pompidou-METZ, L’Art cinematographique MARGINALISE ?

(QUELQUES CONSTATS, reflexions ET INterogations estivales)

 

« (...) Parallèlement à la fin des hiérarchies culturelles et au mélange des genres entre l’art et l’entertainment, le critique – aux Etats-Unis – devient un « passeur » et non plus un juge.

Il était un « gatekeeper », ce gardien de la frontière entre l’art et l’entertainment, et un « tastemaker », celui qui définissait le goût. Le voici qui devient un « médiateur de l’entertainment » et un « trendsetter », celui qui fixe la mode et le buzz en accompagnant les goûts du public. Le nouveau critique privilégie le « cool », qui déteste les distinctions culturelles. Et une fois les classifications abolies, il est très difficile de recréer une hiérarchie.

D’ailleurs, qui le souhaite ? »

Frédéric Martel (« Mainstream, Enquête sur cette culture qui plait à tout le monde »[1]).

 

Dans le même temps ou presque, dans le champ de la relation aux expériences et du culte de l’art, on assiste à la rationalisation, à la standardisation et à la transformation de l’expérience esthétique en produit culturel accessible et calibré. […] Ici se consomme, à tous les sens du terme « consommer », une production industrielle des œuvres et des expériences qui aboutit,

elle aussi, à la disparition de l’œuvre.

Yves Michaud (« L’Art à l’état gazeux, Essai sur le triomphe de l’esthétique »[2])

 

« Le paradigme du monde contemporain, c’est le consommateur. Je vois que tout pousse

à une atomisation de la société composée de libres consommateurs

allant surtout chercher dans le marché global les objets qui les intéressent »

Alain Badiou (Philosophe)[3].

 

« Ecrire sur Debussy et le Hip-hop : c’est ça l’Amérique.

Mixer la culture et le commerce est une tradition ancienne aux Etats-Unis.

Ce qui est nouveau, c’est que le marketing, l’argent, le business

intéressent autant les critiques que les œuvres ».

Frank Rich (Editorialiste culturel du New-York Times[4])

 

 

INTRODUCTION

Il convient tout d’abord de préciser le cadre général de cette réflexion estivale : Quelle est la fonction d’un Musée : recherche, éducation, agrément ou... commerce ? Comment montrer les œuvres sans les trahir ? Quelle est la fonction de l’Art dans des sociétés de flux tendus, des sociétés capitalistes mondialisées ? Et, toujours dans ce contexte, qu’en est-il aujourd’hui du supposé pouvoir de subversion de l’Art  (« Ceux qui croient aujourd’hui défendre l’art qui subvertit défendent en réalité l’art officiel (...) Demander à exercer le jugement critique sans lequel il n’est pas d’histoire de l’art ni d’art tout court, c’est poser une question périmée, dépassée, c’est être réactionnaire en art»[5]) ? Dit d’une autre manière, comment l’Art et le Politique (mais aussi l’économie, la culture, l’éducation, les médias) interagissent-ils aujourd’hui ?

L’ouverture en Mai 2010 du prestigieux Centre Pompidou-Metz apporte quelques réponses à ces interrogations : le Centre présente aujourd’hui une exposition temporaire d’œuvres essentielles qui questionnent le rôle des Arts dans la société. Touriste estival, j’ai  moi aussi posé un regard curieux, « décalé », sur cette opération culturelle majeure (par son budget, par ses enjeux), en tentant de réfléchir à la manière dont le cinéma est utilisé (banalisé ? trahi ?) par les commissaires de l’exposition intitulée « Chef d’œuvre ? », la première proposée au public dans ce nouveau Centre. Pour comprendre ce phénomène régional à dimension nationale, sans doute faudra-t-il interroger la volonté paradoxale des « puissants », des « décideurs », des « politiques » (de la majorité présidentielle comme de l’opposition), d’utiliser une certaine culture « contemporaine » comme instrument de « traitement social du chômage », comme base du développement touristique, artistique et intellectuel d’une région (la Lorraine) et de populations en grande difficulté économique et sociale[6]... Comment réaliser cette prouesse, cette révolution copernicienne alors que la société multiplie les pressions (par les médias, la publicité, le sport spectacle, la télévision « trash ») pour affaiblir l’esprit critique et capter les consciences, le « maximum de  temps de cerveau disponible » ?

Peut-être allons-nous constater que ces deux idées (contrôler les esprits et « imposer » à la classe moyenne de nouvelles normes culturelles  fédératrices, euphoriques, ludiques) ne sont pas vraiment antagonistes...  

 

1.      L’art contemporain, comme image de marque de modernité et de dynamisme

 

1.1.   L’effet Bilbao

« L’effet Bilbao » fascine les décideurs et les responsables des collectivités territoriales. C’est maintenant une évidence, la cité ouvrière espagnole (sidérurgie, textile, chantiers navals) sur le déclin de Bilbao (353 000 habitants), sale et prolétaire, a réussi à séduire les « Bo-Bo » (et bien au-delà) en accueillant un musée estampillé « Guggenheim » (dessiné par Frank Gehry). « Le 13 octobre 1997, au moment de son inauguration, le journal américain The New Yorker le compare sans rire à la cathédrale de Chartres, aux Pyramides et au Parthénon qui eux aussi « constituent une prise de position politique »[7]. Le succès touristique est bien réel[8] : de ce point de vue, le musée est une « réussite » (plus de 700 000 visiteurs chaque année). Les revenus générés par le musée représenteraient 0,5 % du PNB de la région de Biscaye (le musée n’a jamais été la cible des terroristes basques...).

La Lorraine était connue pour ses casernes, son activité sidérurgique, ses industries textiles, puis, quand le déclin industriel est devenu une réalité (avec à la clé des dizaines de milliers de licenciements), les responsables politiques ont tenté de lui donner comme nouvelle image de marque... un parc de loisirs sur le thème des Schtroumpfs (le parc de loisirs ouvre ses portes en 1989, fait faillite en 1990, et sera racheté par plusieurs repreneurs dans les années suivantes). Metz, malgré sa cathédrale, ne pouvait rivaliser avec Nancy, sa proche voisine, qui sait séduire de nombreux touristes avec le patrimoine majeur que constitue la place Stanislas. D’où l’idée de « tourner le dos au passé » et de construire à Metz un musée d’envergure européenne (mondiale ?), susceptible d’attirer touristes et intellectuels de l’ensemble de l’Europe du Nord. La Ville de Metz et le musée parisien (qui enregistre 20 000 visiteurs par jour) ont défini ici une stratégie « gagnant / gagnant » : « le Centre Pompidou-Metz constitue pour Metz un atout décisif pour sa notoriété et son rayonnement en Europe (...) De son côté, le Centre Pompidou, institution de référence mondiale, est soucieux de son développement dans le cadre d’une Union européenne élargie et d’une mondialisation de la vie artistique »[9].

La construction de Musées ou de centres artistiques liés à l’Art contemporain fascine de plus en plus les collectivités territoriales : Paris, Dunkerque[10], Villeneuve d’Ascq, Saint-Étienne, Lyon, Strasbourg, Nice, Bordeaux, Marseille, Troyes, Grenoble, Nîmes, Beaumont-du-Lac... toutes ces villes et collectivités (aidées en cela parfois par de riches et généreux donateurs), ont fait le pari – surtout entre 1970 et 1980 -  de l’Art contemporain.

Mars 2010 : une campagne d’affichage conséquente (3000 affiches grand format et des milliers d’affichettes que les commerçants placent sur leurs vitrines) annonce la prochaine ouverture du Centre à Metz. Les affiches se déclinent en trois séries (Dali, Warhol et Picasso). Dans cette campagne d’affichage, Picasso (photographié en noir et blanc) nous regarde frontalement, dialogue avec le passant. Un message en lettres vertes (« Je m’installe à Metz ») complète le portrait de l’artiste. Picasso est devant nous, bien « vivant », si proche. Mais Picasso, on l’a un peu oublié, était également un militant engagé : le 5 octobre 1944, il adhère au Parti Communiste en déclarant : « Je suis de nouveau parmi mes frères ». Oui, cette campagne de communication inaugurale l’atteste, Pablo Picasso (l’homme prométhéen, le militant anti-capitaliste), est aussi devenu aujourd’hui une nouvelle icône... commerciale. L’art contemporain a bien été par le passé un art contestataire, mais, dans notre société néo-libérale, il joue désormais un nouveau rôle. Quel sens donner à  cette mutation majeure marquée par une utopie « culturo-marchande » inédite ?

 

1.2.   Après la sidérurgie et l’armée, la Lorraine parie aujourd’hui sur l’Art contemporain

Trois mois après l’ouverture du Musée de Metz (Le bâtiment a été conçu par les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines), le succès critique et populaire est au rendez-vous[11] : le musée est reconnu comme une œuvre architecturale de première importance (articles élogieux dans la presse étrangère), et l’exposition qu’il accueille aujourd’hui rassemble des œuvres majeures du 20e siècle. Construit sur une friche industrielle « au milieu de nulle part », le Musée – qui domine la gare de Metz – sera bientôt au cœur d’une nouvelle zone urbaine (le quartier de l’Amphithéâtre), regroupant des commerces, des logements, des bureaux, un palais des congrès (si important dans une dynamique touristique réussie, par les nuitées qu’il apporte aux hébergements commerciaux locaux) et des administrations (« il est la pièce maîtresse d’un programme de requalification urbaine ambitieux »[12]).

Ne doutons pas qu’il sera pour Metz ce que le Guggenheim a été pour Bilbao : un moteur pour le développement culturel et touristique, un étendard qui orientera l’image « moderne et branchée » de cette région hier encore industrielle et prolétarienne. Le patronat s’est investi dans ce projet (le groupe Wendel a tenu à être le « Mécène fondateur du centre Pompidou Metz[13]). Certains espaces du centre peuvent aussi être privatisés : le centre peut accueillir des « évènements privés de format variable ; les privations d’espace peuvent être associées à des visites privées des expositions »[14].

Le centre correspond parfaitement aux nouvelles règles de la rentabilité muséale (accueil du public, communication, image de marque, évènements, restauration, boutique de souvenirs). La « classe moyenne » constitue le « cœur du cible » du projet. 300 000 visiteurs[15] ont découvert l’exposition lors des trois premiers mois d’ouverture du musée (alors que Metz compte 124 000 habitants). M. Raush, Président de Metz-Métropole déclare : « Le Centre Pompidou-Metz ancrera définitivement Metz dans la modernité et lui donnera sa dimension internationale en lui conférant une notoriété et un rayonnement en Europe, dignes des plus grandes métropoles »

La réussite est là, le succès populaire et l’enthousiasme de la critique saluent l’entreprise, mais le visiteur critique éprouve un sentiment étrange, celui de visiter un espace bien... irréel. A l’intérieur du musée (d’un coût de 70 millions d’euros[16], soit la moitié du coût du musée de Bilbao, mais pour une surface d’exposition semblable de 5 000 m2), nulle référence à la Lorraine, à son histoire, à son activité, à ses traditions, à sa population.... De même que le Guggenheim aurait pu trouver sa place à Séville ou à Barcelone, l’intérieur du musée de Metz se nourrit de ses références et de ses citations internationales, occultant son environnement géographique immédiat : on peut imaginer que son implantation à Montpellier, Lille ou Caen – les autres villes candidates -  n’aurait rien changé.

A Metz, le visiteur du Centre ne sera pas informé qu’à quelques pas de là se trouve « 49 Nord 6 Est », le Fonds régional d’Art Contemporain de Lorraine, avec sa collection sans doute des plus intéressantes, mais moins prestigieuse que les œuvres proposées au public par son incontournable voisin !)... Mais qu’importe au fond puisque « les milliardaires Roman Abramovitch (pétrole) et Eric Schmidt (le PDG de Google) ont fait le voyage à Metz en avion privé pour admirer les 800 chefs d'œuvre du centre »[17].

 

1.3.   L’Art et l’entreprise dans une société mondialisée (au travers du prisme des médias)

Le cinéma et la publicité partagent depuis de nombreuses années un espace commun : des acteurs populaires participent à la promotion d’une marque, d’un produit ; des cinéastes font leurs premières armes ou complètent leurs revenus en réalisant des spots publicitaires (On peut rappeler ici que l’immense Alain Resnais a lui aussi réalisé en 1958 un film publicitaire / documentaire en Cinémascope de 14 minutes – une commande de Péchiney – consacré au... polystyrène (« Le chant du styrène »); le commentaire en alexandrins a été écrit par Raymond Queneau). Mais ces rencontres, autrefois marginales, exceptionnelles, « innocentes » et récréatives, sont devenues aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de notre société capitaliste de consommation des objets et des signes. « Cinéma / Publicité / Communication », ce thème nécessiterait à lui seul un plus long développement... Pour l’instant, évoquons, par un exemple, les liaisons nouvelles qui se sont créées entre les médias, les entreprises, et le monde de l’Art.

La chaîne de télévision privée M6 a consacré son émission « Capital » diffusée le dimanche 1ier Août au « Tourisme, enquête sur les joyaux de la France ». Un reportage présentait l’historique et le fonctionnement du centre Pompidou à Paris. L’accent était mis sur la volonté politique, la qualité exceptionnelle de la collection du musée, l’organisation permettant son bon fonctionnement, et... le recours au secteur privé pour équilibrer son budget ! Le spectateur naïf attendait de voir apparaître sur son petit écran des collégiens, des lycéens s’émerveillant devant les œuvres capitales de l’Art du 20ième siècle, mais en fait et place M6 lui a permis de participer à la soirée « VIP » organisée au Musée par BMW pour présenter à un public de 300 personnes très « branché » et très peu populaire sa nouvelle « Art car » (une BMW M3 GT2), une voiture customisée par le « roi du pop kitch », l’artiste américain contemporain Jeff Koons («Dans une mise en scène théâtrale, avec un compte à rebours sur une musique aux accents dramatiques, amis, artistes, marchands, collectionneurs et personnalités du monde de l'automobile ont assisté, médusés, au lever du voile d'argent dissimulant cette automobile élevée au rang d'objet d'art »[18]). Ni le journaliste de M6 ni la personne chargée d’organiser le mécénat (« d’aller chercher l’argent du privé » dixit le journaliste de la chaîne) n’ont précisé le statut de l’objet présenté : simple voiture utilitaire ou œuvre majeure – digne de figurer dans un musée - d’un artiste très « tendance » ? Nous avons appris néanmoins le montant de la privatisation du musée Beaubourg pour une soirée « commerciale »: aux environs de 100 000 euros[19].

L’artiste génial[20] et la sympathique marque d’automobiles de Munich ont bénéficié, pendant cinq minutes, d’une excellente exposition publicitaire (gratuite ?) dans une magazine télévisé français, à une heure de grande écoute : sans doute faut-il voir dans cette volonté de « communiquer » pour se tailler de nouvelles parts de marché la quintessence de l’économie capitaliste mondialisée (on peut se demander sereinement ce que devient, dans cette société du spectacle, globalisée et perpétuelle, l’information objective et critique que peut revendiquer à juste titre l’ensemble des composants d’une société qui est toujours une Démocratie...)[21]. Un fait est certain : dans le système capitaliste qui constitue notre horizon et structure nos repères, il n’y a plus guère de frontières entre Commerce, Communication, et Art...

 

2.      L’exposition « Chef-d’œuvre ? » proposée par le  « Centre Pompidou-Metz »

 

2.1.   Présentation générale de l’exposition (700 œuvres) par ses concepteurs

« Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? La notion de chef-d’œuvre a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? Qui décide ce qu’est un chef-d’œuvre ? Un chef d’œuvre est-il éternel ? À travers une sélection exceptionnelle de près de huit cents œuvres, l’exposition d’ouverture du Centre Pompidou-Metz interroge la notion de chef-d’œuvre, son histoire et son actualité.

L’extraordinaire richesse et la diversité de la collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne dont sont issues la majorité des œuvres rassemblées dans cette exposition, permet de présenter à Metz les grandes figures de l’histoire de l’art du XXe siècle. Le public est ainsi invité à découvrir ou redécouvrir des pièces majeures, et à assister à des « rencontres d’œuvres » inattendues. Tous les champs de la création sont représentés, à l’image de la pluridisciplinarité de la programmation du Centre Pompidou-Metz »[22].

Le point d’interrogation qui accompagne le mot « chef-d’œuvre ?» invite le spectateur à être curieux, attentif aux propositions des artistes. Mais il peut également signifier que les responsables de l’exposition laissent, en dernier ressort, le choix de la classification des œuvres au public... Dans ce contexte, il parait difficile de dénoncer la « faiblesse » de telle ou telle œuvre exposée...

 

2.2.   Quelques remarques générales concernant les différentes formes de présentation du cinéma proposées par l’exposition.

Deux notions complémentaires apparaissent immédiatement quand on évoque le cinéma : un dispositif particulier (« salle de projection », spectateurs assis, écran) et le choix d’une œuvre, d’un film proposé à ce public. A Metz,  le visiteur constate le soin apporté par les organisateurs à mettre en relief (présentation, éclairage, documents explicatifs) les œuvres exposées (tableaux, sculptures). Nous allons voir que ce respect de la spécificité de l’Art est malmené en ce qui concerne le cinéma. L’exposition va mettre le public au contact d’œuvres ou d’extraits d’œuvres cinématographiques. Deux questions se posent : quelle est la force de l’œuvre dans l’histoire spécifique du cinéma, et, d’un point de vue plus large, quelle est la place du cinéma dans l’histoire des Arts Plastiques (puisque c’est une des ambitions de l’exposition) ? Certes, le cinéma va, à certaines périodes, intégrer un courant artistique (expressionnisme, surréalisme, pop art, etc.) avec lequel il va dialoguer. Mais peut-on réduire l’histoire du cinéma à un conversation épisodique (si riche soit-elle) avec les Arts Plastiques ? N’est-ce pas là limiter le degré d’autonomie du 7ième Art ?

 

2.3.   Le choix de présentation des œuvres cinématographiques qui n’a pas été retenu à Metz

Le visiteur du musée d’art contemporain « Reina Sofia »[23] à Madrid, est invité à pénétrer dans la salle Luis Buñuel. Il s’agit, d’une véritable salle de cinéma permanente, équipée d’une trentaine de fauteuils, où est diffusé, sur un écran de cinéma, le film de Buñuel et Dali  « Un chien andalou » / 1929. Cette présentation, à mon sens,  permet de découvrir le film, dans son intégralité, et dans des conditions de « réception » qui respectent les intentions de l’auteur. Nous allons voir que si le cinéma est bien présent dans l’exposition « Chefs-d’œuvre ? », la présentation des œuvres peut susciter des interrogations légitimes.

 

2.4.   Présentation respectueuse de l’œuvre cinématographique (dans la première partie de l’exposition, « chefs d’œuvre dans l’histoire »)

Dans un espace fermé par un rideau, six tabourets permettent aux visiteurs de visionner l’intégralité – 20 minutes - de « Entracte » (Clair / 1924). Le film est projeté sur un écran. Cinq ou six spectateurs, debout, peuvent également suivre la projection.

 

2.5.   Présentation « secrète » de l’œuvre cinématographique (dans la première partie de l’exposition, « chefs d’œuvre dans l’histoire »)

Sur un mur, neuf petits tableaux de Picasso encadrent un écran de télévision. Un film est diffusé, qui présente un dessin – en noir et blanc – en phase de réalisation. Il semble qu’un trucage soit utilisé, puisque ni la main ni aucune partie du corps de l’artiste n’est visible. Si l’on questionne le public (familial, puisque cette visite a lieu un dimanche) qui observe cette présentation d’œuvres, l’identification des images projetées reste bien... mystérieuse ! Une étiquette identifie « l’œuvre » présentée entre les tableaux bien réels de Picasso comme étant « Le mystère Picasso », signée par un certain H. G. Clouzot en 1955. Les spectateurs ignorent qu’il s’agit d’un long métrage.

2.6.   Présentation « minimaliste » de l’œuvre cinématographique (dans la deuxième partie de l’exposition intitulée « histoire de chefs-d’œuvre »).

 

2.7.   Présentation « sacrifiée » de l’œuvre cinématographique

« Guernica » et « Donne-moi tes yeux » (dans la première partie de l’exposition « chefs d’œuvre dans l’histoire), « Sleep » (dans la partie de l’exposition « Histoire de chefs d’œuvres).

 

2.8.   Négation de l’œuvre cinématographique (dans la galerie « Chefs d’œuvre à l’infini », qui présente une très belle collection d’œuvres emblématiques de l’art du XX° siècle, accrochés chronologiquement. Un mur sépare l’espace en deux : exposition des œuvres d’une part, et, dans un couloir parallèle, séparé des œuvres se trouve la présentation « pédagogique », contextuelle des œuvres).

Depuis le couloir, le visiteur aperçoit l’avant dernière œuvre proposée, une statue imposante de Rodin. Quelques pas vers la dernière œuvre annoncée, «Le voyage dans la lune » (Méliès / 1902). Le visiteur a beau écarquiller les yeux, nulle présence du film annoncé. Intrigué, le visiteur questionne une des personnes chargées de « guider » le public, qui sourit et désigne avec son doigt... le plafond de la salle d’exposition ! Et, effectivement, un dispositif inattendu se dévoile : le projecteur est installé dans le sol de la salle d’exposition, et le film de Méliès est projeté... au plafond, près des baies vitrées qui apportent une forte lumière, obligeant le spectateur à risquer un torticolis pour découvrir les 13 minutes que dure cette œuvre. Lors de cette visite du musée, d’autres spectateurs se déplaçant dans cette galerie passaient au dessus du projecteur, provoquant une disparition temporaire de l’image...

 

2.9.   Le cinéma dans ses rapports (anecdotiques) avec les Arts plastiques

Une série de moniteurs présente des éléments (fictions ou documentaires)  reliés au thème de l’Art (on peut voir, par exemple, l’emballage d’une œuvre imposante préparée à Paris avant son déplacement à Metz. Mais on peut visionner également dans cet espace deux extraits (de moins de trois minutes) de longs métrages de cinéma

 

2.10.                   L’Art vidéo (dans ses rapports avec le cinéma)

Voici le chapeau introductif proposé par les commissaires de l’exposition : «Présentée en Galerie 3, la dernière partie de l’exposition, « Chefs-d’oeuvre à l’infini », interroge la persistance de la notion de chef-d’oeuvre au fil du XXe siècle, à l’ère de la reproductibilité des images. Confrontés à de nouvelles techniques, comme la photographie, le film et l’image numérique, les artistes du XXe et du XXIe siècle abordent le chef-d’oeuvre de manière radicalement nouvelle. Un grand nombre d’entre eux intègrent les notions de copie et de reproduction dans leur démarche artistique et nous incitent à reconsidérer l’idée même de chef-d’oeuvre. Enfin, la multiplication des reproductions change notre rapport aux oeuvres. Qu’est-ce qu’un chef-d’oeuvre aujourd’hui ? Quel est l’avenir du chef-d’oeuvre ? Sans prétendre apporter une réponse unique, cette dernière section de l’exposition nous invite à nous interroger sur la valeur que nous donnons aux oeuvres de notre temps »

 L’installation évoquée ici est constituée par trois écrans. Sur le premier est diffusée la scène du musée (dans « Sueurs Froides / « Vertigo) que visite  Kim Novak  suivie par le détective interprété par James Stewart (Hitchcock / 1958). Le deuxième écran propose une scène « miroir », une séquence « hommage » extraite de « Pulsions /  Dressed to kill » (Brian de Palma / 1980) : une femme, suivie par un homme, parcourt les salles d’un musée. Le troisième écran diffuse une œuvre (« Body double 15 ») du vidéaste Brice Dellsperger[26] (il s’agit d’une copie « parfaite » des plans du film réalisé par De Palma (par leur durée, leurs caractéristiques filmiques), mais avec un décor différent et surtout une interprétation inattendue : Brice Dellsperger interprète le rôle masculin... et le rôle féminin (habillé en femme et maquillé). Le public est manifestement troublé par la performance du vidéaste. Les regards des spectateurs balaient alternativement deux écrans (les œuvres de De Palma et de Dellsperger), mais peu s’attardent sur la magistrale mise en scène de Hitchcock...

 

3.      Quelques remarques et interrogations concernant cette exposition...

 

3.1.   Une expo « bande annonce » pour d’autres pratiques plus conformes et sérieuses ?

Le dispositif est parfaitement réglé : au visiteur qui interpelle les « médiatrices culturelles » (qui sont là pour le guider et le conseiller dans sa visite) sur les choix de présentation des œuvres, il est répondu que certes les conditions de présentation des films ne sont pas idéales, mais qu’un vaste programme d’œuvres cinématographiques de qualité sera proposé par le Centre, dès septembre, et ce dans les meilleures conditions de confort. Il suffit donc au visiteur d’habiter Metz (ou ses environs) pour profiter pleinement d’une culture cinématographique qu’il n’a fait qu’entrevoir lors de sa visite de l’exposition (il est exact que le centre Pompidou Metz proposera par ailleurs, à partir de septembre 2010 et sous la direction de l’excellent Jean-Michel Frodon, un cycle de films intitulé « Cinéma, chef-d’œuvre »).

 

3.2.   Que reste-t-il du « génie de la France », que reste-t-il de « l’Histoire » ?

Au moins à deux reprises (« Ceux de chez nous » et « Donne moi tes yeux » - dont un extrait est proposé par cette exposition -), Sacha Guitry a tenté dans ses films d’affirmer la quintessence d’un certain « génie artistique » français, aussi vivant et merveilleux que celui mis en avant par l’adversaire (et occupant) allemand. La visite de l’exposition « Chef d’œuvre ? » occulte toute dimension nationale de l’Art (et souvent des artistes). Il semblerait aujourd’hui tout à fait saugrenu de se soucier de célébrer de façon symbolique les valeurs – ou les grands hommes - de la République...  

Les oeuvres que l’on propose à Metz sont analysables avec les codes, les repères propres à l’histoire des Arts plastiques (surréalisme, constructivisme, futurisme, nouveau réalisme, cubisme, etc.). L’histoire des peuples, l’histoire événementielle, l’histoire « politique » (au sens large) des sociétés se situe bien en retrait. Au final, « communisme, capitalisme, nazisme, antisémitisme, impérialisme, colonialisme, fascisme » sont des notions parfois suggérées, mais ici secondaires dans la compréhension des oeuvres. Les arts plastiques mondialisés semblent ici « pacifiés », presque libérés de l’influence de la politique (l’image du militant communiste Picasso n’effraie plus). L’Histoire n’appartient plus aux Nations, mais à un capitalisme qui ignore les frontières[27].

 

3.3.   Utilisation de la vidéo : un rapport encyclopédique à l’œuvre d’art  (Arman – Duchamp - Manzoni)

L’œuvre d’Art dialogue avec son spectateur : par sa seule présence, elle modifie les sensations, enrichit la perception, augmente « le degré d’humanité » du spectateur. L’exposition choisit d’apporter un éclairage complémentaire à certaines œuvres « sulfureuses », « dévastatrices » ou « fondatrices » dans le champ historique des  Arts plastiques. Et c’est la vidéo qui permet aux artistes, au-delà de leur éphémère existence terrestre, de venir témoigner de leur engagement créatif, de leur conception de l’Art auprès des nouvelles générations. Le spectateur (tout en en ayant face à lui la « roue de bicyclette » / 1913 – 1964) peut donc voir et entendre Marcel Duchamp s’exprimer sur ses readymades, l’audacieux Arman collecter – sous le regard amusé ou incrédule des passants – les détritus et les objets qui vont composer son œuvre « Poubelle des halles » / 1961, et Piero Manzoni expliquer le sens de son œuvre sibylline de 1961 « Merda d’artista »[28] (la boite portant le numéro 64 est là, devant nos yeux). L’image n’est pas considérée ici pour sa valeur artistique (peu importe au fond qui a réalisé la séquence montrant Arman aux Halles), mais pour son « supplément de sens » quasi magique : le rapport à l’œuvre, par la médiation directe avec l’artiste, augmente et enrichit l’émotion ressentie par le spectateur.

 

 

3.4.   Proposer trois minutes d’une œuvre cinématographique, est-ce la respecter ?

Le Musée Pompidou-Metz apporte un soin particulier à la présentation des œuvres (tableaux, sculptures, objets). Cela semble aller de soi, vu la qualité et l’importance dans l’histoire des Arts des œuvres proposées. Quel scandale, si on n’exposait que la moitié gauche d’un tableau de Kandinsky, ou le haut d’une sculpture de Rodin ! Et pourtant, c’est bien une dénaturation de l’œuvre cinématographique qu’effectue l’exposition, en ne diffusant que trois minutes de films de Resnais, Godard ou Hitchcock... Le choix des extraits diffusés est, bien sûr, arbitraire (« Bande à part » de Godard ne peut se réduire à une course dans un musée, « Vertigo » est un film d’une rare complexité[29], dont l’analyse nécessite la prise en compte de tous les éléments, de la première image au mot « FIN », puisque c’est ainsi que le réalisateur a souhaité le présenter au public. Les « grandes signatures » de l’art cinématographiques sont bien présentes, mais  les œuvres filmiques sont sacrifiées !...

 

3.5.   Pourquoi projeter tel film (« Entracte » / Clair) dans un « espace  cinéma » et tel autre (« Guernica » / Resnais) sur une des vitres du musée ?

La question est posée...

 

3.6.   A quelle école, à quel courant  rattacher  « Une partie de campagne » de Jean Renoir?

La présentation de « Une partie de campagne » (décrite ci-dessus), se situe entre la salle « surréaliste » diffusant « L’Age d’or » (Buñuel) et une salle où le visiteur peut découvrir « L’orchestre » (1953) de Nicolas de Staël, avec comme accompagnement sonore « Le marteau sans maître » de Pierre Boulez (une œuvre de 1954). Incontestablement, si l’on prend en compte la seule chronologie, l’œuvre de Jean Renoir est postérieure au film de Buñuel, qui précède le tableau de Nicolas de Staël. Mais, quand on interroge les hôtesses chargées de guider et d’accompagner les visiteurs,  aucune réponse n’est donnée... « Une partie de campagne » ne semble se rattacher à aucun des courants qui ont marqué les Arts Plastiques. Sa présence dans cette partie de l’exposition reste un mystère, une énigme, y compris pour les personnes sensées « guider » le spectateur (Et si ce film avait tout simplement à voir avec Maupassant, Jean Renoir et les années trente ?[30]). Mais nous abordons là d’autres domaines qu’ignore le plus souvent l’exposition.

 

3.7.   Godard, Buñuel « neutralisés », assimilés  par les transformations de la société bourgeoise qu’ils ont toujours attaquée ?

Godard et Buñuel sont considérés à juste titre comme des cinéastes de première importance, ayant chacun réalisé une œuvre personnelle et forte. Dans cette exposition, la présence de Godard (un extrait de « Bande à part » dans lequel il est question de Musée) et sa présence au même niveau que Dario Argento (« Le syndrome de Stendhal » choisi car il évoque lui aussi un Musée) tronquent absolument le cinéaste et son œuvre. Le Godard politique, le Godard militant, le Godard engagé sont ici trahis par cette unique citation, ludique et plaisante[31]. Ce choix, cette sélection de séquence indique que nous assistons ici à une tentative feutrée, presque imperceptible, de réécriture de l’Histoire, maintenant édulcorée et débarrassée de tout esprit de contestation, de remise en cause de l’ordre établi.

« Je souhaitais tout sauf plaire (...) Dans « Un chien andalou », il n’y a pas de critique sociale ni de critique d’aucune sorte. Dans « L’age d’or » oui, un parti pris d’attaque de ce que l’on pourrait appeler les idéaux de la bourgeoisie : famille, patrie et religion » a déclaré le réalisateur Luis Buñuel a propos de son film « l’Age d’or »[32]. Le film a été attaqué violemment par les jeunesses patriotiques et les Camelots du Roi. Donnons la parole à Luis Buñuel : « Le film était projeté au studio 28. Une nuit, cent ou deux cent types d’extrême droite sont arrivés et ont pris la salle d’assaut. Ils avaient des haches et des bombes fumigènes. Ils détruisirent les fauteuils et lacérèrent de coups de couteaux un Dali, un Tanguy et d’autres tableaux qui étaient exposés dans l’entrée (moi j’étais à Hollywood). Le film a été interdit par le Préfet Chiappe ». Les commentateurs de l’œuvre l’ont mis en évidence, « L’Age d’or » est bien un film de combat : « Dans « l’Age d’or » (« film pamphlet », « film gifle »), la révolte éclate contre un ennemi extérieur et tangible : l’ordre établi et ses représentants »[33]. Cet avis est partagé par d’autres analystes :

Belle ironie de l’Histoire, « l’Age d’Or » a été commandé et financé par de richissimes mécènes (Le vicomte Charles de Noailles et sa femme Marie-Laure[38], favorisés de la fortune et de la naissance) qui furent mis au ban de leur milieu social pour avoir financé ce brûlot contestataire ! Il est bien évident que « l’Age d’or » reste une œuvre majeure de l’histoire du cinéma. A ce titre, elle mérite d’être connue et découverte par tous les publics curieux de comprendre le travail et l’apport de Buñuel au cinéma. « L’age d’or », comme toute œuvre cinématographique, méritait à Metz des conditions de projection dignes du 7e Art !

Godard et Buñuel ont perdu leur pouvoir de contestation. « L’Age d’or », film sulfureux, est maintenant proposé au public scolaire qui vient visiter le musée... Dans le domaine de la Culture, les valeurs dominantes sont totalement bouleversées. Il est temps maintenant d’élargir la réflexion et d’évoquer comment se construit notre vision du monde, puis de considérer le rôle, passé et présent, de l’argent dans la création artistique occidentale.

 

4.      La « propagande douce », la « persuasion complice », la « Communication efficace» nous aident à comprendre le monde, à « penser » la Culture.

Nous sommes toujours dans la mythologie de la transparence de l’information. Tentons d’illustrer ici comment le langage commun (tel que le parlent les médias dominants, privés ou publics) va participer à la transformation globale de la perception du réel. Voici une tentative de transcription - en concentré - de cette évolution sociétale dans la  « Lingua Quintae Republicae »[39], ce « novlangue »[40] de la cinquième République (aussi « vide » que moderne) qui, par son apparente proximité, sa répétition inlassable (radios, télés, internet, etc.) et ses multiples déclinaisons, nous « formate » et oriente notre pensée, définit de nouvelles normes sociales sans même que nous en ayons réellement conscience : le futile (sport-spectacle, célébrités, faits divers) nous est présenté  alors comme fondateur, les véritables enjeux, les faits les plus révélateurs sont relégués dans les coulisses de l’actualité, marginalisés. Des pans entiers de la société n’ont plus d’image, plus de représentation. Décantons ce brouhaha médiatique imposé par les « experts », les « consultants », les « journalistes », les chargés de relations publiques, ce cadre trompeur de références que l’on propose à notre attention hélas trop souvent flottante (cette évocation sera forcément fugace, passagère ; miroir déformant d’un instant social,  elle peut se révéler, par sa banalité même, d’une inquiétante étrangeté...).

 

« Il y a du foot ce soir ! En attendant le match sous haute surveillance OM / PSG, et alors que les « Bleus » accumulent les médailles dans les stades, à Metz, sur le Parvis des Droits de l’Homme, un centre artistique d’une fulgurante modernité vient d’être ouvert au public, grâce tout d’abord au volontarisme de l’Hyper-Président hyper médiatisé, si respectueux de ses promesses, et au dynamisme de nos élites, justement montées au créneau avec pragmatisme pour, en donnant un salutaire coup de rabot aux niches fiscales, financer le combat vital que mènent avec détermination, au nom de la Civilisation, nos valeureux soldats contre les troupes rebelles en Afghanistan et exalter (une fois reconduits avec fermeté et humanité les terroristes supposés, les immigrés caillasseurs et autres Roms synonymes de délinquance) exalter donc dans un monde devenu instable et dangereux, les qualités de tolérance et d’universalisme dont la France fraternelle est porteuse, tout en garantissant le respect d’un juste équilibre entre les mesures en faveur des plus démunis et les nécessaires réformes économiques seules capables de mettre bientôt un terme aux pesanteurs, aux immobilismes, aux « droits acquis » et autres sectarismes écologiques qui paralysent la liberté des entrepreneurs, freinent la croissance et, dans une conjoncture rendue difficile par une concurrence internationale exacerbée avec les pays à bas coûts, compliquent la tâche du gouvernement dont chacun constate pourtant, jour après  jour, la cohésion, la volonté de « parler vrai », la justesse des propositions, la qualité remarquable du travail effectué : loin des attaques déloyales et des considérations bassement électoralistes d’une opposition toujours désunie, le frémissement prometteur des Marchés et du CAC 40, un millésime historique dans le vignoble champenois et l’inauguration du centre Pompidou-Metz marquent vraiment la sortie de la crise, redonnent enfin confiance et optimisme – les récents sondages le confirment - aux ménagères de moins de cinquante ans, aux bénéficiaires des minima sociaux, aux redoutées agences de notation, à une jeunesse lorraine qui croyait à tort que son avenir était  bouché ! Il y a du foot ce soir !!! OrangeMatmutRenaultSFRPMULeclercBNP».

 

C’est ainsi que les médias, par un télescopage généralisé des faits et une absence de mise en perspective, tentent de nous embrigader à chaque instant, de « modifier les éléments de langage », en nous faisant accepter un monde dépersonnalisé basé sur l’égoïsme, le manichéisme, la peur, la haine, la compétition et la réussite individuelle (cela n’a sans doute rien à voir avec ce qui précède, mais Europe 1, Paris-Match, le Journal du Dimanche appartiennent à Arnaud Lagardère, Le Figaro à Serge Dassault, Libération à Edouard de Rothschild, Les Echos à Bernard Arnault, la chaîne de télévision Direct 8 à Vincent Bolloré, TF1 à Martin Bouygues, et Le Point est la propriété de François Pinault). On le sent bien, si le travail des chargés de relations publiques et autres attachés de presse est des plus discret, il s’avère au final d’une efficacité redoutable ! Dans quelques semaines, dans quelques mois, le cocasse « coup de rabot dans les niches » aura été remplacé par de nouvelles créations, dues à l’imagination débordante de communicants talentueux, courtisans, et anonymes. Dans notre société capitaliste aussi, le « novlangue » peut évoluer, mais en aucun cas disparaître : aujourd’hui, ce langage nous constitue, nous structure, nous alimente, il « fait partie de notre ADN » (et il est hors de question de « changer de logiciel ») !

Est-il nécessaire de rappeler ici les liens « fraternels » qui unissent le Président Nicolas Sarkozy aux familles Bouygues[41], Lagardère ou Bolloré... Oui, en France aussi, les rapports entre les puissants (monde des affaires et personnel politique) et les médias ont évolué[42] : Une démocratie active et réelle peut parfois occulter le rôle majeur exercé, dans une relative discrétion, par une ploutocratie à l’ambition démesurée mais au fond solidaire quand il s’agit de défendre ses intérêts !

Comment dire le social, comment témoigner du politique... dans une société où chacun a la possibilité de s’exprimer (blogs) de créer (Youtube, Dailymotion), d’être reconnu (Facebook, Twitter), de se croire un instant guerrier immortel ou maître du monde (alors qu’en réalité les jeux vidéo réduisent les joueurs à n’être que des Narcisse égoïstes et fragiles, dominés par leur volonté de puissance), la notion même de Culture prend de nouvelles significations, se modifie radicalement. Evoquons maintenant ces mutations inédites qui balaient le passé et font oublier l’Histoire.

 

5.      Quelques interrogations sur une Culture occidentale mondialisée, expérimentale, paradoxale

 

5.1.   L’Art, marqueur social pour la noblesse et la grande bourgeoisie

L’univers artistique a été marqué par des mutations considérables, liées aux progrès techniques, aux mutations sociales, aux évènements destructeurs (guerres). « Dans la seconde moitié du XIXe siècle caractérisée par de nouvelles conditions économiques et sociales, le goût de la grande bourgeoisie[43] soucieuse d’affirmer son originalité culturelle, se confond souvent avec la constitution attentive d’une collection originale et hors pair, étant entendu qu’elle y trouvera une gratification sociale bénéfique en échange du don de la collection, qui établira la permanence du nom du collectionneur dans un musée du domaine public. Peu à peu, quelques artistes « arrivés » vont eux aussi faire partie de « l’élite sociale ». Une véritable révolution s’opère au début du XXe siècle avec l’apparition du marchand d’art qui va peu à peu supplanter le collectionneur-mécène et l’Etat auprès des artistes. Le marché de l’art, en pleine croissance, va permettre de répondre à la diversité des attentes et des goûts des publics. L’histoire de l’Art va désormais consister en une suite ininterrompues d’avant-gardes successives, créant des évènements toujours renouvelés. Le rapport entre la vie nocturne mondaine et les arts plastiques s’intensifie. Désormais le marché spéculatif triomphe, la culture artistique sera éclatée, complexe, contradictoire... scandaleuse[44].

L’Art peut-il atteindre ses limites ? (« Le seul dénominateur commun des avant-gardes historiques, à travers leur extrême diversité, c’est qu’elles ont provoqué la sensibilité artistique de leur temps : elles ont fait scandale (...) finalement n’importe quoi est susceptible de bénéficier du statut d’objet d’art, n’importe qui peut se proclamer artiste sans risque d’être contredit »[45]). Cela n’empêche nullement le marché de l’art de se structurer, les collectivités locales d’investir dans l’art contemporain, les collectionneurs de faire monter les prix des œuvres ou la cote des artistes par des acquisitions chaque fois moins raisonnables. Cette tradition de « collectionneurs–mécènes » se poursuit aujourd’hui encore, mais les œuvres de Jeff Koons ou Piero Manzoni côtoient désormais celles de Monet ou de Fragonard. Selon Artreview (16/10/2009), cinq familles françaises figurent (avec la famille Pinault) parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde de l’art en 2009. Il s’agit de Hélène et Bernard Arnault (groupe de luxe LVMH, première fortune de France), Hélène et Michel Alexandre David-Weill (Banque Lazard), Antoine de Galbert (héritier du groupe Carrefour),  le baron Eric de Rothschild (château Lafite Rothschild) et enfin Alain Wertheimer (Chanel, cosmétiques Bourjois, écurie de chevaux de course, cinquième fortune de France).

 

5.2.   La cote, ou la valeur de l’Art au gré des modes et des coups de cœur des collectionneurs

5.2.1.      Quelques chiffres de vente remarquables

Comment se porte l’Art ? Depuis le XIXe, avec des œuvres matériellement uniques et donc rares, c’est un marché spéculatif internationalisé qui se porte fort bien ! Par exemple, une toile peinte en 1995 par l’artiste chinois Zhang Xiaogang (célèbre pour ses séries Bloodline) a été vendue l’an dernier pour 6 millions de dollars. Un Picasso (« Nu au plateau de sculpteur ») vient tout juste de trouver acquéreur lors d’une vente aux enchères pour la modique somme de 82 millions d’euros !... (Mais nous sommes encore loin du record atteint par le « Number five » de Jackson Pollock qui a été adjugé pour la somme exceptionnelle de 108 millions d’euros !). Oui vraiment, pour un public très restreint d’investisseurs et de milliardaires, les Arts Plastiques constituent un « marqueur social » essentiel ! [Cette évolution dépasse le domaine des arts plastiques : « En dix ans, le patrimoine écrit est devenu lui aussi un marché florissant : en mai 2008, le manuscrit du « Manifeste du surréalisme », écrit en 1924 par André Breton, a été adjugé chez Sotheby’s pour la somme faramineuse de 3,2 millions d’euros, pour une estimation de 400 000 euros !... »[46]].

 

5.2.2.      Portrait de M. François Pinault, acteur majeur de l’art contemporain mondialisé

« Tout grand patron qui se respecte met des toiles sur ses murs. La plupart achètent au hasard, au coup de cœur, ou même au mètre linéaire comme feu Marcel Fournier, le fondateur de Carrefour, qui avait tapissé sa salle à manger de faux Bruegel. Ils investissent dans le respectable, le cher et le sûr comme Albert Frère, le tout-puissant patron belge de la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion et le principal actionnaire de Lyonnaise-Suez (sa fortune est estimée à 31 000 millions d’euros), qui collectionne les maîtres hollandais et les peintres français du XVIIe siècle. L’aventure de M. Pinault (sa fortune est évaluée à 6 000 millions d’euros) dans la peinture commence en 1990, avec un tableau de Mondrian. Un carré posé sur la pointe. Rien de plus. Rien de moins. En dix ans, ce fils de marchand de bois va construire une des plus belles collections d'art contemporain en Europe. Sa maison de Saint-Tropez, son hôtel particulier de la rue de Tournon à Paris, mais surtout son château de La Mormaire (XVIIe siècle), en bordure de la forêt de Rambouillet, deviennent de véritables musées. Il y fait entrer tous les grands noms de la peinture américaine de l’après-guerre: de Pol Bury à Barnett Newman, en passant par Rothko, Pollock, Ryman ou Rauschenberg. Dans le parc de La Mormaire, il installe des sculptures : la «Baigneuse assise» de Picasso, l’«Homme debout» de Miró ou une pièce plus douce, «Large Two Forms», de Henry Moore. Mais surtout il passe commande. Au Basque Chillida, mais aussi à l’Américain Richard Serra. Ses trente blocs d’acier de six mètres de haut se dressent encadrés d’arbres au bout de l’allée qui mène à La Mormaire. De véritables menhirs du XXe siècle pour un château du XVIIe. Aujourd’hui Pinault se passionne pour l’art vidéo d’un Bill Viola. (...) Récemment le milliardaire Pinault a défrayé la chronique: on a appris qu’il avait échappé à l’impôt sur la fortune grâce à un montage financier. Ses œuvres d’art sont, elles, légalement exonérées de l’ISF… »[47].

 

5.3.   Le nouveau culte de l’Art qui tend à transformer les œuvres en produits

« Aujourd’hui les patrons sont des gens raffinés, au moins sur le terrain

des stratégies sociales de manipulation, et aussi dans le domaine de l’art, qui,

 lors même qu’il est le produit de ruptures hérétiques et de véritables révolutions symboliques,

peut entrer sans problème dans l’art de vivre bourgeois ».

Pierre Bourdieu et Hans Haacke (« Libre-Echange »[48])

 

5.3.1.      A travers l’œuvre (parfois difficile à légitimer), c’est bien la signature, la présence symbolique de l’artiste qui est recherchée

Au fond, le visiteur de « Chefs-d’œuvre ? » au Centre Pompidou-Metz n’est pas bien différent du client qui slalome entre les rayons de son hypermarché préféré : des centaines de produits (ici des œuvres fondamentales et majeures de l’Histoire de l’Art, enfin libérées des contingences et des scories historiques) lui ont été proposées, mais ici aussi la « visite » est « dirigée », l’émotion semble « programmée » : certes, il ne s’agit plus de fréquenter des marques dont la grande notoriété oriente nos achats, il est plutôt question ici de rencontrer le plus possible de « signatures », de « personnalités » du monde de l’Art à travers leurs œuvres envoûtantes ; mais cette découverte peut susciter des incompréhensions : le visiteur peut éprouver parfois de  grandes difficultés s’il ne possède pas certains codes, s’il est extérieur à un certain « milieu »  pour saisir la portée de certaines des œuvres exposées (par exemple, c’est bien en sollicitant les théories sur l’Art qu’il convient d’appréhender « Merda d’artista », et non pas avec le savoir et les connaissances sur les fèces que permettent aux gastro-entérologues d’établir leurs diagnostics...).

D’ailleurs, pour les professionnels du monde de l’Art aussi, « l’évaluation » de la « qualité » de l’œuvre n’est pas toujours simple : « Je me souviens qu’en 1993, au Centre Pompidou à Paris, une commission d’acquisition devait choisir, compte tenu d’un budget limité, entre deux options, coûtant chacune un million de francs : d’une part un grand tableau d’Alfred Manessier, sorte de crucifixion abstraite et méditative ; d’autre part un ensemble de trois œuvres de Manzoni, dont une boite de conserve où l’artiste avait enfermé ses excréments, étiquetée « Merda d’artista ». A sa parution dans les années soixante, cette « boite à merde » avait soulevé une vive polémique et rapporté beaucoup d’argent à son auteur. Son pouvoir de discorde n’était pas épuisé. Le Directeur du développement culturel (qui a pour mission la formation du public et l’organisation des débats et colloques) se répandait dans les couloirs en clamant que ce serait la honte du Centre si la commission n’achetait pas cette œuvre. La commission a, sans grande discussion, choisi le Manessier... (....) C’est un débat passionnant, où se trouve la frontière entre le geste médiatique et l’œuvre d’art ? » [49].

 

5.3.2.      La nouvelle modernité globalisante que construit la grande bourgeoisie innovante pour asseoir son pouvoir symbolique.

Le visiteur repart de Metz avec ce qu’il était venu chercher : le certificat d’appartenance à un certain milieu social, aisé, « branché », cultivé, « distingué » (mais en aucun cas « Bourgeois », « conservateur », au sens traditionnel du terme). En effet, pendant longtemps (ceci est encore valable aujourd’hui, mais de manière plus feutrée, moins ostentatoire), les grandes familles connues pour leur fortune légendaire ont bâti leur mode de vie sur le patrimoine (château, demeure d’exception[50], appartement grand-bourgeois), les objets d’art et les meubles anciens. Le « bon goût », les « bonnes manières » dont font preuve ces privilégiés font d’elles – en dehors de leur immense fortune – des « personnes de qualité », les descendants d’un mode de vie hérité du temps passé de la noblesse »[51]. Leur univers était établi sur des valeurs traditionnellement conservatrices (libéralisme économique, famille, religion, valeurs patriotiques). Mais cet univers fermé qui pratique « l’entre soi » va être concurrencé par des prétendants, de nouveaux enrichis. Plus généralement, l’apparition de la « société de consommation, la prolifération de nouvelles technologies (communication, mode de vie, électroménager, etc.), la libération sexuelle (je dois maintenant m’interroger longuement pour déterminer mon orientation sexuelle : hétéro, homo, bi, trans, lesbienne...), les nouvelles normes familiales (banalisation du divorce, PACS, familles recomposées, mères porteuses), les nouvelles normes de réussite scolaire[52] et l’explosion de la précarité au travail vont dynamiter les anciens modèles (sauf le libéralisme économique qui sort grand vainqueur de sa confrontation planétaire avec le Communisme, un système politique présenté comme « scientifique » qui n’a hélas réussi qu’à réduire les peuples en esclavage).

« Pour surmonter les contradictions intimes qui le rongent et fuir devant son ombre, le capital est sans cesse contraint d’élargir ses espaces d’accumulation et d’accélérer le rythme de ses rotations. Tendant à faire marchandise de tout, il dévore l’espace et endiable le temps »[53]. Le capitalisme nécessite en permanence pour générer de nouveaux profits de créer des besoins jusque là inédits (des fraises et des roses à Noël en Europe, des îles artificielles paradisiaques dans les Emirats, etc.), de proposer des modèles, des images, des sons, des représentations assez forts ou transgressifs pour constituer de nouvelles normes de « Liberté » et de « Bonheur » (c’est un fait, analyse Michel-Edouard Leclerc, deuxième libraire de France, « en matière de culture, c’est l’offre qui génère la demande »). Pour Shigeru Miyamoto, pilier de Nintendo et de l’industrie du jeu vidéo (il est à l’origine de la Nintendo DS et de la Wii), « la société se divise en deux : les gens qui jouent, et les autres, restés à la porte de cette expérience. Notre mission est de faire du jeu vidéo une aventure existante pour les deux catégories de personnes »[54]. Du plus jeune au plus âgé, chacun de nous est appelé à consommer et à apprécier les produits Nintendo (pourquoi ne pas tenter par ailleurs d’attirer le public féminin dans les tribunes des stades de rugby – stratégie affichée du Stade Français -, pourquoi ne pas « éduquer » le public féminin aux joies des paris hippiques – la « minute épique », tous les soirs sur France 3[55] - ?).

Dans ce contexte économique marqué par l’inquiétude (les crises à répétition se succèdent, menaçant maintenant l’équilibre des états européens les plus fragiles), de nouvelles normes artistiques et culturelles, adaptées à cette époque où l’on peut tout contester, tout remettre en cause... sauf les inégalités et l’efficacité du Libéralisme, se sont aussi développées, pour provoquer débats et achats, controverses et enthousiasmes, y compris dans le domaine cinématographiques[56].

 

5.3.3.      L’Art et la Culture au temps de la Communication globale

 

5.3.3.1.Le nouveau culte

Aujourd’hui le « Bourgeois Bohême », représentant idéal de cette nouvelle classe moyenne aisée, intellectuelle et cultivée, fasciné par le mode de vie de la Jet-Set, sera à Metz, demain à Venise (au Palazzo Grassi ou à Punta Della Dogana[57]) pour admirer les collections d’art contemporain de leur compatriote « exilé » François Pinault, une des plus importantes fortunes de notre pays[58]). Puisque l’Art contemporain constitue désormais une valeur marquante de nos sociétés, il fallait des cathédrales démesurées, des réalisations architecturales hors normes (il est bien fini, le temps des « musées-palais ») pour célébrer le culte de cette nouvelle modernité. Avec New-York, Londres, Paris, Metz, Venise, Bilbao (Vitry-sur-Seine ?[59]), et bientôt Lens, Marseille ou Abou Dabi, le « Bourgeois Bohême», une nouvelle classe sociale « cool » mais imbue d’elle-même, de ses privilèges, de ses préjugés, toujours en quête d’innovation, trouvera des étapes sacramentelles prestigieuses pour effectuer sa récollection, son cheminement de pèlerin des temps modernes (en quête de sens ?). Dans une société de stress, de compétition, « l’Arche / Musée » promet, loin des bidonvilles et autres « quartiers relégués », de rencontrer le mythe essentiel de l’unité de l’Art : Beauté, Paix et Sérénité (avec juste ce qu’il faut de consommation) !

 

 

5.3.3.2.Le nouveau rituel

Le visiteur, l’amateur d’art contemporain – nouveau démiurge des temps modernes - sait maintenant que sa seule présence, sa participation active, vont permettre à l’œuvre de se réaliser pleinement[60]. Le nouveau fidèle est lui aussi devenu une sorte d’œuvre artistique. Quels comportements adopter pour être « Art contemporain compatible ?

Le catalogue de l’exposition à la main en guise d’antiphonaire, l’amateur d’art contemporain rencontrera ailleurs, dans d’autres musées, parfaitement mises en perspective, merveilleusement protégées, d’autres boites de « Merda d’artista » (une œuvre véritable, aux antipodes des programmes racoleurs, superficiels et vulgaires produits en quantités industrielles par TF1 et autres chaînes de la TNT pour des classes populaires sans culture) boîtes de « Merda d’artista » qu’il se fera un devoir, à chaque fois, d’admirer pour leur immense valeur artistique et symbolique, en rappelant toujours, avec la plus grande fascination, que ces boites contenant des excréments d’artiste ont maintenant plus de valeur que l’or...

Sommes-nous si éloignés que cela de la mise en place d’un nouvel « art officiel », dominateur, uniformisateur, qui donnerait la première place aux œuvres abstraites ou conceptuelles ?...

 

5.3.3.3.Stratégies artistiques pour envahir et saturer l’espace artistique, et au-delà

Vraiment, il y a quelque chose de fondateur, dans le choix fait par les organisateurs d’exposer cette œuvre à Metz dès l’inauguration du Centre. Si l’on se reporte à la société telle qu’elle était voici seulement une quarantaine d’années, cette présentation aurait été quasi impossible, tant la notion de « bon goût » était liée à une vision « conservatrice » du monde (Voici ce qu’écrivait Pierre Bourdieu, sociologue critique et contestataire, en 1971 : « L’exigence de rentabilité conduit à viser un public large et donc à atteindre un consommateur « moyen ». Les conditions sociales de cette production vont pousser à choisir les procédés techniques et les effets esthétiques immédiatement accessibles à un grand public. Elles imposeront d’écarter tous les thèmes pouvant prêter à controverse ou susceptible de choquer telle ou telle fraction du public »[65]). Le sociologue se trompait, l’histoire des Arts va se bâtir sur le scandale, la transgression, faire tomber les « tabous », sans autre perspective que d’aller toujours plus loin dans les surenchères pour captiver l’attention et – c’est là tout le paradoxe - empêcher de penser... Dans une société « libre », décomplexée, (presque) « No limit », l’Art pourra convertir les derniers zoïles à sa cause ; il sera pour cela autorisé à tous les débordements :

 

5.3.3.4.Une culture inédite, au risque du pire

Notre société (par publicités et télévisions privées interposées) se fait chaque jour plus cruelle, obscène, violente, pornographique, scandaleuse, transgressive, mais, au fond, conservatrice pour l’ordre social actuel. A chaque instant, les médias nous racontent de jolies histoires, de véritables contes de fées modernes mis en forme par d’habiles communicants : comment ne serions-nous pas au comble de la félicité en apprenant que le cinéaste populaire Luc Besson – « l’enfant gâté du cinéma français » – vient de changer de statut et d’affirmer son incontestable réussite matérielle en devenant l’heureux propriétaire du château des Lettiers, une demeure en briques rouges du XVIIIe entourée de dépendances, le tout situé dans un domaine de 200 hectares[67] ? « On aurait dit Moulinsart, j’ai adoré et j’ai acheté » déclare le réalisateur qui a pu, en acquérant cette thébaïde,  réaliser un rêve d’enfant... Demain cette réussite complète sera également la nôtre ! (Il nous suffit pour cela de croire aux promesses libérales, de « Travailler plus »)...

Sous nos yeux incrédules, comme si cette évolution était désormais inéluctable, une nouvelle culture inédite et mondialisée est en train de modifier la texture du monde : des synergies fluides et inattendues (elles ne sont contradictoires qu’en apparence) vont faire émerger les nouveaux codes esthétiques dominants (synonymes de modernité, de félicité partagée) qui guideront demain les jeunes générations : Matisse / « Secret Story »,  Godard / « L’île de la tentation »,  Malevitch / « Fear Factor »,  Rodin / Endémol, Picasso / « Le petit journal de Canal Plus »,  Duchamp / « Auchan », Barthes / « Séguéla », Finkielkraut / « Lady Gaga », Manzoni / « Manzoni ». Tous nécessairement et définitivement complémentaires !

Dans une société capitaliste relativiste qui voit se succéder les crises[68] (mais pas pour tous...[69]), minée par un individualisme régressif, où le lien social (la Fraternité) se désagrège, la « merda d’artista », apolitique, consensuelle et inodore, sera-t-elle le nouveau Graal, la production artistique emblématique et désirable que la classe moyenne viendra demain adorer dans ces nouveaux temples conceptuels, légués par de généreux mécènes et parfumés par le suave encens de la liberté et de l’immortalité ?... Les chefs-d’œuvre de l’Art questionneront tout, sauf, peut-être, l’essentiel... Mythes éternels, ils seront aussi éphémères, remplaçables (mais magnifiés, idéalisés, reproduits à l’infini), et soumis aux lois du marché : le public des classes « moyennes supérieures » les reconnaîtra, car il possède sans nul doute « la disponibilité, le goût pour l’échange et la réelle ouverture d’esprit qui permettent de comprendre l’art contemporain »[70].

 

5.3.3.5.Vers une possible remise en cause du modèle ?

Rien, non vraiment rien ne semble pouvoir gripper cette « machine à rêver ». Et pourtant... pourtant, en cet été 2010, la classe moyenne / supérieure questionne également le modèle néo-libéral qui constituait jusqu’à maintenant son horizon... indépassable : «Une personne de feu la classe moyenne est bien plus proche – et se sent bien plus proche – aujourd’hui d’un pauvre que d’un ultra-riche. Il se sent menacé, durablement fragilisé et n’a plus l’assurance que le système républicain qu’il a contribué au cours de trois républiques à mettre en place garantira l’avenir de ses enfants »[71]. Est-ce là le simple reflet d’une opinion qui désavoue le Président actuel (ce qui réjouit l’opposition dans la perspective de l’alternance en 2012), ou le signe  d’une remise en cause plus profonde du système libéral (et du rôle que joue l’Art dans cette société) ?...

 

5.4.   La culture « Mainstream », notre ultime horizon ?

« Le triomphe arrogant du monde des technologies nouvelles et de la consommation correspond aujourd’hui à une période de glaciation de la pensée sociale »[72]. Dans ce contexte attentiste, en constituant un nouveau réel « artistico-ludique », insouciant et sensuel, en intégrant les contraintes du marché (profit maximum généré dans un minimum de temps), l’Art risque bel et bien d’être totalement absorbé par l’Entertainment, le spectacle (notre ultime horizon idéologique ?). En tentant de calquer notre système de pensée sur celui de notre « modèle » nord américain, nous voici de plein pied dans une période de « consensus apaisé » où il va être de plus en plus difficile de préciser la place des Arts - et du cinéma - dans la société...

De nouvelles synergies tissent des liens entre artistes et hommes d’affaires (l’artiste devenant non seulement une œuvre d’art, mais aussi un homme d’affaires « Gagner de l’argent est un art, travailler est un art et faire de bonnes affaires est le plus bel art qui soit » déclarait – avec un humour certain -  Andy Warhol). Autre artiste contemporain, « Ben assume une possible illégitimité de son travail en écrivant sous une reproduction de code-barres « ça c’est moi » ou encore « est-ce bien de l’art ? », « je suis un menteur », « je voulais faire du nouveau et j’ai fait comme les autres ». En ces temps de cynisme banalisé, Ben n’hésite pas à commercialiser ses petites phrases chocs auprès de toutes sortes de marques et de produits : stylos, agendas, tee-shirts, affiches de festivals, etc. »[73]). Bienvenue dans une époque « trendy »[74], « cool » de buzz et de valeurs relatives ! Bienvenue dans cette culture « mainstream » « hip » (ni « high » ni « low »), cette « culture qui plait à tout le monde »[75] !

Faisons un rêve : voici Jeff Koons (ou bien Maurizio Cattelan, ou encore Damien Hirst), avec le talent qu’on leur connaît, en train de décorer, pour la plus grande fierté des habitants (et pour un salaire des plus raisonnables) la cage d’escalier d’un immeuble d’habitation dans une « banlieue de relégation », à La Courneuve ou aux Tarterêts... (Oui, c’est bien un rêve aujourd’hui, mais l’Art, nous le savons bien, sera demain indispensable pour recoudre le lien social !...).

 

5.5.   « Réalité augmentée », un cauchemar artistique et numérique

De nouveaux comportements (l’individualisme, l’égoïsme, la volonté de ne plus être en contact qu’avec les membres de sa « tribu ») pourraient entraîner une évolution de nos sociétés d’abondance vers un monde virtuel : « La réalité virtuelle permet de créer une expérience immersive. Le participant ou le spectateur se retrouve dans monde entièrement synthétique, créé par l’artiste ; certains systèmes reposent sur le port d’un visiocasque, tandis que d’autres expériences virtuelles sont conçues pour Internet, où des mondes 3D peuvent être explorés par le truchement de personnages ou de formes de vie artificielle »[76].

« Sur Second Life, je vole comme un oiseau, je cours comme une gazelle et ne me fatigue jamais. Je ne me nourris que de pixels. Et quand je me pince, je ne sens jamais rien ! Ma vie est numérique du soir au matin, c’est-à-dire que mon petit-déjeuner est numérique, la concierge de mon immeuble est numérique et le chef de mon service au boulot qui ressemble en 3 D à une amazone de bande dessinée est également numérique. Ouais ! (...) Second Life est un outil pour simuler d’une façon si inventive notre vie réelle, et à tel point, qu’elle devienne un jour, plus réelle que la vraie ! »[77]. Si Fred Forest, artiste multimédia et professeur émérite de l’université de Nice Sophia-Antipolis s’intéresse au devenir de l’art dans les mondes virtuels, il est loin d’être le seul ! Les marchands et les commerçants aussi ! En effet, il est possible que demain « 80 % des internautes assidus auront une deuxième vie dans les mondes virtuels » (par exemple, l’artiste niçois Patrick Moya crée déjà des œuvres d’art dans le monde virtuel de Second Life sous le nom de Moya Janus). « Cette présence massive de clients potentiels dans le virtuel pourrait inciter les plus grandes entreprises à ouvrir des filiales pour favoriser un commerce bien réel dans ces mondes immatériels »[78]. De nouveaux développements pour le Commerce et l’Art ? Au fond, rien de bien nouveau... Mais déjà  « certains accusent le Net de conditionner les utilisateurs ; à force d’être immergés dans sa pratique et sa linguistique complexes, ils deviendraient indifférents au monde hors-ligne »[79]. Qu’on le veuille ou non, il faut nous y préparer : « Les mondes virtuels, l’interactivité, la mise en place d’un monde de sensations synthétiques, tout cela concourt à la création d’univers artificiels dont on se dit qu’ils pourraient bien à l’avenir concurrencer, voire remplacer nos anciens modes de perception. C’est notre rapport au réel et les relations que nous entretenons depuis des millénaires avec notre bonne vieille planète qui risquent de basculer »[80]. Nous n’en avons pas encore fini avec le concept d’aliénation !

 

 

 

Conclusion. A metz : le cinéma, un  complément prestigieux pour les autres Arts ?

La création cinématographique ne peut s’envisager que dans ses rapports avec les autres arts : des cinéastes (Takeshi Kitano[81], Agnès Varda[82], Denis Hopper[83]) ont ainsi pu présenter récemment au public leurs créations picturales. Pialat, Cocteau, Léger, Demy, Lynch, Antonioni, nombreux sont les artistes qui se sont exprimés dans ces deux domaines. C’est une évidence, « le cinéma étant d’abord de l’image recroise nécessairement des problèmes de la peinture, et réciproquement, la solution cinématographique de ces problèmes ne peut pas être restée sans influence sur la peinture »[84].

Curieuse impression que ressent le visiteur cinéphile après avoir visité l’exposition organisée à Metz : certes les « grands noms », les noms incontestables, les noms attendus  par les partisans de l’Art cinématographique (Resnais, Méliès, Hitchcock, Renoir, Buñuel, Godard, etc.) sont bien présents. Mais la simple observation de la réalité de la présentation des œuvres doit nuancer ce constat. Si le cinéma est bien présent, sa force, sa vitalité en tant qu’Art sont tronquées par les organisateurs de l’exposition (Resnais projeté sur une fenêtre, Méliès projeté au plafond d’une salle, l’œuvre de Godard réduite à une poursuite dans un musée, Dellsperger voisinant avec Hitchcock...). Il faut se rendre à l’évidence, le cinéma est ici un Art secondaire, un art d’accompagnement, une forme reconnue certes, mais mineure par rapport aux Arts Plastiques, à la peinture, à la sculpture, à la photographie qui bénéficient elles d’une présentation des plus respectueuses. Nous sommes toujours dans la culture « haute » (pas de stars, pas de « people ») mais nous contemplons des œuvres rendues « faibles », donc « mineures », qui peuvent alors servir d’illustration, distraire, mais ne peuvent rivaliser avec les formes d’Art reconnues par le marché et collectionnées par les milliardaires... Le cinéma est réduit à des formes, des fantômes discrets d’un passé déjà lointain (la plupart des films sont en noir et blanc...) mais que ces signatures étaient prestigieuses ! L’intention de bien faire était incontestable, mais le résultat final, on le comprend bien, pose problème... Et si c’était là la partie visible d’un phénomène social plus profond, plus massif, plus inquiétant ?...

Au centre Pompidou-Metz j’ai pu (à de rares occasions) utiliser les mots « Education, oeuvre, sublime, esthétique, émotion, contestation, révélation», mais j’ai rapidement compris que « Stratégie, marketing, image de marque, tourisme, mécénat, rentabilité, industries culturelles » constituaient ici le véritable vocabulaire de base...

Dans ce contexte néolibéral, dominé par une « élite » restreinte toute puissante et marqué par l’emprise de l’économie et du marché sur la production et les échanges dans le domaine de l’art (les œuvres constituent un actif patrimonial, au même titre qu’une action en Bourse, une forêt ou un appartement), les paroles utopiques du jeune André Malraux[85] (il a alors 33 ans) ont peut-être encore gardé une certaine actualité. Il nous semble encore entendre sa voix : « L’art n’est pas une soumission, c’est une conquête. A la bourgeoisie qui disait « l’individu », le communisme répondra l’homme ! »[86].

Connaîtrons-nous, demain, une société xénophile débarrassée des totalitarismes, respectueuse des héritages artistiques du passé, ouverte à la création contemporaine (un art libre, vigilant, mais aussi au service du public), une société qui puisse enfin avoir le souci de la dignité de chacun dans une fraternité retrouvée ?...

 

Gérard Hernandez  -   Lauréat de la certification « Cinéma-Audiovisuel »

Article rédigé avec la documentation de l’espace « Images Histoire »

de la Médiathèque Jacques Ellul de Pessac (33). Eté 2010.

ANNEXES    -    QUELQUES « FIGURES DE LA MODERNITE », D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, PROPOSEES SANS JUGEMENT DE VALEUR, ET – PRESQUE - SANS INTERPRETATION ARTISTIQUE....

 

§         Exposition « Wir sehen dich / Nous te voyons », conçue par l’artiste polonais Miroslaw Balka  à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe (été 2010).

Ce musée présente une collection importante de primitifs allemands, des tableaux pour la plupart du 15ième et du 16ième représentant des sujets religieux (crucifixion, annonciation, scènes tirées de la Bible, statues de Vierge à l’enfant). L’artiste a installé un grillage solide de type « stade de football » qui sert de parcours imposé au visiteur. Quelques ouvertures permettent aux spectateurs de s’approcher des œuvres sans avoir à subir la présence du grillage. A noter, au dessus de chaque ouverture, la présence au dessus du grillage d’un fort ventilateur qui se déclenche automatiquement au passage du visiteur. Selon l’artiste, « il convient de matérialiser la puissance modificatrice de la transgression grâce à des passages intensifiant notre perception de l’espace et des œuvres d’art qui y sont exposées ».

 

§         Une exposition temporaire à la Städtiche Kunsthalle de Mannheim (été 2010)

Le visiteur pénètre dans une première salle immense : sur les murs de cette salle est projeté un texte en noir et blanc, ni verticalement ni horizontalement, mais en oblique. Le spectateur va parcourir ensuite trois salles, dans une semi pénombre, éclairées par une lumière bleu. Ces salles contiennent des piles de papier imposantes, sur lesquelles sont projetés des articles de droit constitutionnel ; une voix d’enfant lit ces articles, corrigé dans sa lecture par un adulte. Sans que rien ne  laisse anticiper, en quittant la troisième salle, le spectateur déclenche une série de décharges électriques disruptives qui rappellent le crépitement d’une mitraillette, et qui provoquent l’incandescence d’une ampoule, en hauteur, sur un mur. Le spectateur quitte cette salle « agressive » pour une dernière pièce de grandes dimensions (environ vingt mètres sur dix) dans laquelle – toujours dans une semi pénombre – il est entouré d’immenses miroirs déformants qui se mettent à vibrer à son approche. Après son passage dans cet espace, le spectateur quitte l’exposition temporaire pour découvrir de manière plus conventionnelle les autres œuvres du musée.

 

§         Une œuvre de la collection permanente de la Städtiche Kunsthalle de Mannheim

Un moniteur vidéo diffuse la prestation de l’artiste : il est debout sur un tapis et prend des poses plus ou moins naturelles, chaque pose durant une dizaine de secondes. Au mur du musée, les spectateurs peuvent découvrir le tapis sur lequel l’artiste a effectué sa performance. Des photos viennent compléter le dispositif : l’artiste avec son tapis devant différents paysages, deux, trois, ou quatre personnes posant également sur un tapis plus vaste, également présenté en tant qu’œuvre sur le mur du musée.

 

§         Ben, le geste de l’artiste devient l’œuvre d’art

« Ben a été invité dans les années 60 par une galerie de Londres pour une exposition personnelle. Il a avalé des somnifères et dormi pendant une semaine dans la vitrine de la galerie. Et bien c’était une exposition, le fait qu’il dorme pendant une semaine. Il se réveillait juste pour prendre des cachets et redormir, et ceci a été parfaitement entendu, compris, même si, bien sûr, cela a fait scandale. Là il s’agissait d’un geste qui était une œuvre d’art »[87].

 

§         Gianni Motti, une forme de désinvolture esthétique et éthique proche de « l’idiotie »

« En 1986 la navette Challenger explosant en vol dans le ciel de Floride, Motti en revendique l’échec par voie de presse. 28 juin 1992, la terre tremble en Californie : aussitôt Motti prévient l’agence Keystone de sa responsabilité en la matière allant jusqu’à assumer aussi les millions de dollars de dégâts, la longue et profonde fissure causée par le séisme »[88]. « Dans sa vidéo « Entierro n°1 », Gianni Motti a mis en scène ses propres funérailles à Vigo. Un faire-part a été publié dans la presse, la foule se presse, les porteurs soulèvent le cercueil ouvert où Motti repose »[89]. En 2005, Gianni Motti parcourt à pied les 27 kilomètres de tunnel qui constituent le grand accélérateur de particules de Genève (cette performance artistique a été filmée par un cameraman). Plus récemment, Gianni Motti, accompagné de son équipe d’assistants, a investi Metz au mois de mai. Chaque assistant porte un T-shirt au nom de l’artiste, et a pour unique consigne de vivre sa vie de tous les jours. Gianni Motti suggère ainsi qu’être artiste c’est, aussi, être là « au mauvais endroit, au bon moment ». 

En 2009, Gianni Motti expose au Centre d’Art contemporain de la ferme du Buisson / Scène nationale de Marne-la-Vallée (Noisiel). Il a « carte blanche » et reçoit, pour effectuer sa prestation, 5 000 euros qu’il convertit aussitôt en 6 500 billets d’un dollar, billets qu’il suspend en guirlandes à des fils avec des trombones. Anthropia, dans son blog[90], fait part de ses impressions à ses lecteurs (11/05/2009) : «Comment, tous ces billets suspendus en pleine crise ? Quel mauvais goût. La mauvaise conscience des bourgeois. Les hommes de ménage ne s’y sont pas laissés prendre qui se sont mis à rire (sic) en voyant l’étalage, ils ont compté bien sûr, mais ils ont compris qu’il n’y avait là que du dérisoire face aux milliards dont les médias nous rebattent les oreilles à longueur de JT, incendiant à bon compte les patrons abuseurs. (...) Comment faire acte gratuit d’argent sans virtualité technologique, comment faire écho au monde en donnant à voir les dessous de la production ? Ceci n’est pas de la création monétaire, c’est un ready-made, irruption de l’œil de l’artiste, cadrage, puis retrait, fondu au blanc. L’acte parfait en quelque sorte ».

 

§         Santiago Sierra : remettre en question les finalités de l’économie de marché, perturber la logique des structures politiques et sociales.

« Afin de démontrer combien l’argent permet d’acheter le corps et le temps des travailleurs pauvres, Santiago Sierra, artiste espagnol vivant et travaillant à Mexico, réalise des actions ultra-provocatrices. Il demande à des miséreux, moyennant rémunération, d’effectuer en public des actes aussi absurdes que se faire raser le crâne contre une dose de drogue (Porto Rico, 2000), ou de s’entasser dans les soutes d’un bateau (Barcelone, 2000). Il a également engagé en 2002 vingt émigrés d’origine africaine pour qu’ »ils creusent pendant un mois, trois mille trous de 180 X 70 X 70 cm, pour rien, sur une colline d’Andalousie »[91]. En 2002, il « expose » à la Tate Modern de Londres une « ligne de douze femmes (bien vivantes !), issues des « minorités ethniques », faisant face à un mur, et donc dos au public. [Sur son site Internet, ARTE présente Santiago Sierra en indiquant « qu'il puise son inspiration contestataire axée sur la critique de la mondialisation, de l'exploitation de l'homme par l'homme, de l'inégalité des rapports Nord-Sud et de la corruption capitaliste [92]» !].



[1] Flammarion, 2010.

[2] Stock, 2003.

[3] Télérama n° 3160 – 04/08/2010.

[4]  Cité par Frédéric Martel dans son livre : « Mainstream, Enquête sur cette culture qui plait à tout le monde »

[5] Domecq, Jean-Philippe, « Misère de l’art  - essai sur le dernier demi-siècle de création », Calmann-lévy, 1999.

[6] Les bassins industriels (chimie, charbonnage, sidérurgie) sont particulièrement frappés. Entre 2009 et 2010, le chômage en Lorraine a augmenté de 20 % (la crise a détruit en moyenne 108 emplois par jour).

[7] Bellet, Harry, « Le marché de l’art s’écroule demain à 18H30 », Nil éditions, 2001.

[8] Dans les douze ans qui ont suivi son inauguration, le Guggenheim de Bilbao aurait généré la création de plus de 10 000 (certains évoquent même le chiffre de 45 000 !)  emplois directs ou indirects au pays basque espagnol.

[9] Site Internet du Centre Pompidou-Metz

[10] La ville de Dunkerque (70 000 habitants) propose au public d’une part les 1 500 œuvres qui constituent la collection du FRAC Nord-Pas-de-Calais, et d’autre part les 1 400 œuvres (collection Gilbert Delaine) réunies dans le prestigieux « Lieu d’Art et d’Action Contemporaine » (24 000 entrées chaque année). La ville compte également un musée des Beaux-Arts (30 000 entrées chaque année). Cette présence « massive » de l’Art contemporain dans cette ville portuaire ouvrière a-t-elle pour autant dopé le tourisme local ?...

[11] Dans un budget annuel de fonctionnement de 10 millions d’euros, la Lorraine injecte 4 millions d’euros, Metz-Métropole 3,6 millions, et l’Etat 1 million.

[12] Site Internet du Centre Pompidou-Metz

[13] M. Ernest Antoine Seillière de Laborde occupe les fonctions de Président de l’association des amis de la Fondation de Wendel (il a été le dirigeant du MEDEF entre 1997 et 2005). Il y a quelques années, les Wendel ont fêté le tricentenaire de la fondation de leur première usine métallurgique en Lorraine. Ils avaient à cette occasion loué le musée d’Orsay pour une soirée. Tous les membres du holding qui gère les biens des Wendel étaient là : au moins 800 personnes figurent sur la photo prise dans le grand hall du musée.

[14] Site Internet du Centre Pompidou-Metz

[15] Un reportage a été diffusé par le Journal télévisé de TF1 pour témoigner du succès du musée auprès des populations qui habitent dans un rayon de 100 kilomètres autour de Metz. (30/08/2010)

[16] La France s’est dotée en 2008  (sans parrainage, sans apport du secteur privé) d’un nouveau sous-marin lanceur d’engins, « Le Terrible ». Le coût de cette arme de dissuasion s’élève à environ à 2 400 Millions d’euros, hors coût de développement et de fabrication de ses missiles [Source : Ouest-France], c’est-à-dire l’équivalent de 34 musées Pompidou-Metz... Toujours dans le même ordre d’idée, un  esprit facétieux pourrait calculer le nombre de musées type « Pompidou-Metz » que l’Etat aurait pu bâtir dans les « quartiers défavorisés » s’il avait prélevé - pour une utilisation collective - les sommes que Mme Liliane Bettencourt avait envisagé de donner à une seule personne, son protégé le photographe François-Marie Banier : pas moins de 14 musées !!! (le visage culturel et patrimonial de la France en eut été grandement amélioré, et quel signal positif pour les jeunes des banlieues / ghettos !).

[17] RMC info – 02/08/2010.

[18] De Rochebouet, Béatrice, « Jeff Koons aux 24 heures du Mans », Le Figaro, 10/06/2010.

[19] Cette rencontre mondaine, telle que nous l’a présentée M6, était des plus courtoises. Il y avait, comme au temps glorieux des Boieldieu (Pierre Fresnay) et des von Rauffenstein (Eric Von Strohein) - héros de « La grande illusion » / Renoir / 1937 -, une réelle connivence, un plaisant quant-à-soi entre habitants des deux cotés du Rhin. Changement majeur, ces cérémonies n’ont plus désormais pour cadre le salon du riche industriel ou du banquier, mais l’espace public artistique, privatisé pour l’occasion. La cérémonie n’est plus racontée le lendemain par les gazettes, mais filmée et diffusée en direct sur Internet, média démocratique qui rehausse notre statut symbolique en nous donnant l’illusion d’être accueillis à la table des puissants, de partager les privilèges des maîtres du monde.

[20] Le milliardaire français François Pinault est le premier collectionneur mondial des œuvres de Jeff Koons. A l’heure où l’affaire Woerth / Bettencourt met sous le feu des projecteurs les rapports troubles dans notre Démocratie entre le monde politique (partisan du Libéralisme) et le monde des privilégiés milliardaires, peut-être n’est il pas inutile de rappeler que M. Aillagon  a été Président du Centre Pompidou Paris (1996 /2002), puis Ministre de la Culture sous la Présidence de M. Chirac, avant de devenir, en 2004, conseiller de François Pinault et Directeur du Palazzo Grassi à Venise. En 2007, M. Aillagon est nommé Président du domaine de Versailles. Et ces nouvelles responsabilités lui permettent d’accueillir au château de Versailles les œuvres de Jeff Koons (controverse et succès médiatique garanti), dont son ami et ancien employeur (M. François Pinault) est un des principaux collectionneurs au monde...

[21] Le magazine de M6 a su trouver les mots pour décrire aux téléspectateurs sous le choc la terrible souffrance des « VIP » et des « Pipoles », confrontés aux embouteillages sans fin qui paralysent Saint-Tropez en été, « VIP » qui sont donc obligés d’utiliser leur hélicoptère personnel s’ils veulent déjeuner dans un restaurant des Baux de Provence... Cette information... « Capitale » devait être portée sans tarder à la connaissance d’un public acquis par avance à cette noble cause !

[22] Site Internet du Centre Pompidou-Metz

[23] Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía (« Musée national centre d’art Reine Sophie »)

[24] Lefèvre, Raymond, « Luis Buñuel », Edilig, Filmo, N°9, 1984.

[25] A noter que cette « performance artistique » maintenant liée au cinéma a fait l’objet d’un nouvel épisode : le 23 juin 2010, l’artiste suisse Beat Lippert a traversé le Louvre en 9 minutes et 14 secondes. Ce projet baptisé par l’artiste « La sprezzatura » donnera lieu à une vidéo qui sera montrée à partir du 3 septembre à la Milkshake Agency à Genève (source : Paris Art http://www.paris-art.com/echos/le-record-de-la-traversee-du-louvre-battu-/956.html#haut).

[26] Né en 1972 à Cannes. Il travaille à Nice et à Paris.

[27] M. François Pinault – l’ancien patron de Pinault-Printemps-Redoute - a finalement préféré l’Italie (Venise) à... Boulogne-Billancourt pour montrer au monde sa collection prestigieuse d’art contemporain. En 1998, M. Pinault a racheté Christie’s, la célèbre maison britannique de vente aux enchères d’objets d’art.

[28] Les très nombreux blogs ou articles parus sur Internet lors de l’ouverture du centre Pompidou-Metz oublient de signaler la présence de cette œuvre (pourtant à nulle autre pareille) dans l’exposition inaugurale...

[29] Voir par exemple Douchet, Jean, « Hitchcock », Petite bibliothèque des cahiers du cinéma, 1999, ou Esquenazi, Jean-Pierre, « Hitchcock et l’aventure de Vertigo », CNRS éditions, 2001.

[30] On peut se reporter notamment à l’étude critique très complète : Curchod, Olivier, « Partie de campagne », Nathan, Synopsis, 1995.

[31] Michel Ceutat rappelle que le militantisme de Godard s’est aussi traduit par son divorce avec l’Amérique, capitaliste et impérialiste : « « La Chinoise » et  « Loin du Viêt-Nam » feront de l’Amérique le centre du nouvel impérialisme occidental. Avec « One + One », Godard rejoindra le camp des révolutionnaires les plus extrémistes. Avec « Le gai savoir », Godard s’engage dans la double voie du militantisme marxiste léniniste et d’un absolu dans l’expression cinématographique où Hollywood n’a plus sa place ». (in Ceutat, Michel, Godard Made in USA, « Le cinéma selon Godard », CinémAction, n°52, 1989. Les prises de position politiques ne constitueront sans doute pas ce que la postérité va retenir de Godard cinéaste, mais ce sont des faits connus, « historiques », que l’on peut évoquer sans trouble, et légitimement questionner.

[32] Pérez Turrent, Tomas, La Colina, José, « Conversations avec Luis Buñuel », Petite bibliothèque des cahiers du cinéma, n°98, 2008.

[33] Murcia, Claude, « Un chien andalou, l’age d’or », Nathan, Synopsis, n°17, 1994.

[34] Kyrou, Ado, « Bunuel », Seghers, Cinéma d’aujourd’hui, n°4, 1970.

[35] Lefèvre, Raymond, « Luis Buñuel », Edilig, Filmo, N°9, 1984.

[36] Bergala, Alain, « Luis Buñuel » , Cahiers du Cinéma / Le Monde, Grands réalisateurs, n°20, 2007.

[37] Latil, Loredana, « L’âge d’or », Cinquante films qui ont fait scandale, « CinemAction, n°103, 2002.

[38] Benaïm, Laurence, « Marie Laure de Noailles, la vicomtesse du bizarre », Grasset, 2001.

[39] D’après Hazan, Eric, « Lingua Quintae Republicae – LQR – La propagande du quotidien » -  Raisons d’agir – 2006.

[40] Une forme contemporaine et bien réelle du « Newspeak » créé en 1949 par George Orwell dans son roman « 1984 ».L’écrivain britannique imagine que cette langue interdit de penser la complexité, annihile l'esprit critique et rend informulable toute révolte... Mais rassurons- nous, Orwell entendait dénoncer les pratiques d’un régime totalitaire !

[41] Habitant de Neuilly, M. Martin Bouygues était témoin au mariage du Président avec sa deuxième épouse Cécilia (Il est également parrain de son fils Louis Sarkozy). C’est un ancien client du cabinet d’avocat de Nicolas Sarkozy

[42] Le Président de la République a modifié la Loi pour avoir la possibilité de nommer lui-même le Président du groupe France-Télévision (aujourd’hui M. Rémy Pfimlin). Comme le fait le libéral Silvio Berlusconi en Italie, pendant que ses amis et alliés contrôlent les médias privés, le Président peut lui aussi orienter directement les médias liés à l’Etat...

[43] (Les  Schneider - sidérurgie au Creusot -, le duc de Morny - industrie sucrière -,  Jean Dollfus  - textile à Mulhouse -, le baron Edouard James de Rothschild  (-banque ; il lèguera au Louvre sa collection de quarante mille gravures et de trois mille dessins), Edouard André – banque -, Alfred Chauchard – grands magasins -, ou le Comte Isaac de Camondo  - (banque ; il léguera sa collection au Louvre -)

[44] Monnier, Gérard, « L’Art et ses institutions en France », Gallimard, Folio histoire n°66, 1995.

[45] Chalumeau, Jean-Luc, « Où va l’art contemporain ? », Vuibert, 2002.

[46] Perrier, Jean-Claude, La flambée des manuscrits, « Le magazine littéraire », n°479, octobre 2008.

[47] Mital, Christine, « Pinault, simple collectionneur », 14/05/1998, http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/economie/013981/pinault-simple-collectionneur.html

[48] Le Seuil / Les Presses du réel, 1994.

[49] Ory-Lavollée, Bruno, « Richesses invisibles – que nous apporte la culture ? », First éditions, 1998.

[50] A Paris, les prestigieux hôtels particuliers de Moïse de Camondo (Banque) ou de Edouard André (Banque), la villa Ephrussi / Baronne Charlotte Béatrix de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat (Banque, blé en Russie) ont été légués à l’Etat et sont désormais ouverts au public.

[51] Pinçon, Michel, Pinçon-Charlot Monique, « Grandes fortunes – Dynasties familiales et formes de richesse en France », Petite Bibliothèque Payot, n°605, 2006.

[52] En 1950, moins de 10 % d’une classe d’âge obtient le Bac. En 2010, 64 % d’une classe d’âge obtient le précieux document qui permet au jeune lauréat d’envisager de poursuivre ses études dans l’enseignement supérieur. Ces résultats exceptionnels ont inspiré à M. Pitte, ancien Président de l’Université de la Sorbonne, son pamphlet : « Stop à l’arnaque du Bac ! » (Paru en 2007).

[53] Bensaïd, Daniel, Prémisses de l’altermondialisme... et de sa critique, « Le Magazine Littéraire », n°479, 01/10/2008.

[54] Lener, Cyril, Entretien avec Shigeru Miyamoto, « Chronic’art », n°66, 01/06/2010.

[55] Cette très brève émission quotidienne permet aux téléspectatrices hermétiques à cet univers masculin mystérieux de se familiariser avec le vocabulaire et les caractéristiques des courses hippiques. Pendant quelques minutes, chaque soir, en dehors des plages dévolues aux spots publicitaires, l’espace de la chaîne publique France 3 est « privatisé » pour permettre à la philanthropique société « PMU » de mener à bien son travail d’éducation des populations... (Imagine-t-on le même « temps disponible » consacré chaque jour à la poésie ou aux « musiques du monde » ?...

[56] Cette révolution dans la définition du « goût » explique sans doute le succès populaire - et surtout critique ! - du madré Quentin Tarantino qui ne devrait pourtant pas nous faire oublier la qualité des œuvres cinématographiques d’un John Ford ou d’un Raoul Walsh : ces cinéastes ne prisaient guère les scènes de sadisme et de torture, les transgressions malsaines et gratuites qui nous font frissonner d’un plaisir trouble dans les films de Tarantino... Il ne suffit pas de savoir manipuler les émotions et d’exploiter les pulsions les plus régressives des spectateurs ou de falsifier l’Histoire (« Inglourious Basterds ») en affirmant que les Juifs scalpaient les Nazis en 1944, ou de multiplier les références au cinéma Bis en composant une « B.O d’enfer » pour bâtir une œuvre véritable ! Le cinéma, lui aussi, a besoin de mémoire, de cinéphilie, pour écarter le battage médiatique lié aux modes...

[57] M. Pinault, surnommé « L’amateur d’art français » par la presse transalpine, a investi 20 millions d’euros pour réhabiliter ce bâtiment vénitien (surmonté, selon ses voeux, du drapeau breton...). [Autre exemple des liens publics mais discrets entre monde des affaires et monde politique : chaque année le milliardaire amateur d’art et sa femme accueillent, pour un séjour estival dans leurs « villas musées » de Saint-Tropez et de Dinard, Jacques et Bernadette Chirac, sympathique couple de retraités dont le seul bien immobilier est un château en Corrèze].

[58] Sa collection d’art contemporain serait, avec plus de 2 000 pièces, une des plus importantes du monde. Selon le magazine Forbes, elle serait d’une valeur de 1 400 millions de dollars.

[59] Ville de la banlieue parisienne où a été édifié en 2005 le Musée départemental d’art contemporain du Val de Marne (Mac/Val), à l’initiative du Conseil Général. Le musée accueille 100 000 visiteurs par an. La collection du Musée compte 1 500 œuvres. Coût du musée : 30 millions d’euros (le fonctionnement du musée – 70 employés, 3,5 millions d’euros de budget annuel - est entièrement pris en charge par le Département, dépense qui irrite les représentants locaux de la majorité présidentielle – UMP - : « Trop cher, trop poche des institutions parisiennes, un échec »).

[60] Marcel Duchamp déclarait en 1913 : « C’est le spectateur qui fait l’œuvre ».

[61] Dagognet, François, « Cent mots pour comprendre l’art contemporain », Les empêcheurs de penser en rond, 2003.

[62] Couturier, Elisabeth, « L’art contemporain mode d’emploi », Filipacchi, 2004.

[63] Couturier, Elisabeth, opus cité.

[64] Bosseur, Jean-Yves, « Vocabulaire des arts plastiques du XX°siècle », Article « Corps », Minerve, 1998.

[65] Bourdieu, Pierre, « Le marché des biens symboliques », L’année sociologique, 1971, n°22.

[66] Arts magazine, n°23, avril 2008.

[67] Le château se trouve dans l’Orne. Le château possède une salle de cinéma privée : 200 fauteuils rouges, des colonnades aux murs, copies conformes de ceux du Palais Garnier, un écran géant. Il est situé « à une demi-heure de vol depuis l’héliport d’Issy-les-Moulineaux, Hauts de Seine ».

[68] Il était important que les populations inquiètes de « la France d’en bas » comprennent que la crise dite des « subprime » en 2008 (qui a vu le sauvetage de la finance par l’intervention massive des Etats) était aussi imprévisible et inattendue que l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll, qui a perturbé pendant quelques semaines le trafic aérien en Europe du Nord. Puisque cette crise était imprévisible, « naturelle », à quoi bon chercher des responsables, des causes à ce fiasco néo-libéral planétaire !

[69] En France entre 2004 et 2007, alors que près de 10 % de la population est au chômage, les revenus des 0,01 % les plus riches – soit un revenu minimum de 82 000 euros par mois - ont grimpé de 40 %... [Source : Alternatives économiques n°291 – Mai 2010].

[70] Couturier, Elisabeth, « L’art contemporain mode d’emploi », Filipacchi, 2004.

[71] Macé-Scaron, Joseph, « Les hyper riches », Marianne, n°696, 21/08/2010.

[72] Touraine, Alain, « Critique de la modernité », Fayard, 1992.

[73] Mugnier, Hélène,  Art et argent, « Arts magazine », n°38, octobre 2009.

[74] A la mode, branché.

[75] Frédéric Martel définit le « Hip » par « à la mode dans le vent, à la page ». Pour cet auteur, « high culture » est une culture savante ou cultivée, élitiste. Elle s’oppose à « low culture », la culture populaire.

[76] Wands, Bruce, « L’art à l’ère du numérique », Thames & Hudson, 2007.

[77] Forest, Fred, Ma seconde vie sur second life, (in) Worms, Anne-Cécile, « Arts numériques », M21, 2008.

[78] Aziosmanoff, Nils, Le média, c’est l’espace, (in) Worms, Anne-Cécile, « Arts numériques », M21, 2008.

[79] Greene, Rachel, « L’art Internet », Thames & Hudson, 2005.

[80] Méredieu, Florence de, « Arts et nouvelles technologies », Larousse, comprendre reconnaître, 2003.

[81] « Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre », Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris

[82] « L’Ile et Elle », Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris

[83] « Denis Hopper et le nouvel Hollywood » à la Cinémathèque française, Paris.

[84] Bonitzer, Pascal, « Décadrages, peinture et cinéma », Cahiers du Cinéma, Essais, 1987.

[85] Malraux, qui, dans quelques années, réalisera son film « L’Espoir ».

[86] Malraux, André, L’art est une conquête – Discours prononcé au 1er Congrès des écrivains soviétiques tenu à Moscou en août 1934, « La politique, la culture » - Gallimard folio essais  – n°298 – 1996.

[87] Lamarche-Vadel, Bernard, « Conférences », IFM-Regard, 2005.

[88] Baqué, Dominique, « Pour un nouvel art politique », Flammarion, 2004.

[89] « Lunettes rouges » (blog hébergé par le journal Le Monde), « Thanatos 2, je veux qu’on rit », 24/01/2007.

[90] http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://images.blog-3000/1102547.jpg&imgrefurl=http://anthropia.blogg.org/

[91] Couturier, Elisabeth, opus cité.

[92] http://www.arte.tv/fr/art-safari/Les-artistes/1171492.html - article daté du 20/05/2006.



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