Des «  petites filles », des « princesses Disney » en bikini expérimentent le Mal (et interrogent les adultes sur le statut de la jeunesse). Est-ce un film « subversif » ? Un  produit  commercial formaté pour les "industries culturelles" ?

 

Film interdit aux moins de 12 ans avec avertissement de la "Commission de Classification" du Centre National du Cinéma :

"L'UNIVERS VIOLENT ET TRANSGRESSIF DU FILM PEUT-ETRE DIFFICILE A DECRYPTER ET PEUT HEURTER UN PUBLIC JEUNE".

 

 

"SPRING  BREAKERS »

 

La prestigieuse revue "Les Cahiers du Cinéma" consacre pas moins de 8 pages (et sa couverture) au film "Spring Breakers" dans son numéro de Mars 2013. L'hebdomadaire culturel "branché"

 "Les Inrockuptibles"[1] consacre lui aussi sa Une et 8 pages au film.

Le film a reçu en France le prestigieux label "Art et Essai"

il s'agit bien d'un événement cinématographique majeur !

 

Intérieur / Chambre hôtel / soir

Etudiant  : "Putain, comme t'es bonne, toi ! Je te mettrais bien un petit coup !"

Candy (en bikini, allongée sur le lit) : "Tu l'auras jamais ma chatte !"

Etudiant : "Je vais te baiser ce soir"

Candy : "Dans tes rêves, car tu es un petit enculé"

 

"Beaucoup de personne on détester Spring Breakers à cause de la façon d'on il a était tournée. Moi je trouve que c'est ca qui fait tout le truc. Je peux pas dire que j'ai aimé, non, J'AI TELLEMENT KIFFER !!!! Ca faisait longtemps que j'avais pas vu un film qui m'ai autant plu ! Les filles sont parfaite, sauf Selena Gomez,

je vois pas trop ce qu'elle va faire la dedans et Vanessa m'a imprésionner !

Ce film te donne envie de vivre libre, sans limites et contraintes.

Tellement que ça fait rêver avec une copine on part en Spring Break à Lloret del Mar. Bref film de hauuuuut niveau ! Une pure dose de kiffe <3 <3"
Commentaire de "M-Foulek" – SkyRock[2]

Spring Breakers

Film réalisé par Harmony Korine (né en 1973) avec James Franco (Alien), Vanessa Hudgens (Candy), Selena Gomez (Faith), Ashley Benson (Brit) et Rachel Korine (Cotty) -

Scénario : Harmony Korine – chef opérateur : Benoît Debie – Musique : Skrillex

Durée : 1H32 –  Sortie : 6 mars 2013.

 

 

Fréquentation cinématographique – Semaine du 6 au 12 Mars 2013

"20 ans d'écart" (David Moreau) (France) : 430 000 entrées

"Au bout du conte" (Agnès Jaoui) (France) : 370 000 entrées

"Hansel et Gretel : witch hunters" (T. Wirkola) (USA) : 350 000 entrées

"Spring Breakers" : 280 000 entrées (le faible nombre de copies est compensé par une forte présence : 1 200 spectateurs par écran en moyenne).

 

 

Les succès cinématographiques du premier trimestre 2013 en France

"Djando unchained" (Quentin Tarantino) (USA) : 4,1 millions de spectateurs

"Die Hard : belle journée pour mourir" (J. Moore) (USA) : 1,6 millions

"Hôtel Transylvanie" (G. Tartakovsky) (USA) : 1,4 millions

"Boule et Bill" (Alexandre Charlot) (France) : 1,4 millions

 

 

Sur les 12 derniers mois de fréquentation cinématographique, on assiste bien à une domination du cinéma Etasunien en France (48, 3 % des entrées), alors que le cinéma français ne réalise que 38,4 % de part de marché.

 

 

" Aux Etats-Unis, Spring Breakers constitue le meilleur démarrage de 2013 pour une sortie limitée avec plus de 90000$ de moyenne par copie (soit mieux que "Lincoln"), le meilleur démarrage de tous les temps aussi pour un film ayant reçu une interdiction aux moins de 17 ans.

Un tel succès que la semaine prochaine, la sortie américaine sera étendue à plus de 1000 copies"[3].

 

En France, une fois le parfum de « scandale » passé, la carrière du film sera finalement très moyenne (584 000 spectateurs en salles au 5 avril 2013, après un mois d’exploitation)[4]

 

 

INTRODUCTION

 

"L’esprit de "Spring Breakers" : beau en apparence avec ses stars en bikini, sinistre en profondeur avec sa dérive métaphysique"[5].

Harmony Korine (Réalisateur)

 

Samedi 23 mars 2013, peu avant la diffusion du journal de la mi-journée, une grande radio nationale culturelle diffuse un « message publicitaire » : une voix féminine nous invite à nous intéresser à un film sorti depuis quelques jours sur les écrans. Il s’agit de « Les coquillettes », réalisé par Sophie Letourneur, et qui, poursuit la voix radiophonique, narre les aventures de « trois nouilles en mal d’amour qui partent en virée dans un festival de cinéma en Suisse ». La chaîne de radio nationale illustre ce programme par la diffusion de quelques – très brèves - répliques, et la séquence publicitaire se termine par cette conclusion programmatique : « Un Very Bad Trip[6]  girly[7] ». Tout cela sans la moindre traduction, puisque ces références sont censées être parfaitement connues des auditeurs de la chaîne. Cerise sur le gâteau des ondes, la suave voix féminine nous apprend que ce film constitue pour la chaîne de radio un "événement en partenariat".

Pourquoi pas ? C’est là une pratique devenue habituelle, une évolution que nous avons acceptée et à laquelle nous ne prêtons plus attention.

Mais voilà, une grande partie de la critique doute de la qualité et de l’intérêt de ce film, et la chaîne nationale qui parraine cette « œuvre » n’est autre que… France Culture ![8]

Les responsables de France Culture partagent donc maintenant avec leurs auditeurs de nouvelles valeurs, d’autres approches de l’Art… et de la Culture !

Quand nous explorons la « bande FM » de notre poste, nous sommes encore parfaitement capables de différencier « France Culture » d’autres radios moins exigeantes (Fun radio ou Skyrock, par exemple). Mais ces identités « fortes » ne sont-elles pas en train d’évoluer vers un « mélange » inédit, hélas tiré vers le bas, la consommation, le marketing ?...

Dans notre "société post-moderne, participative, fluide, narcissique"[9], qu'est-ce qui peut encore étonner ou scandaliser ? Donner du "désir" ?

Découvrir, par exemple, la "corruption", la "chute" des princesses Disney, symboles d'innocence perverties par un monde où les "Blancs" sont menacés ? Autrement dit, "De quoi un film est-il le témoin dans les débats du moment ?"[10].

"Spring Breakers" interroge la place de chacun (les Blancs, les Noirs) dans la société, l’image de la jeunesse (sur l’écran et dans le monde réel) et définit, pour le meilleur et pour le pire, une nouvelle esthétique cinématographique qui fait rimer critique cinématographique avec promotion… Le film comme « coup marketing »…

Tentons, en toute subjectivité, de rendre visible quelques uns des enjeux (négligés par la critique dominante) de cette nouvelle culture cinématographique en rappelant que "la connaissance du monde est indispensable à la compréhension et à l'appréciation des films"[11].

 

 

1.SYNOPSIS

 

"Pour financer leur Spring Break, quatre filles aussi fauchées que sexy décident de braquer un fast-food. Et ce n’est que le début… Lors d’une fête dans une chambre de motel, la soirée dérape et les filles sont embarquées par la police. En bikini et avec une gueule de bois d’enfer, elles se retrouvent devant le juge, mais contre toute attente leur caution est payée par Alien, un malfrat local qui les prend sous son aile… "[12].

 

 

2.ACCUEIL DU FILM par la critique

 

2.1.                  « Positif » (revue culturelle "de référence") reste insensible aux QUALITES du film

"Les Spring Breakers de Harmony Korine forment une bande de pétasses ordinaires. (…) La séquence du casse est bien emballée, les actrices aussi (sic). Le film s'écroule par la faute de Harmony Korine qui gâche la fête en se prenant au sérieux. Il croit sincèrement que sa délirante idée peut lui permettre de livrer une analyse profonde sur la violence de la société. Et son film se transforme en un long sermon, comparable à ceux des rappeurs abrutis (sic) qui débitent des banalités en hochant la tête et en fronçant les sourcils"[13].

2.2.                 Accueil du film : "Les Cahiers du cinéma" :

"Spring Breakers est un film informe et sans style, idiot. Informe et sans style parce que Korine se prive de toute distance avec ces images, aussi bien dans la partie bulles et bikinis que dans le versant assassin et guerrier du film. (…) Mais de cet objet idiot s'écoule une sorte de poésie repoussante et naïve, burlesque et synthétique, vulgaire et bête, une sorte de poésie perdue à ramasser, à rincer, impropre à la consommation, innommable en somme, mais qui exprime aussi la part misérable de notre époque (…) En puisant dans l'imagerie de notre temps, en effectuant des collages incroyables avec l'actualité, le film brosse un portrait de civilisation"[14].

 

 

2.3.                 ACCUEIL DU FILM : "LES INROCKUPTIBLES"

[A la Une de l'hebdomadaire, Vanessa Hudgens et Selena Gomez enlacées en bikini nous regardent avec "malice". Séléna, joyeuse et provocante, nous tire la langue. Un titre complète la photo : "Sea, sex and guns, les Spring Breakers fous d'Harmony Korine".]

"Quand la carte postale de la Floride se délave, la violence et l'horreur ne sont jamais loin. Commencé en film de vacances carburant aux energy drinks, Spring Breakers vire gangsta puis film noir. Derrière le rêve illusoire du Spring Break, les fractures ethnico sociales et la violence de l'Amérique rôdent toujours. Korine déchire la carte postale floridienne et déniaise le Spring Break" (Serge Kaganski).

 

 

2.4.                 Accueil du film : émission "La dispute" (France Culture)[15]

 

"C'est un film trash, une déferlante de vulgarité; vous rentrez dans le film comme dans une expérience (…) C'est un film américain n'ont pas vraiment apprécié, mais que les Français risquent de réhabiliter. (…) C'est une certaine culture populaire : on met le nez dedans, et ça fait très mal (…) Le film propose une orgie épouvantable d'images, mais il comporte des moments d'une grande force."

 

 

2.5.                 Autres critiques :

"Ode hallucinée à la crétinerie adolescente américaine, à l'amoralisme et à la violence pure, ce film défie les limites de la vacuité et de la bêtise.

Le pire c'est qu'il le fait avec style"  -  Le Figaro

 

"Une tragi-comédie kitsch qui célèbre avec dérision l'hédonisme décérébré des bimbos décolorées et des beach boys en rut. Un polar pop art"  -  L'Humanité

 

"Quatre nymphettes au physique de rêve qui jouent les bad girls en maillot de bain, ça va être sacrément torride !"  -   Closer

 

"Ce qui séduit dans Spring Breakers au-delà de sa brillance formelle et de sa photographie c’est la grande mélancolie du film qui ausculte une Amérique débile malade de sa bêtise et de sa fascination pour la violence, et la mythologie du rêve américain et de la réussite réduits à leur plus pathétique expression. Avec Korine le rêve tourne au cauchemar et Spring Breakers montre que tous ces jeunes «normaux» sont plus tristes et monstrueux dans leur conformisme que les «freaks» de Trash Humpers" . Olivier Père (Directeur général délégué d'ARTE France Cinéma)[16]

 

2.6.                 "Tags"

Dans son site Internet, Allocine.fr précise aux internautes les "thèmes" évoqués par le film. En voici la liste : "Alcool, beuverie et gueule de bois, braquage, hold-up, déjanté, drogue, dealer, fusillade d'enfer, jolies pépées et belles pépées, orgie, rap et hip-hop".

Un  programme "éducatif" pour des spectateurs dès 12 ans !

 

 

"Studio Ciné Live"[17], une revue de cinéma plutôt facile à lire !

La revue consacre à chaque actrice une photo "pleine page" (28 cm par 20 cm), Séléna et Vanessa en bikini, Ashley et Rachel en minishort, dans des poses "aguichantes"'. Un petit texte de présentation complète l'illustration. Quatre pages… "Culturelles" qui  illustrent à merveille le pouvoir d'analyse de la nouvelle cinéphilie !…

 

 

3.Le trajet du film

 

"(…) Lorsque je fais "Spring Breakers", c'est différent. Je collectionne des images du spring-break depuis des années. Je suis passionné par la métamorphose des corps sexués, la vulgarité ostensible, les couleurs fluo, l'ivresse, l'hypnose, la nudité... Je suis parti d'un contexte qui me fascinait

pour développer une histoire, des personnages…"

Harmony Korine (réalisateur)[18]

 

Un film, par essence, est un mouvement. A partir d’une situation initiale, le film va enchaîner un certain nombre de péripéties pour aboutir enfin, dans la situation finale, à une résolution des tensions (« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » ou « la mort du héros », ou bien encore « le départ du héros –avec l’héroïne – sur une route qui mène à de nouvelles aventures »). La situation finale du film (avec le générique) va mettre fin au « rêve cinématographique », et donner au spectateur la possibilité de retourner au monde réel en quittant la salle de cinéma. Tout le film, finalement, tend à nous faire accepter cette nouvelle vision du monde, cette « nouvelle donne » qui va alimenter l’imaginaire et le rapport à la réalité des spectateurs.

 

 

 

3.1.                 Situation initiale

Des images agressives montrent des corps de jeunes adultes à la plage, en maillots de bain (prenant des pauses provocantes), ou partiellement dénudés. Sur un campus universitaire calme et reposant, des étudiantes (dont Cotty) fument du crack dans leur chambre. Dans un amphithéâtre, un professeur donne un cours : il évoque la lutte pour l’émancipation des Noirs américains, pendant et après la seconde guerre mondiale. Deux étudiantes marquent leur peu d’intérêt pour le sujet : elles fantasment sur le Spring Break et sa liberté sexuelle. Dans une salle de prière, la jeune Faith et une vingtaine de jeunes prient Jésus de les délivrer de la tentation. Dans sa chambre, Cotty joue (de manière plus qu'ambiguë) avec un pistolet à eau. Candy, Brit et Coty sont rejetées par les jeunes chrétiens car « elles ne sont pas nettes, elles ont un sang de démon ».

 

 

3.2.                 Situation finale

Alien (James Franco) affronte son ami d’enfance noir « Big Arch » pour la maîtrise du trafic de drogue sur ce territoire. Cotty, blessée au bras lors d’une fusillade, quitte la Floride. Alien, Brit et Candy décident de châtier Big Arch. Ils pénètrent en bateau dans la maison de Big Arch. Alien est immédiatement tué par les sentinelles, mais les deux étudiantes réussissent à abattre Big Arch qui fait l’amour dans son jacuzzi[19]. Brit et Candy roulent en voiture de luxe au bord de mer. En voix off, elles évoquent l’amitié, l’amour et la compréhension qu’elles ont trouvés dans ces vacances. Les héroïnes embrassent le corps d’Alien et courent sur la jetée, filmées à l’envers par la caméra.

 

 

4.ANALYSE DU FILM

 

"Ce film est un objet tordu, entre trip lysergique[20] hardcore

et têtes d'affiche Disney Channel"

Julien Gester - Libération

 

Harmony Korine : "Je voulais que “Spring Breakers” ait deux niveaux de lecture : un film hollywoodien et son commentaire ironique"[21].

 

 

TF1 : "Spring Breakers" vise finalement une cible extrêmement large,

d'un public mainstream à un public underground.
H.K.: "Je n'y réfléchis pas beaucoup. Je ne calcule pas trop lorsque je travaille sur un film. A la base, il y a juste un désir de montrer des images.

Je ne réfléchis pas de manière théorique dessus"[22].

 

 

4.1.                 Portrait d'une Amérique fragmentée qui bascule dans la violence raciale (en quatre temps)

 

4.1.1.                       Premier temps : le monde "contrasté" du campus

 

 

Le campus qui nous est décrit par le film constitue un univers apaisant, où un vrai savoir est dispensé (les luttes d'émancipation des Noirs sont rappelées). Mais différentes tensions se font jour : comportements de contestation (volonté de fuir pour participer au Spring Break), de pratiques festives proches de l'autodestruction (drogues, fêtes, jeu équivoque avec une arme à feu, même s'il s'agit d'un jouet), repliement sur une communauté (la réunion de prière des jeunes chrétiens centrée autour de la "tentation").

Dans l'Amérique qui nous est présentée, les adultes sont lointains, les parents (et les Noirs) sont absents. Un calme relatif domine. Les contradictions sont là. Tout peut basculer, mais tout peut rester en l'état. Le Spring Break reste en l'état de fantasme  lointain (pour les Blancs).

 

 

4.1.2.                       Deuxième temps : contestations et rupture du pacte social

Un refus de la routine et du manque de perspective de leur situation d'étudiantes va déclencher le basculement dans la violence ("J'en ai marre de voir les choses ici : même éclairage, même maisons, même station service… tout est pareil partout, tout est triste; partir, ce sera l'occasion de découvrir le monde. Je ne mettrai plus les pieds dans leur amphi de merde… Tout le monde est parti, on est nulles à chier !")

Les trois camarades de Faith braquent un fast-food (un Noir se trouve parmi les consommateurs dévalisés) à l'aide de pistolets à eau, "comme dans un jeu ou comme dans un film"; elles s'imposent désormais au monde des adultes (police, justice, parents, enseignants) qui reste absent de l'écran. Cette transgression des valeurs les "libère" ("J'avais la chatte qui mouillait" – "ça m'a fait gonfler les nichons"). Elles sont "mures" pour de nouveaux challenges…

 

 

 

4.1.3.                       Troisième temps : une société de jeunes (presque)  sans limites

Le Spring Break, décousu, apparemment sans règles, bat son plein pour les Blancs (sexualité, drogues, alcool, poses provocantes). Nos quatre héroïnes s'intègrent parfaitement dans cette débauche, mais la voix off de Faith ("Salut Mamy ! On s'amuse bien ici, j'ai jamais vu d'endroits où Dieu était aussi présent ! Nous nous sommes faits beaucoup d'amis, des gens tellement cool ! Cela nous permet d'échapper au quotidien pendant quelques temps; il faudra que tu viennes avec moi l'an prochain, car ici c'est magique !") inscrit le personnage dans l'enfance, et atténue la violence (symbolique) des images et du son, dont le traitement renforce le caractère irréel des séquences.

Sur la plage, un Blanc ("Alien") dirige la fête par ses chansons : il déclame un programme révolutionnaire ("Tu peux tout changer dans ta vie, tu vas changer le monde !"). Son programme s'incarne dans un slogan "Spring Break pour la vie !". Artiste, personnage "positif", reconnu et acclamé, il associe la poésie à la chanson.

Dans cette société de Floride, chacun bénéficie d'un espace, chacun trouve un équilibre (Faith est moquée par ses camarades car sa conception du bonheur l'incite à "aller à l'Eglise tous les dimanches et à prier"). Chacune des quatre jeunes femmes peut affirmer : "J'ai l'impression que je peux être moi-même ici".

Mais le film choisit de casser cette dynamique "heureuse".

Les trois délinquantes rejouent le braquage (cette fois-ci, aux images sont associées les paroles d'une rare violence[23]). Et cette fois-ci, la société des adultes (police, justice) intervient; mais elle ignore le passé criminel des trois délinquantes, elle se montre très laxiste (rappel à la Loi) et, concrètement, va abandonner les quatre jeunes femmes entre les mains de Alien, qui paye leur caution pour les libérer. Elles ont perdu leur dynamisme, et leurs valeurs ("Comment on en est arrivées là ? On ne comprend pas ! On s'amusait, on ne faisait rien de mal ! On est venu ici pour se trouver, savoir qui on est… C'était pas comme ça notre rêve, ça ne peut pas finir comme ça !…"). Alien se présente ("Je suis un bad boy : de la thune, moi j'en ai plein"), les prend en charge et les conduit à son domicile.

 

 

4.1.4.                       Quatrième temps : Un monde barbare régenté par la violence extrême entre communautés

 

Alien se définit maintenant sous un jour toujours sympathique ("J'ai chanté dans un clip qui est connu, que les gens reprennent : tu peux aller le chercher sur Youtube") et beaucoup moins sympathique ("Je deale, je suis un trafiquant : moi, mon truc c'est la thune ! On se la joue gangsta"). "Alien" révèle qu'il se prénomme Al et que son enfance s'est déroulée dans un milieu des plus pauvres. Il signale en passant "Il n'y avait que moi de Blanc dans le quartier"… Les Blancs qui viennent en Floride pour s'éclater dans le Spring Break, pour Alien, "c'est de la racaille !". Faith quitte le groupe et disparaît du film.

Alien, en passant en revue les "richesses" (drogues, armes, hommes de mains, "Scarface" qui tourne en boucle, parfums de luxe, valises remplies de dollars) de sa maison, déclare :"J'ai ça dans le sang, ce putain de rêve américain !").

Mais d'autres concurrents menacent cette réussite incontestable : L'ami d'enfance d'Alien, le noir Big Arch déclenche les hostilités ("Enculé ! Il et à moi ce quartier !"). La réaction d'Alien ne va pas tarder ("Je te leur explose le cul, enfoiré de ta race !).

Après avoir menacé de le tuer[24] (en lui mettant un canon de pistolet dans la bouche), les trois jeunes femmes restantes tombent finalement amoureuses de son romantisme (il joue au piano une chanson de Britney Spears au bord de la piscine) et l'accompagnent dans son combat contre Big Arch.

Au cours d'un échange de coups de feu, Kottie est blessée : elle rentre "à la maison" et quitte le film. Pendant ce temps là, dans son domaine, Big Arch fait l'amour avec une femme noire : "Ah, c'est le rêve américain (sic)! Je kiffe tes seins, je kiffe ta chatte ! C'est comme si tu me jouais du Mozart !".

La fin du film raconte le combat mortel d'Alien et de ses deux accompagnatrices contre Big Arch : à l'image, des fusillades et des meurtres au ralenti; dans la bande son, des dialogues pour le moins décalés : "Salut Maman, j'ai beaucoup réfléchi, j'ai envie d'être meilleure dans les études, la vie… être heureuse, m'amuser, être bien en tant que personne" – "Maman, c'est Candy ! Je n'ai pas appelé depuis longtemps ! Je vais corriger le tir, être la meilleure personne que je puisse être… C'était géant ! On a vu de belles choses qu'on n'oubliera jamais, des amis venus de partout, des gens comme nous, partis à la recherche de leur identité… Il y a plus d'amour, de compréhension : je m'en souviendrai toute ma vie. Et il va falloir retourner en cours !…"

 

 

4.2.                 Les antagonismes raciaux : un scénario nauséabond !

 

"Le temps d'un film, Harmony Korine délaisse l'environnement auquel il est invariablement associé : une Amérique exsangue et droguée, sale,

blanche, pauvre,  localisée dans les quartiers pouilleux de Nashville,

là où Korine a grandi"   -   Jean-Philippe Tessé (Les Cahiers du Cinéma)

 

Allo Ciné : "Vous êtes le cinéaste qui représente le mieux le « white trash», les laissés-pour-compte de l’Amérique, parce que vous semblez réellement comprendre ces gens sans éprouver le besoin de les critiquer…
Harmony Korine : Je ne suis pas certain que ce soit du pur «white trash». Je suis attiré par certains types de personnages et je m’efforce de ne pas porter de jugement. c’est presque une approche documentaire.

mais au fond, je ne cherche pas à atteindre un objectif"

 

"Derrière le rêve illusoire du Spring Break, les fractures ethnico sociales

et  la violence de l'Amérique rodent toujours".

Serge Kaganski – (Les Inrockuptibles)

 

(…) Sans compter que la non morale de Spring Breakers est encore plus puante que celle de Drive. Au moins dans Drive l'apologie de la justice personnelle

par le blanc et sa violence s'appliquait à toutes les couleurs de peau.

Spring Breakers est en plus raciste : les blancs n'y tuent que des noirs ! 

[ Treplev, courrier des lecteurs – Télérama][25]

 

Dans le film, la pègre des "Blancs" (Alien, les frères jumeaux) n'a rien à envier à la pègre des "Noirs" (même violence, même goût du pouvoir, même rapport à l'argent et aux armes). Seul l'Amour (avec un A majuscule) va différencier les deux communautés : là où Big Arch, le chef des voyous noirs, n'entretient que des liens de pouvoir et de domination avec les femmes (toutes des prostituées ?), Alien va séduire ses jeunes conquêtes, qui vont le suivre dans ses activités criminelles pour des raisons romantiques et d'affinités sexuelles librement consenties. Ce choix fait des héros "Blancs", par opposition à leurs adversaires "Noirs", des héros positifs, auxquels le spectateur peut, inconsciemment, considérer avec une certaine bienveillance.

Mais le film, hélas, est sans ambiguïté dans son trajet : cette Amérique apaisée et studieuse que nous présente la situation initiale est menacée – dit le film – par les revendications identitaires des Noirs (dont il n'est jamais dit qu'elles sont légitimes). Dans la séquence du billard, Faith, la pure jeune fille chrétienne, sera environnée de voyous "de couleur" inquiétants. La fin du film invite clairement les "Blancs" à défendre leurs valeurs menacées, et cela passe, dans le scénario, par l'élimination physique des Noirs, sans autre mobile (argent, drogue, pouvoir, relations hommes / femmes) que celui de la supériorité de la race blanche !…

Il est très inquiétant qu'aucune critique  n'ait mis en évidence cet aspect abject du film (alors que, par ailleurs, de nombreux articles évoquent cette problématique dans l'existence et les œuvres précédentes du réalisateur).

 

 

 

4.3.                 Place des femmes

 

"Le Spring break est un prétexte pour montrer comment ce pays est gangrené par son désir de sexe et son refoulement".

Sophie Avon (Sud Ouest)

 

"En enrôlant Selena Gomez, Vanessa Hudgens et Ashley Benson, Korine réalise un véritable coup de génie : prendre les icônes les plus pures d'une génération pour les pervertir et en faire de véritables icônes sexuelles. Vanessa Hudgens et Selena Gomez en bikinis fluos, c'est Disney qui piétine Marc Dorcel !"[26] 

 

Harmony Korine : "Dans le film, il y a cette scène entre James Franco et Selena Gomez où il tente de la violenter. Je l'avais en tête depuis des mois (sic), mais je n'ai pas voulu en parler à Selena, afin de saisir sa réaction sur le moment. C'était comme une expérience. Je considère qu'il s'agit de sa meilleure scène"[27].

 

"L’association des nymphettes, à mi-parcours, avec un rappeur blanc consumériste aux manières afro (James Franco), débouche sur une relation charnelle indéfinissable où les rapports de pouvoir

 et de fascination sont sans cesse redessinés"[28].

 

Une lecture sommaire du film pourrait nous indiquer la victoire (certes paradoxale) des thèses féministes : comme des hommes, trois des héroïnes font le « coup de feu », se battent, assassinent. "Femmes d'action, par leur usage de la violence elles font bouger les lignes qui séparent les emplois masculins des emplois féminins"[29].

Mais, on l’aura bien compris à l’énoncé de cette seule phrase, ce comportement, cette pseudo émancipation est totalement négatif, et ne débouche que sur une fuite vers un « ailleurs » inconnu. Dans ce monde sauvage, les femmes n’ont de place qu’aux cotés d’un homme, en s’opposant à d’autres hommes qui dominent également des femmes (prostituées ?).

Un peu d’amour et beaucoup de perversions. A la fin du film, Alien va être pris à parti dans la chambre par deux des jeunes héroïnes, armées d’un pistolet qu’elles vont introduire dans la bouche d’Alien : voici le dialogue de la scène (rappelons que le film n'est interdit qu'aux moins de 12 ans) : « On est des tueuses, on veut ton argent. Attention, le pistolet est chargé ! Pose ton cul connard ! Tu sais à qui tu parles, petite merde ? Ouvre ta bouche, salope ! Ça te fait jouir ! T’es qu’un gros vicieux et on n’a pas besoin de toi ! On lui fait la peau ? Tu en veux encore ? Ouhais, il gémit, gros pervers ! ». Après avoir retiré le pistolet de la bouche d’Alien, ce dernier peut à son tour s’exprimer, et déclarer sa flamme : « Je vous ai sucé la bite à toutes les deux ! J’ai trouvé mes putains d’âme sœurs, je suis tombé amoureux ! On va vivre la vie à Donf ! Spring Break pour la vie ! ».

Cet « équilibre harmonieux » entre les sexes va se confirmer dans une séquence où Alien fait l’amour dans la piscine avec deux des héroïnes.

Triste condition que celle des femmes dans le film ! Par ailleurs, on notera l’absence de couples « installés », « équilibrés », porteurs d’avenir.

La construction du film installe un malaise supplémentaire, puisque au moment même où les héroïnes commettent les pires méfaits, nous les entendons téléphoner à leurs mères (dont nous n’entendrons pas les réponses) pour les informer que tout va bien : ni enfants, ni pleinement adultes, elles sont prisonnières d’une adolescence dévastatrice et monstrueuse. Mais ces personnages sont totalement des caricatures sans profondeur psychologique.

 

 

4.4.                 Un cauchemar américain ?

 

"Ce qui séduit dans Spring Breakers au-delà de sa brillance formelle et de sa photographie c’est la grande mélancolie du film qui ausculte une Amérique débile malade de sa bêtise et de sa fascination pour la violence, et la mythologie du rêve américain et de la réussite réduits à leur plus pathétique expression"[30].

Olivier Père – Directeur délégué ARTE France cinéma

 

"Spring Breakers est un hommage sincère et étonnant à une certaine Amérique, fascinée par l’argent facile et les armes à feu, où se traiter de « bitch » est une marque d’affection et où la drogue et le sexe ne sont que des moyens d’oublier un instant une réalité morose et un futur médiocre tout tracé. Un univers nourri d’une culture pop vulgaire et infantile dans lequel le summum de la poésie

est une chanson de Britney Spears"[31].

 

"Harmony Korine, le diablotin qui a osé s’attaquer

aux faux saints du rêve américain"  -   Paris Match

 

Harmony Korine : "Je voulais sonder quelque chose qui me passionne : la violence et l'horreur qui rodent sous la surface de la culture américaine (une sauvagerie où le temps n'aurait aucune importance).[32]"

 

 

 

4.4.1.                       Le « rêve américain » : des citoyens, mais aussi une nation !

 

Deux personnages négatifs (Alien et son concurrent Big Arch) font, dans le film, explicitement référence au mythe du « rêve américain » qui peut se résumer, dans leurs motivations et leurs actes violents, par avoir beaucoup d’argent et d’être entouré d’une troupe de jolies (jeunes) femmes. Le film nous inscrit dans une caricature très réductrice ! Certes, la naissance des Etats-Unis s’est effectuée dans la violence (contre les indiens, contre les populations noires, entre communautés d’immigrants), mais ce fut également un combat pour des valeurs (Liberté, respect du droit des personnes, droit au Bonheur), pour construire une nation nouvelle, « une nation atemporelle et a-historique qui s’inscrivant dans le lieu et le temps du mythe, se pare de la virginité qui permet seul le commencement absolu [33]».

« Spring Breakers » ne nous propose que des individus marginaux, déviants et criminels, dont la seule pensée « politique » est la survie et l’élimination des rivaux. En provoquant ce « glissement », Harmony Korine se met dans la posture du cinéaste subversif ; en réalité, il nous empêche de penser (et donc de critiquer) le fonctionnement réel (économique, politique, social) des USA d’aujourd’hui.

Il est temps de découvrir quelques uns des véritables enjeux de la société américaine contemporaine, société dans laquelle s’inscrit « Spring Breakers ».

 

4.4.2.                       Mondialisation : les USA entre puissance et doute[34]

 

Economie

Les Etats-Unis sont devenus, avec la fin de la guerre froide "l'hyper puissance" des années 90. L'économie américaine reste la plus puissante avec un PIB de     15 000 milliards de dollars, et un revenu par habitant de 48 000 dollars en 2012, mais se pose le problème de la dette publique qui atteint désormais 69,4 % du PIB. Les Etats-Unis, puissance agricole, industrielle et tertiaire doit néanmoins faire face à l'émergence de concurrents comme la Chine. Au-delà de ses fragilités, le modèle américain, qui bénéficie de multiples vecteurs de diffusion, continue d'être attractif. Ainsi le soft power a permis à la culture américaine d'assurer une domination sans partage allant des médias aux séries télévisées en passant par les world brands.

En matière de recherche, il existe un lien très puissant ente l'Université et les secteurs industriels. Depuis 2008, les USA sont rentrés dans une récession plus grave qu'après la crise de 1929, avec un effet d'entraînement du monde entier, mais ils possèdent toujours une forte capacité de résilience aux chocs économiques.

 

La population des Etats-Unis est traversée de nombreuses fractures

Pays de tous les possibles (mythe du self-made man), les Etats-Unis attirent des migrants venus de toute la planète pour vivre au présent leur rêve américain. Aujourd'hui la population américaine est de plus en plus diverse et de moins en moins blanche. L'immigration clandestine contribue de manière notable à la prospérité de nombreux secteurs économiques (…) La communauté, qu'elle soit familiale, religieuse ou ethnique a toute sa place dans la société américaine. L'individu n'existe pas indépendamment de ses appartenances (mais les excès du communautarisme sont dénoncés).

 

De fortes inégalités

Le modèle économique libéral du pays génère de fortes inégalités sociales : 3 % des plus riches disposent de 21,3 % des revenus du pays, alors que 20 % des ménages les plus pauvres disposent de 3,3 % du PIB. Les écarts se creusent  depuis la crise de 2008. La ségrégation socio spatiale, la peur de l'autre illustrent la rupture du lien social. Au cœur de l'identité américaine, les classes moyennes sont au centre du débat sur le déclassement.

 

 

4.4.3.                       Le Président Obama tente de lutter contre la violence liée aux armes à feu

 

Paris-Match : Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de styliser

et de glamouriser la violence ?
Harmony Korine : "Mes personnages sont un miroir de la culture américaine, de son obsession pour les armes et les jeux vidéo. L’histoire du cinéma, c’est quand même des filles, des flingues ! Si vous enlevez ça, il reste quoi ?"[35].

 

Le 2° amendement du Bill of Rights (1791) donne le droit

aux citoyens américains de porter une arme

 

 

"Le 14 décembre 2012, dans une école de Newtown au Connecticut une nouvelle tuerie coûte la vie à 20 petits enfants et six membres de l'encadrement. Le Président Barack Obama a signé 23 mesures réglementaires visant à contrôler la circulation des armes à feu et exhorté le Congrès à faire évoluer la législation. Il se heurte toutefois aux réticences des élus républicains. Actuellement, 40% des armes vendues aux Etats-Unis le sont via des transactions de particulier à particulier, ou lors de "foires aux armes" non assujetties à des contrôles, a rappelé M. Obama. Jusqu'à 300 millions d'armes à feu sont en circulation dans le pays, soit presque une par habitant"[36].

"Le Sénat américain a rejeté, mercredi 17 avril 2013, une mesure qui devait rendre obligatoires les vérifications d'antécédents avant l'achat d'une arme sur Internet et dans des foires. Un échec cuisant pour la réforme promue par le Président Barack Obama depuis quatre mois"[37].

 

 

4.4.4.                       Britney Spears, une icône instrumentalisée et dévalorisée

 

 

Paris-Match : "le film est truffé de références à Britney Spears…

Parce qu’elle représente le mieux la vacuité et l’absence de repères

de cette génération biberonnée à MTV ?"
Harmony Korine : "Britney, comme Selena, Vanessa et Ashley, représente une certaine idée du rêve américain. Elles sont un symbole d’innocence et de beauté qui finit souvent par exploser en une sorte d’hystérie consumériste.

J’avoue que ça me fascine…"

 

« Spring Breakers » comporte déjà ce que l’on nomme, dans la société de l’immédiateté et des images, une « séquence culte » : au bord de la belle piscine privative, Alien interprète au chant et au piano une mélodie de la très populaire Britney Spears. Autour du piano, les jeunes héroïnes effectuent un « ballet romantique », portées par la douce musique : elles ont une cagoule rose sur la tête et ont, en guise de partenaires de danse, des fusils à pompe…

Cette séquence pose problème… Harmony Korine précise qu’il s’agit pour lui de dénoncer les dérives de la société de consommation. Cette affirmation du réalisateur peut-être parfaitement contestée, car la séquence s’intègre parfaitement dans l’esthétique et le projet du film global : elle peut-être au contraire parfaitement lue comme une banalisation de la violence par un métissage entre la culture « pop » traditionnelle (blanche), et une culture plus urbaine, plus individualiste, inédite à ce jour.

« Corrompre » les idoles, n’est-ce pas également renouveler le culte de ces mêmes idoles, en les empêchant de tomber dans l’oubli ?

 

Dans une société des images et de l’instantanéité, le cinéma (et les autres arts) constitue un instrument pour orienter la vision du monde des peuples. Les grands studios hollywoodiens (mais aussi Disney, mais aussi Britney Spears) contribuent à alimenter la « machine à rêves conformistes » ; à la marge, des « sales gosses » savent parfaitement négocier avec ce système qu’ils alimentent en productions pseudo subversives (Tarantino, Korine) pour finalement partager avec les « Majors » une « part du gâteau ».

 

 

 

4.5.                 Quand le vocabulaire et les références cinématographiques révèlent l'évolution de la notion de Culture

 

 

4.5.1.                       Un vocabulaire original (résolument étasunien), pour porter une esthétique "moderne" !

 

Les critiques de cinéma et les commentateurs puisent dans un vocabulaire spécifique pour décrire le film et les à-côtés du film. Quelques exemples de cette "novlangue" étrange et que seuls les initiés  peuvent pleinement apprécier :

 

Arty, Racaille, Ultratradie, Mashup, Shuffle, Whitewashing, la culture hillybilly, hardcore, buzz, mainstream, en mode Snoop Dogg, teufs, gangsta attitude, queer, BDSM[38], camé, indie cute, trailer, pop culture, Story-telling, Hello Kitty, bitch, Disney Channel, bad girls, caliente, flashy, bombastic, MTV, rap West Coast, swag, les cuts, punchline, dreadlocks, girls gone wild, génération YOLO, trip, joliment "shooté", gonzoïdal, white trash, un putsch girl power, un conte dark, soap, spliff, skater, dérive technoïde, new age, glam, un smoky, des smacks, un trip fluo, un dubstep gueulard, white trash, all american girl. Bikini Girls with Machine Gumps des Cramps, booty, Snoopy Dogg, look at my shit !

 

 

 

 

4.5.2.                       Pour "éclairer" le film, des "références cinématographiques" (made in USA) bien insignifiantes !

L'Express, sous la plume d'Emmanuel Corrode, va évoquer quelques "petits séjours dans l'enfer du soleil" qui ont marqué l'histoire du cinéma… Tout un "patrimoine" qu'il aurait été urgent d'oublier ![39]

"American teenagers" : "(…) Un quatuor de garçons bien décidés à perdre leur virginité"

"Mexican Pie" : "(…) "Un pseudo documentaire sur des jeunes gens qui voudraient perdre leur virginité"

"From Justin to Kelly" " : "(…) Ce film fait partie du guide officiel des Razzie Awards sur les 100 pires films jamais réalisés"

"Piranha 3 D" : "(…) le récit démontre que les phénomènes de groupe rendent les individus généralement idiots. Mais ça on le savait avant".

"Ces folles filles d'Eve" "(…) Quatre filles du Midwest qui vivent des aventures enflammées au soleil".

 

 

4.6.                 "Spring Breakers" : un film qui fera date dans l'histoire du cinéma ?

 

"Le film est extrêmement bien tourné, le réalisateur est talentueux, ça se voit. Une façon de tourner qui met bien en valeur le paysage (si j'ose dire) et ce que le réalisateur veut nous faire ressentir" (Dannyl – courrier des lecteurs (Télérama) [40]

 

"Harmony Korine fait preuve d'un style,

d'un humour et d'une force noire revigorants".

Serge Kaganski (Les Inrockuptibles)

 

"(…) La contemplation du vide et du mauvais goût produit, malgré tout, une forme d'envoûtement, de poésie, voire de fascination"

Jean Baptiste Thoret (Libération)

 

« Spring Breakers » est le premier choc cinématographique de l’année"

(Paris-Match)

 

Sur le plan économique, "Spring Breakers" est une réussite en demi-teinte. Certes, l'annonce du film et les premiers commentaires ont suscité une grande curiosité, mais le "bouche-à-oreille" entre les spectateurs n'a pas permis au film de décoller dans le nombre de ses entrées.

Indéniablement, le film propose dans plusieurs domaines (musique, montage et surtout photographie) des aspects originaux, intéressants dans l'histoire de l'évolution de l'esthétique cinématographique. Mais le film reste un produit formaté pour un "scandale annoncé" (c’est bien un film de notre temps), et cela en limite la portée esthétique.

Comme son contemporain en provocation et cinéphilie Tarantino, Harmony Korine connaît ses "classiques" du 7° Art. On notera ici et là des références à "Scarface" (De Palma), "Miami Vice / Deux flics à Miami" (Michael Mann) ou "Orange mécanique" (Stanley Kubrick). Incontestablement, le film penche plus, au plan esthétique, du domaine de l’Art et Essai que des Blockbusters[41] traditionnels, d’où l’accueil favorable d’une grande partie de la critique française… qui n’aura en rien été choquée par la vulgarité extrême des dialogues (sans doute l’illustration de l’évolution des rapports humains aujourd’hui).

Pour ma part, Harmony Korine se situe dans la lignée d’une autre artiste controversé, le photographe Oliviero Toscani, mondialement connu car il a imaginé les campagnes publicitaires sur affiche pour la marque italienne Benetton.

 

 

4.7.           Questions sur la réception du film

 

"Le spectateur de cinéma voulait rêver : l'hyper consommateur du monde nouveau veut sentir, être étonné, "s'éclater", ressentir des émotions chocs

renouvelées en cascade"[42]

 

"On peut user d'un film comme d'un document,

on peut accepter de croire qu'il dit un peu de vérité"[43].

 

 

4.7.1.                    Un film "consensuel" ?

 

"C’est la juste distance du cinéaste avec son sujet qui frappe ici. Pas une once de prêchi-prêcha moralisateur ni d’empathie bêlante : le film, tour à tour édifiant et ricanant, dépasse sans cesse ses caricatures avec une fluidité impressionnante"[44].

 

"L'enfer paradisiaque du Spring Break"[45]

 

Ambiguïté, ambiguïté… Certains films, "à thèse", évoquent un "message" clair, reconnaissable par le plus grand nombre. Si le succès est assuré auprès des partisans de la thèse énoncée par le film, ce système présente l'inconvénient de dissuader l'autre partie des spectateurs d'apporter leurs suffrages à l'œuvre en question. Le succès d'un film peut venir de l'adéquation entre le "message" et l'état de l'opinion publique au moment de la sortie du film ("Intouchables", par exemple), mais il peut être favorisé par une construction basée sur des antagonismes, des contradictions que le film semble ne pas vouloir trancher. C'est bien le cas de "Spring Breakers", film prétendument (pour certains) subversif, et sans doute parfaitement en phase avec les attentes, dans le domaine de l'Art, de la nouvelle idéologie néo-libérale.

 

 

4.7.2.                    TELERAMA

"Télérama" est généralement considéré comme un hebdomadaire culturel de référence. Des critiques érudits et pertinents s'engagent pour éclairer l'opinion des lecteurs (futurs spectateurs) sur l'actualité cinématographique. Il paraît logique, à ce niveau de connaissances, de dégager des consensus sur la qualité des nouveaux films sortis sur les écrans. C'est le plus souvent le cas, sauf "cas difficiles"… C'est le cas pour la critique de "Spring Breakers", analysé et évalué dans le numéro 3295 (page 51) du 06/03/2013. Très simplement, le lecteur découvre, juxtaposées sur la même page, deux critiques opposées!

 

"POUR" (par Jacques Morice) : "(…) C'est à la fois sexy, fun et cauchemardesque. En trublion halluciné, Korine recycle et dynamite de l'intérieur bon nombre de stéréotypes de la pop culture : MTV, le rap, le porno chic… Un poème planant très stylisé. On en ressort grisé, plein d'amertume aussi".

"CONTRE" (par Pierre Murat) : "Harmony Korine n'a rien à dire et il filme très mal. (…) Le film n'est qu'un long clip chichiteux et répétitif, extrêmement déplaisant qui plus est, car le cinéaste semble regarder de haut les crétins qu'il filme".

 

Au fond, quelle importance ! Le lectorat, intellectuel et plutôt vieillissant de Télérama n'est pas le "cœur de cible" du film. Il serait bien surprenant que le film décrit dans la critique "POUR" (beuveries de masse, bikinis fluo, ongles bleus ou roses, hectolitres d'alcool, défonce, coke, gangsta, dentition en or) suscite la curiosité et l'enthousiasme des lecteurs du magazine…

Malgré cela, (en toute cohérence ?) le même numéro de Télérama va consacrer deux pages pour décrire, "De Kids à Spring Breakers la saga Harmony Korine"… Un grand réalisateurs qui produit des œuvres si insignifiantes !… Mais il faut bien s'adapter à l'insignifiance globale de la production cinématographique actuelle ! Mais au fait, de quelle jeunesse est-il question ?

 

 

 

5. La jeunesse questionne le monde des adultes

 

« Qui jouera les prolongations de notre brève existence ?

Qui fera de notre courte vie une histoire sans fin ? [46]»

 

 

5.1.                 l’adolescence : désir de révolte, désir de protection

 

 

5.1.1. L’adolescence ou la fin du monde de l'enfance

 

"L'adolescence est un temps de crise. Les adolescents manifestent une recherche d'autonomie, d'indépendance qui peuvent se manifester sous des formes extravagantes et provocatrices, mais qui offre par ailleurs des potentialités nouvelles. Cette période est marquée par une période d'excitation sexuelle accompagnée par  une excitation de l'instinct agressif. Durant cette période, le sujet est en proie à de vives émotions : colère, joie, surprise, tristesse, honte. Les émotions apparaissent et cessent avec une grande rapidité. Par ailleurs, beaucoup d'adolescents expriment au cours de cette période de la vie un sentiment d'ennui.(…) Le groupe peut répondre à des motivations intra psychiques individuelles; il peut être également le relais de ce que l'on appelle l'idéal du Moi, le groupe constituant un moyen d'atteindre ce que l'on rêve d'acquérir, de conquérir ou d'être, par les possibilités d'accès qu'il procure à de nouvelles activités.[47]"

Cette description des problématiques adolescentes se reflète dans les attitudes générales des quatre héroïnes féminines du film.

 

 

5.1.2. Désir de révolte, désir de protection

 

Les jeunes sont tour à tour en radicale rupture contre les structures existantes (ce qui va parfois jusqu'au terrorisme ou au suicide) mais en même temps ils sont en posture d'assistés, demandant à la société de les prendre en charge. Chose nouvelle, pour la première fois dans l'histoire, la jeunesse du monde s'est créé une culture relativement homogène, en marge de celle des adultes, et dont les valeurs sont une inversion ou une dérision provocante de celle-ci.

 

 

5.1.3.                       Dans les années cinquante soixante, d'autres révoltes et contestations juvéniles

 

"Dans les années cinquante voient se constituer les éléments de ce que l'on nommera plus tard une "culture juvénile". Ce seront les films de James Dean et de Marlon Brando qui révèlent  de nouveaux héros, proprement adolescents, révoltés contre le monde des adultes et en quête d'authenticité. La musique rock, violente, agressive exprime la révolte des jeunes Blancs de la jeunesse petite-bourgeoise américaine contre l'ennui à l'école et l'autorité familiale. (…) Le 25 juin 1963, la grande fête de la musique organisée par l'émission Salut les copains d'Europe n°1 voit la fête dégénérer en insurrection ludique, en émeute. En décembre 1956, à Stockholm, des jeunes dans la grande rue attaquent des adultes, renversent et incendient des voitures. En 1963, à Clacton et Brighton, on assiste à une sorte de guerre civile entre bandes de jeunes rivales, marquée par un jaillissement spontané et contagieux de la violence. (…) La révolte de 1968 sera le fait d'une jeunesse qui n'est plus exclusivement bourgeoise et qui s'interroge sur son avenir"[48].

Au cinéma, dans les années 50, les années du capitalisme triomphant,  « la bande de copains, foyer d’émulation malsaine, cristallise le problème de la délinquance juvénile. Les jeunes souvent indisciplinés, sont à rééduquer d’urgence »[49].

 

 

5.2.                 Quand la société tente d'encadrer  et de protéger la jeunesse

 

5.2.1.                       Encadrer la jeunesse, un enjeu idéologique et politique

 

"La bourgeoisie a contribué à promouvoir la jeunesse, mais au fond elle s'en méfie. Aussi va-t-elle mettre en place un processus progressif d'enfermement, pour l'encadre, la diriger, la contrôler; ce sont les catholiques qui vont créer les institutions chargées de traiter la question juvénile et améliorer le sort des classes populaires sous le patronage des valeurs essentielles des classes élevées"[50].

"Pour la première fois, avec Vichy, la jeunesse devient une préoccupation majeure de l'Etat qui définit une politique spécifique à son égard. Le régime de Vichy se propose d'attirer la jeunesse et de faire obstacle au progrès du matérialisme"[51].

 

5.2.2.                       La protection de la jeunesse et les dangers de l'Art

 

Le cinéma menacerait la jeunesse ?

"A peine était-il né que le cinéma était suspecté d'entretenir avec la morale des liens ambivalents. Comment pouvait-il en être autrement, puisque le cinéma pouvait tout montrer ? (…) L'histoire de la "régulation" de la projection publique des films, en France, est faite d'hésitations et de volte-face. En 1990, la commission de classification du Centre National du Cinéma va abaisser le seuil d'interdiction (jusque là situé à 18 ans) à 16 ans (en dehors des films "X"), et abaisser également l'interdiction de base qui passe de 13 à 12 ans"[52].

 

5.2.2.1.     Les photos de Larry Clark menacent la jeunesse ?

 

En Octobre 2010, le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris met en place une exposition consacrée aux photographies de Larry Clark. La Mairie de Paris interdit l'exposition aux moins de 18 ans. Pour le quotidien Libération, "Larry Clark ne devra donc pas être vu par ceux à qui il s'adresse : les filles et les garçons de moins de 18 ans".

Pour les responsables de la mairie de Paris, "Il est de notre devoir de responsables publics d'éviter à la fois un risque d'interdiction judiciaire de l'exposition (sur tout ou partie des œuvres) ou un risque pénal pour le conservateur du musée ainsi que pour les commissaires". "En effet, certains des clichés de cette exposition ne sauraient être montrés à un public mineur sans tomber sous le coup de la loi"

Dans une lettre , l'Observatoire de la liberté de création, rassemblant la Ligue des droits de l'Homme, la Ligue de l'enseignement et diverses associations d'artistes (plasticiens, réalisateurs...) évoquent "une décision bien regrettable", "un signal régressif et rétrograde" et leur demandent de revenir sur leur choix.

Pour sa part, l'artiste Larry Clark s'est dit, "choqué et surpris" par la décision de la Mairie de Paris. "Cette censure est une attaque des adultes contre les adolescents. C'est une façon de leur dire : retournez dans votre chambre ; allez plutôt regarder toute cette merde sur Internet. Mais nous ne voulons pas que vous alliez dans un musée voir de l'art qui parle de vous, de ce qui vous arrive.[53]"

 

5.2.2.2.   A Bordeaux, l’art contemporain présente des œuvres "transgressives" qui questionnent les bonnes mœurs

 

"Intitulée "Présumés innocents. L'art contemporain et l'enfance", l'exposition controversée remonte à l'année 2000. Organisée par le musée d'art contemporain de Bordeaux, le CAPC, elle présentait 200 œuvres, photographies, vidéos et autres installations de 80 artistes internationaux reconnus dont Christian Boltanski, Annette Messager ou Garry Gross. Certaines œuvres quelque peu transgressives ou représentant des enfants nus avaient choqué l'association de protection de l'enfance "La Mouette", qui n'admettait pas que de tels clichés, selon elle pornographiques, puissent être accessibles à des mineurs.
L'association avait alors porté plainte contre le directeur du CAPC, Henry-Claude Cousseau (aujourd'hui directeur de l'École nationale supérieure des Beaux Arts de Paris) et les deux commissaires de l'exposition, pour "diffusion de message violent, pornographique ou contraire à la dignité accessible à un mineur" et "diffusion de l'image d'un mineur présentant un caractère pornographique". Au terme de dix ans de procédure, la Cour de Cassation rend un non-lieu.[54]"

 

5.3.                 Spring Breakers : un film que l'on peut vraiment découvrir dès 12 ans ?

 

Il est sans doute légitime de questionner les pratiques d'une société où la maturité dans le domaine de la culture de l'image est communément reconnue dès le plus jeune âge… Le contenu de "Spring Breakers" est-il bien adapté aux élèves de collège, dès la Sixième ?

 

5.3.1. Propos de spectateurs

 

"C'est plus fort que moi : tu sors de ce film écœuré par toutes les scènes qui sont "dégueulasses" (il n'y a pas d'autre mot !). Je savait que le film tournait au drame, mais à ce point là ! En plus il est déconseillé aux moins de 12 ans ! Non mais sérieux avec toutes les scènes de sexe (vulgaire et loin d'être romantiques) drogues armes. Les gamines qui étaient dans la salle (14 / 15 ans) sont limite sorties paniquées !" (Nodrei – Courrier des lecteurs – Télérama)[55].

 

Avant toute chose après l'avoir vu, il me semblerait qu'au vu de certains passages, le film devrait passer d'un avertissement aux moins de douze ans à un moins de seize ans. Spring Breakers représente certes peut être une partie des jeunes de notre génération et de l'évolution des moeurs, mais il tourne autour des mêmes sujets tout au long du film : fêtes à gogo (bon ça c'est le principe du Spring Break), alcool qui coule à flot, drogues sous toutes ses formes et sexe (si vous voulez voir des fesses et des poitrines dénudées toutes les 15 minutes…).

Marion Poidevin[56].

 

"Certaines scènes du film sont pour ma part très inutiles, comme le fait de montrer des seins à tout bout de champs ou encore des scènes de sexe qui l’on aurait très bien pu se passer. D’autres scènes encore sont choquantes (je trouve que le film aurait du être interdit au moins de 16 ans) où l’on voit des stripteaseuses en plein travail… Et que dire de la scène où Alien, Candy et Brit sont tous les trois… je trouve qu’Harmony Korine et trop indiscret dans sa manière de tourner les scènes de sexes"[57].

Critique postée par une fan anonyme (sans doute jeune) .

 

5.3.2. Only God Forgives : La protection de la jeunesse au cinéma, une polémique entre responsables socialistes (Juin 2013)

 

[En Juin 2013, une nouvelle polémique voit le jour entre Mme Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes, et Mme Filipetti, Ministre de la Culture à propos du film Only God Forgives, du Danois Nicolas Winding Refn, qui était en lice à Cannes.

Dans un premier temps, le film était interdit aux moins de 16 ans (le film relate, avec force hémoglobine, scènes de violences et de tortures, l'histoire d'une vengeance à Bangkok). Suivant l'avis de la commission de classification, le film a été finalement interdit aux moins de 12 ans, avec avertissement. Madame Royal, qui fut Ministre de la famille, a plaidé pour l'éducation des jeunes contre les addictions et "toutes les formes de violence"][58].

 

 

5.3.3. Comment aider les enfants et les jeunes à déchiffrer le monde des images qui nous submerge ? L’avis du psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron[59]

 

Serge Tisseron explique tout d'abord l'importance des images qui "permettent à l'être humain de commencer à construire et ordonner son monde intérieur.

 

Relativiser l'impact des images :

"Les images qui nous entourent sont des modèles à tout moment disponibles, mais elles ne sont pas capables, en aucun cas, de provoquer à elles seules le désir de les imiter. L'environnement scolaire et familial, précise le médecin, (notamment à travers les violences verbales et les manifestations de rejet) joue un rôle capital dans l'adoption ou le renforcement de tels modèles".

 

Préparer chacun à vivre en paix avec toutes les images qu'il peut rencontrer :

 

"Je pense qu'il faut dorénavant préparer les enfants à tout voir – en espérant que cela ne sera pas le cas. Il faut dire aux enfants que certaines choses qu'ils risquent de voir pourront les bouleverser. (…) Les parents doivent accepter aujourd'hui de ne plus avoir aucun contrôle sur ce que leurs enfants voient. Les parents doivent ouvrir un dialogue "préventif" avec leurs enfants. L'école aussi a un rôle à jouer : chaque matin, en arrivant à l'école, on devrait proposer des ateliers de "débriefing" aux élèves, dans lesquels on les amènerait à donner du sens aux images qu'ils viennent de voir, et aux émotions qu'ils ont éprouvées. Mais attention, non pas en partant des images que les enseignants jugent importantes, mais de celles que les enfants eux-mêmes ont trouvé bouleversantes. Les adultes doivent aussi accepter de montrer aux enfants ce qu'ils éprouvent face aux images".

 

 

5.4.                 Les jeunes inquiètent et… fascinent

 

"Spring Breakers fonctionne comme une sonde lancée à l'intérieur des têtes et des cœurs des enfants : s'ils nous dévoilent leurs rêves, saurons-nous pourquoi ils les font ? (…) Maintenant nos enfants sauvages n'ont plus qu'à se mettre une cagoule rose sur la tête, et contre la vie qui leur est faite, adopter la sage déclaration d'intention du Père Ubu : "Un jour je tuerai tout le monde et puis je m'en irai !"   Jean Philippe Tessé (Les Cahiers du Cinéma)

 

"Le trublion Harmony Korine  signe une ode pop à l'envie de rébellion

et d'autodestruction d'une génération choyée"

Julien Welter – L'Express

 

 

Il semble bien que les adolescents et les jeunes constituent aujourd’hui un monde à part dans la société occidentale : les jeunes fascinent, inquiètent, inventent de nouvelles formes festives, mais sont également marginalisés, en grande difficulté d’insertion, et parfois tentés par des conduites à risque destructrices. A l'autre extrémité de la vie, les "baby-boomers" ont eu l'audace de reculer l'age de la jeunesse, et ils peuvent la savourer pleinement dans leurs années seniors.

 

5.4.1.                    La jeunesse comme idéal, la jeunesse comme modèle

"Les mémées minaudeuses, poupées de cire et autres vieux beaux tirés de partout ont fait long feu. Aujourd'hui on affiche une trentaine éternelle. On flotte dans un no man's land biologique. Codes vestimentaires, modes de consommation, gestuelle, tout concourt à prolonger cet état de grâce au delà de la limite où hier encore votre ticket n'était plus valable. Est-ce bien raisonnable ? (…) Les adultes ne cherchent même pas à "faire jeune". Ils le sont. Sans effort apparent ni ridicule particulier. (…) Les ex-vieux se tiennent parfois aussi mal que des ados, texotant à table ou bondissant à la moindre sonnerie. Grâce à leur pouvoir d'achat, ils accumulent les gadgets et constituent une nouvelle caste très enviable qui pille sans vergogne les goûts et les loisirs – vêtements, places de concert, séries télé culte, deux roues voire petit(e)s amie(e)s – de la génération suivante. C'est assez nouveau, mais la complainte "jalouse de ma mère, de ses fringues, de ses soirées en boite et de ses copains branchés" fait d'ailleurs son apparition dans les griefs courants des nouvelles jeunes filles, recensées par les psy spécialisés. La rivalité parents enfants ne fonctionne plus dans le même sens"[60].

 

 

5.4.2.                    Une société conservatrice qu’inquiète la jeunesse

 

5.4.2.1.   La détection des troubles chez l’enfant

 

« En décembre 2008, Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, se dit favorable à un dépistage de la violence dès le plus jeune âge, à la «détection des troubles du comportement chez l'enfant» le plus tôt possible «pour faire face à la délinquance des mineurs». Cette prise de position (qui a pour origine un rapport de l’INSERM de 2006) a suscité de sérieuses polémiques (46 000 pétitionnaires ont signé un texte « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans ») »[61].

 

 

5.4.2.2.   L’hebdomadaire « Marianne » dresse le portrait inquiétant des « Nouvelles jeunes filles » [62]

 

Trois semaines avant la sortie de "Spring Breakers" l'hebdomadaire Marianne, dans sa rubrique "savoir vivre / tendance", évoque "loin des diaphanes et mutiques créatures de jadis, les hormones en ébullition (sic), américanisées jusqu'au bout des ongles, ces adolescentes qui alimentent un marché en pleine croissance". Un article "exemplaire" des dérives rédactionnelles et commerciales d'une presse « indépendante » qui a perdu ses repères…

 

"Marianne" annonce à ses lecteurs un événement sociologique majeur

"A quoi rêvent les jeunes filles ? Le teen movie américain le plus attendu de l'année, "Spring Breakers" (en salles le 6 mars) en dit long sur ce qui façonne désormais leur imaginaire. A l'affiche ? Une horde de lolitas – le gratin des starlettes américaines – outrageusement bien pourvues dans leur petit bikini fluo (sic) – prêtes à tout, y compris à braquer une banque, pour financer leur Spring break, cette délicieuse coutume qui voit chaque année des milliers de jeunes Yankees partir au Mexique pour une semaine de beuverie".

[L'article reprend parfaitement les arguments promotionnels du film. La journaliste n'a manifestement pas vu "Spring Breakers", puisque les héroïnes du film ne braquent aucune banque…].

 

Pour Marianne, les "nouvelles jeunes filles" constituent bien une menace…

Tout d'abord, une information inquiétante : "+ 80 %, c'est le nombre de filles mises en cause pour violences et menaces depuis cinq ans". Le vocabulaire utilisé traduit la gravité de la situation : "bandes de filles bruyantes, délurées et portées sur les conduites à risque / une bande compacte un samedi après-midi dans une rue passante glapissant sans raison apparente des biaatch (pour "bitch") saisissants et exhalant un nuage de fumée toxique / des bébés requins fonctionnant en gangs et soumises à des rites d'initiation rigoureux / La collégienne adopte les postures des femelles impitoyables des séries américaines / Elles jurent comme des charretiers, et les gestes obscènes, comme le fameux doigt d'honneur, sont monnaie courante, y compris en classe, comme le constatent leurs professeurs".

 

Marianne ne reconnaît plus les élèves de Cinquième (12 / 13 ans)  au collège !

"Plus personne ne joue à la poupée en classe de cinquième. Les poupées, ce sont elles dorénavant… Sous les yeux effarés (mais souvent complices de leur mère, le shopping remplace vite à cet age le vertueux atelier de poterie ou modern jazz, au rayon des loisirs éducatifs. Quand on apprend par l'observatoire des filles de 8 – 13 ans du journal Julie que 86 % d'entre elles se maquillent régulièrement pour aller à l'école, on frémit ! Rendez-nous les pré-ados de jadis !". [Bel exemple de pur délire journalistique].

 

Une légende qui confirme l'orientation interprétative de l'article

L'article est illustré notamment par une photo qui représente les 4 héroïnes de Spring Breakers. Elles sont dans un décor neutre (une pièce carrelée de blanc), des couvertures cachent leurs tenues de plage, elles nous regardent, sans expression; l'une d'entre elles suce son pouce. Légende de la photo proposée par Marianne : "Ici les créatures affalées et vaguement menaçantes (sic) du film "Spring Breakers".

 

"Marianne" au secours des parents dépassés par les "nouvelles jeunes filles"

Dans sa chronique "Elles ont toutes…", la journaliste Vanessa Houpert nous présente neuf "marqueurs générationnels" que les filles réclament le plus souvent, car "ça le fait", comme elles le disent.

Marianne suggère aux parents de leur offrir de la "junk food pour leur goûter" (la pâte à tartiner Nutella à 1 euro) ou "un reflex à écran tactile pour taguer leurs copines sur Facebook et poster leurs meilleurs looks sur leur blog mode (coût de cet appareil photo reflex "qu'elles ont toutes…" : 899 euros ! C'est la génération "révoltée", mais la société de consommation n'a vraiment rien à craindre…

 

 

5.4.3.                    The bling ring[63], encore des adolescentes transgressives à l’écran !

Selon la presse[64], le film « raconte l’histoire d’une bande d’adolescents qui ont cambriolé les maisons de leurs stars favorites ». Bien sûr,  « The bling ring résonne comme un écho, un signal d’alarme que la jeunesse est gangrenée par trop de médiatisation et de connectivité ».  Ici encore, une pure jeune fille sombre dans le Mal : « On retrouve parmi les comédiens Emma Watson, plus connu pour son rôle de fillette sage dans la saga Harry Potter ». Signe des temps nouveaux, « la vulgarité devient le nouveau bon goût ».

 

 

5.4.4.                    Ibiza mon amour. Enquête sur l'industrialisation du plaisir[65]

"Ibiza est devenue depuis un demi-siècle une marque qui signifie le plaisir, l'orgie perpétuelle, la danse, la fête qui ne s'arrête jamais. La culture DJ s'y est imposée, l'hédonisme moderne est celui de l'immersion dans les sons et les flux. Les participants forment un groupe fusionnel où tous les sens sont convoqués, sauf la parole, puisqu'on ne s'entend pas. La drogue, le sexe se sont commercialisés. On est entré dans l'organisation marchande de la transgression. En conclusion, Yves Michaud semble soudain saisi d'un doute : cette quête effrénée de la sensation ne serait-elle pas le symptôme d'une vie régressive ? Comme s'il découvrait un peu tard que le devoir de jouissance est l'autre nom du cauchemar contemporain"[66].

 

 

5.4.5.                    Chômage : le déclassement des générations nouvelles n'est pas un fantasme.

 

"En France, la situation est particulièrement dramatique pour les jeunes. 25,7% des actifs de 15 à 24 ans sont désormais au chômage, du jamais-vu selon les statistiques de l'Insee, qui remontent pourtant à 1975. Ce chiffre est d'autant plus préoccupant que la hausse s'accélère fortement au dernier trimestre pour cette tranche d'âge: 25,7%, c'est 3,4 points de plus qu'il y a un an, mais 1,6 point de plus que le trimestre précédent"[67].

"Les mobilités descendantes s'accroissent, les mêmes diplômes ne permettent plus d'accéder aux mêmes emplois et les conditions d'emploi se sont nettement dégradées. Les jeunes subissent bien plus lourdement que les générations précédentes les conséquences de la crise. Les jeunes générations vont-elles connaître un destin social moins bon que leurs aînées ?…"[68].

 

 

5.4.6.                    Les jeunes trinquent !

"Le rapport publié par la société française d'alcoologie a dévoilé que les jeunes et les femmes sont les plus touchés par les problèmes liés à l'alcool. On voit des jeunes avec des conséquences très graves sur la santé, notamment au niveau du pancréas ou du foie, a déclaré le médecin gastro-entérologue Damien Labarrière"[69].

 

 

 

6. [Vu de France] : « Spring Breakers » est-il un film  moralisateur ? subversif ? politique ?

 

 

6.1.                 Un film moralisateur ? Une fiction préventive ?

"Au fond, ce film se veut moralisateur (un peu ouvertement par moments) et dit, en gros, voilà le spring-break, mais regardez de l'autre coté du miroir, la manipulation par la pègre et des gens sans scrupules".

 (Islander – courrier des lecteurs – Télérama)[70].

 

 

"Les clichés sont présents du début à la fin pour justement dérangés et faire réagir le spectateur".  (Ptit blog.net)[71]

 

"A l'arrivée donc, un conte moral séduisant en diable" (TF1)[72]

 

Le film est le témoin des dérives d'une partie de la jeunesse actuelle. Une jeunesse qui demande alcool, sexe, drogue, une jeunesse victime de la pub,

des clips, des images que véhicule la société actuelle".

(Instasamiir – courrier des lecteurs – Télérama)[73].

 

 

Comme tout film, Spring Breakers est susceptible de différentes lectures. Pour certains, ce film possède un indéniable pouvoir de prévention : il agresse, certes, par son propos et son contenu, mais c'est pour faire réagir, et obtenir au final un comportement de la jeunesse plus conforme aux valeurs morales traditionnelles. Et cela, pour certains, doit être tenté dès le plus jeune âge ! C'est pour cette raison (si on suit cette logique) que des spectateurs peuvent voir le film dès leurs douze ans : le film agirait comme un vaccin, l'exposition précoce aux comportements déviants et extrêmes – dans l'imaginaire cinématographique – empêcherait, plus tard, le passage à l'acte dans la vie réelle…

Outre que cette thèse paraît bien peu réaliste, il convient d'ajouter que, malheureusement, le "trajet" tout à fait contestable du film sera lui aussi parfaitement perçu par les jeunes spectateurs…

L'absence de réaction des autorités morales à la sortie du film témoigne par ailleurs que nous n'avons pas affaire à un film "scandaleux", mais bien commercialement provocant… Rappelons qu'il n'est pas dans l'intention de cette analyse de demander une censure, une interdiction, des coupes dans le film. Il ne s'agit ici que d'interroger le fonctionnement et l'accueil du film, en essayant de comprendre le rapport entre le film, la jeunesse, et la société qui le consomme. « Spring Breakers », un film où la mort d’autrui, ou les souffrances infligées à autrui ne posent pas de problème, se voient parées, par certains, de vertus « moralisatrices »… Ici, tout ce qui est vivant tend à tuer, et tout ce qui est mort tend à la contagion de la mort. Nulle autre issue… Dieu, au début du film, est un secours pour une des jeunes femmes, mais il n’empêche pas le Mal de triompher… Les alliances forgées ne provoqueront que des dégâts plus graves. Mais la victoire finale, dérisoire par la mort d’Alien, reste tout de même une victoire.

 

 

6.2.                 Un film subversif ?

 

"Quand des bimbos à peine sorties de l'adolescence croisent

le monde subversif de Harmony Korine, la rencontre est explosive".

Les Inrockuptibles

 

Si vous vous complaisez éternellement dans votre ghetto indépendant à réaliser des trucs que personne ne voit hormis une poigné de mecs acquis à votre cause, vous finissez par tourner en rond. Je ne me suis pas renié non plus. “Spring Breakers” est mon film le plus commercial mais en même temps le plus radical. » - Harmony Korine, réalisateur

 

"Ce « Spring Breakers » est le doigt d’honneur pop de ce début d’année".

Alain Spira – Paris-Match

 

"Ultra subversif, extrême, Spring Breakers est

un objet cinématographique atypique, une sorte d’ovni"[74].

 

Le dictionnaire Le Robert nous rappelle qu'est subversif "ce qui renverse, détruit l'ordre établi, ce qui est susceptible de renverser les valeurs reçues – Idées subversives, esprit subversif".

 

On ne peut que remarquer le manque d'empathie du réalisateur pour les diverses composantes de son film : les jeunes qui pratiquent le "Spring Break" ne sont que des corps sans âme, filmés au ralenti; les quatre héroïnes ne l'intéressent que dans la mesure où il va pouvoir dissoudre leur statut "glamour" dans des situations scabreuses; le dealer Alien n'est montré que comme une caricature qui accumule les stéréotypes de son personnage, avant de disparaître.

"Spring Breakers" n'est en rien un "film à thèse", au sens où on entend habituellement cette expression : nulle légitimation de la consommation de drogues, nul point de vue sur les déshérités, nul intérêt pour le fonctionnement du système éducatif, ni sur le bilan de la police en Floride…

Par contre, il semble correct et légitime de qualifier le film de "scandaleux", au sens où, par son thème et sa construction,  il accumule les séquences, les images, les situations, qui peuvent choquer un public conservateur, puritain.

Mais nulle trace ici de "subversion", de projet de société alternatif, de "contre-culture", de contestation du système libéral dans lequel s'inscrit cette œuvre.

La presse, les médias ont construit leur argumentation sur l’opposition entre l’univers sirupeux de Disney (où deux des actrices ont commencé leur carrière) du monde filmique marginal et transgressif développé par Harmony Karine. Mais dans le film, cette rencontre, ce « choc » n’a pas lieu !... Le film n’évoque en rien l’Empire Disney, ses parcs d’attraction, ses produits dérivés, ses séries TV, ses Disney store, ses jeux en ligne… ses films et son cinéma[75].

Si, pour les médias, le film est transgressif, c’est qu’il désobéit à un rite : il fait sortir quelques adolescentes innocentes de leur univers enfantin et idyllique, valeurs promises et affichées par l’empire Disney. Ce faisant, en acceptant d’assumer son rôle de « bad boy », de trublion marginal, Harmony Korine renforce paradoxalement la tentaculaire multinationale dans ses valeurs puritaines et conservatrices.

Rappelons ici encore que le seul "message" que porte le film (message que l'ensemble de la critique a refusé  de considérer), c'est, hélas,  un appel à participer à des actions violentes contre la communauté noire, présentée comme la seule menace contre les pauvres Blancs…

Par ricochet, ce film « subversif » va réhabiliter le groupe de prières chrétien, seul rempart de la civilisation et de la solidarité avant le basculement dans la barbarie (le prédicateur enflammé reste bien la seule image « paternelle » positive du film).

 

6.3.                   Un film politique ?

 

"On sent bien que la réalité intéresse moins Harmony Korine que sa représentation fantasmatique, son reflet forgé par la publicité

et les clichés sans esprit des industries culturelles"

Jean-François Rauger (Le Monde)[76]

 

"Le film décrit un état terminal du contemporain et de la civilisation capitaliste".

Jean-Philippe Tessé – Les Cahiers du Cinéma[77]

 

"La grande débauche des sens, de l'assouvissement infantile des pulsions, y atteint sa vérité cachée, une dimension mortifère et cruelle qui se démasquera progressivement, comme le refoulé putréfié du monde néolibéral". [78]

Jean-François Rauger – Le Monde

 

S'interroger sur la portée politique d'un tel film nécessite de considérer succinctement les évolutions récentes du néo-libéralisme, et comment le cinéma les a illustrées.

 

 

6.3.1. Le cinéma de l’age « classique » (bourgeois, capitaliste, patriarcal et hétérosexuel)

 

Longtemps le cinéma a accompagné les valeurs "bourgeoises" issues de la chrétienté : valorisation de la famille, lutte contre les "déviances" (homosexualité, avortement), reconnaissance de l'efficacité du libéralisme économique, malgré les inégalités qu'il peut générer. On peut dire que "le cinéma classique a été une machine prescriptive, assignant des rôles aux individus selon leur sexe et leur condition sociale (…) Il a réuni des individus différents dans la célébration de valeurs communes"[79].

 

 

6.3.2. Le triomphe économique, culturel et social des classes moyennes

 

"Le magazine américain Forbes recense dans le monde (en 2013) 210 milliardaires de plus que l'an dernier, soit 1 246 au total. Ils se partagent 5 400 milliards de dollars, un chiffre en progression de 17 % en un an" (la presse économique)

 

"En dépit de la crise économique et de la mondialisation, on a observé un développement de l'égalité sous la forme d'une moyennisation de la société (si on ne prend pas en compte les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres). Non  seulement la classe ouvrière s'est réduite,  mais elle s'est fractionnée et fondue dans l'univers des classes moyennes inférieures. Si les niveaux de vie ne se sont pas égalisés, les genres de vie se sont alignés sur une norme définie par les classes moyennes et la consommation de masse qui caractérise un capitalisme dans lequel la demande commande l'offre, la consommation, la production. Quand les clivages ne se font plus entre ceux qui accèdent à certains biens et ceux qui en sont privés, quand tous ou presque accèdent aux même types de biens, ce sont les différences les plus fines qui font la différence : cylindrée de la voiture, goûts musicaux, marque de la chemisette. Le développement de l'emprise des médias de masse n'a pas été pour rien dans ce lent rabotage des barrières (émergence des "catégories populaires" ou des imprécises "catégories défavorisées").[80]"

Mais tout dépend, ici encore, de la manière dont nous interprétons la réalité…

"Nous vivons dans un vaste monde dont nous sentons bien qu'il est interdépendant. Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables [l'immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches et qui ne cesse de s'accroître; on ne peut laisser cet écart se creuser encore]. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes cherchez un peu, vous allez trouver des raisons de vous indigner et de vous engager.[81]"

 

 

Un capitalisme – presque – sans contre-pouvoirs

 

Pour certains observateurs, l'industrialisation nourrie au pétrole connaît maintenant ses limites (les efforts nécessaires à l'extraction du gaz et du pétrole explosent, les dommages collatéraux de la combustion des carburants fossiles nous rattrapent sous la forme de sécheresses, d'inondations et de vagues de chaleur dévastatrices). Par ailleurs, le développement du nucléaire civil comporte des risques pour le présent, et génère des problèmes de gestion des déchets qui vont poser problème aux générations futures.

 Chaque jour qui passe accumule les dégâts matériels et humains de "la crise". Les "élites" autoproclamées de notre monde économique, politique, culturel possèdent des moyens considérables de coercition et de séduction qui leur permettent de piétiner l'éthique afin de pousser toujours plus loin leurs avantages et donc les limites de l'impunité que leur assure le système (en France, affaires Strauss-Khan, Cahuzac, Tapie, etc.). Les membres des classes dominées, baignant dans l'idéalisme consumériste, observent ce ballet avec un mélange d'horreur… et de jalousie teintée d'admiration.

Ces évolutions profondes s'accompagnent d'une mutation technologique sans précédent dans l'histoire humaine.

 

Le cauchemar technologique et la maîtrise du temps de cerveau disponible

 

Les "progrès" technologiques nous font miroiter aujourd'hui un monde idyllique, qui, à travers la mise en place d'une véritable administration numérique du monde, offrent à chacun de nous la possibilité pour chacun de nous de devenir un "Homme" ("Femme") augmenté. Dans ce monde soumis à une révolution "numérico-cognitive" d'une efficacité sans pareille, il nous faudra bien accepter que tous nos gestes et activités , comme ceux de notre environnement, soient connus, enregistrés, quantifiés, évalués.

La "modernité" actuelle impose un type de développement en parti basé sur l'obsolescence programmée : la durée de vie des "produits" est calculée pour accélérer le renouvellement. Cette manière de fonctionner, aujourd'hui dominante, s'oppose aux objectifs d'un "développement durable" qui prendrait en compte réellement les enjeux du long terme.

Il en est sans doute de même au plan cinématographique, où la production des "œuvres" semble de plus en plus formatée par une production qui vise prioritairement à toucher une cible, par des méthodes marketing de plus en plus agressives, de plus en plus personnalisées, et donc efficaces.

 

Si TF1 est désormais connue pour "aider Coca-Cola à vendre son produit ("Nos émissions ont pour vocation de rendre le cerveau du téléspectateur disponible[82]"), on ne peut que constater qu'un type de cinéma qui s'adresse en particulier à la jeunesse, multiplie les transgressions, fait "exploser" les schémas traditionnels, laisse les spectateurs face à des images et des situations sidérantes, et ce de plus en plus jeune. Cette orientation d'un certain cinéma "populaire" s'inscrit, qu'on le veuille ou non, dans une "communication" globale, qui multiplie les possibilités de divertissement, en prenant soin d'orienter l'attention vers les nouveautés les plus futiles (la dernière vidéo "à ne surtout pas manquer" sur Youtube). Par ses excès, Spring Breakers constitue un instrument de dérégulation de la pensée, qui contribue involontairement à laisser le marché conquérir plus facilement les esprits.

 

 

6.3.3. Les nouveaux atours de la censure : autoriser pour mieux contrôler ?

 

Gérard Camy relève les atteintes portées par la censure aux œuvres qui "dénoncent, provoquent et critiquent des situations intolérables[83]". Pour cet auteur, la censure peut-être d'origine judiciaire ou politique : "Un marigot d'intolérance, d'incompréhension, de mauvaise foi, d'hypocrisie, de violence assure un terrain favorable aux rejets vivaces d'une censure sournoise tapie dans l'ombre des sociétés libérales avancées"

C'est l'illustration de la conception "classique" défendue par "la Gauche" : l'artiste est porteur d'un message "fort", d'une vision originale, forcément dérangeante, contestataire, que les forces capitalistes s'efforcent de contrôler ou d'aseptiser avec l'arme de la censure.

Hier encore, il s'agissait de protéger les adolescents fragiles de films "déstabilisants" comme "Scream" (Wes Craven) ou "Seven" (David Fincher).

Et si "les sociétés libérales avancées" faisaient aujourd'hui preuve de clémence, d'ouverture, de modernité ?

 Autoriser au plus grand nombre (aux plus de 12 ans) cette œuvre présentée comme subversive (beaucoup) et scandaleuse (un peu malgré tout), c'est montrer aux yeux du monde que la liberté d'expression est une valeur cardinale du néo-libéralisme mondialisé, que la censure n'est plus un instrument de répression, si elle est maniée avec intelligence (idéologie ultra-libérale du "laisser-faire", l'objectif martelé du "jouir sans entraves"). Et cela, les plus jeunes, particulièrement sensibles à ce parfum libertaire, cool et ludique, doivent pouvoir le constater dès leur plus jeune age. Malheureusement, cette fuite en avant égoïste et destructrice des héritages, ne peut que s'accélérer.

 

 

7.Les  a cotés commerciaux du film / La communication médiatique (Mode, people, musique)

 

"Les actrices de Disney assurent la promo avec un sens parfait de l'abattage et de la bonne humeur. Le film bénéficie d'une campagne

de lancement particulièrement musclée"

Laurent Rigoulet (Télérama)

 

 

7.1.1.                       De nouvelles stratégies de communication

 

"Cette fois, c'est au beau milieu de la fanfare mainstream que Korine a planté son chapiteau : casting doré sur tranche, moyens manifestes de la production,

ampleur du marketing, thème ouvertement racoleur".

Olivier Séguret - Libération

 

L'analyse filmique, pour rendre compte du film, doit non seulement décrire la composition du film, son architecture, le choix des éléments qui le composent, mais intégrer, chose nouvelle, un contexte "esthético / commercial" qui prend aujourd'hui une place de plus en plus importante. Certes, de Rudolph Valentino à Brigitte Bardot, la vie des stars a très souvent accompagné, "augmenté" les récits filmiques. Mais ces "évènements", ces "à cotés" restaient soumis à l'aléa des relations humaines, et n'entretenaient que peu de rapports directs avec les œuvres cinématographiques.

La multiplication des écrans, l'avalanche de sollicitations de toutes sortes, la multiplication des films, entraîne l'élaboration de stratégies pour "sortir le produit filmique du lot", lui donner une "visibilité", une reconnaissance, préalable au succès.

"Spring Breakers" s'inscrit parfaitement dans cette logique : un thème majeur "scandaleux"  (des actrices, "jeunes et innocentes", tirées  de l'univers sirupeux de Disney et malmenées par un cinéaste glauque et "déjanté") sera décliné sous toutes ses formes et dans tous les médias. L'évolution majeure des années actuelles concerne le rôle de la critique : va-t-elle accompagner ces évolutions, pour ne pas se "couper" de son public et des recettes qui l'accompagnent, ou va-t-elle questionner ces dérives, en dénoncer l'hypocrisie (et l'éventuelle faiblesse artistique du projet) ? Dans une société mondialisée, basée sur la concurrence effrénée, le film peut disparaître derrière le produit, la longue durée balayée par l'immédiateté.

 

7.2.                 Rubrique "Commerce"

 

7.2.1.                       Spring Breakers, la stratégie commerciale du bikini[84]

La page "cinéma" du site RTL.fr nous réserve quelques surprises… A l'occasion du nouveau long métrage d'Harmony Korine, le site nous livre… un historique de ce maillot de bain au parfum de scandale.

 

7.2.2.                       Les Cahiers du Cinéma : Recto Art, Verso  Commerce

La Une du numéro de Mars 2013 de la revue nous propose trois des actrices, "regard caméra", armées et conquérantes. La quatrième page de couverture, par le plus grand des hasards, nous permet d'admirer le dos de deux jeunes baigneuses, qui illustrent les créations balnéaires de la marque "Spring Fever"

 

7.3.                 Rubrique « People »

 

7.3.1.                       Des actrices "gentilles" qui cassent leur image

"Si on en croit les premiers teasers, Spring Breakers risque bien d'éclabousser l'image d'adolescentes gentilles et innocentes de Selena Gomez et Vanessa Hudgens! Les deux copines partageront l'affiche de ce thriller qui s'annonce aussi sexy que déjanté. Selena Gomez et Vanessa Hudgens jouent ici le rôle d'étudiantes aussi fauchées que sexy. Lors d’une fête dans une chambre de motel, la soirée dérape et les filles sont embarquées par la police. En bikini et avec une gueule de bois d’enfer, elles se retrouvent devant le juge... Bref tout un programme!"[85].

 

 

Comment donner un "coup de pouce" à la carrière d'actrice de son épouse ?

Nous l'avons vu, trois des actrices principales sont issues des univers de Disney ou des séries télévisées pour la jeunesse. La quatrième actrice (personnage de Cotty) n'avait, jusqu'à ce jour, joué la comédie que dans les films de Harmony Korine. En donnant un rôle de premier plan à son épouse Rachel (également mère de son enfant), le "pape de l'underground" mettait sous les feux du tout Hollywood une actrice dont les qualités évidentes tardaient à être reconnues…

 

 

7.3.2.                       Quand la presse de gauche (le Nouvel Observateur) brode elle aussi sur le thème "le paradis et l'enfer" pour décrire le virage artistique de Séléna Gomez[86] :

Le paradis : "séries mielleuses – icône Disney – rôles de fillette prude – représentante de l'Amérique puritaine – écorner cette image vertueuse – gentille texane – posture d'écolière modèle"

L'enfer : "icône transgressive – un film qui pervertit quatre jeunes filles disciplinées – la proposition indécente d'Harmony Korine – un rite initiatique décadent – des chipies sous acide – des héroïnes sous l'emprise de l'alcool – hymne à la débauche – émancipation coquine"

 

 

7.3.3.                       Romance

La popularité de "Black Swann" avait été augmentée par la romance entre l'actrice principale Nathalie Portman (enceinte après le tournage) et le chorégraphe français Benjamin Millepied, qui la conseillait pendant le film. Spring Breakers bénéficie du même éclairage "People", car une "romance" réunit l'acteur principal à l'une des jeunes vedettes féminines du film. Consultons Gala, toujours bien informé :

"Sortez les mouchoirs et les soupirs de désespoir à l’annonce de cette nouvelle. Un des plus sexy célibataires d’Hollywood est désormais en couple. James Franco, que certaines rumeurs ont cru homosexuel, coule aujourd’hui des jours heureux dans les bras d’une jeune fille. L’heureuse élue du cœur de l’acteur s’appelle Ashley Benson. Vous ne la connaissez pas, vous allez la détester. La blondinette a 22 ans, soit douze de moins que James Franco, est jolie, souriante, et légèrement déjantée. Des photos volées du joli couple ont été publiées sur Instagram, les montrant enlacés dans une attraction d’Universal Studios à Los Angeles. Rires et doux regards inondent ces clichés de James Franco et Ashley Benson.[87]"

 

 

7.3.4.                       James Franco, un acteur aux multiples talents !

James Franco n'est pas seulement acteur, peintre, étudiant, mannequin et musicien, il est aussi vidéaste. Pour rendre hommage à Dangeruss, rappeur de Floride qui a largement inspiré son génial personnage de gangsta à dreadlocks dans Spring Breakers, l'acteur américain a réalisé le clip de "Hanging with  dopeboys" ("traîner avec les dealers")[88].

 

 

7.3.5.                       L'EXPRESS au cœur des sujets les plus brûlants de l'actualité !

"A l'occasion de la sortie du film Spring Breakers d'Harmony Korine, le magazine L"Express présente à ses lecteurs un diaporama qui leur permet de découvrir les folles vacances de printemps des étudiants américains. Bikinis, bières et soirées dans la piscine, les étudiants relâchent la pression pendant quinze jours "[89].

 

7.4.                 « Mode »

 

"A l’occasion de la sortie du film "Spring Breakers" aux Etats-Unis, Selena Gomez, Vanessa Hudgens, Ashley Benson et Rachel Korine ainsi que tout le casting du film avaient fait le déplacement à Hollywood à l'occasion d'une grande soirée. Les quatre petites bombes en tête d'affiche étaient toutes aussi sexy les unes que les autres. Sur le tapis rouge, c’est une Selena Gomez très sexy qu’on a retrouvé, dans une robe longue rouge au décolleté plongeant. Vanessa Hudgens avait quant à elle opté pour une robe noire et blanche au bas plumé et fendue"[90].

 

"Lundi 18 mars 2013, Selena Gomez était de passage à New York dans l'émission de David Letterman, " The Late Show with David Letterman " pour la promotion du film " Spring Breakers ". La jeune actrice arborait une mini-robe noire pour une allure très glam rock. Pour contraster l'effet ultra-sexy et ajouter une touche un peu plus sophistiquée à sa tenue, la jeune femme avait opté pour un blazer noir Dolce & Gabbana un peu plus long que sa robe. Côté make-up, la jeune femme avait fardé ses yeux dans un smoky noir qui se mariait particulièrement avec sa tenue dans un esprit « rock » "[91].

 

 

7.5.                   En France, l'identité visuelle, l'esthétique de "Spring Breakears" font désormais partie (une semaine après la sortie du film !) de la culture populaire, et, à ce titre peuvent être récupérées et "déclinées" dans des parodies commerciales

 

Dans la profusion actuelle d'images, qui impose une recherche pour obtenir un effet de reconnaissance et une visibilité des plus importantes, il peut sembler intéressant d'adopter une stratégie de "coucou", et de s'inscrire, en la décalquant, dans une communication qui a su rencontrer et séduire le public. Voici comment le journal Le Monde nous décrit un exemple de ce phénomène :

 " La réalisatrice et actrice Sophie Letourneur ne manque pas d'imagination pour assurer la promotion de son deuxième long-métrage, Les Coquillettes, dont la sortie en salles est programmée mercredi 20 mars. Pour faire le "buzz" autour de son nouveau long-métrage, les péripéties d'"une bande de copines qui mettent leur quotidien de côté quelques jours pour partir s'éclater entre elles" , Sophie Letourneur, avec les deux autres actrices du film, Camille Genaud et Carole Le Page, a pris des poses sexy, en maillots de bain, devant l'objectif de la photographe Claire Price pour réaliser des affiches parodiant celle de Spring Breakers, en salles depuis le 6 mars"[92].

 La ruse était sympathique, mais cette "communication" n'a pas empêché le naufrage des "Coquillettes"…

 

 

 

8.Loin des frasques adolescentes, quelques « évènements »  récents qui illustrent, en France, l’évolution de la vie culturelle « adulte » :

 

 

8.1.                 "Belle et bête" : un sommet de la littérature contemporaine ? Un scandale savamment orchestré ? Un nouveau visage de la vie politique ?

 

«Belle et bête» de Marcela Iacub, qui évoque sa liaison de 7 mois avec Dominique Strauss-Kahn, est-il un livre au contenu explosif et sulfureux ? DSK en est convaincu.  L'ex-patron du FMI demande à titre subsidiaire l'interdiction de sa parution mercredi et 100 000 euros de dommages et intérêts, solidairement à Marcela Iacub et à son éditeur Stock, et la même somme au «Nouvel Observateur», qui a publié une interview de l'auteur et des extraits du livre. DSK obtient partiellement gain de cause. Malgré un extraordinaire battage médiatique, seulement 20 000 exemplaires du livre sont vendus en une semaine…

 

8.2.                 "50 nuances de Grey" ou comment la ménagère de plus de 40 ans découvre le libertinage.

 

"Les ventes de livres numériques en France pourraient bien décoller d'ici à fin 2012, grâce à la vague du "Mommy Porn" (livres libertins pour la ménagère de plus ou moins de 40 ans). Mercredi 17 octobre, sort, en librairie, Cinquante nuances de Grey (JC Lattès, 560 pages, 17 euros), premier tome d'une trilogie érotico sado-masochiste, de la Britannique E. L. James, qui a provoqué un véritable raz de marée éditorial, avec plus de 40 millions de livres vendus à travers le monde. Il s'agit déjà du best-seller planétaire de l'année. Dans, cet ouvrage, Anastasia Steele, jeune étudiante en littérature, noue une relation torride avec un richissime chef d'entreprise, Christian Grey, qui l'initie aux interdits de l'amour"[93].

 

8.3.                 La vie de Lolo Ferrari adaptée par l'Opéra de Rouen

 

"Le théâtre des arts de Rouen s'est emparé de l'histoire de cette icône des films pornographiques, connue du grand public pour sa poitrine proéminente et ses lèvres surgonflées. C'est un opéra à voir entre le 8 et le 12 mars à Rouen. Cet opéra en 12 tableaux, syndrome d'une société et de ses excès, est une création mondiale"[94].

 

 

9.Dans l'actualité, d’autres femmes, d'autres contestations  

 

Si les jeunes héroïnes du film portent une contestation que l’on qualifiera aisément de nihiliste, d’autres femmes agissent dans le monde avec des armes différentes, et se transforment, pour le meilleur ou pour le pire, en nouvelles icônes de nos sociétés médiatisées.

 

9.1.                 Les Pussy RIOT

 

"Pussy Riot (signifiant littéralement « émeute de chattes », en anglais) est un groupe de punk rock féministe russe, formé en 2011. Le collectif organise à Moscou des performances artistiques non autorisées pour promouvoir les droits des femmes en Russie et, en 2012, pour s’opposer à la campagne du Premier ministre Vladimir Poutine en vue de l’élection présidentielle. Le 17 août 2012, à la suite d'une exhibition jugée profanatoire (« prière punk ») dans une église orthodoxe, trois d'entre elles sont condamnées à deux ans d'emprisonnement en camp de travail[] pour « vandalisme » et « incitation à la haine religieuse »[95].

 

 

9.2.                 Aliaa Elmahdy

 

« Cette jeune étudiante égyptienne met en ligne son autoportrait, seins et sexe nus, sur son blog fin 2011. Par cet acte, elle voulait revendiquer le droit d’exposer son corps, et s’élever plus largement contre la domination machiste en vigueur dans la société égyptienne où la question du corps reste un tabou : se dénuder, pour elle, c’était pousser un cri de révolte. Vue par cinq millions d’internautes, la photo a créé une gigantesque polémique en Egypte. Aliaa a été menacée de prison, de viol, de mort. Elle a dû s’exiler en Suède où elle poursuit son combat »[96].

 

 

9.3.                 Les FEMEN

 

"Huit Femen se sont faufilées dans la cathédrale Notre-Dame et ont réclamé la fin de la papauté, «symbole du patriarcat», et que les «homophobes dégagent». Manifester contre une institution religieuse devient pour elles une habitude. En Ukraine, Inna Shevchenko, l’une des leaders du mouvement, a découpé en août 2012 une croix orthodoxe à la tronçonneuse en signe de soutien aux Pussy Riots.

Elles se sont infiltrées dans l'édifice avant de se déshabiller et de s'en prendre aux nouvelles cloches, exposées pour quelques mois au public. Pour les Femen, qui se réclament d’un athéisme radical, l’action est dans leur logique idéologique : symbolique, médiatique et même violente. «On est pacifique, on vient seins nus et on voit très bien comment ces gens sont capables de réagir», s'est défendue Julia, l'une des Femen. Et d’espérer : «La religion et les institutions religieuses sont un problème, et nous aimerions voir leurs mentalités changer.[97]»

 

10.    L'adolescence, une « niche » économique pour le cinéma, avec déjà un film phénomène ("Projet X")

 

"Avec Spring Breakers, Harmony Korine a conçu une entreprise de décryptage de l'adolescence, plutôt qu'une de ces machines hollywoodiennes, qui, de Twilight en Hunter Games, s'emploient à la chiffre nébuleusement"

Olivier Séguret - Libération[98]

 

 

10.1.              Les « teen movies »[99]

"L'élaboration d'un territoire exclusif est particulièrement marquée dans le teen movie, notamment dans les comédies qui repoussent les normes du bon goût, mettent à rude épreuve la tolérance du public et testent sans cesse la fidélité générique de ses fans. Le teen movie se situe à l'exact opposé du film familial sans rentrer pour autant dans la catégorie du film pour adulte. Quelques films représentatifs de ce sous-genre : American Pie, Halloween, Vendredi 13, Twilight. Le teen movie est dévalué par les critiques (ce qui reflète l'ambivalence de la société envers ses adolescents). De manière générale, les teen movies flattent les penchants les moins avouables (fascination pour la violence, expérimentation de la sexualité, rejet de l'autorité adulte. (…) De nombreux scénarios narrent des rivalités ou des amitiés féminines ("Chick flicks") : dans ce segment de narration, les rapports entre Intelligence, penchants artistiques et Beauté sont souvent évoqués. Les personnages de "chipie" et de "reine de la promo" structurent souvent ces séries".

 

 

10.2.              "Projet X"[100] : Un film prototype ?

 

"On sort de la salle sans véritable avis définitif, tout se bouscule, d'un extrême à l'autre. Beaucoup ressortent déçus car après avoir vu la bande-annonce de Spring Breakers, ils s’attendaient à un remake de "Projet X" fluo"[101].

 

Comédie américaine réalisée en 2012 par Nima Nourizadeh. En France, le film "Projet X" a reçu le visa "Tous publics" (!), mais avec l'avertissement suivant : "Ce film met en scène des comportements adolescents, prise de boisson et de drogue notamment, dont l'absence de limites peut être préjudiciable à un public jeune".

 

Le site "Allociné" met en place une rubrique "Tags" qui recense les principaux "thèmes" du film. Voici les tags qui décrivent "Projet X", film, rappelons-le, "Tous Publics" : "Adolescent / Film d'adolescent / Alcool / Beuverie et gueule de bois / Danse / Déjanté / Drogue – drogué / Fête / Sexe – sexualité".

Le niveau de langue utilisé dans les dialogues illustre parfaitement ces thématiques (Costa : "C'est une soirée Projet X et ce soir je vais me vider les couilles").

 

Synopsis : pour son 17° anniversaire, le jeune Thomas et trois de ses camarades organisent une fête dans la maison de ses parents. Débordés par la foule des jeunes présents, ils assistent à la destruction du quartier. Au petit matin, le père félicite son fils de n'être pas un looser ! Thomas forme enfin un couple sérieux avec une amie d'enfance, et l'entreprenant Costa acquiert une notoriété qui en fait une vedette des médias. Happy end general!

 

10.2.1.                 Quelques remarques sur le fonctionnement du film

 

Un film "politiquement correct" !

"Projet X" renvoie l'image d'une société "mélangée", mais où chacun trouve sa place (Noirs et portoricains assurent la "sécurité" de la soirée, mais ils sont aussi invités à s'amuser; les étudiants d'origine asiatique sont également les bienvenus. Les handicapés (le nain) sont quelques peu bousculés (enfermés dans le four de la cuisine) mais ils trouvent une juste revanche symbolique (le nain donne des coups de poing "en dessous de la ceinture"; le nain précipite la voiture de luxe paternelle dans la piscine). Le statut "d'attardé mental" permet au troisième larron (JB) d'échapper aux punitions.

Les sanctions évoquées par le film ("endetté toute ma vie") paraissent bien légères si on les compare à la gravité des faits reprochés. Le personnage de l'adolescent Juif triomphe, malgré l'échec avéré de ses stratégies de conquête (du point de vue du bon sens). Le "méchant" dealer (qui détruit le quartier avec son lance-flammes) est épargné.  L'absence de contact avec la police ou la justice, la reconnaissance du "talent" de l'adolescent par son père (enfin un dialogue Père / Fils est possible sans la présence de la Mère) donnent une fin plus qu'optimiste au film !

 

Quelques éléments d'analyse :

Tout le trajet du film incite la classe moyenne / supérieure à triompher, à s'élever, mais avec plus de modestie. Thomas, dans son parcours initiatique, va s'opposer à l'ordre (parents, police) et au voisinage, mais, au final, il est reconnu par ses pairs du lycée, qui en font un leader implicite. Thomas peine à dépasser le conformisme et l'immobilisme préservé de ses parents, mais il va, un peu malgré lui, participer au renforcement positif des valeurs américaines. La consommation (massive) de drogues licites (alcool) ou illicites (ecstasy) ne pose aucun problème ni de santé ni de rapport avec la justice.

Alors que "Spring Breakers" se termine par un massacre perpétré avec des armes à feu, l'arme la plus violente utilisée dans "Projet X" est un pistolet à impulsion électrique qui paralyse sa victime (le voisin irascible) mais ne tue pas.

 

 

10.2.2.                 Quelques remarques sur les enjeux cinématographiques de "Projet X"

 

Esthétique ("point de vue")

Le film adopte une stratégie de filmage maintenant classique : un des camarades de Thomas ("Dax"), filme tous les préparatifs et le déroulement de la soirée. D'autres personnages utilisent à leur tour une mini caméra, ou un téléphone portable (ou la caméra des forces de police dans l'hélicoptère qui survole l'émeute), et le spectateur éprouve la sensation d'être plongé au cœur de la fête.

A noter que dans ces deux films, des images tournées par des « amateurs » ont été insérées dans le récit. Harmony Korine a débusqué sur Internet des images de Spring Break, et Nima Nourizadeh a fourni à des figurants de son film de petites caméras vidéo, en leur demandant de filmer les fêtes les plus « folles » auxquelles ils pourraient assister.

 

Un film qui confirme une nouvelle fois les liens Cinéma / Marketing publicitaire : "Pour les producteurs de Projet X, Nima Nourizadeh (réalisateur britanno-iranien) s'est rapidement imposé comme le candidat idéal pour passer derrière la caméra. Bien que n'ayant mis en scène aucun long métrage, Nima Nourizadeh a réalisé plusieurs spots publicitaires pour la marque Adidas. Des publicités ayant pour thème... la fête"[102].

 

Economique (un retour sur investissement miraculeux !)

"Projet X" se révèle une excellente affaire commerciale, puisque, avec un coût de production de 12 millions de dollars, il a rapporté plus de 100 millions de dollars (54 millions aux USA et plus de 46 millions dans le reste du monde). En France, le film a été vu en salles par 1,8 millions de spectateurs.

 

 

10.2.3.                 Quelques remarques "sociologiques" sur "Projet X"

 

Quand les spectateurs internautes transgressent à leur tour "Projet X"

"Surprise : le film le plus piraté de l'année 2012 est... Projet X, comédie américaine délirante sortie en France en mars dernier, qui compte 8 720 000 téléchargements. C'est ce qu'indique le classement établi par le site Torrentfreak"[103].

 

Un accueil particulièrement bienveillant d'une partie de la critique "sérieuse" : exemple avec le journal Le Monde

"Qu'on ne s'y trompe pas : il n'y a dans Projet X aucune velléité moralisante. Inspirée de faits réels, l'histoire est faite de souvenirs glanés au fil de conversations de travail que l'on imagine des plus réjouissantes. Pour les adultes qui ont vécu ces fêtes et fait ce film, pas l'ombre d'un regret, mais un désir assumé de retomber en adolescence. Pour les jeunes gens qui y jouent, la nuit des dix-sept ans est éternelle, et leur offre la rédemption sociale à mesure que la catastrophe avance : la classe avec la crasse. Le parti pris peut sembler discutable. Mais cette légèreté scandaleuse fait la grande réussite du film.(…) Sous ses airs désinvoltes, ce Projet X dévoile avec fougue et tendresse le visage d'une génération nouvelle aux cent yeux, prise toute entière dans sa captation vorace du monde, et cette puissante naïveté de croire que chaque seconde, mise en image, devient un événement"[104].

 Nulle "subversion", nulle "visée commerciale" dans ce point de vue… simplement un portrait "réussi", sans la moindre trace d'idéologie, de cette belle jeunesse américaine (violente, mais bon enfant) que nous envions tant… L'esprit critique dissous par  le mélange alcool / ecstasy ?…

 

 

 

Les "soirées projet X"

 

Régulièrement, et sous différents climats, la presse relate avec effarement le comportement dévastateur de groupes d'adolescents pour qui fête rime, comme dans le film, avec drogues, transgressions et vandalisme. Mais là, nous ne sommes plus dans la rubrique "cinéma festif" mais dans la catégorie "faits divers sordides et inquiétants". Exemple à dans la paisible ville charentaise de Cognac : " Des voisins affirment avoir vu "des centaines de jeunes". Ils étaient en tous cas au minimum 250 dans la nuit de mardi à mercredi, boulevard Denfert-Rochereau, à Cognac. Une fiesta organisée via à un réseau social type Facebook.
Le jeune qui a mis sur pied ce rendez-vous a été visiblement dépassé par les événements. Des nuées de garçons et de filles ont déboulé dans une partie de la maison de trois étages. Et vers 0h30, la fête a débordé dans la rue. Les patrouilles de police sont intervenues pour les contenir mais il y avait tellement de monde qu'elles ont rapidement demandé aux gendarmes de venir les soutenir"[105].

 

 

 

11.    Le réalisateur Harmony Korine

 

"Dès l'age de 12 ans, j'adorais vivre dans la rue, dormir

et baiser dans des buildings abandonnés"

Harmony Korine (entretien dans Les Inrockuptibles)

 

"L'ex-prodige camé et canaille de l'indie américain, le cinéaste,

jeune quadra étonnamment bien portant, mais toujours un brin sale gosse"

Julien Gester - Libération

 

 

Paris-Match : "Vous avez grandi devant les films de

Godard, Herzog, Cassavetes et Fassbinder, vos héros…

Que reste-il de leur héritage dans “Spring Breakers” ?

Harmony Korine : "Petit, mon père m’emmenait beaucoup au cinéma. J’étais très cinéphile. Aujourd’hui, beaucoup moins. Je préfère vivre dans ma bulle et laisser les images et les idées sortir d’une façon plus pure, sans interférences. De toute façon, tous ces chefs-d’oeuvre que l’on découvre tout je une restent en nous pour toujours, ils sont là, ils vivent en moi".

 

 

 

 

11.1.           Biographie – Filmographie du réalisateur[106]

 

"Harmony Korine était avant la déferlante Spring Breakers l’auteur d’au moins trois véritables chefs-d’œuvre du cinéma américain moderne"[107].

Olivier Père (Directeur général délégué d'ARTE France Cinéma)

 

"Son cinéma réaliste (!), plutôt pessimiste, s’intéresse aux minorités, aux exclus, aux adolescents perdus et sans espoir"   -   (France Inter[108]).

 

 

Harmony Korine est né en Californie en 1973. Sa famille déménage pour la côte est des Etats-Unis quand il a 5 ans. Il vit à Nashville et à New York.
A l’âge de 19 ans, il écrit le scénario, acclamé par la critique, de Kids, du très subversif Larry Clark. Il collabore de nouveau avec le réalisateur pour Ken Park.
En 1997, il réalise son premier film, Gummo. Il reste longtemps absent des plateaux et revient en 2008 avec un film assez décalé, Mister Lonely. En 2009, il réalise un film quasi-expérimental, Trash Humpers ("les baiseurs d'ordures").

 

Pour Olivier Père, Harmony Korine est un artiste majeur aux multiples talents :

"Il s'est imposé comme un artiste dont les compositions visuelles rivalisent avec le travail numérique récent de Jean-Luc Godard ou Alexandre Sokourov. (…)Trash Humpers, dernier volet d’une trilogie informelle après Gummo et Julien Donkey Boy est peut-être un film (on pourrait à la limite se poser la question, devant le désastre de ses images, bandes VHS volontairement et agressivement endommagées) mais c’est surtout un mode de vie, une décharge artistique, une expérience communautaire et joyeusement punk. La géniale entreprise de destruction que constitue Trash Humpers peut s’appréhender comme une version arty de Jackass, dans laquelle l’enfant terrible du cinéma et ses amis grimés en vieillards lubriques font les quatre cents coups dans Nashville. C’est aussi le dernier grand film américain des années 2000, un déchet arrogant et stimulant".

 

 

11.2.           Harmony Korine, scénariste de Larry Clark : un parfum de scandales !

 

"Quand, à 18 ans, Larry Clark m’a pris en photo dans un skate park et m’a demandé d’écrire le scénario de “Kids”, ce qui m’intéressait c’était que les personnages et les images que j’avais en tête et que je ne voyais jamais à l’écran existent. Aujourd’hui, j’aime l’idée de proposer l’œuvre la plus radicale de façon la plus commerciale possible. Pour essayer de contaminer culturellement les esprits"[109]. (Propos du réalisateur Harmony Korine)

 

Larry Clark, photographe et réalisateur né en 1943, a réalisé sept films; Harmony Korine a écrit le scénario de deux d'entre eux, Kids en 1995, et Ken Park en 2002.

Pour Anna Muslewski, Doctorante en études cinématographiques, l'œuvre de Larry Clark est un "scanner, une traque de la jeunesse underground, esseulée, égarée, fourvoyée, pour en explorer ses dérives et en percer son mal-être. (…) L'ensemble de sa filmographie répond à un désir d'atteindre une vérité sur la sexualité et d'en porter une réflexion allégorique. La représentation des étreintes sexuelles des teenagers témoigne d'une volonté de considérer le corps comme matière organique infectée d'une métastase désireuse de jaillir"[110].

 

KIDS  -  (film réalisé en 1995 par Larry Clark sur un scénario d'Harmony Korine) :

Synopsis : "New York, un jour de canicule. Telly, un skater adolescent qui traîne dans les rues, a pour occupation favorite de dépuceler de très jeunes filles. Il se croit ainsi à l'abri de toutes maladies. Mais Jennie (Chloé Sévigny), une de ses récentes conquêtes, apprend qu'elle est séropositive. N'ayant jamais connu d'autres garçons que lui, elle se met à sa recherche".

"Le film contient de nombreux dialogues très crus. Il dépeint aussi des scènes de viol, de violences physiques, de drogues, de vols, voire de pédophilie. Il est considéré par certains comme un cri d'alarme (sic) sur la situation de la jeunesse des années de la mi-1990 et de celle du sida"[111].

 

 

11.3.           Un réalisateur aux prises avec ses démons :

Début de l'entretien entre le réalisateur et le journaliste Philippe Azoury, du site nouvelobs.com.

"Harmony Korine : Je te connais, il me semble…

- Philippe Azoury : Il y a dix ans environ de cela, j’avais essayé de t’interviewer à Paris, mais en entrant je t’avais trouvé par terre, endormi, dans la cour. On a ensuite essayé de faire le truc, mais tu n’y arrivais pas, et tu m’as demandé de venir à ton hôtel à 3h du matin. L’attachée de presse m’a plutôt conseillé de faire l’interview le lendemain midi, mais à midi tu avais disparu et tu avais pris l’avion pour New York en plantant la promo de ton film et l’avant-première…

- Harmony : Oh my God. (Il éclate de rire) je pense que j’étais sous drogue, non ? Oui, tout cela me revient. J’étais raide, je pense même que c’était la pire période de défonce de ma vie. Mon père venait de rentrer en taule, ma maison avait brûlé, j’étais dans une pente totalement suicidaire. 8-10 ans, tu dis ? Hummm ça me semble loin, je dirais que cette histoire remonte à treize ans, et quelque, non ? L’important est qu’on soit encore là tous les deux pour en parler. Tu as l’air en forme, et je suis en forme aussi…"[112]. (…)

- Philippe : Tu aurais pu faire ce film, il y a dix ans ?

- Harmony : Non. D’abord parce que j’étais trop défoncé !

 

 

11.4.           Quel vocabulaire utiliser pour décrire l'œuvre cinématographique d'Harmony Korine ?

Laurent Rigoulet, dans le très sérieux et parfois austère (et toujours d'inspiration chrétienne) Télérama, évoque (sur deux pages !) l'œuvre du réalisateur. Le vocabulaire utilisé par le critique renvoie aux deux pôles antagonistes qui semblent encadrer la production du cinéaste[113] :

 

L'énergie, la création, le cinéma

"Déjanté, son idole Werner Herzog, Korine rêve d'un cinéma qui s'affranchirait de tous les carcans, l'énergie de la jeunesse".

 

Le côté "sombre" du réalisateur

"Déjanté, turbulent parcours, sexe, drogues, absence de morale, réalisme et jubilation sans fin des scènes de débauche, Korine ouvre toutes les vannes de la provocation, Korine s'évapore dans les nuits new yorkaise où il traîne à n'en plus finir avec toutes les bandes de branleurs (!) arty[114] qui lui semblent dignes d'intérêt, son dernier film (Trash Humpers) constitue une parenthèse confidentielle et ultra barrée (!)".

 

Harmony Korine, un personnage inclassable

 

Harmony Korine est, peut-être, un cinéaste subversif… Mais il ne dédaigne pas les plaisirs simples qu'offre le monde capitaliste. La presse nous apprend (sans s'y attarder) que, lors de son passage à Paris pour assurer la promotion de son film, le réalisateur  occupait une suite à l'Hôtel Bristol [il faut compter environ 800 euros pour passer une nuit dans un tel type d'hébergement luxueux de prestige…].

Mais la "légende Korine" est autre ! Le Nouvel Observateur, incontestable étendard de la pensée de gauche, nous le rappelle : " dans les années 2000, Harmony Korine traverse un long trou noir de sept ans passé à dormir dans de vieilles granges et ramasser quelques dollars en gratouillant son banjo dans la rue. « Je ne jouais pas que du banjo. Je faisais des claquettes aussi. A ce moment-là, je voulais me couper du cinéma, vivre une autre expérience".

 

 

11.5.           Harmony Korine, découvreur de "talents"

 

"Pour mon film, j'ai vite songé aux Disney girls, ces filles qui jusque dans la vie portent sur elles une certaine idée de ce rêve pop américain… C'était un fantasme pour moi excitant de les faire figurer dans les même plans que ces freaks fou furieux que sont les jumeaux Sewell, dont l'image transpire l'idée de double pénétration (!), des types incroyables : je n'ai jamais rencontré deux salopards (!) plus diaboliques et malsains qui ne soient pas en prison !"[115].

 

Le quotidien Libération ne pouvait passer sous silence cette "découverte artistique" majeure : un article est donc consacré à ce nouveau phénomène "trash" et, on ne peut plus culturel !

"Ils boivent la vodka au même goulot, couchent avec les mêmes femmes, et dorment toujours ensemble. «Ca peut faire un peu pédé, mais on ne l’est pas», précisent les intéressés avec la délicatesse qui les caractérise.

Dans le genre trash, les frères Sewell se posent là. Jumeaux et skateboarders du dimanche, ils ont l’un comme l’autre soif de paillettes et de célébrité. Leur vœu commun est en passe d’être exaucé. Car Sidney et Thurman sont si parfaitement dans leur jus, et dans leur époque, qu’il serait dommage de les laisser croupir au bord d’un skate park poussiéreux d’Atlanta, où ils vivent.

Ces deux garnements ont tapé dans l’œil du cinéaste Harmony Korine. Qui les a embauchés pour son nouveau long métrage, le très attendu Spring Breakers, où ils jouent les seconds couteaux de James Franco.

Pour la promo du film, les ATL twins, leur nom de scène, étaient sur tous les tapis rouge, exhibant les tatouages identiques qui ornent leur biceps. Devenus des princes de la hype (ils ont été photographiés par Terry Richardson), ces deux-là plaisent aux rédactrices de mode qui aiment leurs fausses dents en or et leur sans-gêne. Et voilà qu’Harmony Korine va réaliser un reality show sur eux pour HBO. «Vous voyez parfois des gens baiser dans ces émissions? Et bien, nous allons montrer ça (…) Et les gens vont nous détester», disent-ils. On n’en doute pas"[116].

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

En 2012, Messi a gagné 33 Millions d'euros, Beckham 31,5 Millions et Ronaldo 29,2 Millions : les salaires des stars du football ne peuvent laisser personne indifférent ! (Peut-on dire pour autant qu'ils sont en parfaite adéquation

avec le monde et l'économie globalisée du XXI° siècle ?")

R.N – France Football [117]

 

Chaque habitant de la Terre, ou presque, est devenu en premier lieu un sujet de la concurrence, en guerre contre tous les autres sujets. Le capitalisme consume tous les liens sociaux et toutes les ressources naturelles pour sauvegarder le mécanisme d'accumulation de la valeur. Sans cesse, le capitalisme doit surmonter des obstacles et lâcher du lest pour assurer son propre développement.

Pour devenir "postmoderne", le capitalisme a brûlé ce qu'il a fait adorer : désormais, il n'est plus le parti "de l'ordre".

La dissolution de la famille, l'éducation "libre" à l'école, l'apparente égalité entre hommes et femmes, la marginalisation des notions telles que la "morale", tout tourne à son avantage, dès lors que ces évolutions sont traduites dans une forme marchande.

 Le capitalisme postmoderne inclut des formes de barbarie, tout en faisant semblant d'incorporer une partie des critiques adressées à ses "excès".

Des "princesses de Disney en bikini qui expérimentent le Mal", voilà bien un thème bien plus passionnant que d'autres sujets moins "cool" (réchauffement climatique, stockage des déchets nucléaires, disparition des espèces, paradis fiscaux…). En cela, Spring Breakers constitue bien une arme au service d'une idéologie et d'une vision du monde…

Mais la culture de masse a malheureusement aujourd'hui les moyens d'imposer le "massage" continuel, omniprésent et fortement déstabilisent de ces illusions sans lendemain… Notre nouveau système idéologique ressemble de moins en moins aux anciens systèmes idéologiques : il nous offre la synthèse chatoyante des valeurs du Bien, de l'Humanisme, de l'Ecologie, de la Tolérance, de l'Egalité, avec un soupçon de violence et de transgressions. Et une course à la nouveauté, à la surprise, à l'inattendu dans laquelle il est si agréable de réaliser son Ego tout en succombant avec délice à un conditionnement devenu totalitaire.…

 "Toute la culture mass médiatique est devenue une formidable machine commandée par la loi du renouvellement accéléré, du succès éphémère, de la séduction, de la différence marginale"[118].

Gérard Hernandez

Lauréat de la certification en cinéma-audiovisuel  -  Juin 2013

Article rédigé avec la documentation de l'espace "cinéma et histoire"

de la médiathèque Jacques Ellul à Pessac (33)

 

A N N E X E S

 

 

Table des matières des annexes

 

Le réalisateur Harmony Korine évoque son film  (page 53)

 

Entretien avec le réalisateur Harmony Korine  (page 53)

 

Entretien avec l'actrice Selena Gomez (page 58)

 

Critique du film parue dans Critikat (page 58)

La critique de "Céline Cinéma" (page 59)

Activités de la commission de classification du centre national du cinéma (page 61)

 

 

 

Le réalisateur Harmony Korine évoque le film :

 

"Harmony Korine a toujours eu un attrait pour filmer la jeunesse, comme le montre ses deux scénarios qu'il a rédigés pour Larry Clark, ainsi que ses propres films. Dans Spring Breakers, il s'est intéressé à une jeunesse bien ancrée dans le présent : "Les jeunes d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes qu'à l'époque, ils ont été élevés avec les jeux-vidéos, la télé-réalité et les clips sur internet. Du coup, la frontière entre le fait de regarder et de reproduire ce que l'on voit est plus mince qu'auparavant", explique le cinéaste.  Le réalisateur a cherché à mélanger différents éléments qui constituent la "pop-culture" américaine d'aujourd'hui. En plus d'avoir choisi des actrices à la mode auprès des adolescentes, il s'est aussi inspiré d'images de "spring-break" vu sur Internet ou de clips en tous genres comme ceux de Britney Spears : "Je voulais m'approprier des images que tout le monde connaît tout en essayant de les transformer, c'est-à-dire en montrant ce que ces images évoquent pour moi", explique le réalisateur"[119].

 

 

Entretien avec le réalisateur harmony Korine[120]

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce film ?

La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est l’image de jolies filles en bikini brandissant des flingues. Ensuite, je me suis demandé dans quelles circonstances on pourrait assister à ce genre de scène. la seule chose que je voyais, c’était un Spring break. Ça m’a fait rire, et je me suis mis à y réfléchir plus sérieusement. J’ai aimé l’idée de filles qui viendraient faire la fête en Floride. c’est comme ça que tout a commencé. Après, c’est parti dans tous les sens, et c’est devenu une histoire plus sombre, plus sinistre, plus dangereuse.

Vous vous inspirez beaucoup de la culture américaine dans votre travail, et vous situez vos histoires dans des villes américaines bien spécifiques. Pourquoi avoir choisi St. Petersburg, en Floride, comme cadre de Spring Breakers ?

St. Petersburg n’est pas forcément une destination de Spring break très recherchée... mais je voulais un endroit visuellement intéressant, authentique, qui possède une énergie particulière. Je ne voulais pas tourner à Miami ou dans un lieu qu’on ait déjà beaucoup vu et qui paraisse familier. Je ne m’intéresse pas trop à la partie touristique du Spring break. ce qui m’attire, ce sont les chemins de traverse, les petites rues derrière, quand on s’éloigne de l’artère principale. J’aime les quartiers mal famés, les maisons qui tombent en ruine sur la plage. ce genre de choses m’intéresse. les gens qui y vivent aussi. il y a quelque chose d’étrange et de fascinant dans ce visage-là de l’Amérique. on a l’impression que tout le monde fuit quelque chose ou cherche à se cacher.

Vous êtes le cinéaste qui représente le mieux le « white trash», les laissés-pour-compte de l’Amérique, parce que vous semblez réellement comprendre ces gens sans éprouver le besoin de les critiquer…

Je ne suis pas certain que ce soit du pur «white trash». Je suis attiré par certains types de personnages et je m’efforce de ne pas porter de jugement. c’est presque une approche documentaire. mais au fond, je ne cherche pas à atteindre un objectif.

 

D’abord James Franco, puis les filles. cela faisait déjà un moment que James et moi parlions de faire un film ensemble. Généralement, j’écris d’abord mes scénarios, puis je les fais lire. Mais là, j’ai juste écrit un traitement pendant la période de Noël et je l’ai envoyé à James en lui demandant si jouer le personnage l’intéresserait. il m’a répondu oui immédiatement. c’est aussi simple que ça. J’étais très enthousiasmé par l’idée et par le personnage ; je me suis rendu en Floride – c’était effectivement la période du Spring break à ce moment-là – et j’ai écrit le scénario en séjournant à l’hôtel, avec des gamins qui vomissaient devant l’entrée...

Qui avez-vous choisi ensuite ?

Après James, ça a été Selena Gomez, puis Rachel Korine, puis Vanessa Hudgens et Ashley Henson.

Le tournage paraît avoir été une expérience libératrice pour vos comédiens, en particulier pour les jeunes actrices. Était-il important à vos yeux que vos actrices aient l’image de «jeunes filles comme il faut», comme c’est le cas pour Selena Gomez et Vanessa Hudgens ?

Oui, c’était important. Je trouve ça très excitant ! Tout le monde les connaît sous un certain angle, elles ont un peu cette image Disney, et je trouve très amusant de les pousser vers une autre réalité, vers quelque chose de plus sinistre, de plus fou. J’aime les voir déployer leurs ailes ! Une autre grande joie sera de voir les gens réagir à ça.

 

Quand vous avez décidé de travailler avec ces actrices, attendiez-vous quelque chose de particulier ?

Je traite tout le monde de la même façon – exactement comme je traiterais un gamin qui sniffe de la colle, que je trouverais génial et que j’aurais envie de voir dans mon film. il faut dire aussi que j’avais passé du temps avec ces filles avant – au moment des auditions, pendant les répétitions. Je savais donc en commençant le tournage qu’il allait y avoir une certaine alchimie. mais bien entendu, la plupart de ces filles n’ont jamais été dans des situations pareilles, et on ne peut jamais savoir comment les gens vont réagir avant d’être confrontés à la réalité. mais je les sentais bien, j’avais le sentiment qu’elles joueraient le jeu. et elles l’ont fait.

Vous avez aussi engagé les ATL Twins pour votre film. Ils pourraient sortir tout droit de votre film, Gummo…

Oui, ils existent probablement dans ce monde... ces jumeaux sont extraordinaires. des vrais freaks ! J’avais déjà travaillé avec eux sur un clip des Black Keys, mais Spring Breakers est leur premier film.

Vous avez souhaité combiner vos plans filmés avec des images d’archives d’authentiques Spring Breaks. Durant vos recherches, y a-t-il des choses qui vous ont surpris dans les vrais Spring Breaks ?

Ce qui m’intéresse, c’est la vraie fête, totale, avec débauche, excès et sensations fortes. J’aime ça, ces gamins qui s’éclatent pendant une semaine, qui disparaissent et oublient tout le reste, et qui une fois cette parenthèse terminée retournent à leur train-train, leurs bouquins, leurs jobs pourris et leurs problèmes familiaux. Je savais que ça existait, donc ça ne m’a pas choqué. il en faut beaucoup pour me choquer. il y avait des trucs intéressants.

Combien de temps avez-vous passé en Floride pour la pré production ?

J’ai passé plusieurs mois à essayer de trouver des lieux authentiques. Je tournais en voiture tard le soir, je passais par-dessus des clôtures... J’ai capté beaucoup de choses juste en restant à un endroit pendant un long moment à observer. Laissez une situation vous conduire à la suivante, et vous découvrez un lieu, ou un personnage, qui vous emmène encore vers autre chose. C’est un peu comme cela que le film s’est construit. J’aime ça, faire des films qui partent de l’intérieur et se construisent peu à peu vers l’extérieur.

 

Est-ce que vous cherchez à faire des films inclassables ?

Je ne fais pas de films de genre – quoique Spring Breakers soit peut-être ce qui s’en approche le plus. Plus que toute autre chose, je m’efforce de faire des films qui existent en eux-mêmes dans leur propre univers. Je suis d’accord avec le fait qu’ils sont difficiles à classer, bien que l’on retrouve quand même certains éléments du cinéma de genre dans ce film : le contexte social, l’atmosphère, l’ambiance «teen pop». même quand il s’agit de plans scénarisés et filmés, c’est différent de mes films précédents. ce film-ci a une sorte de rythme lyrique, de peps, à cause des couleurs, des lieux, du genre d’acteurs. on retrouve bien sûr des choses typiques de mon travail, mais c’est différent de ce que je fais habituellement. espérons que ce film présentera aussi un intérêt commercial. ce serait excitant que beaucoup de gens voient un film comme celui-ci.
Je pense que tout le monde peut se sentir concerné par la débauche et les excès de la jeunesse. se mettre dans le pétrin, faire de mauvaises rencontres... en fait, le Spring break agit comme une métaphore, le film ne fait finalement qu’effleurer le Spring break avant de prendre une direction complètement différente une fois que les filles rencontrent le personnage d’Alien et que la dimension criminelle entre dans la danse.

La musique a beaucoup d’importance dans vos films, et vous donnez des indications très précises dans vos scénarios quant aux chansons qu’il faut inclure à des moments précis. Pouvez-vous nous parler de la manière dont la musique a inspiré ce film ?

La musique que j’ai choisie va sans doute surprendre, parce qu’elle est sans doute un peu plus proche de ce qu’on entend généralement par « musique de film ». Plus saillante, elle crée aussi plus d’ambiance ; elle est plus sombre aussi. mais il y a aussi de la musique qui naît du contexte des scènes, des chansons pop, du rap, comme on en entendrait dans la réalité. C’est un mix de beaucoup d’influences, de genres et de courants.

 

En comparaison de vos autres films, celui-ci dispose d’un budget beaucoup plus conséquent. Vous travaillez aussi avec des actrices qui étaient poursuivies par les paparazzis au moment du tournage. Comment abordez-vous ce nouvel environnement de travail ?

Je me considère comme un combattant, un soldat du cinéma. J’envisage tout cela simplement comme une partie de ce que je fais. Je l’accepte, et j’avance. rien ne me fait vraiment flipper quand je fais un film. Les hélicos et tout ce bazar, c’est juste une partie de l’énergie du film.

En tant que soldat, pour quoi vous battez-vous ?

Pour faire des films. C’est la seule chose qui compte.

 

 

Entretien avec Harmony Korine[121] :

 

Philippe Azoury : D’où est né le projet Spring Breakers ? C’est une culture, le Spring Break, qui te branchait quand tu étais au lycée ou à la fac ?

- Harmony : Non, d’aucune façon. Quand j’étais au lycée, tout ce truc me filait la gerbe. Je haïssais ces connards et ces idiotes, qui perdaient leur virginité sous exta. J’étais dans le skate et le punk hardcore. Tout cela était à l’opposé de moi. En fait, je me suis mis à collectionner les totems sur Spring Break, à chercher des vidéos, il y a deux ou trois ans, quand j’ai compris que ça constituait une totale sous culture américaine. Et surtout une métaphore de toute une jeunesse américaine. Il suffit de voir la place qu’a creusé Spring Break dans le porno qui, est et restera toujours un miroir assez juste de la société, pour mesurer l’enjeu qu’est devenu ce barnum au fur et à mesure des années. Au point de créer un langage autonome, des signes de reconnaissance, des gammes de couleurs, tout une communication vernaculaire, qui a commencé à me fasciner de A à Z. Je me suis mis à rêver cette histoire de quatre filles déambulant là-bas. J’ai écrit le scénario de base en dix jours. Mais deux années ont été nécessaires auparavant pour mettre les choses en place. Le processus pour un film est sensiblement le même que celui d’un tableau. Durant des mois et des mois, j’intègre des trucs, et puis soudain tout vient, en cinq minutes ou en dix jours.

 

Philippe : Si on se retourne sur les dix dernières années, tu étais à la tête d’un mouvement qui faisait le pont entre le cinéma indé et les galeries d’art contemporain. Cela semblait être alors la seule issue pour contrer la mort annoncée du cinéma. On a vu pendant les dix ans où tu étais davantage concentré à te reconstruire, à chasser tes démons, des gens de ta génération, comme Paul Thomas Anderson ou Wes Anderson, prendre le point de vue contraire, et infiltrer l’industrie de l’intérieur.

- Harmony : Tu veux savoir si « Spring Breakers » est pour moi une façon de me remettre dans cette course là, et me vivre en insiders ? Il y a de ça, forcément, dans le casting même. Je peux le dire-là, mais je n’y pense pas consciemment au moment de lancer le projet. Je reste obsédé par le projet et voir comment et où il va me mener. Je réagis au projet, et c’est cela qui me permet d’unifier tout ce que je fais : un film, des œuvres d’art, des photos, des peintures, du skate… Ce que je peux dire, c’est qu’en travaillant sur autant de médias, je peux distiller la même idée à la fois du coté de la radicalité et du coté du mainstream. C’est ce pont-là qui m’intéresse. « Spring Breakers » va être vu par des gens très jeunes, du fait de son casting : parfait. Je n’entends pas avoir le même troupeau de fidèles, vieillissant avec moi – sans vouloir te vexer (rires). Quand au fait qu’en dix ans, une génération qui a mon âge a pris les commandes d’une partie du cinéma, alors que j’étais concentré sur autre chose, c’est moins net que cela. Si un de tes films fait de l’argent, tu peux enchaîner sur un nouveau film, et faire boule de neige. Or, aucun film n’a jamais rien rapporté. Je n’ai pas nourri cette bestiole qui se nourrit ensuite d’elle-même.

 

 

 

 

 

 

Entretien avec l'actrice Selena Gomez[122]

 

Lequel de tes prochains films as-tu le plus hâte de présenter tes fans ?

Je ne sais pas ! Je pense que Spring Breakers est le premier que j'aie fait. Je suis sur le point de le présenter (au Festival de Venise). Et je pense que c'est probablement celui-là que je suis très impatiente que mes fans découvrent. Juste parce que c'était vraiment vraiment différent. Je ne veux pas que les plus jeunes le voient, mais je pense que mes fans comprendront l'aspect artistique qui s'en dégage, et je suis sûre qu'ils l'aimeront.

 

N'es-tu pas un peu effrayée de montrer cette nouvelle facette de toi ?

Oui ! Je suis nerveuse de voir leurs réactions, mais ce n'est pas vraiment la raison pour laquelle j'ai fait ce film. Il y a probablement plein de gens qui ne comprendront pas la façon dont le réalisateur Harmony Korine travaille, car c'est vraiment un artiste et lui et son équipe font de magnifiques films. Certains ne comprendront peut-être pas. Je ne fais pas ça "exprès", mais c'était important pour moi et j'espère que les gens aimeront.

Etais-tu gênée de jouer en bikini ?

Non, je m'en fichais ! Et puis ce n'est pas le propos du film quand on le voit. Evidemment, cela se passe pendant le "Spring Break", donc on devait être en maillot de bain. Mais cela ne m'a pas dérangée, je me fiche de ce que les gens pensent de mon apparence ! Le principal, c'était le film, mon personnage et ses réactions.
 

Pourrais-tu refaire des films "choc" comme Spring Breakers ?
J
e ne sais pas. Je n'ai pas vraiment de genre de prédilection. Je veux juste faire des choses qui soient différentes, je veux des défis. Je ne veux pas être enfermée dans un moule, je veux toujours m'essayer à différentes choses.

 

Critique du film parue dans Critikat[123]

 

Spring Breakers n’est rien d’autre que cet élan qui pousse ce groupe de filles sur la route. Sa puissance, c’est d’être, non pas un crescendo dramatique artificiellement extatique, mais une sorte de mise en scelle permanente, d’insatiable exhortation. Suivant la trame spiralique d’une relance perpétuelle, l’élan fantasmatique de ces adolescentes trouve sa part d’envoûtement. Par son horizon fiévreux, le film est plus fragile qu’il n’en a l’air et menacerait plus d’une fois de s’enliser s’il n’était tout entier tendu vers l’explosion de sa fin. Toute une partie du film consiste ainsi à projeter l’horizon d’une déflagration qui hante le montage : des bruits de chargement d’une arme ou de détonation font claquer les cuts, comme si chaque scène tentait de se hisser un peu plus vers quelque chose d’ultime. Mimer des coups de feu comme Candy, s’exalter sur quelques gestes – la scène du braquage du snack qui défile par la fenêtre d’une voiture comme dans un rêve, comme un film que Brit, Cotty et Candy se jouent à elles-mêmes, cristallise cette fébrilité.

Tel un flux de conscience, le film ne cesse de remettre en jeu ses images, comme s’il relançait à tout instant les dés pour se réévaluer à l’aune du climax qu’il quête. Le « Spring Break for ever », cri de ralliement des fêtards répété ad nauseam, devient une ritournelle qu’Alien reprend jusqu’à la fin comme un chant mortifère de soldat paré pour son ultime assaut. Avec sa giration envoûtante et son incessant retour sur lui-même, Spring Breakers recèle le même vertige de mise en scène d’un désir de désir que Cosmopolis et son odyssée en limousine. « Live life for the fullest » : la punchline hédoniste d’Alien raccorde avec l’« envie d’être embrasé à tous les niveaux » d’Eric Packer, héros du film de Cronemberg. La même quête inassouvissable d’intensité fait de ces deux films les formes épiphaniques d’un sentiment de notre époque.

Retourner le monde, c’est le mouvement qui conduit Spring Breakers, expérience perceptive, inédite d’ambivalence, d’un monde mené à son point de non-retour. Non pas seulement nous embarquer dans le mouvement à l’immanence insoluble du Spring Break pour renverser le regard comme Gummo le faisait avec ses parias ; non pas seulement dépasser les fantasmes adolescents pour ouvrir sur son corollaire, la tentation de l’illégalité, avec la mythologie gangsta ; mais bien extraire de ces images de la culture pop des années 2000 un regain de subversion, une remise en mouvement, elles qui se sont figées dans un glacis de couleurs affriolantes (cette même « image gelée » que Faith, première à partir, attend du Spring Break).

En se glissant dans ces représentations, comme avec les cuts transformés en détonations empruntés aux clips de rap, Harmony Korine met à l’épreuve jusqu’à épuisement la vacuité d’une impunité de la culture pop. Comme s’il fallait extraire, presque en chaman, de ces images zappées, mises au rebut au cœur même des années 2000, le désir perdu dans la norme, la fronde sauvage qui les impulsait. Alors, dans un ultime retournement qui fait la véritable image proprement cristallisante du film, sidérante avec ses bikinis phosphorescents comme des ectoplasmes, sur le cadavre encore chaud de « l’aliéné » qui les a menées à leur embrasement, quelque chose perce, à la lisière d’un nouveau monde, gains et pertes encore à peine démêlés.

Sophia Collet

La critique de "Céline Cinéma"[124]

 

Spring Breakers est un film (de) malade reflet agressif et monstrueux d’une Amérique crétine et désaxée. Aux commandes de cette gigantesque charge contre une jeunesse tout aussi stupide qu’à plaindre, on trouve Harmony Korine (scénariste des bombes signées Larry Clark) et Benoît Debie, chef opérateur de Gaspard Noé, une association trash qui fait des miracles à l’écran. Le vernis couleur fluo des icônes adolescentes baigne dans le sang, l’atmosphère dégénérée côtoie les rêves et illusions déchues, le second degré ironique se dope au pathos et transforme les joyeux projets (X) en cauchemars insensés. Le point de départ de l’intrigue est donc le fameux "Spring Break", vacances de printemps des étudiants américains friqués qui s’enferment, pour quelques jours, dans une bulle d’alcool, de seins, de sable, de sexe et de drogues. Le nouveau rêve vicié des poupées MTV, des gars bodybuildés, des gosses de riches. Quatre jeunes américaines, fauchées et désespérées par leur quotidien universitaire, décident de braquer un fast food du coin pour se payer leur billet direction Bikiniland. Ce sera un aller sans retour: destruction massive de leur innocence, exposition hallucinée de leur vacuité. Au son de Skrillex et via une manipulation géante du son et de l’image, Korine sature les codes ingurgités par la jeunesse pour mieux les détruire. D’une caméra sans cesse en mouvement, il embrasse des carcasses vides et sans neurones, expose la dépouille d’un rêve américain, mort et enterré avec les années 2000, les rappeurs aux dents en or (James Franco, hilarant), les obsessions uniques (argent, guns, chair et apparences), et les ambitions tristes (la vie comme une fête éternelle). Ses jeunes filles, ironiquement incarnées par les égéries pop du moment (Selena Gomez, Vanessa Hudgens, Ashley Benson et Rachel Korine), il les dénude face caméra, prises au piège d’une prière-gangrène, un « Spring break forever » susurré tout du long comme les derniers chuchotements d’une époque-cadavre.

Violemment, c’est un instantané générationnel très sérieux qui s’impose sous nos yeux, une sorte de trip pervers et sans espoir qui prend à contre-pied son monde. Car Spring Breakers n’est pas une apologie de la teuf et de la non prise de tête : c’est carrément le contraire. Un brainstorming bruyant, hybride, qui avale dans sa seconde partie, glauque, sauvage, la naïveté des jeunes filles pour la recracher sur la plage. Quelque part, Korine les saisit dans tout leur pathétisme : les coups de téléphone passés à leurs mères respectives, rassurants et assurant qu’elles n’ont jamais été aussi heureuses de toute leur vie feraient presque pleurer tant leur perdition épouse une détresse dont elles ne sont pas responsables. Finalement, elles ne sont que des produits post Britney Spears : consommables, consommés, utilisés, puis jetés. Les êtres-conséquences, et non caricaturés, d’une société consumériste, d’une dévotion au clinquant, d’un leurre médiatique. Fascinants, excusables, absurdes. Logique donc qu’il n’y ait plus, à la fin, aucune morale, aucune frontière entre le « vu » et le « faire », le fantasme et l’acte. Tout se mélange jusqu’au morbide, jusqu’au foutoir final qui sexualise l’arme, et érotise le crime. Donner la mort devient dès lors la seule jouissance possible. Il y a deux séquences qui se font écho par leur mise au ralenti dans Spring Breakers : au début, une danse collective et lascive de corps au soleil, qui se touchent, qui se perdent, vulgaires, galvaudés ; et, plus tard, une fusillade sanglante où la chair est estropiée, mutilée, abîmée. Ce n’est, in fine, que la juxtaposition la plus criante d’un film qui use et abuse de ses contrastes et décalages: celui d’une même souffrance, d’un même gâchis, d’un même néant qui tourne en boucle, dérisoire, dingue, bête- à l’infini.

 

ACTIVITES DE LA COMMISSION DE CLASSIFICATION DU CENTRE NATIONAL DU CINEMA[125]

 

Comment se détermine la catégorie d'âge ?

Le cadre général dans lequel doit s'effectuer la classification ne renvoie, pour ce qui concerne l'exercice même du contrôle, ni à une méthodologie, ni à une grille d'évaluation qui permettrait de déterminer directement la tranche d'âge pour laquelle une œuvre cinématographique est appropriée, ni à des critères précis - à l'exception de l'interdiction aux moins de dix-huit ans - sur lesquels la Commission peut s'appuyer.

La classification comprend une part majeure de subjectivité et constitue un exercice difficile à théoriser.

La Commission apprécie l'œuvre dans son ensemble. Elle prend en compte le sujet et son traitement et replace les scènes, les événements, dans la logique propre de la narration pour tenir compte de la distanciation de la mise en scène ou de la complaisance dans le traitement.

La Commission comprend 28 membres titulaires et 55 suppléants. Elle est présidée par un conseiller d'Etat nommé par décret du Premier ministre. Elle est également pourvue d'un président suppléant nommé par décret du Premier ministre. Seuls les membres titulaires et suppléants et les membres à titre consultatif de la commission peuvent siéger en assemblée plénière.

La Commission est composée dans l'objectif de représenter les différentes parties prenantes au débat de société qu'appelle la classification des films. 

 

 

 

 



[1] N°901 du 06/03/2013.

[2] http://spring-breakers.skyrock.com/

[4] Source : Le Film français

[6] « Very Bad Trip » réalisé par Todd Phillips, raconte la virée de trois amis à Las Vegas. Ils passent une nuit où l’alcool coule à flots : leur réveil sera difficile, car ils ont oublié les bêtises commises pendant leur ivresse. Le film « Very Bad Trip » a été vu par 2 millions de spectateurs en salle en France. Il n’est pas resté dans les mémoires comme un chef d'œuvre cinématographique, bien loin de là… L’auditeur de France Culture a donc maintenant les compétences pour décrypter qu’il s’agit d’une variation (centrée sur trois personnages féminins) d’une virée festive, sans doute transgressive (un Trip, c'est aussi un moment passé sous l'emprise d'une drogue), dont les conséquences pourraient être tragiques, mais qui se termine bien !

[7] Girly = « de filles »

[9] Gilles Lipovetsky. L'ère du vide, Gallimard, 1983, [Folio essais n°121].

[10] Alain Badiou. Cinéma, Nova éditions, 2010.

[11] Laurent Jullier. Analyser un film, de l'émotion à l'interprétation, Flammarion, 2012, [Champ arts].

[12] Allociné.fr

[13] A. Go. "Spring Breakers". Positif. N°625. Mars 2013.

[14] Jean-Philippe Tessé. "Fluo et sang". Les Cahiers du Cinéma. Mars 2013.

[15] http://www.franceculture.fr/emission-la-dispute-cinema-spring-breakers-et-no-2013-03-05 . A noter que l'émission culturelle "phare" de France Inter ("Le Masque et la Plume") n'a pas évoqué ce film.

[16] Olivier Père. "Harmony Korine, de Gummo à Spring Breaks". 11/09/2012. [http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2012/09/11/harmony-korine-de-gummo-a-spring-breakers/]

[17] Numéro 47 - Mars 2013

[19] Dernier dialogue de Big Arch avant de périr : « Ouhais, bébé, tu l’astiques à donf comme ça ! ».

[20] Le Diéthylamide de l'acide lysergique (LSD) est un psychotrope hallucinogène. L'acide lysergique est listé au tableau I de la Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988.

[21]http://www.parismatch.com/Culture-Match/Cinema/Actu/Harmony-Korine.-Detournement-de-majeurs-470118/

[23] "Tout le monde à genoux , bande d'enculés ! Toi je t'explose ta face de truie ! Ensuite allonge-toi par terre, enculé ! t'as peur ! T'aime ça, petite salope ! sale petite pute !"

[24] "Il est chargé ! Pose ton cul connard ! Tu sais à qui tu parles, petite merde ! Ouvre ta bouche, salope ! ça te fait jouir ! T'es qu'un vicieux ! On n'a pas besoin de toi ! On lui fait la peau ?"

[27] Entretien avec Harmony Korine, Les Inrockuptibles, 06/03/2013.

[29] Raphaëlle Moine. Les femmes d'action au cinéma. Armand Colin, 2010.

[30] http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2012/09/11/harmony-korine-de-gummo-a-spring-breakers/

[31] Emilien Villeroy, "Spring Breakers, comme dans un rêve", toutlecine.fr.

[32] Entretien avec Harmony Korine, Les Inrockuptibles, 06/03/2013.

[33] Elise Marienstras. Les mythes fondateurs de la nation américaine. Editions Complexe, 1992 [Historiques]

[34] "Les Etats-Unis dans la mondialisation", Textes et Documents pour la Classe. n°1052, 15/03/2013.

[35] http://www.parismatch.com/Culture-Match/Cinema/Actu/Harmony-Korine.-Detournement-de-majeurs-470118/

[36] "Barack obama défend son plan de lutte contre la violence", France24.com, 17/01/2013, http://www.france24.com/fr/20130116-barack-obama-defend-plan-lutte-contre-violence-armes-feu-etats-unis

[37]"Jour de honte à Washington", [http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/04/17/etats-unis-le-senat-rejette-la-mesure-phare-sur-les-armes-a-feu_3161601_3222.html]

[38] Bondage, domination, sadisme, masochisme.

[39] Emmanuel Cirodde, "Spring Break au cinéma, on se détend et on boit frais entre autres", lexpress.fr, 07/03/2013, http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/culture/cinema/en-images-spring-break-on-se-detend-et-on-boit-frais-entre-autres_1226983.html

 

[41] Blockbuster : Film à grand succès.

[42] Gilles Lipovetsky, Jean Serroy. L'écran global, Seuil, 2007.

[43] Laurent Jullier. Qu'est-ce qu'un bon film ? La Dispute, 2002.

[45] Première, n°433, mars 2013.

[46] Odon Vallet. « Dieu et le village planétaire », Bayard, 2008.

[47] A. Braconnier. D Marcelli. L'adolescence aux mille visages. Editions universitaires, 1988. [Le livre de poche pratique]

[48] Olivier Galland. Les jeunes. La Découverte, 2002, [Repères]

[49] Philippe Leclercq. « La jeunesse à l’écran ». Textes et Documents pour la Classe ». n° 1037. Juin 2012

[50] Olivier Galland. Les jeunes. La Découverte, 2002, [Repères]

[51] Olivier Galland. Sociologie de la jeunesse. Armand Colin, 2001, [Collection U].

[52] Laurent Jullier. Interdit aux moins de 18 ans. Armand Colin, 2008.

[53] Exposition Larry Clark, retour sur une polémique, 08/10/2010, [http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/10/08/exposition-larry-clark-retour-sur-une-polemique_1421930_3246.html]

[54] "Présumés innocents" à Bordeaux : clap final d'un feuilleton juridique long de onze ans", sudouest.fr, 02/03/2011, [http://www.sudouest.fr/2011/03/02/presumes-innocents-a-bordeaux-clap-final-d-un-feuilleton-juridique-long-de-onze-ans-331198-2780.php].

 

[57] http://fraiziie-people.net/mon-avis-sur-le-film-spring-breakers/

[58] "Only God forgives" divise Royal et Filipetti". Libération.fr. http://next.liberation.fr/cinema/2013/06/03/only-god-forgives-divise-royal-et-filippetti_907844

[59] Serge Tisseron. Images violentes, violence des images, [http://www.rcq.gouv.qc.ca/FTP/Chroniques/Tisseron.pdf]

[60] Valérie Hénau. "Y a plus d'âge !". Marianne. n°830. 16/03/2013.

[61] Delphine de Mallevoüe, « Polémique sur le dépistage précoce des enfants violents », Le figaro.fr, 02/12/2008, http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/12/03/01016-20081203ARTFIG00059-polemique-sur-le-depistage-precoce-des-enfants-violents-.php

[62] Valérie Hénau. "Les nouvelles jeunes filles". Marianne. n°825. 9 au 15 Février 2013. pp. 74 – 77.

[63] The bling ring, film de Sofia Coppola avec Emma Watson – sortie France : Juin 2013

[64] Laurie Villenave. The bling ring, La mini gazette / cinéma Jean Eustache Pessac, n°405, 05/06/2013

[65] Par Yves Michaud. Nil. 2012. 352 pages

[66] Pascal Bruckner. "L'enfer existe, il est à Ibiza". 24/12/2012. Nouvelobs.com. [http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20120425.OBS7103/l-enfer-existe-il-est-a-ibiza.html]

[67] Marie Bartnik. Le taux de chômage en France s'envole à plus de 10%, 07/03/2013, [http://www.lefigaro.fr/emploi/2013/03/07/09005-20130307ARTFIG00384-le-taux-de-chomage-passe-la-barre-des-10.php]

[68] Louis Maurin. Une jeunesse déclassée, 01/02/2013, [http://www.alternatives-economiques.fr/une-jeunesse-declassee_fr_art_1193_62825.html]

[69] "De plus en plus d'hospitalisations liées à l'alcool pour les jeunes", 22/03/2013, [http://www.ladepeche.fr/article/2013/03/22/1588938-de-plus-en-plus-d-hospitalisations-liees-a-l-alcool-pour-les-jeunes.html]

[71] http://www.ptitblog.net/cinema/spring-breakers-accrochez-vous_art9061.html

[74] http://elsaguippe.blog.lemonde.fr/2013/03/11/spring-breakers-de-harmony-korine-2013/

[75] La Walt Disney Company possède aujourd'hui entre autres, quatre complexes de vacances, onze parcs à thèmes, deux parcs aquatiques, trente-deux hôtels, huit studios de cinéma, six labels de disques, onze réseaux de télévision par câble et un réseau de télévision terrestre

[76] Jean-François Rauger. "La danse macabre des teenagers". Le Monde. n°21190. 06/03/2013.

[77] Jean-Philippe Tessé. "Fluo et sang". Les Cahiers du Cinéma. Mars 2013.

[78] Jean-François Rauger. "La danse macabre des teenagers". Le Monde. n°21190. 06/03/2013.

[79] Laurent Jullier. Qu'est-ce qu'un bon film ?. La Dispute, 2002.

[80] François Dubet. Les inégalités multipliées. Editions de l'Aube, 2000,  [Monde en cours].

[81] Stéphane Hessel. Indignez-vous !. Indigène éditions, 2011.

[82] Patrick Le Lay (PDG de TF1). Les dirigeants face au changement. Editions du Huitième jour. 2004.

[83] Gérard Camy, "Préambule". 50 films qui ont fait scandale. CinemAction,  n°103, 01/03/2002

[85] Virginie Coenant. Gomez et Hudgens jouent les chaudasses pour Spring Brakers, 18/01/2013, [: http://www.rtl.be/people/people/sexy/751391/selena-gomez-et-vanessa-hudgens-jouent-les-chaudasses-pour-spring-breakers#ixzz2Nu2fq6hK]

[86] AnaÏs Chabalier, "Séléna Gomez, bébé Disney dévergondé", 6 mars 2013, cinema.nouvelobs.com/films/86738-spring-breakers

 

[90] Vanessa Hudgens et Selena Gomez font le show, closer.fr, http://www.closermag.fr/content/77910/avant-premiere-spring-breakers-vanessa-hudgens-et-senela-gomez-font-le-show

[91] Ambre Deharo, Selena Gomez et sa robe Emilio Pucci,  19/03/13, Plurielles.fr, http://www.plurielles.fr/mode/mode-stars/selena-gomez-et-sa-robe-noire-emilio-pucci-a-new-york-7888260-402.html

[93] Alain Beuve-Méry. "50 nuances de Grey, voie royale pour le e-book". Le Monde. 17/10/2012. [http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/10/16/cinquante-nuances-de-grey-voie-royale-pour-le-e-book_1776086_3234.html]

[94] Carole Belingard. "La vie de Lolo Ferrari adaptée par le théâtre de Rouen". France3.fr Haute Normandie. 06/03/2013. [http://haute-normandie.france3.fr/2013/03/06/la-vie-de-lolo-ferrari-adaptee-par-l-opera-de-rouen-des-le-8-mars-211549.html]

[95] Pussy Riot. Wikipedia. [http://fr.wikipedia.org/wiki/Pussy_Riot]

[96] Emmanuelle Skyvington, « Aliaa, la révolutionnaire nue », Télérama, n°3297. 20/03/2013.

[97] "Affrontement entre les FEMEN et le service d'ordre de Notre-Dame", Libération.fr, 12/02/2013, [http://www.liberation.fr/societe/2013/02/12/affrontements-entre-les-femen-et-le-service-d-ordre-de-notre-dame-de-paris_881279].

[98] Olivier Séguret. "Spring Breakers". Libération. 6 mars 2013.

[99] Boutang, Adrienne. Sauvage, Célia. Les teen movies. Vrin, 2011 [Philosophie et cinéma].

[100] Le "X" du titre renvoie à l'ecstasy…

[102] Un réalisateur qui aime la fête ! [http://www.allocine.fr/film/fichefilm-185031/secrets-tournage/ ]

[104] Noémie Luciani. Projet X, un petite fête, 2000 personnes, une infinité d'écrans, 13/03/2012, [http://www.lemonde.fr/cinema/article/2012/03/13/projet-x-une-petite-fete-2-000-personnes-une-infinite-d-ecrans_1656480_3476.html]

[105] Une soirée projet X à Cognac: plus de 250 jeunes mettent à sac une partie de la maison, [http://www.charentelibre.fr/2013/02/27/cognac-une-fete-entre-jeunes-deborde-dans-la-rue-un-appartement-mis-a-sac,1141596.php ]

[107] Olivier Père. "Harmony Korine, de Gummo à Spring Breaks". 11/09/2012. [http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2012/09/11/harmony-korine-de-gummo-a-spring-breakers/]

[108] http://www.franceinter.fr/personne-harmony-korine

[109] http://www.parismatch.com/Culture-Match/Cinema/Actu/Harmony-Korine.-Detournement-de-majeurs-470118/

 

[110] Anna Muslewski. La chair de l'image / L'expérience optico-tactile de Larry Clark. [http://www.cadrage.net/dossier/larryclark.htm], avril 2010.

[111] Wikipédia – article "Kids". [http://fr.wikipedia.org/wiki/Kids_(film,_1995)]

[112] Philippe Azoury. "Rencontre gonzoïdale avec l'artiste Harmony Korine". Nouvelobs.com. [http://obsession.nouvelobs.com/pop-life/20130306.OBS0899/spring-breakers-de-harmony-korine.html

]

[113] Laurent Rigoulet. "De Kids à Spring Breakers, la saga Harmony Korine, Télérama. 06/03/2013.

[114] ARTY : qui se donne le genre artiste, poseur, prétentieux.

[115] Julien Gester, "Entretien avec Harmony Korine". Libération. 6 Mars 2013.

[116] Marie Otavie. "Les frères Sewell, trash deux fois". Libération. 15/11/2012. [http://next.liberation.fr/cinema/2012/11/15/les-freres-sewell-trash-fois-deux_850380 ]

[117] R.N. "Les salaires des stars". France Football. 19/03/2013.

[118] Gilles Lipovetsky. L'empire de l'éphémère, Gallimard, 1987 [Folio essais n°170].

[119] http://www.allocine.fr/film/fichefilm-199070/secrets-tournage/

[121] http://obsession.nouvelobs.com/pop-life/20130306.OBS0899/spring-breakers-de-harmony-korine.html

 

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