait assassiner sous les bombes des innocents (Primrose, la sœur de Katniss y perd la vie), et propose de mettre en place de nouveaux « Hunger Games » auxquels participeraient seuls les enfants du Capitole ! Elle sacrifie tout à sa soif de pouvoir. Les atrocités répondent à d’autres atrocités.

Au lieu d’abattre le Président Snow (alors qu’elle en a l’occasion), c’est la Présidente Coin que Katniss tuera avec sa flèche, vengeant ainsi la mort de sa sœur cadette.

De quelque coté que l’on se tourne, la politique est désespérante, et l’homme reste une créature dangereuse, nuisible… Le présent est sombre, dangereux, horrible, et il n’y a pas de futur qui vaille !...

 

 

 

Une guerre civile, cruelle, irreelle, qui s’apparente parfois à un jeu vidéo morbide, sanglant.

 

La torture

 

[Page 124 – la transformation physique de Peeta me cause un choc. Le garçon plein de santé, à l’œil vif que j’ai vu quelques jours plus tôt a perdu au moins sept kilos, et ses mains sont agitées de tremblements nerveux »].

 

[Page 146 – Brusquement la caméra pique du nez et ne montre plus que le carrelage blanc. On entend un bruit de bottes. L’impact d’un coup suivi d’un cri de douleur. Et le sang de Peeta gicle sur le carrelage].

 

[Page 194 Peeta, évadé, a agressé Katniss – Apparemment le Capitole l’a soumis à une forme de lavage de cerveau inhabituelle. Une sorte de conditionnement qui repose sur le venin des guêpes tueuses]

 

[Page 234 – Comment pourrais-je en vouloir à Johanna alors que le Président Snow l’a pratiquement torturée à mort après les Jeux de l’Expiation (…) C’est comme cela que Johanna a été torturée au Capitole : en l’arrosant avant de lui envoyer des décharges électriques]

 

 

La guerre, irréelle comme un jeu vidéo et pourtant meurtrière

 

[Page 92 – (Gale) – « Je te ferai remarquer que jusqu’ici personne n’a encore eu recours à des armes nucléaires. Ça reste une guerre à l’ancienne »]

 

 

[Page 150 – (Présidente Coin) – « Une attaque atomique contre le District Treize serait contreproductive pour le Capitole. Des missiles nucléaires rejetteraient des radiations dans l’atmosphère avec des conséquences incalculables pour l’environnement ».

 

[Page 263 – Le simulateur de Combat Urbain reproduit l’environnement d’une rue du Capitole. Le décor est conçu pour nous réserver toutes les mauvaises surprises possibles et imaginables. Le moindre faux pas nous fait marcher sur une mine, il y a des tireurs d’élite sur tous les toits, des enfants en larmes viennent nous conduire dans des embuscades. On sait que tout est faux, qu’on ne risque pas de se faire tuer]

 

[Page 269 – Des lumières s’allument : chaque lumière correspond à un danger pouvant aller de la bombe à une bande de mutations génétiques.]

 

[Page 273Parfois nous tirons sur des mannequins en  uniforme de Pacificateurs. Quand on touche la chair, on est récompensés par une giclée de faux sang. Nos mannequins sont trempés de rouge]

 

[Page 295 : Boggs pose le pied sur un pavé orange. Et déclenche l’explosion de la mine qui lui arrache les deux jambes].

 

 

Sexualité : les adolescents vendus a des clientes !

 

[Page 184 (Finnick)Le Président Snow me vendait, c’est à dire mon corps. Et je n’étais pas le seul ! Dès qu’un vainqueur est considéré comme désirable, le Président l’offre en récompense à ceux qui le servent, ou le loue à des tarifs exorbitants. Si on refuse, il fait tuer l’un de nos proches. Alors on obéit (…) Pour apaiser leurs scrupules, mes clientes m’offraient de l’argent ou des bijoux ».

[Page 185 – Finnick révèle la présence au Capitole d’ « appétits sexuels étranges »…]

 

 

Le suicide, la mort comme solutions « acceptables » pour une jeune héroïne de 17 ans.

 

[Page 135 : « Je n’ai plus chanté L’arbre du pendu

à voix haute depuis dix ans parce que c’est interdit […] On se demande

si le pendu ne demande pas à sa fiancée de le rejoindre dans la mort.

Voir sa fiancée avec une corde de chanvre autour du cou,

pendue à coté de lui dans le même arbre »]

 

[Page 399 : « Sauter par la fenêtre n’est pas une option. Je sais fabriquer un excellent nœud coulant, mais je n’aurais aucun endroit pour l’accrocher. Je pourrais mettre de coté une partie de mes médicaments pour m’en administrer une dose mortelle. Mais la surveillance rend toute tentative de suicide pratiquement impossible.

Je me décide de me laisser mourir sans manger et sans boire. Hélas, je n’avais pas compté avec mon accoutumance à la morphine. Mon corps s’amaigrit comme jamais et je suis en train de gagner malgré tout. Pendant quelques jours je me sens au plus mal et je commence à croire que je vais enfin quitter ce monde ».

 

Mort et solitude

Primrose, la jeune sœur de Katniss est morte dans les combats de libération.

Après la victoire des rebelles, sa mère « participe à l’implantation d’un hôpital dans le District Quatre ». Gale, son « amoureux transi » est désormais dans le District Deux où « il s’est trouvé un chouette boulot ».

Partout autour d’elle la mort [page 409 – « Je croise plusieurs équipes masquées et gantées autour de charrettes tirées par des chevaux. En train de fouiller la neige. De ramasser des cadavres »].

[Page 416 – Un jour il faudra bien que je parle à mes enfants de mes cauchemars. D’où ils me viennent. Pourquoi ils ne s’effaceront jamais complètement].

 

 

Pour les lectrices / adolescentes, la saga se termine ici, par ces… notes d’espoir !...

 

 

 



[1] « Les jeux de la faim – l’Embrasement".

[5] Service cinéma Télérama. « Comment montrer la violence au cinéma ? ». Télérama. N°3123. 01/11/2009. p.48

[6] Jullier, Laurent. Analyser un film, de l’émotion à l’interprétation. Flammarion, 2012 [Champs arts]. 424 p.

[7] Baudry, Patrick. Le corps extrême. L’Harmattan, 1991 [Nouvelles études anthropologiques]

[9] Vaïsse, Justin. Le modèle américain. Armand Colin, 1998 [Synthèse Histoire]. 96 p.

[11] Le film français, n°3562

[12] Julien, Claude. L’empire américain. Grasset,  1968. 414 p.

[14] Une dystopie, également appelée contre-utopie, est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Ce concept, qui ne figure dans aucun dictionnaire, serait une invention de l’éditeur du livre pour en favoriser la promotion.

[17] Tisseron, Serge. Images violentes, violence des images, [http://www.rcq.gouv.qc.ca/FTP/Chroniques/Tisseron.pdf]

[19] Lipovetsky, Gilles. Serroy, Jean. L’écran global. Seuil, 2007.

[21] Bo Bo : « Bourgeois Bohêmes »

[22] Notre monde « réel » commence aussi à ressembler un peu au Capitole puisque, en 2003, 31 % des Français de 11 à 19 ans se disaient tentés par un tatouage ou un piercing. Depuis, cette mode a gagné du terrain !

[23] Poutet, Hervé – article « Movida » - Le siècle rebelle, Larousse, 1999, p.412.

[24] Thanksgiving : Fête pour célébrer le rôle de la Providence dans la survie des premières colonies puritaines de Nouvelle Angleterre.

[25] Calvet, Robert. Les américains, histoire d'un peuple. Armand Colin, 2004 [Civilisations]. P.34.

[26] Jullier, Laurent. Interdit aux moins de 18 ans. Armand Colin, 2008.

[28] Jacquin, Philippe [et al.]. Le peuple américain. Seuil, 2000. 556 p.

[29] Le spectateur du film, à cet instant, découvre ces informations avec stupéfaction !

[30] PITCH : synthétise l'histoire d'une œuvre de fiction en une phrase, ou un petit paragraphe

[31] Réalisé en 1983 par Brian de Palma

[32] Chevalier, Jean. Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, 1982 [Bouquins]. 1050 p.

[33] Galland, Olivier. Les jeunes. La Découverte, 2002 [Repères]. 122 p.

[35] Badiou, Alain. Cinéma. Nova éditions, 2010. 410 p.

[36] Subprime Mortgage Crisis (crise des « Subprimes »)

[37] Manifest Destiny : « destinée manifeste »

[38] Kempf, Jean. Les mots des Etats-Unis. Presses universitaires du Mirail, 2012. 128 p.

[39] Lipovetski, Gilles. Serroy, Jean. La Culture monde. Odile Jacob, 2008 [Penser la société].

[40] [Roman - Page 98] – les geais bavards étaient des mutations génétiques, des oiseaux males créés par le Capitole pour espionner les rebelles dans les districts, capables de mémoriser et de reproduire les conversations. Echec de cette stratégie, le Capitole les a laissé mourir ; mais ils avaient eu le temps de s’accoupler avec des oiseaux moqueurs, donnant naissance à une nouvelle espèce.

[41] Rollot, Olivier. La génération Y. PUF, 2012, 280 p.

[42] “Harry Potter bientôt détrôné par Hunger Games ?” l’express. Fr – 05/07/2011 - http://www.lexpress.fr/culture/livre/harry-potter-bientot-detrone-par-hunger-games-de-suzanne-collins_1009255.html

[43] « La galère pour les moins de 25 ans », Sud-Ouest, 14/09/07.

[44] Dont la diffusion sur M6 a débuté en 2001.

[45] Diffusée sur NRJ 12 depuis décembre 2011, l'émission est déconseillée aux moins de 10 ans.

[46] Diffusée par TF1 depuis août 2001

[47] Diffusée depuis 2001, d'abord sur TF1 et ensuite sur NRJ 12.

[48] Diffusée par TF1 entre 2002 et 2008.

[49] Diffusée depuis 2004, l'émission permet aux jeunes candidats (13 – 15 ans) qui doivent étudier pendant quatre semaines pour obtenir le certificat d'études de leurs grands-parents. Coupés du monde, ils n'ont pas accès aux technologies de communication "modernes".

[50] Diffusée sur M6 depuis 2010.

[51] Une information judiciaire pour homicide involontaire contre X a été ouverte en Juillet 2013.

[53] http://fr.wikipedia.org/wiki/Vie_(jeu_vid%C3%A9o)

[56] A 61 ans, Antoine de Caunes est toujours le plus potache « adulescent » de nos médias !

[57] Siankowski, Pierre. « Peter Stuart, le drôle d’ami américain ». Les Inrockuptibles. N°941. 11/12/2013. pp.106 - 107

[58] Guinhut, Hélène. Anne Hidalgo prend la pose avec Serge le lama, 02/01/2014 [http://www.elle.fr/Societe/News/Anne-Hidalgo-prend-la-pose-avec-Serge-le-Lama-2650610], (02/01/2014).

[61] http://www.so-trendy.fr/post/19861/jennifer-lawrence-miss-dior-20132014/ 

[69] Chevalier, Jean. Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, 1982 [Bouquins]. 1050 p ;

[70] Mainstream : courant qui représente les goûts et les idées d’une majorité de personnes, ce qui est considéré comme la « norme ».

[71] [Page 25 – « On n’échappe pas à l’emploi du temps. Tous les matins, nous sommes censés enfoncer le bras droit dans un appareil mural qui nous tatoue le programme de la journée à l’intérieur du poignet, dans une encre d’un violet répugnant ».


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