Qu’est ce que on a fait au Bon Dieu ?

 

Ou

La mondialisation impose à la classe dirigeante, à la classe moyenne,  aux exclus de partager un même rêve fédérateur, un peu « coloré « 

 

 

« Et si c’était  par l’humour que se résolvaient les problèmes ? (…) Il faut dire tout le bien qu’on pense de ce film parce qu’il est tout simplement bourré d’humanité, d’intelligence et d’une revigorante générosité »

Le Parisien

 

« J’en ai ma claque qu’on se foute de notre peuple impunément de cette manière. Depuis des années on nous bassine avec un antiracisme à la con, à nous flageller sans arrêt, nous culpabiliser sur notre histoire et nos valeurs. J’en ai franchement ma claque de cette morale à deux balles.

Marre aussi de me faire cracher à la gueule dans mon propre pays.

Ces bourgeois qui dans leurs milieux n’ont plus rien de français,

plus d’attachement à aucune racine, je les emmerde ! Film nul !»

« Kitanofil » – courrier des lecteurs – site allocine.fr[1] 

 

Sur un ton parfois cinglant mais toujours marrant, Philippe de Chauveron traite du mariage mixte et du racisme intercommunautaire. On sourit, on s’esclaffe, on grince des dents parfois... Mais une chose est sûre : on se réjouit devant ce film qui envoie valser tous les clichés racistes. Et ça fait du bien !

Emilie Léonie – programme-tv.net[2]

 

« Non, vraiment, je crois, et j`espère, qu`on mérite mieux.

Comment on en est arrivé là ? Pourquoi il suffit d`appeler un chinois Chao, un arabe Rachid et un juif David pour faire éclater de rire une salle entière ?

Dans quel monde faut-il vivre pour trouver qu`ici les clichés sont détournés ?

On est en plein dedans, que ce soit sur le fond (racisme, tolérance) que sur la forme. Film très mauvais »  -  Cam_g – courrier des lecteurs – site allociné.fr

 

 

« A la fin d’un film, on fait avec, on triche forcément,

ça rappelle que le film est un conte de fées »

 

Philippe de Chauveron, réalisateur du film[3]

 

INTRODUCTION

 

« Dans ce film, tout est stéréotypé et tout est extrêmement drôle.

Avec l’humour pour porte-étendard, le film traite en toile de fond

de tolérance et d’amour entre les peuples »[4].

J.M   -   Ma chaîne étudiante –

 

Quel régal ! Quel plaisir pour l’analyste de découvrir une pépite cinématographique rare et intrigante. Ce film constitue, du point de vue de son scénario et de sa construction, un extraordinaire travail d’analyse de la société française contemporaine. Il présente l’apparence de la plus grande simplicité, de la plus extrême fluidité, apte à être compris par tous les publics, mais la rapidité du récit est telle, les détails « signifiants » sont si nombreux, que chaque spectateur peut se croire le seul destinataire du récit filmique, quel que soit son bagage culturel et sa position sociale.

 

« s », en 2012, illustrait un thème grave (le handicap), mais il évoquait aussi les contradictions de la Est-ce dirigée par le Président Sarkozy.

« Qu’est-ce qu’on a fait… » évoque un autre thème sérieux (le racisme), mais il trace également un portrait de la Est-ce – en apparence ouverte et apaisée – du Président Hollande.

 

C’est donc dans cette période historique très particulière (un Président « de gauche », à peine élu, qui perd la confiance d’une partie significative de son électorat par ses orientations politiques centrées plus sur l’économique que sur le social), que le « bouche-à-oreille » cinématographique fonctionne à plein, faisant de « Qu’est-ce qu’on a fait… » un événement sociologique (par la magie du cinéma, Les « Verneuil », c’est notre famille aussi, puisque nous partageons, le temps d’une séance, leurs vies leurs valeurs).

 

L’analyse va nous permettre de mettre en évidence les rouages de cette machine d’une grande précision qui entremêle des normes d’apparence naturelles, alors qu’elles sont produites par un groupe émetteur (TF1) déterminé, habile et puissant au sein d’une culture collective historiquement marquée.

Il s’agira par la suite de mettre en perspective ces résultats avec la situation de la Est-ce au cours des deux premières années du mandat du Président Hollande.

Précisons maintenant que si ce film procure un plaisir indéniable à l’analyste de film, il laisse bien amer le cinéphile… Ce film, sans ambition culturelle, ne brille pas par ses qualités esthétiques et cinéphiliques !…

Nous voilà à des années lumière du cinéma d’auteur de l’exigeant Jacques Doillon, qui constate avec tristesse le triomphe du « marché » sur « l’Art et Essai » :

« On nous dit : « Faites-nous de beaux films bien anonymes. Du qui se vend partout ». Il s’agit d’avoir un produit bien élevé pour le farcir de spots publicitaires »[5]

 

Entrons donc dans une entreprise privée, encore « à l’ancienne », où le PDG n’est pas une « rock-star », où la marque (TF1) doit être rajeunie, où la « bascule » vers la consommation personnalisée via le numérique s’accélère (« Vous pouvez retrouver nos émissions et dialoguer avec nous sur TF1.fr »). Un monde où des pans entiers de « Com » sont encore globaux, collectifs (pour attirer dans une salle de cinéma des spectateurs venus partager un peu de lien social, se distraire avec des inconnus devant un « bon » film, « sans prise de tête »…sans chômage, sans baisse du pouvoir d’achat, sans précarisation croissante).

 

 

Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu ?”

 

Générique

 

Produit par TF1 Film production en 2013

Réalisé par Philippe de CHAUVERON

Scénario et dialogues : Philippe de Chauveron et Guy Laurent.

Sortie en salles : mercredi 16 avril 2014.

Durée : 1h37

 

Claude Verneuil (Christian Clavier)  -  Marie Verneuil (Chantal Lauby)

Isabelle Verneuil (Frédérique Bel) a épousé Rachid Benassem (Medi Sadoun)

Odile Verneuil (Julia Piaton) s’est donnée à David Benichou (Ary Abittan)

Ségolène Verneuil (Emilie Caen), elle a convolé avec Chao Ling (Frédéric Chau)

Laure Verneuil (Elodie Fontan) épousera Charles Koffi (Noom Diawara)

André Koffi (Pascal N’Zonzi) et Madeleine Koffi (Salimata Kamate) sont les parents de Charles et de Viviane Koffi.

 

 

TF1 Film Production

 

« TF1 Films Production coproduit des longs métrages. Elle acquiert les droits de diffusion destinés à la chaîne TF1, mais aussi des parts de coproducteur lui donnant droit aux recettes générées par l’exploitation des films. Ces investissements permettent à TF1 d’honorer ses obligations de financer à hauteur de 3,2 % de son chiffre d’affaires publicitaire la coproduction d’œuvres cinématographiques européennes, dont 2,5 % en œuvres d’expression française.[6] »

Quelques films récents produits par cette société de production :

« Une rencontre » de Liza Azuelos avec Sophie Marceau et François Cluzet,

« La belle et la bête » de Christophe Gans avec Vincent Cassel et Léa Seydoux

« Les vacances de l’élève Ducobu » de P. de Chauveron avec Elie Sémoun

 

[Cette société est complétée par TF1 Production, « qui a proposé en 2010 plus de 400 heures de programme sur TF1 et plus de 75 sur TMC »].

 

 

Box office France

 

« La comédie « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » avec notamment Christian Clavier et Chantal Lauby a réuni plus de 200.000 spectateurs mercredi, jour de sa sortie dans les salles.

 

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?  a réalisé une excellent démarrage mercredi dernier, jour de sa sortie. La comédie avec  Christian Clavier et Chantal Lauby a attiré 200.723 spectateurs (621 copies), selon CBO-Box office, réalisant le deuxième démarrage de l’année derrière Supercondriaque. Réalisé par Philippe de Chauveron Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, plutôt bien accueilli par la presse, profite à fond des vacances scolaires qui ont débuté en région parisienne et dans l’académie de Bordeaux et devrait poursuivre sur sa lancée dans les semaines à venir.[7] »

 

Semaine

Entrées

Cumul

 

16 au 22 avril 2014

1 680 249

1 680 249

 

23 au 29 avril 2014

1 734 346

3 414 595

 

30 avril au 6 mai 2014

1 715 283

5 129 878

 

 

 

[site rtl.fr]  -   Sept à dix millions d’entrées visées[8]

 

Sorti le 16 avril, il a déjà battu le record du nombre d’entrées en deux semaines pour un film français depuis 2011, même s’il a pu bénéficier des vacances scolaires, du pont du 1er mai et du mauvais temps. Plus inhabituel toutefois, selon les spécialistes, le nombre d’entrées continue d’augmenter après trois semaines d’exploitation.

« Le film devrait mécaniquement atteindre les sept à dix millions d’entrées », explique à l’AFP Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). Mais on est encore loin des records français du box office. « Pour atteindre de tels sommets, un film doit répondre à la fois à une demande de cinéma familial et populaire et à une question plus sociétale », analyse Marc-Olivier Sebbag ».

 

[Le 20 mai 2014, avec 721 copies à travers la France, le film avait été vu par 7,2 millions de spectateurs]

 

 

 

Films plébiscités par le public français entre le 23 avril et le 29 avril 2014[9] :

 

§        « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » : 1,734 million d’entrées (639 copies France)

§        « Rio 2 » (USA) : 0,714 million d’entrées (657 copies) [entrées cumulées 2,045 millions]

§        « Babysitting » (France – comédie de Philippe Lacheau) : 0,475 million d’entrées [entrées cumulées : 1,019 million d’entrées]

 

 

Quels sont les « succès » cinématographiques en France durant les 52  semaines avant le 20 Mai 2014

 

§        « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? » : 7,2 millions d’entrées

§        « Supercondriaque. » (France) : 5,224 millions d’entrées

§        « La reine des neiges » (USA) : 5,139 millions d’entrées

§        « Le hobbit : la désolation » (USA) : 4,701 millions d’entrées

§        « Moi moche et méchant 2 » (USA) : 4,549 millions d’entrées

 

En 2013, les salles de cinéma ont enregistré en France 193 millions de spectateurs.

Sur ce total, en 2013, la part de marché des films américains est de à 54 % (les films français réalisant 33 % des entrées).

 



 

 

1.          UN RECIT FLUIDE, UN SCENARIO foisonnant

 

 

 

1.1.                 Les triomphes de la « comédie populaire à la française »

 

 

 

Incontestablement, le cinéma « populaire » français sait rencontrer son public, le cinéma français « va bien » (vingt films français ont réalisé plus d’un million d’entrées en 2012, et quatre plus de trois millions)[10] !

 

s (2012) avec 19,4 millions d’entrées

Bienvenue chez les chtis (2008)  avec 20,4 millions d’entrées

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) avec 9,2 millions d’entrées

 

Plusieurs fois annoncée, la « mort » du cinéma n’a pas encore eu lieu ! Certes, la concurrence audiovisuelle se fait pressante (chaînes gratuites de la TNT, chaînes payantes, câble, Vidéo à la Demande, et des heures et des heures d’images accessibles sous toutes les formes sur l’Internet

Le cinéma a su se renouveler par le confort de ses salles, et en adoptant les technologies les plus spectaculaires et innovantes (numérique, relief pour les images, son de très haute qualité). Des possibilités d’abonnement intéressantes complètent le dispositif.

 

Le cinéma vit toujours car il correspond à un besoin social profond : se divertir, découvrir un « ailleurs » qui n’est souvent que notre propre présent, « revisité », différent : une « nouvelle donne » en quelque sorte, qui nous permet de rompre la monotonie d’un environnement que nous estimons souvent trop figé, trop pesant.

C’est aussi cela qui fait le triomphe de ces comédies françaises qui attirent des millions de spectateurs (et souvent aussi ailleurs dans le monde).

 

Ces succès dépassent le seul cinéma, ils évoquent, secrètement, sous le biais de récits insignifiants mais « si attachants », nos attentes collectives, notre soif de partage. Ces films sont, chacun, le révélateur de leur époque. Et aujourd’hui, un nouveau film phénomène arrive sur nos écrans, mais c’est tout sauf un hasard…

 

 

 

 

1.2.                 Le « trajet » du film « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? »

 

Synopsis

 

« Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, en salles le 16 avril, est une comédie sur une famille issue de la bourgeoisie, très vieille France. Installés près de Chinon, les parents, incarnés par Chantal Lauby et Christian Clavier, vivent particulièrement mal le mariage de leurs filles avec des hommes de confessions et d’origines différentes. [11]»

 

 

 

Situation initiale

 « Dans la chic et proprette mairie de Chinon, Claude et Marie Verneuil ont marié leurs filles :  Isabelle a épousé Rachid Benassem , qui est musulman, Odile  s’est donnée à David Benichou , qui est juif ; quant à Ségolène, elle a convolé avec Chao Ling, qui est chinois »[12].

 

 

Situation finale

Le mariage religieux de Laure et Charles est célébré à l’église de Chinon. Le repas de noces se déroule dans le parc de la maison familiale de la famille Verneuil. André Koffi prend la parole pour féliciter son fils Charles et remercier Claude et sa famille. Claude propose à sa femme un nouveau voyage de noces autour du monde (Alger, Pékin, Tel-Aviv, Abidjan) pour aller à la rencontre des familles de leurs gendres. La nuit est tombée, tout le monde danse au son de rythmes africains – générique de fin.

 

 

1.3.                 Religion, nationalité, couleur de peau… un certain flou règne…

 

 

Claude Verneuil, notaire à Chinon :

« Vous avez beaucoup d’immigrés en Cote d’Ivoire ? »

André Koffi, retraité ivoirien : « Quelques uns, des libanais, des chinois… »

Claude Verneuil : « Au moins vous n’avez pas de Noirs ! »

 

Les hommes épousés par les quatre sœurs de la famille Verneuil sont séduisants, trentenaires, respirent la santé. Le « sujet » du film les positionne pourtant comme « être humains différents de la norme française ». Voyons cela :

Trois d’entre eux (qui ne sont pas chrétiens) participent pourtant avec enthousiasme à la messe de minuit (le quatrième se marie à l’Eglise),

Que dire de la « couleur de peau » de David, dont les parents habitent Tel-Aviv ?

Ces quatre hommes sont-ils français par la naissance ou ont-ils acquis la nationalité par leur mariage, ou par naturalisation ? Bénéficient-ils d’un régime de double nationalité ? A ces questions, le film ne donne pas de réponse… ce qui autorise toutes les interprétations, les points de vue. Ils sont vraiment mystérieux, différents (parfois inquiétants ?), même s’ils sont le plus souvent très sympathiques !

 

 

 

1.4.                 Les Verneuil : une famille ? des provinciaux ? des catholiques ? des bourgeois ?

 

« Au générique final, outre les personnages principaux, on lit le nom des figurants et acteurs qui jouent « le maire de Chinon », « le photographe de Chinon », le « curé de Chinon », et j’en passe, sauf qu’aucun n’a mis les pieds sur les bords de Vienne. De fait, l’essentiel des scènes a été tourné en Normandie et en région parisienne, Chinon  servant de cadre virtuel »[13].

Lanouvellerepublique.fr

 

 

 

1.4.1.                       Chinon, une petite ville de notre chère province où il fait bon vivre

 

Puisque Chinon n’a pas été le lieu réel du tournage, on peut légitimement observer ses principales caractéristiques : située au bord de la Vienne, Chinon (8 500 habitants) est une sous-Préfecture de l’Indre et Loire. Bénéficiant d’un site exceptionnel, Chinon, classée « Ville d’Art et d’Histoire, est située à 290 kilomètres au Sud-Ouest de Paris. La forteresse et l’ancienne collégiale Saint-Maxime constituent un patrimoine reconnu.

De cette ville « virtuelle » très accueillante, le film nous montrera la gare, l’église, la Mairie, et la demeure familiale des Verneuil (au fil des saisons). Difficile de faire rimer Chinon avec « cité », « dealer », « délinquance »… De même, il semble inutile de chercher dans cette riante cité des problèmes de chômage, de pollution ou de « mal logement ». [Le nom du chien de la maisonnée, « Clovis », renvoie lui aussi à l’Histoire fondatrice de la France].

 

1.4.2.                       La demeure familiale des Verneuil

 

C’est une belle demeure familiale, agrémenté d’un parc, et située à proximité d’une nature accueillante (Laure a appris à nager dans l’étang, Claude Verneuil vient y pêcher un brochet magnifique). Le parc, en hiver, constitue un espace de jeu parfait. Un instant menacé (Claude Verneuil coupe les arbres du parc avec sa tronçonneuse), le parc retrouve « par magie », sa beauté originelle lors du repas de mariage). On peut y pratiquer la zumba® ! La demeure est entretenue par la bonne dévouée Josiane (interprétée par la comédienne Catherine Giron), une simple silhouette « à sa place », silencieuse, dans le film.

 

Quitter la maison tant que les déséquilibres menacent (manifester du goût pour « l’exotisme », partir épouser une tahitienne, une papoue, une esquimaude) ne peut-être envisagé par Claude qu’à l’occasion d’un épisode de profonde déprime.

Une fois la situation apaisée, Claude peut inviter Marie à un « tour du monde » dont les étapes seront les familles des gendres (Pékin, Alger, Tel Aviv, Abidjan).

 

 

1.4.3.                       La famille Verneuil

 

« Tout le monde en prend pour son grade,

à commencer par les Français croqués en raleurs aigris et prétentieux »

Jacky Goldberg – Les Inrockuptibles

 

 

« Le cinéma enseigne que le bonheur familial est la consolation de toutes les iniquités. Laisse donc le monde et l’exploitation suivre leur cours. Pourquoi te mêler de la lutte des classes ? Pour toi, la famille remplace tout cela »

Béla Balazs – l’esprit du cinéma[14]

 

 

Le patronyme « Verneuil » vient du gaulois Vernoialum (« Clairière de l’aulne »).

On peut d’abord constater que cette « famille typiquement française » est, dans sa structure, bien différente de la « norme » nationale : en 1990, seules 5 % des familles françaises ont 4 enfants (ou plus) de moins de 18 ans.

Ces quatre enfants placent la famille Verneuil bien au dessus de la fécondité moyenne des immigrées (2,5 enfants par femme). Nulle autre « famille nombreuse » réside à Chinon…

Les parents (Claude Verneuil, notaire et sa femme Marie, « mère au foyer ») ont donné une « bonne éducation » à leurs filles qui ont trouvé leur chemin et leur émancipation (Isabelle est avocate, Odile est dentiste, Laure est juriste). Ségolène est artiste peintre (sans talent ?), et ne doit son aisance matérielle qu’à son mariage avec son banquier de mari. Le film insiste sur les compétences professionnelles de Claude.

La famille constitue pour ces six protagonistes un enjeu important : quand Laure annonce son projet d’union avec Charles, comédien d’origine Ivoirienne, les trois autres sœurs tentent, indirectement, de faire échouer ce mariage, pour protéger le couple formé par leurs parents. Au final, la situation conflictuelle se dénouera par le ralliement parental à cette union.

La famille Verneuil présente toutefois deux faiblesses : l’une structurelle (Ségolène manifeste à plusieurs reprises des comportements dépressifs), l’autre conjoncturelle (Marie consulte un « psy » qui « l’aide beaucoup », prétend-elle).

La famille Verneuil se sait vieillissante (quand Claude reçoit une boule de neige, Marie commente : « ça lui rappelle sa jeunesse ! »).

 

[A l’opposé de ce film « populaire », le « cinéma d’auteur » français, au budget plus restreint, envisage plutôt la « fragilité des liens familiaux » ; il évoque souvent des « liens qui ne sont plus clairement régis par des valeurs hiérarchiques qui feraient des adultes les porteurs d’un modèle à suivre. Dans ces films d’auteur, le modèle familial est malmené, subverti »[15]].

 

 

1.4.4.                       Une famille catholique

 

Le film multiplie les références aux rites catholiques les plus partagés : la crèche, la messe de minuit, la messe de mariage, la confession. Marie Verneuil est en charge, dans le couple, de la liaison avec l’Eglise. Mais le film ridiculise sa foi (scène du confessionnal) : Marie Verneuil confond parfois le curé avec son « psy »…

Marie Verneuil fait preuve d’une réelle ouverture aux autres : elle prépare pour le réveillon de Noël trois dindes (halal, kasher et laquée) pour honorer ses gendres. En retour, ceux-ci participent – et avec quel enthousiasme !- au rituel de la messe de minuit.

Le « dogme / programme politique de l’Eglise » semble parfois poser question. Claude Verneuil clame : « Aimez-vous les uns les autres ! On voit le résultat ! ».

Dans le courant du film, Claude Verneuil envisage de se séparer de sa femme : cette situation reste marginale dans les familles catholiques pratiquantes (ici, bien en deçà de la moyenne nationale, 20 % des mariages se soldent par une séparation[16]).

Dieu merci, le couple Verneuil a échappé à un mariage gay ! Le film constitue bien un hymne à la famille traditionnelle, monogame et hétérosexuelle. Nous sommes bien dans « l’univers TF1 »).

 

 

 

1.4.5.                       Une famille inquiète des évolutions d’un monde qu’elle ne comprend pas

 

 

« Ils veulent tout me prendre ! Mon lit, ma fille, ma carte bleue ! »

Claude Verneuil, notaire et père des 4 jeunes femmes

 

« J’héberge Bokassa dans mon lit ! »

Claude Verneuil

 

Claude Verneuil : « Nous avons dîné à Montmartre. On s’est perdus en sortant et on s’est retrouvés à Barbes : c’était folklorique ! Heureusement que j’avais mon passeport avec moi ! »

Claude Verneuil compare le repas de famille « à une réunion de la Licra, la ligue contre le racisme et l’antisémitisme ».

Marie Verneuil souhaite éviter les « sujets qui fâchent ». Elle demande à son mari Claude de ne parler « ni d’Israël, ni du Dalaï-lama, ni de la burka, et surtout pas de l’équipe de France de foot ! ».

Laure arrive au restaurant avec son « fiancé » Charles. Claude Verneuil demande à sa femme : « Qui c’est, c’est le voiturier ? »

Quand Claude Verneuil pêche au bord de l’étang, le transistor posé à ses cotés ne peut diffuser que « Douce France », interprété par Charles Trenet.

Marie confie ses cauchemars à son « Psy » : elle promène deux enfants noirs dans une poussette et tout le monde pense qu’elle est la nounou des enfants de l’ambassadeur du Gabon !…

Isabelle Benassem Verneuil connaît la civilisation africaine (« C’est le dernier coup de hache qui fait tomber l’arbre, comme on dit en Afrique »). Mais ce proverbe, synonyme d’ouverture aux autres, est aussi lourd de menaces…

 

 

1.4.6.                       Une famille bourgeoise, déjà plus à Neuilly, pas encore à la Bastille

 

« Sur l’argent, je ne céderai sur rien, question de principe ! »

Claude Verneuil, notaire, gaulliste, père des quatre jeunes femmes

 

Claude Verneuil est notaire, ce qui semble lui garantir des revenus substantiels. Il connaît par ailleurs d’autres familles à forte réussite sociale. Si la famille bénéficie d’un cadre de vie plus que confortable, elle n’est en aucun cas « Bling-bling » (aucune voiture de luxe, pas de tenue vestimentaire ostentatoire). C’est donc bien une famille bourgeoise, mais « modeste » dans son opulence !

Aucun conflit d’ordre financier entre parents et filles ne vient ternir l’harmonie familiale. Les Verneuil (parents et filles) affirment à plusieurs reprises ne pas être racistes.

Marie Verneuil manifeste une réelle volonté d’ouverture en dansant avec Madeleine Koffi sur des rythmes endiablés. Claude Verneuil, passablement éméché à la sortie du restaurant, a revêtu le boubou d’André (« Maintenant tu vas épouser une ivoirienne ! » commente André).

Si Claude (et André) ne sont pas de taille à tenir tête aux gendarmes, Claude manipule facilement les autres représentants du « service public » (Claude fait arrêter le train en faisant croire au contrôleur que « le Ministre des finances du Burundi fait un malaise ! »).

 

La bourgeoisie représentée par le film est la lointaine cousine des valeurs aristocratiques. Elle repose sur le patrimoine « traditionnel », la terre, le domaine, le mariage, la gestion « en bon père de famille » du capital. Dans le film, pas d’industrie, pas de recherche, pas d’innovation, pas de concurrence.

Dans cette bourgeoisie traditionnelle (catholique), politiquement « conservatrice  / historique » (Gaulliste, « Marseillaise-qui-donne-des-frissons ») et figée (pas d’innovation), la recherche de nouvelles alliances n’est pas négligée. Ségolène Verneuil, pour faire face à ses difficultés financières, va… épouser un banquier !

 

Mais ces alliances sèment le doute dans leur propre camp, plus conservateur (un de leurs amis – Jean Jérôme – les qualifie de « famille Benetton » à leur arrivée à l’église.

Le film l’énonce clairement avec la tentative d’alliance que les parents projettent entre Laure, la dernière fille encore célibataire du couple, et le « beau parti » que constitue Xavier Dupuy-Jambard (interprété par le comédien Nicolas Buchoux). Claude Verneuil évoque les « qualités » de Xavier : « Il est tourangeau, catholique, et de bonne famille ».

Xavier Dupuy-Jambard représente une bourgeoisie qui a su évoluer (Xavier gère des fonds de pension à Washington. Cette promotion provoque l’admiration de Claude Verneuil, le notaire de province : « Ce sont des gens comme vous qui dirigez le monde ! ».

 

Mais l’argent pour l’argent reste une impasse, nous dit le film. Xavier ne possède pas les valeurs humaines et d’ouverture que le film apprécie dans la nouvelle bourgeoisie des Bourgeois Bohêmes du quartier de la Bastille à Paris :

§        Xavier questionne Laure (« qui travaille à LCI[17] »). Pour lui, elle ne peut-être que journaliste car « les journalistes de LCI sont toutes magnifiques ». Mais le compliment se retourne contre lui : Laure, au physique de mannequin, travaille au service juridique de LCI ; la nouvelle bourgeoisie doit intégrer les légitimes aspirations à l’égalité des femmes !

§        Xavier pense que les trois hommes assis sur un banc du parc sont les « jardiniers » des Verneuil. Claude lui précise que, malgré les « apparences » trompeuses, ce sont les gendres du couple…

§        De l’aveu même de Claude Verneuil, Xavier est… « laid » ! Alors, dans le nouveau système d’alliances, la « Beauté » prime désormais sur la couleur de la peau ou la religion.

 

Xavier Dupuy-Jambard illustre bien une des évolutions possibles de la bourgeoisie française, mais il ne la retient pas, encore trop proche de Neuilly, et pas assez de la Bastille.

[A Paris, lors des municipales de mars 2014, ces valeurs « BoBo[18] » ont donné la victoire au PS d’Anne Hidalgo – 75 sièges – et des Verts d’EELV – 16 sièges – et marqué la défaite des « listes conservatrices » – 60 sièges – menées par Nathalie Kosciuko-Morizet, et cela dans la ville française où le prix du mètre carré est le plus élevé…]

 

 

 

 

1.4.7.  Une famille française…  (Le point de vue de l’acteur / star Christian Clavier) :

 

« Publicité universelle, la star est cette marque qui fait vendre

la production cinéma  en même temps que d’autres marques ».

Gilles Lipovetsky[19]

 

« Une famille qui représente « une grande partie de la France »   :   « C’est une famille vaguement noble, de province. Ils représentent une grande partie de ce qui est la France. La force du film, c’est que ce sont de vrais gens. Ils n’ont rien d’extraordinaire. On peut les croiser dans sa propre famille, par le biais de parents ou de grands-parents. Ils sont confrontés à la société et à la vie d’aujourd’hui, avec les difficultés et les a priori qu’ils ont.[20] »

 

 

 

 

 

1.5.                 Les « En demande de se fondre discrètement dans la société française »

 

 

1.5.1.                       Les Juifs (Israéliens ?)

 

Les stéréotypes auxquels les spectateurs ont échappé !

 

En 2014, « l’humoriste » Dieudonné  (dans le civil Dieudonné M’bala M’bala) a fait la « une » de l’actualité à plusieurs reprises. Ses spectacles et ses prises de position antisémites et révisionnistes sont condamnés avec vigueur (notamment par le Ministre de l’intérieur Manuel Valls), tandis que les spectacles de « l’humoriste » remplissent les salles.

Dans ce climat délétère, le film se devait d’évoquer « autrement » la religion juive. Le film pratique donc l’inversion du stéréotype : le « gendre idéal » David est un entrepreneur plein de projets, mais incapable de les financer (Claude Verneuil seul réactive le stéréotype : « Je croyais que les juifs étaient doués en affaires ») !

Il faudra l’appui de son beau-frère banquier Chao pour se lancer dans les affaires. En attendant, c’est sa femme Odile, dentiste, qui permet au couple de maintenir son train de vie.

De toutes les fêtes célébrées par les juifs, Rosh Hashana (fête du nouvel an), Pessahh (sortie d’Egypte et fin de l’esclavage) ou Shavou’ot (fête d’acceptation de la Torah),  le film choisit de nous faire participer à la circoncision de Benjamin[21] Benichou, le petit-fils du couple Verneuil. La cérémonie est montrée comme étrange, révoltante, à la limite de la barbarie (Claude : « Je ne vais pas le supporter ! J’ai vu à la télévision un reportage épouvantable sur l’excision au Mali »).

Le rabbin explique que leur gendre David leur fait un immense honneur en leur demandant d’enterrer le prépuce de leur petit-fils (qui finira dévoré par leur chien Clovis[22]) dans leur jardin.

 

David Maurice Isaac Benichou :

David : le roi David a été, selon la Bible, le premier roi d’Israël.

Benichou : nom d´origine hébraïque qui veut dire fils (ben) de Jehu (ichou) [Nom d’un prophète].

Le film choisit de faire résider les parents de David Benichou à Tel-Aviv, et non à Jérusalem (Tel-Aviv : « On la surnomme « la ville qui ne dort jamais » en référence à son dynamisme et à sa jeunesse débordante d’énergie, ou encore la « bulle » pour son ambiance paisible et tolérante, relativement détachée du conflit et des turpitudes du Proche-Orient. C’est le centre économique et financier du pays »)[23]. Jérusalem était vraiment trop synonyme de conflits douloureux…

Dans la confrontation physique qui l’oppose à son beau-frère Chao, David finira terrassé : mais c’est de son vainqueur que viendra l’aide qui lui permettra de mener à bien ses projets commerciaux.

David, en bon patriote, chante la Marseillaise la main sur le cœur.

 

Petit rappel historique : l’Assemblée constituante a, en 1791, a donné la pleine égalité de droits aux Juifs de France (et a aboli les lois restrictives à l’égard des protestants). Et pourtant le film tend encore à nous présenter David Benichou comme « différent » (« étranger ? ») de la « France traditionnelle éternelle » incarnée par les Verneuil… Contre toute la tradition hébraïque, Odile Bénichou Verneuil affirme à ses parents : « La circoncision ne fait pas de Benjamin un Juif ! »…

Les Juifs sont menacés par… les Chinois ! [Chao affirme : « Nous allons tout racheter, y compris Israël !]

 

 

« Passer la frontière, c’est prendre le risque de rencontrer les fantômes

d’un ailleurs refoulé : l’impérialisme et son image taboue, la colonie »[24].

Frédéric Strauss

 

« Jamais vous n’avez entendu parler des massacres coloniaux, de tirailleurs incorporés de force. Les travaux forcés, les tortures, ça n’existe pas.

Ni le bagne de Poulo Condor, créé au Viêt-Nam par les coloniaux français,

ni les déportations de populations »[25].

Robert Grelier

 

 

1.5.2.                       Les Asiatiques

 

1.5.2.1.   Les « gentils » asiatiques

 

Chao : [significations en Pinyin] : « billet de banque, dynastie, spéculer »

Ling : [significations en Pinyin] : « habile, efficace ».

Le scénario du film donne tout « naturellement » au personnage de Chao Pierre Paul Ling le rôle du banquier dynamique et conquérant (Chao affirme : les Chinois ont déjà conquis Belleville et Barbès).

S’il cuisine une tarte normande, Chao sert également à ses convives de l’autruche. Il affirme ne pas aimer les litchis. Il peut faire rire (ou effrayer, selon le cas), en évoquant « un plat de chien bouilli », en prenant, circonstance aggravante, l’accent thaï ! Chao est tellement « transparent » dans son désir d’intégration qu’il fait exploser… David (« Il va lui sucer les boules tout le repas ? »).

Chao, en bon patriote, chante la Marseillaise la main sur le cœur.

Chao est un excellent père de famille qui passe du temps avec ses filles jumelles.

 

1.5.2.2.   Parfois les asiatiques « posent problème »

 

Pour Noël, Marie souhaite acheter une « dinde laquée » pour faire plaisir à son genre Chao. Elle s’adresse à un cuisinier asiatique, effrayé car ce dernier semble vivre dans la crainte « d’un contrôle sanitaire ». Certains asiatiques ont visiblement des choses à se reprocher…(mais pas Chao, « gendre idéal).

 

 

1.5.2.3.   « Zouchuqu », ou de l’intérêt d’être amis avec des banquiers chinois !

 

« Le partenariat  validant l’entrée de la société chinoise Dongfeng 

au capital de PSA Peugeot Citroën a été signé, le 26 mars 2014,

à l’Élysée, en présence du président chinois, Xi Jiping ».

Le Monde

 

Dans la « vraie vie », « richissimes et décomplexés, les enfants de Mao prennent leur revanche. Entreprises, ports, dettes : leur boulimie est sans limite. Et si la Chine, moteur de l’économie mondiale, devenait la première puissance économique d’ici dix ans ? (…) Assisse sur des réserves de change de plus de  2 500 milliards de dollars (l’équivalent de toute la richesse de la France), la Chine est partie sans complexes à la conquête du monde. Cette stratégie a un nom (« Zouchuqu »), ce qui signifie sortir des frontières. (…) La Chine possèderait aujourd’hui des terres agricoles et minières partout dans le monde. Elle possèderait plus de 30 millions d’hectares arables hors de ses frontières (soit plus que la surface exploitée en France). Objectif : assurer l’autosuffisance de ses approvisionnements alimentaires. Les investissements  chinois en Afrique sont maintenant d’une telle ampleur que l’on parle de « Chinafrique ».(…) Pékin posséderait déjà 7 % de la dette publique européenne, soit 630 milliards d’euros »[26].

 

 

 

1.5.3.                       Les Africains

 

Le Blanc a pillé l’Afrique ! C’est normal : il doit payer un peu !

André Koffi – militaire ivoirien à la retraite

 

« Trois métèques plus moi, pour tes parents, c’est Fukushima ! »

Charles Koffi, acteur ivoirien, à Laure Verneuil

 

« Elle est belle la France !!! »

André Koffi, retraité ivoirien

 

Des différentes religions ou origines exotiques, ce sont les Africains qui incontestablement sont les plus éloignés des sphères de l’économie et de la connaissance. Ils sont surtout caractérisés par leur rapport à la religion, à l’alimentation, à la musique, à la danse, à la sexualité (Charles est le seul des gendres à partager une séquence « intime » avec sa fiancée).

Alors que l’avocat Rachid, dont les parents vivent à Alger, ne manifeste aucunement contre le passé colonialiste de la France, André Koffi, particulièrement anti-communiste[27], porte haut l’étendard non de l’anti-colonialisme, mais du racisme anti-blanc, ce qui fait de lui un personnage à part dans le film. Il fait un sincère et public mea-culpa : la fin du film le « sauve » in extremis (André Koffi, pour expliquer la blessure occasionnée par le brochet, affirme : « Avec Claude, nous avons fait frères de sang. Puis, « Je suis fier de ma belle-famille française ! »).

 

1.5.3.1.     Les gentils africains

 

« Tu aurais pu me dire que tes parents étaient blancs ! »

Charles à Laure, lors de la première rencontre avec les Verneuil

 

Charles l’affirme à Laure : « En Afrique, c’est portes ouvertes, l’humour avant tout ! »

Madeleine Koffi découvre Laure que son fils veut épouser : « Elle est encore plus belle en vrai ! »

André Koffi sait aussi lier des alliances, et laisser de coté momentanément son racisme anti-blanc : (à David) : « J’avais un bon ami juif ; il s’appelait Lévy et était dentiste. Il m’a refait les dents là ! ».

Dans l’adversité, l’Ivoirien, sans s’éloigner un instant de ses idées fixes – fait preuve de courage : (André, blessé par le brochet qu’il vient de pêcher avec Claude) : « J’étais dans l’infanterie de marine, et c’est pas un poisson français qui va m’abattre ! »

 

 

1.5.3.2.     Parfois les Africains posent problème…

 

« Mon père, c’est le tien mais en Noir ! »

Charles Koffi à sa fiancée Laure

 

« Vous auriez du prévoir une assurance annulation.

L’homme africain est imprévisible ! »

Charles Koffi, retraité ivoirien

 

Charles, le plus « Blanc » des africains, s’étonne : « Broder ses initiales sur un mouchoir ! C’est un truc de Blancs ! »

André, le père de Charles, accumule les accusations contre la France : « les Français sont mauvais et bêtes », « ils mangent des pâtisseries baptisées « têtes de nègre ». Très intéressé par les questions alimentaires, André Koffi constate : « Il n’y a rien à manger dans l’assiette des blancs ».

Les Verneuil sont inquiets de devoir recevoir les 400 personnes (« Les Traoré, les Koulibali ») qui vont venir au mariage de Charles. A la proposition de loger tout ce monde dans des tentes installées dans le jardin, André Koffi s’insurge : « Et pourquoi pas des cases ! Les tentes c’est pour les bédouins, ils ont l’habitude ! ».

André Koffi sait se montrer menaçant : « A la moindre provoc’, je le cogne ! »

André Koffi, au restaurant avec Claude, entend démontrer « scientifiquement » que « les races ne se mélangent pas ! » (Il mélange de l’huile et de l’eau dans un verre). Claude contredit sa « démonstration » en évoquant le cappuccino dont les ingrédients se mélangent harmonieusement.

 

Le « coupé-décalé », une danse « codée » qui a séduit la jeunesse

Lors de leur conversation avec les Verneuil par Skype, André Koffi exécute quelques mouvements de danse (qu’il identifie comme le « coupé-décalé ») : cette interprétation plonge les Verneuil dans la plus grande incompréhension. Mais au fait, cette danse « innocente » aurait-elle, pour les populations de l’Afrique de l’Ouest, des significations particulières ?…

« Le coupé-décalé est une danse apparue en 2002 en Côte d’Ivoire et dans la communauté ivoirienne vivant en France notamment dans les milieux ivoiriens de Paris (le groupe de musiciens « la JetSet »).

En Nouchi, l’argot ivoirien, « couper » signifie tricher, voler ou arnaquer et « décaler », partir ou s’enfuir, donc couper-décaler peut se comprendre comme arnaquer quelqu’un et s’enfuir. La personne trompée est généralement interprétée comme étant la France ou l’Europe.

À ses débuts, les paroles mettaient souvent en valeur ceux qui ont utilisé la ruse pour faire fortune (…) La particularité du groupe des musiciens fondateurs du « coupé-décalé », « la Jet Set »,  c’est la frime appelée le « farot farot ». Il convient de porter des vêtements chers et griffés, mais aussi de se valoriser ou de valoriser les autres avec le « travaillement », qui consiste à donner des billets de banque »[28].[

Nous sommes invités, sans le savoir, à partager le combat des Noirs pour rattraper les Blancs sur leur terrain privilégié, celui de l’argent roi, de la « frime », des « marques toutes puissantes ». Un terrain que TF1 connaît particulièrement bien…

Nous voilà à des années lumière des luttes de libération nationale, des combats pour le Tiers-monde, pour le respect des cultures autochtones…

 

 

1.5.3.3.     Quelques éléments sur la Cote d’Ivoire évoqués par le film

 

Ce que le film ignore dans l’histoire de la Cote d’Ivoire

« La Cote d’Ivoire devient une colonie française en 1893. La France a organisé la Cote d’Ivoire en colonie dans ses frontières actuelles en 1904, lors de la constitution de l’Afrique Occidentale française (AOF). En 1958, la Cote d’Ivoire devient une république autonome. En 1960, le pays accède à l’indépendance, mais il reste très lié à la France (monnaie dirigée par la Banque de France, nombreux investissements français dans l’économie locale).[29] »

 

 

La Cote d’Ivoire et sa capitale Abidjan : un monde artificiellement coloré

Quand Charles atterrit à Abidjan, plusieurs plans décrivent une ville active et calme. Il est étonnant de constater que le film colorise certains bâtiments ou édifices de couleurs vives et chatoyantes, parfois clignotantes, comme si cette capitale n’était qu’un lieu de fêtes « où il fait si bon vivre »

La réalité de l’histoire récente de la Cote d’Ivoire est hélas plus triste, puisque le pays a été le théâtre d’une véritable guerre civile tout au long des années 2000 (avec une intervention de l’armée française en 2004 : 9 soldats français de l’opération Licorne tués à Bouaké).

 

La politique africaine du général De Gaulle

 

« Je suis gaulliste, et j’ai toujours été d’accord avec ses choix politiques,

à part sa politique africaine »

André Koffi, retraité ivoirien

 

« Face aux revendications d’indépendance manifestées par les territoires africains, y compris en dehors de la Communauté, à partir de 1958, de Gaulle céda pour mieux faire accepter la décolonisation à l’opinion française et maintenir les liens passés qui étaient selon lui l’une des conditions de la grandeur de la France.

La conférence de presse du 5 septembre 1960, même si elle aborde de nombreux sujets est essentiellement celle où le général de Gaulle expose ses vues sur la décolonisation. Il définit cette dernière comme un phénomène mondial inéluctable et comme la finalité de sa politique depuis la Seconde Guerre mondiale. Il situe l’enjeu du processus : la question n’est pas de savoir si les peuples colonisés accéderont ou non à l’indépendance, mais si leur émancipation se fera avec la France ou contre elle.[30] »

 

 

En Cote d’Ivoire, les investisseurs français remplacés par les investisseurs chinois ?

 

« Avec le redémarrage spectaculaire de l’économie ivoirienne, le Premier Ministre Daniel Kablan Duncan regrette l’attentisme des groupes tricolores.(…) Les groupes chinois nous offrent des conditions très avantageuses : pour le grand barrage de Soubré, la banque chinoise Eximbank nous a proposé un financement à 25 ans, à un taux d’intérêt à 2 ou 3 %. Les groupes français ne peuvent pas rivaliser »[31].

 

Rappelons qu’à la toute fin du film, l’Ivoirien André Koffi promet au français André Verneuil d’honorer ses dettes (sa participation au mariage en tant que père du marié). Il est rassurant de constater que, dans « l’imaginaire TF1 », c’est encore une fois le pauvre qui doit donner de l’argent au riche, l’Ivoirien au Français, même si la surprenante réalité géostratégique semble maintenant faire basculer vers l’Orient l’ancienne (et toujours active ?) « France Afrique »…

 

 

 

1.5.4.                    Les maghrébins

 

« Ce pays part vraiment en couilles ! »

Phrase prononcée (en arabe) par le boucher maghrébin, évoquant la France

 

« Un feuj[32] et un noiche[33] qui viennent gratter

le business des musulmans, ça va être chaud ! »

L’avocat Rachid à ses beaux-frères

 

 

1.5.4.1.   Les « gentils » maghrébins

 

Rachid : « Bien guidé, qui a la foi »

Rachid, avocat « d’origine algérienne » a épousé une avocate « de bonne famille française » : réussite incontestable pour un jeune « issu de la diversité »

Rachid, en bon patriote, chante la Marseillaise la main sur le cœur

 

 

1.5.4.2.   Parfois les maghrébins posent problème…

 

§        Rachid, par deux fois, au tribunal de Bobigny, est avocat commis d’office pour défendre « des jeunes issus des cités » qu’il désigne comme « des capuches sans cerveau » [le générique désigne ainsi ces deux silhouettes très typées : « lascar Palais de justice » ‘interprété par Jassem Mougari] et « Racaille garde à vue » (interprété par Axel Boute).

§        Rachid s’exprime quelquefois en verlan, et se montre parfois « agité », voire agressif.

§        Isabelle Benassem Verneuil se sent obligée de préciser à son père Claude : « Je suis toujours une bonne petite française, je mange du porc ! »

§        David nous fait découvrir que les musulmans pratiquent la circoncision non avec des bébés, mais avec des enfants !

§       Rachid tombe dans le racisme primaire : « Ce Noir [Charles] menace l’équilibre de toute la famille !]. Ou encore « Tous les Noirs sont chauds ».

§        Rachid est-il un « bon avocat » ? Le film en doute (il est commis d’office dans des cas sans importance, il a plaidé contre sa future femme, et il a perdu le procès, enfin il est incapable de sortir son beau-père de la gendarmerie où il est détenu. Commentaire de Claude, son beau-père : « J’ai pas dit que c’était Badinter non plus ! »).

 

La question de la descendance

 

L’avocate Isabelle Benassem Verneuil est enceinte. Elle n’a pas encore (avec son mari Rachid) choisi le prénom du futur enfant. Elle hésite entre Antoine ou Lucas, alors que Rachid suggère le prénom de Mahmoud (« celui vers qui vont les louanges »), proposition qui déçoit le couple Verneuil (« Mahmoud, c’est pas facile à porter !). Finalement, il ne s’agissait que d’une plaisanterie sans conséquences (Rachid s’amuse : »Tu as vu la tête de ton père ? J’ai cru qu’il allait avoir une attaque ! »). Le spectateur ignorera quel sera finalement le prénom retenu.

Le prénom du fils de David (Benjamin), et le prénom de la fille de Chao (Lucie) ne « posent pas problème ». Seuls les maghrébins…

 

 

1.6.                 Chacun en « prend pour son grade », mais tous n’occupent pas la même place !

 

« Dans le film, tout le monde est raciste,

donc personne ne l’est vraiment ».

Jacky Goldberg – Les Inrockuptibles

 

 

Un examen plus attentif du film montre une évolution des trois premiers gendres : ils passent de l’opposition larvée (allant parfois jusqu’aux insultes, à la violence physique), à une entente pacifiée. Le projet de David (fournir de la nourriture halal à la communauté musulmane) sera financé par Chao. Rachid, avocat, veillera à faire accepter ce projet par sa communauté.

Les « étrangers », les « différents » peuvent donc prospérer et tenter de s’enrichir, à condition de rester discrets et de ne pas empiéter sur les prérogatives et les secteurs qui font la richesse des « Français ».

 

Les Ivoiriens bénéficient d’un traitement particulier, puisque c’est dans la toute dernière séquence du film qu’André, le père du comédien Charles, accepte d’honorer enfin sa dette envers le « Français » Claude Verneuil.

Charles reste un comédien « de complément », une touche d’exotisme, dans une production théâtrale très bourgeoise.

 

Les trois gendres partagent le même conservatisme (si proche ici du racisme) : trois « métèques » dans la famille, c’est déjà beaucoup ! Pas question d’un quatrième ! Et chacun d’égrener son « repoussoir » :

« Je ne veux pas d’un deuxième Chinois » dit Chao, « Pas question d’un Marocain ! » menace Rachid, « Si c’est un ashkénaze, je le tue ! » explose David. Et chacun d’acquiescer au choix d’exclusion de l’autre…

 

Des relations « familiales fortes » unissent les gendres :

Pour Rachid, Chao c’est « Bruce Lee » et David c’est « Popeck »

Pour Chao, Rachid c’est « Kadhafi » et David c’est « Enrico Macias »

Pour David, Chao c’est « Jacky Chan » et Rachid c’est « Arafat »

 

La religion constitue parfois une manière de s’unir contre les « Verneuil » : quand Marie présente la crèche de Noël a ses petits enfants, Rachid et David s’empressent de s’unir pour la contredire : « Ta grand-mère a survendu Jésus, c’est juste un prophète ».

 

La séquence de la bataille des boules de neige.

Nous sommes pendant la veillée de Noël. Il a neigé, et un bonhomme de neige trône devant l’entrée de la maison. Chao lui fait des yeux bridés, David lui ajoute une kippa, et Rachid le décore d’une fausse barbe. Puis les trois gendres décident de se lancer dans une bataille de boules de neige, et c’est… Claude qui reçoit le premier projectile, lancé par Rachid.

 

 

 

1.7.                 Les sujets « tabous »

 

Une société, pour bien fonctionner, doit être capable de poser sereinement les enjeux, les projets qui vont lui permettre d’évoluer, de se construire en affirmant ses valeurs. La présence des « Autres », de « ceux qui sont différents » sur le sol national, loin d’enrichir la France, va limiter ses prérogatives, créer un champ entier de la connaissance et du savoir sur lequel il ne faudra pas se risquer, pour ne pas accentuer les clivages entre communautés.

Voici quelques uns de ces sujets tabous, énoncés par le film :

« Faire le lien entre immigration et délinquance » – « Evoquer Israël, le dalaï-lama, la burka, l’équipe de France de foot ».

Le film, ici, se rapproche des théories du complot : évoquer ces sujets serait dangereux pour les puissances « occultes » et maléfiques qui dirigent impunément le cours de l’histoire humaine. Nous aurions tant envie d’en débattre, de donner notre opinion, mais nous savons bien « les dés sont pipés », que d’autres prendront les décisions à notre place !…

 

Au cours de la projection cinématographique, le spectateur du film perçoit pleinement les sous-entendus liés aux mots délinquance / immigration / burka (il manque, si on veut être exhaustif, le concept de « terrorisme ») : le film va-t-il nous éloigner de la comédie ?

Non, car immédiatement la référence à l’équipe de France de football va ramener le sourire ! Qui serait assez fou pour limiter les innombrables commentaires légitimes sur ces millionnaires dont le principal mérite est de taper dans un ballon ?

Nous avons souri, mais la « machine médiatique » saura, dès notre sortie de la salle de cinéma, nous rappeler les « dangers qui nous menacent », et la nécessité de s’enthousiasmer pour « l’équipe nationale », ces mercenaires grassement sponsorisés qui, sous les caméras de TF1[34], nous représentent ( !) au Brésil.

 

 

 

 

 

 

1.8.                 L’Eglise égratignée, ridiculisée, mais l’Eglise toujours vivante !

 

« Derrière ce film fort drôle se glisse une grande et belle vérité :

la foi catholique est facteur d’intégration et d’ouverture d’esprit,

comme le montrent les chants de la Messe de Noël

ou .... le mariage à l’Eglise »[35]

Blog de l’Abbé suisse Dominique Fabien Rimaz – 11/05/2014

 

« Il y a une part de nostalgie chez moi. Pas de la France de toujours en province – je suis un catholique non pratiquant du XVII° arrondissement

de Paris, et la messe de minuit, ça m’évoque plutôt

des églises glaciales, quand j’étais gamin ! »

Philippe de Chauveron – réalisateur du film (entretien complet  en annexes)

 

 

Pour les « initiés », le film multiplie les références et les clins d’œil au christianisme : la mère de famille entretient un rapport de confiance avec le prêtre de la paroisse, la messe de minuit est « incontournable », qu’elle que soit sa religion « d’origine », le mariage de Laure et de Charles est célébré à l’église, les mères des mariés (Marie et Madeleine) permettent de rappeler le personnage féminin de l’Evangile, etc. Seule l’interprétation de la crèche de Noël ravive quelques frictions entre « religions du Livre ».

Mais certaines scènes ridiculisent cette religion : le « curé de Chinon » (interprété par le comédien Loïc Legendre) subit également les conséquences de la mondialisation ( !), puisqu’il a eu, précise-t-il,  des difficultés… avec son évêque malgache (difficultés qui ne furent que momentanées).

Le même prêtre ne peut retenir un fou rire quand il apprend que Laure va épouser un Noir… Enfin, le sacrement de la confession est « dynamité » : tandis qu’il écoute sa paroissienne Marie, le curé utilise une tablette informatique posée sur ses genoux. Il consulte un site qui vend des vêtements sacerdotaux…et se scandalise de la cherté des prix proposés !

« Traiter » sa femme Marie de « Catho de gauche » constitue la pire insulte que Claude en colère adresse à sa femme (qui le « traite » en retour de fasciste).

L’Eglise n’a nullement besoin dans ce scénario de restreindre la sexualité… car elle est quasiment absente…

 

 

 

 

 

1.9.                 Les Femmes, elles aussi, sont concernées par le film !

 

« Petite réflexion entre femmes : Ce sont les femmes, les mères

qui sont beaucoup plus tolérantes que les hommes

Un film familial et populaire parfaitement

réussi, et le bienvenu dans une France morose à la recherche de distraction.

Si vous voulez vous détendre, allez-y,

mais n’attendez pas un film intellectuel ! »[36]

« Admin »  -  blog « féminin » matchpoints.fr.

 

Si Marie est restée une femme au foyer, ses filles ont réussi leurs études et leur insertion sociale (avocate, juriste, artiste peintre, dentiste). Le film signale au passage leur réussite professionnelle, mais l’intrigue est concentrée sur leur vie conjugale et familiale.

Madeleine Koffi, dans l’intimité de la chambre conjugale, menace son mari André avec des arguments « typiquement féminins » : « Si tu fiches en l’air le mariage de notre fils, je fais la grève ! ». Une leçon de féminisme, façon TF1…

 

 

1.10.           La culture (théâtre, peinture), marginale et peu valorisée

 

Charles, comédien ivoirien, tient un petit rôle dans une production de la pièce de Feydeau, « Le dindon », une comédie basée sur l’erreur et le quiproquo ; dans cette pièce, les hommes sont utilisés ici par les femmes pour se venger.

Sa présence, dans cette pièce du « patrimoine » français intrigue les trois beaux-frères qui assistent à la représentation (et cherchent à le piéger). Certes, cette pièce appartient au genre traditionnel du vaudeville, mais les metteurs en scène en perçoivent parfois les limites, et cherchent à renouveler le genre, à donner au texte des significations nouvelles (d’où le possible choix, pour « ranimer la flamme » vacillante, de choisir un acteur noir).

Les talents picturaux de Ségolène Ling sont contestés : pour son père Claude, « La place de son autoportrait est au grenier ». Mais, par ailleurs, Ségolène affirme « préparer une exposition »… Pour le spectateur, le doute subsiste.

La famille Verneuil consacre du temps à la lecture : le Figaro, pour Claude, le père de famille, Le Figaro Madame, pour Marie sa femme, et Umberto Eco pour une des filles.

 

 

 

1.11.           Quelques éléments qui intègrent le film dans son époque, dans la « modernité »

 

La Zumba® : programme d’entraînement physique inventé » dans les années 1990 et combinant des éléments d’aérobic et de la danse jazz. Selon le site officiel de la compagnie, plus de 12 millions de personnes participeraient hebdomadairement à un cours de Zumba. Dans le film, les deux mères (Marie la Française et Madeleine l’Ivoirienne) participent à un cours particulier donné par un « coach » dans la maison des Verneuil.

 

Le vapotage / la cigarette électronique : dispositif électromécanique ou électronique générant un aérosol destiné à être inhalé. Elle produit une « vapeur » ou « fumée artificielle » ressemblant visuellement à la fumée produite par la combustion du tabac. Cette vapeur peut être aromatisée — arôme de tabac blond, brun, de fruits, etc. — et contenir ou non de la nicotine. David jette à terre sa cigarette électronique et la ramasse aussitôt.

 

Skype : logiciel gratuit qui permet aux utilisateurs de passer des appels téléphoniques via Internet. Ce logiciel permet la première rencontre virtuelle entre les Verneuil à Chinon et les Koffi à Abidjan.

 

La tablette tactile : la société a commercialisé les premiers iPad en 2010. C’est un intermédiaire entre l’ordinateur portable et le Smartphone. Le prêtre consulte des pages de mode (ecclésiastique !) sur Internet pendant qu’il confesse Marie.

 

 

1.12.           Un feu d’artifice de références

 

Voici la liste des thèmes et citations proposées par le film (classées par thème, mais toujours en suivant le déroulement du film).

 

Les systèmes politiques et religieux, les traditions

Communisme   -   République Française (mariage civil – la Marseillaise)   -   Gaullisme /  Gaulliste.

 

Intégrisme,  -  prophète   -   Judaïsme (circoncision, kippa – sémite)   -   Catholicisme (Noël, Jésus, confession, crèche, messe de minuit, mariage religieux)   -   Islam (Halal – musulmans – sémite)   -   Jouets à Noël 

 

Les questions sociales, « environnementales »

Immigration      Délinquance   - LICRA  -  Racisme   -   « Roms »   -   Fukushima 

 

La géographie du film, « mondialisée ».

Afrique (Mali – Madagascar – Abidjan – Maroc – Traoré – Koulibali – « coupé-décalé » – Liban  -  Burundi  -  Alger)

Asie (« accent Thaï » – Chine – Tibet – Israël – Pékin -  Tel Aviv)

Europe (Chinon – Auvergne – Tours – tourangeau – Château de Chambord)

Amériques : (Antilles – Zumba)

Océanie : (Tahiti – Papouasie)

Esquimaude

 

Les personnages historiques

Yasser Arafat (1929 – 2004) – Mouammar Kadhafi (1942 – 2011) – Idi Amin Dada (1928 – 2003) – Charles De Gaulle (1890 – 1970) – Jean-Bedel Bokassa (1921 – 1996)  -  Robert Badinter (né en 1928)  - 

 

Alimentation

Champagne (casher ?)  - chien bouilli – autruche – aligot – porc – tarte normande – litchis – dinde halal – dinde casher – dinde laquée – « tête de nègre » – calvados – meringue au chocolat -  tête choco  -

 

Acteurs, chanteurs, produits culturels, marques  et « people »

Jacky Chan – Bruce Lee – Popeck – Enrico Macias – Catherine Deneuve – Louis de Funès – « Rabbi Jacob » – Benetton – Le Figaro – Le Figaro Madame – LCI – « Le Dindon » – « Il faut sauver le soldat Ryan » – « Douce France »  -  Feydeau – Uncle ben’s   -   Kirikou  -

 

Pour apprécier pleinement la subtilité et les finesses du scénario, convenons qu’il est indispensable de disposer de bonnes connaissances en histoire et en géographie (ces connaissances sont-elles toutes bien maîtrisées par le public adolescent ? Il est permis d’en douter…).

Le rythme endiablé du film impose une perception parcellaire des éléments : sur l’instant, l’analyse, l’articulation de ces différents éléments est bien difficile ! Le film s’adresse bien à « l’inconscient collectif » de notre société française, où flottent en permanence le meilleur comme le pire, l’essentiel et le plus insignifiant.

Mener une réflexion sur le « racisme » par exemple, nécessiterait un rythme bien plus lent, qui laisserait toute sa place à l’argumentation et au raisonnement. Le film ne fonctionne pas ainsi, car ce n’est tout simplement pas son objectif implicite. Le film est un « rêve » à qui TF1 Films a donné une fin que la grande majorité des spectateurs perçoit comme « heureuse ».

 

 

 

 

2.          un film politique ?

 

 

« C’est quoi cette famille ? des communistes ? »

Personnage d’André Koffi, retraité ivoirien, découvrant la famille Verneuil

 

 

 

2.1.                   Un film « politique » ? L’analyse de personnalités politiques

 

 

« La politique au cinéma c’est ridicule.

Quand à « la politique et le cinéma », c’est un faux problème. Je veux bien prendre une mitraillette pour faire la révolution, mais pas une caméra.

Ce n’est pas un film qui changera la société ».

Claude Chabrol[37]

 

 

Le Figaro[38] a donné la parole à quatre personnalités politiques qui s’expriment sur le film :

 

Geoffroy Didier, secrétaire général adjoint de l’UMP :

« J’ai beaucoup aimé ce film que j’ai vu deux fois. Pour moi, le film est révélateur du coté complexe des français ; ils sont chauvins, et c’est naturel, mais ils acceptent tout de même l’autre. Il y a une alchimie, et les gens finissent, mine de rien, par s’entendre. Quoiqu’on en dise, la France n’est pas raciste. Cela dit, nous vivons dans une société politiquement correcte. Le film a du succès car tout le monde en prend pour son grade, y compris le bon catholique. Si on avait tapé sur une communauté plus qu’une autre, cela aurait créé des remous. Là il y a un équilibre, et c’est ce qui autorise l’humour ».

 

Jean Vincent Placé, Président du groupe EELV au Sénat :

« Le film marche parce qu’il est drôle et que les gens ont envie de s’amuser. Chacun peut retrouver ses billes, et le film c’est aussi cela. Le film, à mes yeux, est une forme de soutien, par le rire, à la diversité. Il est assez salutaire.(…) Le rire sur les communautés, le racisme et l’antisémitisme doit être manié avec prudence. Derrière la moquerie, il faut de la finesse et de l’équilibre. En ce sens, ce film réussit le pari ».

 

Pascal Cherki, Député Parti Socialiste de Paris, maire du XIV° arrondissement

 

« J’ai adoré ce film, c’est drôle et assez intelligent. Au départ, chacun fonctionne avec ses stéréotypes et dit ce que tout le monde a dit un jour. A la fin, le film amène à comprendre que ce qui compte, c’est l’épanouissement personnel. L’énorme succès vient du fait que la France y est bien représentée. Nous sommes un pays de brassage et nous sommes traversés par la mixité. Certains en ont peur, pour des raisons sociales principalement. La réalité, c’est que nous avons le plus fort taux de mariages mixtes au monde. Comme Clavier, parfait en gaulliste de province, les français semblent assez conformistes au premier abord. Mais ils sont capables de se dépasser. Ils savent qu’être français, c’est une adhésion républicaine, pas une adhésion à la religion. Même si tout le monde finit par aller à la messe de minuit ! ».

 

Louis Aliot, Vice-président du Front National  et Député français au Parlement européen

 

« C’est un film amusant, mais un peu grossi et plein de clichés, mais cela fonctionne comme une soupape. Je comprends que le public soit content de s’autoriser à rire de la mixité.(…) Ce film n’est pas un manifeste de l’antiracisme. Des couples mixtes, il y en a toujours eu, et cela relève de la vie privée, pas d’un choix politique. Dans le fond, le film montre la France d’après, celle dans laquelle chacun est ancré dans sa communauté, et dans laquelle tout le monde cohabite. Moi je continue à revendiquer l’assimilation pour tous ».

 

 

 

2.2.                   Le point de vue d’un … chroniqueur politique ( Jean-Michel Apathie sur RTL)

 

« Pour son réalisateur, Philippe de Chauveron, ce film est avant tout un moyen de « dynamiter » les préjugés d’où qu’il viennent. À la fin, une fois que les uns et les autres ont appris à se connaître, c’est l’amour qui triomphe du racisme. Mais le film parle aussi de la saturation de notre vieux pays qui, depuis quarante ans, a vu arriver des populations à la fois nombreuses et de cultures et de traditions très diverses. Le tout, concentré sur un territoire qui n’est pas si immense, génère beaucoup de frottements et d’incompréhension. La digestion est en train de se faire, au cinéma comme dans la société française.[39] »

 

 

 

 

3.          LE REFERENT IMPLICITE  (la mondialisation se poursuit, la crise en France aussi : les inégalités se creusent)

 

 

« Une comédie caracole en tête du box office en France

en se moquant des préjugés entre communautés, un succès inattendu

avant des élections européennes qui pourraient faire de l’extrême droite

la première force politique du pays »[40].

L’express.fr  -  10/05/2014.

 

 

Présidentielle de 1974 (1ier tour) – Jean-Marie le Pen : 0,191 million de voix

Présidentielle de 2012 (1ier tour) – Marine Le Pen : 6,421 millions de voix

 

 

Et la courbe du chômage ne s’est pas inversée, et la croissance est toujours atone… Voici une France bien désabusée, après seulement deux ans du premier mandat du Président Hollande. Les promesses n’ont pas été tenues… Le camp conservateur, sans projet reconnu, empêtré dans des scandales divers, peine à conquérir l’opinion. Pour quelques uns, de plus en plus nombreux, le vote pour l’extrême droite n’est plus un tabou.

Rappelons rapidement la situation de la France au cours de ces deux ans, deux ans seulement qui ont vu le Président socialiste passer  du « peuple de gauche » (2012) à « la France qui gagne » (2014), du social à l’économique.

 

 

3.1.                   Election du Président Hollande et législatives de 2012 : victoire du « changement »

 

 

 « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera jamais élu, et pourtant

il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ! »

M. François Hollande, candidat à la Présidence (22/01/2012 ; discours du « Bourget)

 

 

 

 

 

3.1.1.                       En 2012 : des élections gagnées par la Gauche

 

3.1.1.1.   L’élection présidentielle de 2012 (22 avril et 6 mai)

 

Participation

L’abstention tourne autour de 20 %. Le nombre de bulletins blancs ou nuls, supérieur à deux millions, est le plus élevé jamais observé au second tour d’une élection présidentielle en France. François Hollande est élu par moins de 50 % des votants.

 

Election présidentielle : résultats du premier tour (22 avril 2012)

Françoise Hollande : 10,272 millions de voix

Nicolas Sarkozy : 9,753 millions de voix

Marine Le Pen : 6,421 millions de voix[41]

Jean-Luc Mélenchon : 3,984 millions de voix   -  François Bayrou : 3,275 millions de voix   -   Eva Joly : 0,828 million de voix   -   Extrême gauche : 0,513 million de voix

 

Election Présidentielle : résultats du second tour (6 mai 2012)

François Hollande : 18 millions de voixNicolas Sarkozy : 16,860 millions de voix

 

 

3.1.1.2.   L’élection législative de 2012 (10 et 17 juin 2012)

 

Participation

Une abstention très importante : 44,6 % des inscrits !

 

Résultats par famille politique :

Majorité présidentielle (dont PS – EELV et PRG) : 10,347 millions de voix

Droite parlementaire : 8,994 millions de voix

Extrême droite : 3,577 millions de voix  (3 Députés élus[42])

Front de gauche : 1,793 million  -  Extrême gauche : 0,253 million de voix

 

Les députés issus « de la diversité »

« Dix, c’est mieux que un. Le Cran (Conseil représentatif des associations noires) et Banlieue citoyenne ont fait les comptes : dix députés issus de la diversité ont été élus. Et huit seulement devraient effectivement siéger au Palais Bourbon, deux d’entre eux, Kader Arif et George Pau-Langevin, ministres, laisseront en effet leurs sièges à leurs suppléants. Sous l’ancienne législature, George Pau-Langevin était la seule élue issue de cette diversité. Ces nouveaux élus représentent 2% (voire 1,6% si l’on enlève du décompte les ministres) des députés nouvellement élus. Tous sont des élus socialistes ou Europe Ecologie-Les Verts.[43] »

 

 

3.2.                   Des réformes controversées

 

 

3.2.1. Mariage pour tous

Cette mesure constitue « l’engagement 31 » du candidat Hollande à l’élection présidentielle. Le mariage pour les personnes de même sexe (« mariage pour tous ») est autorisé en France par la Loi du 17 Mai 2013. La Loi a fait l’objet de nombreux débats et a connu une opposition forte (manifestations très suivies de novembre 2012 à mars 2013).

Le gouvernement et les députés socialistes renoncent à autoriser la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de femmes. La gestation pour autrui (GPA) fait aussi débat.

[Un « câlin », tendre et affectueux entre Charles et Laure sera la seule concession du film à la « sexualité »..]

 

 

 

3.2.2. Reforme des collectivités locales

Le Président de la République a l’intention d’arriver à un nouveau découpage des régions (onze ou douze) ; il pense que « les conseils généraux ont vécu ». A Gauche comme à Droite, des résistances à ce projet s’organisent.

 

 

3.3.                   Une société française « bloquée », de plus en plus inégalitaire

 

« Depuis 1998, les émoluments des 435 membres des comités de direction des sociétés du CAC 40 ont, selon Proxinvest, grimpé de 215 %, alors que, durant la même période, le salaire des Français n’a progressé que de 25 % »

Hervé Kempff[44]

 

 

« Depuis une dizaine d’années, l’échelle des revenus s’est littéralement brisée

du fait de l’envolée des très hauts revenus.

En France, beaucoup gagnent peu, et peu gagnent beaucoup :

0,01 % de la population gagne chaque mois plus de 61 292 euros ».

Alternatives économiques[45]

 

« Ce qui bloque dans la société française, c’est le pouvoir féroce de l’oligarchie, de la haute bourgeoisie qui, avec ses réseaux, ses écoles, ses relations, monopolise les postes. Ses membres sont bien installés sur le marché et ils s’efforcent de ne pas laisser arriver des nouveaux. C’est un fonctionnement mafieux ! Le capitalisme de marché, le déclin de l’idéal républicain, le sens français des castes ont créé une société bloquée et les enfants d’origine modeste se persuadent qu’ils ne peuvent plus sortir de leurs cités, changer de milieu, et apprendre de nouveaux codes »[46].

 

En 2014, 24 français possèdent un patrimoine supérieur à 1 000 millions d’euros (le plus souvent, ils doivent leur fortune actuelle à la réussite de leurs parents).

La France compte par ailleurs 2,3 millions de millionnaires sur son sol.

A l’opposé, dans notre pays, 140 000 personnes sont sans domicile fixe, un chiffre qui a augmenté de 50 % ces trois dernières années.

 

 

3.4.                   Une réorientation économique « plus proche de la réalité de la situation économique du pays ».

 

 

Le Président Hollande décide, début 2014, de nouvelles mesures pour lutter contre le chômage et redonner de la compétitivité aux entreprises. Le choix est fait d’une politique de l’offre, d’une politique en faveur des entreprises, de l’abandon de la réforme fiscale. Le Président envisage une réduction inédite des dépenses publiques – 50 milliards d’économies en trois ans dont 21 prévus en 2015 – déclinée dans le « pacte de stabilité ».

Au moment où le film triomphe, la France des moteurs de la croissance sont grippés. Alors que le gouvernement tablait sur un rythme de croissance de 1%, le PIB stagne désespérément à 0 %. On constate également une baise des investissements des entreprises, une diminution de la consommation des ménages et un ralentissement des exportations par rapport aux importations.

A l’Assemblée, le vote consultatif (29/04/201) sur le pacte de stabilité défendu par le Premier Ministre Manuel Valls recueille, au sein du groupe socialiste,  41 abstentions et 3 votes « contre ». Un record.

 

 

3.5.                   Des élections municipales (23 et 30 mars 2014) marquées par l’abstention et la déroute électorale du Parti socialiste

 

 

Municipales 2014 : une abstention record !

« Les français ont boudé massivement l’élection municipale avec un taux d’abstention  record de plus de 37 %. Du jamais vu sous la V° République pour un second tour (il s’établissait à 36,4 % lors du premier tour). Au deuxième tour de la Municipale de 2008, le taux d’abstention était de 34,8 %.[47] »

 

Municipales 2014 : un cataclysme dévastateur pour la Gauche

« Le premier tour des élections municipales, dimanche 23 mars, laissait présager une déroute de la gauche. Le second tour, dimanche 30 mars, l’a transformée en cataclysme. Une hécatombe dont on ne trouve pas l’équivalent dans les annales des scrutins municipaux, même en 1977, cru « historique » en faveur de la gauche. Cette fois, elle a bu le calice jusqu’à la lie : elle perd 151 villes de plus de 10 000 habitants, quand la droite enregistre un gain net de 142 villes et l’extrême droite en conquiert 11.

Pour la droite, le succès est historique, inespéré. Elle inverse les rapports de forces dans toutes les tranches de population. Le Front National emporte dix villes. Les mauvais résultats de la gauche aux municipales ont, par ailleurs, scellé le sort de sa fragile majorité au Sénat en septembre.[48] »

 

Municipales 2014 : le « peuple de Gauche » boude les urnes

« Les abstentionnistes sont principalement des moins de 35 ans, diplômés bac ou bac +2, +3 selon un sondage Ifop réalisé dans des communes de plus de 1000 habitants. L’institut pointe également une abstention de 50 % chez les ouvriers. Autre enseignement de cette étude, l’abstention affecte davantage l’électorat de gauche. L’abstention atteint des sommets dans les villes populaires d’Ile-de-France (par exemple, 61 % d’abstention à Stains) et dans les villes du Nord (61 % à Roubaix, 55 % à Tourcoing).[49] »

 

Elections municipales 2014 : résultats nationaux par nuances de listes (premier et second tour réunis) :

Droite parlementaire : 14,768 millions de voix

Gauche parlementaire : 12,557 millions de voix

DIVERS : 2,777 millions de voix

Extrême droite : 1,760 million de voix

Extrême gauche : 0,136 million de voix

 

Elections municipales 2014 : La question de la « Diversité »

 

Quatre maires des minorités visibles sont élus dans des villes de plus de 30 000 habitants. D’origine guadeloupéenne, la socialiste Hélène Geoffroy est élue à Vaulx-en-Velin (43 000 habitants, Rhône), tandis que le communiste Azzedine Taïbi, d’origine algérienne, est élu à Stains (35 000 habitants, Seine-Saint-Denis). L’ancienne ministre UMP Rachida Dati est réélue dans le 7e arrondissement de Paris, tout comme la sénatrice PS Samia Ghali dans le 8e secteur de Marseille. À Yèbles (Seine-et-Marne, 700 habitants), la nouvelle maire est Marieme Tamata-Varin (sans étiquette), une femme noire et musulmane. Mohand Hamoumou, fils de harki, est réélu à Volvic (4 000 habitants) dès le premier tour, tout comme Blaise Diagne à Lourmarin (Vaucluse) ou encore Xavier Cadoret, né Karim Kadouri, à Saint-Gérand-le-Puy (Allier, 1 000 habitants). D’origine togolaise, le socialiste Simon Worou est élu maire de Sainte-Juliette-sur-Viaur (Aveyron, 577 habitants) sur une liste sans étiquette.

 

Le sociologue Éric Keslassy souligne un retard de la droite sur ces questions : « La question de la diversité, telle que mise en avant par Nicolas Sarkozy, est passée de mode à droite. [Même avant] l’UMP était dans une logique du symbole : elle mettait quelques personnes en avant mais sans mettre en place de politique structurelle. »

Selon une enquête du CRAN, les équipes sortantes comptaient 9 % d’adjoints issus de la diversité : « Ce n’est pas ridicule, puisque pour être équitable, il en faudrait 13 % ou 14 % » selon son président.[50] »[]

 

 

3.6.                   « Un film triomphe en France en se moquant des préjugés entre communautés » :

 

« Notre capacité naturelle d’intégration semble affaiblie

par la perte de substance nationale et l’internationalisation des modes de vie.

La spécificité de nos coutumes et de nos mœurs tend à s’amoindrir »

Michel Winock – Parlez-moi de la France[51]

 

 

« Aujourd’hui, environ dix millions de Français, soit un sur six,

ont un parent ou un grand-parent étranger »

Philippe Moreau Defarges[52]

 

 

L’Express tente d’établir un lien entre le triomphe du film et les scores du Front National aux différentes élections :

 

 

« Le film, plébiscité dans les banlieues défavorisées comme dans les villes bourgeoises, s’attaque aux sujets sensibles de l’antisémitisme et du racisme, quelques mois après des attaques ayant visé la ministre noire de la Justice, Christiane Taubira, et après une vive polémique liée à un humoriste controversé, Dieudonné, accusé d’antisémitisme. 

Par les thèmes de l’attachement aux traditions, de la France éternelle face à la diversité, il fait aussi involontairement écho aux sujets de campagne avant le scrutin européen du 25 mai. 

Or selon les sondages, le parti d’extrême droite Front national (FN) pourrait être au coude à coude avec le parti de droite UMP, voire en tête. La présidente du FN, Marine Le Pen, en a fait son objectif après la performance de son parti[53] aux municipales de mars, avec le gain de onze mairies. Inquiet de ce contexte préélectoral, le président François Hollande a publié jeudi une tribune dans le quotidien Le Monde pour dénoncer parmi les « peurs » agitées par les populistes ou les eurosceptiques celle des étrangers, désignés comme des « boucs émissaires », la « discorde religieuse » ou l’opposition des « identités nationales à l’engagement européen.

Selon le sociologue Gérard Neyrand, l’engouement pour ce film « est une réaction positive, rassurante, au discours politique dramatisant ». 

Selon cet expert, « la forte abstention aux récentes élections a donné l’impression que les thèses du Front national montaient en puissance mais ça ne semble pas exact. Et le fait que les gens courent voir ce film est un pied de nez au racisme », dit-il dans un entretien publié cette semaine par le quotidien Le Parisien. »[54]

 

 

3.7.                   Le thème apparent du film : le racisme ou le communautarisme ?…

 

 

« Et bien dans ma salle, il y avait de tous les âges et de toutes les couleurs, mais surtout bronzés, et c’est peut-être aussi pour ça que cartonne. Les blacks rigolaient à gorge déployé sur les vannes les concernant, idem pour les rebeus, et en sortant tout le monde était joyeux parce qu’ils venaient de voir une comédie où il y a des acteurs qui leur ressemblent.

Alors vos insinuations, genre en fait c’est un film raciste,

c’est vraiment de la mauvaise fois ou tout simplement de la bêtise ! ».

Publié par Larue – courrier des lecteurs – Les Inrockuptibles[55]

 

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens

sans distinction d’origine, de race ou de religion »

Constitution (1958)  – Extrait de l’Article 1 (modifié en Juillet 2008)

« On a d’abord tenté de classer les hommes en races selon leur apparence  physique, puis selon leur patrimoine génétique, mais toujours sans succès.

Le concept de race humaine est un concept sans définition ».

Albert Jacquard (Généticien)

 

 

3.7.1. Un racisme toujours vivace, une immigration clandestine cause de drames épouvantables, si vite oubliés…

 

 

3.7.1.1.     Antisémitisme, la haine jusqu’au crime

En 2006, l’opinion publique française est particulièrement choquée par l’affaire du gang des barbares au cours de laquelle un jeune homme juif, Ilan Halimi, est enlevé, puis torturé et tué par une bande dirigée par Youssouf Fofana. Les motifs de l’enlèvement initial d’Halimi étaient essentiellement crapuleux, mais l’antisémitisme a joué un rôle dans la violence des malfaiteurs et dans leur choix d’une victime israélite, supposée fortunée.

En 2012, le terroriste Mohammed Merah, âgé de 23 ans, assassine quatre personnes (adulte et enfants) au collège lycée juif Ozar Hatorah, à Toulouse.

 

 

3.7.1.2.     Immigration clandestine : l’enfer aux portes de la forteresse Europe

Entre 1989 et 2009, il y a eu plus de 15.000 morts en Méditerranée, en moyenne.

« Le 3 octobre 2013, le naufrage, au large de Lampedusa, d’un bateau transportant des migrants somaliens et érythréens a fait 300 morts »[56].

 

 

3.7.2.  Des clichés, pour en rire ou pour en pleurer ?

 

Le journal « La voix du Nord » s’interroge :

« Et c’est bien là toute la question. Le film Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? réussit effectivement le pari de faire rire, tous et de tout un chacun. Mais pourquoi rit-on ? Pour se moquer de l’archétype raciste de province ? Ou parce que ces clichés, des Français les partagent vraiment et en rient en toute conscience ?

Le réalisateur dit ne pas avoir voulu faire un film politique mais sur la tolérance. Or, si au cinéma tout se termine dans le meilleur des mondes, dans la réalité, depuis quatre ans, l’indice de tolérance des Français envers les étrangers ne fait que baisser. Quand bien même le nombre de mariages mixtes augmente.

Les Français ont ainsi l’art de manier les paradoxes. Les chiffres du dernier rapport de la Commission nationale des droits de l’homme sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie le prouvent : près de quatre Français interrogés sur dix (39 %) déclarent ne pas être racistes du tout. Pourtant, ils sont trois sur quatre (soit 75 %) à estimer quand même qu’il y a trop d’immigrés en France. Là, pour le coup, on ne rit plus du tout. [57]»

 

Examinons ces chiffres (de 2013) dans le détail :

 

39% des Français se déclarent « pas racistes du tout ». Ils étaient 44% en 2012. Près d’un sur dix se déclare « plutôt raciste » (+2 points), 26% « un peu racistes » (+4). (Sondage de l’institut BVA pour la CNCDH)

 

75% des Français pensent qu’il y a trop d’immigrés (+ 27 points par rapport à 2009). Principaux visés : les Roms, devant les musulmans, les Maghrébins, les Asiatiques, les juifs et les Noirs. (Chiffre CNCDH, rapport 2013)

 

 

3.7.3.                       «On ne naît pas raciste, on le devient»

 

Christine Lazerges est la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme

« Le racisme est protéiforme. Le racisme biologique, celui qui considère qu’il existe des races supérieures, est plutôt en perte de vitesse, même s’il peut y avoir des relents. Les mariages mixtes sont de plus en plus acceptés par les familles, de moins en moins de personnes blanches pensent que les Noirs sont inférieurs.

En revanche, il y a un glissement vers un racisme culturel, les gens acceptent de moins en moins que les populations immigrées gardent leurs rites et coutumes. Avec une cristallisation envers la population arabo-musulmane : l’islam des Maghrébins.

Autre fait inquiétant, les indignés contre le racisme, ceux qui se disent pas racistes du tout, diminuent. C’est lourd de conséquences. Les préjugés retrouvent de la vigueur. La parole se libère. Et si la laïcité est plébiscitée par les personnes interrogées, c’est plus par crainte de l’islam, la crainte des religions que pour la laïcité en tant que telle. »

       « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » met en scène ces préjugés...

« C’est très raciste. Je n’ai vu que la bande-annonce : c’est tout à fait ambigu.»

 

 

3.7.4.                       « Un film plus efficace que les spots anti-racistes »

 

[Par Patrick Lozes, co-fondateur et ancien Président du CRAN, le Conseil représentatif des associations noires de France]

 

« Le film vogue sur les clichés et les tabous mais n’y sombre pas. Il évoque efficacement le racisme ordinaire, l’antisémitisme, la mondialisation, l’immigration ou encore l’intégration. Bref, des sujets d’une brûlante actualité qui font tension dans la société française.

Plus largement, ce film très actuel évoque les contradictions individuelles ainsi que celles du corps social partagé entre ouverture aux autres et réactions de contraction. Il décrit les êtres humains tels qu’ils sont, mais comme ils refusent parfois de se l’avouer.  

Le cinéma est un puissant vecteur de message. « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » éclaire de l’intérieur, ceux qui, « de bonne foi », préfèrent que leurs enfants soient en couple avec des gens bien de chez eux. La méfiance, la crainte du qu’en dira-t-on, l’égoïsme, l’intolérance, le peur de l’autre, y sont montrés avec la volonté d’expliquer et non pas d’excuser.

Le film réussit le tour de force de pouvoir s’adresser à la fois aux racistes et à ceux qui ont le racisme en horreur. Il n’élude pas la question du racisme anti-blanc. Il montre crûment le racisme des minorités envers la majorité, et le racisme qui peut exister entre les minorités.

 

Cette comédie généreuse et qui fait réfléchir en donnant l’impression de ne pas y toucher, est bienvenue.

Le film montre sans ambages que le racisme est la chose la mieux partagée entre les groupes humains, mais il le fait sans être accusateur. Il évite le manichéisme et la victimisation. Les antiracistes feraient bien de s’en inspirer.

Ce film vaut à lui tout seul des dizaines de spots et de campagnes anti-racistes devenus inefficaces à force d’utiliser les méthodes moralisatrices et totalement inadaptées à l’état actuel de la société française »[58].

 

 

3.7.5.                       Les Roms[59]… si différents, si « agressifs », si pauvres…

 

« Heureusement que vous n’avez que quatre filles.

Si vous en aviez une cinquième, elle aurait pu épouser un « Rom »

Charles, comédien originaire de Cote d’Ivoire, au couple Verneuil

 

« Au cinéma, le gitan est rarement un héros positif.

Impossible alors de construire sur son personnage un complice supposé de l’idéologie dominante, à l’image par exemple

du « bon Noir » ou du « bon Indien »[60]

Gérard-Louis Gautier

 

« Vous avez l’impression qu’on harcèle beaucoup les Roms ? Parce que moi, j’ai l’impression que les Roms harcèlent beaucoup les Parisiens»[61]

Nathalie Kosciuko-Morizet – candidate UMP à la Mairie de Paris

 

 

« Comme quoi Hitler n’en a  peut-être pas tué assez »

Gilles Bourdouleix, Député-Maire de Cholet (en juillet 2013)[62]

 

 

« Les dirigeants européens, et notamment français, cèdent aux préjugés contre les Roms en les alimentant ou en fermant les yeux, dénonce Amnesty International dans un rapport publié ce mardi à l’occasion de la Journée internationale des Roms. Un constat déjà signalé par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) qui soulignait récemment la banalisation du racisme qui se focalise notamment sur les Roms

« Plusieurs cas de violence contre des personnes roms commis par des personnes privés ont été rapportés par les médias et les associations en 2013, note Amnesty. En outre, des pratiques de harcèlement policier et d’intimidation sont récurrentes avant et pendant les évacuations de campement. Cette violence se produit dans un contexte où une parole politique clairement discriminatoire s’est libérée au sein de nombreux partis »[63]

 

« Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a assuré que seulement une minorité de Roms souhaitent s’intégrer en France. « Il y a évidemment des solutions d’intégration mais elles ne concernent que quelques familles, c’est illusoire de penser qu’on règle le problème des populations roms à travers uniquement l’insertion », a-t-il indiqué. (…) « Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres » a déclaré  Manuel Valls, ministre de l’Intérieur et membre du Parti Socialiste, sur France Inter »[64].  

 

Par « chance », le scénario a arrêté à quatre le nombre des filles Verneuil, et l’horrible perspective (que l’une d’entre elles épouse un PAUVRE, qui plus est ETRANGER), ne devra même pas être envisagée…La France « éternelle » respire…

 

Petit rappel historique : « Les Roms ont vu leur histoire jalonnée d’épreuves et de persécutions. Plus de 800 000 roms furent victimes des crimes commis par les Nazis. En Roumanie, 40% d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté soit avec moins de 2,15€ par jour. Ce qui explique les vagues de migration que l’Europe de l’Ouest observe ces dernières années »[65].

 

 

3.7.6. La représentation, l’image, (dans les medias, au cinéma) désormais presque aussi importants que la réalité

 

« A la sortie du film, Leïla, Adama et Mehdi, la vingtaine, étudiants à la fac Paris VIII de Saint-Denis, ne sont pas mécontents : « Pour une fois, les Français que les médias présentent comme « issus de l’immigration » ne sont pas des délinquants ou des glandeurs », note Mehdi, un grand sportif de 1,80 m, qui pourtant n’a pas envie de devenir footballeur, mais commercial à l’international.

« C’est vrai, les gendres de la famille Verteuil ont tous une bonne situation… Tous des exemples positifs » ajoute Leïla, légèrement voilée et maquillée et qui souhaiterait entamer une carrière dans l’audit.

Ces deux-là en ont marre des comédies bien de chez nous où les seuls Noirs, Arabes ou Asiatiques qu’on y trouve sont encore trop souvent cantonnés à des seconds rôles, aux statuts sociaux plus proches du balayeur ou de la femme de ménage »[66].

 

 

 

4.          TF1, un groupe puissant qui doit rajeunir et diversifier ses publics

 

 

La notion moderne de divertissement est liée à l’idéologie de la société de consommation. Il s’agit de nous faire croire que nous pouvons tous vivre – ne serait-ce que par procuration – ces destins de créatures olympiennes (vedettes de cinéma, de la politique, du sport, de la chanson) »[67].

Christian Zimmer

 

« Enfin, le groupe TF1, conscient de sa responsabilité sociale et environnementale, s’est largement impliqué dans

la promotion de la diversité, sur ses antennes comme en interne »[68]

Nonce Paolini, Président directeur général de TF1

 

 

Le film s’inscrit dans un travail cohérent de communication mené par le groupe Bouygues. Le spectateur du film, s’il connaît parfois le nom du réalisateur, ignore le plus souvent les conditions de production du film. Ici «  Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » s’inscrit dans une stratégie multimédia menée de main de maître par le groupe Bouygues.

Il s’agit encore « d’art cinématographique », mais la mise en place du projet est bien menée en terme de produit, de positionnement, d’articulation entre les médias, de cohérence éditoriale et de conquête de parts de marché. Sans oublier l’indispensable colonne vertébrale : la vision du monde, le sous texte idéologique si transparent pour le spectateur consommateur qu’il semble naturel, cousu de fils invisibles.

 

 

4.1.                   Le poids économique de l’empire Bouygues

 

« Mon groupe sera certainement plus tranquille avec Hollande »

Martin Bouygues – Le Journal du Dimanche – 20/05/2012[69]

 

Créé en 1952 par Francis Bouygues, le groupe est présent dans les secteurs du BTP, de l’énergie, de l’immobilier, des routes, des médias (achat de TF1 en 1987) et des télécommunications (lancement de Bouygues Telecom en 1996). Le groupe compte environ 128 00 salariés. Sa capitalisation est de 8,8 milliards d’euros.

 

 

4.2.                   Les Bouygues, une fortune familiale conséquente

 

Martin et Olivier Bouygues, ainsi que leur famille, sont à la tête d’une fortune de 2 300 millions d’euros (17ième rang des grandes fortunes françaises). Martin Bouygues possède avec sa famille 19 % de sa société.

Martin Bouygues aurait perçu en 2012 des revenus estimés à 2,5 millions d’euros.

En 2011, Martin Bouygues achète le château Montrose  (2° cru classé) à Saint-Estèphe (Médoc / Gironde). Il possède également le joli château du Luet en Sologne. M. Bouygues est une personnalité très influente du MEDEF.

 

[Anecdote ( !) : Martin Bouygues fut le témoin du second mariage de Nicolas Sarkozy et le parrain de son fils Louis].

 

 

4.3.                   La morosité du marché publicitaire inquiète TF1

 

« Le premier groupe de télévision en France a sabré dans ses coûts face à une concurrence accrue et un marché publicitaire toujours morose. TF1 évoque un attentisme persistant des annonceurs se traduisant par une faible visibilité sur l’évolution des recettes publicitaires. La filiale du groupe Bouygues  compte sur la coupe du monde de football pour doper ses audiences dans les mois à venir »[70].

Mais TF1 reste en position dominante, en captant 50 % des recettes publicitaires.

 

 

4.4.                   Conditionner toujours, pousser à la consommation, à travers une publicité « honnête et loyale »

 

« A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola par exemple à vendre son produit. Pour cela il faut divertir le téléspectateur, le détendre, pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons, à Coca-cola, c’est du temps de cerveau humain disponible»[71], avait déclaré en 2004 Patrick Le Lay (qui a dirigé TF1 de 1988 à 2008).

 

TF1 consacre un temps conséquent de son temps d’antenne à diffuser de la publicité, « une communication écartée de tout principe de vérité qui tente d’obtenir un consentement par une voie détournée. De là, sa propension manipulatrice (…) Il est très étonnant de constater qu’aucune entrave ne soit mise à l’usage de publicité à destination des mineurs, qui ne cesse de proliférer. Aux horaires des émissions de jeunesse, les grilles d’annonceurs sont pleines (…) Les programmes spécifiques pour la jeunesse, loin d’éduquer les enfants, favorisent en réalité une meilleure recevabilité des styles publicitaires – dessins animés, personnages fictifs de référence – et diffusent une culture consumériste qui n’est pas sans danger, et d’abord pour la santé des enfants »[72]. Cela est vrai sur TF1, mais hélas aussi sur les chaînes de France Télévision…

 

 

 

4.5.                   TF1 pour gagner de nouvelles parts de marché, casse son image conservatrice vieillissante et ose une stratégie d’ouverture assumée

 

 

« Construire notre avenir, c’est notre plus belle aventure »

Slogan du groupe Bouygues

 

« Avouons-le, les émissions de télévision qui sont les plus regardées

sont d’une affligeante débilité »[73]

Alain Bentolila

 

 

Le groupe TF1, « premier groupe media français », a adopté une stratégie innovante, inattendue… et payante pour garder sa place dans la concurrence capitaliste mondialisée. Le PDG, Nonce Paolini, affirme ainsi :

« Pour nos antennes, notre ambition est de proposer de grandes marques à nos publics en trouvant les meilleures synergies entre les chaînes du groupe. Tous les programmes sont aujourd’hui pensés pour tous les écrans afin de favoriser l’interactivité et l’engagement avec nos publics. Les relations nouvelles proposées sur le digital permettent d’échanger à distance avec sa communauté sur les programmes, quel que soit l’écran. Les technologies numériques permettent à TF1 de multiplier les points de contact avec ses publics (…) Premier groupe media à obtenir le label diversité AFNOR, le groupe a recruté cette année, au travers de sa fondation, sa 6° promotion de jeunes issue des quartiers. »

 

Le 17 juillet 2006, c’est sur TF1 que le journaliste Harry Roselmack, d’origine martiniquaise, présente pour la première fois le journal télévisé. Il devient l’un des seuls journalistes noirs à présenter un journal d’information sur une grande chaîne nationale. Eh oui, parfois, quand cela est conforme à ses intérêts, TF1 n’hésite pas à vouloir changer le monde, en bien !

 

 

[

 

4.6.                   Avril 2014, la nouvelle campagne de publicité de TF1 : « Partageons des ondes positives »

 

« Et si on voyait les choses autrement ? Partageons des ondes positives. » C’est la signature du clip publié par TF1, jeudi 10 avril : ce message conclut un petit film de 45 secondes qui est la première campagne d’image du groupe audiovisuel depuis plusieurs années.

« Les Français font la gueule... les Français ne croient plus en rien... Les Français sont racistes... Les Français sont des perdants... » Dans ce spot réalisé par le publicitaire Gabriel Gaultier, ces clichés plutôt pessimistes sont énoncés pour mieux être démentis par les images : une tablée riante, une maternité, un couple mixte au lit... L’apothéose est un but du footballeur Mamadou Sakho contre l’Ukraine »[74].

 

 

5.Le triomphe des technologies (et de la sexualité « libérée »)  marque-t-il la fin de la politique ?

 

Constatons que les personnages du film peinent à différencier un Gaulliste d’un Communiste… A leur décharge, il convient de rappeler que les nouvelles technologies issues de la révolution numérique multiplient les occasions et les possibilités de nous intéresser, bien au chaud dans notre cocon technologique, à des sujets, de nous consacrer à des activités (jeux vidéos, télé réalité, réseaux sociaux, préparation et réalisation de « flash mob », mais pas seulement !) bien plus passionnantes que la politique.

Voici venir aujourd’hui l’application Bang Your Friends sur Facebook, qui va, sans le moindre doute, nous apporter le supplément d’âme qui nous faisait défaut ! Voici quel est son principe :

« L’utilisateur se connecte à l’application et sélectionne ceux de ses amis Facebook avec lesquels il aimerait coucher. A ce stade, l’information est confidentielle ; les personnes élues n’en savent rien. Mais si jamais l’une d’elles a coché par le passé, ou si elle le fait à l’avenir, alors un message vous sera adressé à tous deux, vous informant de la réciprocité de votre dilection. Feu vert ! La suite ? On la devine… »[75].

 

 

 

6.          L’Eglise et la « modernité » : la réalité  dépasse la fiction !

 

Alors que le film évoque les traditionnels « mariage à l’Eglise » et autres « Messe de minuit », voici que la modernité vient bouleverser les pratiques traditionnelles, y compris dans les lieux les plus « sacrés » du catholicisme :

 

«  L’esplanade de la basilique du Rosaire à Lourdes s’est transformée en piste de danse ( !), le mercredi 26 avril dernier. En effet, les collégiens et lycéens du pèlerinage du diocèse d’Angoulême y ont effectué un flash mob (mobilisation éclair) sur une musique du groupe Glorious, le groupe de rock catho de référence. Au total, ils étaient près d’un millier de jeunes à y participer.

Une belle initiative réalisée grâce à la collaboration des Sanctuaires et très appréciée des pèlerins présents.[76] »

 

CONCLUSION
Un film-flèche décoché par l’arc idéologique TF1

 

 

« En une semaine, près de deux millions de spectateurs ont vu « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? », une comédie balourde qui, sous couvert de tolérance, s’avère douteuse »

Jacky Goldberg – Les Inrockuptibles[77]

 

 

 

(Sagesse africaine ?) André Koffi, militaire ivoirien retraité :

« On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ! »[78]

 

 

Quel est la plus efficace des propagandes ? Incontestablement celle que l’on ne décèle pas en tant que telle, celle qui est « invisible » ou « silencieuse [79]» !

Constatons que les nombreux articles consacrés au film ne s’intéressent pas au producteur, TF1, et que Marianne, en huit pages de dossier, évoque une seule fois le nom de la chaîne privée… qui pourtant ne se cache nullement !

 

Certes, nous vivons dans une société démocratique, néo-libérale « modérée » par un gouvernement « de gauche » démocratiquement élu, bien loin des pratiques des pays totalitaires, mais, pour autant, nos sociétés ne sont pacifiées qu’en apparence. Les crises du capitalisme, l’irresponsabilité du secteur financier (et les dérèglements environnementaux qu’elles induisent) fragilisent le corps social (pauvreté, exclusion, explosion des inégalités, etc.). Chacun se réfugie dans sa sphère, chacun regarde l’avenir avec inquiétude. L’Autre n’est plus une source d’enrichissement, mais un danger potentiel dont il faut se méfier.

 

Là-haut, tout là haut, inaccessibles dans leur bulle privilégiée, les « décideurs », les « gagnants » du Libéralisme imposent (par la douceur d’une propagande qui ne s’annonce pas comme telle) leur vision du monde idéal, du Bonheur pour aujourd’hui et pour demain ; un monde où tous seront appelés, où tous seront élus, à condition d’accepter, pour l’instant, quelques nécessaires sacrifices…

Le chemin pour accéder à ce monde idéal, c’est à travers des « œuvres familiales », - le plus souvent sans sexe, sans haines et sans violence – au cinéma, à la télévision, dans ses chaînes d’information, que Martin Bouygues nous invite à le découvrir, quitte à nous bousculer (il nous faut maintenant « accepter plus de couleurs dans nos vies ») dans nos stéréotypes, nos représentations les plus conservatrices.

Rien d’étonnant à ce que certains progressistes puissent se réjouir sincèrement de tels messages sur un tel canal supposé absolument réactionnaire.

 

Mais là n’est pas, pour l’empire TF1, le véritable objectif ! Si le système néo-libéral peut évoluer, c’est seulement à la marge ! Pour le reste, il convient de capter les aspirations mimétiques de la classe moyenne (qui ne demande que cela…) et leurrer les classes populaires, les exclus, qui, dans ce type de scénario, n’auront guère que les plus petites miettes du « gâteau », un fragile RSA…

Rien ne doit mettre en danger les situations acquises, dominantes, des « élites ».

Par ailleurs, malgré quelques concessions à la « modernité sociale », gageons que les dirigeants et actionnaires de TF1 (chaîne « publique » jusqu’en 1985 !), ne seraient pas trop peinés par un démantèlement plus marqué de l’Etat-Providence…

 

Il s’agit bel et bien, avec ces « produits cinéma » de « rendre imaginairement harmonieux les rapports contradictoires entre groupes sociaux »[80].

 

Il est possible alors d’orienter la colère (justifiée) des classes populaires sur un bouc émissaire « vraiment différent » (difficile de faire tenir ce rôle aujourd’hui aux Juifs, aux Jaunes, aux maghrébins ou aux Noirs, alors… pourquoi pas les Roms !...), de les inciter à gâcher leur pouvoir électoral réel en braquant les caméras et en sur médiatisant un parti populiste et xénophobe.

Il est primordial de flatter leur rêve d’ascension sociale, inaccessible, par de la téléréalité, du foot nationaliste, des séries américaines « vitaminées », des films de cinéma sur la France-où-il-fait-si-bon-vivre, le tout scandé par le JT de 13H00 de Jean-Pierre Pernault, tellement proche des « vrais gens », sans oublier la publicité, les « sponsors », les « partenaires, les « égéries des marques », etc.

Quand il sera, dans quelques mois, diffusé sur TF1, « Qu’est-ce qu’on a fait… » sera lui aussi « saucissonné » sans considération pour son statut « d’œuvre artistique ». Ce « support » mettra  en valeur… des écrans publicitaires fort lucratifs pour la chaîne privée ! « Le bien-être est devenu Dieu et la publicité son prophète »[81]

 

Force est de constater que, en dépit des nombreuses alternances politiques, ce système complexe et malsain s’est durablement installé dans notre pays. L’élévation du niveau scolaire n’y change rien. Le cinéma y tient vaille que vaille son rôle, mais il n’en sort pas grandi…

« Etant donné les formes tout à fait nouvelles que prend la domination [82]», sans volonté politique forte, sans prise de conscience collective, TF1 continuera à « faire son job » au sein du groupe Bouygues, à narrer un hypothétique roman national, à évoquer la nostalgie d’un temps rêvé, avec comme ligne directrice bien visible (à qui veut la voir !) : « tout changer… pour que rien ne change » !

 

 

Gérard Hernandez

Lauréat de la certification « Cinéma-audiovisuel »

Article rédigé en Mai 2014 avec la documentation de l’espace « Images Histoire »

de la Médiathèque Jacques Ellul de Pessac (33).

 

 

 

Mai 2014 : Les Français ne se sont pas opposés, ou ont choisi,… une France populiste, sectaire et xénophobe !

 

Les élections européennes se sont déroulées le dimanche 25 mai 2014 :

 

Sur un total de 44 millions d’inscrits, 57 % des français (plus de 25 millions d’inscrits…) ont choisi de ne pas aller voter

 

4,9 millions d’électeurs ont approuvé les thèses du Front national, ce qui place le parti d’extrême droite, pour la première fois dans l’histoire électorale française, en tête des suffrages.[83]

Les Français ont clairement indiqué quelle interprétation du film ils privilégiaient : trop d'étrangers en France, dont la présence constitue bien une menace pour "l'identité nationale"… Peur, repliement, rejet de l'autre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A N N E X E S

 

§       A) Dans la Presse, quelques critiques du film

§       B) La presse tente d’expliquer le succès du film (p.53)

§       B) Portrait du réalisateur Philippe de Chauveron (p.61)

§       C) Entretien avec le réalisateur paru [MARIANNE] (p.61)

§       D) "Grâce de Monaco", une co-production TF1 Films

 

 

 

 

A)   DANS LA PRESSE  :

 

Le Monde (article de Franck Nouchi)

 

« Plus de trois millions d’entrées en deux semaines ; 32 % de part de marché :Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, le film de Philippe de Chauveron, fait actuellement exploser tous les compteurs du box-office français. Accueil critique ? Inexistant, aucune projection de presse n’ayant précédé sa sortie.

Bouche-à-oreille ? Exceptionnel, à tel point que les deux plus gros succès du cinéma français, s (19,44 millions d’entrées) et même Bienvenue chez les Ch’tis (20,48 millions) ne paraissent pas hors d’atteinte.

Visible sur Internet, l’efficace bande-annonce laisse présager le pire : 1,58 min de clichés raciaux ou racistes, on ne sait trop, en tous genres. Quel est donc ce film qui fait salle comble aussi bien à Paris qu’en régions ? Un ersatz cinématographique des thèmes chers au Front national ? L’affaire est plus compliquée.

Claude Verneuil, catholique, gaulliste et notaire de son état, et madame vivent dans une splendide maison de maître à Chinon, en Indre-et-Loire. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si trois de leurs quatre charmantes filles n’avaient eu la malencontreuse idée d’épouser l’une un Arabe musulman, l’autre un juif séfarade, la troisième un Asiatique, vraisemblablement d’origine chinoise. Comme le dit cet excellent M. Verneuil, les déjeuners de famille sont devenus de véritables « réunions de la Licra ».

Pauvres Verneuil ! Eux qui espéraient tant arriver à bien marier leurs filles… Il leur faudra tout supporter, y compris la circoncision de leur petit-fils et le souhait de leur gendre – David Benichou, original n’est-ce pas ? – de voir le prépuce du cher petit enterré dans leur parc.

Heureusement, les trois gendres ne sont pas de mauvais types. L’un est banquier, l’autre homme d’affaires, le troisième avocat. Et quand, un soir, ils se mettent à chanter La Marseillaise, la main sur le cœur, face à leur beau-père, ce dernier ne peut que rendre les armes : on peut donc être à la fois français et patriote, sans être tout à fait blanc et catholique.

Hélas pour M. Verneuil, son calvaire n’est pas terminé. Voilà que sa quatrième fille, une charmante blonde, vient lui annoncer, ainsi qu’à sa femme, qu’elle va épouser Charles, un catholique… ivoirien. Catastrophe ! Il ne manquait plus qu’un Noir dans la famille Verneuil ! D’où le titre du film, vous l’aurez compris.

Passons sur l’avalanche de clichés en tous genres – à en juger par les rires qui fusent dans la salle, certains font mouche. Et retenons simplement cette remarque de David Benichou : « On est tous un peu racistes… » Car voilà bien l’idée centrale du film : quelles que soient notre religion et nos origines, nous serions tous, catholiques, juifs, musulmans, Chinois, Ivoiriens… un petit peu racistes. Surtout les hommes (les femmes, elles, semblent moins perméables aux préjugés, plus naturellement enclines à la tolérance et à l’altérité).

UN PETIT SENTIMENT DE GÊNE

Comme nous sommes au cinéma, tout finit évidemment bien. Une partie de pêche et un bon repas permettront à M. Verneuil et au père du marié ivoirien de nouer une belle amitié. Preuve, s’il en fallait, qu’en France tout se règle par un gueuleton, du bon vin et une bouteille de calva. L’un et l’autre, le notaire de province et le bourgeois ivoirien, sont racistes et pleins de préjugés ? Et alors, semble faire accroire le film ? Ne le sommes-nous pas tous un peu ? Il n’y a là rien d’irrémédiable, pour peu que tout le monde accepte de faire un petit effort, à commencer, c’est la moindre des choses, par les non-Français de souche.

Curieux film, laissant présager le pire dans sa première moitié, que l’on finit parfois par trouver drôle, y compris à son corps défendant. Derrière le message de tolérance qu’il entend délivrer – vive la différence, vive les mariages mixtes – se profile pourtant quelque chose de plus ambigu, une manière, certes comique mais tout de même, de vouloir banaliser sinon le racisme, du moins les propos racistes. Inutile de chercher ici la moindre allusion à la situation politique et sociale qui prévaut actuellement en France. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? fait la part belle à des « métèques » qui sont tous issus de milieux sociaux favorisés. De là à penser qu’il n’y a de bonne immigration que choisie, il n’y a qu’un pas que M. Verneuil semble être à deux doigts de vouloir nous faire partager.

Pas franchement antipathique mais distillant un petit sentiment de gêne – il est des évidences qui n’en sont pas, mais alors pas du tout –, ce film réunit des acteurs et des actrices comiques de différentes générations (…) .[84]»

 

 

 

 

 

 

 

LE FIGARO évoque le film

 

« Quatre mariages et des intolérants » par Nathalie Simon

 

« Le cinéma illustre le mariage intercommunautaire à intervalles irréguliers. De Devine qui vient dîner? de Stanley Kramer avec Sidney Poitier (1967) jusqu'à, en France, Mariage mixte d'Alexandre Arcady (2003), Mauvaise Foi de Roschdy Zem ou Prête moi ta main, d'Éric Lartigau (2006). Chacun a apporté sa pierre à l'édifice.

L'essentiel de Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? est dans la bande-annonce. L'intrigue d'abord, que le réalisateur Philippe de Chauveron (Les Seigneurs, L'Élève Ducobu) cosigne avec Guy Laurent. Issus de la bourgeoisie catholique, Claude et Marie Verneuil lisent Le Figaro, boivent du thé vert, tiennent aux déjeuners dominicaux en famille et ne manqueraient pour rien au monde la messe de Minuit. «Famille Benetton»

Leurs filles bousculent leur tranquillité d'esprit en épousant des hommes «issus de l'immigration». Claude et Marie essaient de faire contre mauvaise fortune bon cœur avec leur toute nouvelle «famille Benetton». Pourtant ils digèrent mal la réalité. Ils comptent sur leur quatrième fille, Laure, pour épouser «un gendre bien comme il faut». Certes, la jeune femme leur présente un garçon catholique… mais Ivoirien. «Trois métèques, plus un Noir, pour tes parents, c'est Fukushima!», résume sans ambages l'un des beaux-fils.

«Quatre mariages, deux têtes d'enterrement», surtitre l'affiche en guise de slogan. Philippe de Chauveron offre un concentré de cas d'intolérance et de préjugés racistes. Il tente à grands renforts de messages martelés à coups de marteau-piqueur de tordre le cou aux clichés. «On a tous un petit côté raciste au fond», reconnaît Claude.

Malgré le rythme et les dialogues inégaux, et une mise en scène qui manque de légèreté, certains passages sont franchement hilarants. Dans les salles, le public - composé de toutes les communautés - applaudit spontanément.  [85]»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le journal du Dimanche

 

"Alors que la question du racisme ne cesse de se poser, Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? – dont le rythme soutenu presque jusqu'à la fin, s'appuie sur des dialogues ciselés d'humour – ne rate personne, se moquant de nos travers avec bonne humeur, légèreté et bienveillance. Les personnages positifs n'y sont pas enfermés dans un ghetto misérabiliste : le musulman est avocat, le Chinois travaille dans une banque, le juif espère avoir un prêt pour créer une société bio, le Noir est comédien. Trentenaires bien dans leur peau, un peu trop propres sur eux, ils sont heureux d'être français, attachés à leur culture, mais pas soumis à elle. La France idéale quoi!"[86]

 

 

 

 (sur le site Internet) des  INROCKUPTIBLES[87]

 

Et c’est peut-être ce qui fait le succès du film : il est rassurant pour tout le monde, et valorisant pour son public. Aujourd’hui, en France, où les sondages, à longueur d’années, nous répètent que le racisme est en augmentation, où les partis de droite comptent de plus en plus d’électeurs décomplexés,  les spectateurs ont bien envie qu’on leur dise que ce n’est pas si grave d’être un peu raciste, puisque tout le monde l’est un peu, n’est-ce pas. Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter ça ? est là pour leur faire du bien : oui, vous êtes un peu racistes, pleins de préjugés, chers compatriotes, mais ce n’est pas si grave si tout le monde fait un petit effort. Surtout si les pas tout à fait blancs et pas catho se comportent comme n’importe quel franchouillard de base (boivent de l’alcool et mangent du porc, etc.), n’est-ce pas ?

Là où le film est le plus malin, c’est qu’il est difficile, au premier abord, de lui accoler  une obédience politique très précise, tant il tend à gommer tout l’aspect social du problème du racisme en France. D’un côté, il dit que tout le monde mérite sa chance, que les Français d’origine étrangère sont des Français comme les autres et que les mariages mixtes sont une bonne et belle chose, que tous les hommes sont frères. De l’autre, il remet en selle un patriotisme un peu désuet, qui forcerait tout le monde à clamer sa fierté nationale la main sur le cœur. Ce qu’il prône en fait, inconsciemment ou non, si l’on y regarde de plus près, c’est « l’immigration choisie » chère à Sarkozy. Des mariages mixtes, certes, mais avec des gens « bien »… La famille de l’amoureux africain est riche et bourgeoise, elle aussi.

Mais, une fois de plus, en apparence, il y en a pour tout le monde.

Ensuite, la question fatidique : le film est-il drôle ? La salle dans laquelle de l’ai vue, constituée essentiellement de personnages âgées, réagissait au quart de tour à toutes les blagues, bourrées de clichés sur toutes les ethnies, même s’il est évident que les scénaristes ont tenté de renouveler ces clichés. Disons qu’il n’est pas antipathique, et qu’il est fabriqué dans ce sens-là, comme nous l’avons expliqué, dans un geste rassembleur et sans doute bienveillant.

Du point de vue de la mise en scène, Philippe de Chauveron n’est ni Jean-Marie Poiré (qui croyait bêtement qu’il suffisait de changer de plan toutes les demi-secondes pour donner du rythme à une comédie), ni Francis Veber (qui semble avoir fait de la lourdeur sa figure de style préférée), ni Danny Boon (qui filme comme un pied). On est davantage du côté d’Eric Toledano et Olivier Nakache (s) : de la sage réalisation, proche du téléfilm efficace, ou d’un Edouard Molinaro à l’ancienne. Un cinéma sans goût, sans relief, dont l’absence de parti pris formel est à l’image de ce qu’il veut être et est : consensuel.

 

 

 

 

 

 

B) La presse tente d’analyser le succès du film

 

Première série d'arguments : Sur Francetvinfo, article de Claire Digiacomi (publié le 10/05/2014)[88]

 

Rapidement, le succès du film aidant, les polémistes, les éditorialistes, « Mr et Mme tout le monde » s’emparent de ce thème d’actualité majeur (au moins pendant quelques heures…), ce film, au fond, est-il raciste ? Claire Digiacomi tente une synthèse des opinions contradictoires sur le site francetv-info :

 

Depuis sa sortie le 16 avril, malgré son succès, le film divise les spectateurs. "Il nous prouve que la comédie française n'est pas totalement morte", écrit un spectateur sur Allociné, tandis qu'un autre fustige "les clichés racistes maladroitement justifiés par une prétendue dédramatisation de la xénophobie". Alors que certains critiques y voient une bonne manière de tordre le cou à toutes sortes d'idées reçues, d'autres imaginent que le film produit l'effet inverse. Alors, est-ce un bon remède au racisme ou un simple concentré de clichés ?

 

Oui, tous les clichés racistes sont réunis

 

"On ne s’était pas autant poilé depuis s", selon Evangeline Barbaroux, la chroniqueuse cinéma de LCI. Dans la veine du carton de 2011 avec Omar Sy et François Cluzet, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? ressasse les thèmes des minorités, de l’origine culturelle et de la religion pour faire rire. A croire que le sujet, en France, plaît et attire les spectateurs.

Le film de Philippe de Chauveron aborde la question de l'intégration sans aucun détour. Les personnages, des "Noichs", des "Feujs" et des "Rebeus", sont tous des caricatures du milieu culturel ou religieux auxquels ils appartiennent, et tous les traits dont s’emparent volontiers les blagues racistes sont étoffés au maximum. David Benichou, Ségolène Verneuil ou Tchao Ling sont les membres de cette "famille Benetton", comme l'appelle un des voisins des Verneuil. Aucun cliché raciste n’est oublié : "les Arabes sont des barbares", "les Chinois ne font aucun effort pour aller vers les autres", les Noirs sont des "machines" avec les filles.

 

Non, car le film porte un message de tolérance

 

Le message de ce film est clair : le racisme est une absurdité qui pousse par exemple Claude Verneuil (incarné par Christian Clavier) à confondre couleur de peau et nationalité : "Pas un Français sur les trottoirs de Barbès", observe-t-il. Toutes les situations dans lesquelles se trouvent les personnages sont propices à des saillies racistes, au point que l’effet d’accumulation parvient à porter le message de tolérance évident du film. Et toutes les religions représentées dans le film, toutes les communautés, en prennent pour leur grade… y compris les catholiques que sont les Verneuil, méprisés par le père de la famille Koffi, débarquée de Côte d’Ivoire.

A en croire les rires dans la salle de cinéma, le film agit comme un exutoire. Le racisme est poussé à son paroxysme, au point que le film ne puisse être taxé de soutenir cette idéologie. Catholiques avec un gendre juif, un couple de parents, interrogé par francetv info à la fin de la séance, confirme que "sans être raciste, le film retranscrit parfaitement les situations dans lesquelles on peut se retrouver". L'effet cathartique est assuré, "parce que les traits sont grossis", dit le couple. L’accumulation de clichés dans le scénario est assumée : comme le dit Charles, l’un des gendres, "heureusement que vous n’avez que quatre filles… Sinon la cinquième aurait épousé un Rom".

 

Oui et non : la vraie question du racisme est contournée

 

Dans le Parisien, Najat Vallaud-Belkacem, ministre du Droit des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, souligne que ce film "ne met personne en accusation". C’est peut-être, justement, ce qui fait dire à de nombreux critiques que Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? est "consensuel", comme Jean-Baptiste Morain, journaliste aux Inrockuptibles. Trop consensuel ?

En ne s’attaquant pas à toute l’immigration, mais seulement à l’immigration choisie (les gendres, parmi lesquels un avocat et un banquier, sont tous issus de milieux aisés), le réalisateur n'évoque pas toute la question du racisme. "De là à penser qu’il n’y a de bonne immigration que choisie, il n’y a qu’un pas que M. Verneuil semble être à deux doigts de vouloir nous faire partager", écrit Franck Nouchi dans Le Monde.

Les clichés perdent de leur poids, même si les bons sentiments permettent au film de terminer sur une image positive, celle de l’ouverture vers l’autre. "On est en 2013, le monde a changé, il faut être tolérant, ouvert sur le monde", dit Marie Verneuil (incarnée par Chantal Lauby) à son mari.

"Derrière le message de tolérance qu’il entend délivrer – vive la différence, vive les mariages mixtes – se profile pourtant quelque chose de plus ambigu, une manière, certes comique mais tout de même, de vouloir banaliser sinon le racisme, du moins les propos racistes", résume Franck Nouchi. Le film ne semble pas assumer pleinement une critique frontale du racisme. Finalement, il pousse plutôt à en rester au constat de Rachid, l’un des gendres : "On a tous un petit côté raciste, dans le fond…" Dans le film, en effet, les idées racistes restent de simples préjugés, loin de toute violence et même plutôt humanisés, toujours doublés de regrets de la part des personnages. De quoi déculpabiliser les racistes ? 

 

 

Seconde série d'arguments : "Plaidoyer anti-raciste ou catalogue de préjugés ?" par la rédaction numérique de RTL:

 

"Plaidoyer efficace pour un rapprochement des cultures selon les uns, accumulation de clichés racistes pour d'autres, la comédie "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?", qui domine actuellement le box-office français, reste un simple divertissement, éloigné de la réalité de la société actuelle, selon des sociologues.

Les déjeuners familiaux se transforment en catalogue de préjugés sur les différentes communautés. Un sujet périlleux et certains critiques se sont d'ailleurs émus de l'ambiguïté du propos, qui pourrait banaliser le racisme. "Le film donne une vision inversée de la société en décrivant une famille bourgeoise multiculturelle alors que les mariages mixtes, en France, se rencontrent plutôt dans les classes populaires", analyse Eric Fassin, sociologue à l'Université Paris 8.
"On est plus dans le fantasme que dans le réel car on décrit un communautarisme des non-Blancs. Or, en France, le communautarisme est d'abord celui des Blancs, les non-Blancs vivant entre eux non par choix mais par un phénomène de ségrégation", relève-t-il aussi.

Pour son réalisateur, Philippe de Chauveron, ce film est avant tout un moyen de "dynamiter" les préjugés d'où qu'il viennent. Il ne veut pas "porter de message" politique mais "parler de tolérance", assure-t-il à l'AFP. Il note d'ailleurs que "le film marche aussi fort à Neuilly qu'à Rosny-sous-Bois et que les gens rient au même moment".
"On savait avec Guy Laurent, mon scénariste, qu'on s'attaquait à un sujet sensible. On s'est dit tout de suite qu'il ne fallait surtout pas en avoir peur et s'autocensurer. Alors on traite tous les personnages à égalité", explique le cinéaste. Il ne s'agit pas d'un "film militant mais bien d'un divertissement (...). Il joue sur des sentiments de la vie quotidienne placés dans des situations inhabituelles, voire cocasses", estime le sociologue Eric Donfu".

 

 

 

 

"Décryptage d'un succès populaire" – Le Télégramme

 

"Plaidoyer efficace pour un rapprochement des cultures selon les uns, accumulation de clichés racistes pour d'autres : la comédie « Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? », qui a franchi cette semaine les cinq millions d'entrées en salles, reste un simple divertissement, éloigné de la réalité de la société actuelle, selon des sociologues

 

Le film, qui domine actuellement le box-office français (et qui devrait, mécaniquement, atteindre les sept à dix millions d'entrées), introduit le spectateur dans la famille Verneuil dont les parents, catholiques provinciaux bon teint, ne voient pas vraiment d'un bon oeil leurs quatre filles épouser un Juif, un Arabe, un Chinois et un Noir. Les déjeuners familiaux se transforment en catalogue de préjugés sur les différentes communautés. Le sujet - périlleux - n'a pas manqué d'émouvoir certains critiques, pour lesquels l'ambiguïté du propos pourrait banaliser le racisme. Interrogés, les sociologues se montrent, eux, plus réservés. « Le film donne une vision inversée de la société en décrivant une famille bourgeoise multiculturelle alors que les mariages mixtes, en France, se rencontrent plutôt dans les classes populaires », analyse Éric Fassin, sociologue à l'Université Paris 8. « On est plus dans le fantasme que dans le réel car on décrit un communautarisme des non-Blancs. Or, en France, le communautarisme est d'abord celui des Blancs, les non-Blancs vivant entre eux non par choix mais par un phénomène de ségrégation », relève-t-il aussi.

« Un divertissement »

Pour son réalisateur, Philippe de Chauveron, ce film est avant tout un moyen de « dynamiter » les préjugés d'où qu'ils viennent. Il ne veut pas « porter de message » politique mais « parler de tolérance », assure-t-il. Il note d'ailleurs que « le film marche aussi fort à Neuilly qu'à Rosny-sous-Bois et que les gens rient au même moment ». « On savait, avec Guy Laurent, mon scénariste, qu'on s'attaquait à un sujet sensible. On s'est dit tout de suite qu'il ne fallait surtout pas en avoir peur et s'autocensurer. Alors on traite tous les personnages à égalité », explique le cinéaste, rappelant que le film est « un divertissement », pas un film militant. « Il joue sur des sentiments de la vie quotidienne placés dans des situations inhabituelles, voire cocasses », estime le sociologue Éric Donfu"[89].

 

 

 

La critique de TELERAMA

 

Un couple de bourgeois catholiques vieille France (Christian Clavier, Chantal Lauby) doit composer avec ses gendres : un Arabe, un Juif, un Asiatique, un Noir. La comédie sur les communautés exige une finesse d'écriture qui fait défaut à Philippe de Chauveron (L'Elève Ducobu) : il exploite les clichés qu'il veut dénoncer. — N.Di.



TELERAMA analyse le triomphe du film détesté :

 

“Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ?” : des millions de spectateurs ont dit amen"[90]


 Une promotion imposante

 

Qui aurait pensé que Christian Clavier attirerait encore les foules ? Les acteurs du film ont été reçus à bras ouverts sur de nombreux plateaux de télévision. Un matraquage absurde dans lequel Ary Abittan répétait en boucle qu'il « prenait vraiment Christian Clavier pour son beau-père à la fin du tournage », mais un matraquage visiblement utile. Clavier et Abittan ont été invités sur le plateau du 20h de TF1, bien sûr, mais aussi sur Europe 1. Chantal Lauby, reine de la promo, a été invitée chez C à vous, mais aussi sur le plateau du Grand journal aux côtés d'Abittan et Medi Sadoun, et chez Stéphane Bern (Comment ça va bien). Elle apparaissait légèrement gênée à côté de Christian Clavier, qui se montrait pas content à Télématin (« dans ce pays, quand on fait de la comédie, on est jugés comme une sous-merde »). Ary Abittan a clôturé la promo chez Cyril Hanouna, dans Touche pas à mon poste !, où tout le monde a adoré le film. 


 Un accueil critique partagé

 

Côté critiques, une grande majorité des journalistes n'a pu voir le film avant sa sortie (c'était le cas de Télérama, qui du coup l'a vu en salles). Pour Le Parisien, ce film est une « irrésistible entreprise de dynamitage des clichés tenaces qui en forment le cortège. » Pour Le JDD – qui a pu voir le film en projection de presse – « Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?, c'est un peu le croisement du sketch irrésistible de Muriel Robin, Le Noir, et de Devine qui vient dîner ?, version comique. » Pour Libération, « la réciprocité déchaînée des racismes interminorités semble de nature à détendre l’atmosphère dans une France multiculturelle. Un come-back en fanfare pour Christian Clavier et l’ex-Nuls Chantal Lauby. » « De ce sampling de blague, Philipe de Chauveron s’en tire plutôt finement (...) sans forcer, trouvant dans cette variété une rythmique vive qui allège les tartes à la crème périmées, interdit tout risque d'enlisement », analyse TéléCinéObs.

Le Monde consacre carrément au film une analyse publiée dans la rubrique débats, intitulée « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des racistes » : « Curieux film, laissant présager le pire dans sa première moitié, que l’on finit parfois par trouver drôle, y compris à son corps défendant », écrit Franck Nouchi. Même la ministre Najat Vallaud-Belkacem, elle-même en « couple mixte », a tenu à faire part de son sentiment dans Le Parisien : « Ce qui est génial dans ce film, c'est qu'il ne met personne en accusation ».


Des spectateurs plutôt enthousiastes ?

 

 Chez les spectateurs, le film rassemble une très grande majorité de réactions positives. Sur Allociné, il récolte une note moyenne de 4,2 sur 5, avec 45 % de critiques « 4 étoiles » (sur 5). « Un vrai petit bijou d'humour, de drôlerie, mais aussi de tendresse, avec des gags et des trouvailles particulièrement désopilants » pour une internaute, « drôle du début à la fin! Plein d'humanité, en symbiose avec son époque. Un film à voir, puis à conseiller à ceux qui ne l'ont pas vu » pour un autreLes critiques très négatives il y en a aussi, comme celle qui conseille à Philippe de Chauveron de « s'équiper du meilleur home cinéma pour visionner EN BOUCLE les films de Billy Wilder, de Lubitsch, et pourquoi pas les films de Gérard Oury pour se faire une idée de ce qu'est une comédie avec les millions d'euros de Qu'est ce qu'on a ait au bon dieu », ou celle qui conseille de « fuir ce navet diversophile à la sauce franchouillarde dans la lignée d's, mais en bien plus lourd encore, à moins d'être masochiste ».


 De qui se moque-t-on ?

 

Des cathos ? Des bourges ? Des Arabes ? Des Juifs ? Des racistes africains ? Des Asiatiques « qui sourient tout le temps » ? Des jeunes de banlieue forcément à capuche, joint collé à la bouche ? Le film vise un peu tout ce monde en même temps, et c'est ce qui lui est aussi reproché. 
« Derrière le message de tolérance qu’il entend délivrer – vive la différence, vive les mariages mixtes – se profile pourtant quelque chose de plus ambigu, une manière, certes comique mais tout de même, de vouloir banaliser sinon le racisme, du moins les propos racistes », écrit Franck Nouchi dans Le Monde, quand Jean-Marc Lalanne, des Inrockuptibles, juge que ce film « consensuel (...) remet en selle un patriotisme un peu désuet et met en avant une immigration choisie. »


 

 

 

L'hebdomadaire MARIANNE, sous la plume de Claude Askolovittch, consacre huit pages au succès du film[91] :

 

"Les surprenant succès de la comédie de Philippe de Chauveron dépeignant une famille traditionnelle[92] à l'heure des mariages mixtes arrive à point nommé pour une société française qui s'interroge sur le poids des communautarismes et les limites du modèle d'intégration longtemps mis en avant"

 

Le dossier de Marianne comporte quatre parties :

-         l'analyse du succès du film,

-         Le rappel de trois films liés au "thème" ("la grande illusion" de Jean Renoir, "les aventures de Rabbi Jacob" de Gérard Oury, "Devine qui vient dîner ce soir" de Stanley Kramer)

-         Un entretien avec le réalisateur Philippe de Chauveron (titré "Faire rire sur le bordel identitaire")

-         Le point de vue de "spectateurs enthousiastes" ("C'est un film antidépression collective") de la Seine-Saint-Denis à la Seine-et-Marne ["Des spectateurs pas mécontents de voir à l'écran une France plurielle et apaisée. Même si une comédie reste une comédie".]

 

Quelques arguments et commentaires dans l'article de Claude Askolovitch :

 

"Que possède ce film pour nous ramener à l'optimisme ? Il est drôle et huilé, métissé culturellement. Les répliques sont lâchées comme au stand-up, pour faire mouche, mais la tendresse vient d'autrefois. Le film est malin, autant dire politique. Il évite le piège de l'antiracisme banalisé, ne fustige pas le Français comme le méchant unique. Au temps du "racisme anti-Blancs", il rassemble dans le caustique. Rien d'étonnant, les minoritaires se moquent toujours d'eux-mêmes. Le grand public est donc invité à la fête de  l'autodérision. (…) C'est ici que les prudes tordent le nez. Le film conjuguerait les clichés et les validerait donc ? Erreur d'analyse. Ne dites pas de mal des clichés. Ils sont nos mots de passe, avant de connaître la vérité des autres, et c'est vieux comme le cinéma. (…) Ainsi va le cliché. Le tout est d'en faire bon usage. (…)

Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? borne notre capacité à intégrer le réel par le rire, et il manque des bouts. Il marque aussi une nostalgie. Pas de la France de nos campagnes perdues. Chinon est trop beau sous le soleil, et l'église de Noël est trop pleine pour être vraie, hélas.

Plus profondément, c'est la France des années 80, celle de la bonne volonté partagée, que fait regretter le film, quand l'intégration était une évidence collective, quand la religion était un folklore ou une liberté privée, pas encore un obstacle ostentatoire ou une obsession apeurée.

La famille Verneuil, poussée à bout, résout les questions d'il y a trente ans. On mesure ici la régression nationale. Ce qui était acquis est devenu notre paradis perdu ou notre Graal : faire France ensemble et y croire."

 

 

 

 

Les Inrockuptibles (version papier) reviennent sur le film

 

"Effroyablement mal écrit et mal interprété, dénué de mise en scène, Qu'est-ce que… n'est même pas sous la moyenne des comédies françaises dites "populaires". C'est dire si le niveau est faible. Mais pourquoi se fouler ? les salles sont pleines et les gens se marrent.

Car ce film est une implacable machine fédératrice, un bulldozer marketing appuyé sur un efficace ressort comique : le cliché raciste. (…) Comme tout le monde en prend pour son grade, à commencer par les Français croqués en raleurs aigris et prétentieux, la pilule passe. Le tour de force est de faire de petits dissensus un large consensus. Tout le monde est raciste, donc personne ne l'est vraiment.

Les Français aiment les fables qui réconcilient les contraires et montrent que la République ça marche. On pourrait savoir gré au film de montrer des "jeunes issus de l'immigration" qui, avocats, banquiers ou comédiens ont réussi, et chantent La Marseillaise la main sur le cœur. De ce point de vue, même s'il est poussif, voire faux-cul, Qu'est-ce que.. est inattaquable.

C'est une blague, même pas vraiment méchante, qui révèle l'esprit du film, et, partant, de la France contemporaine. Dommage, plaisante un gendre qu'il n'y ait pas une cinquième fille : elle aurait pu épouser un Rom !" Consternation, malaise, plus personne ne rigole. Eternelle logique du bouc émissaire : pour qu'une communauté tienne, en dépit de sa violence et de ses forces centrifuges, elle doit charger un pauvre bouc de tous les maux. Or quel meilleur client que le ROM, véritable paillasson de la République de Valls ?"[93]

 

 

 

Décryptage de "La voix du Nord"

 

« Séance de début de semaine à Lille : beaucoup de spectateurs, toutes générations, sont en effet venus sur les conseils d’amis ou de copains-copines. Explication de ce succès, le film fait rire.

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? surfe sur tous les clichés. Toutes les religions et origines en prennent pour leur grade. Les youyous dans la salle des mariages, la famille juive forcément nommée Bénichou, la circoncision, le repas casher-halal-litchi et tarte normande. Dans la salle, les rires fusent comme les répliques : « Ce n’est pas une réunion de famille mais une réunion de la LICRA. » « C’est ça la mondialisation. » « S’il y en a un qui fait une vanne sur les Chinois je fais quoi ? Je souris ? J’fais le Chinois quoi. »

« Avec vous, on a toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. » « C’est la famille Benetton. » « Trois métèques + un noir, pour ton père, c’est Fukushima. » Le père, interprété par Christian Clavier, au sujet de ses filles : « On les a mal éduquées. Aimez-vous les uns, les autres, eh bien on voit le résultat ! »

Conclusion en fin de séance. « Il est rare que nous venions au cinéma voir des films comiques et, franchement, c’est très agréable et véridique. L’humour n’est pas lourd. Ce film me fait un peu penser au sketch de Muriel Robin, Le Noir », expliquent Brigitte et Bernard. [94]»

 

 

 

 

 

 C) Le réalisateur / scénariste, Philippe de Chauveron

 

« Diplômé de L'ESEC en 1986, Philippe de Chauveron débute au cinéma en tant que scénariste. Il réalise pourtant avant de se faire connaître de ce milieu, un court-métrage, Gros, avec Emmanuel Silvestre. 
C'est en 1995 qu'il débute dans le scénario de long-métrage avec l'écriture des Truffes, de Bernard Nauer, une comédie mettant en scène Jean Reno et Christian Charmetant. Il en est également le directeur de la photographie, seul et unique fois où il exercera ce rôle. Il scénarise la même année Dans la cour des grands, de Florence Strauss. En 1997, c'est Bingo qu'il écrit pour le compte de MauriceIllouz.

Il passe à la réalisation en 1999 et sort
 Les Parasites, dont il écrit aussi le scénario. Farce chorale sur un réveillon dégénéré, avec Lionel Abelanski, Atmen KélifElie Semoun et Pascal Elbé, où le réalisateur trouve son casting favori, puisqu'il rappellera ces acteurs pour ses films suivants. Avant de se pencher sur sa prochaine réalisation, il retourne au scénario et signe La Beuze, de FrançoisDesagnat et ThomasSorriaux.

Philippe de Chauveron écrit et réalise en 2004
 L'Amour aux trousses, avec l'acteur du moment Jean Dujardin. On y retrouve également Kélif et Elbé, qui joue l'un des principaux rôles du film. De Chauveron retourne au scénario pour quelques années, signant pour la première fois celui d'une série, Les Bleus : premiers pas dans la police en 2007. Il scénarise par la suite le futur succès public que sera Neuilly sa mère ! avant de réécrire quelques épisodes pour Les Bleus.

En 2010, retour à la mise en scène avec l'adaptation de la bande-dessinée populaire de Godi et Zidrou,
 L'Elève Ducobu, dont il modèle totalement le scénario. Il cooécrit cependant le film à l'aide de son frère Marc de Chauveronqui l'avait déjà secondé sur Neuilly sa mère ! Fort du succès que rencontre le film, il tourne un nouvel épisode, Les Vacances de Ducobu, l'année suivante, dont il avait déjà l'histoire originale posée sur le papier. Les deux films, où l'on retrouve Elie Semoun, sont exclusivement tourné pour un jeune public, comme la bande-dessinée. 

Il revient enfin en 2014 avec une nouvelle comédie, communautaire cette fois-ci : Qu'est ce qu'on a fait au bon dieu ?. Il signe pour ce film le scénario avec Guy Laurent
 et dirige cette fois-ci une nouvelle génération de jeunes acteurs avec qui il n'a jamais travaillé, en plus de Christian Clavier et Chantal Lauby, que l'on ne présente plus. [95]»

 

"Le cinéaste y va aussi de son clin d'œil à Gérard Oury, en faisant sonner le téléphone portable d'un personnage avec la musique de Rabbi Jacob. Faut-il y voir un message subliminal? Philippe de Chauveron sait en tous les cas de quoi il parle, puisque la problématique des mariages mixtes, il l'a vécue à travers sa propre famille catholique bourgeoise. Le miroir des Verneuil? "En plus cool", assure-t-il. Son frère a épousé une femme d'origine maghrébine et il a lui-même vécu avec une Africaine"[96].

 

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D) Entretien avec Philippe de Chauveron paru dans MARIANNE[97]

 

"Faire rire sur le bordel identitaire"

 

P. de CHAUVERON "On voulait juste faire marrer les gens, mais la comédie a un pouvoir incroyable : aller faire rire sur le bordel identitaire est une bonne chose. (…) On a voulu traiter tous les personnages à égalité, avec leurs bons cotés et leurs travers."

 

MARIANNE : Le film a quelque chose d'intemporel – une France de toujours, sans les tragédies les plus immédiates

 

P. de CHAUVERON : "Parce que le présent est sordide. Il n'y a rien de drôle la-dedans. Ca fait un moment qu'on est allé très loin dans la déprime et le n'importe quoi dans ce pays. Il y a une part de nostalgie chez moi. Pas de la France de toujours en province – je suis un catholique non pratiquant du XVII° arrondissement de Paris, et la messe de minuit, ça m'évoque plutôt des églises glaciales, quand j'étais gamin ! Mais une nostalgie de l'époque où on pouvait faire des blagues sur les communautés entre potes, et tout allait bien. Quand j'étais enfant, j'avais des copains juifs au lycée, je jouais au football à l'ESP, porte Pouchet, avec des Noirs et des Arabes, on se vannait les uns, personne n'en souffrait".

MARIANNE : Quand a-t-on perdu le droit de se marrer ?

 

P. de CHAUVERON : "Quand le pays est devenu communautariste. J'ai aussi l'impression qu'on a rendu les gens dingues en voulant les empêcher d'être ce qu'ils sont. C'est une banalité que les juifs soutiennent Israël, que les musulmans soient attachés à leur culture, que des Noirs veulent une Mis Black – mais ça fait hurler… On a tellement voulu empêcher les différences, ou les gommer, qu'on a provoqué des réactions inverses, où tout le monde se replie sur soi et exacerbe ce qu'il est.

 

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E ) "Grâce de Monaco", un autre film produit par TF1 Films Production

 

Le Mercredi 14 Mai 2014, hors compétition, le festival de Cannes proposait comme film d'ouverture "Grace de Monaco", film réalisé par Olivier Dahan, avec l'actrice Nicole Kidman.

Le film "s'inspire de fait réels" qui se sont déroulés au début des années 60.

Résumons à grands traits cette belle histoire :

 

Il était une fois une belle actrice américaine qui épouse le Prince d'une petite principauté dans le Sud-Est de la France. En 1962, ils vivent heureux, ont deux beaux enfants, mais leur bonheur est menacé ! Le grand pays voisin, la France, est gouverné par une sorte de tyran inquiétant, le Général De Gaulle, qui mène une politique colonialiste en Algérie (c'est maintenant une véritable guerre) et a grand besoin d'argent.

La France va donc faire le siège de la sympathique et pacifique principauté pour obtenir qu'une partie des revenus générés par les entreprises françaises lui soient reversés. Le Prince (et sa femme qui peut à peut s'engage dans ce combat) vont, avec leurs faibles moyens et toute leur conviction, mener la résistance contre l'oppresseur.

Au cours du traditionnel bal de la Principauté en faveur de la Croix Rouge, la Princesse prend la parole et évoque la Paix, l'Amour, la Fraternité, la Beauté !…

Le Général De Gaulle qui assiste au dîner de gala doit s'avouer vaincu. La France despotique renonce à ses prétentions. La Principauté retrouve le Bonheur !

Dernier plan du film : Grace / Nicole regarde le spectateur au fond des yeux, accompagnée par le sublime "Miserere" d'Allegri, qui propulse la Princesse / Star dans la sanctification incontestable, immédiate et définitive !

Que peut retenir le cow-boy de l'Arkansas de cette bluette  ? Sans doute

§        Que la noblesse est bénéfique, surtout si la princesse est américaine,

§        Que le petit peuple vit heureux sur son rocher grâce au dévouement de ses gentils dirigeants

§        Que faire partie des privilégiés cause parfois bien du tracas

§        Qu'il ne saurait être question de blanchiment d'agent sale dans ce petit paradis méditerranéen.

 

Une nouvelle variation sur les charmes du Libéralisme en général et sur le bien-fondé de l'activisme US hors de ses frontières en particulier.

Incontestablement, cette "œuvre" s'inscrit dans le champ idéologique habituel labouré par TF1 Films Production…

 

 

 

 



[1] http://www.allocine.fr/film/fichefilm-222259/critiques/spectateurs/star-0/

[2] http://www.programme-tv.net/news/cinema/51142-qu-est-ce-fait-bon-dieu-interview-pas-catholique/

[3] Entretien avec le réalisateur Philippe Chauveron, Marianne, n°890, 09/05/2014, p. 22

[4] http://mcetv.fr/mon-mag-culture/1103-qu-est-ce-qu-on-fait-au-bon-dieu-comedie-drolissime/

[5] "Le septième art à l'horizon 2000, les cinéastes font le point". Télérama. n°2523. 20/05/1998. p.43

[9] Source : Le Film français

[10] "Le cinéma français sous hautes tensions". Télérama. n°3292, 12/03/2013. p.23

[11] europe1.fr [http://www.europe1.fr/Cinema/Qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-Bon-Dieu-c-est-fait-pour-faire-marrer-1962925/]

[14] Balazs, Bela. L’esprit du cinéma [1930]. Petite Bibliothèque Payot, 2011, n°820. p. 366.

[15] Marie, Michel. Le jeune cinéma français. 1998. Nathan [Cinéma 128]. P.66

[17] La chaîne Info (LCI), est une chaîne d'info en continu, créée en 1994. Elle appartient au groupe TF1, et donc à la famille Bouygues. LCI a été initialement conçue pour s'adresser aux téléspectateurs de la catégorie "CSP +", cible spécifique haut de gamme des publicitaires.

[18] le vrai bobo parisien est une personne ayant un niveau d’instruction supérieur à la moyenne, tout comme ses revenus. Il travaille de préférence dans le marketing, la mode, la communication, les médias ou les nouvelles technologies. Il est féru d’Internet, de haute technologie, de télévision par satellite et de produits bio. Il vit dans un loft ou un ancien espace industriel reconverti, décoré avec un mélange de meubles design et d’objets dénichés chez les brocanteurs (le baby-foot est très bobo). Les vrais quartiers bobos se situent dans le Xe et le XXe arrondissement, la zone autour de la Bastille, jadis populaire et bien prolétaire, mais aujourd’hui devenue "terre bobo", manifestement "très branchée", c’est-à-dire à la mode". [http://www.innovation-democratique.org/N-K-M-est-elle-bobo.html]

[19] Lipovetsky, Gilles. Serroy, Jean. L'écran global. 2007. Seuil. P.252.

[20] europe1.fr, 16/04/2014 [http://www.europe1.fr/Cinema/Qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-Bon-Dieu-c-est-fait-pour-faire-marrer-1962925/]

[21] Prénom très répandu au Moyen-Age dans les familles juives. Dans les pays francophones, son succès est notable à partir de la fin des années 70. Les catholiques fêtent les Benjamin les 31 mars.

[22] Dans cette famille catholique pratiquante, le nom du chien, Clovis, rend hommage au premier roi chrétien catholique. Symboliquement, le judaïsme est littéralement "croqué" par la foi catholique.

[23] http://fr.wikipedia.org/wiki/Tel_Aviv-Jaffa

[24] Strauss, Frédéric. "Cinéma féminin colonial". Cahiers du Cinéma. N°434. 01/07/1990. p.29

[25] Grelier, Robert. "Mais où est passé mon casque colonial ?". La Revue du Cinéma. N°337. 01/03/1979.

[26] De Montalembert, Ghislain. Quand la Chine rachète le monde, 28/01/2011,  [http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/01/29/04016-20110129ARTFIG00005-quand-la-chine-rachete-le-monde.php]

[27] Par deux fois, il qualifie la famille Verneuil de "Communistes"

[29] http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_C%C3%B4te_d'Ivoire

[30] Pour mémoire, 1960 année de l'Afrique, [http://www.cndp.fr/entrepot/index.php?id=1179]

[31] Fabre, Thierry, La menace qui pèse sur les groupes français en Cote d'Ivoire. [http://www.challenges.fr/economie/20131206.CHA8080/la-menace-qui-pese-sur-les-groupes-francais-en-cote-d-ivoire.html]

[32] Juif en verlan

[33] Chinois en verlan

[34] Bien  différente est la politique menée par le service public de l’audiovisuel ! Cette année (comme tous les ans !) France 2 nous fera vivre les étapes du Tour de France, épreuve sportive à jamais éloignée des questions de dopage ! Combien de belles émotions sportives nous attendent « sur la route enchantée du Tour », devant les caméras de France 2…

[36] 05/05/2014 - http://www.matchingpoints.fr/2014/05/05/cinema-quest-ce-quon-a-fait-au-bon-dieu/ ["Pour les femmes de 40, 50 ans, ou plus ]

[37] Chabrol, Claude, "Image et son", n°228, mai 1969, p.58

[38] Bomelaer, Claire, "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?", les politiques prennent parti, lefigaro.fr, 10/05/2014, [http://www.lefigaro.fr/cinema/2014/05/10/03002-20140510ARTFIG00040--qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu-les-politiques-prennent-parti.php].

[39] Apathie, Jean-Michel, La digestion de la société française est en cours, rtl.fr, 07/05/2014, [http://www.rtl.fr/blog/aphatie/qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu-la-digestion-de-la-societe-francaise-est-en-cours-7771779917]

[41] Au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, Jean-Marie Le Pen avait obtenu 4,8 millions de voix, ce qui le « qualifiait » pour le second tour, éliminant le candidat PS.

[42] En 1986, à l’initiative du Président François Mitterrand, les élections législatives se déroulent pour la première fois au scrutin proportionnel à un seul tour. Cela permet au Front National, avec 2,7 millions de voix, d’obtenir 35 députés. Au final, la Droite obtient la majorité, ce qui provoque la première cohabitation.

[43] Géraud, Alice, la nouvelle assemblée compte dix députés issus de la diversité, liberation.fr, 18/06/2012,  ]http://www.liberation.fr/politiques/2012/06/18/la-nouvelle-assemblee-compte-10-deputes-issus-de-la-diversite_827285], (10/05/2014).

[44] Kempf, Hervé, Comment les riches détruisent la planète, Seuil, 2007, [Points], n°611, p.59.

[45] Alternatives Economiques, Hors série n°98, p.48.

[46] Michaud, Yves, "Chemins de traverse", Philosophie magazine, n°72, , 01/09/2013, p.47

[47] Une abstention record pour les élections municipales de 2014, lefigaro.fr, 31/03/2014, [http://elections.lefigaro.fr/municipales-2014/2014/03/30/01052-20140330ARTFIG00139-municipales-2014-taux-d-abstention-historique.php], (10/05/2014).

[48] Roger, Patrick, Municipales 2014, enseignements clés d'un scrutin historique, lemonde.fr, 31/03/2014, [http://www.lemonde.fr/municipales/article/2014/03/31/les-enseignements-cles-d-un-scrutin-historique_4392692_1828682.html], (10/05/2014).

[49] Piro, Patrick, "La grève des urnes". Politis. N°1296, 27/03/14, pp 6-7.

[50] Joël Saget, « Maires de la diversité: ni "raz-de-marée" ni reflux » , www.lexpress.fr,‎ 65 avril 2014

[51] Winock, Michel. Parlez-moi de la France, Seuil, 1997 [Points] p.15

[52] Morea Defarges, Philippe,. La France dans le monde au XXe siècle, 1994 [Hachette supérieur], p.86.

[53] Rappelons qu'en fait de "performance", le Front national a recueilli 6,4 millions de voix à la Présidentielle, pour dégringoler ensuite à 1,7 millions de suffrages, lors des Municipales…

[54]10/05/2014, lexpress.fr [http://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/un-film-triomphe-en-france-en-se-moquant-des-prejuges-entre-communautes_1537076.html]

[55] http://www.lesinrocks.com/2014/04/21/cinema/quest-ce-quon-fait-au-bon-dieu-pourquoi-ca-cartonne-11499455/

[56] http://www.lejdd.fr/International/Europe/Nouveau-naufrage-en-Mediterranee-633496

[57] lavoixdunord.fr , 02/05/2014 [http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu-pour-etre-ia0b0n2108007]

[58] Lozes, Patrick, Un film plus efficace que les spots anti-racistes, nouvelobs.com, 05/05/2014, [http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1197534-qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu-un-film-plus-efficace-que-les-spots-antiracistes.html]

[59] Rom = "Homme" dans la langue Romanès

[60] Gautier, Gérard-Louis. "L'image du gitan dans le cinéma". La Revue du Cinéma. N°393, 01/04/1984. p.83

[61] Entretien sur i-télé

[62] Le 23 janvier 2014, Gilles Bourdouleix est condamné par le tribunal correctionnel d'Angers au paiement d'une amende de 3000 euros avec sursis, pour apologie de crimes contre l'humanité.

[63] Violences faites aux Roms : Amnesty épingle la France, 08/04/2014, [http://www.lexpress.fr/actualite/societe/violences-faites-aux-roms-amnesty-epingle-la-france_1506985.html]

[64] Beaudoux, Clara. Selon Manuel Valls, une minorité de roms veulent s'intégrer, 24/09/2013, [http://www.franceinfo.fr/politique/actu/article/selon-manuel-valls-une-minorite-de-roms-veulent-s-integrer-285659].

[65] [http://www.nadara.org/romsnad3.htm]

[66] Endeweld, Marc, "C'est un film antidépression collective". Marianne. 09/05/2014,  p. 22.

[67] Zimmer, Christian. Cinéma et politique. Seghers, 1974 [cinéma 2000]. P.14.

[69] "Martin Bouygues, derniers défis". Lejdd.fr. 20/05/2014. [http://www.lejdd.fr/Economie/Entreprises/Actualite/Martin-Bouygues-derniers-defis-512612]

[70] Barzic, Gwenaelle, TF1 coupe ses coûts, pas de rebond du marché publicitaire. 30/04/2014, reuters.com, [http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKBN0DG1IP20140430]

[71] Propos publiés dans le livre « Les dirigeants français et le changement ».

[72] d'Almeida, Fabrice. La manipulation. PUF, 2003, [Que sais-je ? n°3365] p.51

[73] Bentolila, Alain. Parle à ceux que tu n'aimes pas. Odile Jacob, 2010, p.92

[74] Piquard, Alexandre, La nouvelle signature de TF1 : partageons des ondes positives, 10/04/2014, [http://medias.blog.lemonde.fr/2014/04/10/la-nouvelle-signature-de-tf1-partageons-des-ondes-positives/]

[75] Lacroix, Alexandre, "La mauvaise foi survivra-t-elle à l'ère Facebook ?". Philosophie magazine. N°68. 01/04/2013. p.19.

[76] Lourdes, un flashmob de 1 000 jeunes aux sanctuaires, 19/05/2014, ladepeche.fr, [http://www.ladepeche.fr/article/2014/05/19/1883748-lourdes-un-flashmob-de-1-000-jeunes-aux-sanctuaires.html]

[77] Goldberg, Jacky. "Qui exclut qui, finalement ?". Les Inrockuptibles. n° 961. 30/04/2014. p.25.

[78] André Koffi cite (sans le savoir ?) une phrase de l'humoriste Pierre Desproges (1939 – 1988), citation qui ne peut que ravir les spectateurs "de Gauche".

[79] Ramonet, Ignacio. Propagandes silencieuses. Gallimard, 2000 [Folio actuel n°98]. 260 p.

[80] Lafond, Jean-Daniel. Le film sous influence, Edilig, 1982, [Médiathèque]. P.26.

[81] Lipovetsky, Gilles. Le crépuscule du devoir. Gallimard, 1992 [nrf essais]. P.55.

[82] Bourdieu, Pierre, Contre-feux 2. 2001. Raisons d’agir. p.35.

[83] Le Parti Socialiste recueille 2,75 millions de voix. Il est précédé par l'UMP

[84] Nouchi, Franck, Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des racistes, lemonde.fr, 04/05/2014, [http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/04/faut-pas-prendre-les-enfants-du-bon-dieu-pour-des-racistes_4411176_3232.html] (consulté le 10/05/2014)

[86] Un film très drôle au rythme infernal, lejdd.fr, 13/05/2014, [http://www.lejdd.fr/Culture/Cinema/Qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-Bon-Dieu-un-film-au-rythme-infernal-661537]

[87] Morain, Jean-Baptiste, Pourquoi ce film cartonne, 21/05/2014, lesinrocks.com, [http://www.lesinrocks.com/2014/04/21/cinema/quest-ce-quon-fait-au-bon-dieu-pourquoi-ca-cartonne-11499455/]

[89] Decryptage d'un succès populaire, letelegramme.fr, 07/05/2014, [http://www.letelegramme.fr/france/cinema-decryptage-d-un-succes-populaire-07-05-2014-10155679.php]

[90] Besse, Caroline, Des millions de spectateurs ont dit Amen, telerama.fr, 07/05/2014, [http://www.telerama.fr/cinema/qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu-des-millions-de-spectateurs-ont-dit-amen,111913.php]

[91] Ascolovitch, Claude, "Mais, bon Dieu, pourquoi ça cartonne ?". Marianne. n°890. 09/05/2014. pp. 16 - 23

[92] "Famille traditionnelle". Nous verrons par la suite si la famille Verneuil représente vraiment la famille traditionnelle française…

[93] Goldberg, Jacky. "On exclut qui, finalement ?". Les Inrockuptibles. n° 961. 30/04/2014 – p.25.

[94] lavoixdunord.fr, 02/05/2014 [http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu-pour-etre-ia0b0n2108007]

[95] Site allocine.fr [http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-25052/biographie/]

[97] Ascolovitch, Claude, "Mais, bon Dieu, pourquoi ça cartonne ?". Marianne. n°890. 09/05/2014. pp. 16 - 23

 


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