A propos de "Camping"(2006) et "Camping 2"(2010)

 

CHIRAC (Patrick),  ensablé dans un néolibéralisme prédateur !

La classe moyenne, déstabilisée, apathique, vieillissante ( et pourtant confiante ? )

 

"Je me suis demandé comment je voyais la société aujourd'hui, quels étaient mes problèmes et ceux des gens, et nous avons écrit en fonction de cette évolution (…) Les gens ont envie de sortir de la grisaille, de leurs tourments, de la crise. Franck Dubosc et moi nous venons d'un milieu populaire. Nous avons, je crois, le même respect pour les gens simples !"

Fabien Onteniente, réalisateur et scénariste, (dossier de presse de "Camping 2"[1])

 

Le Président Sarkozy a dénoncé "un capitalisme dans lequel il était devenu normal de jouer avec l'argent des autres", une "pression spéculative"qui enrichit les uns et appauvrit les autres"

Discours inaugural du Forum économique mondial de Davos – Janvier 2010.

 

"Paulo, c'est plus le même, il est devenu complètement bling-bling"

(Personnage de Sophie Gatineau – dialogue de Camping 2)

 

"Cette crise est l'occasion de comprendre comment, dans une finance-casino où tout est possible, un petit groupe de gens, sans produire de richesses, accapare en toute légalité, sans être contrôlé par personne, une part essentielle de la valeur produite. Puis comment ce même groupe fait payer ses formidables profits, primes et bonus (10 milliards versés chaque année aux banquiers) par les travailleurs, les contribuables, les salariés, les consommateurs

du monde entier - cette confiscation s'opère sur un mode légal -, forçant les Etats à trouver

en quelques semaines, pour combler les vides laissés dans leurs caisses,

des sommes[2] mille fois supérieures à celles que les mêmes gouvernants refusent chaque jour

obstinément aux plus défavorisés des pays développés et aux affamés du reste du monde.

La cupidité est le moteur du capitalisme financier". (Jacques Attali[3])

 

"CAMPING" : Réalisateur :  Fabien Onteniente  (2006) – avec Franck Dubosc (Patrick Chirac) – Mathilde Seigner (Sophie Gatineau) – Claude Brasseur (Jacky Pic) – Milène Demongeot (Laurette Pic) - Gérard Lanvin (Michel Saint-Josse) – Antoine Dulery (Paul Gatineau) – Abbez Zahmani  (Mendez, le garagiste portugais) -  Edea Darcque (Sidy Mendes, garagiste) – Christine Citti (Madame Chatel, gestionnaire du camping) - dans leur propre rôle : Ari Vatanen – Bernard Montiel –

Scénario : Dubosc / Onteniente / Guillard / Booz. Dialogues : Onteniente.

date de sortie : 26/04/2006 – coût du film : 14 millions d'euros

Mardi 27/04/2010, alors que TF1 enregistrait une part d'audience de 28% avec le match de foot Lyon / Bayern de Munich, 7 millions de spectateurs (un excellent score pour la chaîne) regardaient la première diffusion télé de "Camping" sur France 3.

"Camping" a été vu au cinéma par plus de 5,5 millions de spectateurs. Le sommet du box-office de l'année 2006 était composé de : "Les bronzés 3" / Leconte (10,3 millions de spectateurs) – "Pirates des caraïbes" / Verbinski (6,6 millions) – "L'age de glace 2" / Saldanha (6,6 millions) – "Arthur et les Minimoys" / Besson (6,3 millions de spectateurs).

 

« CAMPING  2». Réalisateur : Fabien Onteniente  (2010) – avec Franck Dubosc – Mathilde Seigner – Claude Brasseur – Jean-Pierre Savelli (Richard Anconina) –

date de sortie : 21/05/2010 –  coût du film : 24 millions d'euros

Scénario : Dubosc / Onteniente / Guillard / Booz.

"Camping 2" a été vu au cinéma par plus de 3,9 millions de spectateurs. Au mois de Juin 2010, le sommet du box-office de l'année était composé de : "Avatar" / Cameron (14,6 millions) – "L'age de glace 3" / Saldanha (7,8 millions) – "Harry Potter et le prince…" / Yates (6 millions) – "Le petit Nicolas" / Tirard (5,5 millions de spectateurs)[4].

Pour "Camping 2", Mathilde Seignier a obtenu un million d'euros, le double de ce qu'elle avait obtenu pour "Camping"[5]. Frank Dubosc a perçu 1,381 millions d’euros, sans prendre en compte son travail de scénariste. « La réalisation probable d’un « Camping 3 » intègre ces deux films dans la catégorie des franchises qui permettent aux comédiens de demander des cachets hors normes »[6].

 

INTRODUCTION

Phénomène artistique et culturel, le cinéma sait, à l'occasion ("Bienvenue chez les Ch'tis" ou "Avatar") fédérer des publics aux attentes souvent opposées. Mais, le plus souvent, le cinéma s'adresse à une seule partie du public (jeune et féminin pour "Twilight", moins jeune et tout aussi féminin pour "Sex and the City 2[7]", plutôt jeune et masculin pour "Inglorius Basterds"). Loin des expérimentations de l'Art et Essai ou des provocations (violence, montage "halluciné") d'un certain cinéma "moderne", il existe tout un public "intermédiaire" (une classe moyenne plutôt vieillissante) qui attend que le cinéma lui tende un miroir dans lequel elle puisse interroger sa vison du monde, ses valeurs. Parfois, cette adéquation entre un film et les attentes du public se concrétise, même si la qualité et l’importance artistique du long métrage ne sont pas au rendez-vous (le nom des comédiens constitue un facteur non négligeable, certes, mais il n’explique pas tout).

Sorti en 2006, « Camping » a été vu par environ cinq millions de spectateurs. « Camping 2 », qui est sur nos écrans depuis quelques mois, constitue lui aussi, avec déjà près de quatre millions de spectateurs, un véritable succès commercial. De nombreux personnages sont communs aux deux films, tournés sur le même décor principal. Mais, même si les acteurs et l’équipe technique ont peu changé, la deuxième mouture n’est pas la copie conforme du premier opus. Quelles sont ces différences ? En quoi « Camping » est-il le reflet, plébiscité, de la France de 2006, celle de la fin de mandat du Président Chirac, et comment « Camping 2 » peut-il témoigner des enjeux et des nouveautés que le pays va vivre en ces premières années du mandat du Président Sarkozy ?

Et si ces deux films, mélange de satire, de bienveillance et de complaisance, nous rapprochaient d'une thématique déjà traitée par les plus grands (Eisenstein, Capra, Vertov, Ford, Scola, les frères Dardenne) : comment montrer le peuple à l'écran?… Peut-on dire aujourd'hui au cinéma la décomposition du corps social, les souffrances des exclus, les difficultés de ceux et celles que le libéralisme autorise à survivre ? Comment évoquer la fragilité sociale, quelle image donner des gens vulnérables ?…

Ces deux films ne se situent nullement dans le champ du cinéma de propagande. Leur objectif n’est pas de manipuler les spectateurs, c'est-à-dire de « paralyser le jugement et de tout faire pour que le récepteur ouvre lui-même sa porte mentale à un contenu qu’il n’aurait pas approuvé autrement »[8]. Sans doute faut-il envisager de nouvelles hypothèses pour comprendre ce phénomène. C’est un fait historique, la disparition du communisme semble avoir « libéré » notre planète, qui ne subit plus désormais l’influence néfaste des idéologies propagandistes totalitaires. Mais certains nuancent déjà ce point de vue : « Tout en privatisant la distribution de l’eau, de l’électricité ou de l’enseignement, les libéraux privatisent aussi les valeurs morales, se présentant toujours comme les tenants d’un discours qui signe la fin des idéologies »[9].

On doit bien prendre en compte que les deux films sont produits dans un système économique et idéologique (le capitalisme) qui établit aussi des contraintes « implicites », un « bain » publicitaire permanent, ayant comme modèles les « classes économiques supérieures », les « people » de la « jet-set » (« la richesse est d’abord un spectacle qui s’étale, réjouit les yeux, creuse les appétits, aiguise la rancune. Comme si les riches avaient aussi besoin d’être reconnus, et de tout rafler, même les apparences du plébiscite [10]») : nous voici, dans un état d’urgence et de compétition permanent, bombardés de messages frappés au coin du bon sens (il est « légitime » que les patrons reçoivent de fortes rémunérations, il est « légitime » de sauver les banques qui ont failli par leur rapacité dynamiter l’ensemble du système économique, il est « légitime » de laisser les pauvres se débrouiller en évitant de les transformer en assistés, il est « légitime » de ne pas accabler d’impôts et de charges sociales les entreprises, il est « légitime » de ne pas scolariser nos chers enfants avec les élèves issus de l’immigration, il est « légitime » de croire dans les valeurs du sport et d’idolâtrer notre équipe Adidas nationale Carrefour de foot Crédit Agricole, il est « légitime » de se passionner pour un Tour Orange de Vittel France enfin PMU « propre » Cochonou, etc.).

Tout cela s'est fait progressivement, pas à pas. En 2004, le PDG de la principale chaîne télévisée privée du pays (TF1) a confié « que son entreprise vendait du temps de cerveau disponible » à une grande marque américaine de soda...[11] (déclaration stupéfiante qui n’a soulevé aucune vague d’indignation, tant ces valeurs marchandes semblent aujourd’hui légitimes, partagées par le plus grand nombre... et signe de la plus authentique modernité pour les plus jeunes !).

Ceci posé, essayons maintenant de comprendre tout d’abord la signification de chacun des deux films, puis examinons les caractéristiques économiques, sociales et politiques de cette France fragilisée à ces deux dates. Nous pourrons alors évaluer le degré d’autonomie, de liberté par rapport à la réalité dont ont fait preuve ces deux réalisations. Nous tenterons alors d’en comprendre les enjeux de fonctionnement.

 

1.    Accueil du film / quelques critiques

"Camping" (2006) :

"Camping" est un film honnête et carré[12]"

Les internautes sont partagés : "Pour ceux qui veulent passer un bon moment sans se prendre la tête" / "Drôle, tendre, on passe vraiment un bon moment", mais aussi : "Le scénario est vide, les acteurs sont insipides, l'histoire d'une platitude désespérante ! A éviter absolument !".

La très sérieuse et cinéphilique revue Positif a aimé le film : ""Pourquoi cela fonctionne-t-il ? Parce que derrière la comédie franchouillarde annoncée, se jouent des drames, sociaux et sentimentaux, pas franchement résolus, et que cela sonne vrai" (Eric Derobert).

Le Parisien partage cet avis : "Camping est un film populaire, parfois émouvant, qui ne se moque jamais du peuple" (Pierre Vavasseur).

 

"Camping 2" (2010)

Accueil des internautes :

  • La "jeune génération" qui alimente blogs et forums sur Internet n'a pas du tout apprécié le film. Les quelques internautes qui donnent un avis positif essaient de trouver tant bien que mal des justificatifs valables à leur plaisir cinématographique ("J'ai accompagné quelqu'un" ou "J'y suis allé pour me laver le cerveau").

 

"Camping 2" analysé par le Figaro et Marianne

Le film est sorti sur les écrans le mercredi 21 avril 2010. N'ayant pas été présenté à la presse, certains mensuels (Les Inrockuptibles, Les cahiers du cinéma, Positif) et quelques quotidiens (Le Monde) n'ont pas consacré de chronique à ce film.

Marianne ("Mammuth / Camping2 : deux visions du peuple s'affrontent"[13]) et Le Figaro ("Camping2 et Mammuth, deux visions d'une certaine France[14]") ont choisi de chroniquer deux films dans le même article : "Camping 2" et "Mammuth[15]" (Delépine/Kervern/2010)

  • Le Figaro : "Camping 2 est une grosse farce franchouillarde grand public, une gaudriole, un succès annoncé qui n'a pas la prétention d'être un chef-d'œuvre (…). "Camping 2" fleure bon la bonne humeur du nanar à la française. Nous sommes dans le gras présent des vacances. Impossible de ne pas sourire à ces gags, à ces jeux de mots poussifs (…). Ces deux films à tendance sociologique deviendront, chacun à leur manière, cultes. D'aucuns se pinceront le nez pour ne pas voir cette France touchante et touchée. Dommage".

 

§         Marianne : "Le regard compassionnel qu'une partie de l'élite intellectuelle porte aujourd'hui sur le peuple se confond avec le vieux mépris social. (…) Camping 2 cherche à décrire une partie du corps social qui se dérobe généralement aux regards des médias, le peuple.(…) A Arcachon, les pastis addicts de Fabien Onteniente suintent la plouquerie en sandales, chaussettes et bons  sentiments. (…) Le déni de critique sur la comédie de Franck Dubosc et Cie est une autre démonstration de l'impossibilité de parler du peuple et au peuple, tout aussi éloquente que l'assimilation de "Mammuth" à une thèse de sociologie sur le nouveau prolétariat. Pourtant, la mobilisation  des campeurs contre un élu véreux livrant son littoral aux promoteurs constitue une rupture bienvenue dans une époque matérialiste. (…) La France d'en haut n'aime voir son peuple que lorsqu'il est grossier dans ses manières et fragile dans ses valeurs. Au cinéma, comme au journal de 20 heures, l'électeur FN et la racaille de banlieue sont plus photogéniques, donc plus aimables que le Patrick Chirac-Franck Dubosc dans sa zone pavillonnaire, au volant de sa R 21, et devant sa tente de camping".

 

D'autres critiques "représentatives" :

  • "Entre jeux de mots improbables du genre "Christophe Colomb a découvert l'Amérique, moi j'ai des couverts en plastique" et gags lourds comme des enclumes, Camping 2 nous a, doigts de pied en éventail, bien fait rigoler" (Anthony Palou – Le Figaroscope)
  • Si Camping 2 a une qualité, c'est de laisser ces personnages vivre leur vie de Français modestes, en soulignant plus volontiers leurs petites lâchetés, leurs sympathiques faiblesses que leurs certitudes (Carlos Gomez – le journal du dimanche).

§         Au fil des scènes, on en vient même à éprouver de la compassion voire de la tristesse pour ces personnages que l’on voit évoluer dans une vie qui nous parait tellement pathétique… mais qui semble tout compte fait plutôt leur convenir… Ouf ! (Amélie Chauvet, critique de "Camping" [16]).

§         Il est intéressant de voir comment évolue, de film en film, la schizophrénie de Fabien Onteniente, infatigable défenseur des petites gens et des vraies valeurs en même temps que symbole absolu d'un cinéma riche, dominant et mercantile. Camping 2 n'est pas un film, mais le produit dérivé d'un film (Les fiches cinéma, n°1980, 05/05/2010).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2.    ANALYSE DES DEUX FILMS

 

2.1. "CAMPING" (2006)"La France d’en haut » découvre la situation dégradée du peuple qui souffre, mais ne peut lui apporter aucune perspective"

 

2.1.1.   Le trajet du film

2.1.1.1.       Situation initiale

Au camping des Flots bleus, comme tous les ans, c'est le moment des retrouvailles autour de l'apéro d'usage pour les familles d'habitués. Sauf que cette année, les Pic n'ont plus leur emplacement 17, les Gatineau font tente à part, et Patrick Chirac, le play-boy de Dijon, se fait plaquer par sa femme. C'est dans ce camping que Michel Saint-Josse, chirurgien esthétique à Paris, se retrouve bien malgré lui pour y subir les problèmes existentiels d'une espèce jusqu'alors inconnue de lui : le campeur...

 

2.1.1.2.       Situation finale

La panne de voiture qui bloquait le chirurgien esthétique au camping est enfin réparée. Ce dernier (sans sa fille qui a pris son autonomie) rejoint Marbella et ses palaces de rêve. Il promet de trouver du travail à Patrick Chirac à Dijon. Les campeurs, à l'entrée du camping, ont salué son départ : ils restent sans projet, sans activité, comme suspendus dans le temps.

 

2.1.1.3.       Analyse de « Camping » (2006)

Deux France s'opposent et s'ignorent : le film va permettre leur rencontre fortuite. La « France d’en haut » bénéficie d’un excellent confort matériel mais, curieusement, cela ne lui donne pas accès au Bonheur (la voiture « de James Bond mais sans les gadgets » tombe en panne, la femme du chirurgien l’a quitté pour partir avec son prof de gym, sa propre fille le rejette). Il est prisonnier de son statut, et son expérience « éprouvante » au contact du peuple ne le fera pas changer d’attitude. Le monde populaire des campeurs est fraternel, solidaire et alcoolisé. Il accueille en toute amitié le représentant de « la France d’en haut », n’éprouve aucune envie, aucune jalousie, aucune colère à son égard. Les conflits évoqués (emplacement des Pic occupés par un couple de Hollandais) sont insignifiants, et vont se résoudre simplement. La politique, la religion, le racisme sont absents de l’intrigue (le garagiste portugais Mendes, en marge de la société des campeurs, est parfaitement intégré par son professionnalisme et son savoir-faire). Les difficultés économiques réelles (Patrick Chirac est au chômage) sont peu visibles dans cet univers « simple », au plus près de la nature. Chaque groupe d’age (adolescents, adultes, retraités) questionne son rapport au couple, fait semblant parfois de le remettre en question, avant de reprendre la vie commune, mode de vie le plus apte pour approcher le Bonheur.

 

2.2. "CAMPING 2" (2010) – "De Vercingétorix à Chirac (Patrick), la classe moyenne doit serrer les rangs pour lutter contre les conséquences de la crise du Libéralisme "

 

2.2.1.   Le trajet du film

2.2.1.1.       Situation initiale

Jean-Pierre Savelli, 45 ans, cadre moyen dans une compagnie d’assurances à Clermont-Ferrand est « lâché » par sa compagne. Ses collègues lui conseillent de « faire un break ». Il décide de passer ses vacances avec sa fille Lisa au camping des "Flots bleus" près d’Arcachon.

2.2.1.2.       Situation finale

Jean-Pierre est rejoint par son amie Valérie au camping. Le couple Gatineau se réconcilie. Patrick Chirac quitte le camping avant la fin des vacances (pour raisons budgétaires). Les campeurs le saluent amicalement lorsqu'il quitte le camping. Il reste bloqué dans un embouteillage à un péage d'autoroute.

 

2.2.1.3.       Analyse de « Camping 2 »

La France "éternelle" est toujours là, admirable : climat, paysages, convivialité. Les adultes font face à de nombreux problèmes (relations homme / femme, organisation même de la société), mais ces difficultés sont passagères. Le pays fonctionne (institutions, économie) : l'innovation, la nouveauté sont acceptées, mais nullement recherchées. La politique (Maire, Président de la République) soit constitue un danger, soit est inefficace car démissionnaire. Une réelle solidarité relie les membres de cette communauté, ouverts et accueillants… à ceux qui leur ressemblent ! Les conséquences de la crise sont visibles, mais ne constituent nullement une marginalisation dans le groupe pour ceux qui en sont victimes. Les enfants sont à leur place, sages et attachants, respectueux de leurs parents. Un univers figé dans un bonheur simple et estival, qui échappe par miracle aux soubresauts de l'actualité, aux menaces (au final dérisoires) portées par la mondialisation. Plus technologique, plus ouverte à de nouvelles pratiques sociétales, moins "crispée" sur ses valeurs conservatrices, modeste dans son mode de vie, contestataire (mais à dose homéopathique), la France (vieillissante) décrite par le film reste conforme aux stéréotypes heureux des années passées. De la naissance à 65 ans, c'est le pays merveilleux où, pour tous, (presque) sans chômage, sans précarité, sans exclusions, sans concurrence des pays émergents, sans faiblesses de l'Euro, sans réchauffement climatique…, il fait bon vivre !

 

3.    QUELQUES THEMES QUI TRAVERSENT LES DEUX FILMS

3.1.                    CAMPING(S) / politique

Camping (2006) :

Le pouvoir local : n'apparaît pas.

L'Etat : nul conflit, nul incident ne nécessite son intervention (même lorsqu'une tempête cause des dégâts ou qu'un accouchement imprévu doit être géré).

La politique : le patronyme de "Chirac" pose peu de problèmes au chômeur Patrick.

 

Camping 2 (2010) :

Le pouvoir local : le Maire gère la commune au nom "d'intérêts supérieurs", sans tenir compte de l'avis des personnes concernées au premier chef. Le film n'évoque pas les avantages que la commune pourrait tirer (en terme de développement économique) de l'installation du complexe hôtelier.

L'Etat : Répression : la police lutte avec efficacité contre la délinquance routière (M. Pic perd, sans contester la sanction, son permis de conduire en se rendant au camping). Protection des personnes Les gendarmes sauvent Patrick et Jean-Pierre piégés sur un banc de sable entouré par l'océan. Après l'échec de leur grève de la faim, au restaurant, Patrick Chirac téléphone (fait semblant ?) à l'Elysée, mais le locataire du Palais (dont la femme est chanteuse)… fait son jogging ! La Drac pourrait sauver ou condamner les campeurs : elle les sauve, alors que les vacanciers voulaient tromper le Maire et les investisseurs espagnols.

La politique : lors de la disparition de Patrick et Jean-Pierre, Jacky Pic porte un tee-shirt à l'effigie du Président Barack Obama (Jacky sera à la tête de la délégation de campeurs qui se rendra à la Mairie pour rencontrer le premier magistrat et contester son projet).

 

3.2.                    CAMPING(S) / condition sociale / luttes / conflits / solidarités

Camping (2006) :

Michel Saint-Josse apparaît comme la caricature d'une certaine bourgeoisie : technicité reconnue (chirurgie plastique), haut statut social (cabinet médical situé dans un hôtel particulier), habitat privilégié (quartier des Invalides), signes ostentatoires de richesse (la voiture de James Bond, mais sans les accessoires), vacances de rêve à Marbella et détour par le Médoc pour passer des commandes de vin. Le chirurgien n’hésite pas à saluer sa patiente par un baise-main ponctué d’un très distingué « Mes hommages ! ». Il sait qu’il doit son aisance financière à son travail : ce n’est ni une rente ni un héritage. Il participe également à la mondialisation (congrès à Miami). Le séjour dans le camping va s'apparenter à un abandon de ses privilèges, à une perte de ses repères, y compris pour ses besoins "fondamentaux" (sommeil, WC, alimentation). Il est littéralement pris en charge par Patrick Chirac, qui, bien qu’il accepte sans problème sa « supériorité sociale » (« Mon ami a les moyens de payer, il est chirurgien ! ») lui impose son mode de vie, ses valeurs et constate son inadaptation à la réalité vécue par la "France d'en bas" (« Michel, on met de l’essence dans un scooter ! »).

Le peuple conçoit une certaine admiration pour cette « France d’en haut » : Patrick Chirac, chômeur, demande à Mme Chatel, la responsable du camping, de mettre sur son compte les nuitées que le chirurgien et sa fille passent au camping. Le chirurgien va néanmoins mettre en œuvre des capacités techniques (il permet à la jeune hollandaise d’accoucher dans de bonnes conditions) et sociales (il est le médiateur accepté par les deux camps pour régler les modalités du match de volley entre textiles et nudistes) utiles pour faciliter le bon fonctionnement de cette microsociété. Mais la « fracture sociale » n’a pas été gommée : Sophie Gatineau, délaissée par son mari et repoussée par le chirurgien lui déclare : « même si je casse le Codevi, je sais que vous ne refaites pas les campeuses ! ». Sur la plage, Patrick et ses amis campeurs attaquent le chirurgien en défendant la simplicité de leur style de vie « A Dijon, moi aussi j’ai le satellite, et ma voiture, c’est pas celle de James Bond, mais au moins je m’en sers tous les jours ! ».

Au final, la "greffe" ne prend pas, les deux mondes sont par trop dissemblables (le chirurgien esthétique considère qu’il est hébergé au « village de Cro-Magnon »). La réconciliation finale entre le représentant de la bourgeoisie et le peuple est bien éphémère, fragile : le peuple reste figé, sans projet, tandis que le représentant de la bourgeoisie est évacué du récit, délesté d’une grande partie de ses privilèges, affaibli par le départ de sa fille (qui déclare désormais que les patientes opérées par son père sont des « conasses siliconées »)...

Les solidarités ponctuelles peuvent permettre de dépasser les incompréhensions (tempête, sauvetage du couple hollandais, accouchement). Seul Patrick Chirac souffre de son exclusion du monde du travail ("Je suis dans la merde. Compression de personnel, et me voilà au chômage. Mais je suis parti avec une indemnité de 4 000 euros !").

 

Camping 2 (2010) :

  • Jean-Pierre, à son arrivée au camping, apprend de la bouche de la responsable du camping, Mme Chatel, "que les premiers arrivés de la plage auront de l'eau chaude", et qu'il faut courir à travers le camping, sa barquette de frites à la main, pour éviter de les consommer froides. Patrick découpe les bons de réduction sur les emballages de yaourt (" Tu peux économiser 10 euros sur tes prochaines courses !… Je ne suis pas en vacances, je suis au chômage). Nulles traces de pénibilité, de maladies professionnelles ou d'accidents du travail
  • Les campeurs se rendent en délégation à la Mairie : Jacky Pic, symboliquement, porte la médaille d'or du campeur. Le mouvement revendicatif s'organise spontanément, sans assemblée générale; une grève de la faim commence, qui doit être relayée par les médias; la manifestation de campeurs s'installe sur la dune avec ses banderoles, tandis que la directrice tente vainement de mobiliser la presse locale; cette action revendicative est un échec qui ramène tout le monde au camping. Après l'échec de leur grève de la faim, installé au restaurant du camping, Patrick Chirac téléphone (fait semblant ?) à l'Elysée, mais le locataire du Palais (dont la femme est chanteuse)… fait son jogging
  • La lutte contre le projet hôtelier ayant été un succès, Patrick quitte le camping avant la fin des vacances car "avec la crise, je n'ai plus de pépettes. Je disparais sur la pointe des pieds". Les campeurs forment une haie d'honneur pour accompagner Patrick quand il quitte le camping. Patrick Chirac, chômeur, se retrouve bien isolé, loin des solidarités de son groupe. Il est immobilisé (dans un embouteillage) et sans perspectives.
  • Le film s'inscrit symboliquement dans la mythologie de la France "depuis toujours" résistante (le film débute par la statue de Vercingétorix à Clermont-Ferrand, et ce sont encore les antiquités gauloises découvertes "par hasard" dans le camping qui vont provoquer le départ des promoteurs immobiliers espagnols).

 

3.3.                    CAMPING(S) / liens entre les générations

Camping (2006) :

Les Gatineau ont un fils qui s'inquiète des disputes de ses parents. Des adolescents (Vanessa, la fille du chirurgien, Aurélie, la fille des Gatineau et ses copains surfers, Nourédine et Manu) évoluent dans leur monde, en marge des adultes. Si les adolescents issus du peuple ont trouvé leurs repères, leur autonomie sentimentale et sexuelle (mais "ailleurs", puisque ils ne forment aucun couple, ils sont présentés en "groupe" indistinct), Vanessa est soumise au contrôle strict de son père; bourgeoise par sa naissance, elle choisira de partir en autocar avec un jeune homme sans statut, presque sans le consentement de son père. En tous cas, elle rompt avec les valeurs de son monde privilégié. Aurélie, la fille des Gatineau, explique qu’elle endort ses parents avec un somnifère quand elle veut sortir... La dernière image nous présente, après le départ du chirurgien, les habitants du camping, adultes et adolescents, figés et unis dans la même attente.

Le fils du garagiste Mendes ne participe pas aux activités balnéaires ou de loisirs des jeunes "blancs" de son âge. De manière inattendue, cette société populaire va se trouver renforcée par une naissance, le bébé que met au monde la touriste hollandaise, et que ses parents vont baptiser Jacky, pour célébrer leur voisin français qui les a sauvés de la noyade. La mondialisation peut-aussi apporter des naissances inattendues à la France !

 

Camping 2 (2010) :

Evidente complicité entre Jean-Pierre et sa fille ("Pourquoi tu rigoles jamais comme Patrick ? Je te promets de réfléchir à tout ça… Je t'aime… Moi aussi je t'aime"). Lors de la disparition de Jean-Pierre, les Pic rassurent Lisa, sa fille. Une jeune maman confie son bébé à Patrick qui va s'occuper de l'enfant pendant le karaoké (le bébé, un moment « égaré », est récupéré sain et sauf par Jacky Pic). Les adolescents ont disparu du film.

 

3.4.                    CAMPING(S) / "minorités visibles"

Camping (2006) :

M. Mendes, le garagiste portugais, jouit d'une excellente réputation professionnelle. Il a conquis ses lettres de noblesse en participant au rallye Paris-Dakar. Son épouse, Cindy, est d'origine sénégalaise, et leur fils l'aide dans son activité de garagiste. Compétent, il va toutefois être trahi par son enthousiasme pour la mécanique : victime de surmenage et d'un petit accident, il ne pourra réparer la voiture dans les délais qu'il avait prévu. M. Mendes ne partage ni la vie du chirurgien, ni la vie des campeurs (il habite un appartement au-dessus du garage, improbable mais véritable « zone de relégation »); son statut est valorisé par le film : au final, il est accompagné par le finlandais Ari Vatanen[17], grand pilote de rallye (dans la réalité) et parrain de son fils (dans le film), qui vient certifier l’excellence de son travail de mécanicien. Paradoxalement, la famille Mendes, intégrée et conviviale, n'a au final aucun lieu "digne" pour exister. Elle est bien présente dans le récit, et pourtant fondamentalement absente de cette communauté…Désignant le désordre apparent qui règne dans le garage et furieux du retard pris dans la réparation de sa voiture, le chirurgien peste contre le « gourbi[18] » de Mendes, garagiste « portugais » (interprété par l'acteur Abbez Zahmani)  ...

 

Camping 2 (2010)

Très présentes dans les musiques du film (antillaise, gypsy), les « minorités visibles » sont très marginales : un couple antillais est montré brièvement – et seulement - lors du karaoké; M. Mendes est un technicien compétent et réactif, mais il travaille et n'a de contact qu'avec Mme Chatel, gestionnaire du camping. Second rôle actif dans le premier film, ce personnage n'est plus ici qu'une simple silhouette. Ni sa femme africaine ni leur fils n'apparaissent dans ce film; il n'est plus fait référence à ses origines portugaises).

 

3.5.                    CAMPING(S) / entreprise et mondialisation

Camping (2006) :

Le monde du travail est représenté principalement par Mme Chatel et son équipe, qui veille à l'animation ("course des canards") et à l'organisation du camping (gestion des emplacements, premiers secours face aux dégâts de l'orage). Le commerce (droguerie) des Gatineau reste flou, mais honnête. Les méfaits de la mondialisation sont de l'ordre du symbolique : Jacky Pic se bat pour son emplacement, le "17", indûment occupé par un couple de Hollandais. Sa patience et son obstination lui permettront de reconquérir ce site lié à l'histoire de son couple. Le chirurgien Saint-Josse vit dans l'opulence, mais respecte une vraie éthique professionnelle (il refuse d'opérer la patiente qui souhaite se faire opérer, jugeant que cette opération n'est pas nécessaire). Il est le représentant d'un monde coupé des réalités, qui ne vit que pour l'image, la représentation. L'entreprise de M. Mendes reste marginale, sans autres clients et sans volonté de conquérir de nouveaux marchés. A la toute fin du film, en saluant Patrick, le chirurgien promet (en s’appuyant sur ses relations et son carnet d’adresses) de lui trouver à Dijon un emploi de vendeur d’agendas (« Camping 2 » nous montrera que cette promesse n’a pas été tenue).

 

Camping 2 (2010) :

La France est essentiellement un pays de PME ou de TPE (Jean-Pierre Savelli travaille dans un cabinet d'assurances à Clermont-Ferrand; à Arcachon, nous rencontrons des entreprises qui vivent du tourisme saisonnier (camping, vente de frites, animations, restaurants, boites de nuit, pratiques sportives) ou dans les télécommunications (entreprise de M. Mendes). Le seul projet économique d'importance est l'implantation (à l'initiative d'un groupe espagnol) d'un complexe hôtelier "haut de gamme" à la place du camping. Ce projet, contesté par les campeurs, ne pourra se réaliser. M. Gatineau est propriétaire d'une quincaillerie florissante, mais il pratique aussi un commerce pour le moins "douteux" sur les bois tropicaux « à Bali »; le spectateur n'en saura pas plus… Patrick Chirac espère obtenir un poste de "chef de secteur" dans le groupe Miko pour la production de glaces sans calories, mais cet espoir ne sera pas confirmé par la fin du film : il demeure au chômage.

 

3.6.                    CAMPING(S) / corps, normes sociales et normes sexuelles

Camping (2006) :

Patrick doit « re-socialiser » le chirurgien (ce dernier prend congé de ses patientes en leur baisant la main), mais ignore qu’il convient de remercier quelqu’un qui, passant devant sa tente, le salue et lui souhaite « Bon appétit ». De même, très « maternel », Patrick lui demande de ne pas marcher dans la chambre de la tente avec les chaussures. Le campeur populaire a conquis de nouvelles libertés (et pas des moindres), puisqu’il peut, indique Patrick, «manger ses carottes râpées dans leur emballage ».

Le couple hétérosexuel constitue une norme parfaitement admise : les Pic, les Gatineau, Patrick Chirac qui, dit-il,  attend l’arrivée de sa femme et de leur petite fille, le « 37 » et sa « copine reine des campings ». Mais ce modèle connaît de sérieuses difficultés : les Pic se chamaillent sur la conduite à tenir pour récupérer leur emplacement, Paulo Gatineau a trompé sa femme avec « Bunny », une rencontre sans lendemain, Kristie, la petite amie du « 37 » va le quitter pour un autre, et Patrick Chirac connaitra une brève période « dragueur », avant de décider de reconstruire sa vie sentimentale. Ces « crises » sont des moments de remise en question du modèle dominant (« Fais tout péter, éclate-toi, est-ce que tu as déjà fait l’amour avec une fille ? ». Mais le retour à la « norme » est inéluctable : Patrick : « comment appelles-tu un homme qui aime sa femme et veut coucher avec une autre ? » - Michel Saint-Josse : « Un malade ? ». Le même chirurgien vit de manière monacale car sa femme « est partie avec son prof de gym ». L’argent ne fait pas le bonheur, ce que le médecin traduit par « Le malheur est à la portée de tout le monde ». Seule la jeune Aurélie Gatineau (mais c’est un personnage marginal) trouve un épanouissement sexuel certain (« un espagnol m’a fait découvrir mon point « G ») sans connaître les contradictions des adultes.

 

Camping 2 (2010) :

Avec le temps, des doutes apparaissent (image de soi – "je suis encore pas trop mal foutue" -, fidélité ou infidélité avec son partenaire, son conjoint – "T'as déjà trompé Jacky ? Oui, il y a longtemps, avec un gendarme"-). Mais, au final, le couple hétérosexuel (les Gatineau, Jean-Pierre Savelli et son "amie", les Pic) reste la valeur fondatrice. Patrick Chirac, divorcé ("j'ai pris une claque, elle m'a tout pris"), regrette sa solitude et n'aspire qu'à former un couple (avec Pauline, mais cette alliance ne dure pas). Sophie Gatineau, signe incontestable de l'émancipation de la femme, a fait dessiner un tatouage au dessus de ses fesses

Au final, le film propose une ligne de clivage qui sépare la population entre deux camps, radicalement distincts. Il ne s’agit nullement d’opposer les riches aux pauvres, ni les jeunes aux aînés, pas plus que les immigrés aux « français de souche ». Non, cette ligne délimite deux conceptions du rapport au corps : les « tous nus » et les « textiles ». Le monde des naturistes constitue une réserve de corps féminins jeunes et désirables (les corps âgés ou les corps nus d’enfants ne sont pas présentés à l’écran). On peut, dans le film, passer d’un univers à l’autre (Paul Gatineau effectue cet aller-retour). Au final, le monde des nudistes sera solidaire des campeurs « textile » pour combattre la menace que fait peser sur la communauté le projet hôtelier espagnol.

 

3.7.                    CAMPING(S) / une société balisée par la publicité, les marques, les "vedettes"

Les deux films témoignent d’un curieux mélange, qui va ponctuer le cœur de la fiction par des marques, échappées semble-t-il d’un écran publicitaire. Au-delà du paradoxe, ne convient-il pas de voir à l’œuvre ici la « culture populaire marchandisée » de ce début de 21ième siècle ? Sans doute, la publicité la plus « moderne », la plus « efficace » est celle que le spectateur accepte comme un élément « neutre », qui n’est pas chargé d’une mise en situation manipulatrice destinée soit à provoquer l’achat soit à donner une image positive à la marque. Ce lien étrange Cinéma / Publicité n’est pas nouveau, puisque le premier film (plus précisément, une « vue » de 55 secondes) de l’histoire du cinéma (« La sortie des usines Lumière »/Lumière/1895) concourt indéniablement à donner une image positive, en mouvement, d’une bien sympathique entreprise de Monplaisir (banlieue de Lyon) à la fin du XIXe siècle.

 

Camping (2006) :

Sont cités ou présents dans le film : Ferrari (casquette portée par Jacky Pic) – Ricard – la pommade Biafine – chocos BN – Benco (quatre citations) – La vache qui rit – Pirelli – Antar – Alain Delon - Amora – Auchan – magasins But – Haribo – Besomeone[19] - Carrefour – Champion – « J’aime le Cotentin » – Bernard Montiel et Ari Vatanen apparaissent dans le film et jouent leur propre rôle.

 

Camping 2 (2010) :

Sont cités dans le film : glaces Miko – chocolat Benco – "What else !" – Europe 1 (météo des plages) – Europe 1 (émission de musique classique) – supermarché Champion – Apéricube –Flamby –Aucune "vedette" n'apparaît dans son propre rôle

 

3.8.                    CAMPING(S) / Ecologie / nouvelles technologies / modes de vie

Camping (2006) :

Le film ne propose aucune conduite liée à un enjeu écologique. Les nouvelles technologies restent ambivalentes : les téléphones portables fonctionnent parfaitement, mais le logiciel de réservation du camping pose problème.

 

Camping 2 (2010) :

  • Le film nous propose l'image d'une classe moyenne frileuse qui adopte les nouvelles technologies mais doute de leur utilité (Les Gatineau tentent, sans succès, de rejoindre le camping à l'aide d'un GPS. Sophie Gatineau explique à son mari combien ce gadget est inutile puisqu'ils effectuent le même trajet tous les ans…). M. Gatineau est  fier de sa caravane et de son barbecue, "la Rolls des barbecue". Par ailleurs, des problèmes de réseau rendent l'utilisation des portables compliquée. L'envol des nouvelles technologies a permis la reconversion de M. Mendes (garagiste dans le film précédent) qui explique "avec la crise j'ai abandonné le garage; les gens ont une seule voiture à la maison alors qu'à la maison ils ont quatre portables ! »). M. Gatineau justifie son retour parmi les "textiles" car il reconnaît être "accro au GPS".
  • L'apéro constitue, pour les adultes, une cérémonie conviviale, fortement alcoolisée, mais qui ne débouche sur aucun excès. L'arrivée des campeurs est l'occasion d'une fête. Sur leur lieu de vacances, les campeurs pratiquent des activités exotiques (taï-chi), des sports de glisse spectaculaires (parapente). Le "local" est aussi valorisé (banda, huîtres, école de surf, dune).
  • Mme Chatel offre aux nouveaux arrivants un sac de copeaux pour utiliser les "WC écolos" (dont le spectateur n'entendra plus parler). M. Mendes, réparateur téléphonique, roule en Renault 8 Gordini d’époque, mais électrique ; il a rencontré Buzz Aldrin et, parfait « geek 20]»,  évoque la saturation de l’espace par les satellites). Sophie Gatineau se définit comme appartenant à la "planète attitude" et consomme des cocktails "rhum / soja").

3.9.                    Camping(s) / Culture

Camping (2006) :

Sur la plage, Patrick lit et apprécie « Belle du seigneur » [roman de Albert Cohen publié en 1968 : une réflexion sur le génocide du peuple juif et un grand roman d’amour qui décrit aussi les manières de la petite bourgeoisie snob singeant, dans les années 1930, l’art de vivre de la haute société pour tenter d’en faire partie. La passion amoureuse mythique qui unit les deux héros, Solal et Ariane, se conclut par un destin tragique] - Paulo a emmené sa femme « voir Sardou au parc expo de La Rochelle » - Koh lanta – Bernard Montiel (« le petit brun qui présentait « Vidéo gag » sur la 1ière chaîne ») – Emmanuelle Béart – Isabelle Adjani – Daniella Lumbroso (trois personnalités qui, selon le film, ont utilisé la chirurgie esthétique)-

 

Camping 2 (2010) :

La culture proposée par le film est essentiellement musicale, centrée sur les années 60 /70 : le nom du personnage "Jean-Pierre Savelli" est le vrai nom de Peter, du duo "Peter et Sloane" - sosie Michael Jackson – "il est où mon Paulo qui me chantait du Aznavour sur le pont de Saint Nazaire ?" – Karaoké "j'ai encore rêvé d'elle" (1975) – un orchestre antillais anime le bal du camping – Distel "la belle vie" 1963 – les Pic apprécient la musique de Jean Claude Borelly (trompettiste français né en 1953 qui a vendu plus de 15 millions d'albums dans 23 pays) et envisagent d’assister à un de ses concerts au casino de Gujan – musique gypsy sur le générique - Davy Crockett - Buzz Aldrin[21] - Julien Lepers et son "questions pour un champion" - Jacky Chan – Laure Manaudou - Nicolas Hulot –

 

 

4.    FABIEN ONTENIENTE S’IMPOSE DANS LE CINEMA COMIQUE Français.

 

4.1. Le peuple vu par le cinéma

Dans les années 30, nombreux ont été les films consacrés aux milieux populaires, et nombreux ceux que la tradition cinéphilique a classé parmi les plus grands ("L'Atalante/Vigo/1934, "Hôtel du Nord"/Carné/1938, "La belle équipe"/Duvivier/1936). Mais aujourd'hui "le peuple est devenu une idée, une idée politique. Il s'est désincarné. Un long silence s'étend sur "ceux d'en bas[22]". Après une liste consistante de "nanars" poujadistes, racistes, phallocrates, aujourd'hui l'image du "peuple" reste bien floue dans le cinéma français. Quelques cinéastes militants ("Les mains en l'air"/Goupil, "Welcome"/Lioret/2009) tentent de donner aux exclus, aux laissés pour compte une image à l'écran, de les présenter dans une symbolisation nouvelle.

 

4.2. Fabien Onteniente

"Fabien Onteniente (né en 1958) fait son entrée dans la monde du spectacle par la musique. Il écrit ensuite des scénarios de courts-métrages ("Le perroquet des îles" est sélectionné pour les César en 1984). Il réalise ensuite :

"A la vitesse d'un cheval au galop" (1992) – le film raconte l'histoire d'un groupe de retraités prêts à tout pour visiter le Mont-Saint-Michel.

"Tom est tout seul" (1993) – avec Clotilde Courau, Martin Lamotte, Florent Pagny 

"Grêve party (1997) co-écrit avec Bruno Solo – avec Vincent Elbaz, Gilbert Melky – (Les manifestants tiennent le haut du pavé parisien. M. Jean, ex soixante-huitard, syndicaliste devenu libraire dans le quartier latin, est sollicité par un ami gréviste pour collaborer aux négociations…)

Jet set (1999) – avec Samuel Le Bihan, Bruno Solo, Lambert Wilson – (Pour sauver leur bar de banlieue de la faillite, Jimmy et Fifi ont l'idée d'y faire venir la Jet Set parisienne…)

3 zéros (2001) – Gérard Darmon, Lorànt Deutsch, Gérard Lanvin (En prison, Manu déniche Tibor, un dieu du ballon rond…)

People / Jet set 2 (2004) – avec José Garcia, Ornella Muti, Elie Semoun (A Ibiza, John-John est l'organisateur des nuits les plus folles…)

Disco (2008) avec Franck Dubosc, Emmanuelle Béart, Gérard Depardieu – (Didier Travolta vit au Havre, chez sa mère, dans un quartier populaire…).

 

5.    Le référent implicite : la France en 2006 et en 2010.

 

5.1. Les Français en vacances : un tiers des Français sont des exclus des vacances.

Chaque année, un enfant sur trois et environ 35  % des adultes ne partent pas en vacances.

Les chiffres montrent un raccourcissement de la durée des séjours. Les séjours à la mer représentent 27 % des séjours effectués par les français. La durée moyenne d’un séjour à la mer s’établit à huit ou neuf jours. Pour leurs vacances, 63 % des français (de 15 ans et plus) choisissent un hébergement non marchand (famille, amis), tandis que 6 % choisissent un hébergement en camping (15 % choisissent un hébergement en hôtel et pension de famille). 9 déplacements sur 10 s’effectuent dans le cadre de la France métropolitaine. C’est dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Languedoc-Roussillon que les touristes français passent le plus de nuitées. En 2009, l'hôtellerie de plein air voit sa fréquentation croître de 4,2% par rapport à 2008. La bonne saison du camping a été réalisée grâce à la clientèle française en hausse de 7,2%.

Pour illustrer les vacances majoritaires des Français, le film aurait donc du montrer une famille hébergée dans un contexte non marchand au bord de la Méditerranée.

De nombreux commentateurs (de la France « d’en haut ») ont glosé sur le déclassement social qui serait illustré par les vacances passées au camping. Pour « la France d’en bas », qui n’a pas la chance de partir en vacances, ces séjours « rustiques » constituent pourtant un rêve encore inaccessible !...

 

5.2. Le Peuple, les Masses, le Prolétaire

5.2.1.   Définitions[23]

§        Le Peuple, selon la définition la plus générale, c'est un "ensemble d'humains vivant en société, habitant un territoire défini, ayant en commun un certain nombre de coutumes, d'institutions". Le peuple, c'est donc tout d'abord le corps de la nation, ensemble des personnes soumises aux mêmes lois. Mais une deuxième signification apporte une distinction à cette première proposition : le peuple c'est aussi le plus grand nombre, opposé aux classes supérieures, dirigeantes (sur le plan social) ou aux éléments les plus favorisés matériellement ou culturellement de la société. Dans ce combat inégal, les couches les plus humbles, les plus modestes de la société se voient qualifiées de canaille, populace, tourbe ou vulgaire. Non vraiment, il ne fait pas bon "d'être peuple" !

§        Les Masses, ce sont les couches populaires, la foule, le peuple. Les démagogues peuvent facilement déchaîner les masses, ou flatter les passions des masses. La masse est grégaire; en cela elle se différencie de l'individu, qui appartient plutôt à l'élite.

§        Le Prolétaire est la personne qui ne possède pour vivre que les revenus de son travail (salaire), qui exerce un métier manuel et a un niveau de vie relativement bas. On peut être prolétarisé, réduit à la condition de prolétaire (exemple : la prolétarisation d'un bourgeois…)

 

5.2.2.   Le marxisme, la lutte des classes, et... le Manque !

Il ne faut pas exclure que cette crise financière ne déclenche un mouvement de révolte et

de violence sans précédent, assorti d'un retour aux haines de classe. Après tout,

ne constitue-t-elle pas une formidable démonstration de la validité de l'analyse de Marx,

celle d'un capitalisme flamboyant, planétaire et suicidaire ? (Jacques Attali[24])

 

« Dans « le manifeste du Parti Communiste » (1847), Karl Marx et Friedrich Engels développent une conception grandiose de la philosophie de l’Histoire (toute l’Histoire a été une histoire de luttes de classes, de luttes entre classes exploitées et classes exploiteuses, entre classes dirigées et classes dirigeantes) qui voit, au final l’émergence d’un « communisme scientifique » censé défendre les intérêts du prolétariat. La révolte des forces productrices a condamné la société féodale à périr au profit de la société bourgeoise, et elle va aujourd’hui, en vertu de la même nécessité dialectique, détruire la bourgeoisie au profit du prolétariat. Pour fonctionner, précisent Marx et Engels, la bourgeoisie a créé un « monde à son image », elle a brisé les cadres nationaux de l’industrie ancienne et mis en place l’exploitation d’un marché mondial. Mais cette économie engendre des crises graves, et la manière dont réagit la bourgeoisie ne peut que préparer des crises futures plus générales et plus formidables. Et ce sont les prolétaires (ces ouvriers modernes, exploités, forcés de vendre leur force de travail) qui vont, en se regroupant, en prenant conscience de l’exploitation dont ils sont victimes, vont en finir avec la bourgeoisie. Selon Marx et Engels, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs : la chute de la bourgeoisie et la victoire du prolétariat sont également inévitables » [25].

Cette vision sommaire de l’Histoire appartient aujourd’hui au passé. La bourgeoisie est bien présente (le prolétariat lui non plus n’a pas disparu) mais elle s’appuie désormais sur une « classe moyenne » qui a adopté sa vision du monde et aspire à partager ses privilèges réels et symboliques. Le moteur de notre société de consommation individualiste et égoïste, n'est plus la "lutte des classes", c’est… le manque ! Parachutes dorés, primes de footballeurs et patrimoine des plus fortunés, tout (le culturel comme le symbolique) « fait signe » pour inviter la « classe moyenne » au conformisme, au statu quo social, dans l’attente de l’accession – inévitable – au paradis de la consommation de luxe, qu’illustre si magistralement la bourgeoisie (dernières en dates de ces « normes civilisationnelles intégratrices : le « bon » cinéma qui ne peut exister qu’en 3D, le poste de télévision « en relief » qui doit trôner au centre du salon, même si, pour l’instant, les chaînes ne diffusent pas de programmes avec cette technologie..., le 4 x 4, mais compatible avec le Grenelle de l’environnement, etc., etc.). Le cinéma, miroir déformant, va rendre compte lui aussi de la dynamique sociale ("L'existence des classes est un enjeu de luttes autant dans les représentations que dans la réalité"[26]). Tentons de caractériser maintenant cette classe moyenne que Marx n'a pas anticipé.

 

5.3. La « classe moyenne » en France (entre exclus et privilégiés, entre malaise et pessimisme).

En 2006, selon l’INSEE, la moitié des Français disposaient de moins de 1 500 euros par mois. On peut définir comme appartenant à la classe moyenne les petits commerçants, les salariés, les membres des professions intermédiaires, les artisans et employés qui gagnent entre 1 200 et 1800 euros par mois (ce n'est ici qu'un des nombreuses propositions de définition). Au-dessus se trouve "l'élite", une catégorie bourgeoisie/cadres/classes dirigeantes. Le sociologue Pierre Bourdieu[27] laissait entendre que les classes moyennes sont vouées à singer les valeurs et manières de la classe dominante puisque leur perspective est d'intégrer à leur tour cette bourgeoisie dominante. On peut adopter ici une "non-définition" basée sur un constat : la classe moyenne n'existe pas, sinon dans le projet de se faire elle-même.

Le cauchemar de la classe moyenne : Le chômage de masse (concentré sur les jeunes) caractérise aujourd'hui la société française. 60 %, c'est le nombre de français qui en octobre 2008 estimaient possibles qu'eux mêmes ou un de leurs proches se retrouvent un jour dans la rue (contre 48 % en novembre 2007)[28].

Est considérée comme pauvre une personne qui bénéficie, en 2006, de 733 euros mensuels. Depuis 10 ans, la pauvreté stagne en France, après avoir fortement baissé au cours des années 1970-1980. En France, 6 millions d'"exclus" (allocataires + ayant droit) vivent des minima sociaux (RMI, allocation aux adultes handicapés, chômeurs en fin de droits). En 2006, on compte en France près de 3,4 millions de travailleurs pauvres. "Les pauvres d'aujourd'hui sont des jeunes plein d'avenir dans la pauvreté[29]".

 

5.4. La fin de mandat du Président Chirac (2005 / 2006) – "La fracture sociale" peine à disparaître.

"Une fracture sociale se creuse dont l'ensemble de la Nation supporte la charge[30]"

 

5.4.1.   Les inégalités de revenus

§        Selon une étude de l'INSEE, le "seuil de pauvreté" est estimé à 880 euros en 2006. Selon ce critère, près de 7,9 millions de personnes peuvent être considérées comme "pauvres" (contre 7,7 millions en 2005).

§          Les 10 % plus haut revenus de la population française bénéficiaient en 2006 de, au moins, 2 765 euros par mois[31]. [

La dette ne cesse d'augmenter : alors qu'elle était de 58,2% du PIB fin 2002, elle atteint les 64,4% fin 2004. Le chômage, de son côté, se stabilise à 8,6 % fin 2006 (« Le travail précaire devient la nouvelle norme. Il sert d’épouvantail, de repoussoir aux travailleurs. La précarité s’inscrit dans la vie des individus, comme si elle était quelque chose de véritable, voire de naturel »[32]). La croissance reste faible (1,2 % en 2005). Le gouvernement tente une relance budgétaire en baissant les impôts des plus riches. Le raccourcissement de la durée d'indemnisation fait basculer plus vite les demandeurs d'emploi dans les minima sociaux et augmente le nombre de RMIstes. En France, en vingt ans, le pouvoir d'achat de l'indice boursier a progressé de 120 % pendant que celui des salaires (à temps plein) n'augmentait que de 15 %, et que celui du RMI n'évoluait pas. Les Français sont de plus en plus sensibles à la dégradation du pouvoir d'achat et à la détresse des mal logés. "La situation actuelle est hautement problématique (…) Il s'agit bien d'une débâcle collective qui peut avoir des conséquences politiques dangereuses[33]".

 

5.4.2.   Une fin de mandat marquée par l’immobilisme, l’essoufflement

M. De Villepin est Premier Ministre depuis 2005. M. Sarkozy est Ministre de l'intérieur depuis 2005 (il a auparavant occupé les fonctions de Ministre de l'Economie et des Finances). En 2005, le "non" l'emporte quand on demande aux Français de ratifier le traité établissant une Constitution pour l'Europe, basée sur plus de Libéralisme. En novembre 2005, des émeutes violentes éclatent dans les "quartiers" des banlieues. Le contrat première embauche (CPE) projet du gouvernement pour réduire le chômage des jeunes, suscite, en 2006, de fortes manifestations dans tout le pays.

 

5.5. Le début du quinquennat du Président Sarkozy (2007 / 2010) –  La rupture "avec les 30 dernières années[34]" et le volontariat.

5.5.1.   L’élection présidentielle de 2007

Dans sa campagne pour la présidence de la République, M. Sarkozy entend rétablir la confiance dans l'action politique et promouvoir la « valeur travail » (il adopte comme slogans : "Travailler plus pour gagner plus", "la rupture tranquille", "l'ordre en mouvement"). Préoccupé par "la France qui souffre", il appelle à inventer un nouveau modèle français. Il est élu Président de la République en Mai 2007 avec 53 % des suffrages (le vote ouvrier, qui avait déjà participé à l'élimination de M. Jospin au second tour de la Présidentielle de 2002[35], se porte à nouveau majoritairement sur le candidat de l'extrême droite, M. Le Pen (les socialistes sont toujours sanctionnés par les classes populaires; en 2007, le Front national recueille 10 % des voix au premier tour de la Présidentielle, puis il s'effondre aux Législatives de Juin 2007, au profit de la Droite parlementaire... et de l’abstention).

 

5.5.2.   Crise du capitalisme  (financière, économique et sociale) / défaites électorales.

 

5.5.2.1.       Une catastrophe économique majeure entraîne l'intervention massive des Etats (2007 / 2008)

« Certains CDOs contiennent des tranches incluant des RMBS de type subprime (...) En 2007, certains établissements financiers offrent à leurs clients de placer leur épargne en des titres de ce genre dont la description tient en un manuel de cent cinquante pages qu’aucun cadre supérieur de banque ne peut comprendre ni donc contrôler ». (Jacques Attali[36]).

 

"L'implosion du marché du crédit à partir de l'été 2007 n'a pas seulement mis les banques à genoux, avec des pertes estimées à 2 800 milliards de dollars en trois ans, elle a aussi fait plonger la production industrielle et le commerce international dans des proportions inédites depuis la crise des années 30[37]". L'Etat a endossé le rôle de banquier lorsque le système financier a risqué de s'écrouler.

Le chômage se stabilise à un haut niveau dramatique, (plus de quatre millions de chômeurs en 2010), et la précarité (CDD, travail temporaire) s'installe durablement. Depuis l'été 2008, le nombre de demandeurs d'emploi s'est accru de 800 000 personnes. L'Etat continue à supprimer des emplois dans la fonction publique. Le pouvoir d'achat stagne, les ménages sont endettés, la dette publique approche (avec 75,8 % du PIB) les 1 500 milliards d'euros (elle était "seulement" de 1 000 milliards fin 2003). Etonnant paradoxe, le taux de syndicalisation des salariés français a été divisé par trois en trente ans... En Europe, la Grèce, et dans une moindre mesure le Portugal et l'Irlande, traversent une crise budgétaire majeure.

 

5.5.2.2.       Une série de défaites électorales pour la Droite (des élections marquées par une forte abstention)

Les élections municipales de 2008 sont marquées par un fort taux d'abstention et par le gain par la Gauche de nombreuses villes de plus de 20 000 habitants (les élections cantonales qui se déroulent à la même date donnent la majorité des conseils généraux à la gauche). Les élections européennes de 2009 sont marquées par une forte abstention (60 %). Les élections régionales de 2010 voient le triomphe de la Gauche et le bon score d’Europe écologie ; seule l'Alsace reste à Droite (l'abstention monte à 53 %).

 

5.5.2.3.       Toujours autant d'inégalités

§        En 2003, les cadres de 35 ans bénéficiaient d'une espérance de vie totale supérieure de 5,7 ans à celle des ouvriers. Par ailleurs, les études médicales prouvent que les personnes qui ont du changer fréquemment d'emploi au cours de leur carrière sont significativement en moins bonne santé que les autres.

§        Quelques 300.000 consommateurs pourraient être privés de gaz cette année pour cause d’impayés, soit 30 fois plus qu’en 2008, a indiqué lundi à l’AFP la société GrDF qui gère le réseau de distribution de gaz naturel.[38]

 

6.    D’une France à l’autre (2006 – 2010)

6.1. "S'il existe encore une classe, c'est bien la bourgeoisie"[39]

Dans "Camping", Michel Saint-Josse représente la "haute société", mais il n'est en rien un "héritier", un rentier (il n'en a ni l'assurance ni l'estime de soi). C'est son activité professionnelle de chirurgien (et son talent personnel) qui lui permettent de mener grand train de vie (logement privilégié, voiture de luxe, vacances dans des palaces). Isolé dans son univers favorisé, il ignore les difficultés de la "France d'en bas". "Camping 2" a évacué ce personnage pour le remplacer par des investisseurs immobiliers espagnols, qui menacent les "acquis sociaux" des campeurs. Là où la mobilisation va échouer, c'est la "débrouillardise", "l'esprit gaulois", la solidarité du groupe, qui vont éloigner le péril. En 2010, la "France d'en haut" ("les amis du Fouquet's"[40] qui associent argent, culture, notoriété et prestige, qui construisent leur richesse et vivent au niveau planétaire, qui figurent dans le Bottin mondain et jouent au polo) a-t-elle disparu ? Il semble bien que non : "Les bourgeois travaillent sans cesse à conforter la classe bourgeoise[41]"…

 

§        Malgré la crise, le nombre de millionnaires a augmenté dans le monde en 2009. Moins d'1% des foyers de la planète réunissent ainsi 38% de la richesse privée mondiale[42].

§        Lors d'une conférence de presse en 2008, le Président Sarkozy annonce qu'il "souhaite réfléchir à la suppression de la publicité sur les chaînes publiques". Dès le lendemain, l'action de TF1 (la chaîne de son ami M. Martin Bouygues qui pourrait bénéficier de ce pactole évalué à 840 millions d'euros) grimpe de 9 %…

§        En octobre 2009, le fils cadet du Président, M. Jean Sarkozy, se déclare candidat pour prendre la tête de l'EPAD[43], dont l'objectif est d'aménager et d'urbaniser les 160 hectares du quartier de La Défense, un des principaux centres d'affaires européen. L'ambition du jeune homme se heurte à l'incompréhension du public, qui découvre que le fils du Président n'a que le Baccalauréat en poche. Le 22 octobre, il renonce à cette promotion "pour échapper aux soupçons de népotisme qui pèsent sur cette programmation programmée"[44].

§        Mme Liliane Bettencourt, actionnaire principale de l'Oréal, va, en quelques années, effectuer plusieurs donations à son protégé, le photographe François Marie Banier : 11 millions d'euros en 2002, 250 millions en 2003, 6 millions en 2004, 56 millions en 2005, 250 millions en 2006. Le magazine Forbes estimait la fortune de Mme Bettencourt à 13 milliards de dollars en 2009 (ce qui en faisait la femme la plus riche de France). [M. Bernard Arnault (LVMH) reste l'homme le plus riche de France avec une fortune estimée à 14 583 millions d'euros en 2009].

§        Depuis 1998, les revenus des plus aisés augmentent plus vite que ceux du reste de la population : plus on était riche en 1998, plus on est riche en 2009.

 

6.2. Le déclassement social / l’individualisme / les boucs émissaires : la France « sombre » que « Camping(s) » travestit, dissimule

6.2.1.   La progression du déclassement est incontestable, mais modérée.

6.2.1.1.       Tel père, tel fils ?[45]

"Arrière grand-père agriculteur, grand-père instituteur,

père Polytechnicien, fils schizophrène[46]"

A l'époque des Trente Glorieuses, les 3 % ou 4 % de croissance annuelle de l'activité permettaient une hausse générale de la qualité des emplois et des niveaux de rémunération, de telle sorte que beaucoup pouvaient espérer pour leurs enfants une position sociale meilleure que la leur. Entre 1982 et 2008, le nombre de cadres supérieurs a augmenté de 135 % (+ 2,4 millions d'emplois); la part des cadres supérieurs est passée de 7,8 % à 16 %. A l'opposé, le monde agricole et la catégorie des ouvriers ont perdu deux millions d'emplois (mais il convient de relativiser ces données : en 2005, 21 % des ouvriers non qualifiés sont bacheliers...).

La probabilité de devenir cadre moyen ou supérieur s'est logiquement accrue. Cette ouverture vers le haut a aspiré une partie des catégories populaires. Aujourd'hui, la part de ceux qui progressent reste donc supérieure à la part de ceux qui descendent, mais cette dernière s'accroît notablement. Même si le processus est parfois exagéré, le déclassement intergénérationnel n'est donc pas une vue de l'esprit. Le douloureux paradoxe des "intellos précaires" va causer bien des souffrances et stopper les espoirs légitimes de la jeunesse des classes moyennes. "Si l'on peut assister encore à des mobilités sociales fulgurantes, celles-ci sont plus rares et moins collectives[47]". Mais nul ne peut prédire aujourd'hui avec certitude la conjoncture et le marché du travail de demain…

En 1982, 18 % des 15-24 ans étaient employés en intérim, en contrat à durée déterminée ou en apprentissage : ils sont 51 % en 2008 (d'un point de vue global, la part de ces emplois précaires sur la totalité des emplois et passée de 5 % à 12%)[48]".

Autre raison d'inquiétude pour la jeunesse, la vieillissement de la classe politique (en 1981, pour un député de moins de 40 ans, il y avait un député de plus de soixante ans. En 2010, pour un député de moins de 40 ans, il y a neuf députés de plus de soixante ans).

 

6.2.1.2.       Un système éducatif paradoxal ("ouvert à tous et réservé à quelques uns[49]") qu’il convient d’interroger

 

6.2.1.2.1. Le niveau monte... la sélection aussi ?

Le niveau moyen de la main d'œuvre a fortement progressé ces trente dernières années. Entre 1982 et 2008, la part des bac + 2 ou plus chez les 25 – 49 ans est passée de 14,7 % à 35,2 %. Aujourd'hui le nombre d'emplois qualifiés continue à augmenter, et le diplôme reste la meilleure protection contre le déclassement (« Elever le niveau de qualification est devenu l’option première pour améliorer la situation de l’emploi ; on a constaté, entre 1987 et 1997, une augmentation de 46 % du nombre d’étudiants dans les universités »[50]).

 

6.2.1.2.2. Une Loi consensuelle (mais préoccupante) : la Loi du 23 avril 2005 « d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école » (Chirac / Raffarin / Fillon).

La Loi d’orientation de 2005 fixe des objectifs au système éducatif.

§        Assurer à 100 % des jeunes un diplôme ou une qualification reconnue ainsi que l’acquisition d’un « socle de connaissances et de compétences indispensables »,

§        Conduire 50% de l’ensemble d’une classe d’âge à un diplôme de l’enseignement supérieur (Licence). L’objectif de 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat est réaffirmé.

Cette implication du politique dans la pédagogie n’est pas sans conséquences…

De Janvier à Mars 2005, des centaines de milliers de lycéens « battent le pavé » pour protester contre le projet du gouvernement de réformer le baccalauréat. Malgré cette année fortement « réduite » au plan pédagogique, 62 % d’une classe d’âge obtient le baccalauréat en Juin 2005, ce qui fait de cette session du baccalauréat un excellent millésime, un véritable « miracle pédagogique » qui ne suscite aucun étonnement, comme si le résultat de l’examen était joué par ailleurs, quelles que soient les circonstances ("A force d'être distribué, le bac n'a plus de valeur"[51]...). Reprenons les chiffres.

La France a vu multiplier par trois en quelques années le nombre de ses cadres et de ses professions libérales (ces catégories représentent aujourd’hui environ 16 % de la population active). Notre société donne l’illusion à 64 % d’une classe d’age (avec un objectif futur de 80 %) que le baccalauréat, premier diplôme de l’enseignement supérieur, leur ouvrira la porte qui permet d'accéder aux métiers les plus prestigieux, les plus rémunérateurs. Cette attente n’est pas confirmée par la réalité des chiffres... ("Chacun constate que ceux qui parviennent à se maintenir dans la voie générale  sans s'être véritablement approprié les savoirs scolaires sont condamnés au "faire semblant",  et à l'utilitarisme de la note face aux exigences du travail scolaire. Leur désillusion est grande face à l'épreuve de vérité que constitue l'entrée dans l'enseignement supérieur ; pas moins de 20 % des étudiants quittent chaque année l’enseignement supérieur sans avoir décroché de diplôme"[52]). L’ouverture sociale apparaît relative : moins de la moitié des enfants d’ouvriers accèdent au supérieur, contre 80 % des enfants de cadres. Les filles sont minoritaires dans les formations les plus sélectives (classe préparatoire, IUT), et surtout dans les filières scientifiques ("Les ingénieurs de moins de 30 ans au chômage sont aujourd'hui 9,7 %, alors qu'ils n'étaient que 4,9 % en 2009"[53]).

Comme c’est déjà le cas en Grèce, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur en surnombre vont se voir proposer des emplois à 800 euros; comme en Espagne, il leur sera impossible de prendre leur autonomie, et les jeunes trentenaires (la « génération paillasson : sept ans d’études et cinq ans de galère »[54]) seront toujours obligés de compter sur leurs parents pour disposer d’un logement (de nouvelles activités "ludiques et festives" viendront combler leur vague à l'âme : "botellon" en Espagne, "Apéro Facebook" de ce côté-ci des Pyrénées). Le cocon qui les environne s’avère résolument moderne (cinéma en 3D, TNT, marques, Sky, Fun, NRJ, jeux en réseau, Facebook : l’appareillage nécessaire pour communiquer avec tous et avec personne, ne plus penser aux surlendemains et gommer les frustrations générées par un système particulièrement inégalitaire). Les sociologues assistent par ailleurs à une montée spectaculaire du « bricolage religieux » (42 % des jeunes disent croire à une vie après la mort, et un grand nombre d’étudiants s’intéresse aux croyances parallèles, astrologie, spiritisme, télépathie, voyance)[55].

Les jeunes ne sont plus des acteurs politiques déterminants (mais ils descendent dans la rue chaque fois qu'une réforme des lycées menace leur accès "légitime" au diplôme). Déclassées et marginalisées, les nouvelles générations (qui n'ont pas la chance d'avoir des parents qui fréquentent les clubs de golf, les cercles, les châteaux ou les équipages de chasse à courre) serviraient-elles de variable d'ajustement dans leurs collèges et lycées "périphériques" ?

 

Hypothèse : l’analyse de cette situation révèle peut-être un conflit intergénérationnel majeur. La population qui a bouleversé les valeurs de la France en 1968 atteint l’âge de la retraite, mais elle souhaite conserver... son éternelle jeunesse et, après avoir accaparé les fruits de la croissance, elle entend maintenir les situations de rente qu’elle a établi à son profit. De nombreux jeunes de milieux populaires qui ont réussi leurs études vont être confrontés à une vraie précarité. La jeunesse actuelle se voit pourtant offrir un magnifique « cadeau » : elle peut prolonger son adolescence – que le sociologue Louis Chauvel nomme "socialisation transitionnelle" - par des études universitaires, et elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même si elle rencontre des difficultés, si elle échoue.

Mais, ce que les jeunes issus des milieux populaires ignorent, c’est que la sélection sociale, toujours aussi dure et inégale, a simplement été différée dans le temps (la massification du système éducatif n'a pas entraîné de démocratisation, l'école fonctionne toujours pour une minorité "d'héritiers"); la sélection ne s’effectue plus après l’école primaire comme jadis, mais sur les bancs de l’université ("Plus que jamais, les inégalités sociales devant l'école ne s'expliquent pas par des différences de revenu des familles mais par des écarts d'instruction; c'est la manière et la richesse de l'intervention qui est cause de réussite scolaire[56]") : « Pour rentrer à Polytechnique, il faut savoir « décoder » les arcanes du système éducatif particulièrement opaque pour les non-initiés. La formule idéale est un père cadre sup et une mère enseignante [57]»... "Le déclassement constitue bel et bien la réalité vécue par une proportion croissante de jeunes générations, victimes de la précarité, du chômage de masse et d'une baisse sensible de leur niveau de vie[58]". Le mieux-être avéré des seniors a bien un prix pour le reste de la société…

 

 

Le paradoxe de la "Gauche" face au système éducatif :

Certes, "l'école n'est pas coupable de la fracture sociale, mais elle la subit avant de l'amplifier en croyant la réduire[59]" ! La classe moyenne "intellectuelle et supérieure", fortement représentée dans le corps enseignant, participe bien sur aux évolutions du système éducatif, mais elle fait plus en la renforçant par une vision du monde qui leur est propre. Alors que leurs parents, instituteurs, partageaient une volonté de changer les rapports de force entre la bourgeoisie et le prolétariat, les enseignants aujourd'hui ont fait le choix d'adopter les valeurs sociétales et comportementales de la nouvelle bourgeoisie, des "Bobo" plus "cool », décomplexés avec l'argent, plus libres dans leur consommation, leur sexualité. Mais ils souffrent de constater que ce "Bonheur" n'est pas partagé par tous. Aussi ils se sont donnés comme mission de sauver le Prolétariat de son exploitation. Il faut éviter à chaque enfant d'ouvrier, de maçon, de jardinier d'être condamné à la même peine professionnelle infamante, au même destin que son père. Une seule solution pour atteindre cet objectif des plus charitables : se battre pour que chaque "manuel" devienne un "intellectuel" et échappe ainsi à sa malédiction (hélas, nul n'a jamais rencontré une aide-soignante ou un boulanger heureux !…). Oui, en donnant accès à 80 % d'une classe d'age au baccalauréat, la rupture entre classes moyennes et "prolétaires" est bel et bien consommée…"Le peuple est devenu une idée, il s'est désincarné; un long silence s'étend sur "ceux d'en bas[60]". Le peuple n'a plus qu'a s'effacer, disparaître, se dissoudre dans la classe moyenne, si désintéressée ("Il devient chaque jour plus incertain qu'en persévérant dans la voie de l'inflation scolaire nous prenions le chemin du progrès et de la justice sociale[61]"). Mais, au fait, dans ce monde enfin parfait qui a « sauvé tous les travailleurs manuels », qui va s'occuper des personnes âgées, nettoyer les sols et pêcher le poisson ?…

 

6.2.1.2.3. Un système d'évitement

Le diplôme joue de plus en plus fort dans la réussite sociale. Les jeunes générations et leurs familles l'ont compris. En témoigne leur investissement à la fois psychologique et financier dans les études et les stratégies d'accès aux meilleures écoles, surtout dans les milieux les plus favorisés (« Par le biais d’options – langues vivantes ou anciennes -, de « classes de niveau » ou de « classes européennes », des inégalités scolaires ont été créées, dès le début de la scolarisation, permettant à certaines familles bien informées d’échapper à la carte scolaire (...) Le comportement de familles de couches moyennes, fortement impliquées dans la scolarisation de leurs enfants contraste avec celui des familles populaires éloignées de la culture scolaire, qui ne comprennent pas le fonctionnement de l’école »[62]).

L’assouplissement de la carte scolaire va avoir pour conséquence une mise en compétition des établissements scolaires : dans les villes moyennes, les parents savent désormais quel est le collège « d’excellence » et quel est le collège de « relégation» (où sont affectés les jeunes enseignants dénués de toute expérience professionnelle). Les parents d’élèves de Neuilly-sur-Seine, une « banlieue » très particulière, font tout leur possible pour que leurs enfants puissent bénéficier d’une scolarité de qualité, en traversant le périphérique pour leur permettre d’intégrer les lycées Louis Le Grand, Henri IV ou Janson de Sailly. Le passage par des établissements privés au cours de la scolarité semble tout à fait légitime (c’est là que se trouvent les enfants des Ministres et des hauts fonctionnaires...). Chacun s'efforce de maintenir une distance avec ceux qu'on estime "en dessous". Le "capital social des parents" (leurs relations) prend de plus en plus d'importance. Chaque année, dans son « palmarès des lycées », le Ministère de l’Education rend compte de la réussite incontestable des établissements privés sous contrat (Près d'un jeune élève sur trois passe au moins un an de sa scolarité dans une institution privée)...

Mais, si on veut bien tirer les conséquences de cette véritable cascade du mépris, comment pourrait-on se contenter d’espérer voir nos enfants réussir leurs études sur le sol national, alors que la vraie excellence, celle qui donnera accès aux emplois fascinants  des « gagnants de la mondialisation », se trouve sur les bancs de la London School of Economics ou dans les universités nord-américaines (et encore, ce doit être Harvard University ou le Massachussets Institute of Technology…)?

Vraiment, ce refus des positions sociales subalternes, ces stratégies d’évitement dévastatrices pour la cohésion sociale sont sans fin, puisqu’elles constituent, au plan de l’éducation, l’exacte transcription des théories libérales en économie ("L'école ne contribue plus à donner une culture commune aux citoyens qui vont vivre ensemble. Elle sert à armer des concurrents prêts à s'affronter dans la jungle libérale"[63]). Il s’agit d’une véritable fuite en avant, égoïste, individualiste, dont personne ne mesure à l’heure actuelle les conséquences... La gauche a perdu de vue son projet émancipateur : elle est maintenant sommée de redéfinir son identité. Dans un univers saturé de marques et de publicités, conditionnés par un marketing omniprésent, seule la droite libérale aujourd'hui, en saturant et en orientant notre perception du monde, nous fait "rêver", tandis que les actionnaires touchent de copieux dividendes en caressant l'espoir fou d'enterrer très prochainement l'Etat-Providence, celui-là même qui vient de leur éviter la ruine... Oui, la réalité sociale est aussi idéologique ("Si la droite était seulement le parti des riches, la gauche pourrait s'endormir au pouvoir"[64]).

 

 

 

6.2.1.2.4. Le travail manuel discrédité

Dans nos collèges, les activités intellectuelles et physiques sont omniprésentes. Ce sont les classes de « relégation », les SEGPA, qui vont permettre aux élèves (condamnés à devenir des « manuels », suprême marque d’infamie sociale) de découvrir d’autres possibilités d’expression, de création). Si le « concours général » reconnaît aussi maintenant les pâtissiers et les bouchers au même niveau que la dissertation grecque ou latine, notre République n’a pas encore voulu inventer les établissements techniques d’excellence qui pourraient accueillir les enfants de cadres, les fils et les filles d’enseignants... ("Tant que perdureront la tyrannie de l'intelligence abstraite et la séparation radicale entre théorie et pratique, les élèves vivront ces séparations comme dégradantes, et elles auront pour conséquence de fragmenter la société française en élus" et en déchus"[65]). Si près de 200 000 emplois ont été détruits en 2009, la France reste un pays industriel : sur les 500 plus grandes entreprises mondiales, 35 sont françaises (agroalimentaire, aéronautique, automobile). Les ouvriers représentent encore près de 25 % de la population active. Il manque cruellement aujourd'hui une politique industrielle ambitieuse et cohérente (en recherche, innovation), respectueuse de l'environnement et des territoires. Les conditions de travail doivent être améliorées, les salaires augmentés, la condition ouvrière revalorisée. Le développement industriel a besoin de salariés toujours plus qualifiés, ceux-là même qui sont considérés comme bien encombrants par notre système éducatif.

 

6.2.2.   Les « étrangers » des « quartiers » : des boucs émissaires bien utiles pour détourner l'attention du peuple sur les pratiques du capitalisme actionnarial ?...

La société française entretient des rapports difficiles avec son histoire coloniale, et, gauche et droite confondus ont souvent des difficultés à établir une politique juste et humaine avec les immigrés.

§        M. Mitterrand, Président de la République, va favoriser l’émergence d’une extrême droite forte, censée affaiblir la Droite parlementaire[66].

§        M. Jacques Chirac, alors Président du RPR et Maire de Paris, évoque, lors d’un diner-débat du RPR à Orléans en 1991, « le bruit et l’odeur » liées aux populations immigrées (« Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, et bien le travailleur français sur le palier devient fou ».

§        En Juin 2005, le Ministre de l’Intérieur, M. Sarkozy, effectue une visite à La Courneuve. Il promet de nettoyer la cité des 4 000 « au Kärcher ».

§        A partir de novembre 2009, pour tenter de récupérer l’électorat du Front National, le gouvernement de M. Fillon va lancer un grand débat sur le thème de l’identité nationale (de nombreuses émissions de télévision et d’innombrables débats éclaireront l’opinion sur les dangers du voile islamique, le port de la burqa, le port du niqab, la hauteur des minarets, la drogue dans « les banlieues » ou la violence des jeunes des « quartiers de relégation»). M. Besson, Ministre de l’identité nationale, ne ménage pas sa peine mais c’est en vain, les élections régionales de 2010 sont une défaite cuisante pour la Droite.

§        « Hors la Loi », film de Rachid Bouchareb qui représente l’Algérie dans la compétition cannoise en Mai 2010 est l’occasion pour la Droite et l’extrême Droite locales d’une manifestation de protestation, alors que le film n’a même pas été projeté !..

§        M. Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur en exercice, est condamné le 4 juin 2010 à 750 euros d’amende (pour injure raciale) pour ses propos adressés à un jeune militant… UMP, d’origine arabe[67].

 

6.2.3.   SDF, mal logés, travailleurs pauvres, immigrés sans papiers, « succès » des Restos du cœur : la France invisible

La journaliste Florence Aubenas décrit dans un livre à succès (« Le quai de Ouistreham [68]») la France qui souffre, la France qui survit avec moins de 700 euros par mois, la France exploitée, précaire,  « invisible », mais où la solidarité n’est pas un vain mot. Oui, il existe bien une "France invisible", des populations qui, malgré leur nombre, sont masquées , volontairement ou non par les chiffres, le droit, le discours politique, les représentations médiatiques, ou se retrouvent enfermées dans des catégorisations dépassées qui occultent leurs conditions d'existence"[69].

Qui sait, peut-être serons-nous un jour, nous aussi, contraints d'habiter dans des "territoires de relégation" ? ("Pauvreté, chômage, absence de diplôme, enclavement, délabrement, frontières physiques et mentales, violences inquiétantes : ces territoires, les Zones Urbaines sensibles, sont bien des ghettos"[70]).

 

 

7.    « Camping » et « Camping 2 » NOUS INVITENT A NOUS POSER LA QUESTION DU BONHEUR

« Ce sont nos enfants qui devront éponger les dettes, gérer les déchets,

Démanteler à coût élevé les centrales nucléaires... « Après nous le déluge ! »

Le marché, le court terme prime sur tout et sur tous »[71].

 

Incontestablement, si l'on compare "les flots bleus" girondins à l'hôtellerie de luxe sous les tropiques, les campeurs illustrent un véritable déclassement social. Mais il convient peut-être ci de considérer un autre point de vue, opposé : et si ce mode de vie favorisait au final les rapports entre les personnes, l'épanouissement de soi, le souci des autres, tout en respectant les équilibres naturels, le rapport de l’Homme avec son environnement ? Les deux films renouvellent implicitement la réflexion sur le Bonheur, ce qui leur permet de séduire d'autres publics, d'ouvrir à d'autres problématiques (« Nous érigeons des statues à la gloire du superflu, que nous décrétons indispensable »[72]).

 

7.1. Le tourisme, une industrie de loisirs menaçante pour l’environnement ?

« On peut considérer l’environnement comme la matière première du tourisme, lequel ne peut s’envisager  durablement sans participation à sa préservation. En effet, vers quel type de tourisme pourrions-nous aller si l’environnement, cette matière première universelle, venait à faire défaut ? Certaines offres touristiques nouvelles tentent d’imaginer d’autres manières de voyager et de séjourner : écotourisme, tourisme de nature, tourisme solidaire, tourisme équitable (en contrepoint des habituels concepts d’entreprise qui considèrent le tourisme comme un produit ou comme une industrie de consommation de masse). Parallèlement on assiste chez l’usager à l’émergence d’une aspiration croissante à aller vers des formes de tourisme moins illusoires et plus authentiques »[73].

 

7.2. Le choix de la pauvreté, d'un certain dénuement

Paradoxe : l'économie de croissance, loin de résorber la pauvreté, a créé de nouvelles sources de précarisation et de dépendance à des besoins économiques fabriqués de toutes pièces. Les pauvres, non seulement sont exclus, marginalisés, mais, de plus, ils pensent que les riches leur sont supérieurs. Et pourtant, l'état de pauvreté n'est ni sale ni honteux ! Le père Joseph Wresinski, fondateur  de l'association ATD Quart Monde, préconisait aux volontaires de vivre dans un certain dénuement ("Les pauvres, voyant leur état valorisé, auront beaucoup plus de possibilités d'entrer en contact avec leur entourage et d'affronter le monde[74]"). Ces militants font le pari qu'on peut vivre avec un mode de vie frugal, presque entièrement "hors-marché", et pourtant surmonter les difficultés grâce à la solidarité et à l'entraide. Mais la pauvreté choisie suscite aussi des suspicions, des réactions hostiles, car elle attaque de front le moteur économique et idéologique de nos sociétés, la possession de biens matériels, fondement de la société de consommation.

 

 

7.3. Croissance "douce", croissance "propre", Décroissance, simplicité volontaire ?

Les thèses des partisans de la décroissance connaissent un succès certain dans les milieux écologistes. Ils plaident une rupture radicale avec la société industrielle pour sauver la planète. Leur analyse s'appuie sur un constat : le système économique exige une croissance illimitée de l'activité, alors que le monde naturel, lui, est fini. Pour leur alimentation (importation de kiwis, d'oranges, d'avocats), pour leurs loisirs (destinations lointaines et exotiques), les populations des pays riches n'hésitent pas à brûler des millions de barils de kérosène, matière première énergétique dont on connaît les limites (comme cela sera le cas avec les autres ressources naturelles). Dans cette perspective "révolutionnaire", la production de yaourts dans les foyers contribuerait à réduire la fabrication d'emballages, de conservateurs, de transports. Il conviendrait dans la même logique de substituer un bien importé par un bien produit localement. Au final, cette simplicité volontaire rendrait notre vie moins encombrée d'objets et de biens "inutiles" ("Innover, cela peut vouloir dire deux choses : soit on apporte quelque chose de neuf à ce qui est déjà établi, soit on crée artificiellement des besoins nouveaux"[75]). Pour ces partisans, il convient de combattre le développement, car il est synonyme d'occidentalisation et de marchandisation du monde. Les tenants de la "durabilité forte" estiment qu'il faut limiter les activités humaines pour préserver la nature : il faut préserver les espèces naturelles (la surpêche constitue vraiment une menace pour la ressource halieutique). Ces questions environnementales débouchent sur la nécessité de mettre en place une gouvernance mondiale, qui veille aux intérêts supérieurs du patrimoine de l'humanité. De nouveaux outils (Indice de développement humain, Empreinte écologique) permettront d'évaluer ces nouvelles politiques qui, par une coopération affirmée et assumée, nous permettront de prendre soin les uns des autres.

 

CONCLUSION

"La publication dans la presse des photos de Mme Woerth (la femme du Ministre des Affaires sociales) assistant aux courses hippiques à Chantilly, avec son chapeau et sa robe signée par un grand couturier, va s'avérer certainement catastrophique au moment où le gouvernement envisage des mesures de rigueur et annonce un plan douloureux  pour sauver les retraites[76]".

"Avec Carla, c'est du sérieux, mais ce ne sont pas les médias

qui  fixeront la date du mariage ![77]"

"Lady Gaga déclare : je ne veux pas paraître modeste, je veux révolutionner la Pop".

 

Dans un monde en complet bouleversement (voué à la vitesse, au numérique, à la rentabilité immédiate), alors que les peuples du monde entier subissent les conséquences d'une crise économique et sociale majeure (dont l'origine semble aussi mystérieuse et imprévisible qu'une éruption volcanique islandaise), chacun tente de trouver un message fédérateur qui consolide ses alliances et le rassure sur les solidarités dont il peut encore bénéficier. Mais que ce monde est complexe, illisible ! La crise mondiale de la finance, la plus grave depuis 1929, nous a plongé dans un brouillard complet…

Nous avons découvert, avec l'arrivée au pouvoir du Président Sarkozy, une droite libérale inédite, cynique, prête à reprendre à son compte les arguments nauséabonds de l'extrême droite xénophobe, décomplexée, prête à dépasser les vieux clivages en mélangeant politique, marché et star-system pour tenter d'abattre l'ennemi de toujours, l'Etat. Cette droite "révolutionnaire" et vulgaire a jeté aux orties ses thèmes traditionnels, la religion, la famille, l'autorité qui prétend limiter la Liberté, la mémoire de la patrie… Cette droite est fière d’être « Bling-bling ». La Rolex est son étendard.

Certes, la Liberté et une certaine fraternité (sécurité sociale, solidarité intergénérationnelle pour les retraites) caractérisent encore notre République démocratique. Mais l'égalité n'est plus l'un des trois piliers de notre contrat social, ce n'est plus une passion française. Bien au contraire, la caste des "plus que riches" a colonisé les esprits, étalant ses « réussites », ses excès de toutes sortes. On ne cache plus sa fortune, son patrimoine, ses gains, le montant de son parachute doré. Le monde du capital, qui n'hésite plus à se montrer grossier, a marginalisé le monde du travail; chacun (surtout les plus humbles, les exclus) est appelé à faire preuve de patience, de conformisme, de crédulité, avant de rejoindre un jour prochain M. Bayrou, M. Morin, M. Denisot  ou Mme Woerth dans les tribunes "VIP" des champs de course.

 Nul "grand soir", nulle révolution à l'horizon. C'est écrit, c'est inéluctable, la prophétie que répètent à satiété les médias ne peut que se réaliser. Nous (les chômeurs, les exclus, les bénéficiaires des « Restos du cœur ») serons, demain, à notre tour, des nantis et des "gagneurs". D'ailleurs, il est si facile d'anticiper notre présence à venir dans ce monde privilégié : je sais déjà que "Nicolas aime Carla" (ils sont si proches, malgré leur mode de vie qui en fait de véritables "stars"...), et que la sulfureuse et talentueuse Lady Gaga, dont chaque nouveau clip crée un véritable "buzz" sur la Toile, est aujourd'hui un "produit" phare de notre culture mondialisée ![78] N’est-ce pas là la quintessence de ce qui définit un individu moderne, bien dans son époque ?...

Le cinéma, merveilleuse machine à rêver éveillé, joue, comme toujours, un rôle d'accompagnement de nos imaginaires. Il met en scène les crispations, modifie les rapports de force et propose une résolution des tensions ("L'idéologie, qui sert à asseoir le pouvoir d'un groupe, ne persiste que si elle a la capacité d'expliquer aux gens le sens de leur vie, de leur donner une raison de travailler, même à ceux qui en souffrent"[79]). Le cinéma questionne la société, distillant beaucoup de conformisme et parfois un peu d'innovation et de contestation. Mais quelque chose a changé en France, et les deux films en gardent la trace.

Nous savons désormais que le rayonnement planétaire de la France n’est plus qu’un lointain souvenir, que les « catégories supérieures », ces nouveaux Bo-Bo  libéraux (en matière économique) et libertaires (en ce qui concerne les mœurs), ne constituent pas toujours des modèles à suivre[80], qu’il conviendra plus que jamais de croire et de faire vivre la fraternité, et qu’un autre type de rapport au monde, plus frugal, plus modeste, plus ascétique, nous sera imposé par les limites de la planète. Et si toutes ces contraintes ne nous permettaient pas, au final, de nous interroger gravement, de poser à nouveau la question du Bonheur ?

L'avenir est incertain. Les frustrations concernent maintenant aussi bien le bas comme le haut de l’échelle sociale. La promesse du "Travailler plus pour gagner plus" va-t-elle se réaliser ? Les agences de notation seront-t-elles enfin magnanimes avec nos déficits qui effraient tant les "marchés", le couple présidentiel va-t-il adopter un enfant africain à la veille de l'élection de 2012 ? L'identité nationale va-t-elle survivre aux périls immenses qui la menacent ? L’Equipe Adidas de Carrefour France Quick de Orange foot Crédit nous Agricole fera-t-elle à Air nouveau France bientôt SFR rêver GDF Suez ? La gauche éclatée en de multiples chapelles a-t-elle encore un avenir dans une société qui a largement diffusé les valeurs d'individualisme et de concurrence ? Sans doute nous faudra-t-il attendre la sortie sur nos écrans, dans quelques mois,  de « Camping 3 » pour le savoir... Qui sait, cette œuvre à venir nous apportera peut-être ce qu'espérait déjà Rimbaud, "des secrets pour changer la vie"…

 

Gérard Hernandez

Lauréat de la certification « Cinéma-Audiovisuel »

Article rédigé avec la documentation de l’espace « Images Histoire »

de la Médiathèque Jacques Ellul de Pessac (33). Juin 2010.

 

 

8.     ANNEXES

TROIS ESQUISSES : « Les vacances de M. Hulot » - « Les Bronzés » - « La Baule Les Pins »

 

D'AUTRES VACANCES, D'AUTRES EPOQUES, D'AUTRES ENJEUX

« Les films, comme les autres œuvres humaines, véhiculent des mythes, des archétypes, symboles et stéréotypes qui expriment la mentalité collective de leur époque. Le cinéma peut exprimer à la fois la vie et le rêve, la mémoire collective et la réalité de son temps [81]».

Tentons ici d'explorer trois moments différents du cinéma (1953, 1978 et 1989) pour comprendre la manière dont les films vont refléter leur époque. L'exercice est original, puisque seront évacués les habituels critères de valeur qui fondent la majorité des discours sur le septième Art (si ce point de vue avait été adopté, il aurait été impossible de ne pas affirmer une nouvelle fois le génie cinématographique de Jacques Tati, et l'extraordinaire force créatrice de son film "Les vacances de M. Hulot"…).

 

 

8.1. Les vacances de M. Hulot (Tati /1953)

8.1.1.   Le film

Saint-Marc sur Mer, près de La Baule, l'été. Nous ne sommes pas dans un camping, mais dans une pension "classes moyennes supérieures". Les conduites et les codes de la bourgeoisie (Château, tennis,  équitation) côtoient des activités de loisirs plus habituelles (baignades, gymnastique, jeux de cartes, lecture, ping-pong, pique-nique). Des familles "traditionnelles" vivent, le temps des vacances, avec un homme d'affaires belge, des touristes anglaises, un commandant en retraite. Cette société est assez "ouverte" pour admettre un jeune intellectuel communiste qui fait sa cour en évoquant la lutte des classes. Le monde extérieur (présent par la radio) est solennel et évoque des problèmes (budgétaires, institutionnels, militaires) qui ne passionnent guère les vacanciers. La « Marseillaise » est diffusée par la radio dans l’indifférence générale. Le monde du travail n'est guère captivant (serveur, palefrenier, pêcheur, garagiste), mais tous sont intégrés, chacun dans son rôle : cette société a trouvé un certain équilibre, que seul viennent troubler M. Hulot, des animaux (chien, cheval) et quelques enfants (jeu avec la loupe). Le film « raconte aussi des tentatives de communication »[82]. M. Hulot, malgré sa conduite décalée (sa voiture ne ressemble à aucune autre) et ses interventions qui pourraient bouleverser l’ordre des choses, sera accepté pleinement par cette société (le vieux monsieur, la dame anglaise). La famille unie (avec enfants plus ou moins turbulents) constitue la base de cette société où toute sexualité est absente (la scène de voyeurisme repose sur un quiproquo). La « jeunesse » se partage en deux catégories qui ne se mélangent pas : d’un coté, Martine, occupante avec sa mère de la villa, et ses camarades fans de jazz, de l’autre les scouts, plus populaires, qui se réunissent au-dessus de la plage pour s’amuser. M. Hulot est lui aussi amateur de jazz. La guerre[83] n'est pas absente du film (personnage du commandant,  feu d'artifice nocturne fortuit qui ressemble fort, par ses éclairages, ses explosions, et la désorganisation sociale qu'il entraîne à une scène de bombardement) mais elle a pour seule conséquence de tirer les vacanciers de leur sommeil. M. Hulot, symboliquement, va effectuer un voyage « au pays des morts » (scène d’enterrement sans cercueil mais avec couronnes) ; il aura le pouvoir de faire rire et de ramener « à la vie », parmi les vacanciers, quelques vieillards qui avaient déjà une vraie proximité avec la Mort.

Mais cette société équilibrée et apaisée (qui témoigne d’un « désespoir civilisé»[84]) se révèle au final sans avenir : un après l'autre, les vacanciers quittent la plage. M. Hulot ne part pas : sur le sable, il se mêle aux jeux des enfants. La boutique aux souvenirs ferme. Cette société perd toute vie et se fige, telle une carte postale ; c’est « une fin sans dénouement »[85]. Qui sait si ces enfants, nés après la guerre, qui jouent aujourd’hui sur la plage avec M. Hulot ne vont pas, dans une quinzaine d’années, vouloir transformer la France ?...

 

8.1.2.   La période historique : 1953 (La reconstruction est faite, l’expansion tranquille est amorcée).

« Sous un ciel économiquement clément, le pays retrouve la santé[86] ». C'est déjà une aisance certaine (commerce, cours de la Bourse) qui marque cette société (nous sommes au début des « Trente Glorieuses[87] » 1946 – 1974). En 1953, près de la moitié de la population française est encore rurale. L’aide des Etats-Unis permet à l’économie française de réaliser des progrès considérables dans la construction de nouvelles infrastructures. Sous la présidence de M. Vincent Auriol, une ère nouvelle s'ouvre, avec l'affaiblissement du mouvement gaulliste qui va entraîner le départ du Général de Gaulle en 1953, après une défaite aux législatives. Il ne reviendra qu'en 1958. Malgré ses combats pour la Paix et la décolonisation, le Parti Communiste Français est également affaibli, par son soutien à Staline et par la guerre de Corée. La France connaît aussi de fortes grèves et manifestations de fonctionnaires (cheminots, enseignants, Poste) qui défendent leurs statuts et d’agriculteurs, simplement désireux d’améliorer leur condition. Mais « le retour de la droite au pouvoir est donc bien ce qui fait l’unité de cette période[88] ». M. Pinay, Président du Conseil en 1952, « représente la France moyenne, honnête, travailleuse, un peu sclérosée, soucieuse d’épargne et de bonne gestion budgétaire ; dans un front social calme, avec une économie qui se porte bien, M. Pinay va bénéficier d’une faveur considérable auprès de l’opinion[89] ». « Le gouvernement Pinay fut ouvertement un gouvernement de droite. La simplicité du Président du Conseil (qui refuse le parisianisme et l’intellectualisme) séduisit bon nombre de français, même si elle contenait un brin de démagogie[90] ». L’emprunt Pinay draine 428 milliards dans les caisses de l’Etat. « De 1950 à 1958 s’étendra une période qualifiée par Maurice Duverger de « Démocratie sans le peuple », tant l’opinion publique est dégoûtée par ce rituel dont elle ne saisit pas les savantes martingales »[91].

En 1952, avec la signature de l’accord sur la CECA[92], c’est la naissance de l’Europe économique des Six. Le Viet-minh poursuit son offensive contre le colonisateur, et la guerre du Viêt-Nam  (absente du film) se concentre autour de Dien Biên Phu, qui tombera en Mai 1954. Au Maghreb, la révolte gronde contre la France, nation colonisatrice (En 1952, la Tunisie et le Maroc déposent une plainte au Conseil de Sécurité). Le tourisme n’est plus, depuis 1936, l’apanage de la bourgeoisie et de l’aristocratie. Mais certaines villes balnéaires (Arcachon, Deauville, La Baule, Nice) servent encore de référence prestigieuse à ces villégiatures. La troisième semaine de congés payés deviendra effective en 1956.

Les rapports parents-enfants et l’éducation reposent principalement sur le rapport d’autorité hérité d’avant-guerre. Le premier livre de poche est mis sur le marché en 1953. La radio (appelée aussi TSF) occupe une place centrale dans les logements ; c’est à cette époque le seul média de masse quotidien (en juin 1949, à l’époque du premier journal télévisé, l’équipement du pays se limite à 300 téléviseurs). Les appareils photographiques sont encore rares et coûteux. Le téléphone reste le parent pauvre de l’équipement public. Le CETELEM, créé en 1953, annonce une période de confiance, qui incite à utiliser les crédits pour accéder à la prochaine société de consommation.

Chronologie – La crise ministérielle constitue une des figures de la IVe République : 17/01/1952 Edgar Faure devient Président du Conseil. 06/03/1952 Antoine Pinay devient Président du Conseil  – 07/01/1953 René Mayer devient Président du Conseil – 26/06/1953 Joseph Laniel devient Président du Conseil.

 

 

8.2. Les Bronzés (Leconte / 1978)[93] – avec les comédiens du "Splendid"[94].

Box-office : 2,3 millions d'entrées – Tourné en Cote d'Ivoire.

8.2.1.   Le film

L'action se situe dans un village de vacances en Afrique. Popeye, chef des sports, Bobo et Bourseault, animateurs, accueillent les vacanciers, venus pour faire des rencontres, des conquêtes. Deux professions sont identifiées dans le film : Jérôme est un médecin (qui cite un poème de Saint-John Perse) et Christiane une esthéticienne qui dirige un salon en province (elle a reçu la visite des "polyvalents"). Les autres personnages principaux (Gigi, une jeune femme qui cherche l'amour, Bernard et Nathalie Morin, un couple marié qui prétend mener une sexualité "libérée", Jean-Claude Dusse, célibataire au physique ingrat venu faire des rencontres) ne sont pas définis professionnellement.

Ces personnages insouciants, infantilisés, ne connaissent ni le chômage ni les exclusions (seules les cigarettes ont une certaine valeur à leurs yeux). Leur monde, parfaitement artificiel, n'est fait que de loisirs (sports, musiques, excursions, jeux, peintures sur corps féminins dénudés, spectacles) et de perspectives de rencontres, toujours passagères. Seule est présente dans le village la génération des trentenaires (les deux brèves séquences où sont présents des seniors ne servent qu'a accentuer la vitalité sexuelle de Popeye). Nul conflit, nulle souffrance autre que psychologique : la politique est absente du film, puisque la sexualité (la consommation sexuelle sans lendemain) a pris le pas sur toutes les autres valeurs; sous leur musculature sculpturale, les hommes sont fragiles; les femmes, romantiques, attendent le grand amour et savent qu'au fond les hommes sont fragiles.

Et pourtant le travail peut causer des dégâts (Bobo ne peut exprimer son potentiel artistique, Bourseault, autre "gentil organisateur", meurt piqué par une raie – disparition tragique qui n'entraîne aucune peine, aucun changement dans le comportement des vacanciers-).. Au final, le couple marié "libéré" (les Morin) renonce à ses "jeux" et annonce un projet d'enfant ! Mais les dragueurs impénitents sont aussi confirmés dans leurs pratiques, leur liberté sexuelle exercée sans contraintes.

L'Afrique constitue un beau décor (climat et plages paradisiaques, villages autochtones  sympathiques, musiques entraînantes). Comme au "bon" temps des colonies, les Noirs sont "à leur place", les "Blancs" sont les maîtres incontestés et satisfaits de ce monde qui n'existe que pour leurs plaisirs (ils peuvent négocier au mieux de leurs intérêts et sans complexes l'artisanat local). Nous voici revenus vingt ans en arrière : «(...) Au fond, voila le lecteur de Match confirmé dans sa vision infantile, installé un peu plus dans cette impuissance à imaginer autrui que j’ai déjà signalée à propos des mythes petits bourgeois. Au fond, le Nègre n’a pas de vie pleine et autonome : c’est un objet bizarre ; il est réduit à une fonction parasite, celle des distraire les hommes blancs par son baroque vaguement menaçant. L’Afrique, c’est un guignol un peu dangereux »[95].

Le film autorise deux interprétations qui correspondent aux deux "visages" de Jean-Claude Dusse : d'un coté une France de "beaufs" (mais qui n'est jamais raciste), pathétiques, ridicules et suffisants (Jean-Claude Dusse humilié, souffre-douleur, victime du climat, isolé), mais de l'autre, une France jeune et insouciante, sans tabous, heureuse (Jean-Claude Dusse pratique le karaté, joue d'un instrument de musique, et, au final, comme dans les contes de fée, trouve une séduisante compagne). "Les Bronzés" décrit le paradis d'une classe moyenne qui, depuis 1968, n'en finit pas de bouleverser les fondements (famille, rôle de la femme, convivialité nouvelle) qui structuraient autrefois la société. Contrairement à la génération de 68 fortement inscrite dans les valeurs de la Gauche, les « Bronzés » ne revendiquent aucune transformation de la société ; ils espèrent simplement consommer, « jouir sans entraves ». La famille est absente du film, et la notion de couple elle-même est mise à mal.

 

8.2.2.   La période historique : 1978 (Crise économique, évolution des mentalités et libération des moeurs)

Valéry Giscard d'Estaing, qui incarne une rupture avec le pouvoir gaulliste, est Président de la République depuis 1974[96]; Raymond Barre occupe le poste de Premier Ministre. Dans son livre « Démocratie française » (publié en 1976), le nouveau Président se montre réformiste : « il souhaite apaiser les conflits et unifier le pays autour des classes moyennes stabilisatrices »[97].

Le monde a connu un premier choc pétrolier en 1973 (les pays de l’OPEP ont quadruplé le prix des carburants). Le gouvernement adopte une politique de rigueur contestée. La sidérurgie connaît une grave crise qui va se traduire par des milliers de licenciements. En 1976, le Président de la République a déclaré que "la France était une puissance moyenne". Le Premier Ministre affirme : "Le temps de la facilité est terminé" (mais le pouvoir d'achat continue néanmoins de progresser). Le chômage reste limité (un million de chômeurs, soit 4,4 % de la population active). L’inflation atteint 10 %. La Gauche gagne les élections municipales de 1977. Des milliers de personnes manifestent au Larzac contre l'extension du camp militaire. La Droite gagne, par une courte majorité, les élections législatives de 1978[98], après la rupture entre socialistes et communistes sur « l’actualisation » du Programme Commun de gouvernement.

Un ouvrier sur deux ne part pas en vacances. Les luttes des femmes (qui perdent de leur intensité après 1975) ont débouché sur de nouvelles lois qui leur ont donné une plus grande maîtrise de leur vie (Pilule contraceptive / 1967, création des premiers centres du planning familial, Interruption volontaire de grossesse / 1975, divorce par consentement mutuel / 1976).

« La sexualité devient un moyen d’épanouissement de l’individu[99] ». Serge Gainsbourg compose "Sea, sex and sun" qui accompagnera le générique du film. Le film érotique "Emmanuelle" / Jaeckin / 1974) va rester à l'affiche du cinéma Triomphe sur les Champs-Élysées pendant douze ans et attirer dans tout le pays plus de huit millions de spectateurs. La loi autorise en 1975 la projection des premiers films pornographiques. Il faudra attendre 1982 pour que l'homosexualité ne soit plus considérée comme un délit. Fait inquiétant, la quête effrénée de consommation, la poussée de l’individualisme ont joué sur la natalité, et le remplacement des générations n’est plus assuré. Le nombre de mariages chute et celui des divorces augmente. Dès le début des années 70, les produits « jetables » vont révolutionner le rapport aux objets (mouchoirs en papier, briquets, cartouches de stylo, rasoirs, etc.).

« Symbole de l’époque, le Club  Méditerranée fut créé en 1950. Le premier village, simplement composé de tentes de camping, est situé aux Baléares et nécessite à l’époque 36 heures pour s’y rendre ! En 1975, avec la démocratisation du transport aérien, le Club attire plus de  433 000 vacanciers[100] ».

A la date de réalisation du film, cela fait dix-huit ans que la Cote d'Ivoire est un état indépendant. M. Félix Houphouët-Boigny est le Président de la République (son pouvoir s'appuie sur un parti unique, le Parti Démocratique de la Cote d'Ivoire). La monnaie de la Cote d'Ivoire est contrôlée par la Banque de France par le biais de l'Union monétaire d'Afrique occidentale. De nombreux investissements français rendent l'économie locale dépendante de la France.

 

 

8.3. La Baule les pins (Kurys /1990)

8.3.1.   Le film

Frédérique (13 ans) et sa sœur Sophie (8 ans) quittent Lyon avec leur nurse Odette pour rejoindre leur destination de vacances, La Baule. Leurs parents, Michel et Lena Korski, se disputent. A La Baule, elles retrouvent la sœur de Lena, Bella Mandel (enceinte), son mari Léon Mandel et leurs enfants, Titi, Daniel et René. Le séjour suscite des tensions entre les filles et leur nurse. Léna, leur mère, les rejoint : elle retrouve là son amant, Jean-Claude, sculpteur qui lui propose de partir avec lui à New-York. Léna Mandel préfère partir pour Paris pour y trouver un emploi de dactylo. Léna Korski annonce à ses filles son intention de divorcer. Les enfants "font des bêtises" (fument, boivent du Coca Cola, se perdent lors d'une excursion, incendient le matériel du club d'animation de la plage, ce qui leur vaut un passage au poste de police). Le père des deux filles, Michel Korski, les rejoint à La Baule. Une vive altercation l'oppose à sa femme Léna. Le couple se sépare. C'est la fin des vacances, les enfants, hébergés chez leur oncle Léon,  marchent seuls, tristement, sur la plage déserte.

Derrière les destins individuels (enfance, adolescence, problèmes de couples) le film trace un portrait d'une France, « diverse » et apparemment soudée, mais traversée par d'importantes contradictions qui vont la faire imploser, laisser ses enfants sans perspectives.

Le film propose trois visages de la population française :

- les "déclassés" : la famille Ruffier loue sa maison pendant la saison estivale à la famille Korski. Pendant la saison estivale, la famille Ruffier habite au sous-sol de sa propre maison (M. Ruffier, tentera, en vain de préserver ses « avantages acquis » : ses fraisiers seront dévastés par le chien, ses poissons empoisonnés par les filles). Odette, la jeune nurse, elle même mère de deux jeunes enfants ("sans père") ne parvient pas à imposer son autorité à Frédérique et à Sophie. La dernière apparition d’Odette nous montre la nurse, accompagnée des deux filles désespérées, abandonnant le chien qu’ils ont recueilli en l’attachant à un calvaire. Les « déclassés » ne doivent leur existence qu’à leur utilité pour la « classe moyenne inférieure ».

- la classe "moyenne inférieure" : la famille Korski vit apparemment dans une certaine aisance (nurse, vacances au bord de la mer) grâce au commerce du père, Michel. Mais cette situation est précaire « Ma mère a dit qu’on allait vous prêter de l’argent » / « Comment va le magasin ? – J’ai des échéances – Je peux te prêter de l’argent ! Ça va je te dis ». Les filles ne peuvent s’inscrire au club d’animation pour enfants sur la plage car « ma mère a dit que c’était trop cher ». Lena Korski dépend financièrement de son mari. Le film lui offre la possibilité de changer de statut en acceptant de partir avec le sculpteur Jean-Claude pour les Etats-Unis où il va « exposer ses compressions dans un garage ». Elle refusera cette alliance, cette promotion potentielle qui la couperait de ses filles. Lena Korski va « tomber » dans un statut de prolétaire (dactylo), qui va également l’éloigner de ses filles. Michel Korski va recueillir un chien errant, mais, s’avèrera incapable de s’occuper de l’animal : cet « être étranger recueilli » sera au final abandonné, rejeté, confié à la main bienveillante du destin. Les artistes (le sculpteur Jean-Claude, la jeune Sophie qui présente un spectacle de danse à sa famille) sont directement liés à cette catégorie sociale.

- la classe moyenne « intermédaire » : la famille de Léon et Bella Mandel et leurs trois enfants occupent eux aussi une grande villa pendant les vacances estivales. Ici pas de « déclassés », pas de nurse ni de jardinier, et pourtant le travail domestique est bien effectué. Léon Mandel symbolise une certaine réussite sociale (tennis, bal mondain) et matérielle (il peut prêter de l’argent à son beau-frère ou rembourser les dégâts importants causés par les enfants au club de loisirs sur la plage). Le personnage de Léon, dynamique, sympathique, va s’avérer incapable de porter un projet social fort et juste. Dans sa famille tout d’abord, Léon rappelle ses origines modestes : il n’hésite pas à insulter son fils préadolescent, fier de sa réussite scolaire (« Premier à l’école, dernier dans la vie » déclare Léon à son fils). Soucieux de « bonne gestion familiale », il négocie sur le port des sardines, qu’il refuse d’acheter au prix « pour les touristes » : au final, ses choix économiques s’avèrent désastreux (il achète cinquante kilos de sardines qu’il fait livrer à son domicile). Léon Mandel s’avère également incapable de comprendre les enjeux historiques du moment : alors que l’action du film se déroule en 1958 et que le journal qu’il lit sur la plage titre « De Gaulle aux algériens », Léon précise à sa femme : « ça va mal en Algérie, il y a des inondations ». En « frimant » dangereusement avec la voiture familiale, Léon va écraser le chat des enfants.

Quelques signes discrets dans le film rattachent les personnages du film aux valeurs de la Gauche (le concours de châteaux de sable qui va voir la reconnaissance puis le déclassement -il n’est pas membre du club- du jeune René Mandel est organisé par « Le Figaro » / Les enfants fument et, autre perversion, boivent du Coca Cola – « Ils sont fous ces américains » / Léon Mandel s’oppose fermement aux policiers qui accusent son fils, pourtant coupable d’avoir incendié le matériel sur la plage).

Mais le personnage de Léon conserve malgré tout une certaine ambivalence politique : il n’éprouve aucune sympathie pour les artistes (« Vous allez exposer vos voitures compressées dans un garage ? ») et il punit ses enfants qui ont incendié le club en leur faisant copier la phrase : « A l’avenir, je respecterai la propriété d’autrui »... Le choix de situer l’action du film en 1958 a pour conséquence indirecte de gommer les avancées de la condition féminine obtenues jusqu’en 1990, date de la réalisation du film (Bella : « Une femme mariée ne divorce pas »).

 

 

8.3.2.   La période historique : 1989 (La Gauche doute et subit)

Réélu en 1988[101], le Président François Mitterrand entame son second septennat, après deux ans de « cohabitation » avec une majorité de Droite. M. Michel Rocard est nommé Premier Ministre. Les communistes refusent d'entrer au gouvernement : les socialistes entament une politique "d'ouverture" avec le Centre et la « société civile » ; ayant renoncé à rompre avec le capitalisme, ils pratiquent la politique du "ni-ni" (ni nationalisation, ni privatisation). En Mai 1988, un référendum confirme les "accords de Matignon" sur l'avenir de la Nouvelle Calédonie. A l'automne 1988, de fortes grèves touchent la RATP et La Poste. En octobre, la moitié des infirmières du pays manifeste dans les rues. La France compte 10 % de chômeurs. Le gouvernement crée le Revenu Minimum d'Insertion. En Janvier 1989, des scandales d'initiés (affaire Péchiney) touchent l'entourage du Président Mitterrand. En Mars 1989, la gauche progresse aux municipales. En Juin 1989, succès de la liste RPR-UDF conduite par M. Giscard d'Estaing[102] aux élections européennes (jamais depuis 1981, les forces de gauche ne s’étaient trouvé à un niveau aussi bas. Le 3 décembre 1989, M. Rocard déclare par deux fois sur TF1 au cours de l'émission "7 sur 7" : "Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde". Malgré les protestations de la rue, le gouvernement institue la Contribution Sociale Généralisée (CSG) qui va toucher tous les revenus, y compris les plus modestes. 

Les idées du Front National sur la question de l’Immigration (et les provocations de M. Le Pen / « Durafour crématoire [103]» / « chambres à gaz détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale ») occupent une place de plus en plus centrale dans le débat politique (avec la polémique autour du « foulard islamique »), ce qui fragilise la Droite, et détourne l’attention de la politique économique menée par le gouvernement socialiste. La bonne santé du Front national, parti protestataire plébiscité par les artisans, les commerçants, mais aussi par une partie des ouvriers et des employés, est liée à la mauvaise santé des autres forces politiques du pays (les querelles incessantes entre M. Mitterrand et M. Rocard d’une part, entre M. Giscard d’Estaing, Chirac et Pasqua d’autre part affaiblissent la « classe politique »). L’effondrement du régime communiste en RDA entraîne la destruction du Mur de Berlin : la Gauche est fortement déstabilisée, sans projet, incapable de se renouveler. Les élections législatives de 1993[104] seront désastreuses pour la gauche : une nouvelle cohabitation commence.

 



[2] La France s'engage le 13 octobre 2007 pour un montant de 360 milliards, dont 40 milliards pour recapitaliser les banques et 320 milliards de garanties bancaires.

[3] Attali, Jacques, "La crise, et après ?", Fayard, 2009.

[4] Le Film français, n°3373, 04/06/2010.

[5] Classement des acteurs les mieux payés, leparisien.fr, 20/02/2010.

[6] Les salaires des acteurs, Le film français, n°3375 du 18/06/2010.

[7] "Bradshaw, l'héroïne de «Sex and the City» donne rendez-vous, en avant-première, à toutes ses copines charentaises lundi soir au CGR d'Angoulême. Le cinéma organise une soirée filles à l'occasion de la sortie du second film tiré de la série télévisée. Elles sont déjà plus de 75 à avoir réservé leur place pour retrouver les aventures de Carrie alias Sarah Jessica Parker. Pour 10,50€, dès 19h45, elles pourront revoir le premier épisode et enchaîner avec le second à 22h15. Pour les cent premières filles dans la salle, le cinéma offrira une rose. Toutes les participantes auront droit à un cocktail sans alcool" (La Charente Libre – 27/05/10). [Il n'est pas prévu de discussion après la projection de ce film… féministe ?…].

[8] Breton, Philippe, « La parole manipulée », La Découverte, Poche, Essais, 2000.

[9] Michéa, J. C., « Petit exercice de déconstruction de la pensée libérale » (in) Serreau, Coline « Solutions locales pour un désordre global », Actes Sud, 2010.

[10] Bruckner, Pascal, L’euphorie perpétuelle – essai sur le devoir de bonheur », Grasset, 2000.

[11] " Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...). Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise ". Patrick Le Lay, PDG de TF1, interrogé dans un livre Les dirigeants face au changement (Editions du Huitième jour).

[12] Les fiches du cinéma.

[13] Article signé Daniel Bernard – 08/05/2010.

[14] Article signé Anthony Palou – 24/05/2010.

[15] Interprété par G. Depardieu, Y. Moreau, I. Adjani.

[17] Champion du monde de rallye en 1981, Ari Vatanen s'est également engagé dans la vie politique. En 2004, en France, il est élu député européen sur la liste de l'UMP.

[18] Gourbi (1841 – mot arabe algérien) – Nom donné aux habitations sommaires des Arabes.

[19] Marque de vêtements

[20] Personne passionnée d’informatique, d’Internet, de nouvelles technologies.

[21] Astronaute américain qui a marché sur la lune en 1969.

[22] Memmi, Dominique, "L'introuvable peuple dans le cinéma français" in Le cinéma reprend le travail, CinémAction n°110, 2004.

[23] Rey, Alain, "le grand Robert de la langue française" – Le Robert – 1986.

[24] Attali, Jacques, "La crise, et après ?" – Fayard – 2009.

[25] Chevallier, Jean-Jacques, « Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours » - Armand Colin – collection U – 1970.

[26] Lenoir, Rémi, "Espace social et classes sociales", (in) Pinto, L., Sapiro, G., Champagne, P., (Dir.) "Pierre Bourdieu, sociologue", Fayard, 2004.

[27] Bourdieu, Pierre, "La distinction, critique sociale du jugement, Minuit, 1979.

[28] Anatomie de la pauvreté, Sciences Humaines n°202, Mars 2009.

[29] Chauvel, Louis, "Les classes moyennes à la dérive", Seuil, La république des idées, 2006.

[30] M. Jacques Chirac – campagne pour l'élection présidentielle de 1995.

[31] M. Jean-Paul Agon (L'Oréal) gagne plus de 400 000 euros par mois; c'est le plus haut salaire de France.

[32] Ginsberg, Gisèle, « Je hais les patrons », Seuil, l’épreuve des faits, 2003.

[33] Chauvel, Louis, "les classes moyennes à la dérive", Seuil, la république des idées, 2006.

[34] Discours de La Baule – 2005.

[35] Résultats du premier tour : M. Chirac : 19,88 % - M. Le Pen : 16,86 % - M. Jospin : 16,18 % (l'abstention monte à 28 %, un record pour une élection présidentielle).

[36] Attali, Jacques, « La crise et après ? », Fayard, 2009.

[37] Adda, Jacques, "L'état de l'économie 2010" – Alternatives économiques, Hors série n°84.

[38] Très forte augmentation du nombre de coupures de gaz pour impayés, Libération, 21/06/2010.

[39] Pinçon, Michel, Pinçon-Charlot, Monique, "Sociologie de la bourgeoisie", La Découverte, 2007.

[40] Nom du luxueux restaurant parisien où quelques amis (Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Serge Dassault, Stéphane Courbit, Albert Frère, Jean-Claude Decaux, tous multi-millionnaires ou milliardaires ) se retrouvèrent le 6 mai 2007 pour célébrer dignement l'élection du Président Sarkozy.

[41] Pinçon, Michel, Pinçon-Charlot, Monique, "Sociologie de la bourgeoisie", La Découverte, 2007.

[42] "14 % de millionnaires de plus en 2009", Le Figaro, 11/06/2010.

[43] Etablissement Public d'Aménagement du quartier de la Défense.

[44] Le Monde, 22/10/09.

[45] Maurin, Louis, "Tel père tel fils", Alternatives économiques, Hors-série n°84

[46] "Blague de psy" citée par le sociologue Louis Chauvel, opus cité.

[47] Chauvel, Louis, "Les classes moyennes à la dérive", Seuil, la république des idées, 2006.

[48] Maurin, Louis, "Tel père tel fils", Alternatives économiques, Hors-série n°84

[49] Jugement du sociologue Pierre Bourdieu.

[50] Galbaud, Diane, Qui sont les étudiants ?, Sciences humaines n°216, 01/06/2010.

[51] Guetta, Bernard, Comment croire à une école qui n'a plus de certitudes ?, Marianne, 15/05/2010.

[52] Terrail, J.P., Poullaouec, T, Ecole et divisions sociales, in Bouffiartigue, Paul (dir), "Le retour des classes sociales", La Dispute, Etat des lieux, 2004.

[53] Floch, Benoit, "Les ingénieurs frappés par la crise économique", Le Monde, 25/06/2010.

[54] Laffater, Anne, « Retraites, salauds de soixante-huitards », Les Inrockuptibles, n°760, 23/06/2010.

[55] Lenoir, Frédéric, Religions, croyances, spiritualités, « L’état de la France 2009-2010, La Découverte.

[56] Baudelot, C., Establet, R., "Ecole, la lutte de classes retrouvée" (in) Pinto, L., Sapiro, G., Champagne, P., (Dir.) "Pierre Bourdieu, sociologue", Fayard, 2004.

[57] Soulé, Véronique, « Les enfants de profs vont à Polytechnique, et alors ? », Libération.fr, 30/05/2010.

[58] Peugny, Camille, "Non, la montée du déclassement n'est pas un mythe", Le Monde, 14/07/2009.

[59] Guetta, Bernard, Comment croire à une école qui n'a plus de certitudes ?, Marianne, 15/05/2010

[60] Memmi, Dominique, Le cinéma militant reprend le travail, CinemAction, n°110, 2004.

[61] Duru-Bellat, Marie, "L'inflation scolaire, les désillusions de la méritocratie", Seuil, la république des idées, 2006

[62] Vasconcelos, Maria, Daniel, Constance,  Education  (in) L’Etat de la France 2009 – 2010, La Découverte.

[63] Meirieu, Philippe, Guiraud, Marc, "L'école ou la guerre civile", Plon, 1997.

[64] Winock, Michel, "Parlez-moi de la France", Seuil, Points, P336, 1995.

[65] Fauconnier, Patrick, "La fabrique des meilleurs", Seuil, l'histoire immédiate, 2005.

[66] En 1986, la modification du mode de scrutin aux élections législatives (proportionnel sur liste départementale) permet au Front National d’obtenir 35 sièges de Députés à l’Assemblée nationale. La Gauche perd la majorité, une période de cohabitation commence. En 1988, le Président Mitterrand réélu modifie à nouveau le mode d’élection des Députés. Lors des législatives de 1988, la Gauche est à nouveau majoritaire, et il n’y a plus de Députés Front National à l’Assemblée.

[67] « Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ». Pour sa défense, M. Hortefeux avait indiqué qu’il faisait référence dans sa phrase aux... auvergnats.

[68] Editions de l’Olivier, 2010.

[69] Beaud, S., Confavreux, J., Lindgaard, J., "La France invisible", La Découverte, 2006.

[70] Bronner, Luc, "La Loi du ghetto – Enquête dans les banlieues françaises", Calmann-Levy, 2010.

[71] Pelt, Jean-Marie, Séralini, Gilles-Eric, « Après nous le déluge ? », Flammarion / Fayard, 2006.

[72] Carrière, Jean-Claude, Fragilité, Odile Jacob, 2006.

[73] Lozato-Giotart, Jean-Pierre, « Le chemin vers l’écotourisme », Delachaux et Niestlé, 2006.

[74] Wresinski, Joseph, "Ecrits et paroles aux volontaires, tome 1", éditions Saint Paul Quart Monde, 1992.

[75] Papin, Serge, Pelt, Jean-Marie, "Consommer moins , consommer mieux", Autrement la Croix, 2009.

[76] Chroniqueur commentant l'actualité avec objectivité, "On refait le monde", RTL, 24/06/2010

[77] M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, conférence de presse du 08/01/2008.

[78] Nul ne peut se prétendre moderne en 2010 s'il ignore l'existence et l’immense talent  de Lady Gaga, nom de scène choisi par la chanteuse américaine Stefani Joanne Angelina Germanotta (ses revenus en 2009 sont estimés à 62 millions de dollars).

[79] Attali, Jacques, "La crise, et après ?", Fayard, 2009

[80] Etrange paradoxe : Paris est l’une des villes françaises où le mètre carré habitable est le plus élevé et c'est dans son "triangle d'or" (XVIe, XVe, XVIIe) que l'on trouve le plus grand nombre de contribuables assujettis à l'impôt sur la fortune;  malgré cela, la population « Bo-Bo » majoritaire a élu et réélu une municipalité de gauche, avec à sa tête un Maire socialiste !...

[81] Gaston-Mathé, Catherine, « La société française au miroir de son cinéma », Arléa-Corlet, Panoramiques, 1996

[82] Chion, Michel, « Jacques Tati », Cahiers du Cinéma, collection Auteurs, 1987.

[83] La guerre de 1939 / 1945 a causé, en France,  la mort de 600 000 personnes, civils ou militaires.

[84] Bellos, David, « Jacques Tati, sa vie et son art », Seuil, 2002.

[85] Bazin, André, « Qu’est-ce que le cinéma ? », M. Hulot et le temps, éditions du cerf, 7° Art, 1975.

[86] Rioux, J. P., « La France de la quatrième République », Seuil, Points Histoire, 1980.

[87] Expression de Jean Fourastié pour désigner les changements extraordinaires qui ont bouleversé la société française durant cette période.

[88] Becker, Jean-Jacques, « Histoire politique de la France depuis 1945, Armand Colin, Cursus, 1996.

[89] Ambrosi, C, Ambrosi, A, « La France 1870-1986 », Masson, Siècle d’Histoire, 1986.

[90] Ellenstein, J., « Histoire mondiale des socialismes 1945-1960 », Armand Colin, 1984.

[91] Mathiex, J., Vincent, G., « Aujourd’hui, depuis 1945 », tome 1, Masson, Histoire contemporaine, 1984.

[92] Communauté européenne du charbon et de l’acier.

[93] Sorti en 2006, "Les Bronzés 3 – amis pour la vie" va attirer dans les cinémas plus de 10 millions de spectateurs.

[94] Marie-Anne Chazel et Christian Clavier vont participer à la fête organisée au "Fouquet's" en 2007 pour célébrer l'élection du Président Sarkozy.

[95] Barthes, Roland, « Mythologies », Seuil, Points n°10, 1957.

[96] M. Giscard d’Estaing avait choisi comme slogan pour sa  campagne : « Le Président de tous les français ». A cette même élection présidentielle, M. Le Pen obtient 0,75 % des voix.

[97] Borne, Dominique, « Histoire de la société française depuis 1945 », Armand Colin, Cursus, 1992.

[98] Au premier tour de l’élection législative de 1978, l’extrême droite obtient 0,75 % des suffrages.

[99] Borne, Dominique, opus cité.

[100] Carlier, Fabrice, « La publicité fait son cinéma », Flammarion, Pop culture, 2006.

[101] M. Mitterrand rassemblait ses troupes autour du slogan « La France unie ». Lors du Premier tour de l'élection présidentielle d'avril 1988, M. Le Pen, candidat du  Front National recueille 14,38 % des suffrages.

[102] La liste "Europe et Patrie" conduite par M. Le Pen, arrive en troisième position avec 11,73 % des suffrages exprimés (l'abstention atteint 51 %).

[103] M. Michel Durafour avait déclaré à la radio : « Nous voulons faire disparaître le Front national de la vie politique française ». [Membre du parti valoisien, M. Durafour entre au gouvernement Rocard en 1988].

[104] Au premier tour des Législatives de 1993, le Front National recueille 12,4 % des suffrages exprimés (l’abstention « se limite » à 31 %).


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