A six mois de la Présidentielle de 2012

(Tandis que "marchés" et agences de notation bousculent les démocraties)

la classe moyenne, déclassée, déboussolée, ne se trouve plus d'image !!!

 

Quelques éléments d'analyse  sur le film "phénomène sociologique" de Novembre 2011

 

 

"INTOUCHABLES"

 

 

Italie : "L'ancien commissaire européen Mario Monti a formé une équipe

composée uniquement de techniciens ( !) pour affronter une crise de la dette

qui menace l'ensemble de la zone ... Le nouveau chef du gouvernement déclare :

"Nous avons reçu de nombreux signes d'encouragement et cela va se traduire, je le crois, par un apaisement sur les marchés concernant notre pays"

L'Express (17/11/12011)

 

"Mercredi soir sur LCI, M. Guéant, Ministre de l'Intérieur, a ainsi affirmé que "les immigrés que nous accueillons chez nous" doivent "adopter nos coutumes, respecter nos lois" et "être intégrés". Calendrier électoral oblige, cette intervention survient à la veille d'une visite officielle à Montfermeil

(Seine Saint-Denis) ce jeudi, dédiée au thème de l'insécurité"

Métrofrance.com (17/11/2011)

 

 

« L’électorat « intermédiaire » qui regroupe tous les éléments du salariat

(la « coalition historique de la gauche » : ouvriers, employés, professions intermédiaires, classes moyennes supérieures) constitue aujourd’hui

un no man’land incertain et instable » 

Bruno Jeanbart, Olivier Ferrand, Romain Prudent(« Projet 2012 » de Terra Nova)[1]

 

 

« Le cinéma, sous sa forme la plus contemporaine, enregistre un processus identique à celui qui conduit du capitalisme à l’hyper capitalisme,

de la consommation à l’hyperconsommation.

De même que les réglementations étatiques et les cultures de classe perdent

de leur emprise dans la fuite en avant de l’hyper capitalisme

financier et consumériste, de même sautent les verrous esthétiques,

les anciens tabous moraux, les cadres spatio-temporels de l’ancien cinéma »[2].

Gilles Lipovetsky et Jean Serroy

INTRODUCTION

 

A six mois de l'élection présidentielle française de Mai 2012, le capitalisme mondialisé connaît une phase inédite, compliquée et dangereuse, qui trouble la vision de l'avenir. Avec la disparition du "Communisme" comme utopie porteuse de justice sociale et avec le ralliement de la Chine à l'économie de marché, le capitalisme financier est devenu notre seul horizon, notre socle idéologique planétaire commun, pour le meilleur comme pour le pire…

Comme toutes les sociétés humaines, notre monde actuel se vit, se pense dans un système de représentations idéologiques. La vision dominante actuelle du monde est facile à comprendre, car sans cesse répétée : rien ni personne n'est responsable des errements des Bourses, des marchés, de la spéculation; mais les gouvernements qui ne sont pour rien dans cette situation doivent faire supporter aux peuples des purges radicales, des plans de rigueur drastiques, sans toucher aux avantages des plus favorisés (Le Président Sarkozy, par la politique qu’il mène, aurait des responsabilités dans la crise actuelle ? Quelle bonne blague !).

 

Ces stratégies politiques et communicationnelles, reprises et amplifiées avec une belle unanimité par les médias, peuvent atteindre et dépasser des limites que le simple bon sens devrait pour le moins contester ; on pourrait par exemple s’indigner de la mise en place d'un nouveau gouvernement en Italie qui, puisqu'il est composé de "techniciens", va, nous dit-on, résoudre la crise… sans faire de politique ! Dans ces conditions, à quoi bon des élections, à quoi bon la Démocratie, à quoi bon même le Peuple ?… Qu’on nous laisse rêver !

 

Le film "Intouchables" constitue en ce mois de Novembre 2011 un véritable phénomène de société. Tentons d'en éclairer les enjeux, essayons d'expliquer pourquoi la classe moyenne (ses représentants) disparaît du film, avant de ressurgir, métamorphosée, prête (sans soute) à relever de nouveaux défis….

"Intouchables" est à la question des handicapés ce que "Twilight" est à la transfusion sanguine "Titanic" à la fonte des glaces polaires, ou "Taxi" à la sécurité routière… Un rapport pour le moins… lointain et anecdotique.

 

Un succès cinématographique ("family friendly") sans violences ni poursuites, ni bagarres, presque sans action, pourquoi est-ce que "ça marche" ?… Comment réconcilier l'ado et le senior, comment rassembler l'actionnaire et le chômeur, le BO-BO et la caissière, comment fédérer le NPA et le Front National ? C'est pourtant ce que vient de réussir "Intouchables", véritable traité de sociologie historique et politique de la fin du mandat du Président Sarkozy, véritable radiographie d’un capitalisme au bord de la rupture, véritable miroir d’une classe moyenne qui n’a plus d’image. Peut-on en rire ?... TF1 nous donne là une belle « leçon de vie » dont nous allons essayer de révéler la face cachée !

 

Générique

Réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache

Avec François Cluzet (Philippe, "riche aristocrate tétraplégique"") – Omar Sy (Driss, "jeune homme tout juste sorti de prison") – Anne le Ny (Yvonne, l'intendante) – Audrey Fleurot (Magali, la secrétaire de Philippe) – Cyril Mendy (Adama, le frère de Driss) -

Production : Quad productions  - TF1 – Gaumont –

(Le film est sorti le 02/11/2011)

 

Synopsis (source : site ALLOCINE.fr)

"A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… Intouchables."

 

 

Box office au 22/11/2011 : "Intouchables", 8,1 millions de spectateurs (en trois semaines !)

[au 15/11/11] Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne qui ont rassemblé 4.7 millions de spectateurs en trois semaines. Suivent Contagion qui a réalisé 394.179 entrées en une semaine, Mon pire cauchemar (377.935 entrées en une semaine) et Polisse. A l'affiche depuis près d'un mois, le film de Maïwenn a réuni près de deux millions de personnes

Le plus grand succès de 2011 était à ce jour Rien à déclarer de Dany Boon (8,1 millions d'entrées)

Un remake du film sera bientôt tourné à Hollywood :

Avant même sa sortie française, les frères Weinstein en achetaient les droits pour produire un remake américain du film « Intouchables ».

 

 

Le film et la critique

 

·       Enchantés par le film !

VSD, Ouest-France, Le Figaro, l'Express, Paris-Match, Première, Télé 7 jours, Télérama, Marianne.

 

·       Déçus par le film…

La Croix, l'Humanité, les Inrocks, Télérama ( !), Marianne ( !).

 

 

·       Quelques avis "tranchés" :

 

"Intouchables" fait partie de ces films très rares qui réchauffent le cœur et donnent à réfléchir sur l'insigne fragilité de la condition humaine sans apitoiement ni complaisance" (Jean-Philippe Guérant – TéléCinéObs).

 

"Dès qu'on entre dans les détails de cette relation douce-amère entre représentants de milieux opposés, racaille de banlieue contre grande bourgeoisie, on tombe dans les clichés grossiers " (Vincent Ostria – L'Humanité).

 

 

 

éléments d'analyse

 

 

1.   Le mouvement du film

 

 

1.1.                  Situation initiale

Nuit – Paris une voiture de forte cylindrée conduite par un homme d'une trentaine d'années, noir. A ses cotés, un homme blanc de cinquante ans, barbu et fatigué. Après un regard complice, le conducteur conduit à grande vitesse, au mépris des limitations. La voiture est prise en chasse par la police. Le conducteur parie avec le passager (amusé) qu'il va les semer ("Cent euros que je les mets dans le vent"). Ils sont rattrapés, la voiture est immobilisée. Le jeune homme noir explique que le passager est gravement handicapé, et que, victime d'une crise, il le conduit à l'hôpital (le passager bave et convulse). Les policiers, bernés, escortent la voiture jusqu'aux urgences. Après leur départ, les deux hommes repartent, fort réjouis de la bonne farce jouée aux forces de l'ordre.

 

1.2.                 Situation finale

Driss a trouvé un travail de chauffeur livreur et n'est plus au service de Philippe : ce dernier déprime. Driss le conduit en Normandie où il prend soin de lui (rasage). Driss accompagne Philippe dans un restaurant de Cabourg. Il quitte Philippe en lui annonçant une bonne surprise.  La (charmante) correspondante épistolaire dunkerquoise que Philippe n'a jamais rencontrée s'assied à sa table, face à lui. Il est heureux. Driss s'éloigne, seul, sur la plage de Cabourg. Nous découvrons à l'écran les images de deux personnages (Abdel Sellou et de Philippe Pozzo di Borgo), présentés comme les héros de l'histoire vraie qui a inspiré le film (ils sont, nous dit-on, insérés professionnellement – chefs d'entreprise – mariés et pères de famille).

 

2.  COMPOSITION DU FILM

 

 

2.1.                 La "France d'en haut" (économique et politique) entre stagnation et possibilité d'une régénération.

 

2.1.1.  Les signes du véritable pouvoir

 

Intérieur / jour / galerie d'art (sur fond de Tour Eiffel) – Philippe contemple un tableau : "J'aime la sécurité et la violence qui se dégage de ce tableau" -

Driss : « ça coûte combien ça ? » – Vendeuse : «Je crois qu'il vaut 30 000 euros, mais je peux vérifier si vous voulez ! » -  Driss : "Il vaut mieux vérifier, parce que ça me paraît exagéré comme prix ! Vous allez pas acheter cette croûte 30 000 euros ! Le mec il a saigné du nez sur un fond blanc et il demande 30 000 euros !" Philippe : "Arrêtez de dire n'importe quoi !" – Vendeuse : "J'ai fait une petite erreur sur le prix… c'est 41 000 euros…" – Philippe : "Je prends !"

 

 

2.1.1.1.        Les nantis de la « France éternelle » : un monde « hors normes » qui ne connaît pas la crise !…

 

Philippe : « Les soins coûtent cher, mais je suis un tétra riche ! »

 

Philippe : « J’ai été élevé avec l’idée qu’on pouvait voir les choses d’en haut, qu’on pissait sur le monde ! »

 

Philippe représente la richesse économique (hôtel particulier dans un quartier parisien privilégié, voiture de luxe, jet privé, art contemporain "hors de prix", concert de musique de chambre à son domicile, œufs de Fabergé) et un vrai pouvoir politique (personnel nombreux à son service, recrutement – selon ses propres critères – d'un aide-soignant, valeurs "libérales" affirmées).

Philippe, adepte du "Carpe Diem" par son mode de vie et son habitat, incarne une vision "aristocratique" de la France : son mode de vie (il effectue quelques achats place Vendôme), son éducation (Sciences Po, Philippe identifie aisément les allitérations), ses valeurs (un orchestre joue à son domicile pour son anniversaire) n'ont pas d'Histoire, elles sont là de toute éternité (la soirée "au coin du feu", les tableaux représentant des personnages du XVII° siècle qui décorent l'hôtel particulier).

Dans un monde idéaliste et libéral, il est le « modèle à atteindre » des classes populaires et des classes moyennes. Donc personne ne questionne ses valeurs, personne ne les conteste (Driss lui vole un œuf de Fabergé qu’il offre à sa mère, mais il le restituera à la fin du film). Les nouvelles technologies sont peu présentes (téléphone portable, chaîne HI FI de grande qualité). Son personnel vit en autarcie à ses cotés (une histoire d'amour inattendue se met en place entre la gestionnaire et le jardinier de l'hôtel particulier).

 

Philippe présente également un visage moins "classique", moins "enfermé", plus en phase avec une relative « modernité » :

·        il préfère "Les deux magots" au "Fouquet's"

·        il a pour secrétaire Magali, dont personne (sauf Driss) n'ignore qu'elle est lesbienne.

·        Philippe et Alice, sa femme aujourd’hui décédée, ont adopté leur fille Lisa.

 

 

2.1.1.2.        La « France d’en haut » a besoin d’un peu de « régulation »

 

·        A l’occasion de l’anniversaire de Philippe, un concert est donné dans son hôtel particulier. Philippe accueille sa famille, ses amis. L’ambiance est tellement « distinguée », (Philippe : "Chacun fait un effort mais il semble qu'on se fait tous un peu chier") que l’absence totale de politesse et de courtoisie de Driss (il arrive en retard au concert et demande à tous ces « Blancs » de se déplacer pour le laisser s’asseoir aux cotés de la charmante Magali) n’est pas sanctionnée.

 

·        Les relations de Philippe avec les gens de « son monde » sont loin d’être apaisées : Le voisin de Philippe se gare devant l'entrée de l'hôtel particulier. Driss sort de la voiture et se dirige vers la voiture du voisin qui bloque l'accès. Philippe : "ça va peut-être changer !". Driss à l'automobiliste "bourgeois" : "ça va, je te dérange pas Patrick Juvet, tu veux un café ?" Driss empoigne l'automobiliste, le tire hors du véhicule et l'oblige a regarder le panneau d'interdiction de stationner. Philippe (pour lui même) : "c'est la bonne méthode ça !". Driss (frappant la tête de l'automobiliste contre le panneau) : "T’imprime, t'imprime et maintenant tu dégages, Patrick Juvet !".

 

·        Lisa, la fille adolescente de Philippe, entretient avec Driss une relation « normale » entre employeur et « employé de couleur issu de l’immigration » (Driss peint dans sa chambre. Lisa essaie de lui parler. Driss la fait sortir un peu rudement. Lisa : « C’est comme ça qu’on traite les femmes dans ton pays ? »). Lisa, abandonnée par son petit ami Adrien, demande à Driss d’intervenir. Lisa : « Va le voir, je te paye si tu veux ! ».

 

·        Philippe connaît l'étendue de son pouvoir, de sa richesse, mais il en voudrait "plus" : il voudrait qu'on l'aime surtout pour lui-même. (A Driss, à propos d'Eléonore qu'il tente de séduire. Philippe : "J'espère que je peux séduire encore avec autre chose que mon compte en banque !"

 

·        Philippe induit son ami en erreur en l'incitant à acheter le tableau peint par Driss, en évoquant comme argument que ce jeune artiste a déjà exposé à Londres, à Berlin.

 

Philippe "règne", impuissant et incontesté, et il pourrait régner pendant des siècles… Mais il regarde autour de lui et il ne voit qu’une classe moyenne médiocre, sans envergure, sans ambition… Ne pouvant s’appuyer sur cette classe moyenne, Philippe va « saborder le navire » en faisant alliance avec le monde marginal et dangereux des cités.

 

 

 

2.1.2.  La classe moyenne « diplômée, compétente, mais triste » : un petit tour et puis s’en va (Victimes silencieuses et résignées de la Crise).

 

Dans le salon de Philippe, des hommes attendent. Ils passent un entretien d’embauche pour une place d’auxiliaire de vie. Un montage accéléré va nous faire assister à leurs présentations devant Magali qui les interroge. La plupart des candidats (ce sont tous des hommes) sont diplômés, et ont de l’expérience. Seulement leurs motivations sont… paradoxales ou inadaptées. Ils veulent ce travail « pour l’argent », « pour le côté humain », « pour aider les autres », « car ils apprécient le quartier », « pour favoriser l’insertion des gens diminués », « pour favoriser l’insertion des handicapés par le sport », « pour s’occuper des démarches administratives en vue de l’obtention de l’aide au logement » (!).

Formatés sur le même moule, interchangeables, ce sont de bons petits « fonctionnaires » qui ne peuvent qu’accompagner Philippe sans modifier en rien sa situation. Or Philippe, incapable de bouger, a besoin d’aide, de sang neuf, pour « faire bouger les choses », pour « installer un nouveau logiciel » (il reste entouré par une garde «rapprochée » qui vit en autarcie à ses cotés).

C’est ainsi que la classe moyenne (et la crise de l’emploi) est évacuée jusqu’à la pirouette finale, gage d’un nouveau départ pour l’ensemble de la société, un « new deal » des valeurs de gouvernance.

 

 

 

 

 

2.1.3.  Le "Seigneur du Château" qui gesticule et s'agite, immobile et paralysé

 

Philippe aussi a changé ! Il exerce sa "fonction", il vit dans le luxe, mais il est désormais "paralysé" (physiquement, et donc dans sa relation au monde, sur lequel il n'a plus prise…). Il a gardé le pouvoir, mais il est désormais plus distant, ce qui entraîne dérives et dysfonctionnements :

·        Le (riche) voisin a l'habitude de bloquer l'accès de l'hôtel particulier en stationnant devant l'entrée,

·        Ses amis s'inquiètent de sa "gestion des affaires" (Ami de Philippe : "Tu sais qu'il a pris six mois pour le braquage d'une bijouterie ! Tu ne dois pas laisser n'importe qui rentrer chez toi ! Les gens des cités n'ont aucune pitié" – Philippe : "Je m'en contrefous")

·        Sa propre fille Lisa, âgée de 16 ans, échappe à son contrôle. Sa femme est décédée.

Il constate, mais paralysé, ne peut agir. Il envisage de disparaître (Quand Driss le rase, il suggère : "Un petit coup sec !" qui abrégerait son existence).

 

 

2.1.4.  Une vraie « Bo-Boïsation », jouisseuse et suicidaire, s'installe à la place des réformes nécessaires qu'il conviendrait de mener. Dérive dangereuse assumée par Philippe.

 

Inconscient (sadique ?) Driss verse de l'eau chaude sur la jambe de Philippe,

 au risque de le brûler. Driss : "c'est quoi ce truc de ouf ?" - 

Philippe : Non mais vous avez fini de jouer ?

Driss : Vous sentez rien du tout là ?" – L'infirmière : "Arrête, tu vas le brûler !"

 

"Paralysé", incapable de modifier le réel, "au bout du rouleau", sans espoir, Philippe se "laisse couler"… Pour accélérer sa disparition programmée, il va initier une alliance "contre nature", qui ne peut que hâter son effacement définitif. Philippe se "met en danger" (son pouvoir est tel que rien ni personne ne peut s'opposer à cette décision). Il va "sombrer", il entend "se perdre". Driss va l'accompagner (et parfois l'initier) dans cet "aller sans retour".

·        Consommation de drogues illicites

·        Philipe s'exprime parfois dans une langue étrange ("J'ai kiffé grave" !)

·        "masseuses" thaïlandaises qui s’occupent de ses dernières « zones érogènes » encore en activité : ses oreilles !

·        conduite automobile au mépris des règles de circulation (mise en danger de la vie d’autrui)

·        défi enfantin et inutile lancé aux forces de l'ordre

·        écoute de musiques "venues d’ailleurs" et si peu « légitimes »

·        mise en danger de sa propre existence ; ses amis le mettent en garde : « Les gens des cités n’ont aucune pitié ! »

·        identité sexuelle troublée (A Driss qui vient d’accepter très difficilement de lui enfiler ses bas de contention – qui lui permettent de ne pas s’évanouir – Philippe, très ambigu : « Vous avez une jolie petite boucle d’oreille et vous m’enfilez mes bas… Vous n’avez jamais pensé, dans votre jeunesse, à passer un CAP d’esthéticienne ? »).

 

 

 

[Voici le témoignage de Philippe Pozzo di Borgo, héros "dans la vraie vie" de cette histoire, sur cette période "agitée":

"Lorsque ma femme meurt, Abdel (Driss dans le film) comprend que je vais sombrer. Il m’a pris en main, m’a baladé partout, emmené voir des filles. On filait en Rolls, qu’il conduisait sans permis, dans sa cité pour visiter des copines. Il me faisait fumer du shit et troussait les employées dans le salon. Notre vie, c’est le film avec des bonus inracontables [3]"].

 

 

2.1.5.  "Happy end" ! Philippe, sauvé "malgré lui", quitte sa culture, son milieu sclérosé et se renforce (couple formé avec Eléonore) en incarnant le mode de vie de la "classe moyenne supérieure".

 

Driss conduit Philippe sur la côte normande, dans un paysage de bord de mer sauvage peuplé par quelques mobil-homes très "classe moyenne". Dans un décor sobre, Driss rase la barbe de Philippe, puis le conduit au restaurant de bord de mer où apparaîtra Eléonore, la correspondante dunkerquoise de Philippe. Driss s'éclipse. Philippe, renforcé, domine maintenant une société moins marquée historiquement, moins tiraillée par des contradictions, apaisée en quelque sorte, même si aucune "direction" n'est proposée : l'horizon est "ouvert", mais aucun cap n'est fixé. Tout est donc à nouveau possible. Driss, moteur de la descente aux enfers et ange gardien sur le chemin de la reconquête a intégré symboliquement (temporairement, car il n’est pas assis à table avec son patron, il marche sur la plage) le monde des classes moyennes. Il a accompli la "mission historique" de régénération que nécessitait une "France d'en haut" privilégiée, mais en manque de projet, "en cale sèche".

 

 

 

2.2.               La "banlieue" ("France d'en bas") : un monde dangereux, "différent",  communautaire, (presque) sans religion[4], sans espoir, sans "Blancs"

 

Adama, jeune frère de Driss que son frère vient chercher au commissariat : "Ils m'ont chopé avec 30 grammes. Ils ne pouvaient rien me faire, je connais la loi"

 

C'est un monde triste et pauvre, entre petits boulots et "galère". Les familles sont éclatées, les Pères absents, les enfants nombreux, livrés à eux-mêmes. Pas d'autre solidarité que celle de la "bande", de la rue. Des forces « mauvaises » (trafiquants issus de la Cité) agissent en toute impunité (les dealers ne sont pas inquiétés par la police, mais Adama, le petit frère de Driss, est arrêté et relâché par la police) et mettent la jeunesse fragile en danger.

Les habitants de la cité survivent repliés dans leur communauté. La pauvreté est réelle (surpopulation d'enfants dans l'appartement familial), mais digne, parfois avec un soupçon d’humour (Adama quitte l’appartement, ses crampons de foot sur les épaules. A son frère qui lui demande où il va, il répond : « Je vais à l’équitation ! »).

Dans une "séquence confession", Driss avoue à Philippe que son histoire est plutôt compliquée, et qu'il a été "adopté" par son oncle et sa tante quand il avait huit ans. Au Sénégal, quand il était enfant, notre héros était un Bassari (Il appartenait à la communauté catholique du pays répartie principalement entre Sérères, Diolas, Manjaks et Bassaris). Son véritable prénom est bien Bakary. Driss : "Ce sont les gens du quartier qui m'ont appelé Driss" (prénom musulman !…). Le Sénégalais « chrétien » Bakary Bassari a donc perdu son identité au contact des habitants musulmans de sa cité… (Ce sera la seule allusion du film aux adorateurs du Coran).

A la fin du film, les images des jeunes des cités se répètent, toujours sombres, inquiétantes, mais quelque chose a changé : Driss a repris les choses en main, et le film accompagne cette reconquête symbolique : c'est la musique de… Vivaldi qui accompagne maintenant les images des jeunes de banlieue !...

Les jeunes hommes de la cité consomment des produits illicites, occupent l'espace public, et n'ont pas d'horaires. Le monde de la cité et celui de l'hôtel particulier sont séparés par des années lumière, que seul un RER parvient à faire (exceptionnellement) communiquer.

Driss lui-même n'est pas totalement rassuré – Driss  à Philippe: "Vous êtes un peu poissard vous ! L’accident, le fauteuil, votre femme ! C'est un petit peu ambiance Kennedy[5] chez vous !".

Le séjour de Driss dans la "France d'en haut" laissera inchangée la situation économique de la cité et de ses habitants, mais enclenchera le retour des valeurs de l'ordre (Driss "passe le karcher" en éloignant les dealers qui utilisaient les jeunes de la cité pour leurs trafics louches) et de la famille (Driss prend soin de sa mère et de son frère).

 

 

 

2.3.               Driss, un "déclassé" qui expérimente, apprend et rejoint peu à peu le "droit chemin"

 

2.3.1.  Driss, un prénom consensuel pour les religions du Livre

 

"Driss" est le diminutif d'Idriss, prophète du Coran et patriarche de la Bible où il s'appelle Enoch. Selon la tradition, Enoch  vivait au milieu de pécheurs impies; il ne s'est pas laissé séduire ni corrompre par les idées, les habitudes, les mœurs des gens de son époque. La vie même d'Énoch, sa conduite au milieu d'un monde corrompu, était un message. Il était prophète de Dieu, avertissant ses contemporains,  par ses paroles et par sa manière de vivre.

 

2.3.2.  Un personnage (homme issu de l'immigration à la peau sombre) très chargé…

 

Dans le film "Intouchables", le portrait de Driss est original (dans les stéréotypes) :

Driss est fort (1m92), il a le rythme dans la peau, il n'est pas très vaillant, il vole l'œuf de Fabergé (mais il le restituera), il vit en bande , il "tient les murs"' de sa cité , il vit aux dépens de la société (il est incapable de postuler « a minima » à un emploi) , il drague[6],  il "mate" les fesses des belles femmes blanches[7], il se drogue et fait découvrir la drogue à son patron, il agresse dans la rue un adolescent et des automobilistes, il sort de prison, il conduit très dangereusement, il manque de brûler son employeur, il ne s'occupe pas de sa famille, il ignore les codes de la « bonne société » (il éclate de rire à l'opéra), il ne sait même pas que la culture « distinguée » existe (il est certain que « Berlioz » ne renvoie qu’à un bâtiment de sa cité[8]), il utilise les services de "masseuses" thaïlandaises !…

Driss fait preuve d'un "acharnement" anti dunkerquois[9] particulièrement surprenant et inattendu, mais qui n’indigne personne… : [A Philippe : vérifiez si Eléonore n'est pas grosse, moche ou handicapé (…)  Dunkerque ? On n'a jamais vu de Miss France venir de Dunkerque ! (…) Je vais vérifier si elle n'a pas un accent bizarre… Normal, on est chez les chtis ! (…) N'oubliez pas de demander pour le poids ! (…) Dans le Nord, les mecs y cognent à force de boire !"

Un peu plus tard dans le film, Driss est plus positif – Driss : "C'est la seule de Dunkerque qui a toutes ses dents !"

Pourtant, malgré ce "passif" qui en ferait un « méchant » absolu dans un autre film, Driss va faciliter le nouveau départ de la société française, qui a vraiment besoin de "recadrage" !

 

 

2.3.3.  Driss, individualiste, libéral, et désormais porteur des valeurs de la Droite

 

2.3.3.1.        L'esprit d'entreprise, le business, l'argent

·        Driss connaît le pouvoir de l'argent (A propos d'Eléonore, qui correspond avec Philippe) – Driss : "Elle cherche l'oseille, la sécurité. Vous avez des arguments !…"

·        Il refuse d'utiliser le véhicule aménagé pour transporter Philippe et son fauteuil. Driss préfère utiliser la Maserati stationnée dans la cour de l’hôtel particulier,

·        Lisa, la fille de Philippe, lui demande d’intervenir auprès d’Adrien, son petit ami qui l’a plaquée. Elle est prête à payer Driss qui s’offusque dans un premier temps. Driss : « Tu sais pas à qui tu parles ! », puis il se ravise. Driss : « Combien tu peux mettre ? »

·        Driss renouvelle sa garde robe chez un excellent couturier (Magali le félicite – Magali : "On dirait Barack Obama ! ça te va très bien !"

·        Driss prend conscience que la peinture contemporaine, c'est un bon "business". Il se lance dans la création artistique, et Philippe parvient, sans formation, à vendre ce premier tableau à son « ami » bourgeois et crédule pour la somme rondelette de 11 000 euros (Philippe : « Pourquoi les gens s’intéressent-ils à l’Art » - Driss : « Parce que c’est un business ? »),

·        Pour trouver un emploi, Driss intègre parfaitement les idéaux commerciaux de l’entreprise qui va le recruter (pour « avoir le job », il se définit comme « pragmatique »)

2.3.3.2.        Les valeurs d'ordre et de respect familial

 

·        Nulle jalousie, nul désir de contestation quand Driss visite son futur lieu de travail, l’hôtel particulier de Philippe. Driss : « J’aime bien la déco, la musique, mais a priori, je vais pas l’acheter ! ».

·        Driss remet son petit frère dans le droit chemin en chassant les dealers du pied de l'immeuble (ce que la police, absente, n'a pas fait),

·        Driss donne la force à Philippe de « recadrer » Lisa, sa fille, dont la conduite avec le personnel de la demeure pose problème. Philippe « Faut quand même pas que je te roule dessus avec mon fauteuil ! ». Une fois "recadrée", elle est évacuée du récit.

·        Driss « recadre » Adrien, le petit ami de Lisa qui a voulu rompre avec elle. Adrien, adolescent « blanc », est violemment « interpellé » par Driss à la sortie de son lycée. Driss le condamne à s’excuser auprès de Lisa, et à apporter tous les matins à sa dulcinée des croissants. Il lui demande enfin, pour dompter sa chevelure, d’utiliser une… barrette, ce qu’Adrien, ridicule, ne manquera pas de faire,

·        Il accompagne sa mère qui revient de son travail

·        A Magali, lesbienne (et à sa compagne Frédérique), il déclare "T'es… je te fais pas la bise du coup ! Salut les mecs !".

·        En quittant Philippe, il jette le dossier "Putes", désormais inutile, à la poubelle

·        Il demande ("Question de principe" précise-t-il) à un automobiliste de ne pas stationner devant l'entrée de l'hôtel particulier de Philippe

 

 

2.3.3.3.        Politique, Histoire, Monde du spectacle… Driss mélange ses repères :

Au cours du concert qui est donné en l'honneur de l'anniversaire de Philippe, Magali félicite Driss pour son costume et le compare au Président Obama. Driss s'adresse à son voisin, un vieux monsieur d'apparence très bourgeoise – Driss : "Elle me kiffe ! C'est comme si on vous traitait de Jean-Pierre Raffarin ou de Georges Marchais" (référence "surréaliste" dans la bouche d'un jeune homme "issu des cités", en 2011…). Découvrant Philippe qui s'est laissé pousser une barbe rustique, Driss l'apostrophe : "Eh, c'est pas la grande forme ! Serpico[10] ? Jean Jaurès ?". On sent que le scénariste a pris plaisir à brouiller les pistes, et à flatter les spectateurs "quinquas" (et au-delà). Au vu du triomphe du film, Cette stratégie de camouflage (Driss fonctionne comme un « vieux blanc ») et de ratissage a parfaitement réussi.

 

 

3.  QUELQUES ELEMENTS D’ANALYSE

 

 

3.1.                 Pour affronter la maladie, la vieillesse, la dépendance, on voit, dans le film,  monter en puissance les valeurs « féminines » (avec quelques bémols…).

 

 

Philippe : « Je voulais mourir pour rejoindre Alice dans sa souffrance[11].

Mon vrai handicap, c’est d’être sans elle ! »

 

 

L'évolution démographique du pays (vieillissement, augmentation du nombre des personnes dépendantes, prise en charge des personnes lourdement handicapés)  et les luttes des femmes pour conquérir l'égalité avec les hommes vont trouver une traduction inédite et puissante émotionnellement dans le film.

 

 

 

 

3.1.1.  Pourquoi "tétraplégique" rime difficilement avec "comédie"

La tétraplégie concerne surtout des hommes jeunes et est le plus souvent d'origine traumatique (700 nouveaux cas par an en France). Cette pathologie peut entraîner de nombreux troubles : troubles respiratoires, vésico-sphinctériens, génito-sexuels, neuro-orthopédiques, neurovégétatifs, phénomènes douloureux.

Pour le médecin, l'évaluation de troubles et déficits permet d'adapter la prise en charge et de prévenir, rééduquer et ou compenser ses incapacités. L'atteinte respiratoire est constante chez le tétraplégique.

Les troubles vésico-sphinctériens sont constants chez les blessés médullaires.

Les troubles génito-sexuels sont eux aussi constants, à des degrés divers, et doivent être abordés de principe avec les patients blessés médullaires. Ils peuvent toucher les fonctions érectiles (dans une ou ses deux composantes: réflexe et psychologique) et/ou éjaculatoires.

La fréquence des douleurs varie de 21 à 75 % selon les études. Elles sont plus fréquentes en cas d’atteinte incomplète et certaines études trouvent des corrélations avec l’anxiété et la dépression"[12].

AMYOTROPHIE (atrophie du muscle) : le corps de tétraplégique qui nous est montré à l’écran est celui de François Cluzet, acteur dans la force de l’âge (et sportif). Ses bras et ses jambes sont musclés harmonieusement. Le spectateur « lambda » relativise donc la gravité de cette terrible maladie : « l’image corporelle » du malade présentée par le film est vraiment celle d’un homme en pleine santé ! (Les médecins observent que les muscles du tétraplégique ne fonctionnent qu’avec les soins qui leur sont prodigués, et que leur potentiel musculaire fond, s’atrophie : la maladie « se lit » alors dans le corps même du malade ; cette intrusion du réel de la maladie risquait de choquer et de décourager le public… Alors le film triche un peu avec la réalité, une nouvelle fois…).

 

 

3.1.2.  Grande dépendance : la France compte aujourd'hui  plus de 1,1 million de personnes âgées dépendantes.

 

Faire face à la «déferlante grise» pose en premier lieu la question du financement de ce nouveau champ de protection sociale. Le système actuel, complexe, est loin de pouvoir répondre aux besoins d'une population vieillissante. Car les plus de 85 ans, âge moyen d'entrée en maison de retraite, devraient être deux fois plus nombreux en 2020 pour atteindre 2,1 millions de personnes et peut-être 4,8 millions en 2050. Aujourd'hui, environ 25 % des plus de 85 ans ont perdu leur autonomie.

La promesse de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, l'idée de créer un «cinquième risque» (en référence aux quatre branches de la Sécurité sociale : maladie, retraites, famille, accidents du travail) pour répondre à ce bouleversement démographique a été finalement reporté à 2012. En attendant, la question du financement des dépenses de prise en charge des personnes dépendantes reste entière, et sans réponse…

 

 

3.1.3.  Une société moins « machiste » (qui séduit les seniors et le public féminin ?)

 

Philippe, milliardaire tétraplégique, doit recruter pour ses soins un(e) auxiliaire de vie dévoué. Les "stéréotypes" professionnels dominants (médecin, homme, infirmière, femme, aide soignante, femme, jardinier, homme) sont mis à mal quand nous découvrons les postulants, sagement assis dans le salon de l'hôtel particulier : six hommes ! Pas une femme !

Mais c'est finalement Driss, le moins motivé, le seul non diplômé pour cet emploi, qui obtiendra le poste… acceptant même d'effectuer les soins les moins "valorisants".

 

Ce bouleversement des rôles sociaux ne peut que recueillir un accueil bienveillant de la part du nombreux public senior qui plébiscite le film, et qui s'interroge sur ses conditions d'existence lorsque sera arrivé le temps compliqué du "quatrième âge", pour certains un véritable « naufrage » dont la seule perspective peut inquiéter.

 

La « dévalorisation » des hommes qui postulent à l’emploi d’auxiliaire de vie au début du film (une classe moyenne sans envergure, stéréotypée) questionne sans doute beaucoup le public : où sont donc les femmes, partie de la population dévolue historiquement à la tâche pas très valorisante et pourtant essentielle des soins à la personne ?

 

Le film, contre toute attente, va casser ce stéréotype en en imposant un autre, tout aussi caricatural : ce que les hommes ne sont pas capables de faire (scène du recrutement, séquence du second aide soignant qui va proposer à Philippe des massages crâniens effectués par M. Jacquet, au physique impressionnant de catcheur), ce que les femmes refusent de faire (aucune candidate à cet entretien d’embauche), et bien les populations issues de l’immigration vont accepter de le prendre en charge, spontanément, sans formation, puisque cela correspond (semble dire le film) aux seules compétences qui leur soient reconnues [13]. Fort heureusement, la réalité offre également de parfaits contre exemples[14].

 

Le film donne deux autres occasions à Driss de prouver son intérêt (et ses compétences cachées) pour les domaines de la santé et du soin.

·        Quand Lisa, la fille de Philippe, connaît des peines de cœur et avale quelques cachets d'"Imodium", Driss ne panique nullement et donne le bon pronostic. Driss : "Tu vas arrêter de chier pendant trois mois !" (Bon diagnostic certes, mais Driss est toujours associé par le film aux matières fécales…).

·        Driss dit à Yvonne qui avale une pâtisserie : "Allez-y mollo avec les gâteaux si vous avez des problèmes gastriques !".

 

Dans les relations homme / femmes, Philippe développe dans sa correspondance épistolaire avec Eléonore une stratégie de séduction basé sur la poésie, la culture : toute trivialité (Driss commente plus crûment : « Viens ici, je vais te mordiller l’oreille ») est bannie. Cette stratégie qui a renoncé à la virilité trop envahissante, au machisme « offensif », portera au final ses fruits.

 

Le dernier plan du film (restaurant), dans sa construction même, invite le spectateur a être le témoin d’un incontestable « miracle » : Philippe, dans son fauteuil, salue de la tête Eléonore (c'est leur première rencontre) qui s'assied en face de lui. Driss s'éloigne sur la plage, et, à l'image, le couple Philippe / Eléonore semble se fondre totalement dans l'ambiance calme et feutrée du restaurant : le spectateur, avec ce dispositif, a presque l'impression que Philippe va lever son verre et porter un toast à la "nouvelle femme de sa vie" ! La dépendance, le handicap (presque) gommés par le happy end (attendu). Soulagement définitif des spectateurs ! Applaudissements dans la salle ! Ce n’est plus Cabourg, c’est carrément Lourdes !

 

 

3.1.4.  Autre scène "dé dramatisante" parfaitement maîtrisée :

[Musique gaie, entraînante et rythmée] Intérieur / Jour / Chambre de Philippe : Driss s'apprête à servir le petit déjeuner. Philippe est allongé sur son lit, les yeux fermés. Driss verse par inattention un peu d'eau chaude sur la jambe de Philippe. Il constate que Philippe ne réagit pas. Driss verse maintenant volontairement de l'eau chaude sur la jambe de Philippe. Philippe [ouvrant les yeux] : "Vous avez fini de jouer ?" – Driss arrête de verser l'eau bouillante et regarde Philippe : "c'est quoi ce truc de Ouf ? C'est vrai que vous ne sentez rien ???" – Marcelle, l'infirmière, se précipite dans la pièce : "Arrête, tu vas le brûler !" [Toujours la même musique entraînante et rythmée]– scène suivante : Driss et Philippe consultent le courrier dans le bureau, le geste « fou » de Driss n’a eu aucune conséquence dans le réel : Driss n’est ni sanctionné ni licencié !

Malgré le sadisme (inconscient ?) de Driss, la douleur est ici une source de gag pas une cause de grande souffrance (ce qui intrigue le spectateur, mais qui va le rassurer dans un deuxième temps).

Les crises de Philippe peuvent se soigner (il demande à « respirer ») par une promenade nocturne sur les bords de Seine ou par des séances de parapente (en tandem) dans les Alpes. Un traitement plutôt agréable, qui donne de bons résultats, sans effets secondaires !

 

Dans le détail, cette montée en puissance des valeurs féminines (santé, soin, art) se heurte encore à des résistances masculines… que le film est loin de condamner (« masseuses » thaïlandaises, dossier « Putes », rugissement du moteur de la Maserati, conduite plus que sportive de la Maserati sur les quais de Seine, "défi" joueur aux forces de l'ordre, jeunes femmes qu’ils "admirent" dans la rue). Il faut bien donner des gages de "satisfaction symbolique" au public masculin qui est privé ici des scènes de violence inhérentes aux films d'action qu'il consomme habituellement. Une fois de plus, le scénario du film se révèle parfaitement fédérateur : toutes les « cibles » potentielles (ici les femmes et les hommes, les « féministes » comme les « machos ») vont acheter le « produit ».

 

 

3.2.               Quelques « déplacements » qui permettent au produit « Intouchables » d’être fédérateur pour le maximum de catégories de « consommateurs / spectateurs » de TF1.

 

 

3.2.1.  Le parcours spirituel chrétien de Philippe Pozzo di Borgo n’est nullement évoqué par le film.

 

« Dans ce corps qui ne bouge pas, il découvre le silence et la souffrance. "C'est la première fois que je n'étais plus dans le mouvement du monde". Rien ne vient le détourner, pas de désir sexuel pour le polluer. Toutes ses envies disparaissent. Il entend "une voix intérieure, dont il ne cherche pas l'explication", juste l'écho. Dégagé de toutes contingences, Philippe se sent "mystérieux". La vie est en lui.
De sa tétraplégie, il avoue ses souffrances. Lui qui ignorait ce mot, cet état. Alors pour survivre, il oublie son corps et il prie. Allongé aux côtés de sa femme couchée, mourante, il peut enfin partager son silence et sa prière. Cette expérience spirituelle durera six mois.
Béatrice et Philippe sont soutenus par un groupe de prière. Simple, chaleureux, il devient vite une communauté d'amis. Il apprend à accepter ce corps, cette position dévalorisante. Après la mort de son épouse, une douzaine d'amis poursuivront ces "réunions", entourés alternativement par trois prêtres.
Depuis six ans, une fois par mois, ils sont une dizaine à se retrouver autour d'un texte de la Bible. Philippe apprend à connaître Dieu, chemine discrètement dans les méandres des Ecritures saintes 
[15]».

 

Ce témoignage, rempli de confiance dans la foi chrétienne (les scénaristes du film ont évacué cette dimension), rend plus troublant encore le rapport du milliardaire tétraplégique avec Abdel, son « diable gardien »[16] venu d’une autre culture…

 

 

3.2.2.  Le Sénégalais Bakary "Driss" Bassari, plus « consensuel » que le Maghrébin Abdel Sellou ?

 

Un dimanche soir, sur TF1, en prime time, un film présentant l’amitié entre un riche industriel blanc et un maghrébin, ex-caïd de banlieue ?... Délicat… « Chacun le sait », « derrière chaque musulman se cache un intégriste qui a bien du mal à occulter le terroriste qui sommeille en lui ». Les scénaristes madrés vont donc évacuer ce personnage trop « connoté » pour un personnage (également issu de l’immigration) mais dont la couleur de la peau permettra d’aligner d’autres stéréotypes, plus consensuels pour le public de TF1. Il n’en reste pas moins, qu’on le » veuille ou non, qu’un « Black » est toujours « grand » (c’est la nature qui les a fait ainsi…).

« (…) Flash-back. Dans son lit, François Cluzet, le héros tétraplégique des Intouchables, suffoque, le visage tordu de douleur. Omar Sy, son auxiliaire de vie, grand Black en caleçon, débarque en trombe dans sa chambre »[17].

 

 

3.2.3.  Eléonore ou… Khadija ?

 

Elle est dunkerquoise, charmante, elle apprécie la poésie, et elle vient rejoindre Philippe dans un restaurant romantique de Cabourg : que d’émotions, c’est « trop beau » ! A la vue de ce véritable conte de fées, une émotion simple mais sincère nous saisit. Philippe et Eléonore forment un si beau couple, face à la mer !

Dans la réalité, l’industriel tétraplégique (Philippe Pozzo di Borgo) qui a inspiré le scénario, a rencontré sa femme Khadija à Marrakech en 2004… [Le couple a aujourd’hui deux filles adoptives : Sabah "L'aurore", et  Wijdane "l'âme profonde"]. Ils vivent à Essaouira, une ville marocaine sur la cote atlantique, dans une belle résidence (l’Hôtel particulier – 5 000 m2… -  de la famille à Paris, rue de l’Université, a été vendu récemment[18]).

Non, décidément, la belle histoire d’amour entre le riche industriel français et la belle… marocaine, ce mélange heureux des cultures, c’est hors de question pour les téléspectateurs « familiaux » de TF1…

3.2.4.  Lisa ou… Laetitia ?

 

C’est la fille chérie (fille unique) d’une riche famille parisienne. A 16 ans, Lisa vit ses premiers émois d’adolescente avec son camarade Adrien. Elle est un peu en conflit avec son père, infirme ; sa mère est décédée. Nous sommes dans un schéma narratif traditionnel du cinéma populaire français, illustré avec succès par « La boum » ou « LOL ».

La réalité était plus riche, plus complexe, plus ouverte : Philippe Pozzo di Borgo et sa première femme ne pouvant avoir d’enfants, ils ont adopté deux enfants colombiens, un garçon, Robert-Jean [il a aujourd’hui 27 ans et exerce la profession de gérant de société], et une fille Laetitia. Laetitia est aujourd’hui une très belle jeune femme… qui ne peut cacher que ses origines ne sont pas vraiment ni corses ni « franco-françaises » [Elle exerce la profession de conseil en relations publiques et en communication].

Cet élément de la réalité, ce vrai « mélange des cultures », ce geste d’amour a également été travesti par les réalisateurs. Sans doute pour respecter les convictions conservatrices de la « ménagère de moins de 50 ans », cœur de cible de TF1…

 

 

 

3.3.               La crise économique perceptible en filigrane

 

(Intérieur / jour / cuisine – Marcelle, l'infirmière déjeune)

Driss : "Je fais pas ça, je vide pas le cul de quelqu'un que je connais pas; d'ailleurs je vide le cul de personne, c'est un principe ! Les bas de contention,

j'ai rien dit, mais arrêtez là avec cette histoire de vider le cul !"

Marcelle signale que cette conversation pourrait se poursuivre,

mais après le fin de son repas.

Scène du film "Intouchables"

 

3.3.1.  Une main d’œuvre immigrée oh combien nécessaire !

 

La crise économique touche la classe moyenne (8 postulants pour un poste d'auxiliaire de vie) et fragilise les populations des "quartiers" (la mère de Driss songe avec angoisse à l'avenir de ses propres enfants). Les habitants des cités vivent de "petits boulots" ou de trafics "louches" (mais que personne ne vient interdire…). Le chômage en France est devenu une donnée "structurelle" (9,7 % de la population active (soit 2,6 millions de personnes) est au chômage en septembre 2011). Mais la "crise" ne touche pas les plus hauts revenus…

Le film, miroir déformant, ignore que bien des habitants des "cités" aspirent à un emploi stable, ou à un emploi "tout court". La pression que le chômage impose à la société est évacuée par le film. Alors que la peur du déclassement traumatise la classe moyenne, le film privilégie les possibilités d'intégration (et de promotion) pour les individus (y compris issus des populations "marginales") qui acceptent les règles du marché, qui ne contestent ni les injustices ni l'ordre social. Mais ces populations "à intégrer", doivent donner d'abord des signes de bonne volonté en acceptant les tâches les plus "basses" dans la société, gestes médicaux et amicaux pourtant vitaux pour les malades !… (cette étape bien concrète, mais aussi symbolique, accomplie, une promotion sociale "automatique" viendra couronner leur bonne volonté et leur patience : message d'espoir moral du film au public issu des "banlieues" ou dernière manifestation en date d’un racisme ordinaire ?...).

 

 

3.3.2.   Le parcours « sans faute » du capitalisme

 

 « Selon une enquête de l’Insee menée entre 2004 et 2010, l’écart de patrimoine entre les 10 % des ménages les plus dotés et celui des 50 % les moins dotés, cet écart a augmenté en six ans de près de 10 %...

Mieux (et plus précisément), l’écart entre les 10 % les plus dotés et les 10 % les moins dotés a bondi en six ans de plus de 30 % ! (Soit 552 000 euros pour les 10 % les plus riches, et 2 700 euros de patrimoine pour les 10 % les plus pauvres)[19].

Que les pauvres se consolent : c’est bien la faute à « la Crise ! », c’est donc la faute à « Pas de chance ! ». L’idéologie dominante est à son maximum d’efficacité quand elle est gommée, invisible, « naturelle ». Nous y sommes.

 

 

3.3.3.  La vieille dame sait que l’amitié n’a pas de prix !...

 

« La vérité triomphe. Cet accord entre Liliane Bettencourt et sa fille n'a été possible que parce que François-Marie Banier a consenti à rendre une partie des sommes qu'il a obtenues. Selon nos informations, ce montant s'élève à peu près à la moitié des mille millions d'euros[20] qu'il a reçu. Et s'il a accepté cette restitution, on peut penser qu'il n'excluait pas que la façon dont il avait obtenu ces sommes gigantesques lui soit reprochée. En tout cas, il a jugé qu'il avait intérêt à le faire plutôt que de risquer un procès »[21].

 

 

3.4.               La mutation des idéologies

 

3.4.1.  Que reste-t-il de la politique ?

 

La politique, ce ne sont plus des idées pour gouverner le monde, mais des noms que la mémoire collective semble conserver.

Driss est une véritable bibliothèque (mais qui n’a pas été classée) du personnel politique français. Il cite Jean-Pierre Raffarin, Georges Marchais, José Bové, Jean Jaurès !

 

Le rasage « réel et symbolique » de Philipe :

Driss et Philippe seuls dans un appartement en bord de mer. Driss va raser Philippe, mais « par étapes », lui faisant découvrir le résultat d’une nouvelle transformation, d’une nouvelle « identité » qui va brouiller les pistes et faciliter l’intégration de Philippe dans l’univers des classes aisées supérieures :

(Philippe a maintenant des moustaches épaisses, tombantes) Driss : «Je me suis appliqué ! Avec un petit gilet en cuir, ça a un coté « flic », « Village People »… ou José Bové ! Ou même un Pope !» - Philippe a de longues moustaches fines, style « Belle époque » Philippe : « On dirait mon grand-père ! » - Philippe a maintenant la moustache de Hitler ; Driss accentue la transformation en lui recoiffant la frange. Philippe : « Je ne suis pas d’accord ! » - Driss : « ça ne vous donne pas envie d’envahir des pays ? » Driss soulève le bras de Philippe : « Je pense aux tétra-nazis ! Pas facile pour saluer ! » - Philippe : « Ce mec est fou ! » - Scène suivante : Philippe, totalement rasé, et Driss au restaurant, à Cabourg.

Une fois encore, suprême habileté du film, une double lecture de la séquence est possible :

·        Soit Driss aide Philippe à se débarrasser d’images du passé devenues soudain trop lourdes, qui l’empêchent de se reconstruire, de se métamorphoser en « classe moyenne supérieure »,

·        Soit Driss constitue un obstacle, qui empêche Philippe d’avancer, en le « cantonnant » dans des identités (venues du monde du spectacle, de la politique, de la religion) qu’il est bien incapable de maîtriser, dont il ignore la signification, les enjeux, les codes, l’histoire.

 

En résumé, la politique, ce sont simplement des étiquettes, sans signification, interchangeables. Un jeu de société sans conséquences dans la vie réelle. On peut changer d’appartenance, on peut s’en moquer (C’est bien un film produit par TF1…).

 

 

 

3.4.2.  le héros du film dans « la vraie vie », le milliardaire Philippe Pozzo di Borgo[22] se réclame de la Gauche ! (Enfin, au final, on ne sait plus, et puis, quelle importance ?...)

 

« De son éducation catholique, Philippe se souvient de sa grand-mère protestante, convertie au catholicisme. Et qui devient une fervente pratiquante. Dès 16 ans, le jeune homme ne veut rien entendre de la religion. Et pour cause, il se fascine pour Marx qu'il connaît "de l'endroit à l'envers". Il refuse d'aller à l'Eglise. Et quand son père l'y oblige lorsqu'ils habitent au Portugal, il emmène son sacro-saint livre rouge »[23].

 

"C’est incroyable, il paraît que « Intouchables » pourrait atteindre les 10 millions d’entrées. Comment expliquez cela?" Il a une thèse : "Ce n’est pas une histoire de handicapés. Plutôt une leçon universelle, deux desperados qui se soutiennent. Dans le titre Les Intouchables, la lettre qui compte, c’est celle qui ne s’entend pas. Le S, pour solidarité. Notre société est devenue folle, tout se dérègle, les marchés financiers et le reste. C’est bien de s’indigner. Mais cela ne suffit pas. Il faut être ensemble." Un reste d’éducation bourgeoise? L’héritage de ce grand-père compagnon de résistance du chef communiste de l’usine? Les Pozzo di Borgo sont de gauche, tradition familiale. Mais Philippe a voté Sarkozy en 2007. Aujourd’hui, il ne sait plus ». [24]

 

3.5.               Deux « interprétations » opposées (mais compatibles !) du film

 

3.5.1.  « Intouchables » comme révélateur possible d’un basculement  "à droite" de la société française 

 

A Rungis, accompagné par son épouse et par deux secrétaires d’Etat,

le Président Sarkozy est venu saluer « la France qui se lève tôt »[25]

 

Le président de la République Nicolas Sarkozy a affirmé mardi que l'obligation de travail pour les bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA), bientôt testée dans plusieurs départements, a pour but de leur "redonner de la dignité"[26]

Philippe (milliardaire tétraplégique) : "Comment vous vivez l'idée d'être un assisté ? Cela ne vous gêne pas de vivre sur le dos des autres ? Vous pensez que vous seriez capable de travailler ?" Driss (homme issu de l'immigration à la recherche d'un emploi): "Vous en avez de l'humour !" – Philippe : "J'en ai tellement que je suis prêt à vous prendre à l'essai pendant un mois !

Je parie que vous ne tiendrez pas deux semaines"

(Dialogue du film "Intouchables")

 

 

Tentons d'examiner comment un sympathisant du Front National[27] peut apprécier le contenu implicite du film :

Le film décrit une classe dirigeante conservatrice sclérosée, « paralysée", plus témoin qu'acteur des évolutions de la société. La caste des privilégiés (« L’UMPS ») au pouvoir est coupée des réalités de la société. Malgré la crise économique et le chômage, elle ne fait même pas l'effort d'appliquer la "préférence nationale" ; en donnant un emploi à un "homme issu de l'immigration" sans qualification et sans intérêt pour le poste, cette caste dirigeante n’hésite pas à déclasser la clase moyenne. Par ailleurs, les banlieues sont aux mains de populations cosmopolites, (immigration légale ?) qui menacent l'identité nationale française, fragilisent le système éducatif et sont facteur d'insécurité (trafics divers, drogues). "Maintenant, on ne se sent plus chez soi comme avant"…

 Au lieu de protéger les « français de souche », les petits commerçants, les artisans, les agriculteurs, les retraités qui encore quelque chose à perdre, les dirigeants égoïstes privilégient pour leur propre plaisir des activités ludiques (parapente), ou intellectuelles marginales dispendieuses (opéra, art contemporain). Ils abusent des signes ostentatoires de richesse (voiture, logement, avion). L’américanisation rampante de la société bouscule les traditions (nouvelles musiques), alors que des mœurs « dissolues » (couple de lesbiennes, drogues illicites, massage des oreilles par des Thaïlandaises) ont maintenant pignon sur rue.

Mais quelques traits du film permettent d’emporter au final l’adhésion des sympathisants de ce courant politique : valorisation de l’Ordre, du Travail et de la Famille, intégration professionnelle « à leur juste place » (au plus bas de l’échelle sociale) des « populations étrangères » ou « colorées », et primat des « Blancs » fortunés qui se renforcent (pour mieux rebondir ?) en se mêlant enfin à la classe moyenne (bord de mer « traditionnel », restaurant) et en fondant une nouvelle famille. Sur la plage de Cabourg, une plage « bien de chez nous », aucune menace ne vient désormais troubler cette France juste et « Blanche », enfin remise sur de bons rails (la police n’a plus à intervenir).

Driss, sa famille, ses amis, sa cité, c'est bien là que se situe le "problème" !

3.5.2.  A gauche entre société du "care"[28] ("soin" en anglais) et « France de demain »[29]

 

« Durant le congrès du Mouvement des jeunes socialistes, le député de Corrèze a rappelé ses "trois engagements" pour 2012 : "redresser la France", "restaurer la justice fiscale, sociale, territoriale", "retrouver une espérance". (…)

 "Je veux, a déclaré François Hollande, renouer avec le rêve français,

 celui qui permet à chaque génération de vivre mieux que la précédente"[30].

Nouvelobs.com (19/11/11)

 

Tentons d’examiner comment un sympathisant de « gauche » (disons du Parti Socialiste) peut adhérer au discours du film :

 

C’est un constat : La coalition historique de la gauche centrée sur la classe ouvrière est en déclin. Aussi, le Libéralisme économique, le jeu des Marchés ne peuvent pas être remis en cause. Mais il ne faut pas pour autant abandonner les valeurs de la solidarité. On peut donc envisager un autre modèle de développement économique, social et durable, et un autre rapport des individus entre eux (souci des autres, par opposition à l'individualisme). Une autre France se dessine sous nos yeux : la France de la diversité : des minorités, des quartiers populaires. Cette « France de demain » doit donner à chacun les moyens de se former et de progresser. Cette France doit prendre soin des « outsiders » de la société, ceux qui cherchent à y rentrer, notamment sur le marché du travail, mais n’y parviennent que difficilement : les jeunes, les femmes, les minorités, les chômeurs, les travailleurs précaires. Cette nouvelle politique « de gauche » valorisera le souci des autres, l’attention aux autres, loin du matérialisme et du tout-avoir. Reste à convaincre l’électorat traditionnel de la gauche (ouvriers et employés, mais aussi les professions intermédiaires et les classes moyennes supérieures) de la nécessité d’effectuer ce virage idéologique, cette véritable mutation (qui va être accompagnée par l’émergence de nouvelles valeurs culturelles).

 

La France a besoin de Philippe pour progresser. Philippe a su tendre la main à la France de la diversité, lui « mettre le pied à l’étrier » pour lui permettre de s’insérer professionnellement et socialement. Driss enrichit l’univers sclérosé et les valeurs de Philippe, qui se renforce en quittant son « hôtel particulier / prison dorée » et avec la création d’une nouvelle famille. Les banlieues ghettos « dangereuses » ont disparu. Sur la plage de Cabourg, une plage « bien de chez nous » mais ouverte sur le monde, le « care » et la « France de demain » ont triomphé.

Driss, sa famille, ses amis, sa cité constituent bien un "problème", mais ils peuvent aussi, peut-être,  faciliter l'émergence d'une partie de "la solution" !

 

 

3.6.               Avec l'Internet, le basculement de la Culture

 

3.6.1.  Les « Tubes » et les références des années 80 : rappel des années d'euphorie libérale, des Illusions perdues

 

Dans les « quartiers », dans les « banlieues », triomphent aujourd’hui le rap, le slam. Curieusement, les références musicales de Driss (« Earth, Wind and Fire », « Kool and the gang ») renvoient aux années 70 / 80, à des musiques qui faisaient aussi danser… les « Blancs », à des « tubes » consensuels et fédérateurs, à une époque où Les réformes libérales étaient porteuses d’avenir.

Les patronymes de « Patrick Juvet [31]» et de « Dave [32]» (chanteurs populaires célèbres dans les années 70 / 80) servent de repoussoir[33] : est-il indifférent que ces deux chanteurs aient affiché depuis toujours leur homosexualité... (Dans la « nouvelle France idéale » proposée à la fin du film, nous assistons au triomphe de la famille hétérosexuelle, qui est aussi celle présente dans les spots publicitaires de TF1).

 

 

3.6.2.  La « culture »  « jeune » (Internet) bouscule la culture « légitime »

 

Intérieur, jour, galerie de peinture

Driss mange des chocolats. Philippe ouvre la bouche. Philippe : « Donnez-moi un chocolat » - Driss : « Non ! » - Philippe : « Donnez-moi un chocolat ! » - Driss : « Non, pas de bras, pas de chocolat !... C’est une vanne ! C’est comme dans la pub ! « Pas de bras, pas de chocolat » - Philippe, consterné

(et qui n’a toujours pas eu de chocolat) « Ah, c’est drôle… ».

 

Philippe : « L’Art c’est la trace de notre passage sur Terre »

 

 

 

 

3.6.2.1.        Sur l’Internet, des références ludiques, anecdotiques, déconnectées de l’Histoire

 

Les jeunes générations, les « digital natives » représentés par Driss, parcourent avec gourmandise l’Internet à la recherche d’éléments originaux, drôles ou violents, (qui peuvent être parfois mis en ligne directement par des internautes). Ce monde virtuel (et sa culture) échappent complètement aux seniors qui n’utilisent pas Internet, et aux « presque seniors » (des « digital immigrants ») qui considèrent que la Culture rime difficilement avec divertissement grégaire et infantilisant. Aujourd’hui le clivage est bien réel, dopé par des technologies dont l’efficacité et les potentialités sont chaque jour renouvelées et amplifiées.

 

 

3.6.2.2.        Comment s'installe la nouvelle "non-culture", un des "combustibles jetables" de la société de consommation

 

La société de consommation n'a que faire de l'Histoire des Arts, des grandes œuvres de l'Humanité. Il convient d'alimenter la machine à consommer avec de nouvelles "œuvres" formatées, et surtout déclinables en produits dérivés (Harry Potter, Twiligt, le monde de Narmia, Eragon, les chevaliers d'émeraude, etc.…).

Des produits dont on attend une efficacité, un rendement maximum à court terme (ce qui ne préjuge en rien de leur éventuelle qualité littéraire ou artistique).

 

Le film va tracer, de manière implicite les caractéristiques de cette nouvelle "culture".

 

 

3.6.2.3.        La culture légitime, parfois utile (pour trouver un emploi), le plus souvent incompréhensible, voire totalement ridicule

 

La Culture (la plus légitime, la plus "classique") ouvre les portes de l'emploi !

Nouvel entretien d'embauche pour Driss Bassari dans une entreprise de transport. Il remarque

·        Que le tableau "Les montres molles"  de Dali qui décore le bureau est directement en rapport avec la philosophie de l'entreprise (lutter contre le temps)

·        Que la personne qui mène l'entretien s'exprime en alexandrins ! "Prenez peut-être le temps de lire notre slogan".

Mais Driss atteint rapidement ses limites en matière de culture :

Quand la recruteuse lui déclare aimer Goya (le peintre), Driss répond : "Depuis "Pandi  Panda" elle a pas fait grand chose !" (La chanson interprétée par Chantal Goya a été composée en 1984… Driss ne fait toujours pas son âge !).

 

3.6.2.4.        Pour les habitants des Cités, Les codes du "bon goût" sont difficiles à intégrer :

 

·        La mère de Driss pense que l’œuf de Fabergé que lui offre son fils n’est qu’un Kinder.

·        A Yvonne qui lui rappelle qu’il doit se lever et prendre son service – Driss : « Préparez-moi des tartines au Nutella et pas avec ces confitures bizarres qui sont faites avec des fruits qu’on ne connaît pas ! » (Pour l'enfant qui a été élevé au Sénégal, voilà un signe incontestable d'intégration à la société de consommation occidentale !).

 

·        L'opéra : Dans une loge d'opéra, Philippe et Driss assistent à une représentation[34]. Découvrant le costume du héros, Driss éclate de rire. Driss : "C'est un arbre qui chante !". Consterné, bruyant et surexcité – Driss : "Il parle en quelle langue ?" – Philippe : "En allemand" !

 

·        Driss : la musique qui ne se danse pas, c'est pas de la musique !

·        Driss : Bach il était chaud ! c'était le Barry White[35] de l'époque !

 

·        Philippe observe un tableau admirable de Salvador Dali représentant sa muse, Gala, nue, vue de dos. Philippe : "Qu'est-ce qu'elle évoque cette femme pour vous ?" Driss : "Elle a l'air bonne !"

 

 

3.6.2.5.        « Pas de bras, pas de chocolat… » (Driss mange des chocolats « M&M’s »)

 

Les réseaux sociaux (Facebook) et l'Internet vont mettre à la disposition des internautes (jeunes et moins jeunes) des images (parfois inédites) jusque là pratiquement "invisibles" dans les médias traditionnels. L'archétype de ces nouveaux programmes est le "bêtisier" (stars, vedettes de la télé, anonymes).

Spectacle familial, spectacle "naturel" cocasse ou inattendu (un animal domestique "trop mignon" accomplit quelque geste étonnant), exploit sportif adolescent (lancer de ballon de basket hors norme), bébé cascadeur,  tout est bon pour susciter curiosité, admiration et adhésion. L'émotionnel est à son comble !

Et tout cela, constitue aujourd'hui la nouvelle "culture numérique", un continent neuf, un univers étrange à explorer. Il suffit pour le prouver de constater que "Pas de bras, pas de chocolat" se trouve déjà dans l'Encyclopédie ! (Soyons précis, il s'agit de l'encyclopédie numérique participative Wikipédia"). Voici les données  transmises par "l'Encyclopédie" la plus accessible, la plus populaire[36] :

 

" « Pas de bras, pas de chocolat ! » est la réplique clé d’une histoire drôle empreinte d’humour noir :

« Maman, je peux avoir du chocolat ?

– Il y en a dans le placard, va donc te servir.

– Mais Maman, je peux pas, tu sais bien que je n’ai pas de bras…

Pas de bras, pas de chocolat ! »

Passée dans le langage populaire, cette expression sert à mettre en avant l’absurdité d’une interdiction, ou à se moquer de quelqu’un face à une impossibilité physique".

 

Ainsi évolue la langue, ainsi évolue la "culture", ainsi évoluent les Encyclopédies… Les "ignorants" (qui peuvent être porteurs par ailleurs d’une immense « culture légitime ») se situent désormais également dans la population qui méconnaît la signification de cette expression (le pauvre Philippe qui n'a pas su "décoder" ces nouvelles normes, est réellement privé de chocolat par Driss qui maîtrise, presque malgré lui, sans effort apparent, ces nouvelles références sociétales partagées, reconnues, appréciées par le public « jeune » du film).

 

Evidemment, ce monde ludique, a-politique et plébiscité par les jeunes "digital native", intéresse particulièrement les « marques », et les agences de publicité, toujours à la recherche de nouvelles idées pour vendre leurs produits. Cette récupération promotionnelle est intégrée maintenant dans la "nouvelle culture numérique" (que rejoint parfois TF1, quand il faut "rajeunir" les programmes et l'audience). Voici ce qu'en dit l'encyclopédie numérique Wikipédia :

 

"SEB a repris le concept dans sa pub pour l'autocuiseur clipso, pour montrer la simplicité d’utilisation de son produit, quand la maman demande à sa fille de l’aider, la petite fille répond « je peux pas, j’ai pas de bras ».

Dans la publicité virale des "Chocolats de Léa", l’expression est seulement évoquée par la Vénus de Milo et le slogan « la vie est cruelle ».

Dans la version française de la série Dr House[37] (saison 1 épisode 7) , le Dr Gregory House prononce lui aussi « Pas de bras, pas de chocolat ». (Dans la version originale, la réplique correspondante est « No pain, no gain », littéralement « on n’a rien sans rien ».")

Bien entendu, pour les initiés, "Pas de bras, pas de chocolat" comporte aussi sa "part d'ombre" :

"Le Starflam[38] y fait également référence dans sa chanson Soir de dèche où « chocolat » signifie haschisch" (source : "Encyclopédie" numérique participative Wikipédia).

Dans la catégorie "Vidéos", l'internaute peut savourer une nouvelle saga publicitaire à succès (des pubs du monde entier présentant des personnages perdant leurs mains ou leurs bras) dans le version Internet de l'émission "Culture Pub" ("La compile Pas de bras, pas de chocolat")[39].

 

 

 

 

3.7.              Le contexte d’un film à succès

 

 

3.7.1.  Un capitalisme financier au bord du précipice  (Explication pour les jeunes générations (déjà sacrifiées ?...)

 

"En France, on naît avec 27 000 euros de dette. Pourquoi ?"[40]

 

Pour ses lecteurs de 11 à 15 ans, voici un article qui va susciter bien des interrogations… Et pourtant Science & Vie Junior est un magazine connu pour son sérieux, son éthique… Poursuivons cette lecture :

"J'ai une dette, moi ? Oui, et depuis votre naissance en plus ! En sortant du ventre de votre mère, il y a quinze ans, vous deviez 7 000 euros. Aujourd'hui, la note atteint 27 000 euros ! C'est votre part de la dette publique française – partagée entre les 63 millions de Français – qui s'élève à 1 692,7 milliards d'euros !". La journaliste va tenter de calmer l'inquiétude de ses jeunes lecteurs :

"Il y a plusieurs options pour sortir de la spirale de la dette, mais les hommes politiques du gouvernement, ceux de l'opposition et les économistes[41] ont des idées différentes sur celle qu'il faut privilégier. Trois propositions : attendre le retour de la croissance (mais la croissance, on risque de l'attendre longtemps), limiter les dépenses (l'Etat n'embauche plus qu'un nouveau fonctionnaire lorsque deux partent à la retraite), augmenter (ou réduire) les impôts (le gouvernement actuel a beau être de droite, comme il a besoin d'argent – et tout de suite – il a prévu d'augmenter les recettes en 2012, notamment en taxant les très hauts revenus)".

Pour les jeunes générations, l'avenir dans un mode capitaliste mondialisé s'annonce, dès leur naissance, sous les meilleurs auspices !… Pour les jeunes dont la couleur de la peau n’est pas « claire », dont le patronyme renvoie au monde islamique, et qui habitent une riante cité ghetto de banlieue, alors là, ce sera carrément « mission impossible » !

[Signe de ces temps incertains : Le lundi 21/11/11, au lendemain du triomphe historique des Conservateurs espagnols qui infligent une totale déroute au Parti socialiste au pouvoir depuis 2004 lors des élections législatives anticipées, les « marchés » se réjouissent du départ des « Rouges »… en faisant dévisser l’indice de la Bourse de Madrid (IBEX) de – 3,48 %... Les analystes financiers ont avancé mille explications pour expliquer ce comportement des marchés, pourtant par nature  « rationnels »].

 

 

3.7.2.  La Droite "a un problème" avec les "étrangers" (même s'ils sont "blancs", anciens magistrats et députés européens)

 

18 Mai 2007 : le gouvernement de M. Fillon voit la création d’un Ministère de l'Immigration, de l’Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement.

M. Brice Hortefeux[42] est nommé Ministre.

 

« Le Premier ministre François Fillon a dénoncé vendredi la proposition de la candidate écologiste Eva Joly[43] de supprimer le défilé militaire du 14 juillet. "Je réagis avec tristesse. Je pense que cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Abidjan. "Je pense qu'il y a bien peu de Français qui partagent l'avis de Mme Joly", a-t-il ajouté.
Candidate d'Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle, Mme Joly, née en Norvège, s'est attaquée jeudi à cette tradition instaurée en 1880, à laquelle elle voudrait substituer un "défilé citoyen". Réponse cinglante de la principale intéressée, qui a rappelé : "Je ne descends pas de mon drakkar, ça fait 50 ans que je suis en France et donc je suis Française. Ce n'est pas parce que je soulève ce qui pour moi est un vrai problème qu'on doit me discréditer et penser que ce que je dis est nul et non avenu, parce que je ne serais pas assez française »".[44]

[Le « Jaune » aussi, semble « poser problème » aux « vrais Français » ! Cette année, M. Jean Vincent Plassé, vice président du Conseil Régional Ile de France, a été qualifié de « notre coréen national » par M. Marleix, ancien secrétaire d’Etat et membre de l’UMP[45]].

 

 

 

3.7.3.  Les valeurs de solidarité et d'éthique qui cimentaient (encore un peu) les sociétés sévèrement bousculées

 

 

"Citius, altus, fortus, Potiona magica (plus vite, plus haut, plus fort, etc.)".

Dans la compétition mondialisée, l'heure est à l'offensive, à la conquête agressive des marchés, à la jouissance du pouvoir immédiat et sans partage. C'est dans cet environnement quelque peu agressif que Yannick Noah signe un article très controversé sur le sport de compétition (dans le journal Le Monde[46]) :

"Arrêtons l'hypocrisie. La meilleure attitude à adopter c'est d'accepter le dopage. Et tout le monde aura la potion magique."

Soyons "Fun" jusqu"au bout ! Faisons tomber les derniers contrôles, les sponsors ont besoin de plus de spectacle pour faire oublier la crise !

 

 

 

4.  LA "SEQUENCE QUI HAPPE, STUPEFIE" LE SPECTATEUR,

ou LE SYNDROME « TROIS HOMMES ET UN COUFFIN »

 

 

HYPOTHESE :

Le film "Trois homme et un couffin[47]", extraordinaire succès populaire, raconte comment trois hommes doivent s'occuper d'un bébé, confié par leur mère. Au milieu du film, l'un des "papas" se rend à la pharmacie pour quelques achats concernant le bébé. La pharmacie est bondée et la pharmacienne, sans le vouloir, va révéler le manque de connaissances et d'expérience de l'homme dans ce domaine traditionnellement dévolu aux femmes : "Vous préférez une tétine à une ou deux vitesses ?" – "Les couches culottes, absorbantes ou super absorbantes ?". L'homme est vraiment penaud, ridicule, dépassé…

Cette séquence déclenche des rires inextinguibles dans le public féminin !…

La "décharge d'énergie" psychique est elle que…le reste du film passe comme un enchantement ! Le film ayant "choisi son camp", l'esprit critique peut s'absenter, souffler un peu. La fin du film se révèle beaucoup moins "féministe": la jeune maman revient auprès de son enfant, et, fatiguée, elle s'allonge dans le couffin et s'endort en suçant son pouce, sous le regard étonné des trois "papas" (qui ont par ailleurs parfaitement veillé sur le bébé). Mais le public féminin n’en aura pas conscience, « anéanti » par la nouveauté jubilatoire de la séquence de la pharmacie qui efface (symboliquement !) des siècles d’oppression masculine.

 

La structure scénaristique de "Intouchables" révèle plusieurs séquences qui fonctionnent sans doute sur ce même principe (à un moment donné, pour un public donné) :

 

·        Driss rudoie violemment – et sans être inquiété - un automobiliste blanc qui conduit une voiture de forte cylindrée [séquence pour les "jeunes violents des cités" victimes de "racisme ordinaire"]

·        Driss danse, en « vedette », sur de la musique « noire » dans le salon de l’hôtel particulier de Philippe à l’occasion de l’anniversaire de ce dernier. Les « Blancs » l’admirent ; ils les entraîne à partager sa danse [séquence pour les « jeunes gentils » des cités en demande d’intégration],

·        Philippe constate (entre amusement et consternation) l'inculture musicale de Driss, qui identifie Vivaldi comme "la musique que l'on entend sur la ligne téléphonique des ASSEDIC" [BoBo, intellectuels "distingués" et classe moyenne supérieure]

·        Magali, poursuivie par un homme "de couleur" qui cherche à la draguer, le manœuvre et le laisse pantois, avec ses désirs inassouvis [public féminin jeune et conservateur de la classe moyenne]

·        L'infirmière donne des gants à Driss pour qu'il procède aux soins que nécessite l'état de santé de Philippe [seniors angoissés par l'âge et les maladies]

·        Yvonne et le jardiner « se fréquentent » et « sortent ensemble » (A cinquante ans, il n’est pas trop tard pour trouver l’amour, l’âme sœur).

 

Ces séquences, par leur construction et leur agencement, n'ont rien de "spectaculaire". Elles proposent toutefois une résolution particulière de tensions sociales cachées, enfouies dans l'inconscient de chacune des catégories. Ce moment passé, la signification globale du film, (la morale TF1) est plus facilement acceptée.

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

Fin 1980, sort sur les écrans français le film de Jean-Jacques Beineix « DIVA ». Ce film est un polar métaphysique, qui propose comme héros un jeune facteur, passionné par l’opéra, qui va mettre à jour les turpitudes et la corruption des plus hautes autorités de la police.

Sous l’effet d’un bouche à oreille très favorable, le film va peu à peu s’imposer pour accéder à la tête du box-office national en 1981, année de l’élection du Président Mitterrand, et de l’arrivée de la « Gauche » au pouvoir. Le film « Diva », en quelque sorte, « révélait » malgré lui le discrédit des valeurs de « Droite » et annonçait le résultat du scrutin à venir. « Diva » aussi, était un « phénomène sociologique » (réalité qui n’est pas suffisamment prise en compte par l’analyse filmique) !

 

Si on prend en compte ce schéma prédictif pour la Présidentielle de 2012, il faut bien se rendre à l’évidence : les cartes sont brouillées, l’opinion publique privilégie un film « consensuel », qui ne rejette ni les arguments des uns, ni ceux des autres, malgré une crise du capitalisme sans précédent depuis 80 ans !

Les Français, en cette période de crise économique peuvent se distraire en allant voir au cinéma « Intouchables », une « bonne comédie ». Ils peuvent aussi s’informer sur les grands enjeux du monde contemporain en regardant le magazine d’investigation de France 2, chaîne du service public, qui a mis au sommaire de son émission du jeudi 24 novembre un reportage d’une brûlante actualité qui démontre le courage exemplaire de sa rédaction : « Ovidie, figure du porno, prend la caméra pour Envoyé Spécial. Un « document » à la première personne dans lequel elle évoque le « rhabillage » des stars du X »[48].

Un « vrai » sujet pour « temps de crise » ! Du grand art journalistique ! Aussi bien que le « temps de cerveau disponible pour Coca Cola » qui sert de ligne éditoriale à la chaîne de M. Bouygues (ce dernier, rappelons-le, a produit le film « Intouchables ») !

 

Cinéma « populaire » et « apolitique », « Infos », Foot, Rugby[49] : les pare-feux sont en place ; la crise capitaliste va pouvoir frapper de plein fouet tous les « sans », sans papiers, sans boulot, sans avenir, sans espoir !

Reste la « Morale TF1 » : Tu es SDF, chômeur, exclu, précaire, abstentionniste[50], déclassé malgré de prestigieux diplômes ? Mais, de quoi te plains-tu ? Tu peux toujours bouger tes bras et tes jambes ! Alors, regarde la réalité ! Au fond, tu es heureux ! Cesse tes jérémiades, d’autres sont beaucoup plus malheureux que toi (et certains sont même milliardaires !). Alors !... Sois raisonnable ! Pour continuer à voir le monde tel que traders et actionnaires veulent te le montrer, pour garder ta confiance dans le capitalisme, regarde TF1 sans te poser de questions et dis autour de toi le plus grand bien d’ « Intouchables [51]» !

 

« SPREAD » !!!

Pour la classe moyenne, le réveil est douloureux ! Les « mauvaises » nouvelles économiques s’accumulent… Bien humblement, il ne nous reste plus maintenant, allongés dans la poussière, face contre terre, qu’à oublier nos folles ambitions de richesse et à implorer cette nouvelle divinité, celui qui tient nos fragiles destinées entre ses mains de fer, le terrifiant dieu dont nous ignorions hier encore l’existence… "SPREAD"[52] (fruit des amours maléfiques des divinités septentrionales « Bouba » et  « Bécéheu»).

Mes frères, mes sœurs, pour éviter de nouveaux malheurs, implorons le puissant « SPREAD » en psalmodiant sans cesse la phrase que nous ont apprise les prêtres radiophoniques : « Faisons plier la Chancelière pour qu’il y ait de l’Euro à Noël [53]» !!!

 

 

Gérard Hernandez

Lauréat de la certification en cinéma-audiovisuel  -  Novembre 2011

Article rédigé avec la documentation de l'espace "cinéma et histoire"

de la médiathèque Jacques Ellul à Pessac (33)

 

 

 

ANNEXES

 

 

 

ANNEXE I : UN ARTICLE DE LIBERATION AU VITRIOL

 

«Intouchables»? Ben si…[54]

 

 

Par GÉRARD LEFORT, DIDIER PÉRON, BRUNO ICHER

Bisounours. Enorme succès, la comédie sociale bien pensante d’Eric Toledano et Olivier Nakache, déploie tous les unanimismes du moment. Visite guidée

Au lendemain de la troisième Journée mondiale de la gentillesse, entre Intouchables et Indignés, nous sommes pris dans les deux mâchoires d’un même étau : dire du mal, c’est pas bien. La comédie d’Eric Toledano et Olivier Nakache, sortie le 2 novembre, n’est déjà plus un film mais, du haut de ses plus de 2 millions d’entrées, un de ces fameux phénomènes de société qui contraint à se poser la question de l’unanimité. Intouchables, la polysémie du mot est riche : elle désigne la plus basse extraction dans le système indien des castes, pas touche aux intouchables, parias et maudits. Mais toucher aux Intouchables se serait aussi toucher aux Incorruptibles (the Untouchables en VO) avec le risque afférent de se prendre, au mieux, une baffe. Touche pas aux Intouchables, comme on dit «Touche pas à mes potes !» Osons cependant que le succès du film est le fruit d’un conte de fées cauchemardesque : bienvenue dans un monde sans. Sans conflits sociaux, sans effet de groupe, sans modernité, sans crise. A ce titre, en cet automne, il est LE film de la crise, comme si la paralysie d’un des deux personnages principaux n’était pas seulement celle du film, mais celle d’un pays immobilisé et de citoyens impotents à qui il ne resterait plus que leurs beaux yeux pour rire et pleurer. Le beau et plat pays des Bisounours raconté par un film terriblement gentil. Visite guidée en sept symptômes.

L’histoire, c’est vrai

A deux reprises, Intouchables souligne que «ceci est une histoire vraie». Une première fois dès le générique, comme des centaines d’autres films qui trouvent dans cette formule magique la légitimité indiscutable de leur propos. Peu importe la manière dont cette histoire va être racontée, elle est «vraie». Avec ces Intouchables, on est donc aimablement priés, un flingue émotionnel sur la tempe, de s’attendrir sur la situation respective des deux personnages, l’un grand bourgeois dans un corps cabossé (tétraplégie), l’autre, black de banlieue, abonné au chômage. Au cas où les larmes ne seraient pas montées par litres aux yeux des spectateurs, une dernière couche est apposée au générique de fin. Les «vrais» personnages, ceux qui ont inspiré Omar Sy et François Cluzet, Philippe Pozzo di Borgo et Abdel Sellou, surgissent comme une sorte de preuve à l’appui. L’expression de «chantage au vécu» reprend plus que jamais de la vigueur.

La lutte, c’est pas classe

Intouchables promeut l’union sacrée des riches et des pauvres confrontés à leur échelle aux adversités de l’existence. La fable abolit la méfiance qui règne entre classes sociales et la remplace par un mélange de bonhomie et de sans-gêne. Personne n’exploite personne et les écarts de fortune ne sont jamais un problème ou même un facteur de frustration (du côté des employés). La comédie sociale française organise régulièrement ces rencontres entre bourgeois et prolos. On l’a vu dans les Femmes du 6e étage de Philippe Le Gay, ou récemment dans Mon Pire Cauchemar d’Anne Fontaine (une galeriste d’art et un beauf alcoolo doivent cohabiter au nom de l’amitié entre leurs enfants). Le plaisir collectif pris à ce type de fiction, c’est sans doute que le conflit global entre mondes sociaux (le thème de la domination) est ramené à une série d’incompréhensions factuelles et faciles à surmonter. Les antagonismes deviennent des quiproquos, les sources de révolte finissent en éclat de rire.

L’argent, c’est gentil

Philippe est milliardaire, Driss pointe au Pôle Emploi. Mais on se saura jamais combien ça leur rapporte à l’un ou à l’autre. Ni le montant du salaire octroyé au second pour devenir l’employé du premier. Quant à l’origine de la fortune du tétraplégique logeant dans un hôtel particulier à Paris… Boursicoteur, escroc financier, marchand d’armes, héritier ? A deux reprises cependant, il est question de certaines sommes. Lors d’une estimation d’un tableau d’art contemporain (plus ou moins 50 000 euros) et, surtout, lorsqu’il s’agit de rétribuer les débuts de Driss dans la peinture : 11 000 euros pour sa première toile, le compte est bon sous nos yeux en grosses coupures. Un black payé au noir (rires ?) Sinon l’argent invisible sert à se payer une armée de domestiques, des grands restaurants, des séjours dans les palaces, des allers-retours à la montagne en jet privé, des vêtements de luxe. Pour information, la Maserati, très présente à l’écran, dans le rôle du véhicule principal, coûte environ 130 000 euros.

Le sexe, c’est gentil (aussi)

Driss/Philippe, Philippe/Driss, beau couple ? Pas de panique, le film lève rapidement le début d’hypothèque sur le sous-texte homosexuel de cette rencontre de l’aristo à foulard Hermès et du gaillard à gros… bras en jogging Adidas. Encore que… Driss, comprenant que la seule zone érogène de Philippe, ce sont ses oreilles, n’hésite pas à les lui branler. Dragueur décontracté avec son corps (qu’il a bien taillé), le jeune homme trimballe sa libido sans trop avoir l’occasion de s’en servir, naviguant d’une scène à l’autre entre blagues et râteaux. Omar Sy est lui-même parfait dans ce rôle ambigu, alternativement macho et enfantin, archétype du beau gosse salace et comique ingénu à l’air perpétuellement écarquillé.

L’autorité, c’est grave

Driss a fait de la taule, mais il baisse la tête devant maman quand elle lui dit qu’il est un vilain garçon. Plus tard, Driss gronde son petit frère de 15 ans qui fait le dealer pour des mafieux du quartier. Il le «recadre» (le verbe est dans le film) comme il «recadre» la fille adoptive de Philippe, archétype de la gamine gâtée-pourrie qui ne respecte personne. Il remet aussi à leur place des automobilistes mal garés («Toi, Patrick Juvet, tu dégages !»). Le personnage du banlieusard foutraque, qui a des armes dans son sac de voyage et nargue les flics en roulant à 300 à l’heure sur l’autoroute, est aussi, quand ça l’arrange, le gardien sourcilleux du bon ordre. La morale à géométrie variable, assaisonnée de leçons de vie, est évidemment un ressort efficace pour tous et n’importe qui, car chacun veut la loi pour les autres et la liberté pour soi.

La culture, c’est pire

L’art contemporain ? Une imposture puisque j’en fais autant tous les matins dans ma salle de bains. La musique classique ? Un ennui à périr. L’opéra ? Une plaisanterie, d’ailleurs j’en ris. Baudelaire ? Un pensum, antidrague. Tout cela dit au nom du parler banlieue, du parler d’en bas, du parler incorrect, tous synonymes du parler vrai. Qui n’est pas du tout le fantasme d’un parler minoritaire, mais un parler dominant. Le film ne parle pas le français, il parle le TF1 en première langue et le Canal + en option travaux pratiques.

L’émoi, c’est mou

Pas besoin de micro-trottoir à la sortie des salles pour recueillir les émotions : on a passé un super-moment ensemble ; c’est distrayant ; mes enfants ont a-do-ré ; on rit, on pleure, que demander de plus ? Plus, toujours plus, justement. La dictature de l’émotion comme cache-misère de l’absence totale de pensée. Cet enfumage relève d’un marketing qui, bien au-delà d’un film, infeste la production culturelle majoritaire et son commentaire et fait pousser sa mauvaise graine dans le champ de la politique. Etre ému, c’est être pitoyable, ricaner et pleurnicher en masse au spectacle payant de ses propres néants et damnations. D’ailleurs le film, dans un rare moment d’égarement, le pense lui aussi, quand Philippe dit qu’il aime Driss parce qu’il est sans pitié

 

ANNEXE II – un point de vue intéressant de Damien Leblanc sur l'époque (vue à travers le film)

 

Intouchables ou le triomphe de

la transgression politiquement correcte[55]

 

Avec 270 000 entrées, Intouchables a réalisé hier le deuxième meilleur démarrage de l'année pour un film français (derrière Rien à déclarer). La comédie d'Eric Toledano et Olivier Nakache s'annonce ainsi déjà comme le phénomène de société de l'automne et pourrait bien venir titiller les 8 millions d'entrées du film de Dany Boon. Alors, triomphe mérité ou oeuvre survendue ?

Une comédie aux atouts multiples...

Inspiré par la vie de Philippe Pozzo di Borgo, ancien directeur des champagnes Pommery devenu tétraplégique en 1993, Intouchables raconte l'amitié qui lie Philippe, un riche aristocrate cloué dans un fauteuil roulant (François Cluzet), et son aide à domicile Driss, un jeune de banlieue qui sort tout juste de prison (Omar Sy).

Si l'entente entre deux personnages socialement opposés a toujours été un efficace moteur de comédie, permettant de dresser un message de solidarité et de mêler le rire aux larmes, le film d'Eric Toledano et Olivier Nakache se démarque surtout par sa façon d'exhiber comme un trophée son refus du misérabilisme. Jouant sur le manque d'apitoiement de Driss envers le handicap de Philippe et sur l'échange constant de vannes, le récit trouve un ton assez rare dans la comédie française, qui cache derrière les joutes verbales de réelles fêlures et une profonde tendresse des cinéastes pour leurs personnages.

Parallèlement à cette impression de fraîcheur, Intouchables exploite pourtant le classique filon du fantasme de richesse, en se déroulant essentiellement dans un luxueux hôtel particulier qui crée pour le spectateur un écrin douillet et confortable.

...mais à la morale politiquement correcte

Le lieu où se déroule Intouchables n'est donc pas neutre, puisqu'il privilégie l'univers aristocratique et parisien de Philippe à l'ambiance calfeutrée de la cité de Driss. Epousant le désir de toute-puissance des personnages, le fllm montre Philippe et Driss fumer des joints et se rendre coupables d'excès de vitesse sans qu'il ne leur en coûte rien. Inscrire des actes a priori politiquement incorrects à l'intérieur d'un feel-good movie aux décors fastueux et dorés a ainsi valu à Intouchables les qualificatifs d'"irrévérencieux" ou de "décomplexé".

Il n'y a pourtant pas grand-chose d'insolent à filmer en 2011 un milliardaire qui fume un joint en se faisant masser les oreilles par une jeune Asiatique. Ce qui pourrait constituer dans le film une transgression des interdits n'est en fait qu'une soumission à la nouvelle norme de la représentation fictionnelle. Les séquences dans lesquelles Driss use de la force physique s'avèrent à ce titre exemplaires : en brutalisant des automobilistes, Driss franchit les lignes habituelles du politiquement correct mais dans le but de faire respecter l'interdiction de stationner.

Intouchables a donc la malice de mimer la transgression des lois tout en respectant simultanément les codes dominants de l'époque. Car sous couvert de solidarité, l'essentiel reste ici de suivre ses désirs individuels, en se plaçant au-dessus de contemporains forcément médiocres et ordinaires. Le film évoque en cela une morale parfaitement dans l'air du temps.

Comédie habile mais à la mise en scène plate, Intouchables fait revenir en fin de parcours les bons sentiments qui restaient jusque-là refoulés. On regrettera donc que les deux cinéastes manquent au final d'audace et arrondissent trop les angles. Loin d'être un chef d'oeuvre du cinéma français, le quatrième film d'Eric Toledano et Olivier Nakache les fait pourtant désormais entrer dans la catégorie des valeurs sûres du box-office

Damien LEBLANC

 

 

 

ANNEXE III : Emission « La grande table » - France Culture

 

"La grande table" –une émission de Caroline Broué – France Culture.

Emission du jeudi 01/12/2011 (12H00 à 12H30) :

 

"Retour sur le succès des "Intouchables"

 

Débat avec   Alain KRUGER Pascal ORY André GUNTHERT.

 

Caroline Broué : "Retour sur "Intouchables", ce film événement qui a déjà atteint les 10 millions d'entrées tout juste un mois après sa sortie". [Caroline Broué résume l'intrigue du film]

C.B : "Un milliardaire…"

Voix d'homme : "Non, on ne sait pas s'il est milliardaire ! Simplement qu'il est très riche !"

C.B "On en débattra par la suite si vous voulez ! …fait appel à un africain français qui vit en banlieue".

Voix d'homme : "On ne sait pas s'il est français !"

[Diffusion de la bande annonce du film, avec la voix des personnages].

 

C.B : "Alors, dans cette période difficile, ce "film de crise" est-il un conte de fée, un "film-médicament" ou une excellente comédie ?"

A.K : "Avant la présentation au public, lorsqu'il a été présenté aux exploitants de cinémas, on savait déjà que ce film allait marcher. Mais on ne pouvait pas deviner qu'il allait devenir le choc de l'année, un véritable phénomène ! Les réalisateurs du film ont envie de plaire au public (c'est très mal ! C'est un péché mortel pour une partie de la critique !). Les réalisateurs connaissaient Omar Sy, qui vient de Trappes mais est originaire d'Afrique (c'est important qu'il ne soit pas d'origine antillaise !). Omar Sy est un personnage extraordinaire qui maîtrise la fantaisie et l'humanité. Il est connu pour des petits sketchs sur Canal +. Il interprète donc ce film "câlin" qui donne du bien dans une époque douloureuse. Et il donne du bien même à un riche !"

Voix d'homme : "On peut être riche et sympa !"

A.K : "C'est un film de réconciliation nationale, que l'on pourrait rapprocher du film "Des hommes et des dieux" (Beauvois / 2010). Omar Sy, comme le personnage joué par Lonsdale, à un coté réparateur, humaniste, réconciliateur… une espèce de générosité…  de parole chrétienne (même si les recettes, les clichés sont bien visibles dans "Intouchables"…)".

 

P.O : "Intouchables" s'intègre dans la catégorie des films qui sont devenus des phénomènes de société ("les choristes" (Barratier / 2004), "Bienvenue chez les Chtis" (Danny Boon / 2008), "Amélie Poulain" (Jeunet / 2001), "la guerre est déclarée" (Donzelli /2011) alors que rien ne laissait prévoir un tel succès. Ce sont des films sur l'amitié, le rapprochement entre les contraires. François Cluzet, c'est nous ! L’Europe, (voir toute la planète) devant les agences de notation ! Ce film fait du bien dans un monde où on vous dit que tout est foutu ! Peut-on dire que c'est une "œuvre d'art" ? Il est certain que c'est une fiction, inspirée (revendiquée) par un fait divers réel.

 

A.K : Il y a dans le succès de ce film un petit coté "Téléthon" ! A l'heure du piratage, les gens ont envie de voir ce film ensemble, en salle, et de donner quelque chose aux réalisateurs (Chaplin disait qu'au cinéma le rire communique par les coudes des voisins). C'est pour cela que les gens le voient au cinéma, pour le partager.

 

P.O : Oui, avec ces films ("Amélie Poulain", etc.) on recrée du collectif. Mais il faut rappeler qu'ils ne sont pas faits, au départ, pour le succès (alors que le "Tintin[56]" de Spielberg était annoncé comme devant rencontrer le public. Le "pitch" du film n'est pas génial d'accord (en fait, depuis Aristophane, on n'a rien inventé !), mais il est tout de même intéressant, puisque le dominant est aussi le dominé. L'ambiguïté de l'échange donne une certaine force au film : le spectateur est appelé à la fois à pleurer et à rire ! On ressent des émotions sur ces deux terrains.

 

A.G : Finalement tout vient du score ! Parlerions-nous de ce film s'il avait fait 2 millions d'entrées, ou moins ? Selon qu'il s'agit d'une œuvre "d'Art" ou d'un film "phénomène", les réactions de la critique sont différentes

 

[Débat sur le comparaison des campagnes de promotion qui ont accompagné la sortie de "Tintin" de Spielberg et de "Intouchables"]

A.G : "Tintin" démarre en fanfare, et s'effondre en troisième semaine; c'est le contraire pour "Intouchables". "Intouchables" envoie un message à la société ! Mais c'est la sociologie qui va permettre de l'analyser".

 

A.K : "Certains critiques ont mis en évidence les poncifs du film présentant les attributs du riche : le jet, c'est bien, la musique classique, c'est pas bien ! Mais il faut dire également que c'est un duo d'acteurs qui fait marcher le film (dans la veine Bourvil / De Funès). Mais une évolution se confirme en France (la même qui avait permis à l'acteur noir Eddy Murphy d'accéder au vedettariat aux USA dans les années 80 dans « Un fauteuil pour deux » - Landis / 1983 -) : la présence de l'acteur Omar Sy est aujourd'hui une garantie pour qu'un film se réalise; il est devenu le premier acteur français ! Et je suis très rassuré de voir que cette fraternité est aujourd'hui possible !"

 

C.B : La réception du film révèle une fracture entre le public et une partie de la critique

 

A.G : Le film a stylisé l'opposition entre la "culture du dominant" et la "culture du dominé" : cette opposition est un facteur clé du scénario (opposition aussi entre le clown blanc et l'auguste). Mais le film repose sur la prestation extraordinaire de François Cluzet !

 

[Diffusion d'un extrait de Earth Wind and Fire, extrait de la bande originale du film]

C.B : Nous allons maintenant nous pencher sur les succès récents des films français ("The Artist", "la guerre est déclarée", les deux "guerres des boutons", "Polisse" – Maïwenn / 2011 -). Peut-on les qualifier de "succès sociaux" ? Peut-on dire que leur succès répond à une "envie de se parler ?"

[12H20 - Débat général sur la comédie sociale, qui nous permet "de rire de ce qui nous hante"].

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Résumé :

Le succès du film peut s'expliquer :

§        Par le "message de réconciliation nationale" (reconnaissance / intégration des minorités issues de l’immigration),

§        Par le talent et la générosité des réalisateurs

§        Par le talent des comédiens (dont un est « d’origine africaine »)

§        Par l'utilisation des "trucs" et des "ficelles" de ce type de comédie

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Commentaire :

§        Le "produit" TF1 et sa stratégie ne sont pas identifiés (les « glissements » effectués entre la réalité et la fiction – Khadija / Eléonore -  sont « oubliés »),

§        Le discours du film : "La banlieue, c'est le problème de la France" est occulté

§        La notion de cinéma "de crise" reste bien vague… (Quelle "crise" ? Qui en est victime ?)

§        La politique, le politique, l’idéologie sont totalement absents de l’analyse…

§        Le handicap, « sujet du film », n’est même pas évoqué…

§        Pas de mise en perspective historique sur le Cinéma en tant qu'Art (références formulées : « Des dieux et des hommes », « Un fauteuil pour deux »)

 

 

 

 

 

ANNEXE IV    CE QUE DIT PHILIPPE DI POZZO, LE HEROS DE L’HISTOIRE REELLE[57]

 

Lilial >> Qui vous a contacté la 1ère fois pour le film ? Cela remonte à quand ?

M; Pozzo di Borgo : Mon épouse Khadija et moi-même avons été contactés dans notre campagne d’Essaouira sur la côte atlantique marocaine en janvier 2010 par 2 jeunes réalisateur, Olivier Nakache et Eric Tolédano. Ils avaient vu en 2001 un documentaire d’1 heure réalisé par Jean-Pierre Devillers pour Mireille Dumas. "A la vie, à la mort" retrace la rencontre improbable du tétraplégique privilégié que je suis et d’un jeune issu de l’immigration, Abdel. Contre toute attente, ces 2 vont s’entraider pendant 10 ans.

Les réalisateurs nous proposent de venir à Essaouira nous rencontrer et présenter leur projet. Nous avons été séduits par leur intelligence, leur humour et leur projet : en effet, loin des clichés habituels, ils se proposaient de traiter le sujet sur un mode et un humour qui correspondaient aux codes établis entre Abdel et moi-même. Le projet d’INTOUCHABLES était lancé.

>> Comment s’est passée la collaboration avec les gens du film ? Qu’avez-vous aimé ?

Nous avons été amenés à nous rencontrer plusieurs fois, que ce soit à Essaouira ou à Kerpape, où je fais des séjours réguliers. Accompagnés de Nicolas Duval Adassovsky, leur producteur et plus tard de François Cluzet et d’Omar Sy, tout s’est déroulé avec une grande aisance et facilité. Ce sont de véritables professionnels, d’une compagnie chaleureuse, qui posent les bonnes questions, observent avec précision et convertissent instantanément les conversations en images dans leurs têtes.

Nicolas, Eric et Olivier proposèrent d’eux-mêmes de contribuer à hauteur de 5% des recettes nettes à l’association Simon de Cyrène que dirige Laurent de Cherisey après mon départ pour le Maroc et dont l’objet est de créer des foyers de vie partagée pour grands handicapés. Non seulement brillants, professionnels mais aussi généreux.

 >> Que pensez-vous du film ? Qu’aimez-vous particulièrement ?

Ils ont eu l’élégance de venir nous présenter leur film à Essaouira où nous avions réuni une trentaine d’amis. L’histoire nous était familière à Khadija et moi-même puisque nous vivions le handicap depuis longtemps mais nous avons été sidérés de la réaction de nos amis : pas un n’avait bougé de sa place après la dernière image, chacun restait dans ses pensées, quelques soupirs. La magie du film les avait saisis.

Nous avons retrouvé la même réaction du public à grande échelle lors de l’avant-première à Paris le 18 octobre en présence des réalisateurs, acteurs et producteurs : des rires qui alternent avec des moments d’émotion (nombre de regards humides) et un tonnerre d’applaudissements qui a duré 10 bonnes minutes.

J’ai été particulièrement fasciné par la métamorphose de François Cluzet en tétraplégique où tout s’exprime sur le visage, l’humour et la souffrance à leur de regard. Omar Sy est époustouflant, il crève l’écran et imprime sa nature explosive : du grand art !

>> Est-ce que le projet du film a changé des choses dans votre vie ?

Cela fait près de 20 ans que je suis tétraplégique. Abdel a fondé sa famille, il a maintenant 3 enfants ; moi-même, j’ai rencontré Khadija lors d’un voyage au Maroc et nous avons 2 filles. Le film retrace donc une période de notre vie révolue.

A l’occasion de ce projet, Geneviève Jurgensen, qui avait publié il y a 10 ans mon livre "Le Second Souffle" chez Bayard et qui est épuisé, m’a demandée de le réactualiser pour que l’histoire corresponde à celle du film. Il m’a donc fallu me remettre à l’écriture pour sortir dans le délai "Le Second Souffle" suivi du "Diable Gardien" avec en couverture une somptueuse photo de François Cluzet et Omar Sy dans la neige.

 

 

 

 

 

 

 

ANNEXE  V : CE QUE DISENT LES CREATEURS

 

Site nouvelobs.com

 

Comment est née précisément l’idée d’Intouchables ?

Olivier Nakache : Elle remonte à 2004. On est tombé un soir sur un documentaire qui nous a tous les deux marqués : A La Vie, A La
Mort. On y découvrait la rencontre hautement improbable entre Philippe Pozzo di Borgo, devenu tétraplégique après un accident de parapente et Abdel, un jeune de banlieue embauché pour s’occuper de lui. A l’époque, on venait de tourner Je Préfère Qu'On Reste Amis. On n’était sans doute pas assez mûrs pour s’attaquer à ce sujet-là, mais ce documentaire est resté en nous. On l’a souvent revu… Et après Tellement Proches, on s’est dit que c’était peut-être le bon moment pour aborder cette histoire.

Eric Toledano : Il y avait en fait une conjoncture particulière après ce film dans lequel Omar tenait le rôle d’un médecin. On a pris tellement de plaisir à le voir devenir acteur à nos côtés dans Nos Jours Heureux, on avait donc naturellement envie de poursuivre cette aventure avec lui. Selon nous Omar n’avait pas encore été utilisé au maximum de son potentiel au cinéma. Et cette relation entre Philippe et Abdel nous est revenue comme un boomerang, comme une évidence. On a donc montré le documentaire à Omar pour voir si cela pouvait l’intéresser. Et à sa réponse positive, on a définitivement compris que cette histoire contenait tout ce qu’on recherchait : une histoire incroyable, un sujet fort, plein l’humour et on savait que sur ce thème on aurait des choses à exprimer.

Une fois que vous avez eu l’accord d’Omar, comment avez-vous alors agi ?

O.N. : Avant de nous lancer dans l’écriture du scénario, on a voulu rencontrer Philippe Pozzo di Borgo à Essaouira, au Maroc où il vit et où il s’est remarié. Pour vérifier si notre envie de faire un film sur son histoire allait être décuplée par la rencontre.
E.T. : On a pu le contacter facilement car il donnait son mail à la toute fin du livre qu’il avait écrit, Le Second Souffle. Et il nous a tout de suite répondu en disant que ce n’était pas la première fois que des réalisateurs voulaient porter à l’écran son histoire, qu’il avait même déjà lu des scénarios mais qu’il acceptait volontiers de nous rencontrer.
O.N. : Et cette rencontre a été décisive !
E.T. : Car là il nous a en fait raconté la fin de l’histoire, tout ce qui n’était pas dans le documentaire. Et plusieurs de ses phrases nous ont profondément marqués. Philippe parle peu mais quand il parle, c’est puissant… Il nous a ainsi dit : « Si vous faites ce film, il faut que ce soit drôle. Car cette histoire doit passer par le prisme de l’humour ». Et on était forcément heureux et rassurés d’entendre ça. Puis il a ajouté : « Si je n’avais pas rencontré Abdel, je serais mort. ». Cette conversation nous a permis d’ouvrir plusieurs pistes et questionnements. Par exemple, comment à travers Philippe et Abdel, deux strates de la société française, qui a priori ne se rencontreraient jamais, lorsqu’elles se percutent génèrent des rapports et des sentiments nouveaux. Ces deux hommes, l’un frappé d’un handicap physique, l’autre victime d’un handicap social ont une espèce de complémentarité étrange et inattendue qui leur a permis cet échange.


Philippe Pozzo di Borgo vous a tout de suite donné son accord pour que vous puissiez vous lancer dans Intouchables ?

O.N. : Cette rencontre lui a permis de savoir qui on était. On lui a aussi d’ailleurs montré nos films. Ce fut un véritable échange. Et il nous a alors encouragés à nous lancer.
E.T. : Car il a tout de suite compris que bien évidemment on lui ferait tout lire. Il était d’ailleurs en demande de cela, il avait envie d’en parler avec nous… Il a été généreux et extrêmement courtois dans l’accueil comme dans les mails qu’il n’a dès lors jamais cessé de nous envoyer.
O.N. : Il nous a fait confiance. Et rencontrer une telle personne laisse des traces.
E.T. : Il nous a fait des pages de notes à chaque nouvelle version de scénario. Il nous indiquait par exemple les situations qui étaient impossibles techniquement dans son état. En fait, il a donné une forme de vérité au film en nous décrivant parfois une réalité encore plus dingue et drôle que ce qu’on écrivait. Il y a en permanence chez lui un côté normal dans cette situation anormale. Et cette faculté à nous faire oublier son état nous a guidés tout au long de notre film. C’est aussi pour cela qu’une fois qu’Omar et François Cluzet étaient partants pour l’aventure, on a organisé ce « séminaire d’intégration ». On est repartis voir Philippe à Essaouira avec eux. Et il nous a là encore livré des réflexions majeures…
O.N. : C’est à ce moment-là que François a commencé à s’inspirer de lui, en observant comment il vit, comment il bouge, comment il parle. Avant de le recréer dans le film. A la fin de ces trois jours, François nous a simplement dit : « je porterai le drapeau ». Il est tellement intense et investi dans les rôles que cette rencontre l’a bouleversé.

Pourquoi avez-vous souhaité François Cluzet dans le rôle de Philippe ?

O.N. : Au départ, pour ce rôle, on cherchait une différence d’âge marquée avec Omar, ce qui implique donc des acteurs d’une certaine trempe. Et puis un jour on a appris que François avait lu le scénario, grâce à son agent, sans que l’on soit au courant, et ce fut une rencontre magique, volcanique.
E.T. : Son enthousiasme immédiat suffit à donner envie de travailler avec lui. Sa conception de son métier nous a tout de suite parlé. Quand il nous a expliqué par exemple qu’il voulait vivre les situations et pas les jouer. Puis, en apprenant à le connaître petit à petit, on se régalait à l’avance de la rencontre électrique à venir avec Omar qui, comme lui, vit les situations plus qu’il ne joue. Leur rencontre est allée au-delà de nos espérances.
O.N. : François est vraiment un acteur intense. Ce rôle nécessitait une préparation forte. Il ne pouvait pas arriver la veille du tournage et se mettre sur un fauteuil, jouer les respirations, les souffrances… sans avoir travaillé. Comme il nous l’avait dit, il a relevé le défi.

A l’écran, on n’assiste pourtant jamais à deux performances d’acteur côte à côte, chacun centré sur lui-même. Ils jouent vraiment ensemble et composent une sorte de personnage à deux têtes. Ça vous est apparu évident dès les premiers jours du tournage ?

O.N. : Honnêtement, on ne s’en est pas rendu compte tout de suite. Car François est un acteur qui maintient dans les premiers temps une certaine distance. Il intellectualise beaucoup les choses en amont. Pour lui, c’est avant le tournage qu’on agit. Et une fois sur le plateau, on régule les choses mais l’essentiel est décidé. Donc cette évidence dont vous parlez et qu’on recherchait évidemment ne nous a pas tout de suite sauté aux yeux. Mais dès qu’on s’en est aperçu, c’était un régal permanent à observer. Omar et François ont chacun de leur côté cherché à servir leurs rôles pour les rendre le plus vrai possible et éviter un concours de numéros d’acteurs.

En quoi Omar vous a encore surpris avec ce film par rapport aux autres films dans lesquels vous l’avez dirigé ?

E.T. : On ne se serait jamais lancé dans un film comme Intouchables si l’on n’avait pas eu une idée précise du casting. Et comme pour Philippe, il fallait que la personne qui joue Driss soit d’emblée crédible. Omar n’a jamais cessé de nous surprendre. Par sa démarche de maigrir de 10 kilos et de se muscler sans qu’on lui demande rien, juste parce que, dans son esprit, un mec des quartiers populaires de banlieue est forcément plus mince que lui dans la vie. Quand je l’ai vu arriver tête rasée, habillé simplement avec un sweat à capuche et un blouson en cuir, j’ai été bluffé par la manière dont il était allé de lui-même avec finesse vers le personnage.
O.N. : Et puis, sur le plateau, dans le jeu, Omar a été éclatant ! On a toujours su qu’il y avait un acteur en lui. Mais là, il nous a épatés.
E.T. : Omar apporte une bonne humeur et une sympathie qui n’ont pas de prix. Il a une humilité rare. Parfois on l’attendait sur le plateau juste parce qu’on tournait près d’un collège à Bondy et qu’il prenait une photo avec chacun des gamins, sans se départir de sa bonne humeur. Il ne se prend jamais au sérieux. Son rapport à la notoriété est totalement naturel.

 
Après deux films choraux, Nos Jours Heureux et Tellement Proches, vous signez ici une intrigue centrée sur deux personnages à l’image de votre premier long, Je Préfère Qu'On Reste Amis. Quel exercice préférez-vous, entre les deux ?

E.T. : Le film choral a été impacté, inconsciemment, par le succès de Nos Jours Heureux, on a eu envie de continuer dans cette voie avec Tellement Proches : gérer le groupe mais aussi chaque personnage. En plus, on aime beaucoup les histoires où tout se mélange, les films italiens où ça tchatche en permanence…
O.N. : On a la phobie que les gens s’ennuient ! Donc avoir plein de personnages et d’histoires nous permet d’éviter ce risque-là.
E.T. : C’est pour cela que l’exercice d’Intouchables était complexe pour nous. Mais on a pu compter sur des producteurs très alertes qui ont su nous pousser, lors des premières versions du scénario, à enlever des personnages secondaires pour nous recentrer sur le duo. Et ils avaient raison puisque c’est l’envie de parler de cette relation à deux qui nous a poussés à écrire et réaliser Intouchables. On a donc décidé de faire confiance à cette histoire et à cette relation, en essayant de ne pas nous éparpiller.
O.N. : Dans Intouchables, les personnages secondaires ne sont pas trop nombreux et offrent des respirations de comédie, qui permettent de faire avancer l’histoire sans qu’on perde de vue l’essentiel.
E.T. : Mais évidemment, pour y parvenir, il faut qu’ils existent et qu’on leur donne de la chair. On le doit beaucoup aux comédiens qui les interprètent et qui ont tous accepté un deal peu évident : avoir peu de jours de tournage, peu de choses à jouer mais être essentiels en servant l’intrigue principale avec une totale humilité. Et on a eu de la chance de trouver ça chez Anne Le Ny, Clotilde Mollet, Audrey Fleurot, Grégoire Oesterman et tous les autres qui ont accepté ce deal avec un talent fou.

La musique tient un rôle important dans votre cinéma et plus particulièrement dans ce film. A quel moment y pensez-vous dans sa fabrication ?

O.N. : A chaque étape. Par exemple, on a eu en tête dès l’écriture du scénario le morceau d’Earth, Wind and Fire sur lequel danse Driss pendant l’anniversaire de Philippe. Quant aux chansons qui accompagnent les moments clipés de l’intrigue, on y pense pendant le tournage et le montage. En fait, on est un peu des névrosés de la musique ! On passe beaucoup de temps à y réfléchir. Ensuite c’est une vraie galère d’obtenir les droits !
E.T. : Quant au compositeur de la musique originale, on est tombés sur Ludovico Einaudi en surfant sur différents sites d’écoute sur Internet. Et ses morceaux au piano – proches des compositions pures de Michael Nyman ou Thomas Newman - ont aussi accompagné l’écriture de beaucoup de séquences où il fallait à la fois de l’émotion et une certaine distance. Et puis un jour, on l’a appelé pour lui demander de faire la musique du film. Et il a accepté.

Y a-t-il des scènes que vous redoutiez de tourner ?

O.N. : Sur un tournage, chaque jour, on redoute quelque chose…
E.T. : Les scènes avec le fauteuil qu’Omar doit manipuler avant de porter François et le poser. Celle où François souffre de ses « douleurs fantômes » comme si ses membres se réveillaient. Dans ce dernier cas, on ne se sentait pas de le briefer, donc on était tendus. Les autres scènes complexes sont celles nécessitant beaucoup de figurants.
O.N. : Et puis il y a une grande première pour nous : on a filmé des poursuites en voiture ! Ce fut des moments dingues mais qui nous ont plus excités qu’angoissés.
E.T. : Il y a d’ailleurs dans ce film énormément de scènes qu’on attendait de tourner aussi excités que des gamins, notamment celle où Omar danse sur Earth, Wind and Fire ! On a dû commencer à lui en parler quatre jours avant. On allait dans la salle, il commençait à danser.
A la fin de chaque journée qui précédait le tournage de cette scène, je mettais ce morceau pour que les gens puissent imaginer l’ambiance qu’il allait y avoir.
O.N. : Et puis il y a eu aussi ces journées vraiment à part qui débutaient le matin dans une cité à Bondy et se terminaient dans les hôtels particuliers des beaux quartiers parisiens.
E.T. : C’est exactement le film : on passe d’un monde à l’autre, d’un univers visuel à un autre. Dans ces moments-là, on sentait en tout cas qu’on était dans la vérité de ce qu’on recherchait.

C’est aussi l’occasion de montrer la banlieue avec un regard particulier…

E.T. : Très vite, quand on va en banlieue, les images sont marquantes. Mais on a fait très attention à ne pas nous détourner de notre sujet. Dans les premières minutes du film, on ne veut pas dresser un portrait de la banlieue d’aujourd’hui mais expliquer qui est Driss, d’où il vient et, par ricochet, le contraste avec l’hôtel particulier de Philippe à Saint Germain des Près. Aujourd’hui, le public connaît la réalité difficile des banlieues. Une image suffit donc pour faire comprendre le cadre dans lequel on se situe.
O.N. : La présence d’Omar permet d’ailleurs de crédibiliser nos images. Parce qu’il vient d’une cité comme celle de Driss, à Trappes. Et parce qu’il nous indiquait si on était bien dans le vrai. Avec lui, on ne pouvait pas se tromper…

 
En partant d’une histoire vraie pour écrire INTOUCHABLES, vous vous êtes sentis une responsabilité particulière ?

E.T. : Oui même si on a été très libres, malgré tout. On ne tournait pas un documentaire donc on n’avait pas vraiment de limite. Après les lectures des différentes versions du scénario, Philippe nous expliquait qu’on était même parfois en deçà de la réalité. Il n’empêche que j’ai vraiment eu l’impression qu’on était moralement responsables de quelque chose…
O.N. : Et je ne pense pas qu’on ait trahi l’histoire de Philippe même si on a forcément scénarisé certains passages.
E.T. : Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on a ressenti le besoin d’aller lui montrer des images du film juste après le tournage. On a été invités à son anniversaire surprise. Abdel était là, la maman de Philippe, sa famille et tous ses amis aussi. Sur un ordinateur, on lui a montré un diaporama des photos prises sur le plateau. C’était un moment forcément étrange pour lui de voir François Cluzet dans son rôle. Il y a eu un beau silence au milieu de cette soirée joyeuse. Ils étaient tous émus. Je pense que la première projection du film terminé sera un choc pour lui et ses proches.

Entretien avec François Cluzet

Qu’est-ce qui vous a séduit à la première lecture du scénario d’Intouchables ?

Le fait qu’il s’agisse d’une histoire de duo, de naissance d’une amitié. Une histoire d’hommes, tout simplement. Or moi, je n’aime rien tant que jouer pour mon partenaire. Et j’ai tout de suite vu, une fois sur le plateau, qu’Omar fonctionnait comme moi et jouait aussi pour moi. Il y a des regards qui ne trompent pas. Intouchables lui doit vraiment beaucoup : c’est un mec exceptionnel. J’ai vraiment eu le sentiment qu’il portait le film. Je lui disais souvent : « N’oublie pas, tu joues pour nous deux, je ne peux rien faire… » (rires). On a eu une extrême complicité.

> Suite

Entretien avec Omar Sy

Racontez-nous votre première rencontre avec Olivier Nakache et Eric Toledano…

C’était en 2001, à l’occasion d’un court métrage Ces jours heureux qui allait donner naissance plus tard à Nos Jours Heureux. Ils sont venus me voir alors qu’on écrivait à l’époque avec Fred pour CANAL + Idées. Je leur avais répondu que je n’étais pas du tout comédien et que pour l’instant j’essayais déjà de faire au mieux pour écrire des blagues et que ça me suffisait amplement. Mais ils ont insisté en m’expliquant qu’eux aussi démarraient, qu’on allait faire ce film et donc apprendre ensemble. Et ils m’ont parlé avec un tel naturel et une telle simplicité que j’ai finalement accepté. On s’est vraiment bien marré sur le tournage. Puis ils m’ont rappelé pour le long et tout s’est enchaîn


 
Quand vous ont-ils parlé pour la première fois d’Intouchables ?

Très peu de temps après la fin du tournage de Tellement Proches. Ils m’ont parlé du documentaire sur Philippe Pozzo di Borgo et Abdel en m’expliquant qu’ils avaient envie d’en faire un film. Or, quelle que soit l’idée qu’ils me proposent, j’ai très envie de les suivre. C’était déjà vrai après Nos Jours Heureux, encore plus après Tellement Proches…

Qu’avez-vous ressenti en découvrant ce documentaire ?

J’ai tout de suite vu que ça pourrait faire un film intéressant, en particulier avec le style, la finesse, la justesse, l’humour sur le fil et la profondeur d’Eric et Olivier. Le mariage pouvait être vraiment parfait s’ils trouvaient le bon équilibre entre émotion et humour.

 
Comment avez-vous travaillé le rôle de Driss ?

J’ai d’abord beaucoup discuté en amont avec les réalisateurs. Et puis il y a eu ce qu’ils ont baptisé le séminaire d’intégration : un voyage à Essaouira avec François Cluzet pour rencontrer Philippe Pozzo di Borgo. C’est là que le groupe s’est formé, soudé, que la rencontre s’est opérée. Ça a été le vrai démarrage du film. C’était vraiment un moment incroyable. Le contact s’est d’ailleurs fait rapidement et un rapport simple s’est installé entre nous. On a donc découvert Philippe Pozzo, un homme hyper intelligent, plein de vie et d’humour avec un regard extrêmement puissant. J’ai été tout particulièrement frappé par l’amour avec lequel il parlait d’Abdel, dont Driss est inspiré. Sa seule manière de prononcer son nom était en elle-même hyper touchante. On sent d’emblée la relation très forte qui unit les deux. Et on est tous repartis de cette rencontre avec une responsabilité et une pression, nourries par le respect qu’impose cet homme. Faire le plus beau film possible était le seul moyen de respecter son histoire.


 Y a-t-il eu une large part laissée dans les dialogues à votre verbe et à votre phrasé ?

Oui et c’est pour ça aussi que j’aime autant travailler avec eux deux. Avant le tournage, on a bien mis les choses en place en multipliant les lectures. Et puis, sur le plateau, ils m’ont toujours laissé la liberté d’essayer des choses. Ils nous y incitent même et gèrent le résultat au montage. On ne se sent jamais cloisonné. Même pendant les prises, ils peuvent se mettre à parler car ils ont tout d’un coup une idée nouvelle qui leur traverse la tête. En fait, on continue à chercher sur le tournage pour trouver l’humanité et la vérité indispensables au propos et éviter le pathos comme les vannes lourdes.

Comment se répartit le travail entre Eric et Olivier ?

Il n’y a pas vraiment de méthode. Ils parlent tous les deux aux comédiens et à la technique. Je ne saurais pas vous dire qui fait quoi. Mais ils font et ils sont très complémentaires. On sent que leur complicité ne date pas d’hier.

Les premières scènes du film montrent Driss dans son univers, celui de la banlieue, dont le cinéma a souvent du mal à rendre l’atmosphère sans la caricaturer. Comment jugez-vous leur regard à eux ?

Ces scènes sont importantes pour savoir d’où vient Driss. Et je pense qu’elles le sont encore plus pour moi car je viens de là-bas. Donc je me sens responsable : si j’en parle, il faut que j’en parle bien. Et Eric et Olivier le savent. En me proposant ce film-là, ils avaient forcément d’ailleurs cette idée-là en tête. Je leur faisais confiance, je trouve que dans le cinéma français, on n’a jamais parlé de la banlieue avec autant de poésie et de finesse. Ils n’appuient sur rien, ils racontent. C’est à la fois hyper neutre et hyper fort. Eric et Olivier n’imposent jamais leur point de vue, ils traduisent en images ce qu’ils ont pu observer. Et je sais que je suis très fier d’avoir fait Intouchables aussi pour ça.

 
Il y a une scène particulièrement jouissive où vous dansez sur du Earth, Wind and Fire. Quel souvenir en gardez-vous ?

On a en commun avec Eric et Olivier d’aimer la musique et la danse. Et cette scène est magnifique car elle vient juste après que Philippe ait tenté d’initier Driss à la musique classique. C’est donc un échange : Driss veut lui faire écouter et partager sa musique à lui, il n’a pas la même précision mais, chez lui, ça passe par le corps et la danse. En fait, Driss danse pour Philippe. Il fallait donc prendre un maximum de plaisir. Mais avec Earth, Wind and Fire, c’est pas très difficile !

 

 



[1] « Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ? » - http://www.tnova.fr/essai/gauche-quelle-majorit-lectorale-pour-2012

[2] Lipovetsky, Gilles, Serroy, Jean, « L’écran global », Seuil, 2007, p.74.

[3] Tabet, Marie-Christine, « L’intouchable, le vrai », Le journal du Dimanche, 12/11/2011.

[4] A son retour à la maison après six mois de prison, la mère de Driss dit à son fils qu'elle a prié pour lui.

[5] Le Président John Fitzgerald Kennedy a été assassiné en 1963. C'était le 35° Président des Etats-Unis. Cette comparaison de Driss illustre le caractère "hors norme" du statut social de Philippe. Les références de Driss ne s’adressent visiblement pas au public « ado ».

[6] Désignant la charmante Magali qui est là pour l’embaucher (éventuellement), il déclare, en la désignant »  - Driss : « J’ai une autre motivation là, c’est très motivant ! ».

[7] Cette brève séquence de très mauvais goût figure dans la bande annonce du film…

[8] Driss : « Vous connaissez qui à la cité Berlioz ? » - Philippe : « Berlioz, c’est un compositeur ! » - Driss : « C’est une vanne, vous y connaissez rien, en fait ! ».

[9] Eléonore, qui correspond avec Philippe, habite Dunkerque

[10] Film policier (1973) de Sidney Lumet, avec Al Pacino.

[11] Au début du film, Alice, la femme de Philippe, est déjà morte, victime d’un cancer.

[12] (Dossier coordonné par) Laurence Mailhan (Service de Médecine Physique et de Réadaptation, Hôpital la Pitié-Salpêtrière), "Paraplégie et Tétraplégie d'origine traumatique", http://www.paratetra.apf.asso.fr/IMG/pdf/Neuro45Dossier.pdf

[13] Quand Philippe souhaite augmenter la vitesse de son fauteuil électrique, Driss fait appel à un autre "français issu de l'immigration", un mécanicien maghrébin (le seul maghrébin du film).

[14] Mustapha Touahir est le huitième enfant d'une famille qui en compte neuf. Son père est arrivé en France à la fin des années 70, sa mère a traversé la Méditerranée quelques années plus tard, avec les cinq premiers enfants. Le couple, qui maîtrise mal le français, s'est installé directement à Croix, et c'est là que Mustapha a grandi. Sur les bancs de l'école, il n'a pas tardé à se faire remarquer pour ses brillants résultats (20/20 en Math et Physique au Bac). Il intègre l’école Polytechnique et devient Major de la prestigieuse école militaire en 2006. Il vient de recevoir la médaille d’honneur de la ville de Croix (Son frère Larbi est thésard à l’ « X »).

« Que Mustapha soit un moteur pour tous les jeunes Croisiens » -  07.10.2008 - La Voix du Nord- http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Roubaix/actualite/Autour_de_Roubaix/Croix_Wasquehal_Hem/2008/10/07/article_que-mustapha-soit-un-moteur-pour-tous-l.shtml

 

[15] « Philippe Pozzo di Borgo », Croire.com (groupe Bayard) – l’aventure chrétienne au cœur du web - http://www.croire.com/article/index.jsp?docId=6457&rubId=231

[16] Philippe Pozzo di Borgo raconte sa vie dans le livre "Second Souffle", complété par une histoire inédite : "Le diable gardien" (qui correspond à la période racontée par le film).

[17] Tabet, Marie-Christine, « L’intouchable, le vrai », Le journal du Dimanche, 12/11/2011.

[18] 12 300 euros le mètre carré, c’est l’estimation moyenne du prix d’un appartement rue de l’Université, Paris 7ième.

[19] « Patrimoine des français, les écarts se creusent » – Metrofrance.com – 24/11/2011 - http://www.metrofrance.com/info/patrimoine-des-francais-les-ecarts-se-creusent/mkkx!kCKd3tthS1ow2/

[20] Avec un SMIC à 1 393 euros, un ouvrier n’aura besoin que d’un peu moins de 100 000 ans pour gagner cette somme…

[21] Gattegno, Hervé, «Le photographe François-Marie Banier abandonne la moitié de son milliard d'euros », Lepoint.fr, 07/12/2010, http://www.lepoint.fr/societe/affaire-bettencourt-le-photographe-francois-marie-banier-abandonne-la-moitie-de-son-milliard-d-euros-07-12-2010-1271913_23.php

 

[22] Ancien patron des champagnes Pommery (LVMH), il est l’héritier des ducs Pozzo di Borgo et des marquis de Vogüé, deux grandes familles de l’aristocratie française. Philippe Pozzo di Borgo est victime d’un accident de parapente en 1993.

[23] « Philippe Pozzo di Borgo », Croire.com (groupe Bayard) – l’aventure chrétienne au cœur du web - http://www.croire.com/article/index.jsp?docId=6457&rubId=231

[24] Tabet, Marie-Christine, « L’intouchable, le vrai », Le journal du Dimanche, 12/11/2011.

[27] Selon les sondages effectués en octobre 2011, 15 à 17 % des électeurs envisagent de voter pour Mme Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle de Mai 2012.

[28] Laurent, Samuel,  "La société du care de Martin Aubry fait débat", Lemonde.fr, 14/05/2010.

[29] Site Terra Nova, « la fondation progressiste » (ce « think tank » entretient des liens directs avec le Parti Socialiste).

[31] Qui est d’origine Suisse

[32] Qui est d’origine néerlandaise

[33] Driss apostrophe violemment l’automobiliste qui barre le passage avec un « Patrick Juvet, tu veux un café ». Driss bouscule le camarade de lycée d’Adrien par un « Pousse-toi, Dave !).

[34] Il s'agit d’un extrait de l'opéra romantique "Der Freischütz" de Carl Maria Von Weber (créé en 1821). Le film nous propose le début du récitatif de Max (Acte 1, scène 4) : « Nein, länger tr&ag’ ich nicht Qualen… » (Non, je ne souffrirai pas davantage la peur qui m’arrache tout espoir ! Pour quel méfait dois-je payer ? Pourquoi le malheur me poursuit-il ?). Ce n’est pas le passage le plus gai de l’œuvre, mais la citation illustre bien l’état d’esprit plus que dépressif de Philippe.

[35] Barry Eugène White, (1944 - 2003) : chanteur, compositeur et producteur américain de rhythm and blues, soul et disco. Driss est toujours associé aux années 80 !

[37] série diffusée avec succès par TF1.

[38] Groupe de rap belge fondé en 1996.

[39] http://www.wat.tv/video/culture-pub-compile-pas-bras-3ol51_2fh5f_.html

[40] Colas-Desfrancs, Ophélie, Science & Vie Junior, n° 267, 01/12/2011.

[41] Etrange société où les "économistes" ne se situent ni "à droite", ni "à gauche", ni sans doute "au centre"… Si ce sont de bons techniciens, pourquoi ne pas leur confier les rênes de la société, comme en Italie ?…

[42] M. Hortefeux se rendra aussi célèbre pour ses propos adressés en 2009 à un jeune militant UMP auvergnat d'origine algérienne lors de l'université d'été de ce parti. En sa présence, il avait dit: "Il ne correspond pas du tout au prototype. Quand il y en a un, ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes". 

[43] Eva Joly, née Gro Eva Farseth le 5 décembre 1943 à Oslo (Norvège), est une femme politique franco-norvégienne. Ancienne magistrate française, elle a instruit des dossiers politico financiers tels que l'affaire Elf. En 2009, elle est élue députée européenne dans la circonscription Île-de-France, sur la liste Europe Écologie.

[44] Lefigaro.fr / 15/07/2011.

[46] Yannick Noah, "La potion magique" – Le Monde – 19/11/11.

[47] Comédie réalisée en 1985 par Coline Serreau. Le film connut aussi un immense succès dans le reste de l'Europe et aux Etats-Unis.

[48] Télérama, n°3227, 16/11/2011, p. 148.

[49] « 15,4 millions de téléspectateurs - 82 % de part d'audience - ont assisté sur TF1, dimanche 23/10/2011, à la défaite de l'équipe de France face aux All Blacks lors de la finale de la Coupe du Monde de rugby. Les prévisions les plus optimistes tablaient sur 12 millions de téléspectateurs... C'est dire si les nombreux annonceurs qui avaient réussi à arracher un spot de pub de 30 secondes à 125 000 euros bruts ont fait une bonne affaire. En fin de match, le pic d'audience a atteint 18 millions de téléspectateurs. » http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/emmanuel-berretta/les-incroyables-records-d-audience-du-rugby-24-10-2011-1388492_52.php

[50] Le CEVIPOF a interrogé les Français sur leur confiance dans les partis pour gouverner : en octobre 2011, 52 % des personnes interrogées ne font confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner !... Quand on demande aux Français de décrire leur classe politique, ils répondent : « Dégoût, lassitude, indifférence »…

[51] Un produit  TF1 « formaté » qui ne marquera certainement pas l’histoire de l’Art cinématographique !...

[52] "Dette, le spread France Allemagne atteint un nouveau record", 20minutes.fr, Economie, 17/11/11 - http://www.20minutes.fr/ledirect/825182/dette-spread-franceallemagne-atteint-nouveau-record

[53] La rubrique « éco » du Journal de 13H00 de France-Inter (dimanche 27 novembre 2011) a été lancée par le journaliste avec la question suivante : « Y aura-t-il de l’Euro à Noël ? »… Le film « Intouchables » n’a pas fini d’attirer les spectateurs ! Sauve qui peut !!! (Mais pour aller où ?...).

[54] Libération, 14/11/2011.

[56] « Les aventures de Tintin – Le secret de la Licorne »


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