A
propos de
"Camping"(2006) et "Camping 2"(2010)
CHIRAC (Patrick),
ensablé dans
un néolibéralisme prédateur !
La classe moyenne, déstabilisée, apathique, vieillissante ( et pourtant confiante ? )
"Je me suis demandé comment je voyais la société aujourd'hui, quels étaient mes problèmes et ceux des gens, et nous avons écrit en fonction de cette évolution (…) Les gens ont envie de sortir de la grisaille, de leurs tourments, de la crise. Franck Dubosc et moi nous venons d'un milieu populaire. Nous avons, je crois, le même respect pour les gens simples !"
Fabien Onteniente,
réalisateur et scénariste, (dossier de presse de
"Camping 2"[1])
Le Président Sarkozy a dénoncé "un capitalisme dans lequel il était devenu normal de jouer avec l'argent des autres", une "pression spéculative"qui enrichit les uns et appauvrit les autres"
Discours inaugural du
Forum économique mondial de Davos – Janvier 2010.
"Paulo, c'est plus le même, il est devenu complètement bling-bling"
(Personnage de Sophie
Gatineau – dialogue de Camping 2)
"Cette crise est l'occasion de comprendre comment, dans une finance-casino où tout est possible, un petit groupe de gens, sans produire de richesses, accapare en toute légalité, sans être contrôlé par personne, une part essentielle de la valeur produite. Puis comment ce même groupe fait payer ses formidables profits, primes et bonus (10 milliards versés chaque année aux banquiers) par les travailleurs, les contribuables, les salariés, les consommateurs
du monde entier - cette confiscation s'opère sur un mode légal -, forçant les Etats à trouver
en quelques semaines, pour combler les vides laissés dans leurs caisses,
des sommes[2] mille fois supérieures à celles que les mêmes gouvernants refusent chaque jour
obstinément aux plus défavorisés des pays développés et aux affamés du reste du monde.
La cupidité est le moteur du capitalisme financier". (Jacques Attali[3])
"CAMPING" : Réalisateur : Fabien Onteniente (2006) – avec Franck Dubosc (Patrick Chirac) – Mathilde Seigner (Sophie Gatineau) – Claude Brasseur (Jacky Pic) – Milène Demongeot (Laurette Pic) - Gérard Lanvin (Michel Saint-Josse) – Antoine Dulery (Paul Gatineau) – Abbez Zahmani (Mendez, le garagiste portugais) - Edea Darcque (Sidy Mendes, garagiste) – Christine Citti (Madame Chatel, gestionnaire du camping) - dans leur propre rôle : Ari Vatanen – Bernard Montiel –
Scénario : Dubosc / Onteniente / Guillard / Booz. Dialogues : Onteniente.
date de sortie : 26/04/2006 – coût du film : 14 millions d'euros
Mardi
27/04/2010, alors que
TF1 enregistrait une part d'audience de 28% avec le match de foot Lyon
/ Bayern
de Munich, 7 millions de spectateurs (un excellent score pour la
chaîne)
regardaient la première diffusion télé
de "Camping" sur France 3.
"Camping" a été vu au cinéma par plus de 5,5 millions de spectateurs. Le sommet du box-office de l'année 2006 était composé de : "Les bronzés 3" / Leconte (10,3 millions de spectateurs) – "Pirates des caraïbes" / Verbinski (6,6 millions) – "L'age de glace 2" / Saldanha (6,6 millions) – "Arthur et les Minimoys" / Besson (6,3 millions de spectateurs).
« CAMPING 2». Réalisateur : Fabien Onteniente (2010) – avec Franck Dubosc – Mathilde Seigner – Claude Brasseur – Jean-Pierre Savelli (Richard Anconina) –
date de sortie : 21/05/2010 – coût du film : 24 millions d'euros
Scénario : Dubosc / Onteniente / Guillard / Booz.
"Camping 2" a été vu au cinéma par plus de 3,9 millions de spectateurs. Au mois de Juin 2010, le sommet du box-office de l'année était composé de : "Avatar" / Cameron (14,6 millions) – "L'age de glace 3" / Saldanha (7,8 millions) – "Harry Potter et le prince…" / Yates (6 millions) – "Le petit Nicolas" / Tirard (5,5 millions de spectateurs)[4].
Pour "Camping 2", Mathilde Seignier a obtenu un million d'euros, le double de ce qu'elle avait obtenu pour "Camping"[5]. Frank Dubosc a perçu 1,381 millions d’euros, sans prendre en compte son travail de scénariste. « La réalisation probable d’un « Camping 3 » intègre ces deux films dans la catégorie des franchises qui permettent aux comédiens de demander des cachets hors normes »[6].
INTRODUCTION
Phénomène
artistique et
culturel, le cinéma sait, à l'occasion
("Bienvenue chez les Ch'tis"
ou "Avatar") fédérer des publics aux attentes
souvent opposées. Mais,
le plus souvent, le cinéma s'adresse à une seule
partie du public (jeune et
féminin pour "Twilight", moins jeune et tout aussi
féminin pour
"Sex and the City 2[7]",
plutôt jeune et masculin pour "Inglorius Basterds"). Loin des
expérimentations de l'Art et Essai ou des provocations
(violence, montage
"halluciné") d'un certain cinéma "moderne", il
existe tout
un public "intermédiaire" (une classe moyenne
plutôt vieillissante)
qui attend que le cinéma lui tende un miroir dans lequel
elle puisse interroger
sa vison du monde, ses valeurs. Parfois, cette adéquation
entre un film et les
attentes du public se concrétise, même si la
qualité et l’importance artistique
du long métrage ne sont pas au rendez-vous (le nom des
comédiens constitue un
facteur non négligeable, certes, mais il
n’explique pas tout).
Sorti
en 2006, « Camping »
a été vu par environ cinq millions de
spectateurs. « Camping 2 », qui
est sur nos écrans depuis quelques mois, constitue lui
aussi, avec déjà près de
quatre millions de spectateurs, un véritable
succès commercial. De nombreux
personnages sont communs aux deux films, tournés sur le
même décor principal.
Mais, même si les acteurs et l’équipe
technique ont peu changé, la deuxième
mouture n’est pas la copie conforme du premier opus. Quelles
sont ces
différences ? En quoi
« Camping » est-il le reflet,
plébiscité,
de la France de 2006, celle de la fin de mandat du Président
Chirac, et comment
« Camping 2 » peut-il
témoigner des enjeux et des nouveautés que le
pays va vivre en ces premières années du mandat
du Président Sarkozy ?
Et
si ces deux films, mélange
de satire, de bienveillance et de complaisance, nous rapprochaient
d'une
thématique déjà traitée par
les plus grands (Eisenstein, Capra, Vertov, Ford,
Scola, les frères Dardenne) : comment montrer le peuple
à l'écran?… Peut-on
dire aujourd'hui au cinéma la décomposition du
corps social, les souffrances
des exclus, les difficultés de ceux et celles que le
libéralisme autorise à
survivre ? Comment évoquer la fragilité sociale,
quelle image donner des gens
vulnérables ?…
Ces
deux films ne se
situent nullement dans le champ du cinéma de propagande.
Leur objectif n’est
pas de manipuler les spectateurs, c'est-à-dire de
« paralyser le jugement
et de tout faire pour que le récepteur ouvre
lui-même sa porte mentale à un
contenu qu’il n’aurait pas approuvé
autrement »[8].
Sans
doute faut-il envisager de nouvelles hypothèses pour
comprendre ce phénomène.
C’est un fait historique, la disparition du communisme semble
avoir
« libéré »
notre planète, qui ne subit plus désormais
l’influence
néfaste des idéologies propagandistes
totalitaires. Mais certains nuancent déjà
ce point de vue : « Tout en privatisant la
distribution de l’eau, de
l’électricité ou de
l’enseignement, les libéraux privatisent aussi les
valeurs
morales, se présentant toujours comme les tenants
d’un discours qui signe la
fin des idéologies »[9].
On
doit bien prendre en
compte que les deux films sont produits dans un système
économique et
idéologique (le capitalisme) qui établit aussi
des contraintes
« implicites », un
« bain » publicitaire permanent,
ayant
comme modèles les « classes
économiques supérieures », les
« people » de la
« jet-set »
(« la richesse est
d’abord un spectacle qui s’étale,
réjouit les yeux, creuse les appétits,
aiguise la rancune. Comme si les riches avaient aussi besoin
d’être reconnus,
et de tout rafler, même les apparences du
plébiscite [10]») :
nous voici, dans un état d’urgence et de
compétition permanent, bombardés de
messages frappés au coin du bon sens (il est
« légitime » que les
patrons reçoivent de fortes
rémunérations, il est
« légitime » de
sauver les banques qui ont failli par leur rapacité
dynamiter l’ensemble du
système économique, il est
« légitime » de
laisser les pauvres se
débrouiller en évitant de les transformer en
assistés, il est
« légitime »
de ne pas accabler d’impôts et de charges sociales
les entreprises, il est
« légitime » de ne pas
scolariser nos chers enfants avec les élèves
issus de l’immigration, il est
« légitime » de croire
dans les
valeurs du sport et d’idolâtrer notre
équipe Adidas nationale Carrefour de foot
Crédit Agricole, il est
« légitime » de se
passionner pour un Tour
Orange de Vittel France enfin PMU
« propre » Cochonou, etc.).
Tout
cela s'est fait
progressivement, pas à pas. En 2004, le PDG de la principale
chaîne télévisée
privée du pays (TF1) a confié
« que son entreprise vendait du temps de
cerveau disponible » à une grande marque
américaine de soda...[11]
(déclaration stupéfiante qui n’a
soulevé aucune vague d’indignation, tant ces
valeurs marchandes semblent aujourd’hui légitimes,
partagées par le plus grand
nombre... et signe de la plus authentique modernité pour les
plus
jeunes !).
Ceci
posé, essayons
maintenant de comprendre tout d’abord la signification de
chacun des deux
films, puis examinons les caractéristiques
économiques, sociales et politiques
de cette France fragilisée à ces deux dates. Nous
pourrons alors évaluer le
degré d’autonomie, de liberté par
rapport à la réalité dont ont fait
preuve ces
deux réalisations. Nous tenterons alors d’en
comprendre les enjeux de
fonctionnement.
1.
Accueil
du film / quelques critiques
"Camping"
(2006) :
"Camping" est un film honnête et carré[12]"
Les internautes sont partagés : "Pour ceux qui veulent passer un bon moment sans se prendre la tête" / "Drôle, tendre, on passe vraiment un bon moment", mais aussi : "Le scénario est vide, les acteurs sont insipides, l'histoire d'une platitude désespérante ! A éviter absolument !".
La très sérieuse et cinéphilique revue Positif a aimé le film : ""Pourquoi cela fonctionne-t-il ? Parce que derrière la comédie franchouillarde annoncée, se jouent des drames, sociaux et sentimentaux, pas franchement résolus, et que cela sonne vrai" (Eric Derobert).
Le Parisien partage cet avis : "Camping est un film populaire, parfois émouvant, qui ne se moque jamais du peuple" (Pierre Vavasseur).
"Camping
2" (2010)
Accueil
des internautes :
"Camping
2" analysé par le Figaro et Marianne
Le film est sorti sur les écrans le mercredi 21 avril 2010. N'ayant pas été présenté à la presse, certains mensuels (Les Inrockuptibles, Les cahiers du cinéma, Positif) et quelques quotidiens (Le Monde) n'ont pas consacré de chronique à ce film.
Marianne ("Mammuth / Camping2 : deux visions du peuple s'affrontent"[13]) et Le Figaro ("Camping2 et Mammuth, deux visions d'une certaine France[14]") ont choisi de chroniquer deux films dans le même article : "Camping 2" et "Mammuth[15]" (Delépine/Kervern/2010)
§ Marianne : "Le regard compassionnel qu'une partie de l'élite intellectuelle porte aujourd'hui sur le peuple se confond avec le vieux mépris social. (…) Camping 2 cherche à décrire une partie du corps social qui se dérobe généralement aux regards des médias, le peuple.(…) A Arcachon, les pastis addicts de Fabien Onteniente suintent la plouquerie en sandales, chaussettes et bons sentiments. (…) Le déni de critique sur la comédie de Franck Dubosc et Cie est une autre démonstration de l'impossibilité de parler du peuple et au peuple, tout aussi éloquente que l'assimilation de "Mammuth" à une thèse de sociologie sur le nouveau prolétariat. Pourtant, la mobilisation des campeurs contre un élu véreux livrant son littoral aux promoteurs constitue une rupture bienvenue dans une époque matérialiste. (…) La France d'en haut n'aime voir son peuple que lorsqu'il est grossier dans ses manières et fragile dans ses valeurs. Au cinéma, comme au journal de 20 heures, l'électeur FN et la racaille de banlieue sont plus photogéniques, donc plus aimables que le Patrick Chirac-Franck Dubosc dans sa zone pavillonnaire, au volant de sa R 21, et devant sa tente de camping".
D'autres critiques "représentatives" :
§
Au
fil des scènes, on en vient même à
éprouver de la compassion voire de la
tristesse pour ces personnages que l’on voit
évoluer dans une vie qui nous
parait tellement pathétique… mais qui semble tout
compte fait plutôt leur
convenir… Ouf ! (Amélie Chauvet, critique de
"Camping" [16]).
§
Il
est intéressant de voir comment évolue, de film
en film, la schizophrénie de
Fabien Onteniente, infatigable défenseur des petites gens et
des vraies valeurs
en même temps que symbole absolu d'un cinéma
riche, dominant et mercantile.
Camping 2 n'est pas un film, mais le produit
dérivé d'un film (Les fiches
cinéma, n°1980, 05/05/2010).
2.
ANALYSE DES
DEUX FILMS
2.1.
"CAMPING" (2006) – "La
France
d’en haut » découvre la
situation dégradée du peuple qui souffre, mais ne
peut lui apporter aucune perspective"
2.1.1.
Le
trajet du film
2.1.1.1.
Situation
initiale
Au camping des Flots bleus, comme tous les ans, c'est le moment des retrouvailles autour de l'apéro d'usage pour les familles d'habitués. Sauf que cette année, les Pic n'ont plus leur emplacement 17, les Gatineau font tente à part, et Patrick Chirac, le play-boy de Dijon, se fait plaquer par sa femme. C'est dans ce camping que Michel Saint-Josse, chirurgien esthétique à Paris, se retrouve bien malgré lui pour y subir les problèmes existentiels d'une espèce jusqu'alors inconnue de lui : le campeur...
2.1.1.2.
Situation
finale
La panne de voiture qui bloquait le chirurgien esthétique au camping est enfin réparée. Ce dernier (sans sa fille qui a pris son autonomie) rejoint Marbella et ses palaces de rêve. Il promet de trouver du travail à Patrick Chirac à Dijon. Les campeurs, à l'entrée du camping, ont salué son départ : ils restent sans projet, sans activité, comme suspendus dans le temps.
2.1.1.3.
Analyse
de
« Camping » (2006)
Deux France s'opposent et s'ignorent : le film va permettre leur rencontre fortuite. La « France d’en haut » bénéficie d’un excellent confort matériel mais, curieusement, cela ne lui donne pas accès au Bonheur (la voiture « de James Bond mais sans les gadgets » tombe en panne, la femme du chirurgien l’a quitté pour partir avec son prof de gym, sa propre fille le rejette). Il est prisonnier de son statut, et son expérience « éprouvante » au contact du peuple ne le fera pas changer d’attitude. Le monde populaire des campeurs est fraternel, solidaire et alcoolisé. Il accueille en toute amitié le représentant de « la France d’en haut », n’éprouve aucune envie, aucune jalousie, aucune colère à son égard. Les conflits évoqués (emplacement des Pic occupés par un couple de Hollandais) sont insignifiants, et vont se résoudre simplement. La politique, la religion, le racisme sont absents de l’intrigue (le garagiste portugais Mendes, en marge de la société des campeurs, est parfaitement intégré par son professionnalisme et son savoir-faire). Les difficultés économiques réelles (Patrick Chirac est au chômage) sont peu visibles dans cet univers « simple », au plus près de la nature. Chaque groupe d’age (adolescents, adultes, retraités) questionne son rapport au couple, fait semblant parfois de le remettre en question, avant de reprendre la vie commune, mode de vie le plus apte pour approcher le Bonheur.
2.2.
"CAMPING 2"
(2010)
– "De
Vercingétorix à Chirac (Patrick), la classe
moyenne doit serrer les rangs pour
lutter contre les conséquences de la crise du
Libéralisme "
2.2.1.
Le
trajet du film
2.2.1.1.
Situation
initiale
Jean-Pierre Savelli, 45 ans, cadre moyen dans une compagnie d’assurances à Clermont-Ferrand est « lâché » par sa compagne. Ses collègues lui conseillent de « faire un break ». Il décide de passer ses vacances avec sa fille Lisa au camping des "Flots bleus" près d’Arcachon.
2.2.1.2.
Situation
finale
Jean-Pierre est rejoint par son amie Valérie au camping. Le couple Gatineau se réconcilie. Patrick Chirac quitte le camping avant la fin des vacances (pour raisons budgétaires). Les campeurs le saluent amicalement lorsqu'il quitte le camping. Il reste bloqué dans un embouteillage à un péage d'autoroute.
2.2.1.3.
Analyse
de
« Camping 2 »
La France "éternelle" est toujours là, admirable : climat, paysages, convivialité. Les adultes font face à de nombreux problèmes (relations homme / femme, organisation même de la société), mais ces difficultés sont passagères. Le pays fonctionne (institutions, économie) : l'innovation, la nouveauté sont acceptées, mais nullement recherchées. La politique (Maire, Président de la République) soit constitue un danger, soit est inefficace car démissionnaire. Une réelle solidarité relie les membres de cette communauté, ouverts et accueillants… à ceux qui leur ressemblent ! Les conséquences de la crise sont visibles, mais ne constituent nullement une marginalisation dans le groupe pour ceux qui en sont victimes. Les enfants sont à leur place, sages et attachants, respectueux de leurs parents. Un univers figé dans un bonheur simple et estival, qui échappe par miracle aux soubresauts de l'actualité, aux menaces (au final dérisoires) portées par la mondialisation. Plus technologique, plus ouverte à de nouvelles pratiques sociétales, moins "crispée" sur ses valeurs conservatrices, modeste dans son mode de vie, contestataire (mais à dose homéopathique), la France (vieillissante) décrite par le film reste conforme aux stéréotypes heureux des années passées. De la naissance à 65 ans, c'est le pays merveilleux où, pour tous, (presque) sans chômage, sans précarité, sans exclusions, sans concurrence des pays émergents, sans faiblesses de l'Euro, sans réchauffement climatique…, il fait bon vivre !
3.
QUELQUES THEMES
QUI TRAVERSENT LES
DEUX FILMS
3.1.
CAMPING(S)
/ politique
Camping
(2006) :
Le pouvoir local : n'apparaît pas.
L'Etat : nul conflit, nul incident ne nécessite son intervention (même lorsqu'une tempête cause des dégâts ou qu'un accouchement imprévu doit être géré).
La politique : le patronyme de "Chirac" pose peu de problèmes au chômeur Patrick.
Camping 2
(2010) :
Le pouvoir local : le Maire gère la commune au nom "d'intérêts supérieurs", sans tenir compte de l'avis des personnes concernées au premier chef. Le film n'évoque pas les avantages que la commune pourrait tirer (en terme de développement économique) de l'installation du complexe hôtelier.
L'Etat : Répression : la police lutte avec efficacité contre la délinquance routière (M. Pic perd, sans contester la sanction, son permis de conduire en se rendant au camping). Protection des personnes Les gendarmes sauvent Patrick et Jean-Pierre piégés sur un banc de sable entouré par l'océan. Après l'échec de leur grève de la faim, au restaurant, Patrick Chirac téléphone (fait semblant ?) à l'Elysée, mais le locataire du Palais (dont la femme est chanteuse)… fait son jogging ! La Drac pourrait sauver ou condamner les campeurs : elle les sauve, alors que les vacanciers voulaient tromper le Maire et les investisseurs espagnols.
La politique : lors de la disparition de Patrick et Jean-Pierre, Jacky Pic porte un tee-shirt à l'effigie du Président Barack Obama (Jacky sera à la tête de la délégation de campeurs qui se rendra à la Mairie pour rencontrer le premier magistrat et contester son projet).
3.2.
CAMPING(S)
/ condition sociale / luttes / conflits / solidarités
Camping
(2006) :
Michel Saint-Josse apparaît comme la caricature d'une certaine bourgeoisie : technicité reconnue (chirurgie plastique), haut statut social (cabinet médical situé dans un hôtel particulier), habitat privilégié (quartier des Invalides), signes ostentatoires de richesse (la voiture de James Bond, mais sans les accessoires), vacances de rêve à Marbella et détour par le Médoc pour passer des commandes de vin. Le chirurgien n’hésite pas à saluer sa patiente par un baise-main ponctué d’un très distingué « Mes hommages ! ». Il sait qu’il doit son aisance financière à son travail : ce n’est ni une rente ni un héritage. Il participe également à la mondialisation (congrès à Miami). Le séjour dans le camping va s'apparenter à un abandon de ses privilèges, à une perte de ses repères, y compris pour ses besoins "fondamentaux" (sommeil, WC, alimentation). Il est littéralement pris en charge par Patrick Chirac, qui, bien qu’il accepte sans problème sa « supériorité sociale » (« Mon ami a les moyens de payer, il est chirurgien ! ») lui impose son mode de vie, ses valeurs et constate son inadaptation à la réalité vécue par la "France d'en bas" (« Michel, on met de l’essence dans un scooter ! »).
Le peuple conçoit une certaine admiration pour cette « France d’en haut » : Patrick Chirac, chômeur, demande à Mme Chatel, la responsable du camping, de mettre sur son compte les nuitées que le chirurgien et sa fille passent au camping. Le chirurgien va néanmoins mettre en œuvre des capacités techniques (il permet à la jeune hollandaise d’accoucher dans de bonnes conditions) et sociales (il est le médiateur accepté par les deux camps pour régler les modalités du match de volley entre textiles et nudistes) utiles pour faciliter le bon fonctionnement de cette microsociété. Mais la « fracture sociale » n’a pas été gommée : Sophie Gatineau, délaissée par son mari et repoussée par le chirurgien lui déclare : « même si je casse le Codevi, je sais que vous ne refaites pas les campeuses ! ». Sur la plage, Patrick et ses amis campeurs attaquent le chirurgien en défendant la simplicité de leur style de vie « A Dijon, moi aussi j’ai le satellite, et ma voiture, c’est pas celle de James Bond, mais au moins je m’en sers tous les jours ! ».
Au final, la "greffe" ne prend pas, les deux mondes sont par trop dissemblables (le chirurgien esthétique considère qu’il est hébergé au « village de Cro-Magnon »). La réconciliation finale entre le représentant de la bourgeoisie et le peuple est bien éphémère, fragile : le peuple reste figé, sans projet, tandis que le représentant de la bourgeoisie est évacué du récit, délesté d’une grande partie de ses privilèges, affaibli par le départ de sa fille (qui déclare désormais que les patientes opérées par son père sont des « conasses siliconées »)...
Les solidarités ponctuelles peuvent permettre de dépasser les incompréhensions (tempête, sauvetage du couple hollandais, accouchement). Seul Patrick Chirac souffre de son exclusion du monde du travail ("Je suis dans la merde. Compression de personnel, et me voilà au chômage. Mais je suis parti avec une indemnité de 4 000 euros !").
Camping 2
(2010) :
3.3.
CAMPING(S)
/ liens entre les générations
Camping
(2006) :
Les Gatineau ont un fils qui s'inquiète des disputes de ses parents. Des adolescents (Vanessa, la fille du chirurgien, Aurélie, la fille des Gatineau et ses copains surfers, Nourédine et Manu) évoluent dans leur monde, en marge des adultes. Si les adolescents issus du peuple ont trouvé leurs repères, leur autonomie sentimentale et sexuelle (mais "ailleurs", puisque ils ne forment aucun couple, ils sont présentés en "groupe" indistinct), Vanessa est soumise au contrôle strict de son père; bourgeoise par sa naissance, elle choisira de partir en autocar avec un jeune homme sans statut, presque sans le consentement de son père. En tous cas, elle rompt avec les valeurs de son monde privilégié. Aurélie, la fille des Gatineau, explique qu’elle endort ses parents avec un somnifère quand elle veut sortir... La dernière image nous présente, après le départ du chirurgien, les habitants du camping, adultes et adolescents, figés et unis dans la même attente.
Le fils du garagiste Mendes ne participe pas aux activités balnéaires ou de loisirs des jeunes "blancs" de son âge. De manière inattendue, cette société populaire va se trouver renforcée par une naissance, le bébé que met au monde la touriste hollandaise, et que ses parents vont baptiser Jacky, pour célébrer leur voisin français qui les a sauvés de la noyade. La mondialisation peut-aussi apporter des naissances inattendues à la France !
Camping 2
(2010) :
Evidente complicité entre Jean-Pierre et sa fille ("Pourquoi tu rigoles jamais comme Patrick ? Je te promets de réfléchir à tout ça… Je t'aime… Moi aussi je t'aime"). Lors de la disparition de Jean-Pierre, les Pic rassurent Lisa, sa fille. Une jeune maman confie son bébé à Patrick qui va s'occuper de l'enfant pendant le karaoké (le bébé, un moment « égaré », est récupéré sain et sauf par Jacky Pic). Les adolescents ont disparu du film.
3.4.
CAMPING(S)
/ "minorités visibles"
Camping
(2006) :
M. Mendes, le garagiste portugais, jouit d'une excellente réputation professionnelle. Il a conquis ses lettres de noblesse en participant au rallye Paris-Dakar. Son épouse, Cindy, est d'origine sénégalaise, et leur fils l'aide dans son activité de garagiste. Compétent, il va toutefois être trahi par son enthousiasme pour la mécanique : victime de surmenage et d'un petit accident, il ne pourra réparer la voiture dans les délais qu'il avait prévu. M. Mendes ne partage ni la vie du chirurgien, ni la vie des campeurs (il habite un appartement au-dessus du garage, improbable mais véritable « zone de relégation »); son statut est valorisé par le film : au final, il est accompagné par le finlandais Ari Vatanen[17], grand pilote de rallye (dans la réalité) et parrain de son fils (dans le film), qui vient certifier l’excellence de son travail de mécanicien. Paradoxalement, la famille Mendes, intégrée et conviviale, n'a au final aucun lieu "digne" pour exister. Elle est bien présente dans le récit, et pourtant fondamentalement absente de cette communauté…Désignant le désordre apparent qui règne dans le garage et furieux du retard pris dans la réparation de sa voiture, le chirurgien peste contre le « gourbi[18] » de Mendes, garagiste « portugais » (interprété par l'acteur Abbez Zahmani) ...
Camping 2
(2010)
Très présentes dans les musiques du film (antillaise, gypsy), les « minorités visibles » sont très marginales : un couple antillais est montré brièvement – et seulement - lors du karaoké; M. Mendes est un technicien compétent et réactif, mais il travaille et n'a de contact qu'avec Mme Chatel, gestionnaire du camping. Second rôle actif dans le premier film, ce personnage n'est plus ici qu'une simple silhouette. Ni sa femme africaine ni leur fils n'apparaissent dans ce film; il n'est plus fait référence à ses origines portugaises).
3.5.
CAMPING(S)
/ entreprise et mondialisation
Camping
(2006) :
Le monde du travail est représenté principalement par Mme Chatel et son équipe, qui veille à l'animation ("course des canards") et à l'organisation du camping (gestion des emplacements, premiers secours face aux dégâts de l'orage). Le commerce (droguerie) des Gatineau reste flou, mais honnête. Les méfaits de la mondialisation sont de l'ordre du symbolique : Jacky Pic se bat pour son emplacement, le "17", indûment occupé par un couple de Hollandais. Sa patience et son obstination lui permettront de reconquérir ce site lié à l'histoire de son couple. Le chirurgien Saint-Josse vit dans l'opulence, mais respecte une vraie éthique professionnelle (il refuse d'opérer la patiente qui souhaite se faire opérer, jugeant que cette opération n'est pas nécessaire). Il est le représentant d'un monde coupé des réalités, qui ne vit que pour l'image, la représentation. L'entreprise de M. Mendes reste marginale, sans autres clients et sans volonté de conquérir de nouveaux marchés. A la toute fin du film, en saluant Patrick, le chirurgien promet (en s’appuyant sur ses relations et son carnet d’adresses) de lui trouver à Dijon un emploi de vendeur d’agendas (« Camping 2 » nous montrera que cette promesse n’a pas été tenue).
Camping 2
(2010) :
La France est essentiellement un pays de PME ou de TPE (Jean-Pierre Savelli travaille dans un cabinet d'assurances à Clermont-Ferrand; à Arcachon, nous rencontrons des entreprises qui vivent du tourisme saisonnier (camping, vente de frites, animations, restaurants, boites de nuit, pratiques sportives) ou dans les télécommunications (entreprise de M. Mendes). Le seul projet économique d'importance est l'implantation (à l'initiative d'un groupe espagnol) d'un complexe hôtelier "haut de gamme" à la place du camping. Ce projet, contesté par les campeurs, ne pourra se réaliser. M. Gatineau est propriétaire d'une quincaillerie florissante, mais il pratique aussi un commerce pour le moins "douteux" sur les bois tropicaux « à Bali »; le spectateur n'en saura pas plus… Patrick Chirac espère obtenir un poste de "chef de secteur" dans le groupe Miko pour la production de glaces sans calories, mais cet espoir ne sera pas confirmé par la fin du film : il demeure au chômage.
3.6.
CAMPING(S)
/ corps, normes sociales et normes sexuelles
Camping
(2006) :
Patrick doit « re-socialiser » le chirurgien (ce dernier prend congé de ses patientes en leur baisant la main), mais ignore qu’il convient de remercier quelqu’un qui, passant devant sa tente, le salue et lui souhaite « Bon appétit ». De même, très « maternel », Patrick lui demande de ne pas marcher dans la chambre de la tente avec les chaussures. Le campeur populaire a conquis de nouvelles libertés (et pas des moindres), puisqu’il peut, indique Patrick, «manger ses carottes râpées dans leur emballage ».
Le couple hétérosexuel constitue une norme parfaitement admise : les Pic, les Gatineau, Patrick Chirac qui, dit-il, attend l’arrivée de sa femme et de leur petite fille, le « 37 » et sa « copine reine des campings ». Mais ce modèle connaît de sérieuses difficultés : les Pic se chamaillent sur la conduite à tenir pour récupérer leur emplacement, Paulo Gatineau a trompé sa femme avec « Bunny », une rencontre sans lendemain, Kristie, la petite amie du « 37 » va le quitter pour un autre, et Patrick Chirac connaitra une brève période « dragueur », avant de décider de reconstruire sa vie sentimentale. Ces « crises » sont des moments de remise en question du modèle dominant (« Fais tout péter, éclate-toi, est-ce que tu as déjà fait l’amour avec une fille ? ». Mais le retour à la « norme » est inéluctable : Patrick : « comment appelles-tu un homme qui aime sa femme et veut coucher avec une autre ? » - Michel Saint-Josse : « Un malade ? ». Le même chirurgien vit de manière monacale car sa femme « est partie avec son prof de gym ». L’argent ne fait pas le bonheur, ce que le médecin traduit par « Le malheur est à la portée de tout le monde ». Seule la jeune Aurélie Gatineau (mais c’est un personnage marginal) trouve un épanouissement sexuel certain (« un espagnol m’a fait découvrir mon point « G ») sans connaître les contradictions des adultes.
Camping 2
(2010) :
Avec le temps, des doutes apparaissent (image de soi – "je suis encore pas trop mal foutue" -, fidélité ou infidélité avec son partenaire, son conjoint – "T'as déjà trompé Jacky ? Oui, il y a longtemps, avec un gendarme"-). Mais, au final, le couple hétérosexuel (les Gatineau, Jean-Pierre Savelli et son "amie", les Pic) reste la valeur fondatrice. Patrick Chirac, divorcé ("j'ai pris une claque, elle m'a tout pris"), regrette sa solitude et n'aspire qu'à former un couple (avec Pauline, mais cette alliance ne dure pas). Sophie Gatineau, signe incontestable de l'émancipation de la femme, a fait dessiner un tatouage au dessus de ses fesses
Au final, le film propose une ligne de clivage qui sépare la population entre deux camps, radicalement distincts. Il ne s’agit nullement d’opposer les riches aux pauvres, ni les jeunes aux aînés, pas plus que les immigrés aux « français de souche ». Non, cette ligne délimite deux conceptions du rapport au corps : les « tous nus » et les « textiles ». Le monde des naturistes constitue une réserve de corps féminins jeunes et désirables (les corps âgés ou les corps nus d’enfants ne sont pas présentés à l’écran). On peut, dans le film, passer d’un univers à l’autre (Paul Gatineau effectue cet aller-retour). Au final, le monde des nudistes sera solidaire des campeurs « textile » pour combattre la menace que fait peser sur la communauté le projet hôtelier espagnol.
3.7.
CAMPING(S)
/ une société balisée par la
publicité, les marques, les "vedettes"
Les deux films témoignent d’un curieux mélange, qui va ponctuer le cœur de la fiction par des marques, échappées semble-t-il d’un écran publicitaire. Au-delà du paradoxe, ne convient-il pas de voir à l’œuvre ici la « culture populaire marchandisée » de ce début de 21ième siècle ? Sans doute, la publicité la plus « moderne », la plus « efficace » est celle que le spectateur accepte comme un élément « neutre », qui n’est pas chargé d’une mise en situation manipulatrice destinée soit à provoquer l’achat soit à donner une image positive à la marque. Ce lien étrange Cinéma / Publicité n’est pas nouveau, puisque le premier film (plus précisément, une « vue » de 55 secondes) de l’histoire du cinéma (« La sortie des usines Lumière »/Lumière/1895) concourt indéniablement à donner une image positive, en mouvement, d’une bien sympathique entreprise de Monplaisir (banlieue de Lyon) à la fin du XIXe siècle.
Camping
(2006) :
Sont cités ou présents dans le film : Ferrari (casquette portée par Jacky Pic) – Ricard – la pommade Biafine – chocos BN – Benco (quatre citations) – La vache qui rit – Pirelli – Antar – Alain Delon - Amora – Auchan – magasins But – Haribo – Besomeone[19] - Carrefour – Champion – « J’aime le Cotentin » – Bernard Montiel et Ari Vatanen apparaissent dans le film et jouent leur propre rôle.
Camping 2
(2010) :
Sont
cités dans le film : glaces
Miko – chocolat Benco – "What else !" –
Europe 1 (météo des plages) –
Europe 1 (émission de musique classique) –
supermarché Champion – Apéricube
–Flamby –Aucune "vedette"
n'apparaît dans son propre rôle
3.8.
CAMPING(S)
/ Ecologie / nouvelles technologies / modes de vie
Camping
(2006) :
Le film ne propose aucune conduite liée à un enjeu écologique. Les nouvelles technologies restent ambivalentes : les téléphones portables fonctionnent parfaitement, mais le logiciel de réservation du camping pose problème.
Camping 2
(2010) :
3.9.
Camping(s)
/ Culture
Camping
(2006) :
Sur la plage, Patrick lit et apprécie « Belle du seigneur » [roman de Albert Cohen publié en 1968 : une réflexion sur le génocide du peuple juif et un grand roman d’amour qui décrit aussi les manières de la petite bourgeoisie snob singeant, dans les années 1930, l’art de vivre de la haute société pour tenter d’en faire partie. La passion amoureuse mythique qui unit les deux héros, Solal et Ariane, se conclut par un destin tragique] - Paulo a emmené sa femme « voir Sardou au parc expo de La Rochelle » - Koh lanta – Bernard Montiel (« le petit brun qui présentait « Vidéo gag » sur la 1ière chaîne ») – Emmanuelle Béart – Isabelle Adjani – Daniella Lumbroso (trois personnalités qui, selon le film, ont utilisé la chirurgie esthétique)-
Camping 2
(2010) :
La culture proposée par le film est essentiellement musicale, centrée sur les années 60 /70 : le nom du personnage "Jean-Pierre Savelli" est le vrai nom de Peter, du duo "Peter et Sloane" - sosie Michael Jackson – "il est où mon Paulo qui me chantait du Aznavour sur le pont de Saint Nazaire ?" – Karaoké "j'ai encore rêvé d'elle" (1975) – un orchestre antillais anime le bal du camping – Distel "la belle vie" 1963 – les Pic apprécient la musique de Jean Claude Borelly (trompettiste français né en 1953 qui a vendu plus de 15 millions d'albums dans 23 pays) et envisagent d’assister à un de ses concerts au casino de Gujan – musique gypsy sur le générique - Davy Crockett - Buzz Aldrin[21] - Julien Lepers et son "questions pour un champion" - Jacky Chan – Laure Manaudou - Nicolas Hulot –
4.
FABIEN
ONTENIENTE S’IMPOSE DANS LE CINEMA
COMIQUE Français.
4.1.
Le
peuple vu par le
cinéma
Dans les années 30, nombreux ont été les films consacrés aux milieux populaires, et nombreux ceux que la tradition cinéphilique a classé parmi les plus grands ("L'Atalante/Vigo/1934, "Hôtel du Nord"/Carné/1938, "La belle équipe"/Duvivier/1936). Mais aujourd'hui "le peuple est devenu une idée, une idée politique. Il s'est désincarné. Un long silence s'étend sur "ceux d'en bas[22]". Après une liste consistante de "nanars" poujadistes, racistes, phallocrates, aujourd'hui l'image du "peuple" reste bien floue dans le cinéma français. Quelques cinéastes militants ("Les mains en l'air"/Goupil, "Welcome"/Lioret/2009) tentent de donner aux exclus, aux laissés pour compte une image à l'écran, de les présenter dans une symbolisation nouvelle.
4.2.
Fabien
Onteniente
"Fabien Onteniente (né en 1958) fait son entrée dans la monde du spectacle par la musique. Il écrit ensuite des scénarios de courts-métrages ("Le perroquet des îles" est sélectionné pour les César en 1984). Il réalise ensuite :
"A la vitesse d'un cheval au galop" (1992) – le film raconte l'histoire d'un groupe de retraités prêts à tout pour visiter le Mont-Saint-Michel.
"Tom est tout seul" (1993) – avec Clotilde Courau, Martin Lamotte, Florent Pagny
"Grêve party (1997) co-écrit avec Bruno Solo – avec Vincent Elbaz, Gilbert Melky – (Les manifestants tiennent le haut du pavé parisien. M. Jean, ex soixante-huitard, syndicaliste devenu libraire dans le quartier latin, est sollicité par un ami gréviste pour collaborer aux négociations…)
Jet set (1999) – avec Samuel Le Bihan, Bruno Solo, Lambert Wilson – (Pour sauver leur bar de banlieue de la faillite, Jimmy et Fifi ont l'idée d'y faire venir la Jet Set parisienne…)
3 zéros (2001) – Gérard Darmon, Lorànt Deutsch, Gérard Lanvin (En prison, Manu déniche Tibor, un dieu du ballon rond…)
People / Jet set 2 (2004) – avec José Garcia, Ornella Muti, Elie Semoun (A Ibiza, John-John est l'organisateur des nuits les plus folles…)
Disco (2008) avec Franck Dubosc, Emmanuelle Béart, Gérard Depardieu – (Didier Travolta vit au Havre, chez sa mère, dans un quartier populaire…).
5.
Le
référent implicite : la France en 2006 et en
2010.
5.1.
Les
Français en vacances
: un tiers des Français sont
des exclus des vacances.
Chaque année, un enfant sur trois et
environ 35 % des
adultes ne partent pas en vacances.
Les chiffres montrent un raccourcissement de la
durée des séjours. Les
séjours à la mer représentent 27 % des
séjours effectués par les français. La
durée moyenne d’un séjour à
la mer s’établit à huit ou neuf jours.
Pour leurs
vacances, 63 % des français (de 15 ans et plus) choisissent
un hébergement non
marchand (famille, amis), tandis que 6 % choisissent un
hébergement en camping
(15 % choisissent un hébergement en hôtel et
pension de famille). 9
déplacements sur 10 s’effectuent dans le cadre de
la France métropolitaine. C’est
dans la
région Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Languedoc-Roussillon
que les touristes français passent le plus de
nuitées. En 2009,
l'hôtellerie de plein air voit sa
fréquentation croître de 4,2% par rapport
à 2008. La bonne saison du camping a
été réalisée
grâce à la clientèle
française en hausse de 7,2%.
Pour illustrer les vacances majoritaires des
Français, le film aurait
donc du montrer une famille hébergée dans un
contexte non marchand au bord de
la Méditerranée.
De nombreux commentateurs (de la France
« d’en haut ») ont
glosé sur le déclassement social qui serait
illustré par les vacances passées
au camping. Pour « la France d’en
bas », qui n’a pas la chance de
partir en vacances, ces séjours
« rustiques » constituent
pourtant un
rêve encore inaccessible !...
5.2.
Le
Peuple, les Masses, le
Prolétaire
5.2.1.
Définitions[23]
§
Le Peuple, selon la définition la
plus générale, c'est un
"ensemble d'humains vivant en société, habitant
un territoire défini,
ayant en commun un certain nombre de coutumes, d'institutions". Le
peuple,
c'est donc tout d'abord le corps de la nation, ensemble des personnes
soumises
aux mêmes lois. Mais une deuxième signification
apporte une distinction à cette
première proposition : le peuple c'est aussi le plus grand
nombre, opposé aux
classes supérieures, dirigeantes (sur le plan social) ou aux
éléments les plus
favorisés matériellement ou culturellement de la
société. Dans ce combat
inégal, les couches les plus humbles, les plus modestes de
la société se voient
qualifiées de canaille, populace, tourbe ou vulgaire. Non
vraiment, il ne fait
pas bon "d'être peuple" !
§
Les Masses, ce sont les couches populaires,
la foule, le peuple.
Les démagogues peuvent facilement
déchaîner les masses, ou flatter les passions
des masses. La masse est grégaire; en cela elle se
différencie de l'individu,
qui appartient plutôt à l'élite.
§
Le Prolétaire est la personne qui ne
possède pour vivre que les
revenus de son travail (salaire), qui exerce un métier
manuel et a un niveau de
vie relativement bas. On peut être
prolétarisé, réduit à la
condition de
prolétaire (exemple : la prolétarisation d'un
bourgeois…)
5.2.2.
Le
marxisme, la
lutte des classes, et... le Manque !
Il ne faut pas exclure que cette crise financière ne déclenche un mouvement de révolte et
de violence sans précédent, assorti d'un retour aux haines de classe. Après tout,
ne constitue-t-elle pas une formidable démonstration de la validité de l'analyse de Marx,
celle d'un capitalisme flamboyant, planétaire et suicidaire ? (Jacques Attali[24])
« Dans
« le manifeste du Parti
Communiste » (1847), Karl Marx et Friedrich
Engels développent une conception grandiose de la
philosophie de l’Histoire
(toute l’Histoire a été une histoire de
luttes de classes, de luttes entre
classes exploitées et classes exploiteuses, entre classes
dirigées et classes
dirigeantes) qui voit, au final l’émergence
d’un « communisme
scientifique » censé défendre
les intérêts du prolétariat. La
révolte des
forces productrices a condamné la
société féodale à
périr au profit de la
société bourgeoise, et elle va
aujourd’hui, en vertu de la même
nécessité
dialectique, détruire la bourgeoisie au profit du
prolétariat. Pour
fonctionner, précisent Marx et Engels, la bourgeoisie a
créé un « monde à
son image », elle a brisé les cadres
nationaux de l’industrie ancienne et
mis en place l’exploitation d’un marché
mondial. Mais cette économie engendre
des crises graves, et la manière dont réagit la
bourgeoisie ne peut que
préparer des crises futures plus
générales et plus formidables. Et ce sont les
prolétaires (ces ouvriers modernes, exploités,
forcés de vendre leur force de
travail) qui vont, en se regroupant, en prenant conscience de
l’exploitation
dont ils sont victimes, vont en finir avec la bourgeoisie. Selon Marx
et
Engels, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs : la
chute de la
bourgeoisie et la victoire du prolétariat sont
également inévitables » [25].
Cette
vision sommaire de l’Histoire appartient
aujourd’hui au passé. La bourgeoisie est
bien présente (le prolétariat lui non plus
n’a pas disparu) mais elle s’appuie
désormais sur une « classe
moyenne » qui a adopté sa vision du monde
et aspire à partager ses privilèges
réels et symboliques. Le moteur de notre
société de consommation individualiste et
égoïste, n'est plus la "lutte
des classes", c’est… le manque !
Parachutes dorés, primes de
footballeurs et patrimoine des plus fortunés, tout (le
culturel comme le
symbolique) « fait signe » pour
inviter la « classe
moyenne » au conformisme, au statu quo social, dans
l’attente de
l’accession – inévitable – au
paradis de la consommation de luxe, qu’illustre
si magistralement la bourgeoisie (dernières en dates de ces
« normes
civilisationnelles intégratrices : le
« bon » cinéma qui ne
peut
exister qu’en 3D, le poste de
télévision « en
relief » qui doit
trôner au centre du salon, même si, pour
l’instant, les chaînes ne diffusent
pas de programmes avec cette technologie..., le 4 x 4, mais compatible
avec le
Grenelle de l’environnement, etc., etc.). Le
cinéma, miroir déformant, va
rendre compte lui aussi de la dynamique sociale ("L'existence des
classes
est un enjeu de luttes autant dans les représentations que
dans la
réalité"[26]).
Tentons de caractériser
maintenant cette classe moyenne que Marx n'a pas anticipé.
5.3.
La
« classe
moyenne » en France (entre
exclus et privilégiés, entre malaise et
pessimisme).
En
2006, selon l’INSEE, la
moitié des Français disposaient de moins de
1 500 euros par mois. On peut
définir comme appartenant à la classe moyenne les
petits commerçants, les
salariés, les membres des professions
intermédiaires, les artisans et employés
qui gagnent entre 1 200 et 1800 euros par mois (ce n'est ici qu'un des
nombreuses propositions de définition). Au-dessus se trouve
"l'élite",
une catégorie bourgeoisie/cadres/classes dirigeantes. Le
sociologue Pierre
Bourdieu[27]
laissait entendre que les
classes moyennes sont vouées à singer les valeurs
et manières de la classe
dominante puisque leur perspective est d'intégrer
à leur tour cette bourgeoisie
dominante. On peut adopter ici une "non-définition"
basée sur un
constat : la classe moyenne n'existe pas, sinon dans le projet de se
faire
elle-même.
Le
cauchemar de la classe moyenne : Le
chômage de masse (concentré sur les jeunes)
caractérise aujourd'hui la société
française. 60 %, c'est le nombre de
français qui en octobre 2008
estimaient possibles qu'eux mêmes ou un de leurs proches se
retrouvent un jour
dans la rue (contre 48 % en novembre 2007)[28].
Est
considérée comme pauvre une personne qui
bénéficie, en 2006, de 733 euros
mensuels. Depuis 10 ans, la pauvreté stagne en France,
après avoir fortement
baissé au cours des années 1970-1980. En France,
6 millions
d'"exclus" (allocataires + ayant droit) vivent des minima sociaux
(RMI, allocation aux adultes handicapés, chômeurs
en fin de droits). En 2006,
on compte en France près de 3,4 millions de travailleurs
pauvres. "Les
pauvres d'aujourd'hui sont des jeunes plein d'avenir dans la
pauvreté[29]".
5.4.
La
fin de mandat du
Président Chirac (2005 / 2006) –
"La fracture sociale" peine à disparaître.
"Une
fracture sociale se
creuse dont l'ensemble de la Nation supporte la charge[30]"
5.4.1.
Les
inégalités de
revenus
§
Selon
une étude
de l'INSEE, le "seuil de pauvreté" est estimé
à 880 euros en 2006. Selon ce
critère, près de 7,9
millions de personnes peuvent être
considérées comme "pauvres" (contre 7,7 millions
en 2005).
§
Les
10 % plus haut revenus de la population française
bénéficiaient en 2006
de, au moins, 2 765 euros par mois[31].
[
La dette ne cesse d'augmenter :
alors qu'elle était de
58,2% du PIB fin 2002, elle atteint les 64,4% fin 2004. Le
chômage, de son
côté, se stabilise à 8,6 % fin 2006
(« Le travail précaire devient la
nouvelle norme. Il sert d’épouvantail, de
repoussoir aux travailleurs. La
précarité s’inscrit dans la vie des
individus, comme si elle était quelque
chose de véritable, voire de naturel »[32]).
La
croissance reste faible (1,2 % en 2005). Le gouvernement tente une
relance
budgétaire en baissant les impôts des plus riches.
Le raccourcissement de la
durée d'indemnisation fait basculer plus vite les demandeurs
d'emploi dans les
minima sociaux et augmente le nombre de RMIstes. En France, en vingt
ans, le
pouvoir d'achat de l'indice boursier a progressé de 120 %
pendant que celui des
salaires (à temps plein) n'augmentait que de 15 %, et que
celui du RMI
n'évoluait pas. Les Français sont de plus en plus
sensibles à la dégradation du
pouvoir d'achat et à la détresse des mal
logés. "La situation actuelle est
hautement problématique (…) Il s'agit bien d'une
débâcle collective qui peut
avoir des conséquences politiques dangereuses[33]".
5.4.2.
Une
fin de mandat
marquée par l’immobilisme,
l’essoufflement
M. De Villepin est Premier
Ministre depuis 2005. M. Sarkozy est Ministre de l'intérieur
depuis 2005 (il a
auparavant occupé les fonctions de Ministre de l'Economie et
des Finances). En
2005, le "non" l'emporte quand on demande aux Français de
ratifier le
traité établissant une Constitution pour
l'Europe, basée sur plus de
Libéralisme. En novembre 2005, des émeutes
violentes éclatent dans les
"quartiers" des banlieues. Le contrat première embauche
(CPE) projet
du gouvernement pour réduire le chômage des
jeunes, suscite, en 2006, de fortes
manifestations dans tout le pays.
5.5.
Le
début du quinquennat
du Président Sarkozy (2007 /
2010) – La
rupture "avec les 30
dernières années[34]"
et le volontariat.
5.5.1.
L’élection
présidentielle de 2007
Dans
sa campagne pour la
présidence de la République, M. Sarkozy entend
rétablir la confiance dans
l'action politique et promouvoir la « valeur
travail » (il adopte
comme slogans : "Travailler plus pour gagner plus", "la rupture
tranquille", "l'ordre en mouvement"). Préoccupé
par "la
France qui souffre", il appelle à inventer un nouveau
modèle français. Il
est élu Président de la République en
Mai 2007 avec 53 % des suffrages (le vote
ouvrier, qui avait déjà participé
à l'élimination de M. Jospin au second tour
de la Présidentielle de 2002[35],
se porte
à nouveau majoritairement sur le candidat de
l'extrême droite, M. Le Pen (les
socialistes sont toujours sanctionnés par les classes
populaires; en 2007, le
Front national recueille 10 % des voix au premier tour de la
Présidentielle,
puis il s'effondre aux Législatives de Juin 2007, au profit
de la Droite
parlementaire... et de l’abstention).
5.5.2.
Crise
du
capitalisme (financière,
économique et
sociale) / défaites électorales.
5.5.2.1.
Une
catastrophe
économique majeure entraîne l'intervention massive
des Etats (2007 / 2008)
« Certains CDOs contiennent des tranches incluant des RMBS de type subprime (...) En 2007, certains établissements financiers offrent à leurs clients de placer leur épargne en des titres de ce genre dont la description tient en un manuel de cent cinquante pages qu’aucun cadre supérieur de banque ne peut comprendre ni donc contrôler ». (Jacques Attali[36]).
"L'implosion
du marché du crédit à partir de
l'été 2007 n'a pas seulement mis les banques
à
genoux, avec des pertes estimées à 2 800
milliards de dollars en trois ans,
elle a aussi fait plonger la production industrielle et le commerce
international dans des proportions inédites depuis la crise
des années 30[37]".
L'Etat a endossé le rôle de banquier lorsque le
système financier a risqué de
s'écrouler.
Le
chômage se stabilise à un haut niveau dramatique,
(plus de quatre millions de
chômeurs en 2010), et la précarité
(CDD, travail temporaire) s'installe
durablement. Depuis l'été 2008, le nombre de
demandeurs d'emploi s'est accru de
800 000 personnes. L'Etat continue à supprimer des emplois
dans la fonction
publique. Le pouvoir d'achat stagne, les ménages sont
endettés, la dette
publique approche (avec 75,8 % du PIB) les 1 500 milliards d'euros
(elle était
"seulement" de 1 000 milliards fin 2003). Etonnant paradoxe, le taux
de syndicalisation des salariés français a
été divisé par trois en trente
ans... En Europe, la Grèce, et dans une moindre mesure le
Portugal et
l'Irlande, traversent une crise budgétaire majeure.
5.5.2.2.
Une
série de
défaites électorales pour la Droite (des
élections marquées par une forte
abstention)
Les
élections municipales
de 2008 sont marquées par un fort taux d'abstention et par
le gain par la
Gauche de nombreuses villes de plus de 20 000 habitants (les
élections
cantonales qui se déroulent à la même
date donnent la majorité des conseils
généraux à la gauche). Les
élections européennes de 2009 sont
marquées par une
forte abstention (60 %). Les élections régionales
de 2010 voient le triomphe de
la Gauche et le bon score d’Europe
écologie ; seule l'Alsace reste à
Droite (l'abstention monte à 53 %).
5.5.2.3.
Toujours
autant
d'inégalités
§
En
2003, les
cadres de 35 ans bénéficiaient d'une
espérance de vie totale supérieure de 5,7
ans à celle des ouvriers. Par ailleurs, les
études médicales prouvent que les
personnes qui ont du changer fréquemment d'emploi au cours
de leur carrière
sont significativement en moins bonne santé que les autres.
§
Quelques
300.000
consommateurs pourraient être privés de gaz cette
année pour cause d’impayés,
soit 30 fois plus qu’en 2008, a indiqué lundi
à l’AFP la société GrDF qui
gère
le réseau de distribution de gaz naturel.[38]
6.
D’une
France à l’autre (2006 – 2010)
6.1.
"S'il
existe encore une classe,
c'est bien la
bourgeoisie"[39]
Dans
"Camping",
Michel Saint-Josse représente la "haute
société", mais il n'est en
rien un "héritier", un rentier (il n'en a ni l'assurance ni
l'estime
de soi). C'est son activité professionnelle de chirurgien
(et son talent
personnel) qui lui permettent de mener grand train de vie (logement
privilégié,
voiture de luxe, vacances dans des palaces). Isolé dans son
univers favorisé,
il ignore les difficultés de la "France d'en bas". "Camping
2" a évacué ce personnage pour le remplacer par
des investisseurs
immobiliers espagnols, qui menacent les "acquis sociaux" des
campeurs. Là où la mobilisation va
échouer, c'est la
"débrouillardise", "l'esprit gaulois", la
solidarité du
groupe, qui vont éloigner le péril. En 2010, la
"France d'en haut"
("les amis du Fouquet's"[40]
qui
associent argent, culture, notoriété et prestige,
qui construisent leur
richesse et vivent au niveau planétaire, qui figurent dans
le Bottin mondain et
jouent au polo) a-t-elle disparu ? Il semble bien que non : "Les
bourgeois
travaillent sans cesse à conforter la classe bourgeoise[41]"…
§
Malgré
la crise,
le nombre de millionnaires a augmenté dans le monde en 2009.
Moins d'1% des
foyers de la planète réunissent ainsi 38% de la
richesse privée mondiale[42].
§
Lors
d'une
conférence de presse en 2008, le Président
Sarkozy annonce qu'il "souhaite
réfléchir à la suppression de la
publicité sur les chaînes publiques".
Dès
le lendemain, l'action de TF1 (la chaîne de son ami M. Martin
Bouygues qui
pourrait bénéficier de ce pactole
évalué à 840 millions d'euros) grimpe
de 9 %…
§
En
octobre 2009,
le fils cadet du Président, M. Jean Sarkozy, se
déclare candidat pour prendre
la tête de l'EPAD[43],
dont l'objectif est d'aménager et d'urbaniser les 160
hectares du quartier de
La Défense, un des principaux centres d'affaires
européen. L'ambition du jeune
homme se heurte à l'incompréhension du public,
qui découvre que le fils du
Président n'a que le Baccalauréat en poche. Le 22
octobre, il renonce à cette
promotion "pour échapper aux soupçons de
népotisme qui pèsent sur cette
programmation programmée"[44].
§
Mme
Liliane
Bettencourt, actionnaire principale de l'Oréal, va, en
quelques années,
effectuer plusieurs donations à son
protégé, le photographe François Marie
Banier : 11 millions d'euros en 2002, 250 millions en 2003, 6 millions
en 2004,
56 millions en 2005, 250 millions en 2006. Le magazine Forbes estimait
la
fortune de Mme Bettencourt à 13 milliards de dollars en 2009
(ce qui en faisait
la femme la plus riche de France). [M. Bernard Arnault (LVMH) reste
l'homme le
plus riche de France avec une fortune estimée à
14 583 millions d'euros en
2009].
§
Depuis
1998, les
revenus des plus aisés augmentent plus vite que ceux du
reste de la population
: plus on était riche en 1998, plus on est riche en 2009.
6.2.
Le
déclassement social /
l’individualisme / les boucs
émissaires : la France
« sombre » que
« Camping(s) »
travestit, dissimule
6.2.1.
La
progression du
déclassement est incontestable, mais
modérée.
6.2.1.1.
Tel
père, tel
fils ?[45]
"Arrière
grand-père agriculteur, grand-père instituteur,
père
Polytechnicien, fils schizophrène[46]"
A
l'époque des Trente
Glorieuses, les 3 % ou 4 % de croissance annuelle de
l'activité permettaient
une hausse générale de la qualité des
emplois et des niveaux de rémunération,
de telle sorte que beaucoup pouvaient espérer pour leurs
enfants une position
sociale meilleure que la leur. Entre 1982 et 2008, le nombre de cadres
supérieurs a augmenté de 135 % (+ 2,4 millions
d'emplois); la part des cadres
supérieurs est passée de 7,8 % à 16 %.
A l'opposé, le monde agricole et la
catégorie des ouvriers ont perdu deux millions d'emplois
(mais il convient de
relativiser ces données : en 2005, 21 % des ouvriers non
qualifiés sont
bacheliers...).
La
probabilité de devenir
cadre moyen ou supérieur s'est logiquement accrue. Cette
ouverture vers le haut
a aspiré une partie des catégories populaires.
Aujourd'hui, la part de ceux qui
progressent reste donc supérieure à la part de
ceux qui descendent, mais cette
dernière s'accroît notablement. Même si
le processus est parfois exagéré, le
déclassement intergénérationnel n'est
donc pas une vue de l'esprit. Le
douloureux paradoxe des "intellos précaires" va causer bien
des
souffrances et stopper les espoirs légitimes de la jeunesse
des classes
moyennes. "Si l'on peut assister encore à des
mobilités sociales
fulgurantes, celles-ci sont plus rares et moins collectives[47]".
Mais nul ne peut prédire aujourd'hui avec certitude la
conjoncture et le marché
du travail de demain…
En
1982, 18 % des 15-24 ans étaient employés en
intérim, en contrat à durée
déterminée ou en apprentissage : ils sont 51 % en
2008 (d'un point de vue
global, la part de ces emplois précaires sur la
totalité des emplois et passée
de 5 % à 12%)[48]".
Autre
raison d'inquiétude pour la jeunesse, la vieillissement de
la classe politique
(en 1981, pour un député de moins de 40 ans, il y
avait un député de plus de
soixante ans. En 2010, pour un député de moins de
40 ans, il y a neuf députés
de plus de soixante ans).
6.2.1.2.
Un
système
éducatif paradoxal ("ouvert à tous et
réservé à quelques uns[49]")
qu’il convient d’interroger
6.2.1.2.1.
Le
niveau monte... la
sélection aussi ?
Le
niveau moyen de la main d'œuvre a fortement
progressé ces trente dernières
années. Entre 1982 et 2008, la part des bac + 2 ou plus chez
les 25 – 49 ans
est passée de 14,7 % à 35,2 %. Aujourd'hui le
nombre d'emplois qualifiés
continue à augmenter, et le diplôme reste la
meilleure protection contre le
déclassement (« Elever le niveau de
qualification est devenu l’option
première pour améliorer la situation de
l’emploi ; on a constaté, entre
1987 et 1997, une augmentation de 46 % du nombre
d’étudiants dans les
universités »[50]).
6.2.1.2.2.
Une
Loi consensuelle (mais
préoccupante) : la Loi
du 23 avril 2005 « d’orientation et de
programme pour l’avenir de
l’école » (Chirac / Raffarin /
Fillon).
La
Loi d’orientation de 2005
fixe des objectifs au système éducatif.
§
Assurer
à 100 %
des jeunes un diplôme ou une qualification reconnue ainsi que
l’acquisition
d’un « socle de connaissances et de
compétences indispensables »,
§
Conduire
50% de
l’ensemble d’une classe d’âge
à un diplôme de l’enseignement
supérieur
(Licence). L’objectif de 80% d’une classe
d’âge au niveau du baccalauréat est
réaffirmé.
Cette
implication du
politique dans la pédagogie n’est pas sans
conséquences…
De
Janvier à Mars 2005, des centaines de milliers de
lycéens « battent le
pavé » pour protester contre le projet du
gouvernement de réformer le
baccalauréat. Malgré cette année
fortement « réduite »
au plan
pédagogique, 62 % d’une classe
d’âge obtient le baccalauréat en Juin
2005, ce
qui fait de cette session du baccalauréat un excellent
millésime, un véritable
« miracle
pédagogique » qui ne suscite aucun
étonnement, comme si le
résultat de l’examen était
joué par ailleurs, quelles que soient les
circonstances ("A force d'être distribué, le bac
n'a plus de valeur"[51]...).
Reprenons les chiffres.
La
France a vu multiplier par trois en quelques années le
nombre de ses cadres et
de ses professions libérales (ces catégories
représentent aujourd’hui environ
16 % de la population active). Notre société
donne l’illusion à 64 % d’une
classe d’age (avec un objectif futur de 80 %) que le
baccalauréat, premier
diplôme de l’enseignement supérieur,
leur ouvrira la porte qui permet d'accéder
aux métiers les plus prestigieux, les plus
rémunérateurs. Cette attente n’est
pas confirmée par la réalité des
chiffres... ("Chacun constate que ceux
qui parviennent à se maintenir dans la voie
générale sans
s'être véritablement approprié les
savoirs scolaires sont condamnés au "faire semblant", et à
l'utilitarisme de la note face aux
exigences du travail scolaire. Leur désillusion est grande
face à l'épreuve de
vérité que constitue l'entrée dans
l'enseignement supérieur ; pas moins de
20 % des étudiants quittent chaque année
l’enseignement supérieur sans avoir
décroché de diplôme"[52]).
L’ouverture sociale apparaît relative :
moins de la moitié des enfants
d’ouvriers accèdent au supérieur,
contre 80 % des enfants de cadres. Les filles
sont minoritaires dans les formations les plus sélectives
(classe préparatoire,
IUT), et surtout dans les filières scientifiques ("Les
ingénieurs de moins
de 30 ans au chômage sont aujourd'hui 9,7 %, alors qu'ils
n'étaient que 4,9 %
en 2009"[53]).
Comme
c’est déjà le cas en Grèce,
les jeunes diplômés de l’enseignement
supérieur en
surnombre vont se voir proposer des emplois à 800 euros;
comme en Espagne, il
leur sera impossible de prendre leur autonomie, et les jeunes
trentenaires (la
« génération
paillasson : sept ans d’études et cinq
ans de
galère »[54])
seront toujours obligés
de compter sur leurs parents pour disposer d’un logement (de
nouvelles
activités "ludiques et festives" viendront combler leur
vague à l'âme
: "botellon" en Espagne, "Apéro Facebook" de ce
côté-ci des
Pyrénées). Le cocon qui les environne
s’avère résolument moderne
(cinéma en 3D,
TNT, marques, Sky, Fun, NRJ, jeux en réseau, Facebook :
l’appareillage
nécessaire pour communiquer avec tous et avec personne, ne
plus penser aux
surlendemains et gommer les frustrations
générées par un système
particulièrement inégalitaire). Les sociologues
assistent par ailleurs à une
montée spectaculaire du « bricolage
religieux » (42 % des jeunes
disent croire à une vie après la mort, et un
grand nombre d’étudiants
s’intéresse aux croyances parallèles,
astrologie, spiritisme, télépathie,
voyance)[55].
Les
jeunes ne sont plus des acteurs politiques déterminants
(mais ils descendent
dans la rue chaque fois qu'une réforme des lycées
menace leur accès
"légitime" au diplôme).
Déclassées et marginalisées, les
nouvelles
générations (qui n'ont pas la chance d'avoir des
parents qui fréquentent les
clubs de golf, les cercles, les châteaux ou les
équipages de chasse à courre)
serviraient-elles de variable d'ajustement dans leurs
collèges et lycées
"périphériques" ?
Hypothèse : l’analyse de
cette situation révèle peut-être
un conflit intergénérationnel majeur. La
population qui a bouleversé les
valeurs de la France en 1968 atteint l’âge de la
retraite, mais elle souhaite
conserver... son éternelle jeunesse et, après
avoir accaparé les fruits de la
croissance, elle entend maintenir les situations de rente
qu’elle a établi à
son profit. De nombreux jeunes de milieux populaires qui ont
réussi leurs
études vont être confrontés
à une vraie précarité. La jeunesse
actuelle se voit
pourtant offrir un magnifique
« cadeau » : elle peut
prolonger
son adolescence – que le sociologue Louis Chauvel nomme
"socialisation
transitionnelle" - par des études universitaires, et elle ne
peut s’en
prendre qu’à elle-même si elle rencontre
des difficultés, si elle échoue.
Mais,
ce que les jeunes issus des milieux populaires ignorent,
c’est que la sélection
sociale, toujours aussi dure et inégale, a simplement
été différée dans le
temps (la massification du système éducatif n'a
pas entraîné de
démocratisation, l'école fonctionne toujours pour
une minorité
"d'héritiers"); la sélection ne
s’effectue plus après l’école
primaire comme jadis, mais sur les bancs de
l’université ("Plus que
jamais, les inégalités sociales devant
l'école ne s'expliquent pas par des
différences de revenu des familles mais par des
écarts d'instruction; c'est la
manière et la richesse de l'intervention qui est cause de
réussite scolaire[56]")
: « Pour rentrer à Polytechnique, il faut
savoir « décoder » les
arcanes du système éducatif
particulièrement opaque pour les non-initiés. La
formule idéale est un père cadre sup et une
mère enseignante [57]»...
"Le déclassement constitue bel et bien la
réalité vécue par une proportion
croissante de jeunes générations, victimes de la
précarité, du chômage de masse
et d'une baisse sensible de leur niveau de vie[58]".
Le mieux-être avéré des seniors a bien
un prix pour le reste de la société…
Le
paradoxe de la
"Gauche" face au système éducatif :
Certes,
"l'école n'est pas coupable de la fracture sociale, mais
elle la subit
avant de l'amplifier en croyant la réduire[59]"
! La classe moyenne "intellectuelle et supérieure",
fortement
représentée dans le corps enseignant, participe
bien sur aux évolutions du
système éducatif, mais elle fait plus en la
renforçant par une vision du monde
qui leur est propre. Alors que leurs parents, instituteurs,
partageaient une
volonté de changer les rapports de force entre la
bourgeoisie et le
prolétariat, les enseignants aujourd'hui ont fait le choix
d'adopter les
valeurs sociétales et comportementales de la nouvelle
bourgeoisie, des
"Bobo" plus "cool »,
décomplexés avec l'argent, plus libres
dans leur consommation, leur sexualité. Mais ils souffrent
de constater que ce
"Bonheur" n'est pas partagé par tous. Aussi ils se sont
donnés comme
mission de sauver le Prolétariat de son exploitation. Il
faut éviter à chaque
enfant d'ouvrier, de maçon, de jardinier d'être
condamné à la même peine
professionnelle infamante, au même destin que son
père. Une seule solution pour
atteindre cet objectif des plus charitables : se battre pour que chaque
"manuel" devienne un "intellectuel" et échappe ainsi
à sa
malédiction (hélas, nul n'a jamais
rencontré une aide-soignante ou un boulanger
heureux !…). Oui, en donnant accès à
80 % d'une classe d'age au baccalauréat,
la rupture entre classes moyennes et "prolétaires" est bel
et bien
consommée…"Le peuple est devenu une
idée, il s'est désincarné; un long
silence s'étend sur "ceux d'en bas[60]".
Le peuple n'a plus qu'a s'effacer, disparaître, se dissoudre
dans la classe
moyenne, si désintéressée ("Il devient
chaque jour plus incertain qu'en
persévérant dans la voie de l'inflation scolaire
nous prenions le chemin du
progrès et de la justice sociale[61]").
Mais, au fait, dans ce monde enfin parfait qui a
« sauvé tous les
travailleurs manuels », qui va s'occuper des
personnes âgées, nettoyer les
sols et pêcher le poisson ?…
6.2.1.2.3.
Un
système
d'évitement
Le
diplôme joue de plus en plus fort dans la réussite
sociale. Les jeunes
générations et leurs familles l'ont compris. En
témoigne leur investissement à
la fois psychologique et financier dans les études et les
stratégies d'accès
aux meilleures écoles, surtout dans les milieux les plus
favorisés (« Par
le biais d’options – langues vivantes ou anciennes
-, de « classes de
niveau » ou de « classes
européennes », des
inégalités scolaires
ont été créées,
dès le début de la scolarisation, permettant
à certaines
familles bien informées d’échapper
à la carte scolaire (...) Le comportement de
familles de couches moyennes, fortement impliquées dans la
scolarisation de
leurs enfants contraste avec celui des familles populaires
éloignées de la culture
scolaire, qui ne comprennent pas le fonctionnement de
l’école »[62]).
L’assouplissement
de la carte scolaire va avoir pour conséquence une mise en
compétition des
établissements scolaires : dans les villes
moyennes, les parents savent
désormais quel est le collège
« d’excellence » et
quel est le collège
de « relégation» (où
sont affectés les jeunes enseignants
dénués de toute
expérience professionnelle). Les parents
d’élèves de Neuilly-sur-Seine, une
« banlieue » très
particulière, font tout leur possible pour que
leurs enfants puissent bénéficier d’une
scolarité de qualité, en traversant le
périphérique pour leur permettre
d’intégrer les lycées Louis Le Grand,
Henri IV
ou Janson de Sailly. Le passage par des établissements
privés au cours de la
scolarité semble tout à fait légitime
(c’est là que se trouvent les enfants des
Ministres et des hauts fonctionnaires...). Chacun s'efforce de
maintenir une
distance avec ceux qu'on estime "en dessous". Le "capital social
des parents" (leurs relations) prend de plus en plus d'importance.
Chaque
année, dans son « palmarès des
lycées », le Ministère de
l’Education
rend compte de la réussite incontestable des
établissements privés sous contrat
(Près d'un jeune élève sur trois passe
au moins un an de sa scolarité dans une
institution privée)...
Mais,
si on veut bien tirer les conséquences de cette
véritable cascade du mépris,
comment pourrait-on se contenter d’espérer voir
nos enfants réussir leurs
études sur le sol national, alors que la vraie excellence,
celle qui donnera
accès aux emplois fascinants
des
« gagnants de la
mondialisation », se trouve sur les bancs de la
London School of Economics ou dans les universités
nord-américaines (et
encore, ce doit être Harvard University ou le Massachussets
Institute of
Technology…)?
Vraiment,
ce refus des positions sociales subalternes, ces stratégies
d’évitement
dévastatrices pour la cohésion sociale sont sans
fin, puisqu’elles constituent,
au plan de l’éducation, l’exacte
transcription des théories libérales en
économie ("L'école ne contribue plus à
donner une culture commune aux
citoyens qui vont vivre ensemble. Elle sert à armer des
concurrents prêts à
s'affronter dans la jungle libérale"[63]).
Il
s’agit d’une véritable fuite en avant,
égoïste, individualiste, dont personne
ne mesure à l’heure actuelle les
conséquences... La gauche a perdu de vue son
projet émancipateur : elle est maintenant sommée
de redéfinir son identité.
Dans un univers saturé de marques et de
publicités, conditionnés par un
marketing omniprésent, seule la droite libérale
aujourd'hui, en saturant et en
orientant notre perception du monde, nous fait "rêver",
tandis que
les actionnaires touchent de copieux dividendes en caressant l'espoir
fou
d'enterrer très prochainement l'Etat-Providence,
celui-là même qui vient de
leur éviter la ruine... Oui, la
réalité sociale est aussi idéologique
("Si
la droite était seulement le parti des riches, la gauche
pourrait s'endormir au
pouvoir"[64]).
6.2.1.2.4.
Le
travail manuel
discrédité
Dans
nos collèges, les activités intellectuelles et
physiques sont omniprésentes. Ce
sont les classes de
« relégation », les
SEGPA, qui vont permettre aux
élèves (condamnés à devenir
des « manuels »,
suprême marque d’infamie
sociale) de découvrir d’autres
possibilités d’expression, de
création). Si le
« concours
général » reconnaît
aussi maintenant les pâtissiers et les
bouchers au même niveau que la dissertation grecque ou
latine, notre République
n’a pas encore voulu inventer les établissements
techniques d’excellence qui
pourraient accueillir les enfants de cadres, les fils et les filles
d’enseignants... ("Tant que perdureront la tyrannie de
l'intelligence
abstraite et la séparation radicale entre théorie
et pratique, les élèves
vivront ces séparations comme dégradantes, et
elles auront pour conséquence de
fragmenter la société française en
élus" et en déchus"[65]).
Si
près de 200 000 emplois ont été
détruits en 2009, la France reste un pays
industriel : sur les 500 plus grandes entreprises mondiales, 35 sont
françaises
(agroalimentaire, aéronautique, automobile). Les ouvriers
représentent encore
près de 25 % de la population active. Il manque cruellement
aujourd'hui une
politique industrielle ambitieuse et cohérente (en
recherche, innovation),
respectueuse de l'environnement et des territoires. Les conditions de
travail
doivent être améliorées, les salaires
augmentés, la condition ouvrière
revalorisée. Le développement industriel a besoin
de salariés toujours plus
qualifiés, ceux-là même qui sont
considérés comme bien encombrants par notre
système éducatif.
6.2.2.
Les
« étrangers » des
« quartiers » : des
boucs
émissaires bien utiles pour détourner
l'attention du peuple sur les
pratiques du capitalisme actionnarial ?...
La
société française entretient des
rapports difficiles avec son histoire
coloniale, et, gauche et droite confondus ont souvent des
difficultés à établir
une politique juste et humaine avec les immigrés.
§
M.
Mitterrand,
Président de la République, va favoriser
l’émergence d’une extrême
droite
forte, censée affaiblir la Droite parlementaire[66].
§
M.
Jacques
Chirac, alors Président du RPR et Maire de Paris,
évoque, lors d’un diner-débat
du RPR à Orléans en 1991, « le
bruit et l’odeur » liées aux
populations immigrées (« Si vous ajoutez
à cela le bruit et l’odeur, et
bien le travailleur français sur le palier devient
fou ».
§
En
Juin 2005, le
Ministre de l’Intérieur, M. Sarkozy, effectue une
visite à La Courneuve. Il
promet de nettoyer la cité des 4 000
« au Kärcher ».
§
A
partir de
novembre 2009, pour tenter de récupérer
l’électorat du Front National, le
gouvernement de M. Fillon va lancer un grand débat sur le
thème de l’identité
nationale (de nombreuses émissions de
télévision et d’innombrables
débats
éclaireront l’opinion sur les dangers du voile
islamique, le port de la burqa,
le port du niqab, la hauteur des minarets, la drogue dans
« les
banlieues » ou la violence des jeunes des
« quartiers de
relégation»). M. Besson, Ministre de
l’identité nationale, ne ménage pas sa
peine mais c’est en vain, les élections
régionales de 2010 sont une défaite
cuisante pour la Droite.
§
« Hors
la
Loi », film de Rachid Bouchareb qui
représente l’Algérie dans la
compétition cannoise en Mai 2010 est l’occasion
pour la Droite et l’extrême
Droite locales d’une manifestation de protestation, alors que
le film n’a même
pas été projeté !..
§
M.
Brice
Hortefeux, Ministre de l’Intérieur en exercice,
est condamné le 4 juin 2010 à
750 euros d’amende (pour injure raciale) pour ses propos
adressés à un jeune
militant… UMP,
d’origine arabe[67].
6.2.3.
SDF,
mal logés,
travailleurs pauvres, immigrés sans papiers,
« succès » des Restos
du
cœur : la France invisible
La
journaliste Florence Aubenas décrit dans un livre
à succès (« Le quai de Ouistreham [68]»)
la France qui souffre, la France qui survit avec moins de 700
euros par
mois, la France exploitée, précaire,
« invisible », mais
où la solidarité n’est pas un vain mot.
Oui, il existe bien une "France invisible", des populations qui,
malgré leur nombre, sont masquées ,
volontairement ou non par les chiffres, le
droit, le discours politique, les représentations
médiatiques, ou se retrouvent
enfermées dans des catégorisations
dépassées qui occultent leurs conditions
d'existence"[69].
Qui
sait, peut-être serons-nous un jour, nous aussi, contraints
d'habiter dans des
"territoires de relégation" ? ("Pauvreté,
chômage, absence de
diplôme, enclavement, délabrement,
frontières physiques et mentales, violences
inquiétantes : ces territoires, les Zones Urbaines
sensibles, sont bien des
ghettos"[70]).
7.
« Camping »
et « Camping
2 » NOUS INVITENT A NOUS POSER LA QUESTION DU
BONHEUR
« Ce sont nos enfants qui devront éponger les dettes, gérer les déchets,
Démanteler à coût élevé les centrales nucléaires... « Après nous le déluge ! »
Le marché, le court terme prime sur tout et sur tous »[71].
Incontestablement,
si l'on
compare "les flots bleus" girondins à l'hôtellerie
de luxe sous les
tropiques, les campeurs illustrent un véritable
déclassement social. Mais il
convient peut-être ci de considérer un autre point
de vue, opposé : et si ce
mode de vie favorisait au final les rapports entre les personnes,
l'épanouissement de soi, le souci des autres, tout en
respectant les équilibres
naturels, le rapport de l’Homme avec son environnement ? Les
deux films
renouvellent implicitement la réflexion sur le Bonheur, ce
qui leur permet de
séduire d'autres publics, d'ouvrir à d'autres
problématiques (« Nous
érigeons des statues à la gloire du superflu, que
nous décrétons
indispensable »[72]).
7.1.
Le
tourisme, une industrie de
loisirs menaçante pour
l’environnement ?
« On
peut considérer l’environnement comme la
matière première du tourisme, lequel
ne peut s’envisager durablement
sans
participation à sa préservation. En effet, vers
quel type de tourisme
pourrions-nous aller si l’environnement, cette
matière première universelle,
venait à faire défaut ? Certaines offres
touristiques nouvelles tentent
d’imaginer d’autres manières de voyager
et de séjourner : écotourisme,
tourisme de nature, tourisme solidaire, tourisme équitable
(en contrepoint des
habituels concepts d’entreprise qui considèrent le
tourisme comme un produit ou
comme une industrie de consommation de masse). Parallèlement
on assiste chez
l’usager à l’émergence
d’une aspiration croissante à aller vers des
formes de
tourisme moins illusoires et plus authentiques »[73].
7.2.
Le
choix de la pauvreté,
d'un certain dénuement
Paradoxe
: l'économie de
croissance, loin de résorber la pauvreté, a
créé de nouvelles sources de
précarisation et de dépendance à des
besoins économiques fabriqués de toutes
pièces. Les pauvres, non seulement sont exclus,
marginalisés, mais, de plus,
ils pensent que les riches leur sont supérieurs. Et
pourtant, l'état de
pauvreté n'est ni sale ni honteux ! Le père
Joseph Wresinski, fondateur de
l'association ATD Quart Monde, préconisait
aux volontaires de vivre dans un certain dénuement ("Les
pauvres, voyant
leur état valorisé, auront beaucoup plus de
possibilités d'entrer en contact
avec leur entourage et d'affronter le monde[74]").
Ces militants font le pari qu'on peut vivre avec un mode de vie frugal,
presque
entièrement "hors-marché", et pourtant surmonter
les difficultés
grâce à la solidarité et à
l'entraide. Mais la pauvreté choisie suscite aussi
des suspicions, des réactions hostiles, car elle attaque de
front le moteur
économique et idéologique de nos
sociétés, la possession de biens
matériels,
fondement de la société de consommation.
7.3.
Croissance
"douce", croissance
"propre", Décroissance, simplicité volontaire ?
Les
thèses des partisans
de la décroissance connaissent un succès certain
dans les milieux écologistes.
Ils plaident une rupture radicale avec la société
industrielle pour sauver la
planète. Leur analyse s'appuie sur un constat : le
système économique exige une
croissance illimitée de l'activité, alors que le
monde naturel, lui, est fini.
Pour leur alimentation (importation de kiwis, d'oranges, d'avocats),
pour leurs
loisirs (destinations lointaines et exotiques), les populations des
pays riches
n'hésitent pas à brûler des millions de
barils de kérosène, matière
première
énergétique dont on connaît les limites
(comme cela sera le cas avec les autres
ressources naturelles). Dans cette perspective
"révolutionnaire", la
production de yaourts dans les foyers contribuerait à
réduire la fabrication
d'emballages, de conservateurs, de transports. Il conviendrait dans la
même
logique de substituer un bien importé par un bien produit
localement. Au final,
cette simplicité volontaire rendrait notre vie moins
encombrée d'objets et de
biens "inutiles" ("Innover, cela peut vouloir dire deux choses :
soit on apporte quelque chose de neuf à ce qui est
déjà établi, soit on crée
artificiellement des besoins nouveaux"[75]).
Pour ces partisans, il convient de combattre le
développement, car il est
synonyme d'occidentalisation et de marchandisation du monde. Les
tenants de la
"durabilité forte" estiment qu'il faut limiter les
activités humaines
pour préserver la nature : il faut préserver les
espèces naturelles (la
surpêche constitue vraiment une menace pour la ressource
halieutique). Ces
questions environnementales débouchent sur la
nécessité de mettre en place une
gouvernance mondiale, qui veille aux intérêts
supérieurs du patrimoine de
l'humanité. De nouveaux outils (Indice de
développement humain, Empreinte
écologique) permettront d'évaluer ces nouvelles
politiques qui, par une
coopération affirmée et assumée, nous
permettront de prendre soin les uns des
autres.
"La publication dans la presse des photos de Mme Woerth (la femme du Ministre des Affaires sociales) assistant aux courses hippiques à Chantilly, avec son chapeau et sa robe signée par un grand couturier, va s'avérer certainement catastrophique au moment où le gouvernement envisage des mesures de rigueur et annonce un plan douloureux pour sauver les retraites[76]".
"Avec Carla, c'est du sérieux, mais ce ne sont pas les médias
qui fixeront la date du mariage ![77]"
"Lady Gaga déclare : je ne veux pas paraître modeste, je veux révolutionner la Pop".
Dans
un monde en complet bouleversement (voué à la
vitesse, au numérique, à la
rentabilité immédiate), alors que les peuples du
monde entier subissent les
conséquences d'une crise économique et sociale
majeure (dont l'origine semble
aussi mystérieuse et imprévisible qu'une
éruption volcanique islandaise),
chacun tente de trouver un message fédérateur qui
consolide ses alliances et le
rassure sur les solidarités dont il peut encore
bénéficier. Mais que ce monde
est complexe, illisible ! La crise mondiale de la finance, la plus
grave depuis
1929, nous a plongé dans un brouillard complet…
Nous
avons découvert, avec l'arrivée au pouvoir du
Président Sarkozy, une droite
libérale inédite, cynique, prête
à reprendre à son compte les arguments
nauséabonds de l'extrême droite
xénophobe, décomplexée,
prête à dépasser les
vieux clivages en mélangeant politique, marché et
star-system pour tenter
d'abattre l'ennemi de toujours, l'Etat. Cette droite
"révolutionnaire" et vulgaire a jeté aux orties
ses thèmes
traditionnels, la religion, la famille, l'autorité qui
prétend limiter la
Liberté, la mémoire de la patrie…
Cette droite est fière d’être
« Bling-bling ».
La Rolex est son étendard.
Certes,
la Liberté et une certaine fraternité
(sécurité sociale, solidarité
intergénérationnelle pour les retraites)
caractérisent encore notre République
démocratique. Mais l'égalité n'est
plus l'un des trois piliers de notre contrat
social, ce n'est plus une passion française. Bien au
contraire, la caste des
"plus que riches" a colonisé les esprits, étalant
ses
« réussites », ses
excès de toutes sortes. On ne cache plus sa
fortune, son patrimoine, ses gains, le montant de son parachute
doré. Le monde
du capital, qui n'hésite plus à se montrer
grossier, a marginalisé le monde du
travail; chacun (surtout les plus humbles, les exclus) est
appelé à faire
preuve de patience, de conformisme, de crédulité,
avant de rejoindre un jour prochain
M. Bayrou, M. Morin, M. Denisot ou
Mme
Woerth dans les tribunes "VIP" des champs de course.
Nul
"grand soir", nulle révolution à
l'horizon. C'est écrit, c'est inéluctable, la
prophétie que répètent à
satiété
les médias ne peut que se réaliser. Nous (les
chômeurs, les exclus, les
bénéficiaires des « Restos du
cœur ») serons, demain, à notre
tour,
des nantis et des "gagneurs". D'ailleurs, il est si facile
d'anticiper notre présence à venir dans ce monde
privilégié : je sais déjà
que
"Nicolas aime Carla" (ils sont si proches, malgré leur mode
de vie
qui en fait de véritables "stars"...), et que la sulfureuse
et
talentueuse Lady Gaga, dont chaque nouveau clip crée un
véritable
"buzz" sur la Toile, est aujourd'hui un "produit" phare de
notre culture mondialisée ![78]
N’est-ce pas là la quintessence de ce qui
définit un individu moderne, bien
dans son époque ?...
Le
cinéma, merveilleuse machine à rêver
éveillé, joue, comme toujours, un rôle
d'accompagnement de nos imaginaires. Il met en scène les
crispations, modifie
les rapports de force et propose une résolution des tensions
("L'idéologie, qui sert à asseoir le pouvoir d'un
groupe, ne persiste que
si elle a la capacité d'expliquer aux gens le sens de leur
vie, de leur donner
une raison de travailler, même à ceux qui en
souffrent"[79]).
Le
cinéma questionne la société,
distillant beaucoup de conformisme et parfois un
peu d'innovation et de contestation. Mais quelque chose a
changé en France, et
les deux films en gardent la trace.
Nous
savons désormais que le rayonnement planétaire de
la France n’est plus qu’un
lointain souvenir, que les « catégories
supérieures », ces nouveaux
Bo-Bo libéraux
(en matière économique)
et libertaires (en ce qui concerne les mœurs), ne constituent
pas toujours des
modèles à suivre[80],
qu’il conviendra plus
que jamais de croire et de faire vivre la fraternité, et
qu’un autre type de
rapport au monde, plus frugal, plus modeste, plus ascétique,
nous sera imposé
par les limites de la planète. Et si toutes ces contraintes
ne nous permettaient
pas, au final, de nous interroger gravement, de poser à
nouveau la question du
Bonheur ?
L'avenir
est incertain. Les frustrations concernent maintenant aussi bien le bas
comme
le haut de l’échelle sociale. La promesse du
"Travailler plus pour gagner
plus" va-t-elle se réaliser ? Les agences de notation
seront-t-elles enfin
magnanimes avec nos déficits qui effraient tant les
"marchés", le
couple présidentiel va-t-il adopter un enfant africain
à la veille de
l'élection de 2012 ? L'identité nationale
va-t-elle survivre aux périls
immenses qui la menacent ? L’Equipe Adidas de Carrefour
France Quick de Orange
foot Crédit nous Agricole fera-t-elle à Air
nouveau France bientôt SFR rêver
GDF Suez ? La gauche éclatée en de
multiples chapelles a-t-elle encore un
avenir dans une société qui a largement
diffusé les valeurs d'individualisme et
de concurrence ? Sans doute nous faudra-t-il attendre la sortie sur nos
écrans,
dans quelques mois, de
« Camping
3 » pour le savoir... Qui sait, cette
œuvre à venir nous apportera
peut-être ce qu'espérait
déjà Rimbaud, "des secrets pour changer la
vie"…
Gérard
Hernandez
Lauréat
de la certification
« Cinéma-Audiovisuel »
Article
rédigé avec la documentation de
l’espace « Images
Histoire »
de
la Médiathèque Jacques Ellul de Pessac (33). Juin
2010.
8.
ANNEXES –
TROIS
ESQUISSES :
« Les vacances de M.
Hulot » - « Les
Bronzés » - « La Baule
Les Pins »
D'AUTRES
VACANCES,
D'AUTRES EPOQUES, D'AUTRES ENJEUX
« Les
films, comme les autres œuvres humaines,
véhiculent des
mythes, des archétypes, symboles et
stéréotypes qui expriment la mentalité
collective de leur époque. Le cinéma peut
exprimer à la fois la vie et le rêve,
la mémoire collective et la réalité de
son temps [81]».
Tentons
ici d'explorer trois moments différents du cinéma
(1953, 1978 et 1989) pour
comprendre la manière dont les films vont
refléter leur époque. L'exercice est
original, puisque seront évacués les habituels
critères de valeur qui fondent
la majorité des discours sur le septième Art (si
ce point de vue avait été
adopté, il aurait été impossible de ne
pas affirmer une nouvelle fois le génie
cinématographique de Jacques Tati, et l'extraordinaire force
créatrice de son
film "Les vacances de M. Hulot"…).
8.1.
Les
vacances de M. Hulot (Tati /1953)
8.1.1.
Le
film
Saint-Marc
sur Mer, près
de La Baule, l'été. Nous ne sommes pas dans un
camping, mais dans une pension
"classes moyennes supérieures". Les conduites et les codes
de la
bourgeoisie (Château, tennis,
équitation) côtoient des
activités de loisirs plus habituelles
(baignades, gymnastique, jeux de cartes, lecture, ping-pong,
pique-nique). Des
familles "traditionnelles" vivent, le temps des vacances, avec un
homme d'affaires belge, des touristes anglaises, un commandant en
retraite.
Cette société est assez "ouverte" pour admettre
un jeune intellectuel
communiste qui fait sa cour en évoquant la lutte des
classes. Le monde
extérieur (présent par la radio) est solennel et
évoque des problèmes
(budgétaires, institutionnels, militaires) qui ne
passionnent guère les
vacanciers. La « Marseillaise »
est diffusée par la radio dans
l’indifférence générale. Le
monde du travail n'est guère captivant (serveur,
palefrenier, pêcheur, garagiste), mais tous sont
intégrés, chacun dans son rôle
: cette société a trouvé un certain
équilibre, que seul viennent troubler M.
Hulot, des animaux (chien, cheval) et quelques enfants (jeu avec la
loupe). Le
film « raconte aussi des tentatives de
communication »[82].
M.
Hulot, malgré sa conduite décalée (sa
voiture ne ressemble à aucune autre) et
ses interventions qui pourraient bouleverser l’ordre des
choses, sera accepté
pleinement par cette société (le vieux monsieur,
la dame anglaise). La famille
unie (avec enfants plus ou moins turbulents) constitue la base de cette
société
où toute sexualité est absente (la
scène de voyeurisme repose sur un
quiproquo). La « jeunesse » se
partage en deux catégories qui ne se
mélangent pas : d’un coté,
Martine, occupante avec sa mère de la villa, et
ses camarades fans de jazz, de l’autre les scouts, plus
populaires, qui se
réunissent au-dessus de la plage pour s’amuser. M.
Hulot est lui aussi amateur
de jazz. La guerre[83]
n'est pas absente du film (personnage du commandant,
feu d'artifice nocturne fortuit qui ressemble
fort, par ses éclairages, ses explosions, et la
désorganisation sociale qu'il
entraîne à une scène de bombardement)
mais elle a pour seule conséquence de
tirer les vacanciers de leur sommeil. M. Hulot, symboliquement, va
effectuer un
voyage « au pays des morts »
(scène d’enterrement sans cercueil mais
avec couronnes) ; il aura le pouvoir de faire rire et de
ramener « à
la vie », parmi les vacanciers, quelques vieillards
qui avaient déjà une
vraie proximité avec la Mort.
Mais
cette société
équilibrée et apaisée (qui
témoigne d’un
« désespoir civilisé»[84])
se révèle au final sans
avenir : un après l'autre, les vacanciers quittent la plage.
M. Hulot ne part
pas : sur le sable, il se mêle aux jeux des enfants.
La boutique aux
souvenirs ferme. Cette société perd toute vie et
se fige, telle une carte
postale ; c’est « une fin sans
dénouement »[85].
Qui
sait si ces enfants, nés après la guerre, qui
jouent aujourd’hui sur la plage
avec M. Hulot ne vont pas, dans une quinzaine
d’années, vouloir transformer la
France ?...
8.1.2.
La
période
historique : 1953 (La reconstruction est faite, l’expansion
tranquille est
amorcée).
« Sous
un ciel
économiquement clément, le pays retrouve la
santé[86] ».
C'est déjà une aisance certaine (commerce, cours
de la Bourse) qui marque cette
société (nous sommes au début des
« Trente Glorieuses[87] »
1946 – 1974). En 1953, près de la
moitié de la population française est encore
rurale. L’aide des Etats-Unis permet à
l’économie française de
réaliser des
progrès considérables dans la construction de
nouvelles infrastructures. Sous
la présidence de M. Vincent Auriol, une ère
nouvelle s'ouvre, avec
l'affaiblissement du mouvement gaulliste qui va entraîner le
départ du Général
de Gaulle en 1953, après une défaite aux
législatives. Il ne reviendra qu'en
1958. Malgré ses combats pour la Paix et la
décolonisation, le Parti Communiste
Français est également affaibli, par son soutien
à Staline et par la guerre de
Corée. La France connaît aussi de fortes
grèves et manifestations de
fonctionnaires (cheminots, enseignants, Poste) qui défendent
leurs statuts et
d’agriculteurs, simplement désireux
d’améliorer leur condition. Mais
« le
retour de la droite au pouvoir est donc bien ce qui fait
l’unité de cette
période[88] ».
M. Pinay, Président du Conseil en 1952,
« représente la France moyenne,
honnête, travailleuse, un peu
sclérosée, soucieuse
d’épargne et de bonne
gestion budgétaire ; dans un front social calme,
avec une économie qui se
porte bien, M. Pinay va bénéficier
d’une faveur considérable auprès de
l’opinion[89] ».
« Le
gouvernement Pinay fut ouvertement un gouvernement de droite. La
simplicité du
Président du Conseil (qui refuse le parisianisme et
l’intellectualisme)
séduisit bon nombre de français, même
si elle contenait un brin de démagogie[90] ».
L’emprunt Pinay draine 428 milliards dans les caisses de
l’Etat. « De 1950
à 1958 s’étendra une période
qualifiée par Maurice Duverger de
« Démocratie sans le
peuple », tant l’opinion publique est
dégoûtée
par ce rituel dont elle ne saisit pas les savantes
martingales »[91].
En
1952, avec la signature
de l’accord sur la CECA[92],
c’est la naissance de l’Europe
économique des Six. Le Viet-minh poursuit son
offensive contre le colonisateur, et la guerre du Viêt-Nam (absente du film) se
concentre autour de Dien
Biên Phu, qui tombera en Mai 1954. Au Maghreb, la
révolte gronde contre la
France, nation colonisatrice (En 1952, la Tunisie et le Maroc
déposent une
plainte au Conseil de Sécurité). Le tourisme
n’est plus, depuis 1936, l’apanage
de la bourgeoisie et de l’aristocratie. Mais certaines villes
balnéaires
(Arcachon, Deauville, La Baule, Nice) servent encore de
référence prestigieuse
à ces villégiatures. La troisième
semaine de congés payés deviendra effective
en 1956.
Les
rapports
parents-enfants et l’éducation reposent
principalement sur le rapport
d’autorité hérité
d’avant-guerre. Le premier livre de poche est mis sur le
marché en 1953. La radio (appelée aussi TSF)
occupe une place centrale dans les
logements ; c’est à cette
époque le seul média de masse quotidien (en juin
1949, à l’époque du premier journal
télévisé,
l’équipement du pays se limite à
300 téléviseurs). Les appareils photographiques
sont encore rares et coûteux.
Le téléphone reste le parent pauvre de
l’équipement public. Le CETELEM,
créé en
1953, annonce une période de confiance, qui incite
à utiliser les crédits pour
accéder à la prochaine
société de consommation.
Chronologie – La crise
ministérielle constitue une des
figures de la IVe
République : 17/01/1952 Edgar Faure devient
Président du Conseil. 06/03/1952 Antoine Pinay devient
Président du
Conseil –
07/01/1953 René Mayer
devient Président du Conseil – 26/06/1953 Joseph
Laniel devient Président du
Conseil.
8.2.
Les
Bronzés (Leconte /
1978)[93]
–
avec les comédiens du "Splendid"[94].
Box-office
: 2,3 millions
d'entrées – Tourné en Cote d'Ivoire.
8.2.1.
Le
film
L'action
se situe dans un
village de vacances en Afrique. Popeye, chef des sports, Bobo et
Bourseault,
animateurs, accueillent les vacanciers, venus pour faire des
rencontres, des
conquêtes. Deux professions sont identifiées dans
le film : Jérôme est un
médecin (qui cite un poème de Saint-John Perse)
et Christiane une esthéticienne
qui dirige un salon en province (elle a reçu la visite des
"polyvalents"). Les autres personnages principaux (Gigi, une jeune
femme qui cherche l'amour, Bernard et Nathalie Morin, un couple
marié qui
prétend mener une sexualité
"libérée", Jean-Claude Dusse,
célibataire
au physique ingrat venu faire des rencontres) ne sont pas
définis
professionnellement.
Ces
personnages
insouciants, infantilisés, ne connaissent ni le
chômage ni les exclusions
(seules les cigarettes ont une certaine valeur à leurs
yeux). Leur monde,
parfaitement artificiel, n'est fait que de loisirs (sports, musiques,
excursions, jeux, peintures sur corps féminins
dénudés, spectacles) et de
perspectives de rencontres, toujours passagères. Seule est
présente dans le
village la génération des trentenaires (les deux
brèves séquences où sont
présents des seniors ne servent qu'a accentuer la
vitalité sexuelle de Popeye).
Nul conflit, nulle souffrance autre que psychologique : la politique
est
absente du film, puisque la sexualité (la consommation
sexuelle sans lendemain)
a pris le pas sur toutes les autres valeurs; sous leur musculature
sculpturale,
les hommes sont fragiles; les femmes, romantiques, attendent le grand
amour et
savent qu'au fond les hommes sont fragiles.
Et
pourtant le travail
peut causer des dégâts (Bobo ne peut exprimer son
potentiel artistique,
Bourseault, autre "gentil organisateur", meurt piqué par une
raie –
disparition tragique qui n'entraîne aucune peine, aucun
changement dans le
comportement des vacanciers-).. Au final, le couple marié
"libéré"
(les Morin) renonce à ses "jeux" et annonce un projet
d'enfant ! Mais
les dragueurs impénitents sont aussi confirmés
dans leurs pratiques, leur
liberté sexuelle exercée sans contraintes.
L'Afrique
constitue un
beau décor (climat et plages paradisiaques, villages
autochtones sympathiques,
musiques entraînantes). Comme
au "bon" temps des colonies, les Noirs sont "à leur place",
les "Blancs" sont les maîtres incontestés et
satisfaits de ce monde
qui n'existe que pour leurs plaisirs (ils peuvent négocier
au mieux de leurs
intérêts et sans complexes l'artisanat local).
Nous voici revenus vingt ans en
arrière : «(...) Au fond, voila le
lecteur de Match confirmé dans sa
vision infantile, installé un peu plus dans cette
impuissance à imaginer autrui
que j’ai déjà signalée
à propos des mythes petits bourgeois. Au fond, le
Nègre
n’a pas de vie pleine et autonome : c’est
un objet bizarre ; il est
réduit à une fonction parasite, celle des
distraire les hommes blancs par son
baroque vaguement menaçant. L’Afrique,
c’est un guignol un peu dangereux »[95].
Le
film autorise deux interprétations qui correspondent aux
deux
"visages" de Jean-Claude Dusse : d'un coté une France de
"beaufs" (mais qui n'est jamais raciste), pathétiques,
ridicules et
suffisants (Jean-Claude Dusse humilié, souffre-douleur,
victime du climat,
isolé), mais de l'autre, une France jeune et insouciante,
sans tabous, heureuse
(Jean-Claude Dusse pratique le karaté, joue d'un instrument
de musique, et, au
final, comme dans les contes de fée, trouve une
séduisante compagne). "Les
Bronzés" décrit le paradis d'une classe moyenne
qui, depuis 1968, n'en
finit pas de bouleverser les fondements (famille, rôle de la
femme,
convivialité nouvelle) qui structuraient autrefois la
société. Contrairement à
la génération de 68 fortement inscrite dans les
valeurs de la Gauche, les
« Bronzés » ne
revendiquent aucune transformation de la
société ; ils espèrent
simplement consommer, « jouir sans
entraves ».
La famille est absente du film, et la notion de couple
elle-même est mise à
mal.
8.2.2.
La
période
historique : 1978 (Crise économique, évolution
des mentalités et libération des
moeurs)
Valéry
Giscard d'Estaing, qui incarne une rupture avec le pouvoir gaulliste,
est
Président de la République depuis 1974[96];
Raymond Barre occupe le poste de Premier Ministre. Dans son livre
« Démocratie
française » (publié en 1976),
le nouveau Président se
montre réformiste : « il
souhaite apaiser les conflits et unifier le
pays autour des classes moyennes stabilisatrices »[97].
Le
monde a connu un premier choc pétrolier en 1973 (les pays de
l’OPEP ont
quadruplé le prix des carburants). Le gouvernement adopte
une politique de
rigueur contestée. La sidérurgie
connaît une grave crise qui va se traduire par
des milliers de licenciements. En 1976, le Président de la
République a déclaré
que "la France était une puissance moyenne". Le Premier
Ministre
affirme : "Le temps de la facilité est terminé"
(mais le pouvoir
d'achat continue néanmoins de progresser). Le
chômage reste limité (un million
de chômeurs, soit 4,4 % de la population active).
L’inflation atteint 10 %. La
Gauche gagne les élections municipales de 1977. Des milliers
de personnes
manifestent au Larzac contre l'extension du camp militaire. La Droite
gagne,
par une courte majorité, les élections
législatives de 1978[98],
après la rupture entre socialistes et communistes sur
« l’actualisation » du
Programme Commun de gouvernement.
Un
ouvrier sur deux ne part pas en vacances. Les luttes des femmes (qui
perdent de
leur intensité après 1975) ont
débouché sur de nouvelles lois qui leur ont
donné une plus grande maîtrise de leur vie (Pilule
contraceptive / 1967,
création des premiers centres du planning familial,
Interruption volontaire de
grossesse / 1975, divorce par consentement mutuel / 1976).
« La
sexualité devient un moyen
d’épanouissement de l’individu[99] ».
Serge Gainsbourg compose "Sea, sex and sun" qui accompagnera le
générique du film. Le film érotique
"Emmanuelle" / Jaeckin / 1974) va
rester à l'affiche du cinéma Triomphe sur les
Champs-Élysées pendant douze ans
et attirer dans tout le pays plus de huit millions de spectateurs. La
loi
autorise en 1975 la projection des premiers films pornographiques. Il
faudra
attendre 1982 pour que l'homosexualité ne soit plus
considérée comme un délit.
Fait inquiétant, la quête
effrénée de consommation, la poussée
de
l’individualisme ont joué sur la
natalité, et le remplacement des
générations
n’est plus assuré. Le nombre de mariages chute et
celui des divorces augmente. Dès
le début des années 70, les produits
« jetables » vont
révolutionner
le rapport aux objets (mouchoirs en papier, briquets, cartouches de
stylo,
rasoirs, etc.).
« Symbole
de l’époque, le Club
Méditerranée fut
créé en 1950. Le premier village, simplement
composé de tentes de camping, est
situé aux Baléares et nécessite
à l’époque 36 heures pour s’y
rendre ! En
1975, avec la démocratisation du transport
aérien, le Club attire plus de
433 000 vacanciers[100] ».
A
la date de réalisation du film, cela fait dix-huit ans que
la Cote d'Ivoire est
un état indépendant. M. Félix Houphouët-Boigny est le
Président de la République (son pouvoir s'appuie
sur un parti unique, le Parti
Démocratique de la Cote d'Ivoire). La monnaie de la Cote
d'Ivoire est contrôlée
par la Banque de France par le biais de l'Union monétaire
d'Afrique
occidentale. De nombreux investissements français rendent
l'économie locale
dépendante de la France.
8.3.
La
Baule
les pins
(Kurys /1990)
8.3.1.
Le
film
Frédérique
(13 ans) et sa
sœur Sophie (8 ans) quittent Lyon avec leur nurse Odette pour
rejoindre leur
destination de vacances, La Baule. Leurs parents, Michel et Lena
Korski, se
disputent. A La Baule, elles retrouvent la sœur de Lena,
Bella Mandel
(enceinte), son mari Léon Mandel et leurs enfants, Titi,
Daniel et René. Le
séjour suscite des tensions entre les filles et leur nurse.
Léna, leur mère,
les rejoint : elle retrouve là son amant, Jean-Claude,
sculpteur qui lui
propose de partir avec lui à New-York. Léna
Mandel préfère partir pour Paris
pour y trouver un emploi de dactylo. Léna Korski annonce
à ses filles son
intention de divorcer. Les enfants "font des bêtises"
(fument,
boivent du Coca Cola, se perdent lors d'une excursion, incendient le
matériel
du club d'animation de la plage, ce qui leur vaut un passage au poste
de
police). Le père des deux filles, Michel Korski, les rejoint
à La Baule. Une
vive altercation l'oppose à sa femme Léna. Le
couple se sépare. C'est la fin
des vacances, les enfants, hébergés chez leur
oncle Léon, marchent
seuls, tristement, sur la plage
déserte.
Derrière
les destins
individuels (enfance, adolescence, problèmes de couples) le
film trace un
portrait d'une France,
« diverse » et apparemment
soudée, mais
traversée par d'importantes contradictions qui vont la faire
imploser, laisser
ses enfants sans perspectives.
Le
film propose trois
visages de la population française :
-
les
"déclassés" : la famille Ruffier loue
sa maison pendant la saison
estivale à la famille Korski. Pendant la saison estivale, la
famille Ruffier
habite au sous-sol de sa propre maison (M. Ruffier, tentera, en vain de
préserver ses « avantages
acquis » : ses fraisiers seront
dévastés par le chien, ses poissons
empoisonnés par les filles). Odette, la
jeune nurse, elle même mère de deux jeunes enfants
("sans père") ne
parvient pas à imposer son autorité à
Frédérique et à Sophie. La
dernière
apparition d’Odette nous montre la nurse,
accompagnée des deux filles
désespérées, abandonnant le chien
qu’ils ont recueilli en l’attachant à un
calvaire. Les
« déclassés »
ne doivent leur existence qu’à leur
utilité pour la « classe moyenne
inférieure ».
- la
classe "moyenne inférieure" : la famille
Korski vit
apparemment dans une certaine aisance (nurse, vacances au bord de la
mer) grâce
au commerce du père, Michel. Mais cette situation est
précaire « Ma mère a
dit qu’on allait vous prêter de
l’argent » / « Comment
va le
magasin ? – J’ai des
échéances – Je peux te prêter
de l’argent ! Ça
va je te dis ». Les filles ne peuvent
s’inscrire au club d’animation pour
enfants sur la plage car « ma mère a dit
que c’était trop cher ».
Lena Korski dépend financièrement de son mari. Le
film lui offre la possibilité
de changer de statut en acceptant de partir avec le sculpteur
Jean-Claude pour
les Etats-Unis où il va « exposer ses
compressions dans un
garage ». Elle refusera cette alliance, cette
promotion potentielle qui la
couperait de ses filles. Lena Korski va
« tomber » dans un statut de
prolétaire (dactylo), qui va également
l’éloigner de ses filles. Michel Korski
va recueillir un chien errant, mais, s’avèrera
incapable de s’occuper de
l’animal : cet « être
étranger recueilli » sera au final
abandonné, rejeté, confié à
la main bienveillante du destin. Les artistes (le
sculpteur Jean-Claude, la jeune Sophie qui présente un
spectacle de danse à sa
famille) sont directement liés à cette
catégorie sociale.
- la
classe moyenne « intermédaire » :
la famille de Léon et
Bella Mandel et leurs trois enfants occupent eux aussi une grande villa
pendant
les vacances estivales. Ici pas de
« déclassés »,
pas de nurse ni de
jardinier, et pourtant le travail domestique est bien
effectué. Léon Mandel
symbolise une certaine réussite sociale (tennis, bal
mondain) et matérielle (il
peut prêter de l’argent à son
beau-frère ou rembourser les dégâts
importants causés
par les enfants au club de loisirs sur la plage). Le personnage de
Léon,
dynamique, sympathique, va s’avérer incapable de
porter un projet social fort
et juste. Dans sa famille tout d’abord, Léon
rappelle ses origines
modestes : il n’hésite pas à
insulter son fils préadolescent, fier de sa
réussite scolaire (« Premier à
l’école, dernier dans la vie »
déclare
Léon à son fils). Soucieux de
« bonne gestion familiale », il
négocie
sur le port des sardines, qu’il refuse d’acheter au
prix « pour les
touristes » : au final, ses choix
économiques s’avèrent
désastreux
(il achète cinquante kilos de sardines qu’il fait
livrer à son domicile). Léon
Mandel s’avère également incapable de
comprendre les enjeux historiques du
moment : alors que l’action du film se
déroule en 1958 et que le journal
qu’il lit sur la plage titre « De Gaulle
aux algériens », Léon
précise à sa femme :
« ça va mal en Algérie, il y a
des
inondations ». En
« frimant » dangereusement avec
la voiture
familiale, Léon va écraser le chat des enfants.
Quelques
signes discrets dans le film rattachent les personnages du film aux
valeurs de
la Gauche (le concours de châteaux de sable qui va voir la
reconnaissance puis
le déclassement -il n’est pas membre du club- du
jeune René Mandel est organisé
par « Le Figaro » / Les
enfants fument et, autre perversion,
boivent du Coca Cola – « Ils sont fous ces
américains » / Léon Mandel
s’oppose fermement aux policiers qui accusent son fils,
pourtant coupable
d’avoir incendié le matériel sur la
plage).
Mais
le personnage de Léon conserve malgré tout une
certaine
ambivalence politique : il n’éprouve
aucune sympathie pour les artistes
(« Vous allez exposer vos voitures
compressées dans un
garage ? ») et il punit ses enfants qui ont
incendié le club en leur
faisant copier la phrase : « A
l’avenir, je respecterai la propriété
d’autrui »... Le choix de situer
l’action du film en 1958 a pour
conséquence indirecte de gommer les avancées de
la condition féminine obtenues
jusqu’en 1990, date de la réalisation du film
(Bella : « Une femme
mariée ne divorce pas »).
8.3.2.
La
période
historique : 1989 (La Gauche doute et subit)
Réélu
en 1988[101],
le
Président François Mitterrand entame son second
septennat, après deux ans de
« cohabitation » avec une
majorité de Droite. M. Michel Rocard est
nommé Premier Ministre. Les communistes refusent d'entrer au
gouvernement : les
socialistes entament une politique "d'ouverture" avec le Centre et la
« société
civile » ; ayant renoncé
à rompre avec le capitalisme,
ils pratiquent la politique du "ni-ni" (ni nationalisation, ni
privatisation). En Mai 1988, un référendum
confirme les "accords de
Matignon" sur l'avenir de la Nouvelle Calédonie. A l'automne
1988, de
fortes grèves touchent la RATP et La Poste. En octobre, la
moitié des infirmières
du pays manifeste dans les rues. La France compte 10 % de
chômeurs. Le
gouvernement crée le Revenu Minimum d'Insertion. En Janvier
1989, des scandales
d'initiés (affaire Péchiney) touchent l'entourage
du Président Mitterrand. En
Mars 1989, la gauche progresse aux municipales. En Juin 1989,
succès de la
liste RPR-UDF conduite par M. Giscard d'Estaing[102]
aux
élections européennes (jamais depuis 1981, les
forces de gauche ne s’étaient
trouvé à un niveau aussi bas. Le 3
décembre 1989, M. Rocard déclare par deux
fois sur TF1 au cours de l'émission "7 sur 7" : "Nous ne
pouvons
pas héberger toute la misère du monde".
Malgré les protestations de la
rue, le gouvernement institue la Contribution Sociale
Généralisée (CSG) qui va
toucher tous les revenus, y compris les plus modestes.
Les
idées du Front
National sur la question de l’Immigration (et les
provocations de M. Le Pen /
« Durafour crématoire [103]»
/
« chambres à gaz détail de
l’histoire de la seconde guerre
mondiale ») occupent une place de plus en plus
centrale dans le débat
politique (avec la polémique autour du
« foulard islamique »), ce qui
fragilise la Droite, et détourne l’attention de la
politique économique menée
par le gouvernement socialiste. La bonne santé du Front
national, parti protestataire plébiscité par les
artisans, les commerçants,
mais aussi par une partie des ouvriers et des employés, est
liée à la mauvaise
santé des autres forces politiques du pays (les querelles
incessantes entre M.
Mitterrand et M. Rocard d’une part, entre M. Giscard
d’Estaing, Chirac et
Pasqua d’autre part affaiblissent la
« classe politique »). L’effondrement du
régime communiste en RDA entraîne la
destruction du Mur de Berlin : la Gauche est fortement
déstabilisée, sans
projet, incapable de se renouveler. Les élections
législatives de 1993[104]
seront désastreuses pour la gauche : une nouvelle
cohabitation commence.
[2] La France s'engage le 13 octobre 2007 pour un montant de 360 milliards, dont 40 milliards pour recapitaliser les banques et 320 milliards de garanties bancaires.
[3] Attali, Jacques, "La crise, et après ?", Fayard, 2009.
[4] Le Film français, n°3373, 04/06/2010.
[5] Classement des acteurs les mieux payés, leparisien.fr, 20/02/2010.
[6] Les salaires des acteurs, Le film français, n°3375 du 18/06/2010.
[7] "Bradshaw,
l'héroïne de «Sex and the City»
donne
rendez-vous, en avant-première, à toutes ses
copines charentaises lundi soir au
CGR d'Angoulême. Le cinéma organise une
soirée filles à l'occasion de la sortie
du second film tiré de la série
télévisée. Elles sont
déjà plus de 75 à avoir
réservé leur place pour retrouver les aventures
de Carrie alias Sarah Jessica
Parker. Pour 10,50€, dès 19h45, elles pourront
revoir le premier épisode et
enchaîner avec le second à 22h15. Pour
les cent premières filles dans la salle, le
cinéma offrira une rose. Toutes les
participantes auront droit à un cocktail sans alcool" (La
Charente Libre –
27/05/10). [Il n'est pas prévu de discussion
après la projection de ce film…
féministe ?…].
[8] Breton, Philippe, « La parole manipulée », La Découverte, Poche, Essais, 2000.
[9] Michéa, J. C., « Petit exercice de déconstruction de la pensée libérale » (in) Serreau, Coline « Solutions locales pour un désordre global », Actes Sud, 2010.
[10] Bruckner, Pascal, L’euphorie perpétuelle – essai sur le devoir de bonheur », Grasset, 2000.
[11] " Il y a beaucoup de
façons de parler de la
télévision. Mais dans une perspective
”business”, soyons réaliste :
à la
base, le métier de TF1, c’est d’aider
Coca-Cola, par exemple, à vendre son
produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit
perçu, il faut que le cerveau du
téléspectateur
soit disponible. Nos émissions ont pour
vocation de le rendre disponible :
c’est-à-dire de le divertir, de le
détendre pour le préparer entre deux
messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est
du temps de cerveau humain disponible (...). Rien
n’est plus difficile que d’obtenir cette
disponibilité. C’est là que se trouve
le changement. Il faut chercher en permanence les programmes qui
marchent,
suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte
où l’information
s’accélère, se multiplie et se
banalise ". Patrick Le Lay, PDG
de TF1,
interrogé dans un livre Les dirigeants face au changement
(Editions du Huitième
jour).
[12] Les fiches du cinéma.
[13] Article signé Daniel Bernard – 08/05/2010.
[14] Article signé Anthony Palou – 24/05/2010.
[15] Interprété par G. Depardieu, Y. Moreau, I. Adjani.
[17] Champion du monde de rallye en 1981, Ari Vatanen s'est également engagé dans la vie politique. En 2004, en France, il est élu député européen sur la liste de l'UMP.
[18] Gourbi (1841 – mot arabe algérien) – Nom donné aux habitations sommaires des Arabes.
[19] Marque de vêtements
[20] Personne passionnée d’informatique, d’Internet, de nouvelles technologies.
[21] Astronaute américain qui a marché sur la lune en 1969.
[22] Memmi, Dominique, "L'introuvable peuple dans le cinéma français" in Le cinéma reprend le travail, CinémAction n°110, 2004.
[23] Rey, Alain, "le grand Robert de la langue française" – Le Robert – 1986.
[24] Attali, Jacques, "La crise, et après ?" – Fayard – 2009.
[25] Chevallier, Jean-Jacques, « Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours » - Armand Colin – collection U – 1970.
[26] Lenoir, Rémi, "Espace social et classes sociales", (in) Pinto, L., Sapiro, G., Champagne, P., (Dir.) "Pierre Bourdieu, sociologue", Fayard, 2004.
[27] Bourdieu, Pierre, "La distinction, critique sociale du jugement, Minuit, 1979.
[28] Anatomie de la pauvreté, Sciences Humaines n°202, Mars 2009.
[29] Chauvel, Louis, "Les classes moyennes à la dérive", Seuil, La république des idées, 2006.
[30] M. Jacques Chirac – campagne pour l'élection présidentielle de 1995.
[31] M. Jean-Paul Agon (L'Oréal) gagne plus de 400 000 euros par mois; c'est le plus haut salaire de France.
[32] Ginsberg, Gisèle, « Je hais les patrons », Seuil, l’épreuve des faits, 2003.
[33] Chauvel, Louis, "les classes moyennes à la dérive", Seuil, la république des idées, 2006.
[34] Discours de La Baule – 2005.
[35] Résultats du premier tour : M. Chirac : 19,88 % - M. Le Pen : 16,86 % - M. Jospin : 16,18 % (l'abstention monte à 28 %, un record pour une élection présidentielle).
[36] Attali, Jacques, « La crise et après ? », Fayard, 2009.
[37] Adda, Jacques, "L'état de l'économie 2010" – Alternatives économiques, Hors série n°84.
[38] Très forte augmentation du nombre de coupures de gaz pour impayés, Libération, 21/06/2010.
[39] Pinçon, Michel, Pinçon-Charlot, Monique, "Sociologie de la bourgeoisie", La Découverte, 2007.
[40] Nom du luxueux restaurant parisien où quelques amis (Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Serge Dassault, Stéphane Courbit, Albert Frère, Jean-Claude Decaux, tous multi-millionnaires ou milliardaires ) se retrouvèrent le 6 mai 2007 pour célébrer dignement l'élection du Président Sarkozy.
[41] Pinçon, Michel, Pinçon-Charlot, Monique, "Sociologie de la bourgeoisie", La Découverte, 2007.
[42] "14 % de millionnaires de plus en 2009", Le Figaro, 11/06/2010.
[43] Etablissement Public d'Aménagement du quartier de la Défense.
[44] Le Monde, 22/10/09.
[45] Maurin, Louis, "Tel père tel fils", Alternatives économiques, Hors-série n°84
[46] "Blague de psy" citée par le sociologue Louis Chauvel, opus cité.
[47] Chauvel, Louis, "Les classes moyennes à la dérive", Seuil, la république des idées, 2006.
[48] Maurin, Louis, "Tel père tel fils", Alternatives économiques, Hors-série n°84
[49] Jugement du sociologue Pierre Bourdieu.
[50] Galbaud, Diane, Qui sont les étudiants ?, Sciences humaines n°216, 01/06/2010.
[51] Guetta, Bernard, Comment croire à une école qui n'a plus de certitudes ?, Marianne, 15/05/2010.
[52] Terrail, J.P., Poullaouec, T, Ecole et divisions sociales, in Bouffiartigue, Paul (dir), "Le retour des classes sociales", La Dispute, Etat des lieux, 2004.
[53] Floch, Benoit, "Les ingénieurs frappés par la crise économique", Le Monde, 25/06/2010.
[54] Laffater, Anne, « Retraites, salauds de soixante-huitards », Les Inrockuptibles, n°760, 23/06/2010.
[55] Lenoir, Frédéric, Religions, croyances, spiritualités, « L’état de la France 2009-2010, La Découverte.
[56] Baudelot, C., Establet, R., "Ecole, la lutte de classes retrouvée" (in) Pinto, L., Sapiro, G., Champagne, P., (Dir.) "Pierre Bourdieu, sociologue", Fayard, 2004.
[57] Soulé, Véronique, « Les enfants de profs vont à Polytechnique, et alors ? », Libération.fr, 30/05/2010.
[58] Peugny, Camille, "Non, la montée du déclassement n'est pas un mythe", Le Monde, 14/07/2009.
[59] Guetta, Bernard, Comment croire à une école qui n'a plus de certitudes ?, Marianne, 15/05/2010
[60] Memmi, Dominique, Le cinéma militant reprend le travail, CinemAction, n°110, 2004.
[61] Duru-Bellat, Marie, "L'inflation scolaire, les désillusions de la méritocratie", Seuil, la république des idées, 2006
[62] Vasconcelos, Maria, Daniel, Constance, Education (in) L’Etat de la France 2009 – 2010, La Découverte.
[63] Meirieu, Philippe, Guiraud, Marc, "L'école ou la guerre civile", Plon, 1997.
[64] Winock, Michel, "Parlez-moi de la France", Seuil, Points, P336, 1995.
[65] Fauconnier, Patrick, "La fabrique des meilleurs", Seuil, l'histoire immédiate, 2005.
[66] En 1986, la modification du mode de scrutin aux élections législatives (proportionnel sur liste départementale) permet au Front National d’obtenir 35 sièges de Députés à l’Assemblée nationale. La Gauche perd la majorité, une période de cohabitation commence. En 1988, le Président Mitterrand réélu modifie à nouveau le mode d’élection des Députés. Lors des législatives de 1988, la Gauche est à nouveau majoritaire, et il n’y a plus de Députés Front National à l’Assemblée.
[67] « Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ». Pour sa défense, M. Hortefeux avait indiqué qu’il faisait référence dans sa phrase aux... auvergnats.
[68] Editions de l’Olivier, 2010.
[69] Beaud, S., Confavreux, J., Lindgaard, J., "La France invisible", La Découverte, 2006.
[70] Bronner, Luc, "La Loi du ghetto – Enquête dans les banlieues françaises", Calmann-Levy, 2010.
[71] Pelt, Jean-Marie, Séralini, Gilles-Eric, « Après nous le déluge ? », Flammarion / Fayard, 2006.
[72] Carrière, Jean-Claude, Fragilité, Odile Jacob, 2006.
[73] Lozato-Giotart, Jean-Pierre, « Le chemin vers l’écotourisme », Delachaux et Niestlé, 2006.
[74] Wresinski, Joseph, "Ecrits et paroles aux volontaires, tome 1", éditions Saint Paul Quart Monde, 1992.
[75] Papin, Serge, Pelt, Jean-Marie, "Consommer moins , consommer mieux", Autrement la Croix, 2009.
[76] Chroniqueur commentant l'actualité avec objectivité, "On refait le monde", RTL, 24/06/2010
[77] M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, conférence de presse du 08/01/2008.
[78] Nul ne peut se prétendre moderne en 2010 s'il ignore l'existence et l’immense talent de Lady Gaga, nom de scène choisi par la chanteuse américaine Stefani Joanne Angelina Germanotta (ses revenus en 2009 sont estimés à 62 millions de dollars).
[79] Attali, Jacques, "La crise, et après ?", Fayard, 2009
[80] Etrange paradoxe : Paris est l’une des villes françaises où le mètre carré habitable est le plus élevé et c'est dans son "triangle d'or" (XVIe, XVe, XVIIe) que l'on trouve le plus grand nombre de contribuables assujettis à l'impôt sur la fortune; malgré cela, la population « Bo-Bo » majoritaire a élu et réélu une municipalité de gauche, avec à sa tête un Maire socialiste !...
[81] Gaston-Mathé, Catherine, « La société française au miroir de son cinéma », Arléa-Corlet, Panoramiques, 1996
[82] Chion, Michel, « Jacques Tati », Cahiers du Cinéma, collection Auteurs, 1987.
[83] La guerre de 1939 / 1945 a causé, en France, la mort de 600 000 personnes, civils ou militaires.
[84] Bellos, David, « Jacques Tati, sa vie et son art », Seuil, 2002.
[85] Bazin, André, « Qu’est-ce que le cinéma ? », M. Hulot et le temps, éditions du cerf, 7° Art, 1975.
[86] Rioux, J. P., « La France de la quatrième République », Seuil, Points Histoire, 1980.
[87] Expression de Jean Fourastié pour désigner les changements extraordinaires qui ont bouleversé la société française durant cette période.
[88] Becker, Jean-Jacques, « Histoire politique de la France depuis 1945, Armand Colin, Cursus, 1996.
[89] Ambrosi, C, Ambrosi, A, « La France 1870-1986 », Masson, Siècle d’Histoire, 1986.
[90] Ellenstein, J., « Histoire mondiale des socialismes 1945-1960 », Armand Colin, 1984.
[91] Mathiex, J., Vincent, G., « Aujourd’hui, depuis 1945 », tome 1, Masson, Histoire contemporaine, 1984.
[92] Communauté européenne du charbon et de l’acier.
[93] Sorti en 2006, "Les Bronzés 3 – amis pour la vie" va attirer dans les cinémas plus de 10 millions de spectateurs.
[94] Marie-Anne Chazel et Christian Clavier vont participer à la fête organisée au "Fouquet's" en 2007 pour célébrer l'élection du Président Sarkozy.
[95] Barthes, Roland, « Mythologies », Seuil, Points n°10, 1957.
[96] M. Giscard d’Estaing avait choisi comme slogan pour sa campagne : « Le Président de tous les français ». A cette même élection présidentielle, M. Le Pen obtient 0,75 % des voix.
[97] Borne, Dominique, « Histoire de la société française depuis 1945 », Armand Colin, Cursus, 1992.
[98] Au premier tour de l’élection législative de 1978, l’extrême droite obtient 0,75 % des suffrages.
[99] Borne, Dominique, opus cité.
[100] Carlier, Fabrice, « La publicité fait son cinéma », Flammarion, Pop culture, 2006.
[101] M. Mitterrand rassemblait ses troupes autour du slogan « La France unie ». Lors du Premier tour de l'élection présidentielle d'avril 1988, M. Le Pen, candidat du Front National recueille 14,38 % des suffrages.
[102] La liste "Europe et Patrie" conduite par M. Le Pen, arrive en troisième position avec 11,73 % des suffrages exprimés (l'abstention atteint 51 %).
[103] M. Michel Durafour avait déclaré à la radio : « Nous voulons faire disparaître le Front national de la vie politique française ». [Membre du parti valoisien, M. Durafour entre au gouvernement Rocard en 1988].
[104] Au premier tour des Législatives de 1993, le Front National recueille 12,4 % des suffrages exprimés (l’abstention « se limite » à 31 %).
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