« Questions au cinéma »

Hommage à Jean Louis Bory

( Questionner 1973 pour comprendre 2011 )

 

 « Ce livre, on l’a déjà constaté, est écrit à la première personne du singulier. C’est en annoncer d’entrée le je, les partis pris et les humeurs, et surtout, hélas !  les lacunes et les incompétences » - Jean-Louis Bory (en 1973)

"Pour transformer le goût du public, il faut d'abord changer ses conditions de vie. Mais cela, ça s'appelle révolution" - Jean-Louis Bory (en 1973)

"On n'est plus dans  l'esthétique moderniste de la rupture, mais dans l'esthétique hypermoderne de la saturation ayant pour but le vertige, la sidération du spectateur"[1] – Gilles Lipovetsky  et Jean Serroy (en 2007)

 

INTRODUCTION

 

En 2011, un spectacle théâtral (« Instants critiques » de François Morel) a permis au public, jeune et moins jeune, de découvrir, sur scène, Jean-Louis Bory. Personnage hors du commun, il éclaire dans ses critiques le cinéma (comme le firent André Bazin avant lui et Serge Daney après lui), les évolutions du 7ième Art, ses enjeux, son rapport à la société.

Eté 1973. Jean-Louis Bory a 53 ans. Il publie un livre (« Questions au cinéma[2] »), qui étonne aujourd’hui encore par sa liberté de ton, la richesse et la qualité d’analyse de son auteur. Alors que près de quarante ans se sont écoulés, il m’a semblé intéressant de questionner ce que cette pensée critique sur le cinéma avait d’actuel, ce qu’elle avait de prophétique, et de mesurer comment l’évolution technologique et sociale avait modifié (ou non) « l’enjeu cinéma » dans notre société. Ce travail sera également une occasion de rendre hommage à cet intellectuel brillant et engagé, en s'inspirant du livre, original et nostalgique, dédié au cinéaste Luis Buñuel par son ami et complice le scénariste Jean-Claude Carrière (Le réveil de Buñuel[3]), qui fait revenir dans le monde des vivants pour dialoguer avec lui, vingt-huit ans après sa disparition, le metteur en scène aragonais

A mon tour, après avoir rappelé combien sa pensée était riche et originale, je vais tenter « d’éclairer » l’ombre de Jean-Louis Bory sur ce cinéma et ce monde qu’il a anticipé, mais qu’il n’a pas connu.

 

1.  Jean-Louis Bory : quelques éléments biographiques

 

« Je suis atteint de cinéphilie galopante. Mal incurable : je ne tiens pas à guérir. Ça m'a pris tout petit. A Méréville, la salle Gauron, c'était notre maison de la culture. C'est là que j'ai connu mes premières émotions de spectateur, que j'ai vu mes tout premiers films. Elle est toujours immense dans mon souvenir »

Jean-Louis Bory – (« Questions au cinéma »)

 

« Jean-Louis Bory sait qu’un peu de culture cinématographique ne fait pas de mal. Et qu’il n’y a pas de cloison entre cette culture-là et les autres

(dont il était abondamment nourri) »[4] -  Claude Beylie

 

 

Jean-Louis Bory est un écrivain, journaliste, critique cinématographique et scénariste français, né le 25 juin 1919 à Méréville (Essonne) et qui s'est suicidé le  12 juin 1979, dans la même commune (il avait soixante ans). Après des études brillantes, il est reçu à l’agrégation de Lettres en 1945. La même année, âgé de 26 ans, il reçoit le prix Goncourt pour son premier roman, « Mon village à l’heure allemande ». Compagnon de route des communistes après la guerre, il rompt avec le parti en 1956, après l’intervention soviétique à Budapest (ce qui ne l’empêche pas d’afficher des positions tiers-mondistes et anticolonialistes).

Attiré très tôt par le cinéma et l'expression audiovisuelle (il participe notamment à l'émission radiophonique « Le Masque et la plume »), Jean-Louis Bory devient critique de cinéma à Arts, puis au Nouvel Observateur à partir de 1966. Ses chroniques hebdomadaires, toujours passionnées, jamais désinvoltes, peuvent être agressives, elles ne sont ni perfides ni féroces... Après avoir pris position contre la guerre d'Algérie, il revendique avec la même sincérité le « droit à la différence », c'est-à-dire, en ce qui le concerne, à l'homosexualité. Il souligne notamment que si son statut social lui assure la liberté sexuelle, il n'en va pas de même pour certaines catégories de prolétaires et de marginaux, sur lesquels les interdits traditionnels pèsent bien davantage.

2.  Retour sur 1973

 

2.1.                 Le temps en 1973

 

"Un adolescent de l'époque de l'Opinion publique (Chaplin / 1923) et un adolescent de l'époque de Huit et demi (Fellini / 1972) sont sans comparaison possible quant à la qualité de leurs perceptions. Aujourd'hui, nous percevons plus vite, nous saisissons d'emblée les intentions les plus complexes de l'auteur,

nous comprenons immédiatement le sens et les sous entendus de l'œuvre"[5].

Jerzy Plazewski (Ecran 72)

 


Le début des années 70 est caractérisé, en termes de communication, par le

§        « One to one » : je corresponds avec une personne (message, courrier). Je produits des images (généralement des images de vacances en format cinéma Super 8, pour le "cercle de famille" élargi).

§        « One to Many » : J’ai le pouvoir d’envoyer des messages à de nombreux récepteurs (journal, radio, film, affichage). Il est quasi impossible de produire de l’info : on en peut qu’en chercher. Les USA contrôlent plus de 60 % des flux mondiaux d’information.

 

2.2.                 L’air du temps en 1973

 

2.2.1.                       Quelques « micro évènements » qui ont marqué cette époque

 

En 1973, le gouvernement définit le programme de la construction du futur centre Pompidou à Paris [qui sera inauguré en 1977]. Michel Sardou interprète « La maladie d’amour », Johnny Hallyday (âgé alors de 30 ans) et Sylvie Vartan chantent « J’ai un problème ». Le romancier Jacques Chessex obtient le Goncourt pour son roman « L’ogre ». Le SIDA n’apparaîtra qu’au début des années 80. Les garçons de 18 ans effectuent une année de service national sous les drapeaux. Des travaux sont entrepris pour creuser un tunnel ferroviaire sous la Manche [il sera ouvert à la circulation en 1994].

 Le FC Nantes remporte le championnat de France de football. Le cinéma pornographique ("classé X") sera autorisé en 1976. NRJ ne verra le jour qu’en 1981. Le téléphone portable va se répandre à la fin des années 90. « Pong », le premier jeu vidéo, est commercialisé depuis 1972. Renault lance la Renault 5. La revue « Etudes cinématographiques » consacre un numéro à « Marx, le cinéma et la critique de film »[6]. Pierre Tchernia présente le jeu télévisé « Monsieur Cinéma ». Début du désengagement des Etats-Unis au Vietnam. Décès du réalisateur John Ford. Naissance de l’acteur et réalisateur[7] Michael Youn. La sexualité devient un moyen d’épanouissement de l’individu. Gisèle Halimi, fondatrice de Choisir, publie La Cause des Femmes. Seconde naissance du journal Libération. L'âge de la majorité, fixé à 21 ans, sera abaissé à 18 ans en 1974. Le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) donne une visibilité radicale au combat gay et lesbien.

 

 

2.2.2.                       Le fond de l’air (celui de la critique cinématographique) est parfois très « rouge ».

 

[A Propos des lycéens qui ne bénéficient pas du tarif réduit dans les salles « Art et Essai »] –

« Si ce n’est qu’un épiphénomène, il est bien révélateur de la société de classes dans laquelle nous vivons où la caste de l’argent et celle de l’esprit se rejoignent trop souvent pour protéger une culture aristocratique réservée à leurs seuls enfants (…) Dès lors on comprend que les facilités d’accès aux objets culturels soient réservées à ceux qui la fréquentent. Qu’iraient faire, je vous le demande, les travailleurs, jeunes ou vieux, les smicards et les paysans dans les cinémas d’essai ? Mais les choses évoluent : des éléments étrangers se sont infiltrés dans le territoire réservé à l’art. Ils n’acceptent plus la ségrégation, qu’elle se produise au niveau de la production ou à celui de la consommation ».

François Chevassu (La Revue du cinéma Image et Son – 1972[8])

 

 

2.3.                 Le monde en 1973

 

2.3.1.                       Le conflit Capitalisme  / Communisme

 

Depuis 1945, le monde est divisé en deux blocs antagonistes : les pays capitalistes (regroupés pour la majorité autour des Etats-Unis au sein de l’OTAN) et les pays communistes (regroupés autour de l’URSS au sein du Pacte de Varsovie). L’Allemagne est divisée en deux parties (République fédérale d’Allemagne rattachée à « l’Ouest », et République Démocratique d’Allemagne, contrôlée par Moscou. Menacée par le « rideau de fer », l’Europe pourrait à nouveau être le prochain champ de bataille des deux superpuissances (mais les Blocs subissent des contestations qui les fragilisent). Mao Zedong dirige la République populaire de Chine.

[Vladimir Poutine, âgé de 21 ans en 1973 étudie le droit à l’Université de Leningrad. Barack Obama, âgé de 13 ans, suit des études secondaires américaines chez ses grands-parents maternels à Hawaï].

 

La construction européenne

 

En 1973, le Royaume-Uni rejoint, avec l’Irlande et le Danemark, la Communauté Economique Européenne (CEE), qui comptait six pays depuis la signature du Traité de Rome en 1957. [Mme Merkel est âgée alors de 19 ans. Elle suit des études de physique à l’université Karl Marx de Leipzig].

 

2.4.                 La France en 1973

 

2.4.1.                       Politique : la Droite bousculée par une Gauche conquérante

 

La crise de Mai 68 a ébranlé le régime gaulliste avant de le renforcer (victoire de la Droite aux élections législatives de Juin 1968 et élection du Président Pompidou à la présidentielle de 1969.

Pierre Messmer est Premier Ministre depuis 1972.

Le futur Président Giscard d’Estaing (âgé alors de 47 ans) occupe les fonctions de Ministre de l’Economie et des finances.

Le futur Président Chirac (âgé alors de 41 ans) est Ministre de l’Agriculture.

François Mitterrand dirige le Parti Socialiste depuis 1971. En 1972, socialistes, communistes et radicaux de gauche signent un projet de programme commun de gouvernement [« La Culture n’est ni une marchandise ni un luxe. Elle ne sera ni réservée à un groupe social ni jugée en fonction du critère de rentabilité. Le gouvernement recherchera, avec les intéressés, les moyens de briser l’emprise des puissances financières sur l’ensemble des activités culturelles, cinéma, théâtre, livre, disque, télévision, vidéo-cassette, etc. (…) A côté d’un large secteur privé qui subsistera, des nationalisations et prises de participation soustrairont de larges secteurs culturels à l’emprise que les grandes sociétés font peser sur eux »[9]]. Le programme commun de gouvernement sera rompu en septembre 1977.

Aux élections législatives de Mars 1973, la Gauche est majoritaire en voix (le Parti Communiste obtient 21 % des suffrages), mais la Droite (UDR, RI et CDP)  reste majoritaire en sièges.

Au premier tour de l’élection Présidentielle de 1974, le Président du Front National, Jean-Marie Le Pen, obtiendra 0,75 % des suffrages.

 

[Elève au cours Saint-Louis de Monceau dans le 8ième arrondissement de Paris, Nicolas Sarkozy, âgé alors de 18 ans, obtient le Bac  (à dominante économique) en 1973 – François Hollande, âgé de 19 ans, est étudiant à la faculté de Droit de Paris. Marine Le Pen est âgée de 5 ans]

 

2.4.2.                       L’économie

§        Le monde industriel connaît une phase de croissance régulière et continue (mais 3% de la population française  est au chômage). L’écart entre les riches et les pauvres tend à s’accroître (la fréquentation des Musées, Théâtres, Maisons de la Culture, est l’apanage des catégories les plus aisées)

§        A la suite de la guerre du Kippour, les pays arabes membres de l’OPEP annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les Etats qui « soutiennent Israël »). Le premier choc pétrolier s'est produit en 1973 : ses effets (hausse du prix et baisse de la production) se font sentir  jusqu'en 1978.

§        En 1972, les Français ont produit pour la première fois 1 000 milliards de francs de biens et de services, soit dix fois plus qu’en 1950.

§        La France participe désormais à un marché européen de 200 millions d’habitants (le secteur tertiaire – services – connaît une très rapide expansion). La classe moyenne salariée constitue la moitié de la population active. Par ailleurs, la France fait appel – pour effectuer les travaux les plus pénibles – à une main d’œuvre immigrée (4 millions de travailleurs) venue pour la plus grande partie de la région méditerranéenne.

 

2.4.3.                       Etat des Technologies en 1973

 

2.4.3.1.       Les technologies liées au cinéma et à l’audiovisuel

 

En 1973, le format Super 8 est le plus utilisé par les cinéastes amateurs. Le 16 mm est le support privilégié des ciné-clubs. Quelques rares salles (Kinopanorama par exemple) proposent des films en format 70 mm. Le grand public commence à utiliser des magnétoscopes au début des années 70.

ART VIDEO : le premier artiste vidéo, Nam June Paik, d'origine coréenne, présente une exposition d'art vidéo en Allemagne dès 1963. En 1973, l’artiste (âgé alors de 41 ans) réalise « Global Groove »[10].

 

2.4.3.2.       Les technologies liées à l’informatique et à l’Internet

 

En 1972, le réseau relie 23 ordinateurs. En 1973, l’Angleterre et la Norvège rejoignent le réseau Internet avec chacun un ordinateur. Il faudra attendre plus de dix ans (1984) pour que 1 000 ordinateurs soient connectés.

§                   Steve Jobs (futur créateur d’Apple) - Il a 18 ans en 1973. Il s'inscrit au Reed College de Portland dans l'Oregon, où il abandonne ses études après un semestre, tout en continuant à suivre des cours en auditeur libre (C'est ainsi qu'il assiste à des cours de calligraphie). Hippie barbu et hirsute, il expérimente la marijuana ou les acides. Le premier Macintosh sera réalisé en 1984.

§                   Bill Gates - Il a 18 ans en 1973, et Il entre à l'Université d'Harvard. Il y rencontre Steve Ballmer, futur PDG de Microsoft, il abandonne rapidement ses études pour se consacrer uniquement à la programmation informatique. En 1975, Gates réalisera le premier logiciel commercialisé par la société Microsoft.

§                   Sergueï Brin vient de naître à Moscou. Avec Larry Page  (né également en 1973)  il sera le co-fondateur en 1998 de Google.

§                   Mark Zuckerberg - Mark Zuckerberg va naître en 1984. Il lancera officiellement Facebook en 2004.

 

 

2.4.3.3.       La télévision en France

 

L’Office de la Radio Télévision Française (ORTF) propose depuis 1972 trois chaînes aux téléspectateurs français. 85 % des foyers sont équipés d’un téléviseur (dont 19 % en couleur). En 1968, première publicité sur la première chaîne.

 

Au plan idéologique, après la crise de Mai 1968, la mainmise du pouvoir politique et du gouvernement est manifeste

§        Du 17 mai au 23 juin 1968, la France est privée de télévision. L’ensemble des catégories professionnelles du secteur est mobilisé pour revendiquer et plaider leur cause auprès de l’opinion. Les journalistes poursuivent même leur mouvement jusqu’au 12 juillet. Ils subissent ensuite de lourdes sanctions qui font de la télévision le seul service public épuré après Mai 68 (102 journalistes, qui refusaient d’appliquer la censure, seront licenciés ; on trouve parmi eux Michel Drucker, François de Closets, Thierry Rolland, Roger Couderc).

§        En 1970, au cours d’une conférence de presse, le Président Pompidou déclare : « Etre journaliste à l’ORTF, ce n’est pas la même chose qu’être journaliste ailleurs. L’ORTF, qu’on le veuille ou non, c’est la voix de la France ».

[En 2010, le Président modifie la Loi : c’est lui désormais qui nomme les PDG de l’audiovisuel public ; le 05/07/2010, M Sarkozy nomme M. Pflimlin à la tête du groupe France Télévisions].

 

 

 

2.4.4.                       Les loisirs en France

 

Part de leur budget consacrée par les Français aux  dépenses de « Loisirs, Culture, Communication » :

 

1959

1973

2009

 

5 %

6 %

9 %

En 2009, les Français ont dépensé 98,9 milliards d'euros pour les loisirs et la culture, soit 7 % de leurs dépenses de consommation,

En 2010, les dépenses des ménages en programmes audiovisuels dépassent pour la première fois 8 000 millions d’euros (dont 1 000 millions pour le cinéma).

 

 

 

2.4.5.                       Les mœurs en France

L’avortement ne sera légalisé qu’en 1974. Il faudra attendre 1982 pour que l’homosexualité ne soit plus considérée comme un délit en France.

 

 

 

 

 

 

 

2.5.                 Le cinéma en 1973

 

En 1973, l'acte d'aller au cinéma fonctionnait comme un rituel. Le cinéma, art populaire s'il en est, appartenait pleinement à la sphère publique.

 

2.5.1.                       Les plus grands succès du cinéma (Français et international) en France (liste arrêtée en 1973)

 

La grande vadrouille (Gérard Oury / France) – 17 millions d’entrées (1966)

Autant en emporte le vent (Victor Fleming / Etats-Unis) – 16 millions d’entrées (1950)

Le livre de la jungle (Wolfgang Reitherman / USA) – 15 millions d’entrées (1967)

Il était une fois dans l’Ouest  (Sergio Leone / Italie) – 14 millions d’entrées (1968)

Les 101 dalmatiens (Clyde Geronimi / USA) – 14 millions (1961)

 

 

2.5.2.                       Box-office France en 1973

"Progressivement, les Français de 1970 sont apparus dans leurs films.

Pas tous les français sans doute, pas tous les films non plus,

et souvent dans une perspective discutable (…) Un lien existe entre le cinéma des Français et la vie politique courante de ces années-là, et c'est très nouveau".

Jean-Pierre Jeancolas (Le cinéma des Français[11])

 

En tête du classement :

Les aventures de Rabbi Jacob  (Gérard Oury / France) – 7,3 millions de spectateurs

Mon nom est personne  (Tonino Valérii / Italie) – 4,7 millions d’entrées

Mais où est donc passée la septième compagnie ? (Robert Lamoureux / France) – 4 millions d’entrées

Le grand bazar  (Claude Zidi / France) – 3,9 millions d’entrées

L’emmerdeur  (Edouard Molinaro / France) – 3,3 millions d’entrées.

 

"Quelques collectifs produisent des œuvres militantes, très orientées politiquement : par exemple le groupe Cinélutte (fondé en 1973) qui produit et distribue Chaud ! Chaud! Chaud ! sur les manifestations lycéennes contre la loi Debré"[12].

 

 

 

2.5.3.                       Les récompenses cinématographiques attribuées en 1973

 

Oscar du meilleur film à Hollywood : Le Parrain (Francis Ford Coppola)

Oscar du meilleur film étranger : Le charme discret de la bourgeoisie (Luis Buñuel).

Prix Louis Delluc : L’horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier)

1ier festival du film fantastique d’Avoriaz : Duel (Steven Spielberg)

Palmarès du festival de Cannes :

Grand Prix du Festival du Film (ex æquo) : L'Épouvantail  de Jerry Schatzberg (États-Unis) et La Méprise  d'Alan Bridges (Royaume-Uni). Grand Prix Spécial du Jury : La Maman et la putain  de Jean Eustache (France).

Les « Césars » ne seront créés qu’en 1976.

 

 

2.5.4.                       Quelques films « posent question »

 

A Cannes, la présentation du film de Marco Ferreri La grande bouffe[13]  cause un immense scandale.

En septembre 1973, le Ministre de la Culture, M. Druon, accorde enfin son visa d’exploitation à J’irai comme un cheval fou (Arrabal), bloqué durant plusieurs semaines par la censure.

Le film militant Histoires d’A, documentaire d’information médicale sur l’avortement, ne sera autorisé qu’en novembre 1974[14].

 

 

2.5.5.                       Autres films sortis en 1973

 

Lacombe Lucien (Louis Malle) – Cris et chuchotements (Ingmar Bergman) – Tous les autres s’appellent Ali (Rainer Werner Fassbinder) – Amarcord (Federico Fellini) -  Stavisky  (Alain Resnais) – L’invitation (Claude Goretta) – La gueule ouverte (Maurice Pialat).

 

2.5.6.                       De la difficulté d’accéder facilement aux œuvres cinématographiques en 1973 (Les rééditions)

 

« De toute l’œuvre anglaise d’Alfred Hitchcock, Les trente neuf marches et Une femme disparaît restent, sans nul doute, les pièces maîtresses qui méritaient amplement une nouvelle diffusion. François Truffaut en a pris l’initiative et nous ne saurions trop l’en louer. Souhaitons que le succès de ces « locomotives » nous vaille bientôt des redécouvertes plus rares et d’égale qualité »[15].

 

 

2.5.7.                       En 1973, leur carrière était encore à venir !

 

Clint Eastwood (âgé de 43 ans) vient de réaliser son second film, L’homme des hautes plaines. Pedro Almodovar (âgé de 24 ans), a acheté une caméra super 8 et travaille à la compagnie nationale de téléphone d’Espagne. Quentin Tarantino (âgé de 10 ans) visionne de nombreux films. Agnès Varda (âgée de 45 ans) a déjà réalisé cinq longs métrages.

 

2.5.8.                       Le cinéma en France en quelques chiffres

 

2.5.8.1.   Les salles de cinéma

 

 

 

1973

2011

Cinémas

 

2 066   (dont 146 multiplexes[16])

Nombre de salles

(ou nombre d’écrans)

4 170

5470

 

 

 

2.5.8.2.       Les salles « Art et Essai"

 

Salles classées

« Art et Essai »

1973

2011

Salles

352

2 000

 

325 salles de cinéma classées Art et Essai fonctionnent dans le pays en 1973 (65 à Paris, 90 en banlieue parisienne et 170 en province).

 

 

2.5.8.3.       Des mutations structurelles importantes bouleversent l'offre

 

 

1973

2011

 

Concentration économique et transformation des anciennes salles de grandes dimensions en complexes ou multisalles

Numérisation de la projection

 

 

 

2.5.8.4.       La fréquentation cinématographique

 

"Ne jamais oublier que le cinéma, soumis au mécanisme de l'argent,

obéit aux lois économiques en usage"

Jean-Louis Bory

 

Fréquentation (en millions de spectateurs)[17]

1973

2011

Fréquentation

176 millions

215 Millions

 

En 1973, près de la moitié des Français ne va jamais au cinéma.

2011 : le cinéma se porte bien !

215 millions d’entrées ont été enregistrées en 2011 (201 millions en 2009 et 206 millions en 2010). Ces chiffres constituent un niveau inégalé depuis la fin des années 60. Plus de 65% de la population de France métropolitaine s'est rendue au cinéma en 2010.

 

2.5.8.5.       Part de marché selon la nationalité du film

 

 

1973

2011

Films Français

53 %

41, 6 %

Films américains

24 %

46 %

Autres films

23 %[18]

12,4 %

2.5.8.6.       Le prix des places (et son rapport avec le SMIC)

 

 

1973

2011

Prix d'une place

1 euro   (6,50 Francs)

7,5 euros

Salaire Minimum

167 euros (1 100 Francs)

1 398 euros

rapport

Avec une heure de SMIC, on pouvait acheter 4 places de cinéma

Avec une heure de SMIC, on peut acheter 1,2 places de cinéma.

 

 

 

 

2.5.8.7.       Un système économique de plus en plus agressif. Exemple de l'inflation du nombre de copies :

 

 

1973

2003

 

Les "aventures de Rabbi Jacob" sort avec le nombre record de 128 copies

"Taxi 3" bat un record pour un film français avec 969 copies

 

200 films français ont été produits en 1973 (dont 19 classés « X »[19]).

261 films français ont été produits en 2010.

 

 

 

 

3.  Questions posées par Jean-Louis Bory au cinéma (et à la société française) en 1973

 

"Chaque semaine notre Bory tricote consciencieusement son journal d'un voyeur (…) Ses considérations ne sont pas exemptes de cet excès répandu à raconter les films plutôt qu'à les analyser. Ces réserves n'ont guère d'importance : avec ses airs de ne pas y  toucher, Bory évoque l'air du temps, l'ère d'une approche très politique et très morale de l'art"

Olivier Barrot (préface de L'obstacle et la gerbe[20])

 

3.1.                 Bory définit le cinéma « prosaïquement »

 

« a) Le cinéma est le lieu de projection d’un enchaînement d’images et de sons ;

b) le cinéma est la projection de cet enchaînement ;

c) Le film est cet enchaînement ;

d) Aller au cinéma = aller dans ce « lieu » consommer cet enchaînement »

"Le cinéma est moyen de déchiffrement des hommes et du monde".

 

 

3.2.                 Puissance du cinéma

 

« Art-choc, le cinéma est moins de suggestion que d’emprise. Le cinéma n’est pas fâché de se montrer, en quelque sorte, totalitaire. C’est d’ailleurs un des arguments massue de la censure que cette violente fascination de l’image projetée ».

 

 

3.3.                 Quelle « histoire du cinéma », hier et aujourd’hui ?

 

« La fréquentation de nombreux films est nécessaire : commerce qu'il faut bien appeler – j'en suis confus, me pardonnera-t-on cette obscénité ? – culture cinématographique. (…) Ce n'est pas la culture qui est bourgeoise, c'est ce que l'on en fait»[21] -  (JLB, en 1973).

 

« A la plupart des enfants, si l’on excepte les « héritiers » au sens de Bourdieu, la société civile ne propose déjà plus que des marchandises culturelles vite consommées, vite périmées, et socialement « obligatoires »[22] - (Alain Bergala en 2002)

 

 

[Il s'agit d'un bien étrange paradoxe : alors que les jeunes ont aujourd'hui un accès facilité à toutes sortes d'œuvres cinématographiques, alors que se sont multipliés les dispositifs (école au cinéma, collège au cinéma, ciné-lycée) d'éducation au cinéma, les jeunes, sollicités par de nouveaux modes de communication et de loisirs attractifs, se désintéressent du patrimoine cinématographique. Ils constituent le "cœur de cible" de l'idéologie libérale globalisée et consommatrice. Hélas, c'est bien au travers de ce prisme que se définissent maintenant les notions de goût et de beauté. Dans ces conditions, quelle "distinction", quelle reconnaissance sociale un jeune pourrait-il tirer de la fréquentation des œuvres de Welles, Ford, Godard ?…].

Jean-Louis Bory envisage tout naturellement le cinéma comme un Art marqué par des dates importantes, des personnalités fortes qui vont contribuer à sa renommée, et le transformer. Bory choisit de rendre hommage à deux cinéastes français (qui ne sont pas, loin de là, les plus célébrés au début des années 70 : Abel Gance et Jean Cocteau.

3.3.1.                       « Gance le Père » (Abel Gance est âgé de 84 ans en 1973)

 

« Cinq minutes d’arrêt. Pour le salut. (…) Gance[23]  meurt à petit feu dans l’oubli, dans la misère. Ou plutôt non, on ne l’oublie pas, on l’écarte, c’est pire, on l’empêche de créer. C’est Gance qui, possédé par le désir de faire « éclater » l’écran par tous les moyens, s’invente des techniques nouvelles, des outils nouveaux lui permettant de concrétiser ses visions. (…) Berlioz de la pellicule, Gance va jusqu’à « surimprimer » 16 images l’une sur l’autre. Il songe à la vision simultanée de plusieurs images. En ajoutant des écrans à droite et à gauche de l’écran central[24], en montant, de part et d’autre de l’image centrale, des images différentes ou les mêmes inversées, il échafaude de fantastiques architectures mouvantes d’images et de sons. Merci Monsieur Gance, Merci ».

 

3.3.2.                       Jean Cocteau (1889 – 1963) qui a inventé le cinématographe

 

« Cocteau[25]  a maintenu le mot « cinématographe » contre vents et marées parce que le « graphe » de « cinématographe » n’arrêtait pas de signifier à ses yeux que le cinéma est une écriture capable de se risquer où l’écriture proprement dite ne peut s’aventurer. Selon sa propre expression, c’est bien d’une « encre de lumière qu’il éclaboussa les écrans. (…) Il n’y a pas de cinématographe sans spécificité. C’est la présence impérative de cette spécificité irréductible qui donne au cinématographe cet air un peu guindé, cette raideur d’aristocrate corseté. Le cinématographe s’avance toujours le menton haut, le mollet tendu ».

 

 

 

3.4.                 Le cinéma-ronron, le cinéma-debout

 

3.4.1.                       Le cinéma-ronron

 

« Le cinéma qui ne se contente pas de maintenir le spectateur assis, il le couche. C’est le cinéma vautré. Surtout pas déranger les habitudes ! Au contraire, les respecter, les entretenir. Passivité maximale garantie. Pas d’effort à craindre, donc pas de fatigue. Et, pour plus de sûreté, les images ne donneront rien à voir, les sons rien à entendre. C’est du cinéma-ronron. Le cinéma digestif par excellence. Le cinéma-ronron marche au bicarbonate de soude ».

« Ici on n’attend rien, on n’exige rien qu’une simple distraction comparable à la belote ou au tiercé (…) Poncifs et ficelles, conformisme à tous les niveaux, donc confort intellectuel et moral, et sécurité – cinéma rassurant par vocation, rien ne bouge, rien ne bougera ».

 

 

3.4.2.                       Le cinéma-debout

 

"Le "cinéma-debout" change la vue, pour, peut-être,

nous inciter à changer la vie" (JLB)

 

« Prendre le cinéma au sérieux, c’est donner à voir des images et des sons qui méritent l’effort que le spectateur fait pour les voir et les entendre (…) Des images et des sons qui obligent le spectateur à se débarbouiller de ses habitudes de voir et de penser ; qui l’obligent, l’aident au regard actif. C’est le cinéma-debout ».

« Il y a du cinéma-debout assommant comme la pluie à force de trissotisme et de prétention, mais s’il pèche, c’est par ambition, jamais il ne vise bas, même s’il passe à coté de la plaque (…) Par la hardiesse de l'invention, la beauté plastique, la richesse psychologique, l'anticonformisme moral, l'inquiétude sociale ou politique, le "péplum", le "thriller", le "comique", le "musical", le "mousquetaire" ou "le pirate" peuvent appartenir au cinéma-debout".

"J'aimerais qu'une palme d'or, ou un lion d'or, ou une étoile d'or récompense un jour des films comme Le voyage fantastique (Fleisher / 1966), Juge et hors la loi (Huston / 1972), Le tombeur de ces dames (Lewis / 1961), Sept épées pour le roi (Riccardo Freda / 1962). Je soupire devant la désolante persistance avec laquelle on s'obstine à ne pas prendre ce cinéma au sérieux. (…) Aucun policier, aucun western, aucun burlesque ne vous dispense d'être sensible, et encore moins intelligent".

 

 

 

 

 

3.5.                 Le rôle des critiques de cinéma

 

"Mes discours d'appoint  masquent la loi voulant que toute valeur d'échange soit une valeur-marchande, que les produits culturels et intellectuels sont à vendre,

et qu'il faut donc les vendre" (JLB).

 

"Il appartient à la critique – à une critique en tous cas – de supprimer les cloisons entre la culture cinématographique et les autres, en attendant de faire tomber, à coups de trompettes, comme celles de Jéricho, les murailles du ghetto culturel".

"Les metteurs en œuvre, au cinéma, donnent à voir et à entendre; les critiques donnent à comprendre et à aimer. Il y faut de la pédagogie. On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre".

 

 

3.6.                 La censure

 

"Toute censure, même lorsqu'il s'agit de sexe ou de drogue, est,

en profondeur, politique" (JLB)

 

"En théorie et presque en principe, il n'y a plus en France de censure précisément politique. Si l'on compare à ce qui se passe en Grèce, en Espagne, en U.R.S.S., en Algérie ou à Cuba, c'est presque vrai".

"La censure n'est plus couperet, elle est édredon. Elle étouffe jusqu'à l'asphyxie. En fermant les robinets d'oxygène : plus de fric. La censure peut aussi amener le réalisateur à choisir entre une diffusion mutilée et pas de diffusion du tout. Sait-on par ailleurs que l'étiquette interdit aux moins de dix-huit ans déshonore comme le fer sur l'épaule du forçat, et que tout l'Ouest de la France se ferme automatiquement aux films ainsi flétris ?".

"Français, nous sommes des minus. Des sous-développés intellectuels. La fragilité de nos méninges, la faiblesse de notre estomac, l'étroitesse de nos idées nous rendent inaptes à supporter un cinéma adulte qui ose affronter les brutalités de l'existence. Ces brutalités contre lesquelles il importe de nous protéger, chères délicates petites choses, par le capitonnage de l'obscurantisme".

"La liberté d'expression n'est pas de tout repos. Il n'y a pas de liberté d'expression là où elle s'exerce à sens unique. Il est de gauche – du moins je le crois – de se battre pour ceux qui ne pensent pas comme vous aient aussi le droit de le dire. Il arrive que les impératifs de l'action révolutionnaire justifient le fameux cri terroriste : "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !" C'est de bonne guerre, mais c'est la guerre."

 

 

 

3.7.                 Fonction sociale de cinéma

 

3.7.1.                       Le cinéma nous divertit d'abord par omission

 

"C'est une forme du mensonge. Silence et bouche cousue sur tel événement, telle catégorie de personnes, telle situation, tel problème. Il y a des gens dont le cinéma nous parle si rarement que c'est comme jamais : les paysans, les ouvriers, les travailleurs immigrés, les vieillards, les handicapés physiques. Le cinéma ne laisse pas parler ces gens-là, ces gens là n'ont pas droit à la parole, ces gens-là ne sont pas confortables, ils ne sont pas plaisants. La prostitution, l'alcoolisme, l'avortement ? Motus ! C’est en effet peu divertissant.

 

3.7.2.                       Le cinéma nous divertit par déformation

 

"Après la non-information, la déformation. Ne plus se taire sur le réel, mais le déguiser. Masquer les contradictions et injustices et malfaçons sociales derrière les contradictions et défauts et malheurs individuels. La saloperie sociale est escamotée par le drame individuel. Bonheur, malheur, tout vient de l'individu, rien de la société".

 

3.7.3.                       Le cinéma, outil idéologique

 

""(Nous sommes au cinéma) La projection agit en outil idéologique dès que l'écran s'éclaire : par la seule façon dont elle conditionne mon regard. C'est la projection qui nous enferme dans l'habitude de croire à la réalité de l'image cinématographique comme à la réalité vécue et à trouver là, et là d'abord, notre plaisir. Lequel plaisir s'accompagne du sentiment de sécurité qu'inspire cette familiarité. Cela rassure. Le réel est comme il est, comme il doit être. L'ordre est respecté. Ouf ! Rien ne me dérange dans mon fauteuil. De réaction intellectuelle devant le spectacle, la reconnaissance devient gratitude. Le confort intellectuel et moral s'ajoute au confort des reins pour augmenter cette passivité d'où nous vient tant de bien, de plaisir".

 

3.7.4.                       Le film politique

"Le vrai drame du film politique en France, le voici : y a t il vraiment un public pour le film politique ? Ecoutez le vaste cri unanime des marchands : "Mon public n'aime pas ça !". Et de brandir des chiffres. Pas si fous. Il suffirait d'amorcer la pompe. Cela permettra la formation politique du spectateur de cinéma. Le film politique peut-il être un moyen de pédagogie politique ? Oui. Militer au cinéma, ce n'est pas seulement réaliser un film, c'est le montrer, et au plus grand nombre de spectateurs possibles. Ce n'est qu'en allant vers le public que le cinéma politique existe – trouve sa raison d'être".

3.7.5.                       Y a t il un cinéma de gauche ? un cinéma de droite ?

 

"Est politique le cinéma, quel qu'il soit, qui provoque une réflexion politique" (JLB).

 

"Tout de suite, sans réfléchir, on répond : oui, quelle question ! Bien sûr voyons. A gauche : Chris Marker, Joris Ivens, Francesco Rosi, Alain Resnais, Miklos Jancso. A droite : Jean-Pierre Melville, Claude Lelouch, Eric Rohmer, Edouard Molinaro, Henri Verneuil. Ah ! oui ? Est-ce si évident ? Ce qu'ils pensent et mettent dans leurs films ne se trouve pas toujours en accord avec ce qu'ils vivent et font pour faire leurs films ! Eh oui ! Il y a de l'admirable cinéma français de droite : Les contes moraux d'Eric Rohmer. Il y a eu du très beau cinéma stalinien, mussolinien, hitlérien : Ivan le Terrible (1946), de Sergueï Eisenstein, La couronne de fer (1941) de Alessandro Blasetti, Le Triomphe de la volonté[26] (1935) de Leni Riefenstahl. (…) Je crains que le cinéma, emberlificoté dans ses servitudes, ne sache plus très bien distinguer sa droite de sa gauche".

 

 

3.8.                 Le cinéma entre les mains des « puissants, des bourgeois »

 

« Parler du cinéma «art populaire », c’est une fumisterie » (JLB)

 

"On sait que l'entrée dans la conversation des dîners en ville à Paris est le signe infaillible de l'accès à la culture bourgeoise, c'est-à-dire,

dans l'état actuel des choses, à la culture tout court" (JLB).

 

3.8.1.                       Qui est bourgeois ? Autoportrait de Jean-Louis Bory en « bourgeois » !

"Loin de sortir du ghetto, je m'y enferme, douillettement. Je m'y complais. Par égoïsme topographique ? J'habite du coté de la place Saint-André des Arts. Par égoïsme de classe ? Je suis un bourgeois. Par égoïsme de culture ? Je porte "l'étoile jaune des intellectuels" (dixit Pierre Kast[27])".

"Ne pas se couper des masses, c'est travailler à la mort des mandarins (dont la mienne)".

 

 

3.8.2.                       Un constat

 

« Dans l’état actuel des choses (1973), le cinéma se trouve entre les mains d’une infime minorité. Le cinéma, celui qu’on projette, est le privilège d’une poignée d’individus : soit qu’ils appartiennent à la classe qui  possède l’argent nécessaire à l’élaboration des fascinations, soit qu’ils s’entendent avec elle. En France, cette classe qui a l’argent, c’est la bourgeoisie. Plus exactement à un mandarinat au sein de cette bourgeoisie. Mandarinat du fric, mandarinat du commerce ; mandarinat de la culture ».

« Du cinématographe au cinoche, le cinéma est un cinéma élitaire. En d’autres termes moins courtois : le cinéma ? C’est une mafia ».

 

 

3.8.3.                       Pour créer dans le cinéma, il faut de l'argent

 

"Il faut de l'argent, si peu que ce soit, et c'est déjà beaucoup. Où le trouver ? Jargon révélateur : l'ensemble des manœuvres et combinaisons complexes (dépôt du sujet, choix des vedettes, désignation des techniciens et des lieux de tournage), cela s'appelle "monter un coup" – comme pour une attaque de banque ou l'assassinat d'une richissime douairière. C'est que l'on vise, ici et là, le même but : piquer le fric là où il est".

 

 

 

3.8.4.                       Déguiser le réel pour le rendre conforme à l'idéologie de la classe dominante.

 

"Entre les gens, entre les gens et les choses, ne représenter que des rapports tels qu'ils sont modelés par les conditions imposées par le fonctionnement du capitalisme. A la rigueur, permettre quelques entorses sur le chapitre des mœurs – mais pas sur la morale : faire gaffe au dénouement de l'histoire qui doit sanctionner le retour à l'ordre. Jouer au bravache coté coucheries – mais pas sur le social, ni sur le politique, ni sur l'économique, ce sont affaires sérieuses et qui seraient déplacées dans un divertissement.

 

 

 

 

 

 

 

3.8.5.                       Bory politique, Bory contestataire

 

"Un des premiers soucis de l'idéologie de la classe dominante, c'est de masquer

sa domination et les racines économiques de cette domination. Détourner le spectateur de toute remise en question, de toute inquiétude l'incitant au pourquoi, au comment. Faire diversion. Donc le divertir. Le plaisir par le divertissement pour la diversion" (JLB)

 

"Ce sont ceux qui sont en haut de l'échelle qui font le cinéma – choisissent les histoires, les jouent, les tournent, les montrent" (JLB)

 

 

"Pas de troubles. L'ordre. Il importe d'abord de consolider dans le public les habitudes de sentir et de penser qu'ont installées en eux les trois agents d'éducation de nos sociétés : la famille, l'école, la caserne (…) La culture, c'est plutôt "l'utilisation bourgeoise de la culture" qu'il convient de dire. Ce n'est pas la culture qui est bourgeoise, c'est ce qu'on en fait. Si elle devient bourgeoise, une culture cesse d'être une culture. Elle conserve, elle embaume, elle rassure. Vive le confort !".

 

3.8.6.                       Le cinéma change le regard, il change la vie. Mais, pour changer le cinéma, changeons d'abord la vie.

 

"Voici, en vrac, des appels, des cris, des requêtes, des exigences. Diminuer le temps de travail : les "masses" seront moins abrutissables parce que la fatigue les aura moins abruties (en termes courtois : aliénables, aliénées). Instaurer une nouvelle logique économique substituant, comme moteur du développement et de la croissance économiques, la satisfaction des besoins sociaux à la loi du profit maximal. Poser en principe que les besoins culturels sont des besoins socialement indispensables au même titre que les autres besoins sociaux. Nationaliser l'ensemble du secteur bancaire et financier".

 

3.9.                 Cinéma et littérature en 1973

 

« Avec les scrupules d’une maquerelle poussée par l’affection et le souci de la postérité, on l’oblige à copuler avec la littérature. Ils font des petits : Cayrol, Duras, Robbe-Grillet. On vous les a gardés. Ou bien moins ambitieuse ou moins téméraire, la maquerelle se contente de fornications subalternes. Le cinéma engrosse alors un « chef-d’œuvre ». Souvent, hélas, ça donne des mongoliens. Château en Suède[28] ou Le Docteur Jivago[29]. On souhaiterait des contraceptifs ».

3.10.           Cinéma et Jeunesse

 

"La jeunesse est un âge où l'on ne distingue pas encore clairement le jeu de la réalité – surtout quand le jeu sert aux adultes à masquer la réalité pour en jouir mieux, je veux dire avec le maximum de confort".

 

« La jeunesse est contemporaine d’une civilisation de l’image : elle va plus souvent voir un film qu’elle n’ouvre un livre. (…) Tout public est jeune devant le film. Le cinéma invite son spectateur à une attitude, sinon puérile, du moins juvénile. Voila la clé ! ».

 

 

 

3.11.           De la modernité

 

"Il n'y a qu'une actualité au cinéma, c'est celle du cinéma en train de se faire" (JLB)

 

"Pas besoin d'être un intellectuel de la pellicule ou un Savonarole de la cinéphilie pour reconnaître le fait suivant : un spectateur "moyen" entrant dans une salle en cours de projection, est capable de "sentir" aujourd'hui si le film projeté est moderne ou s'il "date" (c'est-à-dire qu'il relève de ce bon cinéma de papa qui repique imperturbablement le réalisme poétique cher à Carné, ou l'étude "psychologique" chère à Clouzot, voire l'académisme digne cher à Jean Delannoy.

 

"La construction du récit, nullement progressive, souvent peu "dramatique" désire suivre la vie comme elle va. Refus de toute conclusion, de toute fin, l'avenir des personnages reste indéterminé. Si on voulait résumer en deux mots : ambiguïté et impressionnisme".

 

 

 

3.12.           Eduquer au cinéma

 

"Quand le professeur que j'étais comparait Chaplin à Molière, les bonnes gens remuaient la tête, cause toujours mon bonhomme, en souriant avec gentillesse comme devant la manifestation d'une puérilité sans doute attendrissante,

mais qui ne va pas tarder à devenir pitoyable" (JLB).

 

 

"Le langage cinématographique n'est pas immédiatement accessible à tous. C'est une magie à dominer, à maîtriser. Il y a urgence à mettre en place le cinéma à l'école, et l'école au service du cinéma. L'éducation cinématographique scolaire apprendra au futur spectateur à jeter un pont entre la vie réelle que l'enfant et l'adolescent mènent dans leur univers quotidien et la vie imaginaire qu'ils connaissent dans le monde "second" du cinéma (et de la télévision)".

"La télévision peut beaucoup par sa contribution à l'éducation du regard et de l'écoute. Donner à voir et à entendre : la fréquentation de nombreux films, et divers, enseigne.

« L’Université n’a pu continuer à l’ignorer. La filmologie, de haute lutte, a conquis ses chaires et les séminaires ne se comptent plus où l’on scrute le fétichisme dans le film d’horreur, la thématique du divertissement dans le cinéma nazi ou le marxisme décoratif chez Visconti".

3.13.           La recherche,  les théories du cinéma

 

« Théorie du cinéma, théorie(s) de la critique de cinéma : les théories m’accablent, c’est la pratique qui me requiert – là où le cœur bat, le sang coule et chauffe, la peau respire. Mais si les rapports entre photogramme et image apparente, entre filmographique et filmophonique vous empêchent de dormir ; si vous vous inquiétez d’abord, et toute projection cessante, de savoir comment le ça, la structure et le signifiant font bon ménage ou pas dans l’unité filmique (…) je vous conseille de vous précipiter sur le numéro spécial de  La Revue d’esthétique, quatre cent quatre pages réunis et présentés par Dominique Noguez ; c’est remarquable, je ne plaisante pas ».

 

3.14.           Demain, le cinéma …

 

3.14.1.                 L'avenir du cinéma (description des réalités futures)

 

"Laissez moi prendre cinq petites minutes mes désirs pour des réalités futures :

§        Le cinéma de Boulevard, bouffé par la dramatique télévisée, meurt.

§        Le cinéma d'auteur fait l'objet d'éditions (en formats divers) qui alimenteront les cinémathèques individuelles.

§        A coté de ce cinéma-là, l'énorme spectacle cinématographique, le cinéma anti TV sera susceptible de recréer des contagions collectives. Nous retrouverons les foules dans d'immenses salles. L'hyperultrapantastéréocinésuperamascope, couleurs, relief, odeurs, et tout. Avec des films d'espace et de mouvement. Du spectacle mille pour cent

3.14.2.                 Les seigneurs de l’UGC[30] préparent les loisirs divertissants de demain

 

"En ce moment (1973) ça se remue drôlement dans les coulisses ! Ils inventent déjà sur le papier, de nouvelles formes d'exploitation (rentable). La salle polyvalente dite "bulle" : préfiguration des cathédrales futuristes. Sous une calotte sphérique, des milliers de sièges "relax" préparant les clients au confort intellectuel et moral du loisir divertissant – où le cinéma figurera entre le sport et le music-hall. (…) Trigano[31] s'occupera des boutiques – pardon, des surfaces commerciales (comme si toute la "bulle" ne l'était pas, commerciale). L'ensemble sera supervisé, aux fins de surrentabilisation, par les groupes financiers "sensibilisés au phénomène loisirs" – cet euphémisme m'enchante. Ces bulles, effrayantes ventouses à décerveler définitivement le bon populo, n'ont rien à voir avec le Magirama de Gance ! Pour résister à la bullisation du cinoche, il faut modifier en profondeur le public, le rendre moins décervelable, accélérer la formation du spectateur".

 

 

3.15.           Le conformisme, voilà l'ennemi !

 

"Cette grande plaie de l'humanité suppure partout, à droite comme à gauche (elle pue davantage à gauche, à mes narines du moins). La gauche cesse d'être la gauche dès qu'elle est conformiste. Son conformisme la tue, plus irritant parce qu'il n'ose pas dire son nom".

 

 

 

1973 / 2011 : les années ont passé…

 

Le cinéma connaît-il  le même succès aujourd'hui qu'hier ? Quelles sont les nouvelles technologies, les nouvelles pratiques qui viennent le concurrencer dans le secteur du loisir et de la culture ? Quelles sont les transformations, les mutations qui le font rentrer de plein pied dans le 21ième siècle ? La fonction sociale du cinéma (aujourd'hui en temps de crise) a-t-elle beaucoup évolué depuis 1973 ?

Voici quelques faits (et quelques hypothèses) pour tenter de répondre à ces questions.

 

 

4.  Les "concurrents" du cinéma en 2011

 

4.1.                 Les nouvelles séries TV

 

« Je suis très triste en pensant que la T.V et son feuilleton familial auront bientôt la peau du cinoche. Ca va avoir l’air de quoi, la téloche ? » (JLB).

 

4.1.1.                        Les séries TV bousculent-elles vraiment le cinéma ?

 

« C’est dans les années 80 que vont être inventés les ressorts d’écriture, les conventions et les inventions qui rendent nos séries américaines d’aujourd’hui  si passionnantes et si différentes des films de cinéma ».

Marjolaine Boutet (Les séries TV pour les nuls[32]))

 

Les séries télévisées vont faire souffler un « vent de nouveauté » sur la création audiovisuelle. Elles ont aujourd’hui gagné un public (jeune et « branché »), et une légitimité (en nombre de spectateurs mais aussi en tant qu’expression artistique). Questionnons l’ouvrage (Les séries TV pour les Nuls d’une passionnée des séries, Marjolaine Boutet, pour tenter de comprendre ce phénomène, les raisons de ce succès qui questionne les cinéphiles :

 

Le Cliffhanger : des séries « addictives »

« Désigne le moment où l’on ne sait pas de quel coté va basculer l’action. Dans les séries américaines, le cliffhanger est utilisé par les scénaristes pour donner aux spectateurs l’envie de savoir la suite de l’histoire. C’est en partie cette technique de narration qui rend les séries « addictives ».

 

Réflexion et inventivité

« C’est pendant les années 80 que la série télévisée devient « réflexive » ou « postmoderne », c’est-à-dire que pour la première fois les personnages de séries télévisées s’adressent à leurs téléspectateurs ».

 

Une plus grande visibilité des minorités

« De nos jours, les personnages d’homosexuels deviennent de plus en plus fréquents dans les séries télévisées (…) la sitcom Will & Grace (1998 – 2006) est centrée autour d’un groupe d’amis célibataires et déjantés, comprenant des hommes homosexuels et des femmes hétérosexuelles ».

 

 

Séries TV : un placement « invisible et indolore » de produits, de « réclames »

« Dans la série Sex and the City (HBO, 1998-2004) les héroïnes ne cessent de faire l’apologie des chaussures Manolo Blahnik ou Jimmy Choo. Si ces designers ont vraisemblablement donné un grand nombre de leurs modèles pour qu’ils soient montrés dans la série, Absolut Vodka a en revanche payé pour apparaître dans quelques épisodes où l’un des personnages pose pour une publicité pour la marque. Ce lien très foret entre la série et de grandes marques de luxe et accru la visibilité de ces marques auprès du grand public (…) De façon générale, aucun produit de marque spécifique n’est aujourd’hui mentionné dans une série américaine sans que cela ait fait l’objet d’un accord commercial préalable ».

 

 

Les années 2000 : Sex and the City, le comble du  « politiquement incorrect » ?

Toujours selon Marjolaine Boutet, « En matière de sexualité, Sex and the City (HBO - 1998 – 2004) donne la parole aux femmes célibataires de plus de 30 ans , avec une vérité et une liberté inouïes ».

« (…) Au delà des histoires d’amour et de sexe (parfois les deux !) des unes et des autres qui donnent envie de voir la suite, au-delà des chaussures de grand prix et des tenues couture des héroïnes (quatre trentenaires new-yorkaises célibataires[33]) qui ont lancé bien des modes, cette comédie est avant tout une belle histoire d’amitié et un portrait tout en nuances des femmes d’aujourd’hui (!), dont la version propose quatre versions stéréotypées, mais assez justes ».

« (…) quatre très beaux portraits de femmes libres (!)  dans le New York « hype » du tournant du siècle »

 

Les années 2000 permettent enfin aux séries TV de faire sauter les derniers verrous qui bloquaient encore leur liberté d’expression.

« Nip / Tuck (FX depuis 2004) se complait dans la mise en scène de toutes les transgressions imaginables, tout en s’interrogeant sur la place prépondérante de la beauté physique dans le monde actuel (…) Nip / Tuck est faite pour choquer de toutes les façons possibles (surenchère permanent de sexe, de drogue, de violence, de passions excessives ».

« The Sopranos (1999 – 2007) le grand chef d’œuvre de la chaîne HBO dans les années 2000, ose briser le tabou du meurtre en décrivant avec empathie le quotidien d’un parrain de la mafia ».

« The Shield (FX 2002 – 2008) Son personnage central est un anti-héros ultra-violent, qui, à la tête de sa brigade de choc fait régner la terreur dans un quartier mal famé fictif de Los Angeles. Ses méthodes pour combattre le crime sont peu conventionnelles (brutalité, corruption, meurtre) mais très efficaces ».

« Dexter (Showtime – 2006) une série dont le héros est … un serial killer (qui est aussi un expert de la police scientifique de Miami !) »

« Rome (HBO 2005 – 2007) : cette série est pleine de sang, de gros mots et de scènes de sexe particulièrement explicites ».

« Les Tudors (Showtime – 2007) : comme la plupart des séries du câble, les épisodes comportent souvent des scènes sanglantes et/ou des scènes de sexe explicites ».

 

 

4.1.2.                       L’incontestable « modernité » de quelques séries  qui apportent aux spectateurs un réconfortant « supplément d’âme »

 

"La meilleure façon de "récupérer" le sexe, c'est à dire de l'intégrer dans l'idéologie dominante, c'est de le transformer en source de fric tout en neutralisant sa "nocivité" possible. Sex is money. Le cinéma s'est coincé le zizi dans le tiroir-caisse. Le porno, c'est l'érotisme des pauvres. D'où son indignité.

Les pauvres n'ont pas besoin de partager les vices des riches. Pauvre porno" (JLB).

 

 

"S'est donc mise en place, sous l'effet conjugué du modernisme et de la consommation de masse, une culture centrée sur l'accomplissement du moi, la spontanéité et la jouissance"[34]  - Gilles Lipovetsky – (L'ère du vide).

 

 « QI » (Olivier de Plas – Violaine Bellet – 2011) : « A 22 ans, Candice est promise à une brillante carrière de star du porno. Mais la jeune femme désemparée, avoue être taraudée par de grandes questions… Candice reçoit une soudaine révélation : elle s’inscrit en philosophie à la Sorbonne » [diffusion sur Orange Cinémas][35].

 

« Hard » (Cathy Verney – 2011 – Canal Plus) : « Sophie est issue d'une famille bourgeoise traditionnelle. Marquée par une éducation catho-coincée,». A la mort d'Alexandre, son mari, elle est catapultée à la tête de l'entreprise de porno de feu son mari et n'a pas d'autre choix que d'embrasser cette nouvelle « vocation » [Diffusion sur Canal Plus][36].

 

« Sin tetas, no hay paraiso » [Sans poitrine, point de paradis] (Espagne - 2009) : « La série suit Catalina, une jeune fille de 14 ans qui, pour s’offrir une nouvelle paire de seins, décide de se prostituer »[37].

 

4.2.                 L'irrésistible développement de la culture vidéoludique

 

Depuis 2002, le chiffre d'affaire de l'industrie vidéoludique dépasse chaque année celui du cinéma (40 milliards de dollars en 2007).

L'industrie du jeu vidéo conçoit des produits grand public et purement commerciaux, mais, pour certains observateurs et critiques, le jeu vidéo atteint parfois une véritable dimension artistique : un premier musée consacré à ce thème a été inauguré en 2010 à Paris[38].

En 2010, 30 % des foyers français sont équipés d’une console de jeux.

Des passerelles se mettent en place entre l'univers du cinéma et celui des jeux vidéo. L'acteur Benoît Magimel a ajouté une corde à son arc : il a prêté sa voix au nouveau jeu de tirs "Call of Duty : Modern Warfare 3".

Le populaire acteur de cinéma déclare : "La qualité de travail se rapproche de plus en plus du cinéma. D'ailleurs, ça se voit : le générique d'un jeu est aussi important que celui d'un film. Dans les deux cas, ce sont des aventures collectives avec beaucoup de monde impliqué. On n'y pense pas forcément, mais il y a un véritable travail artistique sur le visuel, mais aussi sur le son, pour un réalisme déconcertant. On parle d'image, de mise en scène... Le jeu vidéo, c'est l'avenir. . Il ne faut pas être contre les technologies, il faut aller avec, essayer les nouvelles possibilités. Chaque nouvelle aventure est bonne à prendre »[39].

Le jeu en ligne massivement multi joueur n'est accessible que par réseau; l'univers crée est persistant (il existe tout le temps, que les joueurs soient connectés ou non).

Ces jeux connaissent un grand succès (environ 8 millions de joueurs participeraient à « World of Warcraft », propriété du groupe Vivendi, d’autant plus addictif qu’il est sans fin). Tous les publics sont désormais concernés : « Les Sims, la DS et la Wii, une sainte trinité vidéoludique qui en moins d’une décennie fait basculer les femmes dans l’enfer du jeu (…) Pierre Guilleret constate que les filles remportent de plus en plus fréquemment les tournois de jeux de baston ou de « shooting » organisés dans ses magasins »[40].

 

 

4.3.                 Des arts "amplifiés" par les nouvelles technologies

 

La bande dessinée va-t-elle connaître des bouleversements majeurs ? C'est fort probable, si l'on constate que, dès maintenant, des enfants peuvent aisément créer des bandes dessinées avec des tablettes[41].

 

4.4.                 Les mondes virtuels

 

Un monde virtuel est un monde créé artificiellement par un logiciel informatique et pouvant héberger une communauté d'utilisateurs présents sous forme d'avatars ayant la capacité de s'y déplacer et d'interagir. Entreprises et collectivités locales (par exemple le département de la Seine Saint-Denis : " Le département francilien crée son île. Il y invite notamment les professionnels de l'immobilier qui ont des projets dans le 93"[42]) ont investi cet espace virtuel, espérant obtenir des retombées dans le "monde réel". En 2007, 90 établissements d'enseignement supérieur étaient installés sur Second Life.

Quant aux lecteurs de 8/10 ans, ils peuvent découvrir la « vie imaginaire » de Chloé qui se déplace dans une ville imaginaire sous l’apparence de son avatar. « Dans les rues, on note la présence de panneaux publicitaires ; Chloé entre dans un magasin de vêtements. Elle s’achète une nouvelle robe avec de la monnaie virtuelle qu’elle a payé avec de l’argent réel [43]»… Comment ne pas se laisser tenter… quand on a entre 8 et 10 ans…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5.  Le cinéma en 2011

5.1.                 Les plus grands succès du cinéma mondial en France (depuis 1973)

Titanic (James Cameron / USA) – 20,7 millions de spectateurs (1998)

Bienvenue chez les Ch’tis (Danny Boon / France) – 20,5 millions d’entrées (2008)

Intouchables (Nakache - Toledano  / France) – 18,8 millions d’entrées (2011)

Avatar (James Cameron / USA) – 14,6 millions de spectateurs (2009)

Astérix et Obélix : mission Cléopâtre (Alain Chabat / France) – 14,5 millions de spectateurs (2002)

Les visiteurs (Jean-Marie Poiré / France) – 13,8 millions de spectateurs (1993)

Sur les 40 premiers films (du classement des films – français et étrangers -  les plus vus en France[44]), 22 ont été réalisés avant 1973 et 18 ont été réalisés après 1973.

5.2.                 Les films qui ont « posé problème » en 2011

5.2.1.  « Sleeping Beauty »

Le film « Sleeping beauty », raconte l’histoire d’une  “belle endormie”,  Lucy (Emily Browning), une jolie blonde qui répond à l’annonce d’un réseau de prostitution. Le soir, elle avale un somnifère et se réveille le lendemain après avoir passé la nuit avec des hommes âgés qui n’ont pas le droit d’abuser d’elle. La commission de censure du CNC (Centre national de la cinématographie) a tranché. Et choisi d’interdire Sleeping Beauty aux moins de 16 ans, estimant que le film de l’Australienne Julia Leigh s’apparentait à une “incitation à la prostitution” en instaurant un “climat malsain et pervers”.

 

5.2.2.                       « L’ordre et la morale »

Dans ce film, l’acteur / réalisateur Mathieu Kassovitz raconte comment, en 1988,  sur l’île d’Ouvéa (Nouvelle Calédonie), 30 gendarmes avaient été retenus en otage par un groupe d’indépendantistes Kanaks : 19 indépendantistes et deux gendarmes trouveront la mort au cours de l’assaut donné par la gendarmerie. Selon le réalisateur, des « pressions politiques » (le propriétaire du seul cinéma de Nouméa n’a pas voulu projeter le film car il l’a jugé trop « polémique et caricatural ») ont retardé pendant un mois la diffusion du film en Nouvelle Calédonie.

5.3.                 Cinéma : les produits dérivés permettent parfois de réaliser de substantielles plus-values.

« Désormais, il ne s’agit plus de fabriquer un bon film, mais de fabriquer un film que les gens iront voir en masse »[45] - Pascal Mérigeau

Romans, posters, gadgets, figurines, jeux, bandes dessinées, "Retourneur de temps[46]" etc., le film "grand public" (Star Wars, Tintin, Harry Potter, Le seigneur des anneaux) sert désormais de support à une commercialisation dont le bénéfice peut parfois s'avérer considérable.

 

 

6.  Le cinéma en temps de crise

« Conjoncture. La crise européenne menace d’entraîner l’économie mondiale dans une nouvelle récession »[47]   -   Jacques Adda (Alternatives économiques)

« [Le trader] :

« J’ai mal pricé mon swap et mon spiel a losé,

J’ai été un peu long et j’aurais dû shorter… »[48]

Frédéric Lordon

 

6.1.                 L’impensable cataclysme du début des années 30

6.1.1.                       Le krach boursier (1929) qui fit basculer le cours de l’histoire en tragédie mondiale.

« Cette crise majeure du capitalisme s’ancre dans la croyance de la croissance perpétuelle. Alors que l’Amérique des années 20 est aussi celle des inégalités (les 10 % les plus riches détiennent 50 % des revenus), une foule d’investisseurs de la classe populaire s’endette pour spéculer : la Bourse s’envole et le cours des actions ne cesse de monter. On achète sans en avoir les moyens, en espérant s’enrichir en vendant à la hausse. Pour s’enrichir plus rapidement, les prêteurs et les banques font grimper les taux d’intérêt. Un jour, les apprentis spéculateurs se prennent à douter de pouvoir un jour rembourser leur emprunt.

Le jeudi 24 octobre 1929, qui héritera de l’appellation de « Jeudi noir », une masse d’investisseurs soudain paniqués vendent leurs titres en catastrophe pour éviter de subir l’effondrement des cours. Au bout de quelques heures, 12 millions de titres sont vendus, 9 milliards de dollars partent en fumée.

En quelques mois, les entreprises qui avaient emprunté pour investir sont dans l’incapacité de rembourser et font faillite (de même que les banques). C’est bientôt une apocalypse économique qui gagne le monde entier. En 1932, les Etats-Unis comptent 13 millions de chômeurs et une misère monstrueuse (2 millions de sans-abri »[49]).

Pendant ce temps, « selon Staline et la propagande du Parti communiste, l’URSS, grâce au premier plan quinquennal, à la collectivisation des terres et à l’industrialisation, ne connaissait ni le chômage ni la misère »[50].

 

6.1.2.                       Dans de nombreux films des années 30, le cinéma marqué par la dramatique situation économique

« La jeunesse n’imagine pas ce que fut la crise américaine au début des années 1930  avec le chômage, la dépression, les marches de la faim »      -     King Vidor (« A tree is a tree » - 1954)

“Tout un courant du cinéma américain des années trente, non content de dépeindre la crise, suggère des solutions pour remédier à celle-ci. Ces films de fiction n’ont nullement été financés ni commandités par l’administration Roosevelt, mais ils en applaudissent les objectifs, ils en partagent l’idéologie »[51].

King Kong (Cooper / Shoedsack – 1933) – Un explorateur « self made man » capture un gorille géant et le ramène à New York. L’animal s’évade, sème la panique dans la ville et se réfugie au sommet de l’Empire State Building. Seule l’intervention de l’Etat (ici de l’armée et de la police) permettra de ramener le calme et d’empêcher le chef d’entreprise, dynamique mais irresponsable, de mettre à nouveau en danger la société US toute entière [Au même moment, le Président Roosevelt met en place la politique du « New Deal »].

Chercheuses d’or 1933 (Mervyn Leroy – 1935 avec des chorégraphies étourdissantes de Bugsby Berkeley, qui a varié sans cesse les angles de prise de vue)  Une comédie, avec les difficultés de la grande crise économique en toile de fond.

Notre pain quotidien (King Vidor – 1934). Un couple au chômage hérite d’une ferme en ruines. Une communauté solidaire va se mettre en place et va coopérer dans ce lieu pour en tirer une richesse. Le film a été financé par les acteurs et le réalisateur.

 

6.2.                 En 2011, le cinéma permet-il à la société de compenser symboliquement les dommages causés par la crise économique ?

"Aujourd'hui plus que jamais, où tout autour de nous nous invite à dormir sur nos deux oreilles, pendant qu'on visite nos poches, notre cœur et notre cervelle – pour les vider" (JLB, en 1973).

"Pour le psychiatre Michel Debout, il faut imputer à l'augmentation du chômage entre 2008 et 2011 en France un surcroît de 750 suicides et 10 780 tentatives"[52]

 

6.2.1.                       La crise "sans nom"  (2008 - ?) …

"Comment comprendre qu'une crise immobilière aux Etats-Unis ait dégénéré en une crise financière puis en une crise économique mondiale d'une telle ampleur ?"[53]  -  (Bertrand JacquillatLes 100 mots de la crise financière)

Les interventions dominantes du personnel politique et des journalistes évoque cette "crise" néfaste venue de nulle part, et qui s'est abattue sur nos économies comme la grêle sur le blé en été. Cette présentation "simplifiée" permet aux commentateurs bienveillants d'évoquer la malchance du dynamique et volontaire Président Sarkozy, porteur d'un projet politique des plus bénéfiques pour la société française, et que la succession d'évènements économiques et sociaux "malchanceux" a malheureusement contrecarré. Inutile donc de chercher des liens supposés entre les innovations menées par le monde de la finance / casino (subprimes, titrisation, spéculation sur les dettes publiques) et le bilan calamiteux de la France à la fin du quinquennat du Président ! La crise n'a aucun rapport avec le capitalisme !

 

6.2.2.                       La précarité gagne du terrain, tandis que des inégalités plurielles (patrimoine, logement, accès aux soins, école) minent la cohésion sociale et sacrifient l'avenir de la jeunesse.

« Baisse de l’emploi et du pouvoir d’achat, hausse de chômage, chute de l’investissement : tous les clignotants sont au rouge (…)  En 2010, les 10 % les plus pauvres détiennent en France un patrimoine moyen de 1 351 euros. Le patrimoine moyen des 10 % des français les plus riches se chiffre en moyenne à  1 243 367 euros »[54].

La réussite – réelle – des hyper riches fixe un objectif aux classes moyennes (ce fantasme révèle une aliénation certaine, un trouble manifeste de l’esprit critique et de la raison) :

Patrimoine estimé (en millions de dollars) en 2011

Bill Gates (Microsoft)

56 000 millions de dollars

Larry Page (Google)

22 000 millions de dollars

Sergueï Brin (Google)

22 000 millions de dollars

Mark Zuckerberg (Facebook)

17 500 millions de dollars

Steve Jobs (Apple) [décédé en 2011]

7 000 millions de dollars

 

Le capitalisme social d'hier a laissé la place à un capitalisme financier, durci, caricatural… fou ! D’autres chiffres répondent à ce « haut du tableau » :

On compte aujourd’hui en France 1,5 millions de « stagiaires » (ils n’étaient « que » 800 000 en 2006). En Espagne, 44 % des 15 /24 ans (avec parmi eux de nombreux diplômés) sont au chômage, sans perspective[55]

En France, les films et filles de cadres supérieurs ont 2,9 fois plus de chances que les enfants d’ouvriers d’avoir le bac, et huit fois plus d’obtenir un bac S… Les inégalités aujourd’hui sont bien plurielles !

 

6.2.3.                       Des films « phénomènes » qui révèlent (et accompagnent) la crise

« Ainsi tout va d’une allure sure et tranquille, sans haine et sans heurt, vers les printemps radieux d’une société sans problème. Les défenseurs de ce film ont raison : il s’agit bien d’un film de « divertissement ». Divertir, dans le sens originel : action de détourner… ».                                   François Chevassu – (critique du film… « La folie des grandeurs », en… 1972[56])

 

« Il n'y a pas d'art apolitique. Toute œuvre, qu'elle le veuille ou non, comporte un message. Le cinéma, dans l’état actuel des choses et de notre société (en 1973) est au service de la bourgeoisie, économiquement et politiquement au pouvoir : un merveilleux outil de persuasion. Envoûter des gens par milliards pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes, ça sert bougrement ! » (JLB).

 

6.2.4.                       Des films formatés pour le consommateur-mouton ?

"La passivité du consommateur-mouton n'est pas que paresse, elle est aussi, et plus encore, fatigue. Fatigue née du travail, métro-boulot-dodo. Le cinéma intervient à l'échelon dodo. C'est un substitut du dodo. Ce cinéma entretient les masses en bon état de marche. Tout en les maintenant à leurs places de masses, c'est-à-dire en évitant qu'elles se posent des questions sur cette place. Et sur sa fatigue. Tout l'effort, c'est pour le boulot. Le loisir ça sert seulement à recharger les accus. Donc pas de loisir fatigant, pas de cinéma casse-tête" (JLB, en 1973)

« Le film est une co-construction : sans nous qui le regardons, ce n’est qu’une robe sur un cintre »[57]  -  Laurent Jullier (Qu’est-ce qu’un bon film ?)

"L'hypothèse directrice d'une interprétation sociohistorique est qu'un film "parle" toujours du présent (ou "dit" quelque chose du présent,, de l'ici et maintenant de son contexte de production)"[58].  -  Francis Vanoye (Précis d'analyse filmique)

 

Les deux films (Bienvenue chez les Ch’tis  et  Intouchables) qui ont battu des records en termes de nombre de spectateurs ont été présentés au public pendant le quinquennat du Président Sarkozy. On peut émettre l'hypothèse que ces deux "messages" ( également de vrais produits de l'industrie cinématographique) en apparence consensuels, "humanistes", ont réconforté, le temps d'une séance de cinéma, un public fragilisé par le chômage de masse, la désindustrialisation, la montée des inégalités. Le temps d'une séance de cinéma seulement…

Pendant la crise économique, le cinéma, porteur de rêves (une société plus juste, une fraternité retrouvée), connaît une santé économique éclatante. L'opinion est constamment en attente de "miroirs", de réponses à ses interrogations les plus souterraines. La rencontre entre le film et le public peut-être forte, très forte, ou ratée. Tout dépend du message véhiculé et de l'attente des spectateurs (il n'y a donc aucun paradoxe à constater, en 2011, à l'heure de la déferlante 3 D, le succès d’un film français en noir et blanc sans paroles – The Artist). Mais, pour autant, peut-on nier le conditionnement effectué par les médias ? (promotion incontournable du film événement de la semaine, coup de projecteur sur le "sujet" du film - la convivialité des gens du Nord, le courage exemplaire des handicapés - admiration devant les résultats chaque fois plus extraordinaires du box-office). Il s'agit bien de ne pas "lâcher" le spectateur potentiel, de le fasciner par une nouveauté toujours plus "moderne", de l'attirer pour qu'il consomme l'un des produits cinématographique qui lui est proposé. Et ce chaque semaine. Comment dans ces conditions, trouver un cinéma qui nous "aide à penser" ?…

 

7.  Regard sur 2011, un monde inédit qui privilégie l’individualisme et baigne dans une communication globalisée, uniformisante, manipulatrice.

 

7.1.                 Un nouvel environnement (le cyberespace), invisible et potentiellement dangereux

Le cyberespace est un espace de communication virtuel composé d'appareils interconnectés bien réels : ordinateurs, smartphones, GPS, etc. Ces objets sont reliés à travers un réseau informatique allant de l'intranet d'une entreprise à l'Internet. Cet espace peut servir de cadre à des cyberattaques (menées par une personne isolée, un groupe ou un état). Une gradation existe dans ces actes : de la simple cybercrimalité, au cyberespionnage et au cyberterrorisme. La cyberguerre peut être définie comme un conflit dont au moins une des composantes s'appuie sur le champ informatique ou numérique[59]".

7.2.                 Des relations humaines (valeur sentimentale,  amitié) qui, peu à peu, perdent leur sens

7.2.1.                       « Amis » avec tout le monde !

« Facebook et les autres réseaux sociaux accélèrent le processus d’affadissement du concept d’amitié. Parents et enfants, employeurs et employés, tout le monde est l’ami de tout le monde ! Quand nous avons 768 « amis » en ligne, en avons-nous vraiment un seul ? Reléguées à nos écrans, nos amitiés sont-elles encore autre chose qu’une forme de divertissement ? Ont-elles encore un contenu ? L’amitié universelle a-t-elle un sens ? Ou s’agit-il plus simplement de combler cette période de la vie qui va maintenant de l’adolescence au moment des choix définitifs ? »[60].

7.2.2.                       Les cadeaux du Père Noël

Passés les heureux moments de la fête familiale et conviviale, les médias nous questionnent directement, dès le 25 Décembre : "Comptez-vous vendre sur Internet les cadeaux que l'on vous a offert à Noël (ce pull dont les couleurs sont si laides, ce gadget sans intérêt…) ?

7.2.3.                       Dessinateurs de Bandes dessinées : leurs signatures n'ont pas qu'une valeur sentimentale…

"'La fonction de l'art devient essentiellement triviale et même tout simplement économique"[61] – Daniel Serceau (la théorie de l'art au risque des a priori)

"De nombreux auteurs ne participeront pas cette année aux dédicaces qui se déroulent chaque année au Festival de la Bande dessinée à Angoulême. «Les dédicaces et leur commerce sont parmi les raisons de certains refus», ne cache pas Clotilde Palluat de Dargaud. Sur eBay, une dédicace de Marini peut se vendre 299 €. Une Turf, 180 €. Une André Juillard, 75 €"[62].

 

7.3.                 La marchandisation progressive des esprits en 2011

7.3.1.                       La technologie modifie notre rapport au monde et aux autres.

Avec la diffusion de l’Internet, les messages circulent dans tous les sens, et plus seulement du haut en bas : le « Podcasting » tend à remplacer l’historique « Broadcasting »[63], la traditionnelle diffusion collective. La technologie facilite les activités multitâches simultanées, la rapidité, l'interactivité. L'autonomie technologique, la connexion aux réseaux autorisent le nomadisme.

 

 

7.3.2.                       Les réseaux sociaux : dès le plus jeune age ?

"Un instituteur de la banlieue bordelaise (un institwitter !) met chaque jour en ligne un message rédigé par des enfants (Grande section / 5 ans) qui ne savent pourtant ni lire ni écrire ( !). "L'idée m'est venue à force d'entendre des parents demander ce que faisaient les enfants en classe". Une expérience aujourd'hui plébiscitée par des parents d'élèves presque tous abonnés au compte Twitter de la classe[64]".

 

 

7.3.3.                       Tyrannie de la visibilité : fuir les réseaux pour ne pas être aliéné ?

Les sujets sont devenus des acteurs de la constitution de leur propre prison spéculaire et panoptique. De nouvelles addictions voient le jour : des internautes sont prisonniers de la "dictature du temps réel". Ils éprouvent un besoin impérieux d'être reconnus et se sentent abandonnés s'ils ne reçoivent pas de réponses à leurs messages. Immergés dans le "non temps du réseau", ils éprouvent un désir de fusion et d'immortalité qui les coupe du monde réel. C’est la généralisation des personnalités narcissiques, l’invasion de la société par le discours égocentré. Ce n'est peut-être pas l'individualise qui triomphe, mais… le conformisme.

Addiction à la réactivité permanente : certains utilisateurs se révèlent incapables de "décrocher" du site "Facebook», d'autres ne peuvent résister à l'envoi de "twits"; de nouvelles formes de dépendance existent désormais dans le cybermonde (si je ne reçois pas de messages, si je ne suis pas "reconnu" dans le cyber-espace, alors je n'existe pas !).

 

 

 

7.3.4.                       La publicité désormais omniprésente, presque « douce ».

"Notre société de consommation, ce cauchemar climatisé, a des prétentions au paradis; elle ambitionne de le mettre à la portée de presque toutes les bourses. Sous le nom de gadgets, les objets s'y montrent complaisants, amicaux, ingénieux, aussi dociles que les animaux de l'arche. Tout conspire à notre sécurité sociale et individuelle" (JLB, en 1973).

 

7.3.4.1.       Publicité / Art : des liaisons (de plus en plus) dangereuses

"La publicité nous manipule d'autant mieux qu'elle semble moins nous contraindre"[65] - Gérard Lagneau (La sociologie de la publicité)

"Le consensus qui entoure la publicité étonne"[66]  - Fabrice d'Almeida (La Manipulation).

 « On estime que globalement (télévision et cinéma confondus) le placement de produits à l’écran a représenté aux USA un marché de 3 milliards de dollars en 2006 (…)  En France la loi du 19 mars 2009 a récemment autorisé le placement de produits à la télévision, autrement dit la citation directe ou indirecte de marques, contre rémunération, dans la plupart des programmes : téléfilms, séries, divertissement, télé-réalité, sport, etc. L’apparition d’une marque dans une série se négocie entre mille et plusieurs milliers d’euros. Les professionnels de la pub l’assurent : le placement des produits doit rester crédible et naturel (!)»[67].

[Un marché « juteux » reste encore à conquérir pour les marques et les publicitaires : le matériel pédagogique (livres, cahiers, logiciels, films, cartes, etc.) utilisés par les élèves derrière les murs de leur établissement scolaire. Avec la ruine annoncée des finances publiques, gageons que des entrepreneurs innovants n’hésiteront pas prochainement à tenter d’investir… « Discrètement » et « naturellement »,  cet univers jusqu'ici préservé, nouvel El Dorado pour les marques !]

7.3.4.2.        Logorama  : un modèle esthétique et économique pour le cinéma des temps à venir ?

Logorama est un court métrage d'animation français, réalisé par le studio H5 (François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain) en 2009. Le film détourne près de 3 000 logos (!), utilisés pour constituer à la fois les personnages et le décor dans lequel ils évoluent.

Sa seule « consistance », son discours, son originalité c’est de proposer aux spectateurs un récit cinématographique « au second degré » saturé de références publicitaires, jusqu’à la nausée. Les "personnages" eux-mêmes sont des logos ! Ce court-métrage aurait mérité certainement des distinctions prestigieuses au festival du film publicitaire. Mais il est allé bien plus loin, révélant le flou de nos critères esthétiques, et l’acceptation passive des messages publicitaires qui ne sont pas un spectacle anodin, mais qui constituent une arme de marketing pour les marques, et un instrument efficace de contrôle social, car identifié par le public comme « ludique » (son apparence) alors qu’il n’est que manipulateur…

Ce court métrage a donc réussi un quadruplé prestigieux dans le domaine du cinéma institutionnel et reconnu, avec un Oscar, un César et des prix à Cannes et à Clermont-Ferrand ! Les jurys de ces festivals, légitimant cette dérive commerciale, ont-ils bien mesuré la gravité de leurs choix ?... Pauvre cinéma ! Pauvres spectateurs !

 

7.3.5.                       Des médias de plus en plus liés aux puissances financières : la démocratie… « orientée » ?

"L'argent reste la meilleure laisse, et cette laisse est entre les mains de quelques uns. C'est aussi scandaleux que si la presse et sa diffusion étaient concentrées sous la poigne d'une poignée d'individus" (JLB, en 1973)

Dans une "démocratie pacifiée" comme la nôtre, le contrôle des médias reste fondamental pour tenter d'influencer les opinions et les comportements, politiques ou économiques.

Alors que le Parti Communiste ne cesse de perdre son influence, le journal de ce parti, L’Humanité, connaît une chute spectaculaire de ses ventes, et accumule les déficits qui le fragilisent. « En mai 2001, le groupe Lagardère via Hachette S.A., TF1 et la caisse d’épargne apportent deux millions d’euros au journal communiste »[68] (!).

Fondé en 1973 sous l’égide de Jean-Paul Sartre et positionné à l’extrême gauche, Libération a aujourd’hui pour actionnaire majoritaire (36 %) Edouard de Rothschild.

En 2010, trois hommes (l’homme d’affaires milliardaire Xavier Niel, fondateur de « Free », le banquier Mathieu Pigasse, le numéro 2 de la banque d’affaires Lazard, et Pierre Bergé prennent le contrôle du journal Le Monde, longtemps considéré comme le journal de référence des quotidiens de la presse française.

Depuis 2004, Le Figaro appartient au groupe Dassault.

Un entretien télévisé présidentiel « ordinaire » dans une démocratie exemplaire

Dimanche 29 janvier 2012, les programmes des principales chaînes (cinq chaînes !) de télévision étaient bousculés pour diffuser en direct l’allocution télévisée du Président de la République (Pas-encore-candidat). Trois des quatre journalistes choisis pour interroger « sans ménagement » le Président sont salariés de groupes privés : Claire Chazal (groupe Bouygues[69]), Jean-Marc Sylvestre (Canal + / Vivendi) et François Lenglet (« Next radio Tv »[70], qui appartient à alain Weill, grand patron dont la fortune est estimée à 83 millions d’euros et qui aime à rappeler que "l'info est un produit marketing comme un autre"). Le quatrième journaliste, Laurent Delahousse, appartient à la rédaction de France 2, chaîne dont le PDG, Rémy Pfimlin, a été nommé à ce poste par le Président Sarkozy en août 2010.

 

7.3.6.                       Une communication étudiée pour pénétrer et contrôler l'espace psychologique

7.3.6.1.       "Spin doctor"  et storytelling : le choc Journalistes / Conseils en communication

"Le but de la propagande moderne n'est plus de modifier des idées, mais de provoquer une action. Ce n'est plus de transformer une opinion, mais d'obtenir une croyance active et mythique"[71]. Jacques Ellul (Propagandes)

 

"En France, on ne dit plus le patronat, on dit "les forces vives de la nation"[72]. 

Pierre Bourdieu (Contre-feux)

Entreprises et partis politiques tentent désormais d'appliquer une communication forte, efficace, autant que discrète. Le travail des "spin doctors" consiste à orienter le travail des journalistes en leur communiquant des éléments (statistiques, communiqués, mais aussi éléments "off") qui seront repris par les professionnels "indépendants" de l'information.

Les spécialistes de la communication tentent d'imposer un "timing" qui va "occuper" les médias, les séduire, les étonner, avant de passer rapidement à l'élément suivant, tout aussi important (parfois tout aussi futile). La séquence peut mélanger la vie publique (TVA sociale – vote des étrangers – Taxe Tobin) et vie privée (le Président fait son jogging - le Président divorce – le Président se marie – le bébé du Président – le Président aime le bon cinéma). Il s'agit de donner une dimension dynamique et générale à une action politique en sollicitant l'émotion, pour faciliter l'adhésion (technique du storytelling : Le Président est courageux - il "incarne bien" la fonction -, volontaire, proche de nous; il "mouille sa chemise" et se bat avec conviction pour la France, mais que peut-il contre cette "crise" dévastatrice venue de nulle part ?…").

 

7.3.6.2.       des images militantes présentées sous couvert d'objectivité (Les partis politiques filment, les chaînes diffusent…)

"Les partis politiques financent des équipes techniques qui "couvrent", avec un dispositif fort coûteux, les grands évènements qu'ils organisent (par exemple, pour le meeting du Bourget qui permet au candidat François Hollande de présenter son programme, pas moins de sept caméras et une grue panoramique). Ces images "clés en main", concurrencent désormais les images rapportées par les journalistes. "Nos cameramen, eux, sont des journalistes, pas de simples cadreurs, rappelle Véronique Marchand, du syndicat SNJ-CGT de France-Télévisions. Leur regard est à l'opposé de celui d'un réalisateur mandaté. Refusons ces images !" (…) "Un vrai problème se posera le jour où un parti refusera les caméras des chaînes, glisse Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV". Cela ne s'est jamais vu, mais faisons confiance à nos communicants…"[73].

 

 

 

 

7.3.6.3.       Pourquoi il est difficile de résister à ce libéralisme politique et culturel qui n’apparaît pas comme tel. Un exemple parmi d’autres.

mercredi 25 janvier 2012

Journal de France Inter (13H00) Roland Cayrol (ancien directeur de l’institut de sondages CSA) commente – sans a priori -  les « doutes » exprimés par le Président Sarkozy lors de sa visite en Guyane.

Emission « C’est dans l’air »[74] (France 5 / 17H45) Roland Cayrol, en compagnie de Yves Thréard, Directeur adjoint de la rédaction du Figaro, commente la politique intérieure de la France, les « doutes » du Président Sarkozy.

Emission « On refait le monde » (RTL / 19H20) Roland Cayrol (présenté ici comme « polémiste », en compagnie de Denis Tillinac (écrivain corrézien et proche de l’ancien Président Chirac) commente la politique intérieure française, la situation politique en Egypte, la liberté sur Internet, etc.

[Les différents animateurs n’oublient pas de rappeler le titre du livre (« Tenez enfin vos promesses ») que leur invité / spécialiste vient de publier et dont il assure si bien la promotion.

 

7.3.7.                       Sourions ! Nous sommes filmés ! (Les caméras du soupçon ou la mise en place progressive d’une société de surveillance généralisée)

« Le terme « vidéosurveillance » est peu à peu remplacé par le terme « vidéoprotection » Les maires de gauche préfèrent utiliser le mot « vidéotranquilité ».

Jean-Claude Vitran (Ligue des Droits de l’Homme)

« En France, en 2007, on compte vingt mille caméras réparties sur plus de deux mille communes. Toujours en 2007, 396 000 caméras ont fait l’objet d »’une autorisation sur les voies publiques et lieux ouverts au public (80 % dans des établissements publics, 14 % dans les transports, et 6 % sur la voie publique (les vingt mille caméras en question). Le chiffre d’affaire de la vidéosurveillance a explosé, passant de 473 millions d’euros en 2000 à 750 millions en 2006 (20 000 à 40 000 euros pour installer une caméra, environ 5 000 euros annuels pour la maintenance d’une seule caméra). Malgré un mouvement de rejet de la part d’une partie de la population, les systèmes se mettent en place »[75].

Par ailleurs, il est désormais possible de "cadrer" à distance un espace public (et les personnes qui s'y trouvent) en utilisant une caméra reliée à l'Internet (Webcam), et qui peut-être située dans une ville, en bord de mer, à la montagne, près de chez soi ou à l'autre bout du monde… Tous voyeurs, tous démiurges, tous cinéastes ?…

 

 

 

CONCLUSION

"Au nom de l'instantané et de l'immédiat, on nous brutalise" (JLB).

 

« Chaque habitant de la Terre, ou presque, est devenu en premier lieu un sujet de la concurrence, en guerre contre tous les autres sujets. A la longue, la concurrence perpétuelle et effrénée n’est pas du tout viable. Elle pousse à la folie »[76].

Anselm Jappe (Crédit à mort)

 

Longtemps annoncée, la mort du cinéma ne s'est toujours pas réalisée. Dans nos sociétés post-modernes, ni la télévision, ni les nouveaux médias numériques et leurs multiples écrans ne peuvent constituer une alternative à la "sortie cinéma", au plaisir du partage (dans le monde réel) et de la communion / consommation d'un message qui conforte et rassure. Les industries du divertissement ont su puiser dans l'évolution technologique de nouvelles ressources (cinéma en relief, effets sonores de grande qualité) pour séduire les nouveaux publics dans des salles modernes et accueillantes. Mais le spectacle cinématographique a bien évolué depuis 1973.

C'est désormais un cinéma de la sensation, un cinéma du corps, un cinéma de l'instantané et du futile, vite consommé, sitôt oublié. Un cinéma de "parc d'attraction". Voilà sans doute l'évolution marquante du 7° Art depuis la disparition de Jean-Louis Bory. Si le cinéma n'a pas perdu son "âme" dans cette évolution, sa dimension artistique s'est estompée (histoire du cinéma, travail de la critique) au fur et à mesure que se développaient de manière effrénée les industries culturelles et les industries du divertissement, que s'affinait  le marketing des "produits films" (stratégie pour créer une "envie" de film sur l'Internet, stratégie de sortie des films, stratégie de promotion, stratégie de diversification sur d'autres supports, etc.).

Le cinéma n'est plus accusé d'affadir la culture ! Il est désormais constitué (économiquement et artistiquement) pour fournir chaque semaine une grande variété de produits, plus transgressifs (sexe, violence), plus spectaculaires, plus fédérateurs parfois, qui reflèteront la diversité du monde… néo-libéral, cette nouvelle forme mutante de domination. Ce que les images ont gagné en spectaculaire, elles l'ont perdu en vérité, en qualité de regard, en mémoire. Une "douce torpeur" bien illusoire…

Certes, par certains cotés, notre société semble correspondre aux attentes de Jean-Louis Bory : l'homosexualité n'est plus un délit, et le PACS donne une légitimité certaine aux couples non hétérosexuels. Le cinéma est reconnu, enseigné, légitimé (multiplication des festivals, permanence du "star-system"). Mieux, désormais, avec un simple téléphone portable, il est possible de réaliser une œuvre, et de la diffuser immédiatement au monde entier ! Perspectives renversantes !

Mais, à l’heure où la porosité entre art et divertissement s’accentue, le cinéma a conservé (va conserver ?) sa fonction sociale implicite et fondamentale : assurer une certaine cohésion sociale et permettre aux plus humbles à vivre par procuration une vie qui leur est interdite par l'ordre social dans lequel ils sont insérés.

Sollicités par une multitude d'écrans et d'images, attirés par des mondes virtuels inédits et magiques qu'ils peuvent visiter masqués par des identités multiples, les jeunes, les adulescents qui composent majoritairement le public des salles obscures pourraient être victimes d'une déconnexion inédite avec le monde réel, victimes d'un capitalisme financier mondialisé devenu fou, qui les marginalise et les prive d'avenir. A ceux-là, à ces indignés, il faudrait d'autres images, d'autres regards sur le monde. C'était déjà le constat et l'attente de Jean-Louis Bory. Certes le cinéma s'hybride, se transforme pour mieux rebondir. Mais à quoi servira cette évolution si la société hyper technicisée, mais désenchantée, éclatée, abandonne une partie de ses membres, de sa jeunesse, car ils ne sont "plus rentables" dans la « compétition » désormais mondialisée ?…

"Subprimes", "Krach boursier", "Triple A", "Standard & Poors", "Spread", "Dettes souveraines", "Coups de rabots dans les niches", "Eviter un possible risque systémique", "Sommet de la dernière chance", « Nouveau sommet de la dernière chance », « remettre les Grecs au travail », « rassurer les marchés », « modèle allemand », etc., etc.… face à un contrôle social, à un conditionnement « invisible » plus efficace que jamais, les colères, les engagements de Jean-Louis Bory (sur le cinéma, mais pas seulement) ont gardé, hélas, toute leur actualité… Gageons qu'il aurait pris fait et cause avec tout son talent pour les "printemps des peuples", le printemps du peuple Syrien, le printemps du peuple Grec, le printemps de tous les peuples qui souffrent !

"Il est urgent de créer les conditions d'un travail collectif de reconstruction d'un univers d'idéaux réalistes, capables de mobiliser les volontés sans mystifier les consciences[77]"  (Pierre Bourdieu, Contre-feux).

Gérard Hernandez (53 ans en 2011)

Lauréat de la certification en cinéma-audiovisuel

Article rédigé avec la documentation de l'espace "cinéma et histoire"

de la médiathèque Jacques Ellul à Pessac (33)

 

 

 

ANNEXES

 

Les mutations qui ont modifié le cinéma depuis 1973

 

« Et nous n’en sommes pas encore (1973) aux temps paradisiaques où les progrès techniques seront tels et tel alors l’état des choses (et de nos sociétés ?) que n’importe qui pourra filmer n’importe quoi n’importe comment » (JLB).

 

A ) La technique cinématographique en constante mutation

"Tout ce qui permet au cinéma une plus grande liberté de manœuvre sert le cinéma "moderne" : caméra de plus en plus maniable et dissimulable, micro de plus en plus sournois, pellicule d'une sensibilité nouvelle, etc." (JLB, en 1973).

 

A1) le numérique : la fin de la pellicule

"Il y aurait mauvaise foi ou candeur, imprudence ou impudence à ne pas voir que la fabrication matérielle du film détermine le film,, et que cette fabrication est elle-même déterminée par les techniques industrielles – matériel opératoire, tournage, laboratoires" (JLB).

« L’industrie du cinéma français traverse bien une crise sans précédent, déclenchée par la généralisation du numérique, depuis le tournage jusqu’à la projection (58 % des salles fin septembre, 100 % d’ici un an). Cette mutation entraîne la disparition d’entreprises françaises historiques, comme le laboratoire LTC (tirage de copies argentiques depuis 1935) et le spécialiste d’effets spéciaux Duran Duboi, avec pour conséquence la mise au chômage de près de deux cent personnes »[78].

En 2011, 72 % de la production cinématographique d’initiative française (sur un total de 207 films) ont été tournés en numérique.

 

 

 

A2) Exploitation en salles en numérique

Fin 2011, plus de  3 600 salles sont équipées de projecteurs numériques, soit 66 % du parc. En 2011, 43 films ont fait l’objet d’une exploitation partielle en 3 D (23 films en 2010). Ces films partiellement exploités ont réalisé plus de 53 millions d’entrées, soit près d’un quart de la fréquentation totale.

A3) la caméra n’est plus indispensable : un boîtier photo ou même un téléphone portable peuvent la remplacer

"La voilà, la caméra stylo : non plus une image astucieuse, mais une réalité matérielle. Une caméra ultra légère, silencieuse, une caméra briquet, on compte un deux trois, on tire, pof ! C’est votre film. Quel pied ! Industrie et commerce cinématographiques tels qu'ils règnent aujourd'hui en prendraient un sérieux coup. (…) L'âge du cinéma commence à peine, Jean-Luc Godard, Bernardo Bertolucci, Chris Marker : voilà nos primitifs" (JLB).

Le Canon EOS 5D Mark II est un appareil photographique reflex numérique mono objectif plein format de 21,1 megapixels. Il permet pour la première fois sur ce type d'appareil de filmer en vidéo full HD (1920*1080 pixels). Son capteur grand format permet une sensibilité et une faible profondeur de champ jusqu'alors inconnus dans cette gamme de prix. Les vidéastes (et quelques cinéastes) se sont emparés de cet appareil pour réaliser des films (par exemple La guerre est déclarée, réalisé en 2011 par Valérie Donzelli).

A4 ) Le cinéma 3 D

"La bourgeoisie a un vif désir du nouveau à tout prix pour susciter sans cesse des formes inédites, "révolutionnaires", vite détournées de la révolution vers la mode, c'est-à-dire l'argent, pour le meilleur rajeunissement de la mystification" (JLB).

"Le cinéma spectacle a envahi l'espace qu'occupaient auparavant les films narratifs traditionnels. L'important pour le spectateur qui regarde un film n'est pas ce qui arrivera après ce qu'il est en train de voir, c'est l'empathie que le réalisateur crée avec le public pour le plonger dans des impressions sensorielles vertigineuses destinées à faire réagir le corps".

Angel Quintana (Virtuel ?[79])

Le cinéma 3D (ou cinéma en relief) permet d'apprécier des images en trois dimensions par l'intermédiaire de dispositifs et procédés techniques permettant au cerveau humain de simuler une perception de relief, plus spécifiquement de profondeur et de jaillissement. Dès 1954, Alfred Hitchcock réalisait Le crime était presque parfait en relief stéréoscopique (les spectateurs étant munis de lunettes polarisantes). "Mais le procédé était compliqué, nécessitant deux projecteurs simultanés, et je me souviens de séances terribles où les deux images étaient désynchronisées !"[80]. Aujourd'hui les parts de marché des films en 3D ont augmenté considérablement en France : ils représentent 16% du total des entrées.

 

 

A5 ) la motion capture

La capture de mouvements, (ou motion capture), est une technique permettant de capter les mouvements d'un élément réel afin de les renvoyer dans un univers virtuel : les mouvements sont enregistrés ou restitués en temps réel vers d'autres systèmes. La séparation entre le corps des acteurs et les décors de synthèse donne naissance à une identité visuelle inédite : 300 (Snyder / 2006). Un cinéaste "classique" comme Rohmer n'a pas hésité lui aussi à utiliser ces nouvelles technologies : L'anglaise et le duc (Rohmer / 2000).

 

 

A6 ) Séquences conçues ou retravaillées par ordinateur

Tron (Steven Lisberger / 1982) est le premier film à utiliser des séquences retravaillées ou conçues par ordinateur. La technique de la morphose (morphing en anglais) sera développée à la fin des années 80. En 1995, Toy Story sera le premier long métrage réalisé entièrement en images de synthèse (Lasseter / 1995).

 

 

 

 

 

B) Les nouvelles technologies modifient la consommation du cinéma

"Les librairies de films ne sont pas encore pour demain !" (JLB en 1973)

 

B1) Laser disc et DVD

(Il faudra attendre le début des années 1990 pour que le grand public puisse acheter des « Laser disc », et 1997 pour que l’on commercialise les premiers DVD). En France, en 2008, la vente de séries télévisées en DVD représentait plus de la moitié des ventes globales de ce type de produit.

 

B2 )Le téléchargement

Le téléchargement est similaire à l’enregistrement sur magnétoscope ou DVD, c'est-à-dire que le programme est stocké sur le disque dur du webspectateur.

 

B3 )Le streaming (ou « Lecture en transit »)

Le streaming (lecture en transit) ressemble beaucoup au procédé de la télévision, c'est-à-dire que le programme est diffusé sur l’écran du webspectateur, mais celui-ci ne « garde » pas le programme sur son disque dur une fois la vision achevée

 

B4) Le home cinéma

En 1976, Dolby met sur le marché un système d'après un brevet inventé par Peter Scheiber et qui révolutionnera le cinéma des années 1980 : le Dolby Stéréo. Outre la réduction de bruit, il permet la restitution du son « enveloppant » dit surround à partir de seulement les deux pistes audio. Ainsi, au moins trois voies sonores sont générées en plus du signal stéréophonique : l'une derrière l'écran combinée à une ambiance sonore à l'intérieur de la salle. En 2006, ce système est symbolisé par 3/1/0 : trois voies arrière, une voie d'ambiance et aucune voie optionnelle

En 2010, 11 % des foyers sont équipés d’une Home Cinéma

 

 

C) "Net Art" : des pratiques artistiques nouvelles qui influeront sur la création cinématographique.

"L'art sur Internet existe depuis les années quatre vint dix. Le web offre d'immenses perspectives créatrices en explosant ces deux fondamentaux de la création artistique que sont le temps et l'espace. Il offre également aux visiteurs la possibilité de "lire" les œuvres à tout moment, et même d'intervenir sous la seule condition d'avoir un ordinateur à sa portée. Des institutions (FRAC du Languedoc-Roussillon, Biennale de Lyon, ont organisé des expositions ou acquis des créations. (…) L'ouverture du musée des arts super modernes (Spamm[81]) a entrouvert une porte donnant sur l'inconnu (…) Pourra-t-on bientôt parler de disparition de l'objet artistique ?"[82].

 

 

 



[1] Lipovetsky, Gilles, Serroy, Jean, L'Ecran global, Seuil, 2007.

[2] Bory, Jean-Louis,  Questions au cinéma, Stock, 1973.

[3] Carrière, Jean-Claude, Le réveil de Buñuel, Odile Jacob, 2011.

[4] Ciment, M., Zimmer, J., (dir.), La critique de cinéma en France, Ramsay cinéma, 1997.

[5] Plazewski, Jerzy, "Le spectateur devant l'image : attitude critique ou participation émotionnelle ?", Ecran 72, n°8, 01/09/1972.

[6] Aristarco, Guido, « Marx, le cinéma et la critique de film », Etudes cinématographiques, 88 / 92, Minard, 1972.

[7] Il est le réalisateur (et le scénariste) de Fatal en 2010 (le film a totalisé 1,3 millions de spectateurs).

[8] Chevassu, François, « On ne prête qu’aux riches » (Editorial) – La revue du cinéma image et son, n°257, 01/02/1972.

[9] « Le programme commun de gouvernement », supplément au « Bulletin socialiste » de Juin 1972.

[10] Bloch, Dany, L’art vidéo, Limage 2, 1983.

[11] Jeancolas, Jean-Pierre, Le cinéma des français la Ve République, Stock/cinéma, 1979.

[12] Dubois, Régis, Une histoire politique du cinéma, Sulliver, 2007.

[13] Taillibert, Christelle, La grande bouffe, (in) « 50 films qui ont fait scandale », CinémAction, n°103, 2002

[14] Montagne, Albert, Histoires d’A, (in) « 50 films qui ont fait scandale », CinémAction, n°103, 2002

[15] Beylie, Claude, « Le deuxième souffle – les trente-neuf marches », Ecran 73, n° 18, 01/09/1973.

[16] Le Kinépolis de Lomme propose aux spectateurs des films sur 23 écrans. La France compte en 2011 une vingtaine de multiplexes de 14 salles ou plus.

[17] Un « creux » dans la fréquentation est constaté en 1992 (116 millions de spectateurs), bien loin du record de 1957 (412 millions de spectateurs).

[18] Dont 9 % aux italiens, 5 % aux britanniques, 3 % aux allemands, les 5 % restants au reste du monde.

[19] L’année 1978 sera exceptionnelle : sur les 302 films français produits cette année-là, 142 seront à caractère pornographique et classés « X ». Puis, rapidement, ce phénomène va disparaître des écrans.

[20] Bory, Jean-Louis, L'obstacle et la gerbe, chroniques cinématographiques 1973 – 1974, Mémoire du Livre, 2002.

[21] Bory, Jean-Louis, Des yeux pour voir, Ramsay poche cinéma, 1971.

[22] Bergala, Alain, L’hypothèse cinéma, Cahiers du cinéma / essais, 2002.

[23] Gance a réalisé notamment  J’accuse (1919), La roue (1921), Napoléon (1927).

[24] Pour son film muet  « Napoléon » (1927), Abel Gance met en œuvre trois caméras projetant sur trois écrans, permettant ainsi différents effets.

[25] Cocteau a réalisé notamment La belle et la bête (1946), Orphée (1950), Le testament d’Orphée (1960)

[26] Ce jugement discutable de Jean-Louis Bory concernant le film de Leni Riefenstahl n'allait pas de soi en 1973. Aujourd'hui, après Shoah (Lanzmann / 1985), ce film serait d'abord considéré comme un film de propagande dangereux véhiculant un  discours nazi, ce qui laisse ses "qualités esthétiques" discutables au second plan…

[27] Pierre Kast : réalisateur français (1920 – 1984)

[28] Château en Suède – Film de Roger Vadim (1963) d’après la pièce de Françoise Sagan.

[29] Le Docteur Jivago – Film de David Lean (1965) d’après le roman de Boris Pasternak.

 

[30] L’Union générale cinématographique (ou UGC) est l’un des plus importants groupes européens d’exploitation cinématographique, et le 2e en France

[31] Gilbert Trigano, homme d'affaires français célèbre pour avoir développé le "Club Méditerranée".

[32] Boutet, Marjolaine, Les séries télé pour les nuls, First éditions, 2009 [Marjolaine Boutet est agrégée et Docteur en histoire].

[33] Il n’est pas inutile de rappeler ici les professions de ces « femmes comme les autres » : Carrie est journaliste, spécialisée dans les relations hommes / femmes, Charlotte est galeriste, Miranda avocate, et Samantha attachée de presse. [Le lecteur pourra consulter avec ce lien l’analyse du film de cinéma réalisé en 2008 par Michael King à partir du roman et de la série : http://gh33.pagesperso-orange.fr/film3.html ]

[34] Lipovetsky, Gilles, L'ère du vide, Gallimard, Folio, 1983.

[35] Poitte, Isabelle, « QI », Télérama n°3236, 18/01/2012.

[36] Révolutionnaire et iconoclaste, Canal Plus propose aux internautes une série de courts métrages « coquins » (mais sans sexe) faits maison, (ils sont interprétés par les animateurs de la chaîne, Bruno Gaccio, Antoine de Caunes, Christophe Salengro, Laurent Weil) « collection »  réunie sous le titre « Du hard ou du cochon ! » » [http://www.canalplus.fr/c-series/pid3420-c-du-hard-ou-du-cochon.html?vid=346509]. La page « Du hard ou du cochon ! » sur le réseau social Facebook nous indique que 10 847 personnes « ont aimé » ce programme « épicé », si révélateur de nos nouvelles valeurs télévisuelles…

[37] Armati, Lucas, « De nouvelles fictions pour séduire les ados », Télérama, n°3097, 20/05/2009.

[38] Musée du Jeu vidéo français, grande arche de la Défense (avec le soutien du Ministère de la Culture et de la radio NRJ). Ce musée vise à sauvegarder le patrimoine, et a pour vocation de démocratiser le jeu vidéo en le rendant accessible à tous, aux enfants comme à leurs parents.

[39] Manenti, Boris, interview de l’acteur Benoît Magimel, « Maintenant le jeu vidéo c’est presque du cinéma », nouvelobs.com, 08/11/2001, http://tempsreel.nouvelobs.com/jeux-video/20111108.OBS4084/benoit-magimel-maintenant-le-jeu-video-c-est-presque-du-cinema.html

[40] Jarno, Stéphane, «Les femmes aux manettes », Télérama, n°3111, 26/08/2009.

[41] Gourvenec, Romuald, "Créer des bandes dessinées à l'école primaire avec les tablettes", ac-creteil.fr, 03/07/2011.

[42] "La Seine Saint Denis s'installe dans Second Life", 01.net.com, 12/03/2008.

[43] Cramer, Marianne, Communiquer à l’heure d’Internet, Nathan, Questions réponses 8/10 ans, 2011.

[44] Chacun de ces 40 films a été vu en France au cinéma par au moins 9 millions de spectateurs.

[45] Mérigeau, Pascal, Cinéma : autopsie d’un meurtre, Flammarion, 2007.

[46] Le "Retourneur de temps" Harry Potter, (édition argent plaqué or) est vendu 144 euros. Etre un vrai fan n'a pas de prix…

[47] Adda, Jacques, « Le Monde va-t-il retomber en récession ? », Alternatives économiques, n°309, 01/01/2012.

[48] Lordon, Frédéric,  D’un retournement l’autre, comédie sérieuse sur la crise financière, Seuil, 2011.

[49] Brun, Thierry, Portal, Jeanne, Sieffert, Denis, « Finance, une folle histoire », Politis, n°1182, 22/12/2011.

[50] Ellenstein, Jean, Histoire mondiale des socialismes (1929 – 1945), Armand Colin, 1984.

[51] Bourget, Jean-Loup, Hollywood années 30, Hatier, Bibliothèque du cinéma, 1986.

[52] Kremer, Pascale, "la hausse des suicides liés à la crise, une réalité ignorée", Le Monde, 08/02/2012.

[53] Jacquillat, Bertrand, Levy-Garboua, Vivien, Les 100 mots de la crise financière, PUF, Que sais-je ? n°3846, 2010.

[54] « L’inégalité vertigineuse des patrimoines s’aggrave », Alternatives économiques, n°309, Janvier 2012.

[55] En ce qui concerne la situation de la jeunesse de ce coté-ci des Pyrénées, il est troublant de rappeler les propos prémonitoires du sociologue François Dubet (Les Echos – 16/03/2006) : "Depuis vingt ans, les jeunes savent qu'ils sont devenus une variable d'ajustement sur le marché du travail. S'ils font des études plus longues, c'est moins pour s'instruire d'avantage que pour ne pas faire monter le chômage. Au final, la moitié des étudiants n'occuperont pas un emploi lié à leur formation. Les jeunes sont fortement menacés de chute, de déclassement et de précarisation".

[56] Chevassu, François, « La folie des grandeurs », La Revue du cinéma Image et son, n°257, Février 1972.

[57] Jullier, Laurent, Qu’est-ce qu’un bon film ?, La Dispute, 2002.

[58] Vanoye, Francis, Goliot-Lété, Anne, Précis d'analyse filmique, Nathan, 1992.

[59] "Cyberespace, le 5ième champ de bataille", Armées d'aujourd'hui, n°365, 01/12/2011.

[60] Deresiewicz, william, “The Chronicle of Higher education”, Books, n°16, 01/10/2010.

[61] Serceau, Daniel, La théorie de l'art au risque des a priori, L'Harmattan, 2004.

[62] Tallet, Richard, "Festival BD d'Angoulême, ces dessins qui valent de l'or", charentelibre.fr, 27/01/2012.

[63] Le slogan du site d’hébergement de vidéos « You Tube » est « Broadcast yourself », (« Diffusez vous-même). En 2010, You Tube annonce avoir franchi le cap des deux milliards de vidéos vues chaque jour.

[64] Cottin, Sylvain, "Il fait Twitter ses élèves de maternelle", sudouest.fr, 23/01/2012.

[65] Lagneau, Gérard, La sociologie de la publicité, PUF, 1977.

[66] D'Almeida, Fabrice, La Manipulation, PUF, 2003.

[67] Douhairen Samuel, « La publicité dans la fiction », Télérama, n°3111, 26/08/2009.

[68] Balle, Francis, Médias & sociétés, Montchrestien, 13e édition, 2007.

[69] Martin Bouygues est le parrain de Louis, un des fils du Président Sarkozy.

[70] « BFM radio » se présente comme « Numéro 1 sur l’économie ». François Lenglet, rédacteur en chef, et ses journalistes s’adressent directement aux « entrepreneurs » et aux « marchés ». Le syndicalisme (rarement évoqué), est associé à la lutte des classes, au communisme. Le chômage, les chômeurs et les exclus de l’économie capitaliste ne sont jamais évoqués sur cette antenne, si ce n’est pour demander plus de flexibilité et moins de charges patronales… Sinon l’information est honnête et objective !

[71] Ellul, Jacques, Propagandes, Armand Colin, 1962.

[72] Bourdieu, Pierre, Contre-feux, Raisons d'agir, 1998.

[73] Armati, Lucas, "Les caméras prennent partis", Télérama, n°3238, 01/02/2012.

[74] Diffusée sur France 5, une chaîne du service public « neutre », l’émission « C’est dans l’air » est produite par Maximal Production, société contrôlée à 100 % par le groupe Lagardère. Le richissime Arnaud Lagardère (fortune estimée à 340 millions d’euros) est un « ami » du Président ; il est intervenu au cours d’un de ses meetings pour lui apporter son soutien. « C’est dans l’air » est donc bien d’une émission d’informations, neutre et objective, diffusée par une chaîne du service public, neutre et objective…

[75] Vitran, Jean-Claude, « De l’efficacité de la vidéosurveillance », Ligue des Droits de l’Homme, Hommes & Libertés, n°150, 01/04/2010.

[76] Jappe, Anselm, Crédit à mort, Nouvelles éditions Lignes, 2011.

[77] Bourdieu, Pierre, Contre-feux, Raisons d'agir, 1998.

[78] Couston, Jérémie, « Naufrage en Technicolor », Télérama n° 3234, 04/01/2012.

[79] Quintana, Angel, Virtuel ?, Cahiers du Cinéma, 21ième siècle, 2008.

[80] Entretien avec Martin Scorcese, ("3D, la dernière tentation de Scorcese"), Télérama, n°3231, 14/12/11.

[81] www.spamm.fr

[82] Mucchielli, Jacques, "Le Spamm, un musée des arts supermodermes ?", Pour, n°158, janvier2012.


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